‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 6 sur 84 · SECONDE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

SECONDE ÉPOQUE

Un an après son entrée dans l'arche, Noé en sort par l'ordre de Dieu. Plein de reconnaissance , il dresse un autel au Seigneur, il apaise sa justice par l'immolation de victimes choisies, et le Tout-Puissant, satisfait de la piété de son serviteur, lui promet de ne plus répandre sa malédiction sur la terre à cause des péchés des hommes. Il le bénit lui et ses trois fils , Sem, Cham et Japhet, à qui il ordonne de croître et de multiplier : « Que tout ce qui est sur la terre vous soit soumis , » leur dit-il. Je vais faire alliance avec vous et » avec voire race; et voici le signe de falliance » que j'établis pour jamais entre moi et vous. Lors-

(i) La tradition du Déluge universel se tiouve par toute la terre. L'arche . où se sauvèrent les vestes du genre humain , a été de tout temps célèbre en Oiient, principalement dans les lieux où elle s'arrêta après cette terrible inondation. Plusieurs autres circonstances de ce fameux cvéïiement se trouvent marquées dans les Annales des peuples , les plus anciens.

» que j'aurai couvert le ciel de nuages, mon arc » paraîtra clans les nuées : je me souviendrai, en » le voyant, de l'alliance éternelle qui a été faite » entre Dieu et toutes les âmes vivantes qui ani- :» ment toute chair qui est sur la terre. »

Avec le genre humain, INoé conserva les arts nécessaires au soutien de la vie. Il s'appliqua surtout à l'agriculture , et ce fut lui qui le premier cultiva la vigne. Un jour , ayant bu du vin dont il ne connaissait pas encore la force, il tomba dans l'ivresse, s'endormit, et parut nu dans sa tente. Cham , son second fils , l'aperçoit dans cet état; il fait de ce qu'il voit un sujet de raillerie, et court même avertir ses frères pour les rendre complices de son irrévérence. Mais Sem et Japhet , indignés du mépris de leur frère , prennent un manteau , et vont couvrir en IVoéce que la pudeur ordonnait de cacher. Cette action ne resta pas sans récompense. Le saint patriarche , instruit à sou réveil de tout ce qui s'était passé, maudit Chanaan , êls de Cham , et toute sa postérité; malédiction qui eut dans la suite son entier accomplissement , puisque, réprouvée de Dieu, cette malheureuse postérité de Chanaan fut exterminée par la race de Sem et par celle de Japhet.

Koé mourut à l'âge de neuf cent cinquante ans , et ses descendans étaient déjà en si grand nombre , qu'ils songèrent à se séparer ; mais avant cette dispersion , ils voulurent exécuter un projet qui montrait bien quelle était leur folie et leur vanité. Il s'agissait de construire une tour dont la hauteur allât jusqu'au ciel , afin de se défendre contre Dieu même, s'il voulait encore punir le monde par un déluge. Mais, lorsqu'ils eurent travaillé quelque temps à cet ouvrage, le Seigneur confondit leur langage : ils ne s'entendirent plus les uns les autres ; de sorte qu'ils furent contraints d'abandon-

ou l'ami de la jeunesse. 55 lier cette entreprise, premier monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes. Cette tour fut appelée Babel , c'est-à-dire, confusion.

Les enfans de Japhet peuplèrent ]a plus grande partie de l'occident ; ceux de Cham fondèrent l'empire de Babylone , et d'eux sortirent les Egyptiens, les Philistins , les Chananéens, les Phéniciens, et plusieurs autres nations autrefois fameuses ; la famille de Sem habita dans la Mésopotamie, et c'est d'elle que sortit le peuple hébreu^ par Héber, fiJs de Salé , et arrière petit-fils de Sem.

Bientôt les bois abattus font place aux champs , aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux Tilles. Les royaumes commencent, les lois civiles s'établissent : la nécessité de combattre les bêtes farouches fait inventer les armes , que les hommes tournent bientôt contre eux-mêmes. Nemrod ^ petit-fils de Cham, apprend, en tuant les animaux, à tuer ses semblables; il usurpe le premier une doaiination tyrannique, et met dans les fers la liberté naturelle de l'homme.

Mais , si d'un côté la société se formait et s'enrichissait par la découverte des arts, de l'autre elle était déshonorée par des excès plus affreux que ceux qui avaient armé la vengeance de l'Eternel. La connaissance du maître absolu de la nature s'effaçait de la mémoire des hommes : au lieu de lui payer le tribut d'adorations que lui doit tout ce qui respire, on prostitue à de viles créatures un encens sacrilège; et les animaux même voient le roi de l'univers se prosterner devant eux , et leur adresser de timides prières. A peine trouvait-on une famille qui fût encore fidèle au Dieu d'Adam et de Noé. Tels furent les malheureux progrès du crime, dans le court espace de quatre cent vingtsix ans qu'a duré cette seconde époque.

Néanmoins, la parole de PEternel est irrévocable, et l'indubitable elfet suit toujours sa promesse. S'il n'eût consulté que les forfaits de nos

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pères, il eût sans doote anéanti cette race coTipal>]e; mais ]a vue (its mériles futurs de la victime expiatoire qu'il avait annoncée au genre humain, rappelle sa cléi'ït'nce ; et, s'il retire à d'indignes jnorlels le précieux dépôt de la foi , et la cousolanle espérance d'un libérateur, c'est ponr le l'aire passer à des mains exemptes jusqu'alors de la corruption générale, comme vous le verrez dans l'époque suivante.

IX*^ ENTRETIEN

Tableau historiqnc de la religion , depuis la vocation d' Abraham jiisqu' à la sortie d' Egypte.

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