‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 4 sur 84 · PREMIER ENTRETIEN · texte numérisé non relu

PREMIER ENTRETIEN

Avantages de P Education ; nécessité de s'' instruire.

Eraste, Eugène, Eudoxie sœur <i'EuGÈ>E.

XJRASTE. Oui, mes chers enfans, la jeunesse est Je seui temps d'apprendre. Dès qu'une fois on est entré dans le monde , on s'occupe tout entier de l'état qu'on embrasse ; on épie les moyens d'augmenter , de soutenir ou derelever sa J'ortune, et l'on est alors forcé de renoncer à ces sublimes connaissances , dont l'objet est d'éclairer l'homme dans ce séjour de ténèbres et d'erreurs. Hélas! combien ne voit-on pus d'infortunés qui ne sont malheureux que pour n'avoir ptis mieux employé les premières années de leur vie !

EugÈive. Nous bénissons le ciel de ce que notre carrière est si peu avancée : sous vos auspices, nous en consacrerons tous les instans à l'étude, et, nous aimons aie croire, vous vous applaudirez de la docilité de vos élèves.

Abrégé d'JÉraste, i

2 AT, RÉGÉd'ÉRASTE,

EuDOxiE. Vous avez l'art de persuader ; il n'j a qu'an instant, je redoutais vos instructions ; je me figurais qu'elles seraient trop austères ; mais vous en montrez l'ulilité avec tant de douceur, que je brûle de les entendre.

Er. Je vais vous salisfaire, ma chère Eudoxie , et , pour fortifier de plus en plus un empressement si léL;itime , examinons , avant tout , quels sont les avantages de la bonne éducation , et sur quelles raisons est fondée la nécessité de s'instruire.

La bonne éducation est la source de la vertu et de l'honneur : sans elle, tous les présens de la fortune , tous les dons de la nature deviennent inutiles ou dangereux ; c'est elle qui apprend aux li<mimes à remplir dignement les diverses l'onctions auxquelles ils sont appelés dans le monde ; elle forme les pères et les mères de familles , les rois , les magistrats, les ministres, les j'uerriers, les prêtres du

Seigneur; en un mot, c est le plus ])recieux héritage , c'est le seul bien durable que les parens puissent laisser à leurs enfans.

EuG. Voilà, Monsieur , ce que nous nous étions déjà dit bien souvent , ma sœur et moi , et ce qui nous a fait prendre la ferme résolution de nous instruire. Ainsi nous nous sommes proposés deux objets , eu vous suppliant de nous admettre au. nombre de vos disciples ; nous avons voulu devenir gens de bien, et propres à rendre tels ceux avec ^i nous serons obligés de vivre.

EuD. Il y a cependant une chose sur laquelle je ne suis pas d'accord avec mon frère: il pré'eiul qu'il iaut prendre autant de soin de l'éducation des hlles que de celle des garçons ; en vain je lui ni repréfcenlé qu'il suffisait aux femmes de connaître les principaux devoirs dtr la relijion, de savoir coudre et faire quelques autres petits ouvrages, d'apprendre à chanter avec grâce , à danser avec noblesse , à s'habiller à la mode , à se présenter avec

ou l'ami de la jeuis^esse. 3

décence, à parler poliment ; il soulieiit que loul cela 11 est rien ou très-peu de chose ; et , sans songer à la faiblesse de notre sexe, il ose avancer que nous sommes capables d'études bien ])lus sérieuse».

Er. Ma chère amie, voire âm(; est-elle d'une autre espèce que celle des hommes? jN'avez-vous pas aussi-bien qu'eux une raison à conduire , une volonté à diriger , des passions à combattre ? et vous est- il plus aisé qu'à nous de satisfaire à tous ces devoirs, sans rien aj)prendre ?

"Votre sexe est faible 1 la nature lui a-t-elle donc imposé des obligalions qu'il ne puisse remplir? Et quelles obli;4ations encore? Elles sont le fondement de la vie humaine. Ce sont les femmes qui ruinent ou qiii souticnm-nt les maisons , qui rèj:;lent tous les détails domestiques , et qui , par conséquent , décident de ce qui touche de plus prfs à tout le oenre Iiuuuùn. Ainsi leurs occupations ne sont guère iiiojns importantes m moins pénibles que celles des hommes , puisqu'elles ont une famille à gouverner, un mari à rendre lieureux, des enlans à bien élever. Oui , ma chère Eiidoxie, j'ose l'assurer, la mauvaise éducation des l'emmes n'est pas funeste à elles seules: elle a pour la société des suites beaucoup plus terribles que celle des bommes. En effet , pourquoi la plupart de ces derniers sont-ils vicieux et méchans? c'est que leurs mères n'ont pas rectifié en eux , dès leur tendre jeunesse, le redoiuable penchant qui les porte au mal; c'est que souvent même elles l'ont rendu plus glissant et plus rapide par une tendresse désordonnée ; ou bien , c'est que, dans un âge plus avancé, d'autres femmes, sans honneur et sans principes , ont abusé , pour les pervertir, des attraits séducteurs qu'elles avaient reçus de la nature.

EuD. Je cède à vos raisons, et je vois que les instructions que vous avez résolu de donner à mon frère, intéressent également les personnes de mon

4 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

sexe. Ainsi permeHez-moi d'être son émule, et de

fournir sous vos yeux la même carrière.

Eb. Pour vous Faire comprendre combien votre ïésolution est sage , ma chère enfant, considérez avec moi quel besoin nous avons d'apprendre , et quelles lumières, quelles consolalions, quels charmes inexpriaiaLlesnous puisons dans l étude et dans l'instruction.

L'étude supplée à la stérilité de l'esprit, et lui fait tirer d'ailleurs ce qui lui manque. Elle étend ses connaissances et ses lumières, porte plus loin ses vues , multiplie ses idées, les rend plus variées , plus distinctes, plus vives; elle dissipe nos préventions et corrige nos préjugés ; elle lait acquérir l'heureuse habitude du travail, elle en adoucit la peine; elle arrête et fixe la légèreté de l'esprit ; elle éloigne del'oisiveîé, du jeu et de la débauche. Elle nous apprend que le véritable bonheur de l'homme est inséparable de la vertu ; qu'il n'y a rien desùmable que la droiture et l'équité ; rien de consolant que le témoignage d'une conscience pure ; rien de doux que l'approbation des gens de Lien ; rien de honteux que le vice. Par de grandes leçons, elle nous accoutume à n'estimer, n'admirer que la véritable sagesse, qui consiste moins à bien dire qu'à bien faire ; à fouler aux pieds les préjugés populaires, à juger sainement des hommes et des objets de leurs passions, non sur des dehors trompeurs, mais sur ce qu'ils ont de réel et de solide.

EuD. Ce que vous nous dites del'étude, surpasse de beaucoup l'idée que je m'en étais formée.

Er. Ce n'est point tout : euvisageous-la maintenant sous le rapport qu'elle a avec la religion, vou» connaitrtz encore mieux combien elle est indispensable.

A proprement parler, nous n'avons ici bas qu'une seule atfaire, qui est celle de noire salut ; toutes les

ou l'ami DE La JEUNESSE. 5

autres lui sont subordonnées et doivent nous y conduire. Ainsi l'étude de la religion est notre preîiiière et notre principale élude. Mais qu'est-ce qu'étudier la religion ? c'est ce qu'il est important de définir.

Etudier la religion , c'est travailler, par tous les moyens possibles, à faire chaque jour de nouveaux progrès dans la connaissance de Dieu, de ses perfections suprêmes , des œuvres de sa puissance , de son adoraWe sagesse, de sa justice et de sa miséricorde infinie ; étudier la religion , c'est contempler avec un saint respect les impénétraLles mystères du Sauveur, méditer sa doctrine, suivre ses exemples, se remplir des vrais principes de la morale évangélique, des règles de l'Eglise, et de tout ce qui peut contribuer à former une piété sincère et durable: enfin, étudier la religion, c'est recueillir tous les rayons de lumière qui peuvent diriger nos pas timides et chancelans dans l'obscurité de la vie présente, jusqu'à ce que le grand jour de l'éternité commence à luire.

Hâtez-vous donc, mes cliers enfans : vous n'avez encore sur cette matière importante que des idées très-imparfaites ; mais, avec le temps et l'application , et surtout avec la grâce du Seigneur, vous prendrez dans ces faibles entreliens des notions capables de vous diriger dans une étude plus étendue : douncz-y surtout une attention sérieuse ; car la vérité ne prend jamais racine dans une âme frivole.

Quand une fois nous aurons formé notre coeur par la connaissance de la religion et de la morale , nous nous entretiendrons de la physique, de l'histoire naturelle, de la géographie, et de plusieurs autres sciences qu'il n'est pas nécessaire de vous indiquer actuellement , et nous finirons par prendre une idée de l'histoire de France, afin de n'être pas comme des étrangers dans notre propre patrie.

Vous voyez, mes chers amis , <jue je vous propose des objets bien clignes de vous attacher ; mais ils exigent de vous un peu de constance. Si , malgré mes efforts, je ne parvenais pas à écarter les difficultés qui pouiraient vous rendre cette carrière trop pénible, proposez-moi les vôtres, je tâcherai d'v répondre ; et plus vous me ferez de questions , plus vous me ferez plaisir.

EuG. Nous n abuserons pas de cette liberté, respectable Eraste ; nous somuies venus ici pour apprendre, et non j^our vous interroger.

Eld. Pour moi , mon attention vous prouvera combien je suis jalouse de m'instruire. Seulement dites-moi , Monsieur, si les sciences dont vous avez dessein de nous parler sont nécessaires à tout le monde.

Er. Sans doute , ma chère amie ; car leur objet est de donner à l'homme une idée nette et précise de tout ce qu'il lui importe de connaître, soit pour se sanctifier sur la terre , soit pour former son cœur aux vertus civiles et morales , soit pour acquérir de bonne heure l'usage du monde , usage qui n'est souvent le fruit que d'une longue et dangereuse expérience; soit enfin pour vivre heureux et estiu.é parmi ses semblables. Celles qui ne se proposent point ces objets de première nécessité, se proposent du moins d'exercer l'esprit, d'embellir l'imagination , d'orner la mémoire. Ainsi elles conviennent également aux jeunes gens de toutes les conditions, aux pauvres comme aux riches.

En voilà , ce me semble, assez, mes chers amis, pour animer vofrc zèle, et pour piquer votre émulation. Vous voyez la nécessité du travail , vous en voyez a^ssi l'agrément : plus tard , vous en recueillerez les avantages.

ou l'ami de la JEUIS^ESSE.

II«^ ENTRETIEN

Siir la Logique , ou principes propres a former la raison^ avant de s'appliquer à l'étude de la religion et de la morale.

Eugène. Qu'est-ce que la logique, s'il vous plaît?

Eraste. C'est un art, ou, ce qui est la même chose , uoe collection de préceptes propres à diriger l'esprit dans la recherche de la vérité. Ainsi l'objet de la logique est de former la raison , d'écarter les nuages qui obscurcissent la lumière, de raccouliiuïer à remonter aux principes, pour en tirer de plus justes conséquences , et à juger de tout avec exactitude.

Il faut remarquer trois opérations principales de l'esprit dans la recherche de la vérité qui constitue l'art dont nous parlons : ïidée^ lepigement , elle raisonneînent.

Ce sont ces trois opérations de l'esprit que la log-ique se propose de régler dans les trois premières parties ; et dans la quatrième , qu'on appelle méthode , elle a pour objet d'accoutumer l'esprit à disposer les diverses idées, les divers jugemens, et les divers raisonnemens qu'il a formés sur un même sujet, dans un ordre propre à le faire bien connaître,

i\ Déridée.

Vidée esf la perception d'un objet. î.ovsque l'esprit n'est occupé qu'à percevoir , et qu'il ne donne encore aucun attribut à ce qu'il perçoit, on dit qu'il a une idée. C'est ainsi que j'ai l'idée d'une Ûenr, sans en porter aucun jugement.

Dans l'idée, il faut distinguer l'objet aperçu par l'esprit , et le sentiment que nous en avons.

s ABRÉGÉ DÉRASTE,

L'objet aperçu s'appelle plus particulièrement zdëe , mot qui signifie image ou représentation , et le sentiment que nous avons de l'objet aperçu se nomoie perception^ c'est-à-dire, connaissance pure et simple d'un objet.

Il y a deux sortes d'objets : les objets sensibles que notre âme ne connaît que par le moyen des sens, et les objets intellectuels, qui ne peuvent affecter les sens, et dont, par conséquent, notre imagination ne peut se former aucune image. Telles sont les idées de Dieu , de la justice^ etc. L'affection que l'âme éprouve à l'occasion de l'objet qui agit sur un des cinq sens dont la nature nous a doués, savoir : la v}/e, Vouïe, V odorat^ le goût et le tact^ s'appelle sensation. L'acte par lequel on connaît les objets intellectuels, se nomme zWee in~ tellectuelle ^ parce qu'elle ne peut être aperçue que par ï intellect^ qui est cette faculté par laquelle l'âme connaît.

Mais toutes ces dénominations que l'on donne aux diverses manières dont notre âme aperçoit les objets, ne doivent pas vous embarrasser, parce que, dans le langage ordinaire , pensée , idée , sen^ sation ^ perception ^ sont àes termes synonymes, c'est-à-dire, qui ont la même signification, et qui, par conséquent , s'emploient indifféremment l'un pour l'autre.

EuD. Ps'y a-t-il pas plusieurs sortes d'idées?

Er. Les philosophes qui ont réfléchi sur l'origine des idées , en ont distingué de trois sortes : les unes, qu'ils supposent que Dieu imprime , en quelque façon, dans notre âme en la créant, ils les appellent les idées innées ; les autres, que Dieu produit dans notre âme à l'occasion des impressions que font les objets externes sur nos sens , ils les nomment idées adveritices : enfin , celles que l'esprit acquiert en combinant, en réunissant diverses idées , ont été désignées par le nom d'idées

ou l'ami DELA JEUNESSE. 9

factices. Cette dernière espèce d'idées ne doit pas nous arrêter ; on sait assez que l'âme peut se former des images des choses qui n'existent ])as dans la nature , et qui ne sont que possibles ; telles sont , par exemple , les images par lesquelles elle se ûgurennemonfaone d'or, un bœuf'ailé, etc.: quant aux idées innées et aux idées adventices , elles méritent, quelques réflexions.

Ceux qui soutiennent la réalité des idées innées, fondent leurs raisonnemcns sur deux principes : 1°. ils prétendent qu'il est essentiel à l'âme de toujours penser, m€me dès l'instant de sa création, et qu'elle ne peut point exister sans cette propriété ; 2". ils avancent que tous les Lom.mes n'auraient jamais pu s'accorder sur certaines vérités fondamentales, telles que celle-ci : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse , si les idées de ces vérités n'eussent ]ioint été gravées , pour ainsi dire, dans l'ânie de tous les hommes, au moment où elle reçut l'existence.

Ceux qui défendent l'opinion contraire, attaquent ces deux principes , et les raisotis qu'ils allèguent, paraissent convainquantes. D'abord, disentils, si les idées innées étaient réelles, comme on le prétend, ne seraient-elles pas les premières à se manifester dans les enfans? or l'expérience prouve tous les jours que les premières idées dont les enfans donnent des marques , sont occasionées dans leur âme par des objets sensibles; secondement, aucun homme a-t-il jamais éprouvé qu'il eût des idées qui l'occupassent sans cesse? Plusieurs, au contraire , ne ])ourraient-ils pas assurer qu'ils se sont surpris plus d'une fois dans des momens où ils ne songeaient à rien? Quant au principe allégué : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse . est-il un enfant à qui il ne semble nouveau, inconnu, lorsqu'on le lui présente pour

10 ABRÉGÉ d'ÉBASTE,

la première fois ? Qu'on rabandonne à son penchant nati.rel, tl ser.i plus porté à noire à son semblable qu'à le trailer coniine un autre lui-même ; et il ne résisle à celte ptnte qu'après que la réflexion, el plus souvent le cliâtiment, lui en a fait apercevoir le danger. Cependant si ce principe était inné, l'enfant ne le mettrait-il pas en pratique , puisque son âme s'en occuperait Scins cesse ? Voilà ce que la raison aperçoit. Mais que nous découvre la loi? Elle nous apprend que la loi naturelle a été donnée par Dieu lui-même au premier homme ; il n'est donc pas étonnant que tous ses descendans en aient connu les préceptes.

Après avoir pesé les argumens des uns et des autres, vous concevrez facilement , mescbersamis, comme je l'ai déjà dit , que l'opinion la plus vraisemblable est ceîie de ceux qui nient l'existence des idées innées. >'éanmoins, cette question est très-fameuse dans les écoles de piiilosophie : les disciples d'un homme célèbre , appelé Descartes , la défendent avec chaleur; el probablement ils s'accorderaient avec leurs adversaires, s'ils voulaient se donner la peine de s'entendre. Mais non , les uns et les autres confondent la faculté de penser avec la pensée elle-même, et les disputes sont éternelles.

EuG. Est-ce que la faculté dépenser et la pensée ne sont pas une même chose?

Er. Non , mon cher enfant : la faculté dépenser est le pouvoir, la facilité qu'a notre âme de connaître les objets ; et la pensée est l'acte de cette faculté , c'est-à-dire, la connaissance même d'un objet. Or notre âme reçoit cette faculté de penser dès l'instant de sa création , comme elle reçoit la volonté, la mémoire et tous ses autres attributs; mais il ne s'ensuit pas qu'elle en fasse d-ès lors usage.

ou l'ami pe la jeu is^ esse. if Kup. Si l'on n'admet pas le système des idée^ innées , il faudra donc d'ire que lentes nos idées sont adventices?

Er. Sans doute, ma chère amie, pourvu que BOUS reconnaissions que nous acquérons les unes par le moyen des sensations , et les autres par celui de la réflexion ; car les idées que nous avons des choses, ne viennent dans noire âme que par ces deux voies. Les objets extérieurs qui frappent nos sens , sont l'occasion des idées que nous avons ; et la réflexion faite sur ces idées des choses sensibles, est l'occasion des idées intellectuelles : voilà tou| le mystère.

2**. Du Jugement,

Nous comparons nos idées pour en découvrir les rapports qui sont de convenance ou de disconvenance -, et l'acte par lequel nous prononçons que ces idées conviennent ou ne conviennent pas entre elles, nous l'appelons y?/g^eme7i^

Ainsi, le jugement est un acte de l'esprit, par lequel nous affirmons ou nous nions une chose d'une autre.

Affirmer, c'est réunir des idées et dire qu'elles ont du rapport l'une avec Vautre. Quand on dit, par exemple, Dieu est tout-puissant, on réunit l'idée de Dieu avec celle de la toute-puissance, et l'on affirme que ces deux idées , étant compatibles, peuvent rester unies.

Nier , c'est séparer deux idées, et dire qu'elles ne sont pas compatibles l'une avec l'autre. Par exemple, quand on dit : ïhomme nest pas éternel, on sépare l'idée de l'homme et celle de l'éternilé ; on nie que l'une puisse appartenir à l'autre. Un jugement certain est celui de la vérité duquel f âme est assurée; tel est celui-ci : le tout est plus grand que sa partie.

Le jugement incertain est celui de la vérité du-

12 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

(juel on n'est pas assuré; tel est celui-ci : il y a des habitans dans la lune.

Les motifs da jn^enient sont les raisons pour lesquelles nons le portons.

La certitude est un ferme attachement de notre âme à quelque vérité dont ^\\q reconnaît clairement l'existence, et une persuasion intime qu'elle ne se trompe point en admettant celte vérité.

Il y a trois espèces de certitudes : i°. la certitude r.ritaphysique , c'est-à-dire , celle qui est l'ondée sur la nature même et sur l'essence des choses; de manière qu'il n'est pas possible, dans aucune supposition, qu'elle nous trompe. Telle est la certitude de cette vérité : t homme est un animal raisonnable ; 2." la certitude physique , c'est-à-dire, celle qui est l'ondée sur les lois ordinaires de la nature , et sur le rapport constant et uniforme de nos sens. C'est ainsi que nous sommes certains que demain le soleil paraîtra sur l'horizon, quoique Dieu puisse em])êcher , par miracle , que cela n'arrive; c'est ainsi que nous sommes certains que nous avons un corps ; 3.° la certitude morale , c'est-à-dire, celle qui est fondée sur la façon ordinaire d'agir des hommes : c'est ainsi que je suis sur qu'un avare, à qui l'on offrira un don de cent mille écus, ne le refusera pas, quoique absolument parlant, cela puisse arriver.

EuG. J'ai ouï dire que pour bien juger, il fallait commencer par douter; voudriez -vous m'apprcndre ce que c'est que le doute ?

Er. Le doute est un acte par lequel l'âme suspend son jugement, parce qu'elle n'a pas de motif pour se déterminer, et qu'elle craint de se tromper.

Il y a deux sortes de doutes; l'un effectif ou réel, et l'autre méthodique; c'est-à-dire, dont on se sert pour mettre plus d'ordre et de certitude dans ses connaissances.

Le doute effectif ne peut s'entendre que sur ce

ou l'ami de la jeunesse. i5 que nous ne pouvons pas absolument connaître ; par exemple , quand je cloute s'il y a des liabilans dans la lune, ce doute est effectifet réel.

Le doute méthodique peut être utilement employé dans l'étude ou dans la recherche des choses dont la vérité ne se montre pas du premier coup d'œil.Sil'on juge de ceschoses sansles examiner, et si l'on prononce à leur égard avec témérité et sans réflexion, on court risque de se tromper. Mais en ne doit pas se fixer dans ce doute, ni l'appliquer au tout; car il est des yérilés si palpal.les, qu'il faudrait être insensé pour vouloir les soumettreau plus léj;er examen. Telle est celle-ci, par exeuiple : celui qui pense existe ; ou celte autre : le tout est plus grand qiie sa partie»

Le jugement exprimé par des paroles s'appelle proposition. Dans toute proposition il faut remarquer deux choses: le sujet et Vattrihnt. Le sujet est la chose de laquelle on assure ou Ton nie une autre chose : l'attribut est la chose que l'on assure ou que Ton nie du sujet. Dans celle proposition, par exemple, Dieu est bon, Dieu est le sujet, parce que c'est de Dieu que l'on assure qu'il est bon; bon est l'attribut, parce que c'est la chose que l'on attriLue à Dieu.

3°. Du Raisonnement.

Le raisonnement est une opération par laquelle notre âme infère un jugement d'un autre jugement; c'est ainsi qu'après avoir établi qu'il existe un Dieu, notre âîne conclut qu'il faut l'honorer.

Quand le raisonnement est exprimé par la parole , on f appelle argumentation. L'argumentatron est l'art de trouver une chose cachée par le moyen d'une chose connue. Les règles de fargumentation peuvent toutes se rapporter au syllogisme.

Le syllogisme est un raisonnement renfermé dans trois propositions, dont les deux premières

ï4 ABR ÉGÉ D

se nomment les prémisses , et la dernière s'appçlîe conclusion. En voici un exemple.

Toute science est estimable ; Mais la logique est une science :

Donc la logique est estimûble,

La première de ces trois propositions est appelée majeure , la seconde se nomme mineure , et la troisième conséquence.

Il faut observer que dans ces trois propositions, il n'y a que trois termes ou trois idées : science , estimable, logique., dont chacun est répété deux fois. Le premier de ces m.o\s ^ science ., qui se trouve dans la majeure, est appelé terme moyen, parce qu'il sert à comparer les deux autres entre eux , et que cV^st par son moyen qu'on découvre la coiivenance ou la disconvenance de deux idées que l'on compare. Le second, estimable ^ qui se voit aussi dans la majeure, est appelé le grand terme ou le grand extrême , ainsi nommé , parce qu'il a plus d'étendue dans sa signification , que le sujet ou le petit terme. Enfin le troisième, logique^ est appelé petit terme ou petit extrême \ on le nomme ainsi parce que sa signification est restreinte à une seule idée.

Le grand terme ou le grand extrême se trouve toujours dans la majeure , jamais dans la mineure^ et il est l'attriLut de la conséquence. Le petit terme ou le petit extrême ne se voit jamais dans la majeure, se trouve toujours dans la mineure, et il est le sujet de la conséquence. Enfin le moyen terme ^ ou celui qui sert à comparer, se trouve toujours dans la majeure pour comparer le grand extrêaie, et dans la mineure pour comparer le petit extrême ; mais jamais on ne le voit dans la conséquence.

Ces mois sont nouveaux pour vous, j'en conviens j mais chaque science , chaque art a son ian-

ou l'ami DE LA JEtJîTESSE. i5

gage : pourquoi ferait-on un procès à la logique d'avoir aussi le sien ?

Il y a deux sortes de syllogismes : ïaffirmalif et le négatif.

Le syllogisme affirmatif est celui où Ton réunit dans la conséquence le grand et le petit extrême , parce qu'on a trouve qu'ils s'accordent avec le moyen terme. Ainsi tout l'art du syllogisme affirmatif porte sur ce principe incontestable : Devx choses égales à une troisième , sont égales entre elles. Par exemple , si deux bâtons sont égaux à un troisième bâton, ces deux bâtons seront égaux entre eux. Le syllogisme rapporté plus haut est affirmatif.

Le syllogisme négatif est celui où l'on désunit dans la conséquence le graud et le petit extrême, parce qu'on a remarqué qu'ils ne s'accordaient pas avec le moyen terme; ainsi le syllogisme négatif est fondé sur celte règle évidente ; si de devx choses , la première est égale à une troisième ^ a laquelle la seconde ne soit pas égale , la première et la seconde ne sont pas égales entre elles. Voici un exemple du syllogisme négatif.

Tout ton sujet est fidèle à son prince. Mais le rebelle n'est pas fidèle à son prince ^ Donc le rebelle n'est pas un bon sujet.

Fidèle a son prince , bon svjet, rebelle; ce sonï là les trois termes de ce syllogisme. Le premier est le terme moyen, le second est le grand terme , et le troisième le petit terme. Vous voyez , mes cliers amis, que j'ai affirmé dans la majeure , que tout bon sujet est fidèle à son prince, parce que j'ai trouvé que le grand terme j, bon svjet , s'accordait très-bien avec le terme moyenjidèle à son prince.

Par une raison contraire, j'ai nié dans la mineure , que le rebelle fût fidèle à son prince , parce

ï6 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

que j'ai VU que le petit terme , rebelle , ne pouvait pas s'allier avec le terme moyen , fidèle à son prince. Pon vais-je ui'empècher de nier dans la conséquence, que le rebelle fût un l>on sujet?

De toutes les manières de raisonner, le syllogisme est la plus régulière et d'une démonstration plus rigoureuse. Lorsque l'on a quelque vérité à démontrer, et qu'il l'aul plus d'un raisonnement pour le iaire , on commence par mettre en majeure une proposition qne l'on ne saurait contester ; on met en mineure celle qui est le sujet de la contestation ; et , sans conclure encore, on la prouve surle-cliam)i par un second syllogisme, auquel on en ajoute de la même manière un troisième, s'il en est besoin , et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive enfin à un syllogisme dont les deux pi émisses soient incontestables : pour lors on tire la conclusion de ce dernier, puis celle de celui qni k» précède immédiatement, et de même en rétrogradant toutes celles que l'on a omises dans les précédens; d'où l'on peut conclure la vérité qu'il s'agit de démontrer.

4\ De la Méthode.

En tout Tordre est nécessaire; mais nous en avons particulièrement Lesom quand nous voulous nous instruire : aussi ne peut-on faire trop de cas des préceptes que donne la méthode , puisque cette partie de la logique nous apprend à disposer nos pensées, nos jugemens et nos raisonnemens d'une manière propre à nous faire découvrir la vériié , ou à la faire connaître aux autres.

De toutes les règles qu'elle nous donne , celles qu'il importe le plus de se rendre familières , sont celles dont l'objet est de guider l'espri t dans l'étude des sciences.

1°. Quiconque vent se rendre habile dans une science quelconque, doit , avant tout , prendre une

ou l'a M IDE LA JEUNESSE. ij

idée générale de cette science, soit en parcourant un ouvrage qui en traite, soit en assistant aux leçons des maîtres qui en enseignent les élémens.

2°, Il doit ensuite examiner mûrement quels sont les principes l'ondamentaux de la science a laquelle il se livre , en peser la valeur et la force ; remarquer tout ce qui pourrait en diminuer la certitude, et rechercher tout ce qui peut en confirmer la vérité.

3". Il doit aussi faire attention au rapport et à la liaison des diverses propositions entre elles, pour en former une chaîne Lien suivie , et se faire sur la science qui l'occupe, un système qui lui soit propre.

4". L'évidence doit tellement le conduire , qu'il faut qu'il trouve toujours la liaison claire et distincte de ce qui suit avec ce qui précède; sans cela quelque proposition fausse ou douteuse pourrait se glisser dans une longue suite de vérités, et tout ce qiî'on ea conclurait serait nécessairement faux ou douteux.

5.° Il doit tacher d'aller toujours du facile au difficile , et des idées simples aux idées composées ; car ce qui est simple et facile, quand on Ta bien compris, rend aisé ce qui semblait d'abord impossible, et sert de préparation aux choses qui demandent le plus de travail.

Si vous profitez de ces préceptes, mes chers amis, vous serez étonnés de vos succès dans la recherche de la vérité; et bien différens de ces hommes pour qui la vie est une perpétuelle enfance, le progrès de vos lumières égalera celui de vos années.

l8 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

IIP ENTRETIEN.

De Dieu.

Eraste. De tontes les yëritës que la religion nous enseigne, la première et la plus importante, est la connaissance d'un être suprême, des mains duq;uel sont sorties toutes les créatures. Comment vous y prendriez-Tous , Eui^ène, pour me prouver l'existence de cet uibitre souverain de la nature?

Elgè>e. Rien ne me paraît plus aisé. Quand je vois un Lel édifice , je me dis à moi-niéuie : ce superbe bâtiment ne s'est point formé seul avec tant d'ordre et de régularité; un arcbilcctc habile et des ouvriers intelîigens en ont ordonné l'exécution et le dessin. De même, quand je contemple le magnifique spectacle de l'univers, plein d'admiration pour les merveilles qu'il renferme, je m'écrie: assurément tous ces prodiges anfîoiicent un créateur , et ce créateur est le Dieu que j'adore.

Er. Vous avez raison. Dieu a gravé si visiblement dans tous les ouvrages de ses m.tins la roiignifîcence de son nom , que les hommes les plus bornés ne sauraient l'y méconnaître; m.iis quand même la vue de tout ce qui nous environne ne nous persuaderait pas de cette vérité, la facilité avec laquelle nous acq'iérons la connaissance d'un Dieu, suffirait seule pour prouver q-i'il n'est pas un être chimérique. Il n'y a pas un homme q li ne conçoive ce qu'on veut lui dire, qu.snd on lui parle d'un être souverainement paifui ; il n'est an pouvoir de personne de rien retrancher de son idée, ou d'y rien mêler qui en soit indii^ne. Si quelqu'un l'entreprenait, il s élèverait une voix génénde pour l'avertir qu'il se trompe : et j)ar conséquent cette idée est du uombre de celles qui sont communes à

ou L AMI DE LA JEUNESSE. 19

tous les mortels , qui sont la base de leur raison , et qui ne dépendent point de leur volonté. En effet, a-t-on jamais vu aucuns peuples, aucunes nations , même les plus barbares, qui n'aient eu quelque connaissance de la divinité?Il est vrai qu'on les a vus souvent prostituer leurs hommages à des objets indignes de leur vénération ; mais c'est qu'alors, abusés par les sens, ils ont pris pour divin tout ce qui les a frappés.

Il est donc prouvé , par la contemplation de la nature, par le témoignag-e de notre conscience, et parle consentement unanime des hommes de tous les âges et de tous les pays, qu'il existe un créateur ; mais cette vérité sulûra-t-elle ?

EuD. Je crois qu'il faut encore connaître la nature et les perfections de cet être suprême.

Eb. Yous avez très-bien répondu , ma chère Eudoxie. Le premier de tous les attributs de Dieu, c'est d'être indépendant, et cette seule perfection nous fait connaître sa nature; mais, direz-vous, pourquoi '^

Eug. C'est qu'elle montre évidemment que Dieu seul vit et subsiste absolument par lui-même; au lieu que tout ce qui est hors de lui, dépend de lui, et n'a, pour ainsi dire, qu'une existence empruntée.

Er. Fort bien. De ce que Dieu est indépendant, il s'en suit qu'il est infini , et de ce qu'il est infini, qu'il possède' toutes les ])erfections imaginables dans lin souverain degré ; p;ir conséquent, c'est un être très-simple , c'est-à-dire , qui n'est formé d'aucune ])artie , et qui exclut de sa nature tout mélange et toute composition.

C'est un pur esprit, c'est-à-dire, qu'il n'a ni corps, ni figure, ni couleur, et q .'il ne peut être TU , ni entendu , ni tpuciié.

Eud. Vous dites que Dieu n'a ni corps ni figure; cependant on lui donne des pieds, des mains j 00

20 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

dit qu'il a parlé , qu'il s'est montré aux hommes ,

aux patriarches, par exemple.

Er. Comme Thomiue est né faible, et qu'il n'aperçoit les objets que par les sens du corps, il ne peut se représenter les êtres spirituels que sous des figures corporelles, capables de frapper son imagination ; et voilà ce qui a donné lieu à ces différentes façons de parler, usitées dans l'Ecriture Sainte. Il est bien vrai qu'on lit dans ces livres sa-^ crés que Dieu a parlé et qu'il s'est montré aux hommes ; mais alors, ce n'était pas Dieu, c'était un ange qui, descendu sur la te' re au nom du Très- Haut, se rerêtait d'un corps fantastique pour se laisser voir aux mortels, et pour leur communiquer les ordres du Tout-Puissc.nf.

Je vous ai dit que Dieu était un être simple et nn pur esprit; j'ajoute qu'il rst éternel^ c'est-à-dire, qu'il n'a ni commenceinent ni fin, qu'il est, qu'il a toujours été, et qu'il sera toujours.

Il est imïuense , c'çst-à-dire qu'il est partout , qu'il ret.jplit tout, et qu'il n'est borné par aucun espace, ni par aucun lieu.

Il est immuable, c'est-à-dire, qu'il n'est sujet à aucun changement, à aucune vicissitude.

Il connaît tout; le présent, le passé , Favenir, rien ne peut être caché à sa lumière; il pénètre les plus secrètes pensées de nos cœurs.

Il peut tout ; car il cesserait d'être Dieu, si son pouvoir n'était point immense et absolu.

Il a tiré du néant tout ce qui existe , par le seul acte de sa volonté.

Il conserve toutes ses créatures , veille perpétuellement à leur existence ; car, s'il cessait de les maintenir, elles ne seraient plus , comme elles n'étaient pas avant qu'il les eût créées.

Eniin , rien n'arrive dans le monde sans son ordre ou sans sa permission. Sa providence ordonne tout, veille à tout j la plus petite action de chaque créa-

ou l'ami de la JEUT^ESSE. 21

tnre , la rj^.oindre pensée de l'esprit, en nn molles plus faibles iiioavemens des choses anijnées ou ina- Jiirriées, tout est réglé, prévu par son infinie sagTSSse ; et dans celte administration qui nous paraît immense, parce que nous sommes bornés, mais qui lui coûte moins qu'à nous de fermer notre œil , il n'a pour objet cjue de maiiifesler sa gloire.

Elg. Si Dieu nu consulte que sa gloire dans tout ce qui se passe sur la terre, comment permel-il le péclié , par exemple , et tant de désordres qui régnent parmi les IiommeS ?

Ee. Dieu permet le mal pour en tirer un plus grand bien. S'il afflige les bons en cette vie, il récompense leurs verUis dans l'autre. S'il donne aux médians une prospérité passagère , il se sert de leur malice pour exercer ou sa justice ou sa miséricorde sur les créatures. D'ailleurs , le péché fournit à la plupart des vertus l'occasion de parai ire et de se fortifier. Les péchés des hommes , effacés par la miséricorde de Dieu, ou punis avec sévérité par les lois de sa justice inexorable, forment des motifs éternels d'amour et de crainte, et des motifs tels qu'il en fallait pour balancer le penchant qui entraîne les hommes vers les objets sensibles.

Telle est, mes enfans, l'idée que Dieu nous a donnée lui-même de sa nature et de ses attributs. Dites-moi, chère Eudoxie, querésulte-t-il de l'assemblage de toutes ces perfections ?

EuD. C'est qu'il est impossible qu'il j ait plusieurs Dieux.

Er. Sans doute : l'unité de Dieu dérive nécessairement de tous ses attributs; car s'il est souverainement parfait, il ne peut avoir de compagnons ; et le multiplier, ce serait le détruire. Si Dieu avait un égal, il ne serait point tout-puissant, puisque son pouvoir serait partagé. Il ne serait point immense, puisque son émule limiterait nécessairement ses attributs. Il ne serait point indépendant ,

22 ABRÉGÉ DÉRASTÉ ,

puisque, pour a:;ir, il aurait besoin du consentement de son associé.

EuG. Comment se peut-il qa'une vérité aussi claire n'ait point été aperçue par tant de peuples , qui ont adoré autrefois un si grand nombre de divinités ?

Er. Trop faibles pour ramasser tant de vertus éparses dans la naiure, afin de les attribuer à un seul et même principe, les hommes, pour une commodité plus grande, imaginèrent plusieurs providences particulières, et tel fut le premier pas qui écarta le genre humain de l'unilé de Dieu. Bientôt oubliant le soleil, la lune et les astres, qui, par leur éclat, leur beauté, leur bénigne influence, avaient attiré son adjuiration et ses hommages , l'homme fixa toutes ses idées sur la terre, et chercha sous sa main de nouveaux objets de son culte.

La reconnaissance lui inspira d'abord les premiers tributs de sa vénération. Il regarda comme des hommes divins ceux qui se distinguèrent par quelques exploits extraordinaires, ou par quefqu'invention utile à l'humiinité : il leur érigea des autels comme à des êtres supérieurs pour qui la mort n'était qu'un retour vers celui qui les avait envoyés; mais bientôt la facilité de se forger des dieux fut pour forgueil humain un appât tentateur; on vit les iaibles bâtir des temples aux puissans de la terre, et tel fi.'t l'aveuglement des mal-heureux uiortels, qu'il suffisait d'avoir commis de grands forfaits ou de les avoir tyrannisés, pour mériterleur encens.

Enfin la religion se ressentit des divisions de la société; les peuples, que la discorde animait les. uns contre les autres , ne voulurent plus servir les mêmes dieux; chaque ville, chaque état, chaque profession voulut avoir sa divinité prolectrice; les passions mêmes les plus brutales, les fureurs.

ou l'ami de la JEU^'ESSE. 23

même les plus aveui^les , obtinrent des temples ce des autels , et les poètes, qui ont été appelés les théologiens du peuple^ finirent par tout déifier, pour plaire à l'imagination.

C'est ainsi, mes cliers amis, que le paganisme se forma clans les premiers siècles de FauLiquité. L'ignorance, l'amoiir-propre , la crédulité, l'adulation, Taveuglement de l'esprit et l'endurcisse'" ment du cœur , hii donnèrent une fatale existence; et cet exemple nous montre la vérité de ce que dit saint Paul , que quand une fois les liommes ont abandonné Dieu, Dieu les livre à leur StMis réprouvé , et alors il n'y a point d'excès et de folies doiit ils ne soient capables.

EuD. Ne pourrait-on pas nous reprocher d'admettre la pluralité des dieux comme les idolâtres, en disant qu'il y a trois personnes en Dieu , ainsi que nous l'enseigne la foi?

Er. Votre terreur est chimérique, ma chère amie. Il est vrai que la révélation et la foi nous apprennent qu'il y a trois ])ersonnes en Dieu ; mais elles nous enseignent aussi que ces trois personnes. Père , Fils et Saint-Esprit, ne sont qu'un seul Dieu : mystère ineffable, qu'il faut croire humblement, et que la raison même nous défend d'approfondir, puisqu'elle nous dit que la diviiiité esl un sujet si grand C; si sublime, que nous ne devons point être su'^pris de n'en pouvoir piis atteindre la hauteur par nos faibles conceptions.

SuG. Pourquoi Dieu propose-t-il à notre foi des clioses incompî'éhensibles ?

Er. i'our humilier notre curiosité, pour dompter la vanité d'an esprit qui cherche à trop connaître. D cilleurs, la manifestation entière de ces grandes vérités, que nous ne voyons ici-bas que d'une manière très-imparfaite , et comme une énigme , sera un jour dans le ciel la récompense des bons, comme elle aura été sur la terre Texercice de leur foi.

I Y« ENTRETIEN

De t Ancien Testament.

EuD. Dites- nous, respectable Eraste , quels sont les livres cjni composent l'Ancien Testament.

Er. Je vais vous satisfaire , ma chère amie.

Le premier ouvrage qui se présente dans l'Ancien Testament est la Genèse, ainsi nommée, parce qu'elle contient l'histoire et l'origine de la naissance du monde.

Le second , qui commence par l'énumération exacte des enfans de JacoL , et par le récit des vexations tjranniques sous lesquelles le roi d'Egypte faisait gémir les descendans de cet illustre patriarche , contient tout ce qui s'est passé par rapport aux Israélites et à la religion , durant cent quarantequatre ans. Il porte le nom iï Exode, c'est-à-dire , l'histoire de la sortie d'Egypte.

Le troisième est appelé Léviticjue , parce qu'il

st appelé traite fort au long des lois, des cérémonies , des devoirs et des obligations des lévites ; en un mot , de tout ce qui concerne la conduite des familles sacerdotales, et les devoirs de la religion.

Le quatrième a reçu le nom de Livre des nomères, parce que Moïse et Aarony fontle dénombre' ment du peuple d'Israël, selon les douze tribus dont i] était composé. Il comprcjid les lois qui ont été publiées, et l'histoire de ce qui s'est passé durant trente-neuf ans.

Le cinquième est nommé De2ttérono?ne, mot qui signifie seconde loi, non que la loi rapportée dans ce livre soit différente de celle que Dieu donna sur la montagne de Sina , mais parce que cette même loi fut lue et recommandée de nouveau en présence

Otr l'ami DELA JEUNESSE. 25

des enfans de ceux cpi étaient morts dans le désert, et qui avaient été témoins de la première publication.

Ces cinq livres dont Moïse est Tauleur , sont appelés Pentateuqtie , mot qui signifie volume divisé en cinq parties. Le Pentateuque contientl'histoire de deux mille cinq cent cinquante-deux ans et demi.

Vient ensuite le Livre de Josué, où l'on voit le gouvernement sage, les grandes actions, les victoires miraculeuses , la mort sainte de cet illustre capitaine , et l'établissement du peuple de Dieu dans la terre de Chanaan.

Le Livreriez Juges est ainsi nommé , parce qu'il rapporte l'histoire de ceux qui rendirent la justice aux Israélites après la mort de Josué. On y voit , entre autres merveilles, le triomphe de Gédéon , celui de Jeplité , la force prodigieuse de Samson , ses faiblesses, et sa mort plus surprenante encore que sa vie.

V Histoire de Riith^ quoique courte, n'en est pas moins touclianle.

Les quatre Lwres des rois contiennent l'histoire de la religion, depuis l'établissement de la royauté parmi les Hébreux, jusqu'à la captivité de Banylone.

Les deux Livres des Paralipomènes ^ mot qui Teut dire choses omises^ ont pour objet de servir de supplément aux quatre livres des rois.

Les deux preîniers Livres d^Esdr as renferment l'histoire du rétablissement des Juifs à Jérusalem et dans la Judée, après la captivité de Babylone, sous la conduite d'Esdras et de Néhémie.

Le Livre de Tobie^ en nous offrant Tbistoire de ce saint homme, nous présente un modèle parfait de toutes les vertus, une foule d'excellens exemples de piété , de foi , de patience dans les maux , de justice , de charité envers le prochain , de àéia- Abrégé d'Eraste, %

36 A BR É GÉ d' É R AS T E ,

cliement des Liens et des grandeurs de ce monde , et de l'éducation qu'un père fidèle doit donner à ses enfans.

Le Livre de Judith décrit comment celte illustre Juive délivra sa patrie de la cruelle oppression sous laquelle Holoferne , chef de l'armée de Nabu^ chodonosor, roi d'Assyrie, la tenait asservie.

Le Livre dEsther contient l'iiistoire de cette jeune et illustre Juive, qui préserva si heureusement sa nation de la fureur d'Aman; on y voit la chute de cet indigne favori , et l'élévation du sage Mardochée, oncle de la princesse.

Le Livre deJoh nous offre, dans l'histoire de ce juste , un parfait modèle de palience et de résignation à la volonté divine.

Le Livre des Psaumes est un recueil de cent cinquante cantiques, que les Iléhreux chantaient dans le temple ou dans leurs maisons. On trouve dans ce livre admirable une foule de prophéties et de figures concernant fincarnation du Verbe , les circonstances de sa mort et de sa résurrection, la vocation des Gentils à l'Evangile, l'établissement de léglise de Jésus-Christ, et les assurances réitérées d'une vie éternellement heureuse pour les justes, éternellement déplorable pour les impies. En lisant les psaumes, Dieu parle à votre cœur , et vous entrez en commerce avec lui.

Le Livre des Proverbes de Salomon, est un amas de préceptes divins, propres à conduireles hommes à la solide et véritable piété.

Dans celui de YEcclésiaste , le même prince montre la vanité des créatures , le néant des plaisirs , la fragilité des honneurs, la frivolité des richesses , et la petitesse de tous les objets qui séduisent les bommes.

Le Cantique des Cantiques , ainsi nommé cause de son excellence,paraissait aux Juifs si fort au dessus de la portée du commun des hommes, qu'ils n'en permettaient la leclure qu'à ceux qui

ou l'ami de la jeunesse. 2^

avaient atteint au moins l'âge de trente ans. Vous vous demandez peut-être pourquoi des pre'cautions si scrupuleuses ? C'est que les expressions avec lesquelles ce livre peint Famitié conjugale ne conviennent pas à la jeunesse : les Chrétiens ne doivent jamais le lire sans des commentaires approuvés par l'Église , et propres à leur en donner la véritable intelligence. Ils y verront que, sous la peinture de l'union étroite de Salomon et de son épouse , le Saint-Esprit nous a donné une idée sensible de l'union parfaite de Jésus-Clirist avec son église, et de l'amour sincère qu'il a eu, qu'il a, et qu'il auFa éternellement pour elle.

Dans le Livre de la Sagesse , et dans celui de (Ecclésiastique , le Saint-Esprit nous donne des maximes remplies d'une morale sublime et applicables à toutes les vertus.

Les Prophéties d' Isaïe renferment plusieurs faits historiques qui servent à justicier lus reproches que ce saint prophète faisait aux Juifs. Il y prédit clairement la prise de Jérusalem, la captivité de'Babylone , le retour des Juifs , leur rétablissement sous Cyrus, qu'il appelle par son nom , plus de deux siècles avant sa nuissance. Il y parle de l'incarnation de Jésus-Christ dans le sein d'une vierge, des principales circonstances de sa vie, de sa mort et de sa résurrection, avec tantde justesse, qu'on dirait qu'il écrit l'Evangile , plutôt que des prédictions.

Dans ses prophéties , Jérémie reprend avec véhémence les désordres du peuple juif , ceux des princes, ceux des prêtres et des faux prophètes : il leur annonce les malheurs^dontils sont menacés, s'ils ne se hâtent de revenir à Dieu , et d'expier leurs crimes par de sincères regrets.

Baruth^ disciple de Jérémie , console les Juifs dorant leur captivité à Babylone ; il les invite à la pénitence ; il leur dévoile la grandeur du Messie, et leur prouve la vanité des idoles.

28 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

Le prophète Ezéchiel , après avoir décrit avec énergie les malheurs qui vont écraser les Juifs, les console par l'espérance, non-seulement d'une délivrance prochaine sous le règne de Cyrus , mais d'une délivrance entière , parfaite et permanente, par l'avènement du Messie promis depuis tant de siècles à leurs pères.

Outre divers événemens pleins d'intérêt qui se soiit passés durant la captivité des Juifs, le Lwre de Daniel offre les révélations que Dieu fit à ce saint homme , et les prophéties sublimes par lesquelles il annonce les révolutions de divers empires qui domineront successivement les peuples , l'avènement de Jésus-Christ , la destruction des Juifs , et le règne futur de l'antechrist.

Isaie j Jérémie , Ezéchiel et Daniel sont appelés grands prophètes, parce que leurs prédictions ont plus d'étendue que toutes les autres qui se trouvent dans l'Ancien Testament.

Après leurs ouvrages, viennent ceux des douze Petits Prophètes , ainsi nommés , parce que leurs prophéties sont renfermées dans un petit nombre de chapitres. Ce sont Osée , Anios , Joèl , Abias , Jonas , Michée , Nahum , Habacuc , Sophonic , Aggée , Zacharie et Malachie. Presque tous reprochent aux Juifs leurs déréglemens, leurs excès, leur idolâtrie , et le mépris qu'ils font des avis qu'on leur donne ; mais si d'un côté ils font trembler les impies par la peinture des maux qui leur sont réservés, de l'autre ils consolent les justes en leur ins])irant une salutaire confiance aux promesses de Téternel, et au règne futur de Jésus- Christ. Parmi eux, Zacharie prédit en termes si exprès l'avènement de ce divin Sauveur, son entrée à Jérusalem , sa mort, la perfidie des Juifs , leur" ruine ,'et la succession de quatre grands empires, qu'on dirait qu'il a été témoin de tout ce qu'il annonce.

ou l'ami de la jeunesse. 29

Les deux premiers livres des Machabées terminent les ouvrages canonitjues qui composent l'Ancien Testament. On y voit Tliistoire des Juifs sous le gouvernement desprincesappelésy^j^mo/?ee?z«f, les victoires de Judas MacliaLée , la valeur et la sagesse de ses frères, le niarlyie du saint vieillard Eiéazar, et celui d'une mère avec ses sept fils.

Voilà , mes chers amis , une courte analyse de tout ce qui est contenu dans l'Ancien Testament : elle suffira pour vous faire concevoir que , quand même on ne considérerait ce précieux recueil que comme un ouvrage profane, il mériterait cependant d'être regardé comme le plus respectable et le plus excellent des livres. Que n'y trouve-t-on pas en effet ? Voulez-vous de l'histoire, de la poésie, de la philosophie, de réloquence?Ce livre admirable en est rempli ; et les histoires qu'il vous offre sont si intéressantes ; la poésie qu il renferme est si sublime; la philosophie qu'il enseigne est si relevée ] l'éloquence qui s'y rencontre est si majestueuse, que les chefs-d'œuvre des plus rares génies ne sont rien , quand on les compare à ces inestimables productions»

Les idées que les auteurs de ces livres sacrés nous donnent de Dieu sont si grandes , que tout est bas et rampant auprès de ces sublimes descriptions.

Dans l'état de la nature corrompue , les hommes s'étaient fait une dernière fin , qui n'était pas leur dernière fin. Ils croyaient qu'il fallait tout donner à leur intérêt. Ceux dont l'âme était un peu plus élevée faisaient profession de rapporter tout au Inen-être de l'Etat ; l'amour de la patrie était le grand principe qu'ils affectaient de suivre , quoiqu'il ne fût ordinairement qu'un chemin plus sur et plus couvert , que l'amour propre prenait pour aller à la considération , à la gloire , aux dignités ; en un mot, l'orgueil et les plaisirs étaient

les uniques objets vers lesquels inclinaient tous les hommes. Jamais livre ne les avait désabusés ve'ritablement à cet égard ; jamais réi'ormateur n'avait entrepris de corriger ce désordre.

L'écriture des Juifs , seule entre toutes les écritures qui eussent jamais paru, sVlevant en effet au dessus des passions , nous enseigne que tout doit se rapporter à la gloire de Dieu ;" que la politiqiîe doit être soumise à la religion , non la religion à la politique ; que la vertu se rapporte à la divinité , non la divinité à la vertu ; que la fin de chaque homme est celle de la société , et la fin de la société celle de chaque homme , qui consiste à glorifier son auteur.

Elg. Cela seul suffirait pour me faire admettre la divinité de l'Écriture Sainte ; cependant une difficulté m'arrête ; c'est la multitude deprodioes dont il est parlé dans cet ouvrage. Éraste, crovez-vous de bonne foi que les miracles soient possibles?

Er. Il y a deux sortes de miracles ; les uns qu'on peut appeler ordinaires et naturels , les autres qui sont extraordinaires et surnaturels. La course journalière du soleil , la révolution invariable des saisons , la réproduction perpétuelle des êtres , leur conservation ; en un mot, tous les phénomènes qui frappent nos regards sont des miracles que Dieu seul opère , en se cachant sous le voile des causes secondes ; c'est le miracle de la création qui se renouvelle à chaque instant.

Toute la difficulté ne regarde donc que les miracles surnaturels ; mais est il plus difficile à Dieu de rendre la vie à un mort, que de faire sortir l'univers du néant? Lui est- il plus difficile de rendre la vue à un aveugle que de suspendre le soleil et les astres aux voûtes du firmament? Lui est-il plus difficile de calmer les flots, de faire taire les orages , d'arrêter le cours des fleuves, que de tout créer par le seul acte de sa volonté.?

ou l'ami de la JEL^ESSE. 5l

Vous me direz peut-être ! les miracles offensent la raison. Eh î mes amis, accordons au moins à Dieu cet avantage, qu'il puisse faire quelque chose que nous ne puissions comprendre. Ce n'est pas trop demander pour lui, et cependant c'est ce que nous lui refusons tous les jours. Dès que l'œuvre de Diea n'est pas conforme à notre intelligence, nous la censurons ; et toute la raison que nous avons de la censurer, c'est qu'elle surpasse notre intelligence. Etrange aveuglement î c'est parce que la Bonté de Dieu est infinie et incompréhensible, que nous nous révoltons contre lui ! ce qui nous rebute dans sa religion sainte , est précisément ce qui prouve plus sensiblement son amour pour ses créatures ! Car, pourquoi tous ces prodiges? pourquoi tous ces miracles dont les livres saints sont remplis , si ce n'est pour attester la vérité des mystères d'un dieu faic homme , d'un dieu humilié, d'un dieu persécuté, d'un dieu mourant pour le salut des hommes? Cest ainsi que Dieu a aimé le monde ; mais de quel retour le payons-nous ?

Elg. Je suis convaincu delà possibilité des miracles , et je m'aperçois que mes doutes n'étaient fondés qnf; sur mon ignorance. J'admire humblement le dieu de vérité qui se sert de vous pour m'inslruire , et je glorifie sa puissance et sa bonté.

ye E N T R E T I E N.

Du Nom-eau Testament ; nécessité de lire l^Êcriture Sainte.

Eugène. Voulez-vous bien nous donner une idée générale du Nouveau Testament ?

Éraste. Ce qu'on appelle le livre du Nouveau Testament, c'est-à-dire , de l'alliance que Dieu a

02 ABftÉGÉD'ÉRASTE,

contractée de nouveau avec les hommes par Jésus- Christ , est un recueil d'ouvrages qui contiennent les conditions et le contrat de cette alliance ; l'iiistoire de Ja naissance , de la vie et de la mort du Sauveur, la doctrine qu'il a enseionée , les prog-rès *

e ses prédications , les succès de ses disciples et rétablissement de son Egli^.

La première et Ja principale partie de ce recueil divin se nomme Eva?2gile , c'est-à-dire , Bonne Nouvelle : parce qu'elle nous apprend la naissance du libérateur de tous les hommes, et qu'elle nous indique la voie qui mène à la céleste patrie que notre rédempteur nous a ouverte par sa passion.

Le premier et le plus ancien écrivain du IVouveau Testament, est saint jl/«;/i;ew, l'un des douze apôtres de Jésus-Christ. Il entreprit son évangile six ans après la mort du Sauveur, à la sollicitation des Juifs de Jérusalem , qui s'étaient convertis : aussi récrivit-il en hébreu ; mais on n'en trouve plus d'exemplaires en cette langue : nous en avons ■une version grecque fort ancienne, que quelques auteurs attribuent a saint Jacques , évéque de Jérusalem.

Saint Marc ^ disciple, compagnon et interprète de saint Pierre , écrivit sou Evangile environ dix ans après la mort de Jésus-Christ , suivant l'opinion la plus commune ; et il l'écrivit vraisembla- JJement en grec. Il ne s'est point attaché dans sa narration à suivre l'ordre des temps , transcrivant de mémoire ce qu'il avait appris de son maître.

Saint Luc , surnommé le Médecin , parce qu'il exerça quelque temps la médecine , ne fut ni apôtre , ni disciple de Jésus-Christ ; mais ayant été converti à la foi, il devait le fidèle compagnon des travaux et des voyages de l'apôtre saint Paul ; aussi reconnaît-il que ce qu'il a écrit de la naissance , de la vie et de la mort du Sauveur, il ne l'a pas su par lui-même , mais de ceux qui , dès le

ou l'aT'Ii de la jeuk£sse. 35 conin:eiicement , en avaient été Jes témoins oculaires, et y avaient eu grande part. On croit qu'il composa son Evangile en grec , vingt-lrois ans aj>rès l'ascension de Jésus-Christ.

J.e i^uatriènie et le deriiier des évangélistcs est l'apôtre saint Jean , surnommé le disciple Bien- Aimé , parce que Jésus-Christ l'honora toujours d'une affection particulière. Il écrivit son Evangile en grec , soixante-trois ans après la ujort du Sauveur , et il rapporte un grand nombre de laits cjiii sont omis dans les auteurs sacrés qui le précèdent : aussi son ouvrage est-il un des plus considérables, non-seulement par ses additions, mais encore par la sublimité des instructions qu'il renferme.

Après les quatre évangiles , on trouve les actes ou l'histoire des actions des apôtres , composée en grec par saint Luc , le Tîième dont je vous ai parlé plus haut. L'auteur de cet ouvrage a vu presque tout ce qu'il raconte.

Ensuite viennent les quatorze Epitres de Tapôtre saint Paul, adressées aux Piomams, aux Corinthiens, aux Galates, aux chrétiens d'Ephèse, à ceux de i^hilippes, de Colosses, de Thessalonique, à Timothée, à Tite, à Philémon, et aux Hébreux. Elles renferment toutes des préceptes excellens pour la conduite de la vie, et des instructions divines que les fidèles devraient avoir sans cesse devant les yeux. L'auteur s'attache surtout à y prouver la divinité de Jésus-Clirist , son excellence au-dessus des anges, et la préférence que l'on doit donner à sa médiation sur celle de Moïse. Il fiùt voir combien son sacerdoce est supérieur à celui d'Aaron ; combien le sacrifice de la croix l'emporte sur celui des animaux. Enfin il console et fortifie les disciples de Jésus-Christ par l'exemple de la fermeté, du courage, de la pa-

34 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

lience et de la foi des anciens justes et des premiers patriarclies.

Les sept épitres (jui suivent celles de saint Paul sont appelées catholiques ^ c'est-à-dire universelles, parce qu'elles sont adressées à tous les fidèles indistinctement; excepté la seconde et la troisième de saint Jean, qui sont écrites à des particuliers.

La première de ces sept épitres est celle de saint Jacques, évêque de Jérusalem, apôtre et proche parent de Jésus^Clirist. Son Lut est d'établir cette vérité : La Foi sans les œiares ne peut nous sauver.

Les deux lettres de saint Pierre sont remplies d'une force, d'une majesté, d'une précision, dignes du prince des apôtres.

Si nous voulons que noire cœur soit embrasé du feu de la charité, si nous sommes jaloux de connaître cet amour pur et détaché de toutes les créatures que Dieu demande de nous , il faut écouler et peser les paroles de l'apôtre saint Jean , puisque tout ce qu'il dit, étincelle des flammes de l'amour divin.

Les épitres catholiques sont terminées par celles de l'apôtre saint Jude. Ce digne disciple du Sauveur y combat les erreurs des hérétiques de son temps, dont les mœurs n'étaient pas moins corrompues que la doctrine j parce qu ils se contentaient d'une foi stérile et sans œuvres.

IJ Apocalypse ^ ou le livre desPiévélations faites à l'apôtre saint Jean durant son exil à Patmos, une des iles Sporades , dans l'Archipel , est le dernier des ouvrages canoniques qui composent le Nouveau Testament, et qu'on appelle la Bible , c'est-à-dire, le livie par excellence, le livre des livres.

L'Apocalypse est un tissu de prophéties sur ce

ou l'ami de là JEUrs'ESSE. 55

qui doit arriver jusqu'à Li fin 'des siècles : aussi cet ouvrage est-il très-diiïicile à entendre. CependcUit il contient un grand nombre d'instructions très-propres à nourrir et à soutenir la loi des chrétiens , des avertissemens terribles, et capables de réveiller l'assoupissement de ceux qui vivent dans le dérèglement, dans l'amour des biens, des plaisirs de ce monde. On y fait sentir la grandeur et la magnificence promises à ceux qui seront fidèles à Jésus-Christ, et les horreurs des châtimens épouvantables qui sont réservés aux violateurs delà loi sainte. On y établit presque partout la divinité du Sauveur, son règne éternel, le triomphe de ses disciples, la résurrection générale , la gloire des saints, la majesté, la toute-puissance du Très- Haut.

Tels sont, mes chers amis, les ouvrages contenus dans le céleste recueil dont il me reste à vous prouver l'authenticité : continuez de prêter à mes paroles une oreille attentive.

Elg. Nous vous écoutons avec une satisfaction inexprimable. Vous fortifiez notre foi, vous éclairez nos esprits, vous touchez nos cœurs : que de motifs pour graver dans notre mémoire vos salutaires instructions !

Er. Si f on ne peut raisonnablement soupçonner les auteurs du Isouveau Testament d'avoir voulu nous tro;nper, ou d'avoir été trompés eux-mêmes, l'Evangile est véritable, et Pincrédulité la plus adroite et la plus opiniâtre ne peut ébranler la certitude des faits qu'il nous présente. Si vouj demandez quelles sont les preuves sensibles qu'on peut vous donner de la vérité de ces faits, les apôtres vous répondent par les merveilles sans nombre qu'ils opèrent eux-mêmes, avec la même publicité qui caractérise les prodiges qu'ils attestent. Ils ne se contentent pas de publier les miracles du Sauveur; ils les écrivent ^ et leurs écrits

56 ABRÉGÉD^Ér.ASTE,

penèlrenldans toutes les contrées de la terre. Ils ne se cachent donc pas; ils veulent que toutes les nations soient instrritesde ce qu'ils racontent; ils soumettent ces fait:; au plus rigide examen; ils les produisent de toutes les manières; ils les présentent sous tous les points de vue.

Supposons pour un instant que l'Evangile ait été fabriqué par quelqî^.'homme jaloux de fonder une religion, dites-moi de quel front ce séducteur, quel qu'il fut , eût-il osé dire : Plusieurs , qui vivent eyicore , sont témoins de ce que je rapp >rie.,.. Toute la ville de Jérusalem est témoin de ce fait. . J'ai vu moi-même les choses que je raconte. rs"'était-ce pas se donner autant de juges qu i de lecteurs^ n'était-ce pas s'exposer à recevoir un démenti formel, je ne dis pas seulement de la part des prétendus téncoins qu'il aurait allégués, et des personnes dont il aurait parlé, mais des contemporains même , ou qui n'auraient point connu ces témoins ou ces personnes, ou qui auraient été convaincus de leur supposition ? Cependant ce lanj^aoe est celui de tous les auteurs du Nouveau Testament ; et jamais personne, pas même les Juifs ni les payens , n"ont osé les contredire; au contraire , ils se convertissaient en foule au récit des merveilles qu'ils publiaient : donc ils étaient certains de leur réalité; donc les apôtres ne les ont pas séduits; donc ils ont regardé FÈvang-ile comme la production de ces prédicateurs de la foi , et le monument durable de leur doctrine ; donc aussi lé Nouveau Testament, dans lequel les apôtres ont consigné tant de faits merveilleux et incontestables, doit être regardé comme un livre divia, où l'on reconnaît, pour ainsi dire , à chaque page, la main et la plume de fEternel qui fa dicté.

EuG. Assurément , Monsieur , rien de plus convainquant que cette démonstration. Persuadé de la divinité et de f authenticité des deux Testa-

Or l'ami de la jeu. NES se. 3/ tneiis, je ne cesserai d'j apprendre, d'j méditer mes devoirs, et d'y contempler la miséricorde de Dieu pour les hommes.

îEr. Je loue votre résolution, mon clier ami , et je vous exhorte à l'exécuter avec constance; car le véritable fidèle doit regarder la lecture assidue de l'Ecriture Sainte comme l'un de ses premiers devoirs.

Qu'est-ce, en effet, que l'Ecriture Sainte, sinon une lettre que le Tout-Puissant adresse à sa créature? Si vous receviez une lettre de quelque roi de la terre, vous vous empresseriez de la lire; vous vous hâteriez de connaître la volonté du monarque. Ici c'est le roi du ciel, le seigneur des hommes et des anges qui vous parle : pourriezvous, sans crime, fermer les oreilles à sa voix, et ne point écouler la parole de Dieu même?

Les premiers chrétiens, qui doivent être nos modèles, étaient si vivement persuadés que Jésus- Christ estprésent dans les saints Evangiles , et qu'il y parle à tous ceux qui le lisent , que ce n'était qu'avec les sentiraens d'une véritable adoration, qu'ils en faisaient la lecture. C'est pour marquer cette adoration , que l'on rend tant d'honneur au livre des Evangiles , lorsqu'on va le lire à la mess^ , et qu'on le porte à baiser après l'avoir lu. Au lieu de la sainte Eucharistie que nous gardons sur nos autels, les chrétiens grecs y mettent le livre des Evangiles, avec une lampe allumée, afin qu'il leur tienne lieu de Jésus-Christ lui-même.

L'Ancien et le Nouveau Testament faisaient toute la richcv-^se et toute la consolation des premiers fidèles : on leur otait plutôt la vie^ que de leur arracher des mains ces livres sacrés. Les laïques comme les aufes, disent les historiens des beaux temps du christianisme, l'avaient toujours avec eux, le lisaient assidûment, et le savaient même par cœur. Les artisans le déposaient respectueu-

ôS ABREGE

sèment clans leur Louticjue; les enfans et les serviteurs le feuilletaient , on en entendait tous les jours la lecture dans les familles. Enfin , les voyageurs et les soldats le portaient dans leurs routes comme la sauve-garde la plus certaine, et le préservatif le plus efiicace.

Mais hélas! que sont devenus ces siècles heureux? A peine dai£;ne-t-on aujourd'hui ouvrir cet ouvrage divin; aussi la dépravation fait-elle à chaque instant de nouveaux ])rogrès ; aussi voyonsnous l'incrédulité triompher sans peine de celte foule de chrétiens, qui rougissent presque de s'instruire des Grandes vérités au'un Dieu nous a ré' velees.

EuG. Est-ce que tous les chrétiens sont obligés de lire l'Ecriture Sainte ?

Er. Pour vous faire sentir toute l'étendue de cette oblig-ation, saint Jean Chrysostome vous ré- ■pondra lui-même : (f Que personne, dit ce père de M l'Eglise , ne m'allègue ces excuses si vaines et si « condamnables : Je suis engagé dans des procès , n je suis o cupé dans les affaires publiques; je n suis artisan , il faut que je ga^e ma vie par mon 3) travail ; j'ai une femme , je suis chargé d'enfans, » il faut que je vaque au soin de ma famille; je » suis un homme du monde, ce n'est pas à moi à » lire l'Ecriture Sainte, mais à ceux qui ont rej» nonce au siècle, mais à ceux qui se sont retirés » dans les déserts et sur le sommet des montagnes , » et qui mènent une vie convent^ble à leur état. » O homme! que dites-vous? Est-ce à cause que » vous êtes distrait et partagé par une infinité de j) soins , qu'il ne vous appartiendra pas de lire 7> l'Ecriture Sainte? Au contraire , vous en avez » plus besoin que ceux qui sont retirés de ce monde. 31 Ces hommes retirés du monde sont éloignés des y> combats, et par conséquent sont à fabri des » blessures : mais vous, qui vous trouvez continuel-

ou l'ami de la jeunesse. 5a « lement au milieu desdanoers, n'avez-vous pas » fceauconp plus besoin qu'eux de remèdes , puis- » que vous êtes plus souvent blessés? Car votre ii femme vous cause de l'impatience et de l'ai- » greur ; votre fiJs vous donne de la tristesse ; votre » domestique vous met en colère; votre ami a de » la jalousie contre vous; votre voisin vous cause » du dommage; votre égal vous supplante; le ma- » gistrat vous menace; la pauvreté vous afflige; w ja perte de vos proches attriste votre âme, la. » prospérité vous enfle; l'adversité vous abat; en- » fin nous sommes environnés de toutes parts de » diverses nécessités et de mille occasions, qui » Font naître la colère, les soins incommodes, les M troubles, les afflictions, la vaine gloire, la iblJe j) présomption; et nous sommes comme des gens a qui voient de tous cotés des flèches prêtes à tom- » ber sur eux : c'est ce qui nous doit convaincre » de la nécessité où nous sommes, les grands » comme les petits, les riches comme les pauvres, » le savant comme l'ignorant, l'homme occupé » comme celui qui ne l'est pas, de prendre conli- » nuellement dans l'Ecriture Sainte toutes les armes » qu'elle nous fournit pour notre défense. »

EuG. Daignez nous apprendre quelles sont les dispositions nécessaires pour lire avec plus de fruit l'Ecriture Sainte.

Er. Elles se réduisent à trois principales : l'adoration, l'humilité, l'amour.

Adorons les paroles de Jésus-Christ avant de les lire, et, en les lisant, conformons-nous en cela à la pratique des premiers chrétiens, et aux décisions des conciles, qui appellent les paroles de l'Ecriture des paroles saintes et adorables.

Pour profiter de la lecture des livres saints, il faut demander une portion de l'esprit de Dieu qui les a dictés , afin que ce divin esprit nous découvre les merveilles qui j sont cachées. Or, cette grâce

4o ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

n'est accordée qu à riiimilité , qui est le foiiJenient de la piété chrétienne.

« Aimez Dieu , dit saint Augustin , et il uV aura » rien dans TEcriture que vous n'entendiez. » Entrons dans cette troisième et dernière di<^positiou. En lisant la parole de Jésus-Christ, avons le cœur tout embrasé d'amour pour Dieu et pour les grandes vérités que nous lisons. Cet amour perfectionnera nos autres dispositions , et nous fera croître de plus en plus en lumières.

EuD. Je vous rends grâces , Monsieur. L'Evangile sera désormais mon seul maître , mon seul guide, mon unique livre; et pleine de mépris pour tout le reste, je regarderai l'Ecriture Sainte comme Tiue source intarissable de lumières et de vertus.

Er. Ce sentiment est bien digne de la raison : puissiez-vous, mes chers amis, le conserver loug^temps.

Des ouvrages de Dieu ; des anges et des hommes.

Eraste. Dieu pouvait demeurer éternellement an-dedans de lui-même, ])uis^uil trouve en soi tout son bonheur; mais voulant manifester son être infini, voulant faire adorer, aimer, glorifier sa bonté, sa sagesse, sa puissance, sa justice et toutes ses autres perfections, il daigna tirer du jiéant, par sa parole et par sa volonté, ce précieux assemblage de merveilles que nous appelons crëatnres. C'est, mes chers entans , la première vérité que nous enseignent les livres saints, après nous avoir élevés à la connaissance du Très-Haut.

EuG. Quelles sont, je vous prie, les créatures les plus parfaites?

Er. Ce sont les an^es. L'Ecriture ne nous dit

ou i/ami de la jëuïtesse. 4î rien de positif sar le temps de la cre'ation de ces esprits bienheureux; mais elle nous en atteste l'existence en mille endroits , et cela doit nous suffire pour appuyer notre foi.

Les anges sont des êtres spirituels, c[m, par conséquent nont ni corps , ni figure , ni couleur; et si (fuelffueiois ils se sont montrés aux hommes par Tordre du Tout-Puissant, ils ont pris , comme je vous l'ai déjà dit;, un corps apparent plutôt que réel , et propre à frapper des yeux qui ne peuvent apercevoir que des objets sensibles.

Plusieurs d'entre eux se sont perdus par leur orgueil. Ils se crurent aussi parfaits que Dieu même; ils osèrent essayer de se soustraire à son empire. L'Eternel, pour punir leur audace sacrilège et leur noire ingratitude, les précipita dans un gouffre affreux , qTie nous appelons enfer, où les remords et le désespoir les tourmenteront à jamais. Ces anges rebelles sont nommés diables , puissance de V enfer , démons , esprits de malice^ anges de ténèbres, et leur chef porte le nom de Lucifer ou de Satan,

Eld, Les démons sont donc tous renfermés dans l'enfer? Si cela est, pourquoi nous dit-on que le diable tourne sans cesse autour de nous pour nous dévorer?

Efl. Tous les démons soujffrent les peines éternelles dues à leur rébellion , ce qui n'empêche pas que plusieurs d'entre eux ne soient répandus sur la terre jusqu'au jour du jugement. Ils y sont occupés sans cesse à nous faire tomber dans le mal , afin d'avoir des compagnons de leur infortune.

EuG. Pourquoi Dieu, qui est si bon, permet-il aux démons de séduire les hommes?

Er. Précisément pour la même raison que je vous ai dite, qu'il permettait le mal, afin d'en tirer un plus grand bien. Ce sont les tentations du diable qui nous donnent lieu de mériter en les repoussant.

42 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

EuD. AppreTiez-moi , je vous prie , quelles sont les fonctions desLons anges?

Er. Elles sont indiquées par le nom même qu'ils portent, puisqu'ils signiflent ministres ou envoyés.

D'après ce que TÉcrilure Sainte nous apprend de ces esprits bienheureux, on peut les partager en neuf ordres, subordonnés les uns aux autres; c'est ce que l'on appelle hiérarchie céleste. Yoici les noms de clincun d'eux :

Les séraphins ^ qui tiennent le premier rang après la divinité ; les chérubins , les trônes , les dominations ^ les pr incitante s ^ les puissances ^ les "Vertus , les archanges , et enfin les anges. Ces derniers présentent nos prières au Très-Haut , qui les a commis pour être nos protecteurs, pour nous aider à résister aux tentations du démon , et pour nous conduire dans les voies du ciel : c'est pour cela que nous les appelons nos anges gardiens et nos anges tutélaires.

Ei/G. Voudriez-vous nous raconter l'histoire de la création du monde ?

Er. Dieu pouvait d'un seul mot, et parle seul acte de sa volonté, faire éclore tous les prodiges qui frappent nos regards; mais il voulut , en quelque sorte , produire les créatures avec réflexion , et montrer sa profonde sagesse dans les opérations de sa toute-puissance.

Il créa d'abord le ciel et la terre; mais la matière destinée à composer le monde, n'était encore qu'une masse confuse. Le ciel , l'air, les eaux et la terre n'étaient point séparés ; et c'est cet assemblaoe informe qu'on nomme le chaos.

Le premier jour , Dieu créa la lumière et repandit la clarté sur le chaos. Cette lumière était une ébauche de celle du soleil, qui ne fut créé que quatre jours après.

Lesecond jour, les cieux furent créés, et les eaux tellement distribuées, qu'une partie demeura sur

ou l'ami de la jeunesse. 4^ la terre, pour former les uiers , les fleuves, les rivières, les étangs, les ruisseaux, les fontaines, pendant qu'une autre partie s'élevait en vapeur, formait les nues, et tombait en pluies.

Le troisième jour, les eaux furent rassemblées en un seul lieu , et la terre dont elles couvraient la superficie, parut tout-à-coup. Le m<'me jour , elle fut revêtue de plantes , d'herbes et de fruits.

Le quatrième jour , Dieu créa le soleil, la lune , les astres, et leur commanda de répandre leur lumière sur la fiice de la terre , afin d'éclairer les créatures cju'il y allait placer : il leur imprima en même temps ces mouvemens justes et réguliers qui produisent les saisons.

Le cinquième jour, il commanda à la merde produire les poissons, et à l'air les oiseaiix.

Le sixième, il dit à la terre de se couvrir de toutes sortes d'animaux , et la terre obéit. Alors, considérant ses ouvrages, et voyant qu'ils étaient dignes de sa sagesse, il les approuva et les bénit. Puis il dit à tous les animaux : croissez et multipliez ; et par-là il leur donna le principe de la fécondité.

Voulant ensuite donner un maître au monde, qui fût en quelque sorte le ministre , le prêtre de la nature, et l'interprète de la reconnaissance de tout ce qui existe. Dieu résolut de former l'homme. Pour produire toutes les autres créatures, il s'était contenté de dire '.je veua: que cela soit fait , et les merveilles naissaient à sa voix : mais , dans la création de l'homme , il délibère, il tient, pour ainsi dire, conseil avec lui-même : Faisons Ihommcy dit-il , et faisons-le à notre image.

Aussitôt il prit un peu de terre , dont il forma le corps de l'homme , et il donna la vie à ce corps , en l'unissant à une âme raisonnable ; car lame raisonnable est le principe de la vie du corps humain.

44 ABRÉGÉ d'ÉRASTÊ,

EuD. Quelle est la nature de l'âme?

Er. L'âme est une substance spirituelle, immortelle, créée à l'image de Dieu.

' i**. L'âme est spirituelle, c'est-à-dire, qu'elle jouit des mêmes prérogatives que les anges, qui sont de n'avoir ni corps, ni figure, ni couleur.

2°. L'âme est immortelle, c'est-à-dire, qu'elle ne cessera jamais d'exister. En effet, si elle n'était point immortelle, comment Dieu pourrait-il récompenser les justes et sévir contre les coupables. Une expérience journalière nous montre que, dans cette vie , la vertu ne reçoit pas toujours son salaire, et le vice son châtiment. Il serait donc absurde de dire que Dieu, après la mort du corps, cesse de conserver l'âme, puisqu'en parlant de la sorte, on détruirait l'idée de sa justice, de sa bonté, de sa sagesse.

5". Nous avons reçu de Dieu l'esprit, l'entendement, la volonté, la liberté , et par ces avantages , qui ne conviennent point aux autres créatures , si l'on n'en excepte les anges , Dieu a , pour ainsi dire, imprimé en nous son image et sa ressemblance ; car Dieu est esprit; et son entendement, sa volonté, sa liberté, sont les perfections les plus éclatantes de sa divine nature.

EuG. Comment Dieu a-t-il formé l'âme du premier liomme ?

Er. L'Ecriture nous apprend que Dieu souffla sur le corps qu'il avait formé du limon de la terre, et que ce corps devint aussitôt vivant et animé. Mais quel est ce souffle de Dieu? Cette expression ne peut que nous indiquer la spiritualité de l'âme.

EuG. Youdriez-vous nous raconter la création de la première femme ?

Er. Dieu, après avoir créé Thomme, dit : « Il » n'est pas à propos que l'homme soit seul, faisonslui une aide semblable à lui. » Alors l'Eternel plongea notre premier père dans un profond som-

ou l'ami de là jelnesse, 45 meil, et pendant qu'il dormait, il tira une de ses côtes , dont il forma la femme , qu'il nomma Eue , et qu'il présenta à Adam à son réveil. En l'apercevant, Adam s'écria : « Voilà l'os de mes os , et la » chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme qyit- » tera son père et sa mère pour s'attacher a sa » femme, et ils ne feront tous deux qu'une même » chair. »

Dans ces dernières paroles est marquée l'institution du mariage. Aussi , dans l'Evangile, Jésus- Christ s'en sert-il pour montrer que le lien du mariag-e ne peut être rompu par le divorce ; et il conclut que le mari et la femme n'étant plus deux, mais une seule chair, l'homme ne doit pas entreprendre de séparer ce que Dieu a joint.

Dieu bénit ensuite l'homme et la femme, et leur dit : « Croissez et multipliez ; peuplez la terre et » dominez sur tous les animaux. Je vous donne » toutes les herbes de la terre et tous les arbres » qui portent du fruit , afin que vous en tiriez votre » nourriture, j)

Le septième jour, Dieu se reposa , c'est-à-dire, qu'il cessa, non pas d'agir, non pas de conserver et de gouverner ce qu'il avait créé ; mais de produire de nouvelles espèces de créatures ; et ce fut pour cette raison qu'il sanctifia ce septième jour.

C'est ainsi, mes chers amis, que le Très-Haut a fait éclater sa puissance ; les objets qui vont désormais occuper nos esprits, fourniront de plus en plus de puissans motifs à notre gratitude envers cet être bienfaisant qui nous a formés pour sa gloire.

yil« ENTRETIEN.

Péché du premier homme , et ses suites,

Eraste. Après la création Je l'hoinme et de la femme , Dieu qui ne les avait tirés du néant que pour les rendre heureux , les plaça dans un jardin délicieux , où la nature paraissait avoir rassemblé toutes ses richesses. Ils devaient cultiver et garder ce paradis terrestre , dont le Tout-Puissant leur abandonna tous les fruits ; seulement il leur défendit de toucher à celui d'un arbre qui était au milieu : «^ Car aussitôt que vous en aurez mangé , » leur dit-il , vous mourrez certainement. »

Cet arbre dont Dieu parlait , est appelé V arbre de la science du bien et du mal , parce que les hommes , en s'abstenant d'y toucher, devaient être heureux , et par conséquent connaître le bien ; au lieu qu'en y nortant une main téméraire , ils devaient se rendre malheureux , et par conséquent connaître le mal par une funeste expérience.

EuD. Pourquoi Dieu fit-il à l'homme une pareille défense ?

Er. Afin de lui donner lieu de mériter par sa soumission, le bonheur auquel il le destinait.

EuG. Qui donc a pu le porter à manquer de la sorte au respect et à la reconnaissance qu'il devait à son créateur?

Er. L'ennemi du bien , le démon , qui pour se consoler dans son malheur^ clierche à multiplier le nombre des malheureux. Jaloux du bonheur de nos premiers parens , il s'enveloppa sous la figure du serpent; et, s'adressant à la femme , il vint à bout de lui persuader, que, loin de mourir en mangeant du fruit défendu , Adam et elle au contraire verraient se dissiper les ténèbres qui les en-

ou l'ami de la jeunesse. 47 viroimaieiit , et qu'ils seraient comme des dieux, ayant la connaissance du Lien et du mal.

Eve voulut éprouver si effectivement elle saurait le bien et le mal , quand elle aurait mangé de ce l'ruit ; elle en mangea , puis en porta à son mari qui en mangea comme elle.

EuG. Qu'arriva-t-il après qu'Adam et Eve eurent désobéi à Dieu ?

Er. Ils eurent liofite de se voir nus, parce qu'ils commencèrent alors seulement à sentir la révolte de leur chair contre l'esprit ; ils se couvrirent de feuilles de figuier qui sont très-larges en Asie , où l'on croit qu'était le paradis terrestre.

Ensuite Dieu dit à l'homme que la terre ne produirait plus pour lui que des ronces et des épines, et qu'il mangerait son pain à la sueur de son visage.

Il dit à la femme : « Je vous affligerai de pluj» sieurs maux pendant votre grossesse ; vous en- » fanterez dans la douleur ; vous serez sous la » puissance de votre mari, et il vous dominera. »

Ce ne furent pas là les seules peines dont le Très- Haut châtia leur offense. Leur corps fut assujetti à toutes sortes d'infirmités et à la inort ; leur âme fut soumise à l'ignorance et à la concupiscence.

Ils perdirent fempire que Dieu leur avait donné sur tous les animaux. Ils s'étaient révoltés contre Dieu , tout se révolta contre eux ; ils fiirent l'un et faulre honteusement chassés du paradis terrestre , sans qu'il leur (ut possible d'y rentrer ; enfin , asservis sous l'empire du démon , l'entrée du ciel, pour lequel ils avaient été créés, leur lut fermée, et ils méritèrent la damnation éternelle.

EuD.Sans doute qu'Adam et Eve méritaient cette punition , quelque terrible qu'elle paraisse; mais fallait-il que nons naissions tous coupables d'un crime que nous n'avons pas commis ?

4B ABRÉGÉ d'eRASTE,

Eb. J'avoue qu'il y a dans cette transmission da péclié originel quelque chose d'incouipréhensiLIe ; mais l'homme est incompréhensible aussi sans ce péché. Tout ce que nous voyons et que nous sentons en nous de grandeur et de Lassesse , prouve l'excellence et la misère d'un être qui est corrompu , non par sa nature , mais par le péché. Tout fidèle croit fermement, par la loi , la véritë du péché originel , qu'il entrevoit par la raison et qu'il sent par sa faiblesse. Dieu a révélé clairement cet article dans TÉcrilure , l'Église l'a toujours enseigné , et c'est sur cette croyance qu'est établie toute l'économie de la religion.

EuG. Pourquoi cela , s'il vous plaît ?

Er. Parce que c'est sur ce dogme qu'est appuyée la nécessité de l'incarnation , de la mort , de la résurrection, de l'ascension de Jésus-Christ , du baptême des enfans , de la prière , de la pénitence» de la vigilance chrétienne.

En effet, pour retirer l'homme du fond de cette misère, dans laquelle il était plongé, il fallait que la miséricorde divine ouvrît ses trésors. Elle les ouvrit ; et Dieu aima tellement le monde, qu'il donna son fils unique pour racheter les pécheurs.

Après avoir annoncé à l'homme et à la femme les peines qui devaient être les tristes fruits de leur désobéissance, il maudit le serpent qui avait servi d'ot^ane au démon pour perdre les hommes ; et , en le maudissant , il dit entre autres choses: « Je mettrai une inimitié éternelle entre toi et la » femme, entre ta race et la sienne , et elle iécra- M sera la tête, m Paroles adorables par lesquelles le Tout-Puissant annonçait aux mortels la naissance miraculeuse, les victoires et l'empire éternel de leur divin rédempteur !

ou l\\mi de la jeunesse. 49

YIII« ENTRETIEN.

Tahiti au historique de la Religion^ depuis le péché de t homme jusqua la vocation dH Abraham,

EuDOxiE. Est-ce cjue tous les hommes cpii sont nés avant l'avènement du Sauveur, ont été précipités dans l'enfer avec les démons ?

Éraste. Point du tout; l'agneau de Dieu, dit l'apôtre saint Jean, a été immolé dès la création du monde , c'est-à-dire , que non-seulement Dieu forma le décret éternel de la mission et de la mort de Jésus-Christ, mais qu'il voulut encore que les mérites du sacrifice que ce divin rédempteur devait offrir sur la croix, eussent un effet rétroactif, ou , ce qui est la même chose , qu'ils fussent appliqués aux hommes depuis Adatn jusqu'à Jésus-Christ , comme ils le sont depuis Jésus- Christ y et comme ils le seront jusqu'à la fin des siècles.

Ainsi Jésus-Christ fait l'union de l'ancienne et de la nouvelle Église, puisque, ou attendu, ou donné , il a élé, dc^ns tous les temps, la consolation et l'espérance des enfans de Dieu. Ainsi , pour se sanctifier avant la venue du Messie , non seulement il fallait croire en un Dieu seul, l'adorer, le servir , l'aimer par-dessus toutes choses ; il fallait encore attendre un libérateur, et espérer en lui.

EuD. L'histoire de ces anciens temps doit être intéressante, et si je ne craignais de vous être incommode , je vous prierais de nous en donner une idée.

Er. Je le ferai avec d'autant plus de plaisir,

i mes cliers enfans, que cette histoire des premiers

j âges du monde , et celle des Juifs qui la suit , est

en même temps l'histoire de la religion. Vous avez

Abrégé k Éraste» 5

5o ABREGE DERASTE,

Ml l'origine auguste tie celte religion sainte , je vais vous montrer sa ])erpéluité divine, et comnient elle a ])u parvenir jusqu'à nous pure et sans tache , au travers des passions et des vices qui ont souillé tous les siècles. iMais , afin de n'être pas obligé de parler long-temps seul, Eugène , prenez cet écrit , et lisez-le avec attention : il remplira mon dessein.

J'ai divisé ce petit abrégé d'histoire en plusieurs parties. Cette distribution a pour objet d'aider voire mémoire, en fixant de temps en temps votre esprit sur quelques grands événemens auxquels vous puissiez rapporter tous les autres. Chacun de ces événemens plus mémorables s'appelle proprement époque, mot qui signifie repos, ])arce qu'on s'arrête là pour considérer , comme d'un point fixe , tout ce qui est arrivé avant où après; et, par ce moyen facile, éviter les anachronismes, c'est-àdire , cette sorte d'erreur qui fait confondre les temps; mais en général , on donne le nom d'é])oque à une siiite de faits qui se sont passés depuis un évéuemcuttrès-remarquable, jusqu'à un autre aussi digne d'à ît en lion.

Toute l'Histoire Sainte est partagée en six époques. La première s'étend dejmis la création du monde jusqu'au déluge , c'est-à-dire, depuis Adam jusqu'à ?soé. La seconde ofire une idée tle l'histoire des hommes depuis le déluge jusqu'à lu vocation d'Abraham , père du peu])le juif. La troisième montre les progrès de ce peuple nouveau, jusqu'à son entrée dans la terre de Chanaan , que Dieu lui avait destinée pour héritage. La quatrième expose les diverses révolutions qui ont agité cette nation naissante , jusqu'au siècle de sa grandeur, qui est celui où S.ilomcn bâtit \\n teu'.pîe à fEterirel. La cinquième commence à la fonda! ion de ce temple, et conduit jusqu'à la captivité du j)eupîe de Dieu à Eal)yIone, La sixième enfin présente

ou l'ami de la jeunessk. 5i l'état de ce même peuple, depuis qu'il eut recouvré sa liLertc, jusqu'à ravènement du Messie.

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