‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 19 sur 84 · XVI* SIECLE · texte numérisé non relu

XVI* SIECLE

i5i 1. Ton lie monde confessait qne l'Eglise avait besoin d'être réformée dans son chef et dnns ses meml)res. Fermant ses oreilles aux prières des fidèles qui le sollic'taicnt d'avoir compassion des maux dont gémissait le christianisme , Jules II ne semblait siéger sur la chaire de saint Pierre que pour se livrer tout entier aux travaux de la guerre et aux intrigues. Devenu le scandaje des chrétiens dont il devait être le modèle, les cardinaux voulurent le déposer au concile de Pise qu'ils avaient convoqué; mais il leur opposa celui de Latran.

i5i3. Cette assemblée ne put opérer la rélbrmation si désirée. Léon X, successeur de Jules, et non moins ambitieux, profita de ce concile pour abolir la fameuse pragmatique -sanction , à laquelle il substitua, de l'aveu de François I", le Concordat^ traité par lequel il attribuait au roi la nominafiou aux évêchés et aux abbayes de ses étals , tandis que le monarque accordait tacitement au pontife les armâtes^ c'est-à-dire, les sommes auxquelles tous les bénéfices confirmés pat le pape sont soumis pour en obtenir les bulles; sommes prodigieuses, qui, dans l'espace d'un siècle , dépouillent l'état de pLis de quatre cent mille marcs d'argent.

i520. Bientôt surviennent les troubles excités par la vanité et la Jalousie de Luther. La réformation était le prétexte dont se servaient tous les novateurs, semblables à ces séditieux qui , déco-

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Tant leur rébellion du beau nom de bien public , renversent la putrie en feignant de la défendre.

iSûQ. Henri Ylfl, roi d'Angleterre, se précipite dans le schisme avec tous ses états. Il commence par rompre les liens qui l'attachaient à l'église rcniaine, parce qu'elle ne voulait pas se prêter à ses débaiiclies ; et l'on vit alors, pour la première fois, nn roi prendre je titre de clicf suprorae de l'église de son royaume. Ici, l'Angleterre nous oiïre une multitude de martyrs qui soulfrirent pour la religion avec une merveilleuse constance.

i543. Le concile de Trente, qui dura dix-buit ans, au milieu des embarras et des diliiculiés sans nombre, ibudroya les novateurs et renou\ela les règlemens de 1 ancienne discipline. Il venait de condamner, dans sa sixième session, diverses erreurs de Lutlier et de Calvin sur la grâce et le libre arbitre, lorsqu'il s'éleva de nouvelles disputes sur ces matières dans l'université de Louvain. Michel de Bay , plus connu sous le nom de Baïus, docteur et professeur en théologie de cette université, commença, vers l'an i552, à y enseigner , comme étant de saint Augustin , plusieurs propositions, dont dix-huit furent censurées par la faculté de Paris en i56o. Sept ans après, le pape Pie V en condamna un plus grand nombre ; Baïus se soumettant aux décisions du saint-siége , lit une rétractation publique et par écrit, des erreurs qu'il avait avancées.

XVIl' ET XVIIi" SIÈCLES.

î54i Corneille Jansen, ou Jansénius , disciple de Baïtis , et son successeur dans la chaire de théologie de Louvain, s^étant persuadé comme lui que, faute d'entendre saint Augustin, tous les scolas- . tiques avaient abandonné les sentimens de ce père sur la grâce , entreprit de les rétablir dans un livre

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qu'il intitula Augustimis. Il mouru" le 6 mai i6ô8 à Ypres j dont il avait été fait évêque, et prolesta en mourant qu'il soumettait son livre et sa doctrine au jugement de l'e'glise romaine. Quelques docteurs de Paris se raoïitrèrent favorables à cet ouvrage , et il s'en fit successivement plusieurs éditions. D'autres théologiens l'ayant attaqué , ce fut alors que Ton commença à donner aux partisans de VAugustinus]e nomde Jansénistes ^ comme eux donnèrent à leurs adversaires celui de Molinistes , voulant les faire passer pour les disciples d'un Jésuite qui avait publié sur la fin du siècle précédent, un livre sur la manière d'accorder le libre arbitre avec la prédestination et la grâce , et dont le système était pourtant loin d'être adopté par tous ceux qui combattaient VAugustinus.

Ce dernier ouvrage, qui depuis a fait tant de bruit, fut d'abord défendu par une bulle d'Urbain YIII, comme renouvelant plusieurs des propositions déjà condamnées par les papes, ses prédécesseurs. La faculté de théologie de Paris défendit de soutenir les propositions censurées, et l'université de Louvain finit par recevoir la bulle. Mais les partisans de févêque d'Ypres ne se montraient pas disposés à suivre les intentions de ce prélat mourant. Parmi eux se distinguaient, en France , du Verger , abbé de saint Cyran, et le docteur Arnaud, fort jeune encore. Le premier , ami intime de l'évêque , travaillait avec beaucoup d'ardeur à répandre la doctrine de son livre, et l'introduisit en effet à Port-Royal, maison auprès de Paris, dont il était le docteur.

Après un mûr examen , Innocent X, pour mettre fin aux troubles et aux disputes , donne une bulle par laquelle il condamne cinq des propositions de Jansénius , parmi les sept qu'un grand nombre d'évéques lui avaient déférées. Les partisans de Jansénius cherchent à éluder la btdîe par

ou l'ami de la jeuî^esse. ie,y

mille subterfuges. Le docteur Arnauld , homme d'un caractère ardent, d'une imagination Lrillante, d^un esprit vif et pénétrant, prend ouvertement la défense de VAtigustinus dans une lettre datée de Port-Royal , et y renouvelle même d'une manière formelle la première des cinq propositions censurées. Une assemblée du clergé, composée de cent trente docteurs, dont sept étaient évêques , déclare, en i656 , qu'il y a des questions de fait sur lesquelles l'Eglise ne peut se tromper , sans perdre l'autorité dont elle a besoin , soit pour la foi, soit pour les mœurs ^ et rend compte au pape de sa décision. Alexandre VU, successeur d'Innocent , lui répond par une bulle dans laquelle il confirme celle de son prédécesseur, et donne le nom de perturbateurs du repos public et cCenfans d'iniquité, à ceux qui , au grand scandale des fidèles , s'obstinent à soutenir que les cinq propositions , ne sont point de Jansénius ; et , pour mettre un terme à toutes les querelles, le pape prescrit un formulaire, par lequel on promettrait soumission aux deux constitutions d'InnocentX et d'Alexandre VII, formulaire auquel le clergé catholique s'est toujours fait un devoir de souscrire purement et sincèrement.

1699. Madame Guyon publie une espèce de quiétisme en France. L'illustre Fénélon, archevêque de Cambray, lié avec elle, fut accusé de donner dans les systèmes condamnés de quelques faux: mystiques. Il avait cru faire cesser les plaintes en donnant son explication des maximes des saints , qui ne fit qu'accroître l'orage. Bossuet, évoque de Meaux, s'éleva avec force contre le livre qui fut déféré au pape. Innocent XII l'ayant condamné, Fénélon donne le premier l'exemple de la soumission : il annonce lui-même en chaire la décision du pape, et rend , pour ainsi dire , sa défaite glorieuse par sa résignation.

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Quesncl avait fait paraître, en 1693, les Bé' Jlexions morales sur le Nouveau Testament. Il y eut de fortes réclamations contre ce livre, (jiii fut clélëré au saint-siége. Après l'avoir condamné au feu , comme renfermant une doctrine pernicieuse , erronée et manifestement janséniste. Clément XI le fait examiner de nouveau, et donne enfin , après plus de dix-liuit mois de travail et de méditations , la bulle unigenïtus , à jamais mémorable par l'imporlance du sujet, par le déchaînement des passions contre ce jugement, et par l'assentiment qu'j donna toute f Eglise. Le souverain pontife y disait que des maîtres trompeurs ne trouvent point de meilleur moyen , pour insinuer leurs dogmes , que l'apparence de la piété et l'abus des Saintes Ecritures ; que c'est dans ce dessein qu'ont été composées les Réflexions morales ^ où les vérités catholiques se trouvent mêlées avec les mensonges d'une doctrine perverse ; qu'ayant examiné ce livre, il a trouvé que les paroles en sont, en apparence, douces comme de fhuile , mais que ce sont vraiment des traits aiguisés pour nuire , et percer en secret ceux qui ont le cœur droit.

Celte bulle a eu le sort de plusieurs autres jugemens de fEglise, qui ont révolté ceux contre qui ils ont été rendus. La manière seule dont on Ta combattue est un préjugé en sa faveur.

1752. Le déisme et le matérialisme osent se glisser au milieu des écoles même de Sorbonne, dans la trop fameuse thèse de l'abbé de Prades, Bientôt les esprits forts s'enhardissent de jour en jour : on voit les uns nier l'existence de fEtre suprême; on entend les antres blasphémer contre l'œuvre du Très-Haut, et présenter l'établissement du christianisme comme l'ouvrage de la politique , de la crédulité et de la superstition. Quelques-uns, tournant en ridicule la sage et salutaire morale de Jésus-Christ, et niant ses miracles , se

ou l'ami de la JEU!Î^ESSE, 1C9 précipitent dans un affreux scepticisme^ et prêchent clans leurs écrits la volupté Lrutale et la dissolution.

Depuis long-temps la philosophie moderne avait réussi à porter l'esprit de licence et d'indépendance dans toutes les classes et dans toutes les conditions. Enlin , Dieu qui voulait donner une c^rande leçon à l'univers, et lui apprendre (jue la croix peut encore faire des martyrs, permit à l'impiété de s'armer du glaive, et d'attacjuer à force ouverte î'éo^lise de Jésus-Christ.

Principaux hérésiarques , depuis le seizième siècle jusqua nos jours , et conciles qui les ont réprimés.

iSiy. Martin X?///^er, moine Augustin, chagrin de ce qu'on n'avait point chargé son monastère de piêcher les indulgences , dogmatise dans la Saxe et dans l'Allemagne. 11 attaque l'autorité de l'Eglise et la prééminence du saint-siege ; nie le purgatoire , les indulgences €t l'efficacité des sacremens , dont il n'admet que deux ; prive l'homme de sa liberté , supprime le cuite et l'invocation des saints; met dans l'Eucharistie Jésus-Christ avec le pain, et rejette les vœux monastiques. Il fut condamné par le pape Léon X, par des universités , et enfin par le concile de Trente.

i535. Jean Cah'in commence à semer ses erreurs en France ; elles attaquent presque toutes les parties de la doctrine catholique. Il rejette rinfalUibilité de TEglise et des conciles généraux ; nie l'invocation et le culte des saints, le libre arbitre, la possibilité de pratiquer les commandemens de Dieu ; ne reconnaît que deux sacremens, le baptême et l'eucharistie : il ote même la nécessité du premier, et nie la présence réelle de Jésus-Christ dans le second. Ses disciples s'appellent Calvinistes ou Refonnés , ou même Hw guenots ^ nom qui vient du mot allemand Ejgnosscn , qui signifie Associés.

Abrégé cVÉ vaste, 8

Des deux sectes de Luther et de Calvin sortirent une foule d'hérésiarques , dont la pkipart ont encore aujourd'hui leurs disciples. Tels sont les Anabaptistes , qui enseignent qu'il faut réitérer le baptême donné avant l'âge de raison ; les Zuingliens ou Sacramentaires , qui ôtent aux sacremens tout leur effet ; les Sociniens , ou Anti-Triiiifaires , qui nient le mystère de la sainte Trinité , çt prétendent qu'il faut rejeter tout ce qu'on ne comprend pas ; les Arméniens qui tolèrent toutes les rehgions , excepté celle de l'église romaine.

i685. Michel il/o///iOS , prêtre de Saragosse, dit que l'anéantissement des fonctions de làine suilîl pour la béatitude , rejette la prière et les bonnes œuvres , et donne naissance à l'iicrésie appelée de son nom Molitiosisine ou Quiëtisme.

ijio. Jean Tohind ^ anglais, enseigne le déisme, et une multitude d'impiétés. Antoine Colins et Thomas JValsLon se joignent à lui , et composent une doctrine dangereuse. Le dernier attaque même les miracles de Jésus-Christ. Ce sont eux qui ont mis en vogue cet esprit d'incrédulité qui règne aujourd'hui dans LEurope , et qui a pour ainsi dire infecté toutes les conditions et tous les âges.

XIXe ENTRETIEN.

Tableau historique de la religion, depuis la révolutionfrançaise 1 789 , jusqu'à nos jours.

SUITE DU XTIIl^ SIECLE.

L'assemblée nationale , dépositaire du souverain pouvoir, se hâta de fabriquer une constitution civile du clergé, qui attaquait la foi , la discipline et la hiérarchie ecclésiastique. Prévoyant l'opposition c[ue cette constitution trouverait dans la ré- \ sistance des pasteurs, elle les astreignit k un ser- ? ment qui ne leur laissait que l'alternative de s'y * soumettre ou d'abandonner leurs troupeaux.

ou l'ami de la JEUA^ESSE. 171

Le décret qui exigeait le serment constitulionïiel fut exécuté dans toute la France; mais une grande partie du clergé se montra disposée à tout perdre et à tout souffrir plutôt que de trahir sa foi. La plupart des évêques français cond^unnèrent la constitution civile , et ]e serment qu'elle exigeait. Le souverain pontife Pie Yl ratifia celle condamnation ( 1791 ).

Cependant il se trouva des prêtres et des religieux que l'intérêt ou la crainte reudiient infidèles. Ils occupèrent la place dts premiers pasteurs, et bientôt l'on vit un grand nom!)re d'entre eux contracter des mariages, plusieurs m.ême renoncer à leur sacerdoce, et aiqnrer pnLliquement le clirislianisme. Ceux qui se disuent alors les maîtres de la France y avaient introduit le schisme et l'hérésie; bientôt, en vertu de leurs décrets, les monastères furent pillés et détruits; les éta- Llissemens que la cliarité avait consacrés aux pauvres et aux malades , dévastés et renversés ; et de tant d'églises élevées par la piété de nos pères , les unes furent démolies, les autres jjrofanées; les croix, les reliques, les vases sacrés , les saints ( mystères eux-mêtues fureut indignement foulés j aux pieds : enfin Ton vit d'infâmes prostituées , I travesties en déesses de la Raison^ s'asseoir dans le lieu saint, et recevoir l'encens de l'idolâtrie Va plus honteuse ( 1 7^5 ).

Déjà les prêtres, appelés réfractaires ^ avaient été dépouillés ; bientôt ils furent tous proscrits indistinctement, et condamnés, les uns à fexil, ^es aiitres à la prison. Les premiers furent presque tous pillés et maltraités aux frontières , plusieurs même y périrent; les autres furent entassés confusément dans les cachots avec les plus viis criminels. Enfin arrivèrent les massacres de septembre (1792). A Paris, des assassins, piyés pour être bourreaux, m ssacrèrent trois évêques, et près de mille prêtres catholiques. Une si aiîVeuse exécution fut imitée

dans plusieurs contrées de la France. Tout le monde connaît ces noyades de la Loire, où tant de prêtres furent engloutis dans les eaux, au moyen de bateaux à soupape ; cette déportation de Tîlede Rlié, où de huit cents prêtres, plus des trois quarts périrent de fVoid et de misère; ce tribunaf révolutionnaire de Paris, où des milliers de personnes, tant ])rètresc[ue laïques, lurent condamnées comiiie fanatiques , et livrées à une mort sanglante (1794).

On mita prix Ja tète des ministres de la religion, répandus et cachés dans l'intérieur de la France : néanmoins ils 11e cessèrent pas de parcourir les villes et les campagnes, et de porter aux peuples les secours de la religion. Comme dans les anciennes persécutions, on célébrait les saints mystères dans le silence de la nuit : les appartemens les plus reculés , les chaumières , les forêts , le fond même des cavernes, servaient d'asile à Jésus- Clirist et à ses ministres. Plusieurs furent victimas de leur charité , et montèrent sur les écliafauds; mais d'autres prenaient aussitôt la place de ceux que le fer avait moissonnés, et succédaient à leurs travaux comme à leur dévoûinent.

La persécution s'étendit sur tous les états où pénétrèrent les armées françaises , et principalement en Italie, au centre de la religion catholique. Le vicaire de Jésus-Christ se remit lui-même entre les mains de ses ennemis, et, après quelques mois de la plus dure captivité, il mourut à Valence, en implorant la miséricorde de Dieu pour les Français, et en particulier pour ses persécuteurs (1790''.

Le gouvernement qui pesait alors sur la France, paraissait établi sur des fondemens inébranlables; ses armées occupaient Rome et l'Italie ; les membres du sacré collège étaient tous ou retenus dans les fers, ou dispersés par la fuite; mais au moment de la mort de Pie VI, une armée de Russes, sortie du nord de f Europe, pousse brusquement les Français hors de l'Italie : les cardinaux délivrés

OV l'ami de la JtUrsCSSE. 17.5

fee rassemblent tlariS Venise, et donnent à rEi;]ise un chef" cligne de la j^ouverner dans ces circonstances orageuses. Vie VII est élu ; et, maigre leur uoTnbre et leurs forces, les Russes, chasses à leur tour, disparaissent aussitôt (1800).

Bonaparte abat en une heure la puissance colossale ([ui opprimait à la l'ois l'Eglise et Tëtut. Revêtu du titre de consul, il donne à la France l'espoir d'une domination j»lus douce; la religion proGic de ces momens de calme pour re'parer peu à peu ses ruines , et rallier autour d'elle ses en Tans égarés. Un nouveau bienfait que Dieu procura alors à son Eglise, lut celui de l'extinction du schisme constfiutionnel, et du retour de la France à l'unifc catholique. Cette réconciliation fut le fruit d'un concordat conclu en 1802, concordat acheté d'ail îuurs par mille sacrifices, uiais qui, n'eût-il opéré que ce seul bien, méritait encore d'être béni par tous les amis de la religion.

Ce concordat à peine conclu et publié , fut violé dans ses articles les plus importons; un incident néanmoins éloigna pour un temps les nouveaux orages dont l'Eglise élait menacée. Bonaparte venait de se faire proclamer empereur, sous le nom de Napoléon ; pour consacrer ce titre aux jeux des fidèles, il fit solliciter le pape de venir lui donner l'onction sainte à Paris. L'espoir d'obtenir que l'en fît droit à des réclamations jusqu'alors inutiles, et peut-être aussi la crainle des maux qu'on lui annonçait comme la suite inévitable d'un refus , déterminèrent le souverain pontife à condescendre aux vœux du nouvel empereur : il Iraversa la France, et fit son entrée dans Paris (i8o4). Pie VII reçut , au milieu même de la capitale , des respects et des hommages, q^iifnrent une réparation authentique des outrages que l'impiéié révolulionjuaire avait faits dans ces mêmes lieux à la religion.

Napoléon paya d'une noire ingraUtude la cou-

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clesceTulance du cLcf de l'Eglise à son égard. Déjà maître d'tme grande parlie de l'Italie, il voulut l'être aussi de Piome. Par son ordre, un de ses généraux se présente comme ami aux portes de la capitale du monde clirétien : à peine introduit dans ses murs, il s'en déclare le maître, et en dispose comme d'une conquête. Pour créer des torts au pape, on lui fait des demandes auxquelles on sait bii^n que sa conscience ne lui permettra pas d'accéder. Sur le refus du Saint-Père, on force son palais, on exile, on emprisonne ses serviteurs les plus fidèles. Bientôt Napoléon déclare Rome réunie à son empire; Pie Vil excommunie l'usurpateur, qui se venge du Saint-Père en le faisant enlever de Rome, et traîner presque mourant au delà des Alpes, jusqu'à Savone , où il le tient enfermé près de cinq ans, privé de toute communication avec son troupeau (1809).

Dès lors , Napoléon divise, supprime, érige des diocèses de sa seule autorité; il remplit à son gré lesévéchés vacans, et force les chapitres d'en conférer l'administration spirituelle à des hommes dont la juridiction était plus qné douteuse. Le pape, da fond de sa prison , élève la voix contre ces mesures illicites. L'empereur entreprend d'ohtenir des évèques ce qu'il ne pouvait arracher à leur chef, et de s'appuyer de leur suffrage pour se passer désormais de l'autorité pontilîcale. Dans celte vue , il convoque à Paris un concile où se rendent cent dix évèques. On leur proposait de ju^er le vicaire de Jésus-Christ, et de statuer que sans lui féglise de France saurait bien se donner des pasteurs et se perpétuer. Les évoques ne s'assemblèrent que pour renouveler au pied des autels le serment de leur sacre, et jurer obéissance à celui contre lequel Napoléon avait voulu se soulever. Le prétendu concile n'eut pas d'autre session (1810).

ou l'ami de la jeunesse. 175 Napoléon se voyant déchu des espérances qa'il avait fondées sur la complaisance des évecjues, s'appliqua plus que jamais à enlever à l'église catholique toute défense pour le présent et toute ressource pour l'avenir. En même temps qu'on fermait la Louche et qu'on arrêtait la plume des apologistes de la religion, on encouragea les novateurs de toutes les sectes, on multiplia les livres licencieux, les écrits publiés contre le pape, contre la confession, contre le célibat ecclésiastique, etc. : les évêques perdirent le droit de diriger exclusivement î'éducalion des jeunes gens qui aspiraient au sacerdoce : un décret impérial renversa tous les petits séminaires , et ne leur permit plus d'exister que sous la HouLle condition fie payer des droits a'uineux, et d'aller chercher des leçons daiis les écoles publiques.

Celte longue oppression se termina par une suite d'événemens dans lesquels il n'est pas possible de méconnaître la main de Dieu. L'ambition aveugla Napoléon, et le conduisit jusqu'au fond de la Russie, où sa réputation et sa puissance restèrent ensevelies avec plus de quatre cent mille Français (1812). De retour en France , il va trouver le pape à Fontainebleau; car, depuis quatre mois, il y avait fait transférer cet auguste captif. Ramené, ce semble, à la modération par ses revers, il lui propose un accommodement. Le pape déclare ne vouloir traiter que dans Rome. Cette résolution j'étonne; mais bientôt la surprise lait place à la colère, puis à la fureur. 11 éclate en menaces, il outrage le jx)ntife, et s'oublie jusqu'à lever la main sur sa personne sacrée. Peu après il a honte de son emportement ; il revient k des procédés plus doux, il flatte, il caresse, il promet 1 enfin il amène son captif à signer un projet qui devait, moyennant certaines conditions, servir de base à un nouveau concordat. Dès qu'il a cette pièce entre les mains,

il l:i Iroîique , il la publie contre la foi donnée ; iî la pre'senle à la France tomme un concordat absolu, et IVriLje en loi de létat (i8i5).

IN'apoléon s'.ipjdaudissait de son triompLe, et il élail sni It'bord de l'abime. L'Europe entière seligue centre lui ; tous ses allies l'abandonnent à la fois; il est chassé de rAilemagne, de l'Espai^ne, de la Suisse; ses ennemis le suivent, et sur ses pas pénètrent d.ms riiitérieiir de la France. Enfin, la main de Dieu l'a IVappé, il succombe : il se voit capîifdans Fontainebleau, dans ce même palais où il a encliainé le souverain pontife ; il arrose des pleurs c\n désespoir ces mèines lieux oVi il a fait couler celles du vicaire de Jésus-Christ. Relégué dans une ile écartée, il survit à sa puissance, pour voir l'univers sapplaudir de sa chute. PVos rois rappelés dans leur héritage , au moment où ils désespéraient d'y rentrer jamais, sont replacés sur le trône de saint Louis par les mêmes hommes dont la rébellion les en avait arrachés vini^jt ans auparavant, et le SainL-Pèrc, di? retour à Rome , prépare la guéiison des phties faites à la religion.

X X*^ ENTRETIEN

COIVCLUSION.

Eraste. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici dtins nos diilérens entretiens a dû vous convaincre, mes chers amis, qu'il n'y a rien de comparable à l'église de Jésus-Christ , dont nous avons le bonheur d'être les enfans. Chef-d'œuvre du Très-flaut, elle est le terme de ses décrets éternels, et f objet de ses plus tendres con)plaisances. C'est pour elle que la terre et les cieux sont tirés du néant; c'est

four e]]e que les générations se succèdent et que univers subsiste encore. Féconde dès le cammeu-

ou L AMI DE LA JEUNESSE. j 77

ceiTient des siècles, elle enfante les patriarches, qui sont ses premiers nés ; elle se montre aux prophètes, qui tressaillent de joie en la voyant, et qui publient par avance ses combats, ses victoires, sou étendue et sa durée; elle embrasse tous les justes qui marchent, à la faveur de sa lumière , à travers les ombres de la foi. Enfin, son divin époux vient couronner son attente en s'immolant pour elle; et après l'avoir arrosée de son précieux sang sur le calvaire, après l'avoir consolée dans Jérusalem, par l'éclat de sa résurrection , il lui promet, en Ipi faisant ses derniers adieux, qu'elle sera, jusqu'à la consommation des temps, honorée de sa présence, soutenue de sa protection, animée par son esprit , dépositaire de sa puissance, instruite de toute vérité i toujours pure, toujours inidtéi-able, toujours digne de lui, malgré les efforts de l'enfer. Depuis cette époque à jamais mémorable, près de dix-huit siècles se sont écoulés dans une fermentation prodigieuse , n'offrant à nos yeux que de tristes vicissitudes et d'affreuses révolutions , que des dispersions de peuples, que des destructions d'empires, que des boulcversemens d'étals^ dont les ruines servent de fondemens à d'autres, qui ne s'élèvent que pour tomber à leur tour ; sai/s que dans cette longue chaîne d'événemens, la providence en permette un seul qui ne concoure à l'accomplissement, et des magnifiques prédictions faites à l'Eglise, etdesconsolantespromesses qu'elle porte dans son sein.

En vain le paganisme s'est armé de toutes ses fureurs pour arrêter ses rapides progrès : trois cents ans de persécutions n'ont servi qu'à faire éclater son courage; et, malgré ses tyrans, elle s'^est étendue dans toutes les nations du monde; elle s'est Perpétuée de siècle en siècle jusqu'à nos jours , par a seule prédication de la vérité, soutenue de la Tenu des miracles. En vain une foule d'hérésies

lyS AE r.ÊGÉ d'éraste,

s'est élevée, dès son berceau, cou ire la pureté de se» dogmes : sa foi, vicloiieuse de toutes les attaques, ne s'est point aJlérée. Elle croit, et elle enseigne aujourd'hui, comme dans les premiers âges, la consubstantialité du Fils de Dieu , attaquée par les Ariens; la divinité du Saint-Esprit, niée par les Macédonit'ns; l'unité de personne en Jésus-Clirist, combattue par les Nestoriens; la distinction des deux natures dans le Verbe fait chair, rejelée par les Eutychéens; la distinction des deux' volontés dans l'Homme-Dieu, confondue par les MonotLélites; toutes les vérités foulées aux pieds par les Manichéens, par les anciens et les nouveaux Pélagieus, par les Albigeois et les Vaudois, par les Wielefites et les Hussites , par les Luthériens et les Calvinistes; en un mot par tous les novateurs qui , depuis sa naissance, ont essayé de corrompre la doctrine qu'elle a reçue de Jésus-Christ et des apôtres; en sorte que , malgré tous les efforts des ■passions humaines, elle a conservé, elle conserve encore, et conservera toujours sur sa montagne l'étendard de la vérité, qu'elle seule a droit d'arborer, et le trésor de la sainteté dont elle est seule propriétaire.

Voilà, mes chers amis, ce que nous apprend son histoire; et vous en pouvez ju^er par le faible extrait que je vous en ai présenté : puisse-t-il vous inspirer le désir de la lire plus en détail! car il n'y a point d'étude plus propre à affermir notre foi, à soutenir noire espérance, à exciter et à nourrir dans nos cœurs l'amour de notre Dieu, que celle de cette adorable histoire, qui est la consolation du fidèle et la source du théologien.

Sauvons-nous du milieu des impies, mes chers enf'ans; revêtons-nous des armes de la foi , et puisons sans cesse dans les sources pures du christianisme de puissans préservatifs contre la cont;îgion funeste qui s'étend de jour en jour. Convaincus que

ou l'ami de la jeunesse. j 7(^ la doctrine que la religion nous enseigne , est celle qu'il faut croire, que la morale qu'elle nous propose , est celle qu'il faut pratiquer, que la discipline qu'elle nous présente , est celle qu'il faut suivre, conformons-y perpétuellement notre conduite, afin qu'après avoir combattu avec celui et par celui qui est seul notre docteur, notre modèle et notre maître, nous participions à son triomplie dans cet éternel sanctuaire où il nous appelle, pour y couronner ses propres dons , en coui onnunt nos mérites.

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