PREMIER SIECLE
35. Pour se conformer à Tordre de Jésus-Christ, qui leur avait recommandé de se tenir en repos dans Jérusalem , et de ne rien entreprendre, jusqu'à ce qu'ils fussent revêtus de la force d'en haut, les apôtres demeurèrent enfermés avec les antres disciples du Sauveur , sa sainte mère , ses parens , les saintes femmes qui l'avaient suivi ; et cette société , composée d'environ six vingts personnes , persévérait dans la prière. Le jour de la Pentecôte, au matin, un vent impétueux, qui se fait entendre tout à coup , annonce la présence du Saint- Esprit ; des langues de feu qui s'arrêtent sur chacun des fidèles, ma:qîient feiticacité que vont avoir leurs paroles , et le don des langues qu'ils reçoivent avec la plénitude de l'Esprit Saint.
La publication de fEvangile commence. Les apôtres rendent témoignage à leur divin maître. Des miracles sans nombre suivent et confirment ce qu'ils annoncent : un boiteux de naissance, â^é de plus de quarante ans , est guéri , au nom de Jésus- Christ, à la vue de tout le peuple. L'omL^e seule de saint Pierre rend la santé aux malades et aux
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infirmes que Ton expose en foule sur son passage, En.deux prédications de cet apôtre, huit mille Juifs se convertissent, et, pleurant leur déicide, sont régénérés dans les eaux salutaires du baptême , au nom tle celui. qu'ils avaient crucifié deux mois auparavant. Ainsi , l'Eglise est fondée dans Jérusalem et parmi les Juifs , malgré l'incrédulité de la plus grande partie de la nation. Mais une tempête subite vient troubler le calme dont jouissaient les fidèles ; la persécution s'élève en même temps que la loi se propage. Pierre et Jean sont arrêtés et mis en prison. Le conseil de Jérusalem leur défend de parler désormais de Jésus-Christ : « Jugez, vous-mêmes, » répondent ces hommes intrépides, jugez s'il est j) juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu ; car il ne » nous est pas permis de taire les choses que nous )) avons vues et entendues. » Ils continuent donc de les publier avec courage, et leurs ennemis se portent à de nouvelles fureurs. Les apôtres sont arrêtés pour la seconde fois, et jelésdans la prison publique. Un ange brise leurs fers, et ils recommencent à enseigner dans le temple. Ils sont pris pour la troisième fois, et conduits devant le conseil. On veut les faire mourir ; mais un des juges, nommé Gamaliel , docteur de la loi et pharisien , ramène ses collègues à un avis plus doux. On renvoie les apôtres après les avoir fait battre de verges , et en leur réitérant la défense d'enseigner au nom de Jésus-Christ ; mais eux, pleins de joie d'avoir été trouvés dignes de recevoir cet aii'ront pour leur di^ vin maître , répétaient avec une sainte hardiesse ; « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »
La multitude des serviteurs de Dieu croissait de jouren jour, malgré l'acharnenient des Juifs indociles. Pour les aider dans leur saint ministère , les apôtres imposent les mains à sept hommes choisis , auxquels ils donnent le nom de diacres, avec le pouvoir de vaquer aux fonctions que le soin de prê-
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cher la parole de Dieu et de célél^rer les mystères , les empêchait de remplir eux-mêmes au gré des fidèles. Etienne , le premier diacre , devient le premier martyr de la religion. En expirant, il prie poar ses bourreaux et ses perséciiteiirs , dont un des pi us i'urieuxétaitun jeune homme, appelé Saul, qui gardait les manteaux de ceux qui jetaient des pierres sur le saint homme.
54. Ce même SanI , animé plus que jamais contre les (idèles , obtient du prince des prêtres le pouvoir de les poursuivre à la tête d'une troupe de gens qui partageaient ses fureurs. Il parcourt les synagogues, ï) entre dans les maisons, il arrête les ho.nmes et les lemmes, met les uns en prison et contraint les autres de blasphémer contre Jésus-Christ. Comme il avançait vers Damas pour y commettre de nouveaux excès, une lumière plus écliitante que celle dîi soleil l'environne en plein midi ; il tombe : Jésus lui parle, et par un miracle inouï jusqu'alors, de persécuteur il en fait un intrépide défenseur de la foi. Il reçoit le baptême, et prend quelque temps après le nom de Paul. Presque dans le même temps, S.iint Pierre apprend par une céleste vision, que Dieu ne fait acception de personne, et que le sang de Jésus-Christ doit purifier toutes les nations. Il est ensuite envoyé ])our baptiser le juste Corneille, centurion romain, qui , le premier de la genlilité , reçoit avec ses parens et ses amis la grâce du Saint-Esprit, et celle de la régénération des enfans de Dieu.
36. N'ayant d'autres armes que la parole , ni d'autre défense qu'une patience à toute épreuve , les apôtres partagent entre eux les nations qu'ils doivent instruire. A peine ont-ils commencé leur course, que l'on voit l'établissement non-senlement des quatre principaux sièges de l'Église : Rome , Alexandrie , Antioche et Jérusalem. ; mais encore celui des sept principales églises de l'Asie mineure :
Ephèse, Siiivriie , I'fr;;aine , Tliyalire , SarJes, p{ii}a(Ielj>iiie et Laodicée. La croix, devenue le scnrjiiale des Juifs charnels, triomphe de la corruption da paganisme, et sa faiblesse apparente confond les vains efforts de la gentililé. Tels sont les progrès de l'Evangile , qu'au bout de vingt ans , Sciint Paiil ne craignait point de dire à la i\'.ce de l'Univers , que la foi des disciples de Jésus-Christ , qui prirent à Antioche le nom de Chrétiens ^ avait été annoncée dans toutes les contrées de la terre; qu'elle croissait, qu'elle fructifiait au milieu de toutes les nations du monde.
44* Hérode Agrippa, petit-fils d'Hérode-le- Grand , est établi roi des Juifs , et ne fait usage de sa puissance que pour déclarer aux Chrétiens une guerre cruelle. Il fait trancher la tête à saint Jacques-le-Majeur ; et, par son ordre, saint Pierre, chargé de chaînes, est jeté dans une affreuse prison. Mais un ange délivre ce grand apôtre, et bientôt le tyran é])rouve la colère du Seigneur.
5i. Une contestation élevée parmi les Gentils convertis, au sujet de l'observance des cérémonies légales, donne lieu à une assemblée des prédicateurs de la foi , présidée par saint Pierre, et dans laquelle , après une mûre délibération , l'on décide que les fidèles seront affranchis des pratiques ordonnées par la loi de Moïse. Saint Paul et saint Barnabe portent ce décret aux Eglises , non pour l'examiner, mais pour le recevoir et l'exécuter avec une entière soumission : telle fut la forme du premier concile général , qui a servi de modèle à tous les autres.
^^. Tandis que l'Eglise s'étend et se fortifie, les liérésies, d'un côté, s'efforcent de corrompre sa doctrine ; de fautre , la persécution arme de plus en plus les bourreaux pour l'éteindre dans son sang". L'empereur Néron exerce surtout sa rage contre les fidèles. Ce tyran fait mourir saint Pierre et saint
ou L AMI DE LA JEUISESSE. 127 Paul. Rome est consacrée par leur sang-, comme Tanlique Sion par celui de saint Jacques-le-Miiieur , et le martyre du prince des apôtres établit dans la capitale de Tempire le siège principal de la religion.
70. Jérusalem est détruite, suivant la prédiction des prophètes et de Jésus-Christ lui-même qu'elle avait crucifié; son temple est Lnilé, tous les Juifs sont vendus en esclavage, et ce peuple déicide est condamné par le Très-Haut à errer , sans prince , sans roi et sans autels , parmi les nations , jusqu'à ce qu'il lui plaise de le rappeler à la foi d'ALraham.
93. Ce terrible événement est suivi d'une nouvelte persécution sous Domilien. Saint Jean est plongé dans une chaudière d'huile bouillante par l'ordre de ce monstre ; mais l'huile et le feu res- '^ectint l'homme de Dieu, qui est relégué dans J'île de Pathmos, où il écrit son Apocalypse. Un peu après , il compose son Evangile , et joint 1% qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de pro» phète. Enfin , à l'âge de près de cent ans , il meurt en paix, et dans le sein de ses disciples ;, auxquels il avait élé rendu. On ne sait rien de certain , ni sur le temps , ni sur le genre de mort des autres apôtres, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Simon, Jude et Matthias : ce dernier avail élé choisi parle sort pour remplacer le traître Judas , avant la descente du Saint-Esprit.
Depuis le règne du barbare Néron , les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs, parce que souvent ces persécutions se faisaient par la haine particulière des magistrats, ou par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat, sur les rescritsdes princes, ou en leur présence. C'était alors surtout, que la persécution était plus universelle et plus sanglante. Les historiens ecclésiastiques en comp-
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tent dix sous dix empereurs différens. Dans de si longues souffrances, les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi toutes les églises , celle de Rome fut persécutée avec le plus tie violence , et trente papes confirmèrent par leur sang, l'Evangile qu'ils annonçaient à toute la terre.
On croit que cette première époque a été illustrée par quatre ou cinq conciles ; et l'on y voit six papes, à commencer à saint Pierre dont le pontificat fut de vingt-cinq ans.
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Dès le commencement de ce second siècle, l'église de Jésus-Christ remj>lissait déjà foute la terre. Elle était répandue, non-seulement dans l'Orient où elle avait pris naissance , c'est-à-dire , dans la Palestine , la Syrie , l'Egypte, l'Asie mineure, 04 dans la Grèce; mais encore dans l'Occident, en Italie, dans les diverses nations des Gaules, dans toutes les provinces d'Espagne, dans l'Afrique, dans la Germanie, dans la Grande-Bretagne, dans les endroits mèrae impénélrahles aux armes romaines ; elle régnait dans FAiménie , dans la Perse, dans les Indes, prirrailes i^etipltsles plus barbares : chez les Sarmates , les D.tces, les Scythes, les Maures, les Gétuliens, et jusque dans les îles les plus inconnues. Le sang de s -s martyrs la rendait féconde. « ZS'ousne sommes que d'hier, disait Terlullien aux empereurs romains, et cependant on nous rencontre de tous côtés. Quelle guerre ne serions-nous pas en étal d'entreprendre , si ce n'était pour nous une loi de souffrir ! »
102. Pline le jeune , gouverneur de la Bithynie, embarrassé sur la conduite qu'il devait tenir à l'é- Sfard des chrétiens dont cette province était remj/lie , consulte fempereur Trajan. Celui-ci réj)ond à son ministre , qu'il ne faut pas rechercher ceux
ou l'ami de la JEUIN^ESSE. 120
qui se disent clirétiens ; mais , s'ils sont dénoncés et convaincus de quelques désordres , qu'il Faut les punir. Cette réponse, qui paraissait éteindre la persécution, Iburnit cependant aux pajens une l'oule de prétextes pour déclarer aux fidèles une guerre sanglante.
107. L'empereur lui-même oublie sa premjère modération , et donne à ses sujets l'exemple de la barbarie. Par son ordre , saint Ignace , évéque d'Antioclie, est conduit à Rouje, où. il est dévoré par les beies dans ranu>!ii théâtre. Vers le même temps, saint Siméon, évéque de Jérusalem, à^é de cent vingt-cinq ans, expire sur iine croix, et scelle de soiî sang la religion de son divin maître.
i5o. Déjà Quadratus , évèqne d'Allièncs, avait osé défentlre les cbrétiens par une apologie adressée à l'empereur Adrien qui les persécutait. La religion trouve un nouveau défenseur en la j)ersonne du pliilosopîie saint Jussin. Il adresse un discours pathétique et touchant à l'empereur Antonin, et, seize ans après, un autre, aussi énergique et aussi frappant, à Marc-Aurèle, son fils adoptif et son successeur. Mais ce dernier monarque , malbeureusement prévenu des caionmies dont on chargeait le chrislianisme , lait, mourir le généreux défenseur de la foi.
174. Dctns une exlrème disette d'eau , que Marc- Aurèle soutirait en Germanie, où il faisait la guerre aux Barbares, une lésion chrétienne obtient, p.»r ses prières , une pluie capable d'étancher la soif de toute l'armée, et ;<cconipagnée de coups de foudre et d'une grêle violente qui épouv.nilent les ennemis. Le nom à^; foudroyante est donné ou confirmé à laléi;ion par ce miracle.
17 .La fureur des infidèles se rallume, et tout fenipire ruisselle de nouveau du sang des mariyrs. Ce fut surtout dans les Gaules que le paganisme immola le plus de victimes, et parmi ces gêné-
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reiix confesseurs de la loi , on remarcjiie les saints uicjrlyrs de Lyon et de Vienne , qui, à l'exemple de saint Potliin, leiirévêqiie , âgé de quatre-vingtdix ans, endurent des supplices inouis. L'église gallicane remplissait alors l'univers de sa gloire.
On compte plusieurs imposteurs qui osèrent do;;matiser durant celle seconde époque; et, ce qu'il y a de remarquable , c'est que la plupart attaquèrent les principes fondamentaux du cnristianisaie , dans le temps précisément où, tout près du Sauveur, on pouvait distinguer très-aisément par les faits, si la vérité était réellement du côté J:?s chrétiens , et le mensonge du côté de ces apôtres de l'erreur.
On ne connaît que seize conciles tenus dans ce siècle, et il est probable qu'on n'en célébra pas davantage. Dix papes l'ont illustré depuis le marîy-e de sairit Evariste , arrivé l'an io8, sous la p.'isécution de Trajan, jusqu'à celui de Zéphirin^ eu 2i 7.