‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 20 sur 84 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

Sur la Mythologie en général.

Ï-JBXSTZ, Jusqu'ici, mes cliers enfans , je me suis attaché à former votre cœur par Tétude de la religion. Tous avez vu que Je ve'ritable chrétieii réunit nécessairement toutes les vertus qui sont Je fondement de Ja société civile, et qui seules peuvent la rendre heureuse. Actuellement, nous allons commencer un nouvel ordre d'instructions , dont l'oLjet sera de former et de cultiver votre esprit.

EugÈ>-e. Vous nous avez rendus avides de l'étude ; nous en vovons de plus en plus l'utilité , et ïiolre ardeur est telle , que nous vous supplions d'entrer sur-le-champ en matière.

Er. Occupons-nous d'abord de la Mythologie. Cette science, qui paraît frivole au premier coupd'œiJ, offre néanmoins de grands avantages, comme je vous le prouverai Lienlôt : eJJe entre dans tous les cours d'éducation, et iJ serait hont»ax de l'ignorer. Jhthologie est un mot grec qui peut se traduire par connaissance de la Fable , ou histoire des faiisses divinités du paganisme ; et tel est en effet son objet.

La Fable , qui est un composé de faits réels et de mensonoes embellis , est née de la vérité . c'est-

ou l'ami de la jeunesse. i8i

à-dire, de l'histoire, tant sacrée que profane, dont plusieurs événemens ont été altérés en différentes manières et en différeus temps, soit par les opinions populaires , soit par les fictions des poêles.

EuDoxiB. Eh! pourquoi s'est-on a^isé de falsifier ainsi la vérité ?

Er. C'est l'ouvrage de l'ignorance , de la fai- Liesse de l'esprit humain, et de l'oubli du Créateur; ajoutez à ces causes l'amour du merveilleux , la vanité , la corruption du cœur, et vous connaîtrez toutes les sources de la FaLie.

EuG. Quel pays regarde-t-on comme le herceaii de la FaLle et de l'Idolâtrie ?

Er. On croit , avec assez de vraisemblance , qu'elles prirent naissance dans la famille de Cliam, dont les descendans s'établirent dans l'Egypte et dans la Phénicie. De ces contrées, Tldolàtrie se répandit en Orient, parmi les descendans de Sem, puis en Occident parmi ceux de Japhet. La Grèce, où eUe fut portée par des colonies phéniciennes , l'adopta, l'embellit et la transmit aux Romains. Ceux-ci bâtirent un temple, nommé le Panthéon^ où ils rassemblèrent toutes les divinités honorées en divers pays ; et le culte des faux dieux fnt ainsi propagé avec la puissance romaine , jusqu'aux extrémités de la terre.

On comptait plus de trente mille dieux chez ce peuple conquérant ; ce qui ne doit pas vous surprendre , si vous considérez qu'on en avait imaginé pour présider aux différentes parties de l'univers , aux passions , et aux divers besoins de la vie. On distinguait plus de trois cents Jupiter, et plus de quarante Hercule : aussi un poëte latin nous représente-f-il Atlas gémissant sous le poids du ciel, à cause delà multitude prodigieuse des dieux qu'oQ y logeait.

l82 ABRÉGÉ D^ÉRÀSTE,

EuG. Quels sont , je vous prie , les avantages qu'on peut tirer de l'étude de la Mythologie ?

Ee. D'abord , elle nous apprend ce q^\ie nous devons à Jésus-Christ , en nous faisant connaître dans quelles ténèbres épaisses étaient plongés nos pères , et jusqu'à quelle iolie l'erreur avait conduit le genre humain, avant que ce divin libérateur nous eût appelés à l'admirable lumière de l'Evangile.

Sans la Mythologie , non-seulement il n'est pas possible de bien entendre les poètes grecs et latins, et l'histoire des nations païennes , qui est nécessairement liée à celle de leur religion, -mais encore les ouvrages que les saints Pères et les grands docteurs de l'Eglise ont composé contre le paganisme. De plus, elle nous présente plusieurs allégories très-instructives. Par exemple, les aventures de Piiaéton et d'Icare nous font connaître les suites funestes de l'ambition. L'histoire de Tantale et celle des Harpies peuvent s'appliquer aux avares ; la métamorphose de Narcisse représente parfaitement ceux qui , par une folle vanité, n'aiment que leur propre personne.

Enfin , la Mythologie nous met en état de reconnaître et d'apprécier les chel's-d'œuvre des grands peintres et des sculpteurs célèbres, dont la plupart «les tableaux et des statues sont empruntés de la Fable.

Tels sont les principaux et même les seuls avantages que nous pouvons tirer de cette science , si nous l'étiidions avec la sagesse et les précautions que la religion inspire et prescrit ; car si vous ne la considériez que par rapport à l'idée qu'elle nor.s donne de la divinité , vous ne trouveriez rien de plus absurde , déplus bizarre et de plus ridicule.

EuG. Est-ce que les grands hommes de l'anti-

ou l'ami de la jeunesse. i85 gnité, ces pliilosopîies dont on pnrle avec tant d'éloge , croyaient toutes ces extravagances?

Er. La plupart se livraient aux superstitions du vulgaire, tant l'aveuglement était général! Cependant il y en avait plusieurs qui blâmaient le paganisme et ses folies, mais timidement, à voix basse, et souvent dans l'enceinte de leurs écoles. Adorateurs d'un Dieu unique et souverainement parlait, ils suivaient le peuple dans les temples, et se prosternaient avec lui devant des dieux auxquels ils auraient rougi de ressembler. Tous craignaient de s'exposer au ressentiment d'une populace grossière et fanatique ; et pour justifier leur conduite , ils disaient que le sage doit se conformer à la religion de l'état.

EuD. Comment les anciens pouvaient-ils distinguer leurs dieux les uns d'avec les autres?

Eb. La théologie païenne avait distribué tous les dieux en quatre classes. La première comprenr\it les dieux suprêmes, appelés encore les grands dievx des nations ^ parce qu'ils étaient connus et révérés de tous les peuples. Ils étaient au nombre de vingt , et on les subdivisait en quatre ordres; les uns présidaient au ciel , les autres régnaient dans les enfers; ceux-ci avaient l'empire des eaux, et ceux-là commandaient à la terre : toutes ces divinités réunies formaient ce que l'on appelait le conseil des dieux,

La seconde classe était composée des dieux nominés les dieux inférieurs des nations. Ils n'avaient point de place dans le ciel ; ils étaient regardés comme des divinités bour^Loises. On les appelait encore Indigètes , c'esl-à-dire , issus de la terre , (li Semones , c'est-à-dire, hommes divinisés.

Les dejui-dieux occn paient la troisième classe : c'étaient des divinités qui liraient leur origine d'un dieu et d'une mortelle, ou d'un morfel ef d'une déesse. On mettait aussi parmi eux les héros €£ue

leur mérite avait élevés au rang des iininorlels in-

dig^ètes.

Enfin , les divinités de la quatrième classe étaient les Vertus qui avaient formé les gramis hommes, et qui font le Lonheur des mortels, ou les Vices qui les tyrannisent et les dégradent Telle était la division des dieux du paganisme l Jes premiers avaient une autorité souveraine , les autres étaient subordonnés ; mais tous avaient un maître commun , qui était le Destin.

II« ENTRETIEN

Des Dieux de la 'première classe »

ERASTE.Le plus ancien des dieux était /e Chaos ^ c'est-à-dire Tétat de confîision où Ton suppose qu'était la matière avant la création du monde , une masse informe qui contenait les principes des êtres, et qui , se délDrouiuant, produisit rnnivers.

Après le Cîiaos , les Païens plaçaient le Destin , son iils. Ce dieu , dont les traits annonçaient un caractère inflexible, tenait dans ses mains une urne qui renfermait le sort de tous les liouîmes. Son temple avait cent portes d'airain , et d'immenses remparts en défendaient l'accès aux faibles mortels. Au milieu , sur un autel de fer , était un livre toujours ouvert ; et comme toutes les autres divinités se trouvaient soumises aux décrets irrévocables du destin, lorsqu'il survenait quelque eonteslation entre elles, elles recouraient au livre fatal, et s'v conformaient aussitôt. Les ministres du Destin étaient le Temps et la Nécessité.

Quoique le Chaos et le Destin lussent regardés, l'un comme le principe, ei l'autre comme farbitre suprême des dieux, cependant on donnait le ])reliiier rang à Cœlus , autrement appelé le Ciel ou.

ou L AMI DE LA JEUNESSE. i{5>

Vranus , qui eut de Telh/soi: la Terre ^ nommée encore Cjbèle, deux fils appelés Titan ^i Saturne.

Titnii, en qualité de fils aîné du ciel ^ devait succéder à la puissance de son père. Mais , cédant aux importunilés de sa mère, il abandonna ses droilsàSalurne,soncadet,à condition pourtant que ce dernier n'élèverait aucun enfant mâle. Fidèle à ses engageuiens, Salurne, que l'on représente ordinairement avec une laulx et deux aîles ( /fg". 17)» dévorait ses fîls au moment de leur naissance. Mais Cybèle , sa femme , ayant mis au monde Jupiter et Junon, ne lui présenta qne la dernière; et au lieu de son fils qu'elle cacha avec soin , elle lui donna une pierre, que ce père ambitieux et cruel avala anssilôt.

Titan, informé de cette supercherie , déclara la guerre à soni'rère, qui , prétextant avoir exécuté la condition, refusait de lui rendre l'empire du momie. Saturne fut vaincu et mis aux fers : Cybèle eut le même sort. Jupiter, devenu grand, leva di i troupes potir humilier les ennemis de sa famille , gagna sur eux une victoire signalée, et délivra son père et sa mère, qu'il replaça sur le troue ; mais ce ne fut pas pour long-tein])s. Saturne, ayant ]ii dans le livre du Destin que Jupiter envahirait son royaume, voulut prévenir ce malheur ; il déclara la guerre à son fils , et lui tendit des embûches ; mais Ju juter remporta sur son père un indigne triomphe , et le chassa honteusement du ciel.

Saturne chercha alors un asile en Italie , où Janus^ roi du pays Latin , raccueillit avec respect. L'époque du séjour de ce dieu sur la terre lut célébrée par les poètes sous le nom de ^ ci^e d'or , c'est-à-dire, du temps le plus heureux dont la mémoire se soit conservée cljez les païens. Les fêtes destinées à rappeler cet événement se nommaient Saturnales. On les célébrait tous les ans , au mois de décembre ; et tant qu'elles dupaient, le sén.u

j86 ABREGE D ÉRASTE,

romain, les écoles publiques , toutes les professions vaquaient : on s'envovait des presens, et les maîtres servaient eux-mêmes leurs valets.

A J'âge d'or succéda Vage cf argent: c'est le temps où les hommes commercèrent à devenir méchans: on le rapporte à celui ou Adam et Eve perdirent leur innocence ; car i'àge d'or n'était cru' une faible esquisse du LonLeur de nos premiers parens dans l'état d'innocence.

Vdge d^ airain fui le temps de la corruption totale du ir^enre humain ; et Va'ge de fer , celui où les hommes commencèj ent à se faire des g^uerres ouvertes : on en fixe Tépoqne à la construction delà tour de Babel , et à la confusion des langues.

EuD. Pourquoi Saturne est-il représenté avec une faulx: et des ailes.

Eh. La faulx que %'ous voyez près de lui {J^g' 1 7)» marque qu'il détruit tout ; car ce dieu n'est autre chose que le temps. Les ailes qu'il porte aux épaules désignent sa rapidité. Ce sablier exprime la vicissitude des événemens qui se succèdent et se renouvellent sans cesse. On le représente aussi avec un serpent qui forme un cercle en se mordant la queue.

EuG. Dites-nous quelque chose de Janus.

Ep. La fable dit qu'il était fils d'Apollon et d'une nymphe nommée Créiise. Avant reçu Saturne dans ses états , ce père des dieux , par reconnaissance, lui donna toutes les vertus d'un bon roi , avec le talent de ne point oublier le passé et de lire dans l'avenir , d'où û fut représenté avec deux visages. L'Italie, sons son règne, vitnaitre les douceurs de l'âge d'or. La clef que les peintres lui mettent à la main , marque qu'il ouvrait ou commençait l'année ; car c'est de son nom que le premier mois a été appelé /rt!/2t^/c;*. Numa Pompilius, second roi de Piome , ht construire en son honneur un temple magiiifiq le, dont les portes étaient fermées pendant la paix et ouvertes pendant la guerre. Quel-

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quefois aussi on représentait Janiis avec qaatre visages, parce qu'il présidaif aux quatre saisons de l'année et aux quatre âges de la vie humaine.

EuG. Quelle est celle femme assise , tenant une corne d'abondance , et dont la robe est parsemée de pierres précieuses et de fleurs de toute espèce ?

Er. C'est Cybèle, épouse du ciel , ràère de Saturne , et déesse de \i terre. Elle portait plusieurs noms; mais le plu^-ordinaire après celui de Cybèle , était le titre de grand-mère , parce qu'elle éiait regardée comme la mère de tous les dieux. Elle est assise pour marquer la solidité de la terre. Sa lète est couronnée de créneaux et clinrgée d'une tour, parce qu'elle a])pritaux hommes à s'enfermer dans des murailles. On lui suspend quelquefois à la mnin une clef qui indique que la terre ouvre son sein à toutes les productions sublunaires figurées par cefte corne d'abondance ; et les animaux dont on l'environne , désignent qu'elle est la m! re de tout ce qui a vie sous le ciel.

Les prêtres de Cybèle s'appelaient Galli ^ Dactyles, Corjbantes cl C^/rè/ei-. ils dnnsaient devant lî^ déesse , au son des tambours , jeliint des cris et fiisant des contorsions épouvantables.

Cvbèle aima tendrement un jeune Phrygien , nommé Aîys , (]ni ^ loin de répondre à la passion de celte déesse, lui préféra la nymphe Snngaride, fille de Sangar, fleuve de Phrygie. Des coups de cognée, donnés à un arbre auquel étaient attachés le sort et la vie de la nymphe, ayant causé sa mort, Atys entra dans des fureurs qui tenaient de la rnge , et se donna même un coup de couteau. Il allait se priver de la lumière, lorsque Cybèle, touchée du triste sort d'un morlel qui lui était cîier, le changea en pin, arbre qui fut depuis consacré à la déesse.

Il ne faut pas confondre celle Cybèle avec un0

l88 ABRÉGÉd'ÉP. ASTE,

aiiLre qni était sa fille, et qui fut femme de Saturne. Celle-ci s'appelle plus communément Vesta. Elle était la déesse du feu. On la peiul ordinairement (y^g. 6 ) un flambeau d'une main , et répandant de l'autre des parfums sur le feu sacré. Ses prêtresses, au nombre de sept, étaient appelée» Vestales. Elles furent instituées par >'uma Pompilius , et on les choisissait dans les lamilles les plus distinouées de Rome. Elles étaient cbargées d'entretenir jonr et nuit le ieu sacre ; car on se croyait menacé des plus grands malheurs, s'il venait à s'éteindre : on interrompait tous les exercices pu- Llics, jusqu'à ce qu'on eût rallumé ce feu aux rayon,-; du soleil, et Ton enterrait toute vive la vestale dont la négligence avait causé cette calamité. On faisait subir le nn*me supplice à celles qui violaient le vœu de cliasleîé, qu'elles formaient toules en entrant dans le sacerdoce. Elles ne pouvaient se retirer qu'au bout de trente ans. On leur renda.t les plus grands honneurs , et jamais on n'osait leur refuser une grâce cpi'elies demandaient.

Je vais maintenant vous parler de Jupiter ^ qu'on appelait le père des dieux et des hommes. Il fut élevé dans file de Grêle, au milieu des Coryba7ites ^ auxquels Cybcle , sa mère, l'avait secrètement conhé , pour le soustraire à 1 avidité de Saturne : les prêtres de la déesse dansaient en frajw pant sur des bassins d'airain , afin d'empêcher que les cris de fauguste enfant ne parvinssent aux.oreilles de son père. Jupiter fut allaité par la chèvre Amalthée ; dans la suite , il la changea en constellation, la plaça dans le ciel avec ses deux chevreaux, et il donna aux nymphes qui soignèrent son enfance, une des cornes de cette chèvre, avec la vertu de produire tout ce qu'elles désirer.iient ; c'est ce qu'on nomme la corne d abondance. On représente Jupiter {fi^. 1 ) assis sur un troue d'or ou sur des nuages, ayant uu aigle à ses cotés. Un dia-

ou l'ami de la jeunesse, 189 dénie retient sa longue chevelure ; ses yeux meiiaçans brillent sous de noirs sourcils ; son menton est coaverL d'une barbe majestueuse : il tient le sceptre d'une main , et de l'autre il lance la foudre.

Après avoir cliassé son père du ciel, Jupiter s'empara de Tempire du monde, qu'il partagea avec ses deux, frères Neptune et Pliitoa. Le j^reiaÏL-T eut la mer; les enfers échurent au second, et le ])ère des dieux se réserva le ciel, avec le droit de p/ésicler à l'univers.

Le diadème appartenait à Titan, comme je tous l'ai à.i^\à. dit. Ce dieu, désespéré de voir la postérité de Saturne sur un troue qu'il regardait comme le bien de ses enfans, suscita contre l'usurpateur les Titans ou Géans, fils de la terre. C'étaient des hommes d'une taille et d'une force prodig-ieuses. Parmi eux ou remarquait surtout Encelade , Bî'tarée ou Egéon , Typhon , OtJius et Ephiaîte. Ces deux derniers sont nommés conwnnnémQwt A loides y parce qu'ils étaient IJls du géant Aloeus , qui, étant trop vieux pour partager l'entreprise , s'était fait suppléer par ses deux lils. Briarée avait cent bras et cinquante têtes; Typhon, moitié homn e et moitié serpent, atteignait le ciel de sa tête : quant à Othus et Ephiaîte , ils croissaient de neuf pouces tous les mois. Pour escalader l'Olympe , ces monstrueux ennemis entassèrent les monts Ossa et Pélion , et tous les rochers de Thessalie. Les dieux prirent la fuite à leur approche , et se cachèrent en Egypte sous les formes d'animaux , d'arbres et de plantes. Bacchus seul resta auprès de Jupiter, qui, s'étant rendu maître de la foudre, écrasa les Titans sous les montagnes mêmes qu'ils avaient accuniu- Ices. Les poètes ont prétendu que Typhon était enseveli sous l'Ethna , montagne de Sicile, qui vomit des tourbillons de ilanimes et de fumée. • Jupiter avait épousé /^/^îo^i , sa STur , dunl il

eut plusieurs enfans , qui peuplèrent le ciel. Mais il ne s'en tint pas à sa lemine ; et l'on peut remarquer que le premier dieu des païens était en mèjne temps plus dissolu que les hommes même les plus effrénés. La Mythologie est pleine de ses mëtamorplioses. Sous la figure dun Satjre , il surprit la telle Antiope ; sons celle d'un taureau, il enleva Eur(.pe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, et la transporta sur son dos, au travers des mers, dans cette partie du monde à laquelle cette princesse a donné son nom. Déguisé en cygne, il trompa Léda ^ fille de Tyndare. Il prit la forme de Diane pour séduire la nymphe Calysto; il se glissa dans la tour de Danaë ^ métamorphosé en pluie d'or; il prit la figure d'Amphytrion , roi de Tlièbes , pour tromper la sage et vertueuse Alcmène , épouse de ce monarque, et il en eut le fameux Hercule. Enfin, il se transforma en aigle, pour enlever le jeune et beau Ganimède , fils de Tros , roi de Troie , et donna à ce tendre enfant la charge d'échanson , qu'il avait ôtée à Hébé ^ fille de Junon et déesse de la jeunesse , que Ton représente avec un vase et une aiguière {^fig' 38. ) Il n'y avait point au ciel d'autre table que celle de Jupiter. Ou y servait l'ambroisie, mets exquis, dont il suffisait de goûter une fois pour participer à fimmortalité; et le nectar, boisson ordinaire des dieux, dont la privation était leur plus grand supplice.

Malgré les énormes faiblesses de Jujnter, les païens attribuaient à ce dieu toutes les sublimes prérogatives qui ne conviennent qu'au maître absolu de la nature. Il avait à Olvmpie, en Elide, un temple laineux, duns lequel ou remarquait sa statue, ouvrage de Pliidias, et qui passait pour une des merveilles du monde. Elle était d'ivoire, enrichie d'or et de pierreries. Quoiqu assise , elle avait deux cent douze pieds de hauteur. Le chtne

or L'AMI DE LA JEUNESSE. 191 était consacré à Jupiter , parce cjue, à l'exeDiple de Saturne, il apprit aux houimes à se nourrir de glands.

Quand Jupiter eut vaincu ses ennemis, il s'occupa du soin de créer des hommes. Prométhée ^ fils de Japet,run des Titans, voulut égaler le maitre du monde. Il forma quelques statues avec de la terre et de l'eau ; et pour les animer, il déroba du feu au char du soleil. Jupiter, irrité de cette orgueilleuse audace, Je lit attacher par Vulcain sur le mont Caucase , où un vautour lui rongeait le foie, qui, en renaissant chaque jour, éternisait son supplice. Les dieux , jaloux de ce que Jupiter prétendait seul avoir le droit de créer des hommes^ firent fabriquer par Vulcain une femme que ce dieu anima. Tous les autres immortels, voulant la rendre parfiite. lui firent chacun leur présent; ce qui la fit nommer Pandore^ nom tiré de deux mots grecs , et qui peut se rendre par douée de tous les dons possibles. Jupiter, feignant de vouloir aussi faire un présent à cette céleste créature , lui donna une boite , avec ordre de la porfer à Epiraethée , trère de Prométhée. Cette boite , qu'on appelle la <^o?/e ^e Pandore, fut ouverte , et aussitôt tous les maux de la nature, qui v étaient renfermés, se répandirent sur la terre: fespérance seule resta au fond.

EuG. Quelle est cette femme assise sur un trône, avec le sceptre à la main et un paon auprès d'elle ?

Lu. Aous voyez la reine des cLe'ix , la s:eur et fépouse de Jupiter, la redoutable Junon , lilie de Saturne et de Cybèle ; elle présidait aux rovaumes. Son frère se métamorphosa en coucou pour la tromper; mais la déesse ayant aperçu Farlifice , ne conseutità f écouter qu'à condition qu'il Tépouserait. Junon était d'un orgueil et d'une fierté insupport.iblcs; naturellement méchante, implacable dam

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SCS haines et dans ses vengeances ; ajoutez à ces

dëfciuls la jalousie la plus farieuse.

Jupiter ayant aimé la nymphe /o, l'avait métamorphosée en valie , afin de dérober à sou épouse lapassioii cju'il éprouvait pour cette fille d'Inachus, souverain de la C^rie. Junon lui demanda cet te vache, et la confia au vigilant Argus, qui avait cent yeux, dont la moitié veillait et l'autre dormait tour à lour. Mercure tua ce gardien incommode, par l'ordre du maître des dieux : Junon le méîamorphosa en paon; mais, pour punir lo de la mort de son favori , elle envoya un taon , qui, par ses piqûres continuelles, la fit errer jusqu'en Egypte, où Jupiter lui rendit sa première l'orme , et en eut Epaphus, que Ton croit être le fondateur de la fameuse ville de Memphis.

Junon, vovant qu'elle faisait d'inutiles efforts pour regagner le cœur de son infidèle mari , entra dans une ligue que les dieux avaient formée contre lui pour le chasser du trône. Jupiter, après avoir terrassé les rebelles, résolut de punir la trahison de sa femme. Il chargea Yulcain , son fils, de la suspendre en l'air par le moyen de deux pierres d'aimant, et de lui lier les mains derrière le dos avec une chaîne d'or. Aucun dieu ne put la <lélivrer de ces entraves, et il fallut avoir recours à Yulcain qui les avait forgées , ce qu'il ne fit qu'après qu'on lui eut promis de lui donner Yénus pour épo'jse.

Junon présidait aux mariages et aux accouchemens, et alors on finvoquait sous le nom de Lncine. Le paon que la déesse tient à côté d'elle, est Argus dont je vous ai parlé , et les taches brillantes que vous voyez sur la queue de l'animal, sont les cent yeux de cet espion. Ces nuages , qui marchent devant la reine des dieux , marquent qu'elle était la souveraine de l'air; le sceptre qu'elle tient à la main, annonce sa puissance absolue. L'arc-en-ciel ,

ou l'ami de la jeunesse. ic)5

q'ie l'on place quelquefois au-dessus de la déesse , esl Iris , sa nicssnoère, qu'elle changea aiusi , poui' la récompenser de ce qu'elle ne lui annonçait jamais que d'iieureuses nouvelles.

EuD.Je n'aime p:is Jnnon ; je l'abandonne, pour connaître cet élégant musicien qui joue de la lyre près de ce roc escarpé, au sommet duquel s'élève un temple majestueux , et d'où semble s'élancer un cheval ailé. {Jig. 1 1. )

Er. C'est Apollon, le dieu de la poésie, de la musique et des arts. Ce rocher est le mont Parn;»sse , où il était particulièrement honoré, ainsi que sur l'Hélicon, le Piérus et le Pinde. Du pied, de ces uion tannes sortent deux fontaines : VHippccrènc ^l Castalie ^ et vis-à-vis coule un fleuve appelé le Permcsse. Il suffisait de boire de leurs eaux, pour être tout à coup saisi d'enthousiasme poétique. Ce cheval ailé , qui paraît s'élancer dans les plaines de l'air, c'est Pégase lui-même, aussi merveilleux pcir sa naissajice que par ses fonctions. Cet aniinal a le glorieux emploi de porter le dieu des vers et les neuf doctes soeurs; de plus il est aux ordres des bons poêles. Pégase naquit du sang- de Méduse , lorsque Persée , que vous connaîtrez dans lu suite, coupa la tète à cette Gorgone. C'est lui qui fit jaillir, d'un coup de pied, la fontaine d'Hippocrène.

EuG. Qu'entendez -vous par les neuf doctes sœurs?

Er. Ce sont les neuf Muses , filles de Jupiter et de Mnémosync ^ déesse de la mémoire. Apollon est leur chef, et partage avec elles les hommages qu'on lui rend. Celle qui a l'air si majestueux, qui s'appuie sur des faisceaux d'armes, et qui lient diinsla main droite uue trom])ette (y?^. 53 ), est Càlliope. Elle préside à l'éloquence et à la poésie héroïque, puelqueîois on pl-ice près d'elle les

Aùrégé d'Erastt. 9

1^4 ABliÉ(2;ÉD'£RASTE,

poëmes d'Homère et de Virgile , les deax plus

(grands poètes qui aient existe.

Celle qui tient d'une main une massue , et dans l'autre un poi;^nard , est Melpomène ^ uiuse de la tragédie. Elle ^t'uiit près d'un tombeau surmonté d u«e urne hineraire ; une couronne est a ses pieds ; elle est chaussée d'nn cothurne , et la robe superfce qui la pare , désigne la gravité du poëme qui est sons sa protection {fig' 27 ).

Thaîie ^ sa voisine (/zg. 26} , est la muse de la comédie. Elle est couronnée de lierre, et chaussée do brodequins. Ce masque, qu'elle tient de la main droite, indique la comédie de caractère, c'est-à-dire , celle où Ton représente les passions humaines ou les mœurs déréglées , dans Tintention de les corriger en les ridiculisant.

Cette autre est Polymnie , qui préside à la rhétorique [fig' ô\). Vous la voyez dans l'altitude d'une personne qui joue de la lyre , dont on lui attribue l'invention. Elle est vêtup de Idanc, pour marquer la pureté du langage, et couronnée de perles, pour signifier les grâces et les ligures qui doivent orner le discours. On lui met aussi un sceptre dans la main gauche , tandis qu'elle a la main droite en action pour haranguer, parce que Téloquence est la reine des cœurs, qu'elle dompte à son oré.

Cette vierge enjouée, couronnée de niyrltie et de roses , est Eralo , muse de la poésie lyrique eb erotique ou amoureuse [Jlg' 5o ). Elle a pour attri- Luls une lyre , un flambeau , et souvent de petits Amours.

Euterpe , déesse de la musique et de la poésie pastorale, est couronnée de fleurs, pour marquer la beauté des campagnes. A ses pieds vous voyez une lyre ; elle joue de la flùle et du hautbois, parce^ qu'elle inventa , dit-on, ces inslrumcns. (Jîg, 28. )

OF L' AMI DE LA JEUNESSE. igS

Celle-ci, remar viatle par sa couronne d'étoiles et sa belle robe d'azur {Ji^- 32 ) ,est JJranïe^ muse de l'astronomie. Elle snesure un globe céleste d'une main , et de l'autre elle paraît démontrer ce qui est tracé sur ce globe. On met ordinairement à ses pieds des instrumcns de mathématiques.

Celle qui est couronnée de laurier (^g'. 2.5 ) , et qui, d'un air inspiré, écrit sur un livre , est Clio ^ qui préside à l'histoire, et qui raconte aux races futures les actions célèbres et les événemens mémorables.

Enfin cette dernière qui paraîf: si légère, qui est couronnée de fleurs, et qui a une harpe entre les mains, c'est Terpsichore^ qui préside à la danse [fig. 29 ).

EuG. Voudriez-vous nous raconter l'histoire d'ApoJlon?

Er. Apollon est fils de Jupiter et de Latone ^ à laquelle ce maître des dieux s'était attaché. Junon^ pour punir Latone de l'inconstance de son époux, suscita contre elle un serpent, que la terre engendra de son limon après le déluge, et qu'on appelle \q serpcQit Python, Ce monstre horrible servit si bien le courroux de la déesse , que l'infortunée Latone fut obligée de se précipiter dans les flots. Elle y aurait trouvé la mort, si Neptune n'eût tout a coup fait paraître l'île de Délos, qui lui servit de retraite, et où elle mit au monde Apollon et Diane. Dans la suite, Apollon tua Python à coups de flèches; et cette victoire fit instituer les jeux appelés Pytlnens. C'est pourquoi l'on représente très-souvent ce dieu avec un arc et un carquois.

Apollon était non-seulement poète et musicien , mais encore médecin et prophète. On allait le con- ■nlter à Délos^ lieu de sa naissance ; à Claros, ville dionie; à Ténédos, île de la mer Egée; à Cyrilia , ville située au ])ied du Parnasse, et dan"=;

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presque Ions les Jiciix où le p^'^unisine lui avait érigé des aiilels. Mais l'endroit où Toii révérait le plus ses oracles , était Delphes, ville de la Phocide, qjii passait pour être le milieu de la terre. La prêtresse qui les rendait, s'appelait Pytho- /2^o<? , parce que le trépied sacré, sur lequel elle se pinçait, était couvert de la peau du serpent Python. C'élaient toujours des prèlres ou des prêtresses qui répondaient pour le dieu. Ils l'invoquaicnt avec des hurlemens horribles ; ils entraient en fureur, et donnaient leurs oracles en vers, d'une voix qu'on avait peine à entendre (i).

C'est ici le lieu de vous parler du colosse de Uhodes, statue en bronze de deux cent cinq pieds de hauteur, qui élajt dédiée à Apollon. Ele\ée à rentrée d'un port de nier, les navires passaient à pleines voiles entre ses jambes. Elle tenait dans sa niniu droite un f'an;d qu'on éclair<iit lu nuit, pour indiquer l'entrée du port aux vaisseaux. On y moulait par un escalier intérieur. Elle fut élevée l'an 5S8 avant .lésiis-Christ, et renversée par un tremblement de terre, soixante-six ans après son élévation.

Le dieu des veis aima Cpronis ^ dont il eut Esculape , qu'il mit sous la conduite du centaure Chiron. Ce centaure était fort habile dans la counaissance des plantes et des simples. H enseigna son art au fils d'Apollon. Esculape surpassa son maître, et trouva même le moyen de ressusciter liippolyte , fils de Thésée. Jupiter irrité le frapp de la foudre. Il fut honoré d'un culte particulier à Kpidaure, ville du Péloponèse , où on lui éleva un temple superbe ; et à Rome , où on le représentait sous la ligure d'un serpent, ou sous celle d'un

(i)Il y avait aussi près île Dodone , ville d'Epiie, une! foiêt consacrée à Jupiter • dont les chênes proj:hélisaicni.

ou l'a 311 DE LA JEUNESSE. 197

vieillard véjieriible appnyé sur un tàton , autour (luijueJ est un de ces reptiles, ij^is^^ J »• )

Diins sa douleur Apollon tua les Cjciopcs , qui avaient lor^é la foudre (!t)r.t s'était servi Jupil;er. Ce dieu le chassa du ci«d , et l'illnstre exiîé se retira chez Admèle , roi de Thcssalie , dont il garda les troupeaux -,06 qui Ta t'ait honorer connue le dieu des bergers.

xAyant eu le lUidheur de tuer sou ami IJjacinlht., en jouant au palet avec lui, il le métamorphosa en Uïie fleur qui i)orte le même nom. Les parens de ce jenne houime poursuivirent le dieu homicide: il lut obligé, pour éviter leur persécîUion, de se rélugier à Troie, où le roi Laomédon l'ejaploya à bcàfir cette ville. Il y rencontra Neptune, qui , comme lui , banni du ciel à cause d'une révolte contre son frère, s'était vu contraint de se l'aire maçon. Pour comble de malheur , Laomédon ne les paya point ; mais ils s'en vengèrent, ]N'eptune en inondant les travaux, et ApolIoD en envoyant la peste dans tout le pays. Jifpiler, touché de la trisle condition de son fils, le rappela dans l'Olympe, et lui confia le soin d'éclairer l'univers. L<i, monté Siir un char éclataîil de pierreries , et tiré par quatre chevaux fougueux, appelés Etho?i, Pyrois , Eoks et Phlégon,'\\ faisait le tour du monde sous le nom de Phébiis ou de Père du jour ^ et distribuait la lumière à loas les hommes. Le soir, il se précipitait tians les eaux , et allait se reposer auprès de Tliélis , déesse de la nier.

Outi'c Esculape , Apollon eut encore plusieurs eîifans , pai'nii lesquels on distingue surtout Phaéton , qu i , ayant voulu conduire le char de son père , inllit eml)!asL'r l'univers. Ji.'pifer indigné le foudroya, et le précipita dans le Pô, fleuve d'Italie, itppelé autrefois, { Eridan. Cygnus , arni de cet inf«»rfuné, fut si touché d;; sa iln déplorable, que

igS ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

J.ampéluse, Lanipélie et Pliaétuse, que l'on nomme comDiunément les Héliadcs ^ le pleurèrent avec tant de sincérité , qu'elles lurent métamorphosées en peupliers, et leurs larmes en ambre.

Le laurier était consacré à Apollon, parce que, poursuivant Daphné qu'il aimait, celle nymplie ne pouvant plus lui échapper, pria le fleuve Péiiée , son père , de la changer en laurier.

Ei'G. Quelle est donc , respectable Eraste, celte belle chasseuse qui a un croissant sur le Iront, et qui porte d'un air si martial son arc et son carquois?

Er. C est Diane ^ sœur d'ApoUon, déesse des forêts. D'une humeur farouche et austère, elle préféra le séjour des bois à celui de l'Olympe. Un carquois, un arc, des flèches, tels étaient les ornejnens qui formaient sa parure [Ji^> 12 ). Elfe garda une virginité perpétuelle , et voulut que ses nymphes lissent avec elle ce vœu unique parmi les habitans du céleste séjour. Ses amours avec Endymion , berger de Carie , sont sur le compte de la Lune et non de la déesse des boisj car Diane avait trois foijctions difïerenles, avec trois noms et trois caractères diilérens. Dans le ciel , on l'appelait PAeZ^e ou la Lune: alors elle était quinteuse, capricieuse et dissolue. Aux enfers, on la nommait Hécate, et pour lors elle était cruelle, sanguinaire, impitovable; mais sur la terre, la iille de Latone était la chaste Diane ^ tout â la fois hautaine , vindicative et dune délicatesse extrême sur riionneur.

Pour se venoerd'un roi de Calvdon qui paraissait l'avoir dédaignée , elle envoya sur ses terres un énorme sanglier qui y fit d'affreux ravages. Agamemnon , roi d'Argos et de Mvcènes, ayant tué par hasard une biche qui lui était consacrée , celte implacable divinité retint les Grecs dans le port tlAulis, et demanda le sang d'Iphigénie , fille de

ou l' A M I D E L A J L L K E S S E . i 09

ce malheureux prince. ].e chasseur Actéuu, qui avail eu la lémérité cle la regarder daus le IkiIti , Tut changé en cerf, et dévoré par ses propres chiens qui ne reconnureul plus leur raaiirc. Eufia elle ch'issa de sa cooiptiguie la nymphe Cajyslo, qui s\'tail laissé surprendj-e par Jupiler. Arélh'ise, uuii autre de ses nymphes, élanL poursuivie par le chasseur Alphée, Tut changée en Ibnlaine, et le chAseur, en puni lion de sa léniéfilé, lut niélamor- ])hosé en ileuve.

Le temple de Diane, à Ephèse, était compté parmi }es luerveilles du inonde ; ilélait orné de centvin^;lsept colonnes de marbre, haules de soixante pieds : trente-six de ces colonnes étaient ciselées et ornées de bas-reliefs de la plus grande beauîé. Un l'ou, nommé Eroslrate , incendia ce superbe édifice, dans la seule vue de faire passer son nom à la postérité.

Voyez maintenant ce jeune homme entouré de pampres et de raisins {Jig' 10) ; c'est Bacclnis , le dieu des buveurs. Il tient un thyrse à la main , c'est-à-dire, une baguette ornée de feuilles de ^ igné et de lierre, et surmontée d'une pomme de ]>in. Sa tête , qui est toujours couronnée de pam- ])res, est quelquefois couverte de deux cornes, parce que dans tous ses voyages il se revêlait de îa peau d'un bouc. On le représente aussi sur un char traîné par des tigres, des lynx et des ]>:uilhères, pour montrer que le vin inspire souvent la fureur et la htufalité. Les païens lui attribuaient lagloiic d avoir plan le la vigne.

Ce dieu était fils de Jupiter et de Sémélé , fille de Cadmus , roi d'Athènes. Cette princesse, à l'instigation de Junon , voulut voir le dieu de l'olympe dans (ouf son éclat; mais elle ne put soutenir la nVajest<i qui l'environnait ; le feu du tonnerre embrasa son })alais; elle ("ut elle-même réduite en cendres, el B.if^chu'^, dcmt clic était enceinte, fut

!>00 ABREGE DERÂS TE,

sauvé par Jupiter, qui l'enrerma dans sa cuisse jusqu'au terme de ucaïuiois ; alors ji le conli.i à sa tante luo, qui réieva secrt Lemenl avec Je secotirs des iiyniphes. Le vieux Silène^ satyre pleiu de gailé et buveur iu(atioabJe, lui fut donné pour précepteur.

Bacchus , devenu grand, leva de nombreuses troupes d'jiommes et de femmes, qu'il arn'u\ de tambours et de thyrses , au lieu de boucliers et de lances; il fit la conquête des Indes, et*revint en Egypte, où il était né, pour y l'ormer les babitan§ dans l'art de cultiver la terre. On lui érigea des autels dans toutes les contrées du monde, excepté en Scylbie , où l'on croyait ridicule d'adorer une divinité qui faisait perdre bi raison; on lui faisrtit des libations de vin , et on lui immolait un bouc, parce c[Me cet animal défruit les bourgeons de la vigne. Ses fêtes, appelées Orgies on Bacchanales , se célébraient en automne, avec une licence qui tenait de la fureur. Ses prétresses, que Von nommait Bacchantes ou Ménades, couraient alors snr les inontaones, poussant des cris et des liurîeuicns épouvantables. Elles étaient babillées de peaux de tigres, et avaient les clieveux épars : cbacune lenait à la main un tbyrse et une torcbe ardente.

On cite plusieurs exemples de la sévérité de Bacchus. Pentbée, roi de ïlièbes, ayant empêché ses sujets de célébrer les l'êtes du dieu des raisins, sa mère fut tout à coup saisie d'une humeur sanguinaire, dans l'accès de laquelle elle le mit en pièces sans le connaître. Les trois filles de Minée, Tbébaines, qui avaient affecté, par mépris, de travailler le jour où Ton célébrait les Baccliajîales , furent changées en chauve-souj'is. Enfin, Lycurgue, roi de Thrace, voulant arracher les vignes qui étaient dans ses états, fut livré à un ici excès de rage, qu'il se coupa lui-même les jambes.

EvD. Yoîid riez-vous nous dire quel est ce dieu

ou l'ami de la JEU^Ii SSE. '2Vi

qui a des ailes à la tête et aux talons , et qui paraît pianer dans les airs? {/^'g' 5. )

Kk. Ce dieu esr Mercure^ fils de Jiipiler el do Maïa, l'une des Pléiades. Il était le Jiiessagcr des Labitans de l'Olympe, leur confident, leur procureur, menait leurs intrigues, traitait les affaires de i^uerre et de paix, répondait aux barano^iies publiques ; et, pour cefte raison , était regardé comme le dieu de l'éloquence, il arait encore l'emploi de conduire les àiiies aux enlérs, avec îe ])ouvoir de les en tirer. Ayant fait une lyre avec l'écaiile d'une tortue^ il la monîa de neuf cordes de fil de lin , en l'honneur des neuf Muses, et la donna à Apollon. Ce dieu , par reconnaissance, lui fit présent du caducée; cette Laguette qu'il tient àiamain, et qui est surmontée de deux ailerons. S'en étant servi pour séparer deux serpens qui se battaient, ces reptiles s'entortillèrent à reniour^, de telle façon que leurs corps formaient un arc. Mercure voulut depuis porter son caducée avec la figure de ces deux serpens, comme tin symijole de paix et d'union. Il inventa l'art de vendre par poids et par mesures, ce qui le fit regarder comme le dieu du commerce. Il fut aimé de Vénus , et en eut un fds Lommé Hermaphrodite, La nynipiie Salmacis^^wi aimait éperdument cet HerinapLrodite , le voyant nn jour dans un bain, pria les dieux que leurs corps fussent toujours unis : elle olitint cette grâce, et Ton appela ce couple Androgj'nc , c'est-à- lire , homme et femme.

Mercure était aussi le dieu des voleurs. Un jour qn'ApoUon faisait paître les troupeaux d'Admè te , il lui déroba quelques-uns de ses bœufs et sa Jyre dont il se servit pour endormir Argus. Craignant d'clre décelé par un berger nommé Battus^ qui l'avait aperçu , ce dieu malin lui donna la plus belle des vaches qu'il avait prises; mais bientôt après il reparut sous une autre forme, et lui offrit une

vaclie et un bœuf, s'il voulait découvrir eu quel lieu le larcin avait été caché. Battus, séduit ])ar l'appât du gain, dit tout ce qu'il savait. Mercure alors se fit connaître, et le changea en pierre-dctouche^ dont la ])ropriété est de découvrir la nature du métal qu'on lui lait loucher.

EuG. Quelle est donc cette Lelle déesse qui tient une pomme d'une main, et près de laquelle j'aperçois un jeune enfant qui paraît sortir d'un nuaDe?^(;f^. 8. )

Er. C'ei.t Vénus ou Cypris^ déesse de la beauté. Les uns disent qu'elle est ïiWt du Ciel et de la Terre ; les autres qu'elle doit le jour à Jupiter et à la nymphe Dionée. La plupart prétendent qu'elle est sortie du sein de la mer. Des qu'elle fut née, Zéphire la porta dans l'Ile de Chypre , où les Heures se chargèrent de la nourrir, et bientôt après, elles la conduisirent avec pompe dans le séjour des dieux, qui la trouvèrent si J)elle , qiie chacun d'eux voulut fépouser ; mais, comme je vous l'ai déjà dit, Vulcain eut la préférence. Peu satisfaite d'avoir pour époux le ]>lus difforme des immortels , cette déesse s'attacha une foule de courtisans , tels que Mars , Bacchus , Anchise , prince troyen , et Adonis, jeune chasseur d'une grande beauté, qu'elle changea en anémone , après qu'il eut été tué par un sanglier. Le sang- de cet Adonis étant tombé sur la rose, qui était blanche auparavant, cette fleur demeura rouge, et fut consacrée à la déesse, que l'on représentait souvent assise dans un char traîné par des colombes.

Vénus eut une infinité d'enPans, parmi lesquels on distingue les R.is, les Jeux et les Plaisirs. Ce beau jeune homme, au regard malin, qui a des ailes, qui tient d'une main une flèche et de l'autre un flambeau (y?g". i5.)^ ^'^'^'' Cvpidon ou \ Amour. Jupiter voyant que ce petit dieu causerait de grands troubles, voulut contraindre sa mère à

ou l'ami de la j e u n b s s r, . i? o j s'en défaire ; luais elle le cacha dans les tois, où il snoa le lait des bêles sauvages. Enfin ces trois filles jeunes, riantes, et qui se tiennent par la main, sont les trois Grâces, Jglaé , Thalie et Euphrosine (^%. i4 )• Compagnes inséparables de leur mère, elles présidaient à tous les arts de ^oiU et d'agiément. La pomme que Vénus tient à la main est le prix de la beauté, qu elle obtint du berger Paris, choisi par Jujnter pour juger qui devait l'emporter d'elle , de Junon ou de Minerve.

La déesse des amours avait des temples dans tous les pays du monde. Les plus connns étaient à Amalhonte, à Lesbos, à Paphos , à Gnide , à Cytlière et dans l'ile de Chypre. On l'honorait par des jeux, des chants, des ddiises, et souvent par des débauches infâmes.

Eud. Quelle affreuse ligure! Quoil cet homme tout contiefait, et qui, a^ ec son marteau et son bonnet, a Pair d'un i'orgeron , est-il aussi un dieu. ^

Ec. Sans doute; c est Vulcam , 1 époux de ^ enus. Il était fils de Junon et de Jupiter, qui le ])rccipita du ciel au moment de sa naissance, à cause de sa difformité. Yulcain se cassa la jambe en tombant, et demeura boiteux. Pour le consoler de cette disgrâce , son père lui donna l'intendance de ses foudres. Les forges du dieu étaient dans les îles de Lemnos , de Lipare, et dans le mont Ellina. Il avait pour compagnons lesSyclopes, hommes d'une taille gigantesque , et à qui les poètes ne donnent qu'un œil, placé au milieu du frontc Ce lut par leur moyen que Vulcain fit le palais du soleil , les armes d'Achille, celles d'Enée , et le fameux chien d'airain qu'il anima ensuite.

On i\ppQ]Rit Lan? padopj'.ores OMporte-^amheaux les. fêtes célébrées en l'honneur de Vulcain. C'était une course où les acteurs tenaient une lorclie allumée , qu'ils étaient obligés de porter jusqu'au

Lout de la carricre, sans réléimlre. l>e vî'.injncnir

recevait pour prix Jes flambeaux de ses aniago-

uisles.

EuD. Quelle est celte déesse armée d'une cuirasse, avec un casque sur la têle, une lance à la main , et qui s'aj)puie sur un bouclier? [Jig' lo. )

Er. Il faut envisager cette divinité sous deux rapports; ou comme la déesse de la guerre, et alors on l'appelle P allas; ou comme la déesse de la sagesse et des Leaux-arts, et on la nomme alors Minerve. Quand on la peint comme la déesse des arts , on la représente entourée de leurs attributs , et tenant à la main une branche d'olivier.

On prétend qu'elle sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Son père lui donna l'égide : c'était un bouclier couvert de la peau çle la chèvre Amalthée. Minerve le rendit plus redoutable , en j ajoutant la tcte de Méduse, l'une des Irois Gorgones, qui avait la vertu de pétriher ceux qui la regardaient. Cette déesse eut un différend avec IVeptune, pour donner le nom à la ville d'Athènes : cet honneur était destiné à celui qui produirait la chose la plus belle et la plus utile. Minerve fit sortir du sein de la terre un olivier tout fleuri, et >'eplune un cheval. On jugea en faveur de la déesse, et, dès ce moment, la ville d"Athènes el l'olivier lui furent consacrés.

Arachné^ habile ouvrière en tapisserie , se crut en état d'égaler I^finerve, el osa la défier. Ayant eu le malheur de l'emporter, la déesse irritée déchira la tapisserie , et frappa sa rivale an visage. Arachné s'alla pendre de désespoir, el Minerve la changea en araignée.

Voyez cette autre guerrière, les yeux étincecelans , tenant l'épée d'uue main et de l'autre la foudre (T^g. 24 ) ; c'est Bellonc , qui prési'.lait à la guerre, et dont les prêtres célébraient la ïî^i2 en courant les uns sur les autres, armés de sabres, et

ou L Mil D£ LA JT.V^TZSSU. 20 J

se IVappaiit jusqu'à l'cfFusioii du saiîg ; m lis celle Cillante n'était qne siiniiU'e.

VoTcz aussi cet homme armé de toutes pièces, prêl à monter sur sou char , el qui semble ne respirer que le carnage (^f^g. 7 ); c'est îllars . le dieu des combats et le Ircre de Bellone. Jurion , jalouse de ce que Jupiter avait tiré Pallas de son cerveau , donna seule le jotir à Mars, et voulut qu'il fût le dieu des guerriers. Rome lui était parliculièixment consacrée, et les Romains prétendaient que leur fondateur avait eu ce dieu pour père. On a[»j>e]dii. SCS -pvùlvi'S sa/ie?is , parce qu'ifs célébraient ha {"êle en dansant et en smlant dans les rues. ÎS'unui en institua douze, auxquels il donna de petits boucliers exiictement semblables, pour empêcher qu'on ne pût reconnaître celui des doi.'ze qui était, dit-on, tomlé du ciel, et qui assurait à Rome l'empire de la terre. Le coq était l'oiseau favori de Mars , pour montrer la vigilance que demande le métier des armes.

EvD. Je vous avoue, Monsieur , que ces dieux-là nje l'ont trembler; j'aime la paix : et celte femme couronnée d'épis, qui fient d'une main une faucille, et de l'autre une poignée d'épis mêlé§ de pavots , paraît en être la compagne {J^g- 4- )

En. C'est Ccrès^ déesse des moissons. Elle doit Te jour à Saturne et à Cybéle : on prétend qu'elle enseigna l'agriculture aux mortels.

Ce Dieu que vous remarquez debout sur son char, et qui a pour sceptre un trident [fig. 3 ), est Neptytie , également fds de Saturne et de Cybéle , et souverain des ondes. Son char est une conque, espèce de coquille d'une blancheur plus éclatante que l'ivoire, soutenue sur des roues d'or. Il est ordiiiai rement traîné par des chevaux marins plus blancs que la neige. A côté du char de Neptune, on place celui dH Amphitrite , son é})ouse, iille de l'Océan : deux dauphins lui servent de

206 ABRÉGÉ d'ÉRAST£,

coursiers, et son cortège se compose de nymphes et de tritoiis (/?§"■ iQ)'

VCcéan, fils du Ciel et de Yesla^, e'iail regardé comme Je père des fleuves , des rivières et des fontaines. Il épousa Thétis, sa sœur, dont il eut Neréc et Doris , qui se marièrent ensemble, et qui enrent un grand nombre de filles qui ont des noms difFcrens , selon la différence de leurs emplois. Les Xéréides sont les nymphes de la mer. Leurs beaux cheveux pendent sur leurs épaules et fiollent au gré des vents. Les Naïades sont les nymphes des fleuves, des rivières et des foniaines; les Dryades^ celles des campagnes; les Hamadrj-ades ^ celles des forets; les Napées , celles des bocages et des prairies, et les Oréadts , celles des montagnes.

Les Tritons^ enfms de ]N'eplune et d'Amphitrite , étaient des monstres moitié hommes et moitié poissons, qui faisaient retentir les airs de leurs conques recourbées.

Ce dieu que vous apercevez assis sur un rocher, tenant à la main un tourbillon [jig. 07 ) , est Eole^ fils de Jupiter, et souverain des vents. Son visage ridé et chagrin , sa voix menaçante , ses yeux pleins d'un feu sombre et austère, répriment les aquilons furieux, et repoussent tous les nuages. Il lient enchaînés dans son antre les quatre vents principaux, Borée, Eurus, Notus et Zéphire, afin qu'ils ne troublent point l'empire du dieu des mers.

Les Harpies , filles de ÎVeptune et d'Amphitrite, infectaient tout ce qu'elles touchaient. Ces monstres avaient une tète de femoie , des oreilles d'ours, le corps d'un vautour, les ailes de chauve-souris , et des griffes aux pieds et aux mains. Le berger de iS'eptune s'appelait Prothée ; il était fils dcfOçéan. Au don de prendre toutes sortes de formes , il joionait encore une connaissance parfaite de l'avenir, sur lequel il ne s'expliquait jamais que par ibrce.

ou l'ami de la JEtTNESSE. 207

Le cheval et le taureau étaient les victimes ordinaires que l'on sacrifiait à Neptune; on Thonorait particulièrement dans la Libye et à Corintlie, Les oiseaux a[)j)ele's Alcyons , et qui ont, à ce que prétendent les poètes, le singulier privilège de (aire leur nid sur les flots de la mer, lui étaient consacrés.

On reninrqîiaii encore, parmi les divinités de la mer, Glaiœus^ Méliccrte, les Sy rênes , Charyhde et Scylla. Glaucus était un pêcheur qui , s'étJ'.nt ])récipité dans la mer, fut changé en dieu marin, et oLtinlde Neptune l'intendance des rivages. Inc^ fille de Cadnius , et l'emme d'Alhamas, roi de Thèbes, s'étant aussi jetée dans la mer avec son fils Mélicerte, pour se dérober aux fureurs de son époux, excita la pilié de ce dieu, qui la plaça ])armi les nymphes, sous le nom de Leucotoé ^ et chargea Mélicerte du soin de présider aux ports , sous celui de Paléinon.

Les Syrènes étaient d'abord des fdles dont la beauté et léchant ravissaient; mais en leur laissant le visage et la voix, les dieux leur avaient donné des queues de poissons (/?§■. 42). Si l'on avait le malheur de les rencontrer en mer, on devait s'attendre à faire naufrage, parce qu'il était impossible de résister à leur mélodie. Orphée, qui accompagnait les Aroouaules, pour emnêcher ses compagnons a être séduits par leurs cnants, prit son luth, et chaula si divinement les louanges des immortels , que , de rage , elles devinrent muettes , et se précipitèrent, avec leurs instrumens , d:<ns la mer, où elles furent changées en rochers.

Scylla , fille de Phorcys , fut aimée de Neptune. Ayant été changée, par la jalousie d'Amphitrite , en un monstre effroyable, dont la partie supérieure ressemblait à un chien, elle eut tant d'horreur d'elle-même, qu'elle se précipita dans un gouffre de la mer de Sicile, où fou entend ses

iiboieineui el ses liiirlemens. Catybde ëlait line icLiinie qui fut luée pûi- Hercule, j»nrce qu'elle lui avait dérobé quelques ])œurs. Ayant été précipitée dans Iri même inei* de Sicile, elle y lut changée en un gouliVe tiès-dangereTix. Ct>înme ces deux érueils étaient très-voisins l'un do l'autre, el qu'il n'était guère possible de franchir le premier sans se jeter dans le second , de là est venu le proverbe : tomber de Caryhde en Scylla.

Ici, vous voyez Phiton et soti empire. îl commande en maître; sa lefe est ornée d'une couronne d'ébène, et il tient à la main une espèce d(î fourche, aj)j)elée iridenl [fig. 19). Fils de Saturne e! de Cybèlii , ce dieu , qui eut en partage le rcvaîune des morts, était si laid, qu'aucune déesse ne voulut l'épouser. Désespéré de ne point trouver de femme, il prif le parti cfeulever Proserpine^ fille de Cérès, lorsqu'elle s'amusait à cueillir des iîeurs avec ses compagnes. Contemplez cette déesse, devenue reine des enfers ^^fig- 56 ). Elle y est assise comme dans son palais , portant le sceptre et donnant ses ordres.

Le ministre souverain des ombres était Plvtus ^ dieu des richesses, tlls de Cérès et de Jasion. On le représentait sous la figure d'un homme aveu;^le, tenant dans ses mains une bourse remplie d'ar-

L empire de Pluton contenait l'Elysée, oir le séjour des hommes vertueux, et le Ténare ou Tartare, lieu destiné aux supplices des scélérats. Les frontières en étaient rendues inaccessibles par cinq fleuves , qui sont le Styoc^ le Cocyie, Y Achéron , le Léthé et le Phlégéton. Le Styx faisait sept fois le tour des enfers. Quand les dieux avaient juré par ses eaux, ils ne pouvaient violer leur serment sans être privés de la divinité durant cent ans. Le Cocyte, lleuve du Tartare , ne grossissait que des larmes des méchans. Les eaux de l' Achéron étaient

Lour jL'iises et amèrcs ; des (luDinies liquides con:posaienl celles du Phlégéloiî, et les eaux du Léihé î'aisiieut perdre aux morts le soiivenii" du pass'.^.

ïJErèbc ^ lils du Chaus el de la Nuit, était le dieu qui préside à celte nuit éleriielle dont les ulTreuses téuè!)rcs lendcul si efirayaut le séjour des uiorls.

En arrivant aux enfers, les aines, appelées ombres ou mânes, trouvaient Cardn^ vieillard durel inflexible, fils dei'Erèbe, dont l'emploi était de leur iairc })asser les cinq lleuves dans une barque où l'on n'entrait poijit sans payer : aussi avaii-on grand scttin de mettre une obole dans la tombe ou sous la lan^^ue des morts , afin qu'ils pussent satisî'yire l'avide nautcnnier.

Lorsqu'on était débarqué , on renconlrail un cliien à trois têtes nommé Cerbère^ animal terrible, cliargé de garder les enfers et le palais de Plulon. Il dévorait impitoyablement tous ceux qui roulai en l sortir, ou qui se présentaient pour entrer avant leur mort.

Enfin les mânes paraissaient devant les trois juges, Miiios , Eaque et Rhadamanie , dont les arrêts s'exécutaient sur-!e-chan)p. Minos, fils de Juj)iter et d'Europe, présidait ce tribunal redoutable : il tenait une urne dans laquelle les destinées des hommes étalent renfermées. Tous trois avaient été sur la terre des monarques équitables , et voilà pourquoi l'on feignit qu'ils étaient chargés du soin de juger les ombres. Les scélér.its , les méchan?,les impies étaient précipitésdansle Tartare. Oji y voyait les Titans, et une foule d'autres malheureux, dont les plus célèbres sont : Sisj-phe , Tantale, IxioJi, Tifyus, Phlégias, Salmonée et les Danaïdes.

Sisyphe était un brigand fam(;ux qui fut tué par Hercule. Il fut condamné à rouler au haut d'une montagne escarpée un roclier qui r:LcP-ibail

âiO ABRÉGÉ D EE ASTE,

sans cesse. Ta7itale.ïï\s de Jnpiler et de la iijnnphe PloJa, voulrmt éprouver Jes dieux , leur avait servi ]es memLrcs de Pélops, sou lils. En punition de son parricide, il éiait plongé dans l'eau jusqu'au înenton , et une branche chargée de fruits exquis paraissait auprès de sa Louche ; mais l'eau se relirait lorsqu'il voulait toire, et la branche se redressait lorsqu'il voulait y toucher. Ixlon^ roi des Lapilhes , était attaché avec des.serpens à une roue qui tournait sans cesse. Onlro qu'il n'avait pas craint d'aspirer à la possession de Junon , ce scélérat s'était encore défait de son beau-père, en le jetant dans un brasier ardent. Titjits ^ géant dont le corps couvrait un espace de neuf arpens , fut tué par Apollon et Diane , pour avoir insulté Lalone. Il était enchaîné sur un rocher, où un vautour lui déchirait le foie, qui renaissait toujours. Pldégias, père d'Ixion, ayant brûlé un ten^ple d'Apollon, ce dieu le précipita dans le Tartare , où il fut condamné à demeurer éternellement sous un énorjne rocher, qui , paraissant toujours près de tomber , lui causait une frayeur aiTreuse. Salmonée^ prinf e d'EJide, i'ut foudroyé et jeté dans les flammes, pour avoir osé s'égaler à Jupiter, et imiter son tonnerre, en faisant rouler sur un pont d'airain son char éclairé de flambeaux. Les Uanaides étaient cinquante, toutes filles de Dnnaùs, roi d'Argos, et elles épousèrent les cinquante fils d'Egyptus, leur oncle. Danaiis avait appris de l'oracle <i\\.\'d ses gendres le détrôneraient. Pour prévenir ce malheur, il ordonna à ses filles d'égorger leurs maris la première nuit de leurs noces. Hypcrmnestre fut la seule qui refusa d'obéir, en sauvant la vie à Lyncée ; elle fut aussi la seule qui ne partagea pas le châtiment de ses cruelles sœurs , condamnées toutes à remplir d'eau un tonneau percé. Les Fnries ou Euménides , présidaient aux supplices des ombres condamnées à hirbiter le Tartare.

ou L A ^I 1 D E LA J E U ^' !■ S S E . 5 i 1

Elies étaient trois, filles de l'Achéron et de la Nuit. On les appelait Alccion , Mégère et Tisiphojie. L'horreur de leur flgare était encore augmentée par les couleuTres qui couronnaient leurs totes , par les serpeus et les forclies ardentes qui armaieiil ie'irs uiaiiis vengeresses.

Trois autres sœurs, appelées Parques^ savoir, Clotho , Lachésis et Atropos , filles de la INécessite, filaient la vie des hommes. La première tenait la quenouille, la seconde tournait le fuseau, et la troisième coupait le fil avec des ciseaux (yzg. 44 )• On dit qu'elles employaient de la laine ^ Tanche , mêlée d'or et de soie, pour exprimer les jours heureux, et de la laine noire , pour exprimer les jours malheureux.

Les Champs-Elysées, séjour des hon^mes de bien, renfermaient tout ce que les païens pouvaient concevoir de plus délicieux.

III^ ENTRETIEN

Des dieux de la seconde , de la troisième et delà quatrième classes.

Eraste. Pa7i était le chef des divinités cha-npetres et terrestres. Fils de Mercure, ce dieu vint au monde avec des cornes sur la tête, des pieds et une barbe de chèvre {^fig' 20 ). hes Satyres , qui étaient des monstres semblables à lui, et dont on dit qu'il était le père, raccom})agnaient ordinairement. Il était aussi suivi du dieu Faune ^ qui donna aux hommes quelques connaissances d'agriculture, et d'un autre dieu des forêts, nommé Sil~ vain, qui portait toujours une branche de cyprès, parce que la nymphe Cyparis, qu'il aimait, avait été ciiangée en cet arbre par Apollon.

L'espèce de flûte que Pan lient à la main, et qui

est composée de plusieurs morceaux de roseaux, joiuls ensemble avec de la cire, re])réserile l'ordre . rarrangemeiit et la liaison des parties du monde. On nommait celte ilûfe Syrinx ^ d'une nymphe de ce nom que Pan aimait, et qui l'nt métamorphosée en roseau, en fuyant ses poursuites. On lui rendait un culte particulier en Arcadie, et les Romains célébraient ses fêtes au mois de f'é-vrier , sous le nom de Li'percales,

Pan aima encore la nymphe £'c/jo , qui avait l'esprit fort agréable. Junon se plaisait à sa conversation ; mais s'étant aperçue qu'elle était dans les intérêts de Jupiter, elle lui ôta l'usage de Li langue, et la condamna a ne répéter que les dernières syllabes des mots. Echo devint amoureuse de Narcisse^ qu'elle sui^ it en vain dans les forêts : iiWc: en sécha de douleur, et ses os furent changés en pierres, tandis que, sottement épris de sa figure, cet insensé mourut de cette passion, et l'ut changé en la fleur qui porte son nom.

Cette femme ornée de guirlandes , et qui répand des fleurs, est Flore ^ déesse du printemps (y^g-. 20.), épouse de Zéphire. Ses fêtes, qui s'appelaient Jenx Floraux ^ étaient célébrées par des femmes qui sautaient et dansaient un jour et une nuit, au son des trompettes. Celles qui remportaient le prix à la course, recevaient une couronne de fleurs.

Cette déesse assise, avant des fruits sur sa tête et cà ses côtés , est l^omone yfi^- 22 ). Elle épousa VerHnnne; ils présidaient aux fruits de l'autoume. /V/'o/îze,(lécsi.e dcsboiset des vergers, accompagne oidinaireu^.ent Yertun.ne et Pojnone.

Pfl/èi- était la déesse des pâturages et des bergers. Ou célébrait ses (êtes en pleine campagne : on la priait d'écarter les loups ; les bergers .allumaient en son honneur des feux de paiUe , et s?.utaicnt pardessus l'un après l'autre. Lcb jardins

ou l'avji de la jeunesse. 2i3 étaient sous la protection de Pricipe , l'une des pius inlames divinités du paganisme. Le dieu dos l'eshns et des parures était appelé Co>nus.

Cet liomme, au souris malin, est Mouius^ dieu de la raillerie, fils du Sommeil et de la Nuit. On raconte qu'ayant été chargé de juger les che/sd'œuvre présentés par Minerve, Neptune et Yul- Cdin , savoir une maison , un taureau et un liomme, il trouva dans chacun d'eux une ample matière à critiquer; aussi se fit-il chasser de l'Oiy.'iipe à cause de ses satires perpétuelles. Cette marotte qu'il tient à la main, et son bonnet garni de grelots, désignent son caractère satirique. [Jig' 4i' )

EcDOXiE. Sont-celcà toutes les divinités qtii habitaient au milieu des mortels?

Er. Non assurément : il en est encore une foule d'au Ires qu'il serait impossible de vous détailler. Je me contenterai de vous l'aire connaître les principales.

Le dieu Terme ^ sous la figure d'une pierre ou d'un pieu fiché dans la terre , était placé aux extrémités d'un terrain, pour en marquer les limites.

On plaçait dans les villes , dans les chemins^, dans les foyers de chaque maison, et même de chaque chambre de petites statues, qu'on adcr..it très-dévotement sous le nom de Dieiijo Pénates ou Dieux Lares. Ils étaient fiis de Mercure et de la naïade Lara ou Larunda. On leur attribuait la prospérité des étals et des affaires domestiques de chaque lamille ; on leur consacrait des lampes ; on leur immolait des chiens, symbole de la vigilance et de la fidélité. Chaque homme avait sa divinité particulière qui naissait et mourait avec lui : on l'aj)pelait Génie. Il y avait des génies blancs et des génies noirs. Les blancs présidaient aux jours heureux, et les noirs aux malherireux. On les représentait sous la figure de jeunes hommes, temint

2i4 ABREGE DERASTE,

dune main un vase à Loire, et de Taulre une corne

d'abondance.

Toutes les vertus, tous les vices, toutes les passions étaient encore autant de diNinités allégoriques, que les païens honoraient , et que les poètes irisaient entrer dans leurs vers.

La Nuit^ fille du Ci-el et de la Terre, est la déesse des ténèbres; elle épousa Evèbe, dont elle eut Morphée^ dieu du sommeil.

Le Sommeil n son palais dans un antre inconnu , où les ravons du soleil lie peuvent pénétrer. La porte est garnie de pavois et d'herbes assoupissantes. Le dieu repose sur uti lit Terme de rideaux noirs, et environné parles Songes, divinités infernales qui lui sont siihordonnées, et que l'on représente a\ej des ailes de chauve-souris. [Jig. ôy. )

Le Silence, que les Egyptiens nommaient HaV' focrate^ et les Grecs i5Vg-«/^o/? , était représenté, tantôt comme une l'emme, et tantôt comme un homme , qui tient un doigt sur la bouche (T^gr. 4-»0 î*a statue se trouvait à l'entrée de la plupart des temples.

Thémis S^\\^ du Ciel et de la Terre, était la déesse de la justice. On la peint quelquefois avec unLandcau sur les veux, tenant une balance d'une main, et de l'autre une épée.

La Paix est représentée couronnée de lauriers, portant d'une main uïie petite statue de Plutus, et de l'autre une branche dolivier. La Renommée^ dont la Ibnctiôp est dannoncer à Tunivers torttf's les nouvelles bonnes ou mauvaises, vraies on fausses, est une espèce de monstre tout couvert d'yeux et d'oreilles, qui a cent Louclies et des ailes, et qui sonne perpétuellement de la trompette-

La Fortune est représentée debout ou assise sur i^nc rcue qui tou n • s^ins cesse, et qui est le sym-

ou L AMI DE LA JEUNESSE. 21D hole Je son inconstance. Elle répand au Iiasard des ricliesscs (//g". 4o ). Les poètes disent qu'elle est cljauve, aveugle , et la regardent comme l'arbitre souverain de tons les événemens humains. 'La Né~ cessité ^ sa mère, est désignée par de lotigues chevilles, et des coins qu'elle tient dans ses mains de bronze. Sa puissance était telle, que Jupiter ne put se dispenser de lui obéir.

Némésis , fdle de Jupiter et delà Nécessité , était la déesse de la vengeance. Elle avait des ailes, pour signiiier qu'ordinairement la peine suit de près le crime, et elle était armée de serpens et de torches ardentes.

iJ Envie^ fille de la Nuit , est représentée sous îa figure la plus hideuse. Sa chevelure n'est composée que de vipères ; un serj)ent monstrueux la déchire, et lui inspire son j>oison.

La Discorde^ que Jupiter chassa du ciel, ne respire qu.e la fureur et les combats. Ce monstre n'est pas moins hideux que l'Envie. Ses mains, armées l'une d'une torche ardente et d'un poignard, l'autre d'une couleuvre et d'une coupe de poison , sont fout ensanglantées.

VOccasiofi préside au moment le plus favorable pour réussir dans une entreprise. On la représent:iit sous la figure d'une femme nue, ou d'un jeune honnne chauve par derrière , un pied en l'air, et cfi^elquefois juarchant sur le tranchant d'un lasoir, sans se blesser.

Les Grecs et les Romains honoraient encore la Félicité, V Espérance, la f'érité^ la Fidélité^ V Amitié , la Pudeui\ la Proi>idence^ etc. La Paleur et la Peur recevaient aussi les hommages de ces peuples superstitieux, qui adoraient jusqu'aux événemens imprévus, cliacun pouvant, pour ainsi dire , créer à sou gré quelque dieu nouveau.

Je vais maintenant vous parler des demi-(!ieux ou héros.

Pcrséc était fils de Jupiter et de Dniiae' , fîlle <rAcrisii:s, ni d'Argos, Ce prince ayaiit su de î'oiacJe qu'il deviiit périr par l'enfant c[ui naîtrait de sa fille , la tenait enfermée dans une tour d'airain ; mais Jupiter, changé en pluie d'or , arriva juscju'à elle. Acrisiiis ayant appris cpieDanaé était; enceinte , la fit exposer sur la mer. Elle se sauva et cliercLa un asile dans les étals de Polydecte , roi de Sériplje , qui faccueillit avec honneur , et prit soin du jeune Persée.

Devenu grand , le fils de Danaé obtint le Bouclier de Minerve , avec lequel il fit une foule de Belles actions. D'ahord , il essaya sa valeur cowlre trois sœurs Gorgones, qnirégnaivnt dans les îles Gorgades : on les appelait Méduse^ Enriale et Stenjo, Ces trois fdles, qui n'avaient qu'un œil , qu'une dent et qu'une corne qu'elles se jjrètaient tour ^ tour, ravageaient les campagnes et tourmentaient les voyageurs. Persée leur enleva leur œi( et leur dent , les tua ensuite; et, couvert de fégide , francLa la léte à Méduse. Cette tète avait la vertu de cLan^er en pierres tous ceux qui la regardaient.

Avec cette arme puissante, il cliangea en rocher Allas, qui lui refusait rhos[>italité. Du sang- de Méduse était né le cheval Pégase. Persée s'en servit pour délivrer Andromède , fille deCassioj)e et de Céphée . roi d'Ethiopie , d'un monstre marin qui allait la dévorer sur le rocher où elle était atlacliée, en punition du sot orgueil de sa mère , qui sélait vantée dèlre plus belle que les jNéréïdes. Il vatinquit ensuite Phinée.oncle de cette princesse, à qui elle avaii été fiancée, et qui vint à la télé d'une troupe noniLreuse pour la lui ravir. Persée se disposait à de nouveaux exploits , quand il eut le malheur de tuer Acrisins dans des jeux piihlics. Ayant appris que c'était son aïeul, il se condamna â l'exil, et fut niacé , après sa mort, parmi les

ou l'ami DELA JEUNESSE. 217

constellations, avec Andronaède , son e'pouse, et Cassiope que les astronome» appellent encore aujourcriiui Cassiopée.

Après Persée, les Mythologues placent ordinairement Bcliérophon , qui combattit la Chimère , monstre qui désolait la Ljcie , et remplissait de crainte tous ses liabitans.Ce héros, fils de Glaucus, roi de Corynthe, fut redevable à son adresse autant qu'à sa valeur, du succès qu'il eut dans ses entreprises, malgré les obstacles qui s'opposaient à sa gloire. Après avoir vaincu la Chimère, il fit sentir aux Amazones les redoutables efforts de son bras, et ses triomphes multipliés lui méritèrent la main de Philonoé , fille d'Iobates , roi de Lycie.

EtD. Quel est, je vous prie , cet homme terrible, armé d'une massue , et couvert d'une peau de lion , qui semble aux prises avec des serpens? {Jig. 21. )

Er. C'est le grand Jïereît/e, fils de Jupiter et d'Alcmène, épouse d'Amphitryon, roi de Thébes. Juuon épuisa sur ce héros tous les traits de sa vengeance. Elle fit naître Eurysthée avant lui , afin qu'en qualité d'aîné,. il eût une sorte d'empire sur soFx frère. Elle envoya deux horribles serpens , qui, se glissant dans le berceau d'Hercule, allaient le dévorer; mais il les mie en pièces de ses propres mains. Ce premier acte d'intrépidité parut l'adoucir un instant en faveur de l'héroïque enfan-t , puisqu'elle lui donna de son lait, et qu'Hercule en laissa tomber assez pour former cette tache blanche, que Ton voit au ciel, et qu'on appelle la voie Lactée. Mais l'implacable déesse revint bientôt à ses .emportemens. Elle excita Eurvstliée à exiger de lui des travaux aussi difficiles que dangereux, et dans lesquels elle espérait le voir périr. On en compte djoiize principaux , appelés communément les trai-aux d'Hercule.

i". Il étrangla /<? lion delaforetdeNémée, qui Abrégé d'Eraste. 10

âi8 ABREGE DÉRASTE,

dcsolait le royaume de Mjcéne , et dont il porta la dépouille tout le resfe de sa vie , comme un monument de sa première victoire. 2°. Il tua thydre de Lerne , serpent énorme à sept têtes , qui renaissaient en plus graml nombre, à mesure qu'on eu coupait une [Jîg. 21)] il les abattit foutes d'un seul coup de sa massue , et il treuipa dans son sang empoisonné les flèches qui devaient lui servir à dompter d'autres animaux. 5". Il prit vivant , et apporta à Eurystliée le sanglier du mont Erymanthe , qui ravageait les campagnes. 4**» H î^^i amena de même la biche aux cornes d'or et aux pieds d'airain T qu'il prit à la course , après l'avoir poursuivie pendant une année entière. 5". Il chassa des environs du lac Stympliale , les oiseaux monstrueux, qui déchiraient les passans avec leurs ongles. 6". Il vainquit les Amazones ^ à l'embouchure du fleuve Tliermodoon, et rapporta la ceinture de leur reine Atitiope , ou selon d'autres , Hippolite , qu'il donna en mariage à son ami Thésée. 7°. Ayant détourné les eaux du fleuve Alphée^ il nettoya les écuries du roi Angias , où, depuis plusieurs années, il s'était amassé une énorme quantité de lumierqui empoisonnait l'air. 8^ Il tua deux tyrans : Bvsiris ^ roi d'Egypte, qui immolait à 'Jupiter tous les étrangers; et T)io772ède ^ roi de Tlirace , qui les faisait fouler aux pieds et dévorei; par ses chevaux. 9°. Il punit de même Géryoîi , roi d'Espagne, monstre à trois corps, non juoins cruel que ces deux princes, lo*". Il dompta le taureau furieux que INeptune avait déchainé daiis les plaines de la Grèce. 11°. Il enleva les pommes d'or, du jardin des Hespérides ^ gardées par un dragon à cent têtes , qu'il tua à coups de massue. 12'. Enhn , il descendit aux enfers , où il délivra son ami Thésée, et contraignit Cerbère à voir, pour la première fois, la lumière du .jour , eu l'enTaînant avec

ou l'ami de la jeunesse. 219 lui sur la terre. Il y descendit une secoude lois pour clierclier la reine Alceste , q^ui s'était vouée à la mort pour son mari Adniète.

Ces douze travaux heureusement terminés , Hercule, que l'on appelle souvent .^/c«V/e, parcourut l'univers pour le délivrer des monstres et des tyrans , et pour soulager les malheureux. Il purgea rildie du fameux brigand Cacus , (ils de Yulcain; il brisa les fers de Prométhée, enchaîné sur le mont Caucase; il étouffa le géant Anthée, qui avait fait vœu à Neptune, son père, de lui bâtir un temple avec déscrânes d'hommes; ilVengea sur Lycusle meurtre de son beau-père Créon , roi de Thébes ; enfin il unit la Méditerranée à l'Océan par le détroit de Gibraltar , en coupant les montatrnes de Calpé et à^Abyla. Ce sont ces deux montagnes qu'on appelle les Colonnes et Hercule,

Cependant Junon nourrissait toujours dans son cœur la haine qu'elle avait jurée au grand Alcide. Voyant que les dangers ne servaient qu'à augmenter sa gloire, elle s'adressa au dieu de l'amour. Cupidon triompha de celui dont le bras redoutable av^-it opéré tant d'exjdoits héroïques. On vit Hercule filer aux pieds d'Omphale^ reine des Lydiens, et se travestir en femme pour lui plaire. Cependant elle ne put l'emporter snr Déj'anire^ fille d'OEiiée, roi de Calydon, et sœur de Méléapre, que le ileuve Achéloiis voulait épouser. Hercule vainquit ce rival, et obtint Déjanire, qu'il emmena chez lui. Il fut arrêté sur le bord du fleuve Evène : le centaure Nessus s'offrit de passer la princesse; son projet était de l'enlever. Hercule s'en aperçut, et le tua à coups de flèches. Ce centaure, en mourant, conseilla à Déjanire de prendre sa tunique ensîinglantée, et de la faire porter à Hercule, en l'assurant que si elle parvenait à l'y décider, il n'aimerait jamais une autre femme. Déjanire envoya cette funeste tunique à Hercule , un jour qu'il faisait un

2 20 ABREGE D ÉKASTE,

sacrifice sur le mont OEta. A peine reut-ilre\ élue qu'il se sentit dévorer par un feu intérieur, que rien ne pouvait calmer. Transporté de fureur , il précipita dans la mer l'esclave qui lui avait «pporté ce fatal présent; puis, étant monté sur le bûcher qu'il avait préparé, il pria son ami Philoctète d'y mettre le feu , et termina ses jours dans les flammes; mais Jupiler le reçut dans l'Olympe ; et lui douna, pour épouse, Hébé, déesse de la jeunesse.

On représente Hercule sous les traits de l'homme le plus robuste, et souvent debout , appuyé sur sa massue, ayant sur ses épaules la peau du lion de IVémée, et dans une main les pommes des Hespérides. Le peuplier lui était consacré.

EuG. Qu'arriva-t-il à Philoctète après la mort d'Hercule?

Er. Ce héros le fit, en mourant, l'héritier de ses armes teintes du sang de l'hydre^, à condition qu'il enfermerait ses flèches dans sa tombe , et qu'il ne révélerait jamais le lieu de sa sépulture. Mais comme f oracle avait appris aux Grecs qu'ils ne prendraient jamais Troie sans les flèches du grand Alcide , Philoctète , pour n'être point parjure , frappa du pied à l'endroit du tombeau où elles étaient renfermées. La punition suivit de près le crime : il laissa tomber une de ces flèches sur celui de ses pieds dont il avait frappé Ta terre, et telle fut l'infection de la plaie, que les Grecs, ne pouvant plus la supporter, abandonnèrent cet infortuné dans l'ile de Lemnos. Philoctète y languit misérablement, jusqu'à ce qu'enfin Machaon, fils d'Esculape, vint le guérir de sa blessure.

Eld. Quel est celui des héros qui approche le plus d'Hercu-le?

Er. C'est Thésée, son ami, son parent et son digne imitateur. Elevé cà la 'cour de Pitthée, son aïeul , il y passait pour le fîk de Neptune. Lors-

ou L*AMI DE LA JEUNESSE. 2!^!

qu'il fut grand, Ethra, sa mère, lui apprit qu'il devait le jour à Egée, roi d'Atliènes. Il partit pour se rendre auprès de son père, et tua en chemin Périphèies, géant d'Epidaure , qui assassinait les passans, et se nourrissait de chair humaine. Egée le reconnut pour son fils et son successeur, et Thésée ne tarda pas à prouver qu'il était digne de sa naissance et du rang suprême qui l'attendait.

Parmi les tyrans et les monstres dont il purgea l'univers, on cite principaJemenl l'infâme Scyron^ qui prenait plaisir à jeter les passans dans la mer;, Procuste, qui faisait étendre les étrangers sur son lit , et coupait les pieds de ceux qui en excédaient la longueur ; Phalaris, tyran d'Agrigente , si connu dans l'antiquité par le taureau d'airain dans lequel il renfermait des hommes tout vivans, pour les y faire brûler à petit feu; un taureau énorme qui ravageait les campagnes de Marathon ; le sanglier de Calydon , que Diane avait envoyé dans l'Etolie; et, enfin, le Minotaure ^ monstre moitié homme et moitié taureau, auquel les Athéniens, en punition du meurtre d'Androgée, fils de Miuos, roi de Crète , étaient obligés d'envoyer tous les ans sept jeunes garçons et sept jeunes fdles , pour être dévorés.

Ce monstre était renfermé dans le labyrinthe , construit par Dédale auprès de la ville de Gnosse. A l'aide d'un fil que lui avait donné Ariane, fille de Minos , qui s'était éprise d'amour pour lui , Thésée parvint à se reconnaître dans ce labyrinthe, où il tua cet ennemi redoutable. Ensuite il emmena Ariane avec lai sur son vaisseau; mais il eut la barbarie de l'abandonner dans l'île de Naxos, où Bacchus la trouva, et en fit la compagne de ses triomphes.

Ayant succédé à son père Egée , qui s'était précipité dans la mer, en voyant arriverle vaisseau sur lequel était son fils, sans qu'on eût changé la voile

noire avec laquelle il était parti , ce'qni lai fit croire que ce prince avait été dévoré par le Minolaiire , Thésée épousa la reine des Amazones , yaincue par Hercule, et de cet hymen naquit Hyppolite qui eut ensuite tant à souffrir de Tamour de Phèdre^ seconde l'emniede Thésée. Vainqueur des Centaures qui avaient tué. un grand nombre de Lapithes aux noces de Pirithous et ^' Hippoilamie ^ il accompagna ce jeune prince aux enfers, pour J'aider à enlever la l'emme de Plu ton ; mais il eut la douleur de voir son ami dévoré par le chien Cerhère, et lui-même l'ut enfermé dans un cachot obscur jusqu'à ce qu'PIercule vint le délivrer. L'opinion générale est que Thésée mourut paisiblement à Athènes, où on lui éleva un temple magnifique.

EuG. Qu'entend-on par les Argonautes'?

Er. Des navigateurs^ qui allèrent à la conquête delà toison d'or, et qu'on a ainsi appelés parce qu'ils étaient montés sur le navire Argo. Jason , leur chef., était fils d'Eson et d'Alcimède. Son père en mourant le laissa sous la tutèle d'un oncle , appelé Pélias , qui confia son éducation au centaure Chiron. Comme ce jeune prince, par son affabilité et son courage , s'était acquis l'affection des peuples, Pélias, pour s'assurer des. états qu'il gouvernait en son nom, chercha tous les moyens de le perdre. Il lui persuada que , pour signaler sa jeunesse, il devait entreprendre la conquête de cette fameuse toisou , suspendue à un arbre dans la Colchide, et défendue par un dragon monstrueux, qui dévorait tous ceux qui se présentaient pour l'enlever. Jason, qui ne soupçonnait pas les perfides desseins de son oncle, applaudit à ses projets, et se prépara à les exécuter. Les princes grecs voulurent partager la gloire de cette expédition , et, au nombre de cinquante, ils partirent sous les drapeaux du fils d'Alcimède.

ou l'aMT de la je liesse. 2 23

Arrivé en Colcliide , Jason se (it aimer de Médée, fille du roi de Colclios. C'était une célèLre magicienne, c(iii lui donna le secret d'endormir le dragon ei de vaincre les obstacles qui s'opposaient à son entreprise. Maitre de la toison, il emmena Médée, pour la soustraire à la vengeance de son père, qui suivait ses traces, et dont elle retarda la poursuite , en dispersant le long- du chemin les membres de son frère , qu'elle avait coupés par morceaux. Médée ressuscita Eson , et lui rendit toute la fopce et la vigueur de la jeunesse; mais elle trompa les fdles de Pélias, à qui elle persuada de mettre leur père en pièces, et de faiit- bouillir ses membres dans une chaudière, en leur promettant de le rajeunir aussi; ce qu'elle refusa d'exécuter lorsqu'il fut égorgé.

Jason indigné , abandonna celte femme détestable , pour épouser Créiise , fille de Créon , roi de Corinthe. Dissimulant sa fureur, et feignant de l'amitié pour sa rivale , Médée lui envoya une cassette pleine de perles; mais à peine cette cassette futelle ouverte, qu'il en sortit un feu dévorant, qui consuma Créiise et Créon lui-même. Jason accourut pour percer celte infâme magicienne, qui eut la barbarie de massacrer sous ses yeux les enfans qu'elle avait eus de lui; et, bravant les efforts qu'il faisait pour la punir, elle remonta sur son char infernal, et se sauva chez Egée, roi d'Athènes, quj l'épousa.

Jason s'empara d'Iolchos, capitale de la Thessalie, où il était né; il y eut un règne tranquille, et jouit long-temps de la gloire qu'il avait méritée par ses exploits.

Outre Hercule et Thésée, dont je vous ai raconté l'histoire, on distinguait aussi, parmi les Argonautes , Orphée, Castor et Pollux.

Fils d'Apollon et de Clio, le premier jouait de la lyre avec tant d'harmonie, que les arbres et les

224 ABBÉGÉ d'ÉRASTE,

rochers eux'-meQies étaient sensibles à ses accords. Sa femme Eurydice e'tant morte de la piqûre d'un serpent, le jour même de ses noces, il descendit aux enfers, et causa tant d'admiration aux divinités du Tartare , que Pluton lui permit d'emmener son épouse, à condition qu'il ne se détournerait point pourJa regarder, jusqu'à ce qu'il fût sorti de son royaume. Orphée apercevait déjà la lumière ; il se retourne avec impatience : Eurydice lui est ravie pour toujours. Alors, accablé de douleur, cet infortuné s»e retira dans les forets qu'il faisait retentir du nom de cette épouse chérie, ce qui irrita tellement les Bacchantes, qu'elles le mirent en pièces. Sa Ivre fut placée au ciel.

Castor et Pollux, i'rères jumeaux, enfans de Jupiter et de Léda , offrent Je plus beau modèle que l'anliquiié nous ait donné de l'amour fraternel. Le premier perdit la vie dans un duel, et Pollux fut si touché de cette mort , qu'après avoir tué l'ennemi de son frère , il supplia Jupiter , qui lui avait donné fimmortalité , de lui permettre de la partager avec Castor. Le maître des dieux y consentit; et , depuis ce moment, ils vécurent et moururent alternativement. Enfin, leur tendresse sans exemple, leur mérita l'honneur d'être placés dans les cieux sous Je titre de Gémeaux , qui sont deux étoiles qui ne piiraissent que l'une après l'autre. Ils avaient purgé la mer des pirates. On leur sacrifiait des agneaux blancs, pour obtenir un bon vent et une heureuse navigation.

EuD. Comment les poètes racontent-ils la fondation de Thèbes?

Er. Ils disent qu'après que Jupiter eut enlevé Europe^ sous la forme d'un taureau blanc, Cad- 7?ius , frère de la princesse, fut chargé par Agénor, son père , d'aller la chercher partout , avec défense de revenir sans elle. Cadmus consulta l'oracle- de Delphes, qui, sans répoudre ù sa demande, lui

ou l'ami de là jeunesse. 23 5 ordonna de bâtir une ville à l'endroit où un bœuf le conduirait. Etant arrivé en Be'otie , il offrit un sacrifice aux dieux , et comme il avait envoyé ses compagnons à la fontaine de Dircé, pour v puiser de l'eaa , ils iarent dévorés par le dragon de Mars. Minerve lui ordonna de le combattre : il obéit et le tua. Ensuite il arracha les dents de ce formidable animal ; et les ayant semées , il en naquit des hommes tout armés, qui s'entr'égorgèrcnt sur-lechamp , à l'exception de cinq, qui faidèrent à bâtir la ville de Tlièbes , dans l'endroit où le bœuf dontroracle lui avait parlé, le conduisit. Les poètes ajoutent encore q[i ylmpJno?i , fils de Jupiter et d'Antiope , reine de Béotie, fenvironna de murailles par les accords de sa lyre , et que quand ou voulut les démolir, il fallut avoir recours aux ins- Irumens de musique , et jouer des airs lugubres.

Les Grecs attribuent à Caduius finvenlion de l'alphabet. Il finit ses jours, changé en serpent avec sa femme Hermione.

Maintenant, mes chers enfans, je vais vous raconter la tragique histoire du malheureux Œdipe. C'est un des traits les plus terribles de la Mythologie.

Un roi de Thèbes , nommé Laïus , ayant appris de l'oracle qu'il périrait de la ma'.n d'un fils qu'il venait d'avoir, ordonna à Jocaste ^ son épouse, d'égorger cet enfant. La mère ayant horreur de ce "crime, en remit l'exécution à un soldat. Celui-ci , touché des pleurs et de l'innocence de l'enfant, se contenta de lui percer les pieds de part en part, et de l'attacher à un arbre sur le n^iont Cvthéron. Un des bergers de Polybe , roi de Corinthe , trouve cet infortuné, le détache et le présente àla reine, qui, n'ayant point d'enfant,, le fait élever comine son iîls ^ et lui donne le nom d'OEdipe , à cause de l'enflure de ses pieds. OEdipe ayant découvert dans la suite qu'il n'était pas fils de Polybe^ alla consulter

226 ABRÉGÉ d'ÉR ASTE ,

Toracle, et apprit qu'il troiiverait.son père dans la Phocide, province de la Grèce. Il se mil en route, et ayant rencontré Laïus dans un passage étroit, il se battit avec lui et le tua , parce cpe ce prince , fier de son rang- , lui avait ordonné avec hauteur de lui céder le pas.

Tlièbes était alors désolée par un monstre appelé Sphyvx^ qui avait la tète d'une femme, le corps d'un chien , les ailes et la queue d'un dragon, les pieds et les ongles d'un lion. Il proposait une énigme aux passans , et les dévorait, s'ils ne la devinaient pas. Créon , frère de Jocaste et successeur de Laïus, offrait les états de ce prince et la main de la reine , sa veuve , à celui qui pénétrerait le sens del'énigme proposée par le Sphynx. Il de- Biandait : Q\iel est V animal qui ^ le matin , marche a quatre pieds , a deux sur le tnilieu dn jour ^ le soir à trois? OEdipe répondit que cet animal est l'homme, qui, dans l'eniance, se traîne sur ses pieds et ses mains; dans l'âge viril, se soutient sur deux pieds^ et dans la vieillesse, s'appuie sur un bâton qui lui sert de troisième pied. Le Sphynx, après celte explication, se précipita de désespoir et se tua : OEdipe épousa Jocaste , et ajouta, sans le savoir, l'inceste à son parricide. Il eut de sa propre mère Etéccle et Polytnce , Antigone et Ismène. Les Théhains se félicitaient que le sort leur eût donné un si Lon prince, lorsqu'une peste affreuse désola leur territoire. L'oracle déclara que ee fléau ne cesserait que par l'exil du meurtrier de Laïus. OEdipe , instruit de sa malheureuse destinée, se fit borreur à lui-même. Il s'arracha les yeux, quitta la ville, et abnndonna le royaume à ses deux fils, à condition qu'ils régneraient alternativement chacun leur année.

Eléccle, en quali'é d'aîné, monta le premier sur le trône, et l'année élant révolue , il n'en voulut point descendre, Polynice arma les Grecs con-

ou l'ami de la JEUINESSE. 227 tre son frère. Les chefs les plus illustres de son armée étaient AdrasLe, roi a Argos; Tydée, fils d'OEnée , roi de Galydon ; Capanée, Hippomédon , Amphiaraiis et Parthénopus : on les appelle les sept preux ^ ou les sept braves devant Thèbes. Mais leur courage ne lit point triompher la cause de Poljnice : tous y périrent, à l'exception d'Adraste, et cette :i^uerre se termina par un combat singulier entre les deux frères. Ils se précipitèrent l'un suc l'autre avec une telle fureur, qu'ils se poignardèrent tons deux. Leurs corps ayant été mis sur le même bûcher pour y être brûlés, on vit aussitôt la flamme se diviser d'elle-même, et fiiire connaître que la mort n'avait pu éteindre une haine dont on n'avait point d'exemple jusqu'alors.

Il me reste encore à vous parler du siège et de la prise de Troie. Mes chers enfans, rendez-vous attentifs à ce grand événement. C'est le plus mémorable de la fable.

Troie él<x\t la capitale de la Troade , pays situé dans la pitrlie de lu Pbrygie , la plus voisine da P>osphore de Thrace, que nous nommons le détroit de Constantino|3le. Le premier prince qui y ait régné, s'appelait Tevcer, Il eut pour gendre Dardamis^ qui jeta les premiers (ondemens de la ville qui fut appelée Troie ^ du nom de Tros ^ l'un de ses successeurs. Tros eut trois enfans : Ganimède cfui devint l'échanson des dieux , à' la place d'Hébé, déesse de la Jeunesse; Assaracus qui ne fit rien de mémorable ; et Uns qui tint le sceptre après Jui, et voulut que Troie s'appelât Ilion. Uns transmis la couronne à Laomédon , père de Priam ; et , sous ce dernier, l'empire des Troyens devint le plus florissant de Punivers. Ce prince releva les murs de sa capitale, qu'Hercule avait détruits, et l'environna de fortes tours. Il épousa Hécuhe^ fille du roi de Thrace ,qui lui donna nlnsieurs fils «t plusieurs filles j mais sa tendresse aveugle poui?

3 28 ABBÉGÉ d'ÉRASTE,

ses enfans fut la source de tous les malheurs que

Tun d'eux, nommé Paris , attira sur sa tête.

Hécube , en mettant ce jeune prince au monde, s'imagina (ju'oJi tirait de son sein une torche ardente. Priaui , ayant appris par l'oracle (jtie cet enfant causerait un jour la ruine de sa patrie et de sa famille , donna ordre de le tuer ; mais la reine le fit élever secrètement par des bergers , sur Je mont Ida. Devenu grand , il se rendit à Troie pour y disputer un prix que le monarque avait proposé à la jeune noblesse de ses états , et triompha d'Heclor lui-même , fds aîné de Priam , qui , ayant découvert que cet athlète était son frère , le conduisit au palais, où son père le retint dans le rang- qui lui était du. Peu de temps après , Paris fut envoyé à Sparte pour reprendre sa tante Hésione qui y était prisonnière. Il descendit chez Jlénélas , roi de cette ville , lui enleva Hélène sa femme , et jura de ne la point rendre qu'on ne lui eût rendu auparavant Hésione qu'il redemandait. Les princes grecs qui voulaient ravoir Tune, sans relcàcher fautre , s'assemblèrent de toutes parts , et s'engagèrent tous par serment à ne point quitter les armes qu'ils n'eussent renversé la ville de Troie.

Leur armée était conduite par quatre-vingtquinze capitaines , rois , princes ou héros déjà célèbres par de grands exploits; Agameinnon ^ roi d'Argos et de Mycène , en fut déclaré généralissime.

Ce prince était issu d'une famille , où le crime semblait être héréditaire. Tantale , l'un de ses ancêtres , servit aux dieux son fds Pélops ; et ce monstre , comme je vous fai déjà dit , fut condamné à une soif et à une faim que rien ne pouvait satisfaire. Jupiter rassembla les membres de l'infortuné Pélops , les ranima, et lui mit une épaule d'ivoire à la place de celle que Cérès

ou l'ami de la jeunesse. 229 avait mandée. Pélops épousa Hippodamie , fille d'OEnomalis , roi d'Elide; il fallait vaincre à la course , pour obtenir cette princesse , 011 périr , si l'on avait le malheur d'être vaincu. Neptune donna à Pélops des chevaux dont la vitesse lui procura la victoire. De ce mariage naquirent Atréeç;l Thyeste. Le premier épousa Europe, que son frère lui enleva. Atrée ne pouvant punir cet attentat, feignit de vouloir se réconcilier avec son frère : et après avoir fait égorger secrètement les denx fils de Thyeste, il lui eu présenta le sang dans une coupe , dont leurs ancêtres ne s'étaient jamais servi que dans les sacrifices. On dit que le soleil ne parut point ce jour-là, pour n'ètie pas témoin d'une action si noire. Toute la famille d' Atrée porta la peine du crime qu'il avait commis. Plistène , son fils , fut père d'Agamemnon et de Ménélas, que l'on appelle souvent les Atrides , du nom de leur aïeul. Agamemnon épousa Clytemnestre , dont il eut Oreste ^ Electre et Iphigéaie. Ménélas était roi de Sparte : il épousa Hélène , fille de Tyndare et de Léda : cette princesse était la plus belle de son siècle.

Après ces deux princes, les héros grecs qui méritaient le plus d'admiration , étaient Nestor, Achille ^ Patrocle ^ son ami; y^'a^r , fils de Té~ lamon , roi de Salamine ; Ajax^ surnommé l'/wpie , fils d'Oïlée, et roi des Locriens; Idoménée^ Diomède^ Ulysse, Palamède , Calchas , Machaon et Podalire , fils d'EscuJape.

Nestor, fils de Nélée et de Cloris , avait seul échappé au massacre qu'Hercule avait fait de la famille de Nélée , qui lui refusait le passage dans ses états. Les Grecs comptaient beaucoup sur la prudence de ses conseils. Apollon le fil vivre trois cents ans , ce que les poètes appellent trois âges d'homme.

Achille était lils de Thétis et de Pelée. 3a mère

le plongea dans l'eau du Styx , afin de le rendre invulnérable. Il n'y eut que le talon, par lequel elle le tenait , qui n'y fut point trempé ; aussi ne pouvait-il être blessé qu'à cet endroit. Son éducation fut confiée au centaure Chiron , qui ne le nourrit que de moelle de lion. Le Destin avait résolu qu'Achille périrait devant Troie , et que cette ville ne serait jamais prise que par la présence et la valeur de ce liéros. Thélis, pour prévenir le décret du Destin , cacha le jeune Achille , sous des habits de femme, dans l'ile de Scyros , à la cour de Lycomcde. Ulysse , déguisé en marchand , arrive au palais de ce monarque, et ne tarde pas à reconnaître le héros qu'il cherchait. Il l'engage à le suivre ; Achille , qui ne respirait que la gloire , abandonne Déidamie, fille de Lycomède , qu'il avait épousée, et dont il avait un his nommé Pyrrhus , digne de marcher sur les t?aces de son père. Arrivé sous les murs de Troie, il contracta l'amitié h» plus élroite avec Patrocle , £ls de Ménœlius et de Sthénéiée, qui , par sa bravoure , était digne de son affection.

Ajax, fils de Télamon , était un prince d'une valeur qui souvent dégénérait en rage. Après la mort d'Achille , il disputa à Ulysse les armes de ce héros; et, n'ayant pu les obtenir, il entra dans un accès de fureur si aveugle , qu'il se perça de son epee.

Ajax , iils d'Oilée , passait pour le plus vaillant des Grecs , après Achille; mais il était le plus impie des hommes. Les dieux le firent périr dans les eaux , pour le punir de ses blasphèmes.

Idoménée , petit fils de Minos , était roi de Crète. Après la prise de Troie , comme il reprenait le chemin de ses étals, il fut accueilli d'iuie tempête si violente, que, pour l'apaiser, il promit aux dieux de leur sacrifier la première personne ^ui se prés^iiterait sur Iç rivage. JLçs vagues g©

ou l'ami DELA JEUrVESSE. aSi

calmèrent aussitôt , et le premier objet qui frappa ses regards, fut son fils: il l'immola au souverain des ondes. Mais bientôt ce sacridce humain fut puni par une peste qui désola la Crète, jusqu'au temps oii son roi se retira dans la Calabre , pour y fonder un nouvel empire.

Diomède , fils de Tydée , se rendit immortel par mille exploits, et surtout en blessant Mars et Ve'nus.

Ulysse , fils de Laërte, roi d'Ithaque , avait con-* treiliit fjnseiisé pour se dispenser d'entrei' dans la ligue des princes grecs. Un jour qu'il labourait l'ollem«nt le rivage de la mer, Palamède pbiça Te'lémaque , encore enCiint , devant le soc de la char^ rue. Ulysse la détourna avec adresse, pour ne point blesser son fils , et prouva par-là que sa folie n'était qu'une feinte. Sa rare prudence fut trèsutile aux Grecs daraiU le siège.

Palamède , fils de Nauplius , roi de l'île d'Eubée, était un prince aussi brave que fertile en ressources. Il inventa, dit-on, les jeux d'échecs et de dés, aussi bien que les poids et mesures. Ulysse, qui ne pouvait lui pardonner d'avoir découvert sa prétendue folie , caclia dans la tente de ce héros une somme d'argent , l'accusant de la lui avoir volée , et le fit lapider.

Galchas était un devin fameux, qui fut l'oracle des Grecs durant tout le siège. Machaon et Podalire, tous deux fils d'Esculape, étaient les médecins des Grecs devant Troie; ils y moururent l'un et l'autre avant la fin du siège.

Tels étaient les principaux capitaines de l'armée des Grecs. Leur flotte, composée de mille deux ce])t quatre-vingt-dix vaisseaux, s'assembla au port d'Aulis , ville de la Béotie. Les vents contraires empêchèrent long-temps de mettre à la voile. Galchas déclare que les vents ne deviendront favorables que lorsqu'Agamçmuon aura immolé sa

232 ABRÉGÉ d'

fille Iphigénie à Diane , dont il a encouru, la disgrâce en tuant une biche consacrée à cette déesse. En vain le roi d'Argos voulut répliquer ; il fallut obéir à l'oracle; mais lorsque le prêtre allait frapper la princesse, Diane substitua une biche à la place d'Ipbigénie, qu'elle emporta dans la Chersonèse Taurique , oi« elle la fit grande prêtresse de son temple. Après ce sacrifice, on cingla vers les rivages de Troie , et l'on j aborda bientôt benreusement.

Les Troyens avaient rassemblé d'innouibrables armées. Elles étaient commandées par des princes pleins de bravoure, et par cinquante fils que Priam avait eus de plusieurs femmes. Hector ^Wiué de tous, aurait suffi seul pour repousser les efforts des ennemis , si le Destin ne lui avait pas été contraire. Les dieux eux-mêmes prirent part à celte guerre, et s'intéressèrent les uns pour les Grecs, et les autres pour les Trojens. Junon surioat signala, dans celte occasion , la haine qu'elle portait aux derniers : faut-il s'en étonner? puisque Paris ne lui avait point adjugé la pomme que la Discorde avait jetée sur la table aux noces de Thétis et de Pelée , avec cette inscription : à la plus belle.

Tout réussit d'abord aux Grecs; mais Achille s'étant brouillé avec Agamemnon, qui lui avait enlevé sa captive Briséis, et ne voulant plus mener ses troupes au combat, les choses changèrent de face. Chaque jour Hector fait éprouver aux Grecs les terribles effets de sa valeur , et déjà tous se repentent de cette expédition. Patrocle seul veut essayer de ramener la fortune. Il prend les armes d'Achille, se met à la tête des Iroupes, repousse les Troyens, et défie Hector au combat. Hector se montre, et Patrocle expire sous ses coups. Achille alors oublie l'injure d'Agamemnon, et court venger son ami. Il attaque le héros troyen, le tue, l'attache par Içs piçds à son char , et le traîne trois fois

ou l'ami de la jeunesse. 255

autour des mnrs de Troie et du tombeau de Patrocle. Il le rendit néanmoins aux larmes de Priam. Ayant ensuite conçu de la passion pour Polixène, fille du monarque troyen, il la demanda en mariage; et lorsqu'il allait l'épouser , Paris lui décocha une flèche empoisonnée qui vint le frapper au talon , et lui donna la mort. Apollon lui-même avait dirigé ce trait fatal.

Pyrrhus, fils d'Achille et de Déidamie, vint avec un renfort considérable se joindre aux Grecs^ et venger la mort de son père , en enlevant de Troie la statue de xMinerve appelée Palladium. Ulysse et Diomède avaient détruit la dernière des fatalités qui mettait obstacle au succès de leur entreprise. Cependant les Grecs sont obligés de recourir à la ruse , pour réduire une ville dont ils ne pouvaient encore se rendre maîtres parla force. Feignant de vouloir retourner dans leur patrie, ils construisent, sous la direction d'Epéus, unénorme cheval de bois , qu'ils abandonnent sur le rivage, comme une offrande consacrée à Minerve , en expiation de l'outrage fait à cette déesse par l'enlèvemeutdu Palladium. Ensuite ils mettent à la voile et gagnent le large ; mais ils ne vont pas plus loin que l'île de Ténédos, qui s'élève à peu de distance de Troie , et ils s'y cachent en attendant le signal dont ils sont convenus avec le perfide Sinon , qu'ils ont aposté pour tromper les Troyens. En effet, séduits par ce traître, ceux-ci voulurent introduire dans leurs murs cette fatale machine. Il fallut en abattre une partie pour lui donner passage, et, dans leur joie de féloignement des Grecs, ils s'abandonnèrent atix plus bruyans transports. L'ivresse et la fatigue s'emparèrent de toute la ville; alors les flancs du cheval s'ouvrirent, et cinquante guerriers qui y étaient cachés, sortirent sous la conduite d'Clysse , fireni approcher les Grecs placés en embu§cadç au dghors de la yille , çt livfèrçnt

a34 ABRÉGÉ D ÉRASTE,

Troie aux flamines , au fer et au pillage. Pyrrhus surtout exerce des cruautés inouies. Il pénètre au palais dePriaiii ; il égorge ce prince avec toute sa famille, au pied d'un autel où il s'était rél'ugié ; ensuite il immole Polixène sur le tombeau d'Achille. Andromaque ^ épouse d'Hector, avait caché son fils Astyanax dans le tombeau de ce héros ; Ulysse l'en relire avec adresse , et le fait précipiter du haut d'une tour. Pyrrhus emmène Andromaque en Epire , et la force à féponser.

Hélène , qui était cause de cette guerre, se cacha dans le temple de Minerve , et regagna les bonnes grâces de Ménélas ^ son ancien époux , en lui livrant Dtiphobe ^ fils de Priam, avec lequel elle s'était mariée après la mort de Paris. Tel fut le triste sort qu'éprouva la superbe ville de Troie. Après l'avoir réduite en cendres, les Grecs reprirent le chemin de leur patrie. Leur flotte vint donner contre le promontoire de Capharée, voisin de l'ile d'Eubée; et leurs vaisseaux y lurent brisés pour la plupart. Mais ce n'était que le présage des jualheurs qui les attendaient, soit pendant leur navigation, soit à leur arrivée-dans la Grèce. Le vieux Nestor fut le seul qui regagna heureusement ses états.

Agamemnon , entrant dans son palais en vainqueur, fut assassiné par Egyste , que Clytemnestre avait épousé pendant la guerre de Troie. Electre, fille d'Agamemnon , voyant que l'usurpateur voulait éteindre la postérité de ce prince, fit porter son frère O reste , encore enfant , à la cour de Strophius, son oncle, roi de la Phocide , qui l'éleva secrètement. Devenu grand , il vint à Argos où il apprit que cette tendre sœur avait ete donnée en mariage à un homme de la lie du peuple, afin d"ôter à ses enfans le droit de monter sur le trône. Oreste immole Egvste et Clytemnestre aux mânes de son père, et toiube tout à coup dans des accès

ou L^AMI DE LA JEUNESSE. 235 de {'areur, pendant lesquels il croit voir l'ombre t!c sa mère accompagnée de i'aries. Il consulta l'oracle, qui lui ordonna d'aller dans la Tauride pour s'y purifier. Il s'y rendit avec Pylade , son aini fidèle. Tous deux turent arrêtés par l'ordre de Tîioas, roi de cette contrée, qui faisait immoler à Diane les étrangers qui abordaient dans ses états. Oreste était le seul dont le tyi*an désirât la mort. Pjlade voulait être sacrifié à sa place , et tous deux Sf; disputèrent long-temps la gloire de sauver la vie à un ami. Iphigénie reconnut son frère au mo-' ment qu'elle allait l'iinmoler. Les deux amis tuèrent Thoas pour I0 punir de ses cruautés , enlevèrent la statue de Diane , et revinrent dans la Grèce avec Iphigénie.

Ulysse erra dix ans sur toutes les mers , et peutêtre qu'il n'aurait jamais revu sa patrie sans la protection de Minerve qui l'accompaç^nait partout. Il fut retenu plusieurs années dans File de Calipso , n'échappa qu'avec peine aux maléfices de Circé et aux charmes des Syrènes, pensa être dévoré par le cvclope Polyphème ^ fut accueilli par Alcinoiïs y roi des Phéaciens, et trouva, en rentrant chez lui, son palais rempli de nombreux prétenclans à la main de Pénélope^ qui publiaient que le roi d'Itljaque était mort au siège de Troie. Cette fidèle épouse avait trouvé le moyen d'échapper à leurs ])0!irsuites. Ulysse , sans se faire connaître , et aidé de son fils Télémaque et de son vieux serviteur Eumée, extermina tous ces audacieux, et se remit en possession de son royaume. Il se démit ensuite de ses étdts en faveur de Télémaque, et périt par la main de Télégone , qu'il avait eu de Gircé. Ainsi s'accomplit l'oracle qui lui avait prédit qu'il tomberait sous les coups de son fils.

La destinée des Troyens fut dans un sens moins déplorable que celle des Grecs. £'/îee, prince du

sang- royal, fils d'Ancliise et de Venus, écbappâ aux débris de sa patrie , sous les auspices de la de'esse qui lui avait donné le jour. Après avoir perdu sa femme qui s'égara, il chargea son père sur ses épaules , prit son fils Jule ou Ascagne par la main , et emporta les dieux tutélaires de sa patrie. Jl était destiné à fonder un empire qui s'éteu« drait et sur les vainqueurs des Tojens, et dans toutes les contrées de la terre. Il rassemble tous ceux qui avaient échappé à la fureur des Grecs , s'embarque avec eux, erre pendant sept ans de mers en mers, exposé aux effets de la haine que l'implacable Junon conservait encore conire le nom troyen. Ce prince vertueux apaise la colère de la reine des dieux, aborde à CarlJiage dans Je temps que Didon, fille de Bélus , roi de Tjr, en bâtissait les murs. Il y est retenu par l'amour qu'il conçoit pour cette princesse ; mais bientôt , se rappelant ses glorieuses destinées, il abandonne le séjour de Carthage par Tordre de Jupiter. La reine en est au désespoir : elle se perce d'un poignard, et expire après avoir demandé aux dieux qu'une haine éternelle divise Rome et Carthage. Enée aborde en Italie , soutient la guerre conire T'îir?ui s ^ roi des Rulules, et le tue dans un combat. Ensuite il é[)Ouse Lmnnie , fille de Latiuus, roi du pays latin; et après sa mort il est enlevé dans le ciel. On l'honorait à E.ome sous le nom de Jupiter Indigète.

c'est ainsi que la fable nons conduit jusqu'au temps où l'histoire ancienne commence à se fixer par l'époque de la fondation de Rbme. Je pourrais m'étendje davantage sur la Mythologie : c'est une mine féconde, dont les anciens poètes, et surtout Ovide, vous feront connaître plus en détail les * richesses inépuisables. Nous nous arrêterons là, mes chers amis , pour nous occuper, dans les entreliens

ou l'ami de la jeunesse. 237

qui vont suivre, de la Physique, de l'Histoire nanaturelle , de la Géographie et de l'Histoire de France V

lye ENTRETIEN.

Sur la Physique^ et premièî^ement des propriétés générales des Corps.

Eraste. La Physique est la science des corps naturels; et son nom est dérivé d'un mot grec qui signifie nature, parce que dans la natwre , l'objet le plus frappant pour l'homme, c'est le corps.

On appelle corps naturels , tontes les substances matérielles dont l'assemblage compose l'univers.

Tout ce qui existe dans les corps de manière à affecter quelqu'un de nos sens, et à exciter aussitôt dans notre âme l'idée de leur présence, s'appelle qualité on propriété. Le IVuid que vous éprouvez quand vous posez la main sur un morceau de glace , est la propriété de ce corps.

On remarque plusieurs propriétés qui conviennent à tous les corps, et qui les accompagnent constamment dans les différens états par lesquels ils peuvent passer : ce sont leurs propriétés gé?2éralris OM universelles , ou simplement leurs attributs. Celles qui ne conviennent aux corps que dans certaines circonstar^s, ou qui couvienuent aux uns et nullement aux autres , s'appellent propriétés secondaires ^ accidens , ou bien qualités. • Tout ce que nous découvrons dans les corps , à l'aide des sens, s'appelle phénomène. Il y en a de plusieurs espèces , dont chacune reçoit un nom particulier. Par exemple , lorsque nous observons un

238 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

certain ordre, une combinaison respeclive entre plusieurs corps, par rapport à la place qu'ils occupent, c'est un pliénoincne de situation. Le lever du soleil, son midi et son coucher, nous offrent un phénomène de mouvement. Les diverses révolutions que la lune éprouve, nous présentent un 'phénomène de changement ; et l'action d'un corps sur un autre , nous donne un phénomène d effet.

La première propriété générale que nous apercevons dans tous les corps , c'est leur extensité ou \t\i\: étendiie. Cette étendue a trois dimensions; savoir, la longveuj^ , la largeur , la profondeur ou Vépaisseur. Le plus petit corps comme le plus ^rand est nécessairement long , large et épais.

La vertu par laquelle les parties constituantes d'un corps sont unies entre elles et s'opposent à leur mutuelle séparation, s'appelle a^/zerewt-e, cohésion , cohérence owjermeié ; car tous ces mots signifient la même chose.

La divisibilité est aussi une propriété générale de la matière. Il y a deux sortes de divisibilité, l'une idéale, et l'autre réelle. La première consiste dans la facilité de concevoir toujours comme divi5il)le un corps , quelque divisé qu'il soit. La divisibilité réelle consiste dans la possibilité de ' séparer effectivement toutes les pai tics de la matière. Il serait difficile de fixer le terme au-delà duquel il n'est plus possible de séparer effectivement les parties qui composenlles corps ; car il est prouvé que la matière peut se diviser en des particules si délicates et si faibles, que leur ténuité les dérobe aux regards lesplus s^lils, quelques secours qu'on emprunte pour tacher de les apercevoir.

Les vapeurs qui s'échappent d'une liqueur qu'on* fait chauffer ou bouillir , les odeurs que nous respirons à l'approche des fieurs,des plantes et de tous'les corp« odorans, sont autant de corpuscules

ou l'ami de la jeunesse. 209 qui s'^n détachent par l'action du feu , ou par celle de cette chaleur que la nature entretient sans cesse sur notre globe, et qui met tout en mouvement.

Un seul grain d'or s'étend sous le marteau, de façon à pouvoir être divisé en treize millions deux cent mille parties sensibles ; et quand on l'emploie à fabriquer ces fils d'argent doré qui servent à embellir nos parures, il se divise en un milliard trois centquatre-vingt-dix-neuf millions six cent quatrevingt mille parties sensibles.

Wolf, philosophe célèbre de nos jour.^ , a observé dans l'espace d'un grain de poussière, cinq cents œufs dont il est éclos des animaux semblables à des poissons , et dans lesquels on remarquait à l'aide du microscope, une infinité de parties, comjjie dans les plus grands animaux de la mer.

Lorsqu'en divisant une matière autant qu'il nous est possible, nous n'apercevons rien que d'uniforme dans toutes les molécules qui la composent, nous lui donnons le nom de simple ^ et nous appelons ses parties homogènes. Nous nommons , au contraire, corps mixtes ^ ceux dont les parties mises à part, «e se ressemblent point, et dans lesquels on voit que plusieurs matières hétérogènes ^ c'est-à-dire , essentiellement différentes, concourent à la composition du tout.

L'étendue plus ou moins grande d'un corps est toujours limitée par des surfaces qui renferment la quantité de matière qui lui est propre. Celte quantité se nomme masse ; et le plus ou moins de surface non interrompue qui limite sa grandeur apparente, s'appellefibn volume. L'ordre ou farrangement que prennent entre elles les surfaces qui terminent les volumes, est ce qu'on désigne par le ■ mot àejigure.

Grands ou petits, tous les corps sont figurés, parce que ^dus ont leurs limites. Tous se prêtent égaleuieni an chuDgçiuent de leur première ligure ,

24o ABRÉGÉ d'eRASTE,

soit par l'addition de quelques parties, soit par la

division: cette disposition s'aip^eUefigurabilité.

Non-seulement les corps sont étendus , divisibles et jQgurés; ils sont encore solides, poreiix et moLiles , attributs que je vais tâcher de vous expliquer le plus succinctement possible.

La solidité , que l'on appelle aussi impénétrabilité^ est nne propriété par laquelle un corps résiste à tout autre corps , et l'empêche de s'emparer de l'espace dont il est en possession , pour l'occuper en même temps et avec lui. Cette propriété convient à tous les corps , et à ceux q ui sont durs , et à ceux qui ne le sont pas, et que l'on appelle Jluides ^ pour les distinguer des autres que l'on nomme solides. Ainsi , l'eau que vous pressez dans un vase, vous fait éprouver de la résistance, aussi bien qu'un morceau de fer que vous frappez avec un marteau.

Les ouvertures que l'on aperçoit dans les corps s'appellent pores ou passages. La porosité convient à tout ce qui est composé de parties matérielles; aux solitles aussi-bien qu'aux fluides, aux corps organisés comme à ceux qui ne le sont pas. S'il y a quelque différence dans les uns et dans les autres, ce n'est que par la grandeur , parle nombre, par la figure ou par l'arranoement des pores. L'or est , de tous les êtres matériels que nous connaissons, celui qui est le plas compact, et qui renferme le plus de matière sous un volume déterminé ; cependant ce précieux métal est si poreux, qu'on y découvre au moins autant de vide que de plein. «f

Tout corps , de quelque espèce qu'il soit , grand ou petit , peut passer d'un lieu dans un autre : cet attribut s'appelle mobilité, qu'il ne faut pas con- • fondre avec ce que l'on nomme mouvement.

Le mouvement est une action par b^.quelle les corps s'éloigueutous'approchentles uns des autres,

ou l'ami de la jeunesse. 24i c'est-à-dire, augaienlenl ou dijuiniieiit l'intorvalle q!ii les séparait.

[IjiV 'i point de mouvemenl sa.'.s une force qui l'imprime ; el c'est celte lorce que l'on appelle puissance ou force motrice.

On appelle obstacle tout ce qui s'o])pose .ni moiivenieut d'un corps , et qui consuine sa lorce en tout ou en partie.

Le tluide dans lequel un corps se meut, et contre lequel il déploie à chaque instuil une partie de son mouvement, i)OUi- v;nncre la résistance que ce fluide lui oppose , s'appelle ;/2?7i'ez^.

Les milieux résistent à pioj)ortion de la quantité qu'on en déplace; et celte quantité doit être jnesurée par la surl'ace intérieure du corps qui s'v meut. Le batelier lait agir sa rame par le plat, quand il cherche un point d'appui dans la résistance de l'eau; mais il la relève par le tranchant pour se moins fatiguer , quand il veut se mettre en état de recommencer.

Outre cette résistance qui vient de l'inertie du iluide qu'il faut déplacer, il en est une autre qui naît de sa viscosité et de sa ténacité, c'est-à-dire, de la ditïjculté (ru'il y a à séparer les molécules qui le composent, et à vaincre leur cohésion mutuelle.

Si le milieu est aoité, sa résistance sera an<'mentee ouilimmuee parle mouvement qui 1 agite. Le poisson qui remonte le courant d'une rivière, a trois résistances à vaincre : l'une est le mouvement de l'eau, dontla direction est contraire à la sienne; l'aufi'e est l'inertie du volume auquel il répond , et qu'il doit déplacer; et la troisième est la viscosité du fluide.

Si le mobile, c'est-à-dire le corps mis en mouvement, et le fluide qui lui sert de milieu, se meuvent tous deux dans la même direction : ou ils ont des vitesses égales , ou l'un d:.S deux en a plus Abrégé d'Eraste. 1 1

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