‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 77 sur 84 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

i56o. Charles n'avait encore cjue dix ans lorsqu'il succéda à sou frère ; le royaume était en feu par l'opposition des partis protestant et catholique. Le prince de Condé sortit de sa prison et se réunit aux autres chefs calvinistes. Les Guises , de leur côté , soutenaient les catholiques , et l'on lie tarda pas à voir tout ce que peuvent produire de plus affreux des partis acharnés F un contre l'autre. Quelques valets du duc de Guise insultèrent les prolestans dans leur prêche à Yassy , et les massacrèrent. Cet événement alluma la guerre civile. Antoine, roi de Navarre , fut tué devant Rouen; Guise assassiné sous les nl-urs d'Orléans, et le prince de Condé Liesse et fait prisonnier à la Lataille de Dreux. ( t563 ) La mort du duc de Guise ne change rien; l'elfervescence des esprits continue , malgré une espèce de paix par laquelle les protestans obtiennent de grands avantages. Charles IX est déclaré majeur à l'âge de treize ans et un jour. Il va visiter son royaume ; les calvinistes entreprennent de l'enlever , le poursuivent et le harcèlent en vain. Le cojinétable Anne de Montmorency, gagne la bataille de Saint-Denis, et périt en triomphant. Le duc d'Anjou , depuis Henri III , se met à la tête de l'armée royale , et, plus heureux général qu'il ne fut bon monarque , il remporte, en i566, les batailles de Jarnac contre Condé qui y périt après avoir rendu les armes, et de Moncontour contre Coligni.

15-2. Cependant les deux partis font la paix. Elle est avantageuse aux calvinistes, et ne détruit

ou L AMI DE LA JEUNESSE. 4^9 point la défiance de leurs cliefs. Charles IX , instruit dans l'art de feindre el de dissimuler, calme leurs crainfes en doimaiit sa sœur au jeune roi de Navarre , iils d'Antoine de Donrbon, et co nu dans la suite sous; le nom de Henri IV. On avait déjà attire les protesta ns à la cour, sous le prétexte d'une guerre contre l'Espagne. Sur ces entrefaites , Coligni fut Liesse ]>ar un assassin : on crut que le coup partait de la main du duc de Guise, qui voulait , disait-on , venger sur l'amiral la mort de son père. Les calvinistes veulent tuer le duc de Guise aux pieds du monarque , menacent le duc d'Anjou et la reine mère. Celle-ci, effrayée, concerte avec le conseil du roi le complot le plus affreux. Uneniiit, veille de la saint Bartliéîemi , tontes les maisons des proîestans sont forcées en Jiiême temps. Hommes, femmes , enfans , tout est massacré sans distinction : exécuteur de cette sanglante tragédie , le duc de Guise essuie lui-même le visage de l'amiral Coligni , pour le mieux reconnaître , et s'assurer que sa victime ne lui est pas échappée. Le roi de IVavarre n'évite la mort qu'en faisant son abjuration. Quatre mille calvinistes furent égorgés dans Paris; mais plusieurs gouverneurs eurent le courage de s'y opposer , notamment l'éveque de Lisieux , qui prit sous sa protection et défendit ceux qu'on avait désignés pour être immolés (i). Trois jours après cette horrible boucherie , Charles IX alla au palais , et déclara qu'on n'avait fait qu'exécuter ses ordres. Il fit même chanter une messe en actions de grâces. Ceux des sectaires qui échappèrent au massacre , n'en devinrent que plus furieux et plus redouta- Lies. En vain le duc d'Anjou voulut leur enlever la

(i) Le bourreau de Lyon, sommé par le gouverneur de celte \iile d'expédier quelques-uns des huguenots, qui étaient dans les priions . répondit quHl ne tr a^' aillai t ^u^ judiciairement.

45o ABRÉGÉ D'ÉRASTE,

Rochelle ; appelé au irône de Pologne^ pour sauver son honneur , il se contenta des apparences de leur soumission. Ce traite n'empêcha pas la guerre de continuer dans les autres parties du royaume , et l'on ne voyait point de lin aux désastres publics, lorsque le roi , attaqué d'une maladie mortelle, lerinina sa coupable vie au château de Vincennes, dans des convulsions terribles, et rendant le sang par tous les pores. Il mourut à l'âge de vingt-quatre ans , ( \d'j\).

Ce prince protégeait pourtant les lettres et les beaux -arts , ce qui aurait dû adoucir la férocité de son âme. Qui croirait que sous son règne furent laites nos lois les plus sages et les plus salutaires à l'ordre public ? On les doit, il est vrai, au zèle et à la sagesse de l'immortel cliancelier de l'Hôpital. Ce grand homme donna pour devise au roi, deux colonnes , avec ces mois : pietate et jvstitid, « Par la piété et parla justice. » Quelle devise pour l'auteur de la saint Barthélemi !

1575. Informé de la mort de Charles IX, le duc d'Anjou , son frère , abandonne la Pologne pour venir régner en France , au milieu des troubles et des factions. Il fait d'abord avec succès la guerre aut huguenots, et ga^ne sur eux la bataille de Dormansi mais ensuite il leur accorde la paix la pins avantageuse par le traité de Nérac , en i58o. Il eiit fallu, pour rendre celle paix durable, rétablir la confiance et la bonne ibi dans les deux partis : les circonstances ne le permettaient pas. Henri n'avait point d'enfans, et le roi de >'avarre, héritier présomptif de la couronne, était retourné au calvinisme. La crainte de voir bientôt f liérésie sûr le trône, fut le prétexte dont se servait le duc de Guise, qui, dévoré d'ambition, ne mettait plus de bornes à ses espérances , et qui ne rougit pas de couvrir du voile de la religion les criminelles intri-^

ou l'ami DELA JEUNESSE. 45l

gues qu'il ourdit contre l'autorité de son roi. Il forma avec les seigneurs catholiques et les principales villes du royaume , sous le nom de sainte lirgiie , celte association qui faillil précipiter du trône la race de JinguesCapet.

Cependani Henri III, au lieu de veiller à ses aiTaires, se plongeait dans la mollesse, et se livrait, avec ses favoris, qu'on appelait les rnignons^k toutes sortes de déhanches; dès lors on ne reconnut plus en lui caduc d'Anjou si hrave autrefois, si actif, et si redoutable aux ennemisderélat.x4u lieu d'étouffer celle ligue criminelle qui ne croissait que pour sa ruine, il fut assez malhabile pour s'en rendre l'esclave, en s'en déclarant le chef. On le vit s'unir avec Guise, son sujet rebelle ^ contre le roi de Navarre , son successeur et son beau-l'rère, que la nature etla politique lui désignaient pour son allié. Le fruit de cette faiblesse fut une guerre civile; c'était la sixième depuis quinze ans. (i585) Les proteslans prennent les armes en Guyenne et en Languedoc, sous la conduite du roi de Navarre et du prince de Condé : Henri III envoie contre eux Joyeuse , son favori, avec une puissante armée. Le roi de Navarre l'ayant défaite entièrement à Contras , le 10 octobre 1087, ne se servit de sa victoire que pour offrir une paix sûre au royaume ^ et son, secours au roi, qui, dans la crainte de se rendre suspect, n'osait rien accepter.

i588.Lcducde Guise était plus à craindre et plus puissant que jamais. Après avoir chassé son souverain de la capitale, il osa venir le braver à Blois , où le monarque désabusé venait de convoquer les états généraux du royaume. Henri , menacé de si près , sentit que la mort de l'ambitieux duc pouvait seule le sauver, mais il était plus puissaut que son maître; aussi le conseil du roi conclut à passer par-dessus les règles contre un sujet notoirement rebelle ; il fut donc massacré avec le cardinal son frère , compagnon de ses desseins crimi-

îiels. Le sang' de ces deux Lonimes foriifia la ligne, comme la mort de Coligni avait fortifié les protestans. Le fameux duc de Mayenne, cadet du duc assassiné, aussi grand liornine que lui, et non moins remuant , fut déclaré, en 1089, lievtenant général de îétat et couronne France , par le conseil de l'union. Les villes Jes jiJus importantes du royaume se révol.'èrent ouverlemenl contre le roi, qui, sur ces entrefaites, perdit la reine Catherine de Médicis, sa mère, dont les conseils auraient pu lui servir dans la situation critique où il se trouvait. 1 "iSg. Henri s'élant rapproché du roi de Navarre, les deux jjrinces marclient vers Paris. La ville n'était pas en état de se défendre ; la ligue touchait à sa mine, lorsqu'un moine fanatique, nommé Jacques Clément, va à Saint-Cloud , où était le roi, lui présente un placet, et frappe Henri d'uu coup de }X)ignard. Les gardes massacrèrent l'assassin , et le monarque expira le lendemain , 2 août , à l'âge de trente-îuîit ans , après en avoir régné quinze. Ce prince parut dif;ne du trône, tant qu'il n'y monta pas. Son caractère fut un mélange inconcevahle de grandeur d'âme et de faiblesse, d'activité et d'indolence, de dévotion et de libertinage. En lui finit la branche des Valois , qui avait régné deux cent soixante-un ans, durant lesquels elle donna treize rois à la France.

HE>'r.i IV , dit LE GRA>D , TOI de Navarre,

1589. La mort de Henri III mit la couronne sur la tète du roi de ^.'avarre , Henri de Bourbon , qui descendait de Robert, sixième et dernier fils de Saint Louis. Ses droits au trône étaient incontestables ; mais la religion servit de prétexte à la plus part des chefs de l'armée pour l'abandonner. On lui opposa un i'antôme : le cardinal de Bourbon, son oncle, fut proclamé roi. Henri IV, avec peu d'a- Diis, peu de places importantes, poiut d'argent et

ou l'ami de la JELISESSE. 4^3 une petite armée, supplée à tout par son activité et son courage. On disait de lui qu'il restait moins au lit cfue le duc de Mayenne ne restait à table, et qu'il usait plus de bottes que ce chef de rebelles n'usait de souliers. Les batailles d'Arqués et d'Iyri le (conduisent aux portes de Paris, dont il prend d'assaut tous les faubourgs. Il aurait emporté cette ville par famine, s'il n'avait permis lui-mêine , par une piété héroïque, que les assiégeans donnassent des vivres aux assiégés. Mais cette compassion ne toucha pas les Parisiens, qui jurèrent de mourir de faim, plutôt que de se rendre à un prince hérétique. Cependant la disette dégénérait en une famine alFreuse^r^Ie pain se vendait un écu la livre. On avait été obligé d'en faire avec les os du charnier des Innocens. La chair humaine devint la nourriture des obstinés Parisiens : on allait à la chasse desenfans, et Pon vit des mères immoler ceux qui leur appartenaient, pour se repaître ensuite de leurs chairs palpitantes.

Le duc de Mayenne, voyant que ni l'Espagne ni la ligue ne lui donneraient jamais la couronne de France, résolut de faire recounaitre celui à qui elle appartenait. Il engagea les états à une coniérence entre les catholiques des deux partis. Cette conférence fut suivie de l'abjuration de Henri à Saint-Denis, en 1092, et de son sacre à Chartres. L'année d'après , Paris lui ouvrit ses portes. Henri renvoya tous les étrangers qu'il pouvait retenir prisonniers ; il pardonna à tous les ligueurs : vainqueur de ses sujets, il en devint le père.

Après avoir dompté les rebelles par ses bienfaits plutôt que par ses triomphes, il tourna sesarmes contre l'Espngne, qui, durant tant d'années, avait attisé en France le feu des discordes civiles. Il battit farmée espagnole àlarencontrede Fontaine-Française, et la chassa d'Amiens en 1697 , à la vue de l'archi-

duc Albert, contraint de se retirer. Le duc de Mayenne avait fait son accommodement en 1596. Le duc de Mercœur, autre prince de la maison d« Lorraine, se soumit en 1 598 , avec la Bretagne dont il s'était emparé. Il ne restait plus qu'à Caire la paix avec l'Espagne : elle fut conclue la même année à Vervins.

Les convulsions du fanatisme étaient calmées, mais le levain n'était pas entièrement détruit : il n'y eut presque point d'année où l'on n'attentât sur la vie de Henri. Enfin , il fallut , pour le malheur de la France , qu'un monstre lurieux et inibécille, appelé Râvaiîlac, exécutât nn crime, que beaui:oup d'autres avaient inutilement tenté avant lui. Le carrosse de Henii IV ayant été arrêté par un embarras de cliarrettes dans la rue de la Féronnerie, en allant à 1 Arsenal , l'assassin profita de ce Dioment pour le poi:^narder. Ce grand piince mourut d.ins le milieu de la cinquante-septième année de son âge, et dans la vingt-deuxième de son règne, laissant trois fils et trois filles de Marie de Médicis, sa seconde femme. Il était alors sur le point de passer en Allemaone avec une puissante armée.

jVous n'avons jamais eu de meilleur ni de plus grand roi. Il unit à une extrême franchise, la plus adroite politique : aux sentimens les plus élevés, une cliarmante simplicité de moeurs; et à un courage de soldai, un fonds inépuisable d'humanité. Il rencontra ce qui forme et ce qui déclare les grands hommes, des obstacles à vaincre, des jiériîs à essuver, et surtout des adversaires dignes de lui. ïl laissa le royaume dans un état florissant. Il l'avait policé après l'avoir conquis. Les grandes qualités de Henri IV furent obscurciesparquelqnesdéfauls. Il eut une passion extrême ponr le jeu et j)ourles femmes. On ne peut excuser la première , parce qu elle fit naître quantité de br^lajis dans Paris; et

ou L^AMI DE LA JEUNESSE. 455 encore moins la seconde, parce que ses amours furent tout-à-iait publiques, et depuis sa jeuaesse jusqu'au dernier de ses jours.

Le caractère de cet excellent prince se peint tout enlier dans cette réponse, qu'il fit un jour au duc de Savoie, qui lui demandait ce que la France pouvait lui valoir de revenu : « Elle me vaut ce » que je veux, lui dit-il; oui, ce que je veux, » parce qu'ayant le cœur de mon peuple , j'en aurai » tout ce que je voudrai. Si Dieu me donne la vie, n je ferai qu'il n'y aura point de laboureur en » mon royautne qui n' ait moyen cV avoir une poule » dans son pot; et aussi, ajouta-t-il fièrement, je » ne laisserai pas d'entretenir des gens de guerre, » pour mettre à la raison ceux qui choqueront w mon autorité. »

Ayant donné par écrit une promesse de mariag^e à mademoiselle d'Entragues , l'une de ses maîtresses , il consulta Suîly et lui montra le billet. Ce courageux min.istre le prit , et le décliira pour toute réponse : « Comment, morbleu! s'écria le » roi en colère , je crois que vous êtes fou. » Sully répond froidement : « Il est vrai, sire, je suis fou, » et je voudrais l'èire si fort, que je fusse le seul 3) en France. » Il ne douta pas de sa disgrâce. Quelques jours après, il fut fait grand-juaitre de l'artillerie.

XIX^ ENTRE TIE.N

Tableau général de f histoire de France , depuis It règne de Louis XIH ^jusqu'à P année ï;92.

iGio. Le successeur du grand Henri n'avait que neuf ans. La mère du jeune roi fut déclarée régente, par i'auloriléduduc d'£pernon;et à peine eut-elLe

456 ABRÉGÉ d'ÉRASTE,

les rênes du gouvernement, qu'elle en clmngea toat le système. Elle donna sa confiance au mare'clial d'Ancre, Italien de naissance, coinmela leine, et qui, par son orgueilleux despotisme, se rendit l'objet de l'exécration publique. Le roi lui-même, devenu majeur, s'aperçut de l'arrogance de ce ministre, et ordonna son arrestation. Le mare'ciial ayant voulu se défendre , fut tué à la porte du Louvre. La reine se vit reléguée à Blois ; mais bientôt Louis la rappela et se raccommoda avec elle, par le moyen de l'évêque de Luçon , si connu et si craint depuis, sous le nom de Richelieu.

1620. Le roi choisit, pour être son ministre, ce prélat qu'il n'aimait pas, et qui finit par obtenir sa confiance et écarter ses rivaux par son adresse, son génie, et 1 importance de ses services. Les huguenots s'étant révoltés, Richelieu, jaloux de toute espèce de gloire, entreprit, en 1G27, le siège de la Rochelle , chef-lieu et boulevard du Calvinisme en France. Secourue par fAngleterre , cette ville, qui depuis Louis XI était armée contre ses maîtres, ne put être emportée qu'après un an de fatigues , et quarante juillions de dépenses ; mais aussi , cette conquête porta le dernier coup à la faction protestante.

Protégé par Marie de Médicis, le cardinal devint , par la suite, son persécuteur; il entretint, entre la mère et le fils, une mésintelligence qui parvint au point que Marie fut éloignée pour jamais de la cour, et qu'elle mourut dans la misère à Cologne. Richeîieu profita de l'ascendant qu'il prit sur fesprit faible du monarqua% pour détruire tous ses ennemis. Il- envoya à l'échalaud Montmorency, Marillac, Cirrq-Mars J dé Thou, et un grand nombre d'autres, qui voulaient s'opposer à sa tyrannie. Plus maître du royaume que le monarque, ses volontés faisaient lois. Il humilia les protestans, détruisit les restes de la féodalité , en atta-

ou l'ami de la JEursTESSE. 457 cfuant les privilèges des grands vassaux ; et , pour n'avoir plus rien à craindre de leurs entreprises guerrières, il fit démolir les châteaux qai pouvaient soutenir un siège. II lira les lettres de l'obscurité où elles avaient été jusqu'alors, en fondant les académies. Si l'on n'avait point de meurtres à lui reprocher, son administration serait encore admirée. Louis Xltl suivit de près le cardinal ; il mourut le i4 iî^'»i 164^, dans la quarante-deuxième année de son âge , à pareil jour que son père Henri IV, après un règne de trente-trois ans.

Ce prince n'imaginait point; mais il jugeait Lien, et son ministre ne le gouvernait qu'en le peisuadant. La* Providence le fit naître dans le moment qui lui était propre : plutôt, il eût été trop faible; plus tard, trop circonspect. Fils et père de deux de nos plus grands rois, il affermit le trône encore ébranlé de Henri IV, et prépara les merveilles du règne de Louis XIV.

LOUIS XIV, dit LE G R A ^ D.

1645. Louis XIV, qui n'était encore âgé que de cinq ans, monte sur le trône, sous la tutelle d'Anne d'Autriche, sa mère. Cette princesse déclare ministre le cardinal Mazarin, et le prélat se montre digne de ce clioix. Les commencemens de la régence sont illustrés par les victoires de Rocroi, de Fribourg, de Nortlingen et de Lens , remportées sur les Espagnols et leurs alliés, par le duc d'Enghien, âgé de vingt ans, et si célèbre depuis sous le nom de Grand Condé. Turenne reçoit le bâton de maréchal, et déploie tous les talens d'un grand général. Une foule de capitaines de mérite , qui signalent leur valeur, et qui s'efforcent d'égaler ces deux hommes immortels , présagent à la France les longs triomphes et la gloire qui lui sont réservés sous la domination du nouveau monar- Abrés^é d'E vaste. 20

que. ( 1649 ) ^ peij^e le traité de Munster en Westplialie eut-il suspendu les guerres du dehors, ^ue, les divisions intestines troublèrent la paix duj royaume. La haine que plusieurs corps puissan»! portaient à Mazarin , donna naissance à la guerre' de la Fronde , guerre plus ridicule que sanglante , et où l'on se battit avec des épigramraes plutôt qu'avec l'épée. Les Espagnols en profitèrent, etles dissensions ne cessèrent que par l'éloignement de Mazarin. Son retour, en i653, ralluma la guerre civile. Condë , le vainqueur de Rocroi et de Lens, se tourna du côté des rebelles ; on leva des troupes. Le roi, ohligé de sortir de sa capitale, le fut encore de renvoyer une seconde fois Mazarin, le prétexte des troubles, après la bataille donnée au faubourg Saint-xAntoine ; et le calme reparut.

1654. Cependant l'Espagne, toujours attentive à profiter de nos faiblesses, faisait de rapides conquêtes. Louis XIV oppose aux ennemis Turenne, ses autres capitaines et sa fortune ; tout change. Les vainqueurs sont chassés et dépouillés à leur tour ; vingt victoires , et la prise de leurs plus fortes places les contraignent à demander la paix. Mazarin , qui paraissait avoir regagné l'affection des peuples , la conclut dans l'ile des Faisans : l'on y arrêta le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse , et la réconciliation du prince de Condé , qui , dans cette guerre, avait combattu contre ce même pays dont il avait fait triompher les drapeaux.

1661. Mazarin meurt, et Louis XIV, qui, par reconnaissance , n'avait osé gouverner de son vivant, prend en main les rênes de son empire, et les tient avec une fermeté surprenante dans un jeune monarque, qui n'avait montré jusqu'alors du goût que pour les plaisirs. Tout prit une face nouvelle. Il fixa à chacun de ses ministres les bornes de son pouvoir , se faisant rendre compte de

ou l'ami de la jeunesse. 45'j tout à des heures réglées, leur donnant !a conîlauce qu'il leur fallait pour accréditer leur ministère, et veillant sur eux pour les empêcher d'en trop abuser. Une chambre fut établie pour mettre de Tordre dans les finances , dérangées par un long brigandage. Le surintendant Fouquet, condamné par des commissaires à un bannissement, eut pour successeur le grand Colbert, minisire qui répani tout, et qui créa le commerce et les arts. Les académies des sciences, de peinture et de sculpture furent établies; des manufactures furent érigées dans tout le royaume. Le canal de Languedoc , pour la jonction des deux mers, fut commencé; la discipline fut rétablie dans les troupes, et fordre dans la police et dans la justice. Louis XIV faisait :à vingt-deux ans ce que Henri IV avait fait à ciniquante.

1662. Le monarque français savait se faire resipecter par les puissances étrangères, autant qu'aiimer et craindre de ses sujets. Il exigea une répairation authentique de l'insulte faite au comte 'd'Estrade, son ambassadeur à Londres, par le baron de Battevilje, ambassadeur d'Espagne, qui iprétendait ^voir le pas sur lui. ( 1667) Philippe IV, roi d'Espagnç, père de la reine, vient à mourir, et Louis XIV , croyant avoir des prétentions sur son héritage, marche en Flandre pour les faire valoir. Il était à la tête de trente-cinq mille hommes; Turenne était sous lui le général de cette armée. Louis courait à des conquêtes assurées. Il entra dans toutes les villes ennemies comme dans Paris. La conquête de la Franche-Comté, faite Tannée suivante, fut encore plus rapide. Tant de fortune réveilla TEurope assoupie. Tous les états conjuraient la perte du jeune conquérant ; le traité d'Aix-la-Chapelle suspendit pour quelques années leurs projets de vengeance. Pendant cette paix, Louis continua de régler, forlifier et embellir son

46o ABREGE D E R A ST E ,

royaume. L'iiolel des Invalides s'élevait avec une îiiagnificeRce vrai nient royale. On bâtissait ou réparait des citadelles dans tous les coins de la France , et Ton formait un corps de troupes composé de quatre cent mille soldais. (1672) Provoqué par les Hollandais , il ])asse la Meuse avec son armée, conmmndée sous lui par le prince de Coudé et ])ar le vicomte de Turenne, traverse le Rhin en présence des ennemis, disperse leurs troupes, et lait tout flécliir devant lui. La Hollande était conquise, si Guillaume III , prince d'Orange, n'eût l'ait percer les digues qui retenaientles eaux de la mer. Il n'y avait plus de conquêtes à faire dans un pays inondé : Louis quitte son armée , et laisse à ses généraux le soin d'achever la guerre. Pendant ce temps , Turenne pénétrait au sein de i l'Allematine , où il portait le ravage et la terreur: mais la mort vient arrêter tout a coup le cours de ses exploits. Ce général, qui réunissait la prudence de Fabius à la valeur d'Annibal, fut tué d'un coup de canon , dans le temps qu'il se préparait à battre Montécuculli. Louis XIV le pleura. Il était né protestant, et avait abjuré le calvinisme sept ans avant sa mort. Le prince de Coudé fit ce que Turenne aurait fait : il força le général allemand à repasser le Rhin. Vainqueur sur terre et sur mer par lui-même ou par ses généraux, parmi lesquels on remarque surtout le duc de Vivonne le maréchal de Créqoi, Philippe, duc d'Orléans, et )e célèbre Duquesne, Louis termine les glorieuses campagnes de 1676 et 1677 en donnant la paix à l'Europe ; et ce l'ut alors que ce prince triomphant depuis qu'il régnait, et tout à la fois conquérant et politique, reçut de rhotfd de ville de Pans le surnom de Grand, prostit'.é à bien des monarques, mais qu'il méritait réellement, puisqu'il lui fut ralilié par les nations ir.ême les plus jalouses de la Fi-ance.

ov l\vmi de la je uni- s se. 4ui Le caiial du Languedoc lut enfin navigatîe tu 1681. Le port de Toulon, sur Li Me'diterranée, (ut construit à Irais immenses, pour contenir cent vaisseaux de ligne, avec un arsenal et de vastes magasins. Sur l'Océan, le port de Brest se formait avec la même grandeur; Dunkerqiic, le Havre de Grâce se remplissaient de vaisseaux. La nature était forcée à Rocliefort. Les escadres, sous la conduite de Duquesne, nettoyaient les mers infestées par les corsaires de BarLarie. Aliter fut bombardé en i685 , et les Algériens se virent obligés de faire toutes les soumissions qu'on exigea d'eux. Ils rendirent tous les esclaves clirétiens, et donîièrent encore de l'argent. Gènes avait vendu de la poudre aux corsaires et des galères aux Espagnols : elle fut bombardée à son tour, et n'obtint sa tranquillité que par une satisfaction proportionnée à l'offense.

i68j. Cédant à de perfides insinuations, Louis révoque toutes les concessions faites aux calvinistes par l'édit de IVantes , leur interdit l'exercice public de la religion, et fait abattre leurs temples. Parmi les sectaires, les uns se retirent dans l'étranger; les autres, excités par leurs ministres , se réfugient daîis les montagnes des Cévennes, où ils lèvent l'étendard de la révolte. (1687) Une nouvelle confédération se fonne contre Louis XIV. La ligue d'Augsbourg- précipite du trône d'Annieterre le roi Jacques II , que son attachement à la foi catholique rendit, aux yeux des Anglais, indigne de régner, pour y placer le prince Guillaume d'Orange , et donne à fEurope le signal d'une guerre sanglante. D'abord tout est soumis le long- du Rhin; mais les confédérés avant réuni leurs forces, les Français vainqueurs abandonnent leurs con([iiètes. Nos succès, pendant la campagne de 1690, sont contrebalancés par la perte de la bataille navale de laHogiie, où l'amiral anglais

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nous brûle treize yaisseaux. Ne'anmoius cette defaite sur mer , une des premières époques du dépérissement de la marine en France, fut diminuée par les avantages qu'on remporta ensuite sur terre. La prise de Namur par le roi; les batailles (le Steinkerque et de Nerwinde , gagnées par Luxembourg, journées aussi meurtrières que glorieuses ; la victoire de la Marsaille, remportée par Catinat , tout promettait à la France la fiji de cette guerre; mais la disette qu'elle éprouva en 1694, ralluma l'espérance et le courage dans le cœur de nos ennemis. Le roi d'Angleterre, tant de fois battu , reprit IVamur. La campagne suivante se réduisit à la prise de Casai. Le royaume était épuisé; les recrues se faisaient avec peine.

1697. L^^ succès de Catinat et du duc de Vendôme amenèrent la paix de Riswick. Le roi y parla comme à^N'imègue, en vainqueur, et abandonna néanmoins toutes ses conquêtes , modération qui lut blâmée, et dont ou reconnut bientôt la sagesse. 1700. Charles II, roi d'Espagne , meurt sans enf'ans , et laisse sa couronne à Philippe de France ^ duc d'Anjou , fils du Daupliin. Le nouveau roi prend possession de cet important héritage , sous le nom de Philippe V. Les potentats de l'Europe , alarmés de voir la monarchie espagnole soumise à la France , «'unissent presque tous contre elle : fambition ramène de nouveau les horreurs de la guerre. Après plusieurs années de revers multipliés, le découragement aug-mente avec la misère. Le prince Eugène et Malboroug prennent Tournai et Mons , et gagnent la bataille <ie Malplaquet. Louis XIV demande la paix et n'obtient que les réponses les plus dures. Il porte la modération jusqu'à promettre de fournir de rar:>^ent aux alliés, pour leur aider à ôter la couronne à son petit iils ; m. us ils voulaient pins, ils exigeaient qu'il se chargeât seul de le dé-

ou L*AMI DE LA JEUNESSE. 463 ti'ôner. Il fallut continuer la guerre , quelque malheureuse qu'elle lut. Le duc de Vendôme passe en Espagne , et bat complèlement Farmée des alliés.

Les négociations pour la paix recommencèrent en 1711 , et eurent un heureux effet auprès il'Anne, reine d'Angleterre ; mais la France n'en fut pas moins dans la consternation. Le prince Eugène menaçait Reiras ; l'alarme était à Versailles , comme dans le reste du royaume. La mort du fils unique du roi , arrivée depuis un an ; le duc de Bourgogne , la princesse son épouse , leur fils aîné enlevés rapidement et portés dans le même tombeau ; le dernier de leurs enfans moribond ; toutes ces infortunes , jointes aux étranoères , faisaient regarder la fin du règne de Louis XIV comme un temps marqué pour la calamité , de même que le conrmencL'ment l'avait été pour la lortuîie et j^onr la gloire. Au milieu de ces désastres , Je maréchal' de Villars force le camp des ennemis à Dénain , et sauve la patrie éplorée. La paix générale est signée à Utrecht en iji) , à des conditions bien difTércntes de celles qu'on avait prétendu dicter à la France au lemps de ses désastres. Le monarque en est quitte pour uelques cessions de terres que l'Espagne posséait au dehors, et pour la démolition du port et des fortifications de Dunkerque, tandis que l'Espagne et les Indes sont assurées dans la persoiine de Philippe , à la maison de Bourbon.

1715. Deux ans après, Louis-le- Grand termina sa longue et glorieuse carrière. Sa mort fut celle d'un héros clirétien , qui quitte la vie sans se plaindre, et les grandeurs sans les regretter. Il )'ecommanda à son successeur de soulager ses peuples , et de no p'is l'imiter dans sa passion pour la gloire , pour la guerre et pour les femmes. H expira le premier seplejnbre , à soixante-dix-sept

^6i abr'égé d'éraste,

ans, dans la soixante-treizième anne'e de son. règne. Sur la iin de sa^-^ie, il avait épousé secre^/ tement madame de Main tenon , veuve du poëtè Scarron.

Dans sa vie privée , Louis XIV fut , à la vérité, trop plein de sa grandeur ; uiais il était Lon père , bon maître , toujours décent en public , laborieux dai^soe-rabinet , exact dans les alïaires , 'pensant juste , parlant bien , et aimable avec dignité. Ce qui l'immortalise surtout', c'est la protection qu'il accorda aux sciences et aux beaux-arts. C'est sous son règne que l'xmjit éclore ces cbei's-d'œuvre en tout genre , qui^JÉÎont l'éternel' honneur de là France. La révoluntli qui s'opéra dans nos arts , dans nos esprits , dans nos mœurs , influa sur toute l'Europe. Elle s'étendit en Angleterre; elle porta le goût en Allemagne , les sciences en Russie; elle ranima l'Italie languissante; et ces peuples divers doivent de la reconnaissance et de l'admiration à Louis XI Y. /

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