‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 78 sur 84 · LOUIS XV · texte numérisé non relu

LOUIS XV

1716. L'arrière petit -fils de Louis-le-Grand n'avait que cinq ans, lorsque ce prince mourut. Un arrêt du parlement, quiannullait le testament du monarque défunt, conféra la régence absolue à Philippe , duc d'Orléans, prince du sang, déjà mieux connu par ses vices que par ses vertus. Il parut d'abord s'occuper du bonheur public, et donna ses premiers soins au rétablissement des finances , que les malheurs de la guerre avaient mises dans le plus grand désordre. La dette publique montait à plus de deux milliards. Tandis que le régent cherchait des movens pour éteindre cette énorme créance , Jean Law, aventurier écossais , vint lui proposer le plan d'une compagnie de commerce, qui prouacltait de grands avantages,

ou L iMI PE LA JEUNESSE. 4^5

et qui, rt'duite à de justes Lornes , aurait pu être utiie. La passioo avec laquelle tout le monde se porta vers le nouveau système , l'ut telle , qu'en 1719, la valeur chimérique des actions égalait q::atre- vingts fois tout Taraient qui circulait dans le royaume. Dès qu'on s'en aperçut, on voulut les convertir en espèces; les ionJs manquant , la banque fut Louleversée et ruina plus de cent mille familles , tandis qu'un petit nombre de citoyens s'enrichit prodigieusement. (1 720) Law s'enfuit chargé de malédictions , et l'état , au moyen d'une bauqueroute générale , se trouva délivré de ses dettes.

Le roi fut sacré à Pieims , le 2 5 octobre 1722. Quelque temps après, le cardinal Dubois, qui ne devait sa prodigieuse fortune qu'à ses vices et au goût de la débauche qu'il avait su inspirer à. son élève le régent, fut fait premier ministre. Il fit entrer beaucoup d'argent dans les colfres du roi , par les taxes qu'il mit sur ceux qui s'étaient enrichis pendant le système , et par le tarif du droit de contrôle et insinuations des actes. Ce ministre vécut peu; le duc d'Orléans reprit les affaires, et mourut lui-même subitement , en 1725. Il avait de grands talens ; mais la hardiesse de ses opinions et sou libertinage , enfantèrent ce mépris de la religion et de la morale, qui , de la cour , se répandit peu à peu dans toutes les classes de la société. Le duc de Bourbon , son sticcesseur dans le ministère, fut bientôt remplacé par le cardinal de Fleury , dont la rrodération et l'économie mériteraient les plus «rands éloo-es , s'il v avait joint une ])o!itique plus prévoyante et plus courageuse. Sous ce ministre, la France répara ses pertes , et s'enrichit à la faveur d'une longue paix, qui fut enfin troublée à foccasion de Stanislas , roi de Pologne, plusieurs fois élu et détrôné par les manoeuvres de différcns princes de

4Ç^& ABRÉGÉ d'ÉRASTK,

TEurope , et sonteim par Louis XV , son gendre. Cette guerre , dans laquelle la France eut des arantages, surtout en Italie, fut terminée en 1738, par le traité de Vienne. Le fugitif Stanislas fut étahli dans le Barrois et la Lorraine, à condition que ces deux provinces rentreraient , après sa mort , dans le domaine de la France.

ijJo. La mort de l'empereur CJiarles VI rallume la guerre ; une loule de princes disputent à Marie Tliérèse , reine de Hon^rrie , sa fille unique , une partie de ses vastes domaines. Frédéric III , roi de Prusse , porte seul les premiers coups. La France s'unit à lui en faveur de l'électeur de Bavière , et a d'abord de grands succès en Italie. Les principaux efforts de la reine de Hongrie se portaient sur la Flandre. Le roi s'y dirige et se distingue "jiar ses victoires autant que par son humanité. Il marche ensuite contre le prince Charles de Lorraine, qui avait passé le Rhin. Une maladie dangereuse l'arrête à Metz : la France tremble et gémit comme une famille qui va perdre le meilleur des pères : ce fut alors que d'une voix unanime , tous les cœurs lui donnèrent le glorieux surnom de Bien-Aimé. ( 1744) A peine convalescent, il assiège Fribourg et s'en rend maître. Ensuite les armées se mesurèrent à Fontenoi , 011 l'on combattit avec acharnement de part et d'autre ; mais la France resta victorieuse , ce qu'elle dut au sang-froid et à f habileté du maréchal de Saxe , chargé du commandement , quoique malade. Depuis ce ne fut plus qu'un enchaînement de succès ; les batailles de la IVièle , de Kaucoux , la prise de Bruxelles immortalisèrent nos armes. Enfin la bataille de Laufeld et la prise de Berg-op-Zoom hâtèrent la paix , qui lut signée à Aix-la-Chapelle en 1748'

Louis se montre , durant la paix, le père et le protecteur des arts. En jjjj , il fonde l'Ecole

ou l'ami de la jeunesse. 467 îîojale Militaire , destinée à l'éclacation de cinq cenis jeunes ^entilhoinmes peu fortunés, et surtout de ceux dont les pères sont morts dans les combats ou servent encore dans les armées. ( 17^5) Cependant Tambilion des Anglais et leurs invasions en Amérique ramènent ks sanglantes horreurs de la discorde. Les commenceraens de celle nouvelle guerre lurent heureux pour la France. Port-Muhon ïut emporté par le maréchal de Richelieu. La bataille de Hastembeck , la capitulation de Closter- Severn ; la conquête de l'électorat de Hanovre , les fréquentes défaites du roi de Prusse , allié de r Angleterre , tout n'annonçait aux violateurs du droit des gens que des revers mérités. En un moment, la malheureuse journée de Rosbac , où les Français furent défaits , change la face des affaires. Depuis cet instant iatal , les disgrâces se maltiplièrent. En vain on remporta quelques triomphes ; il fallut abandonner les conquêteSe On ne fut pas plus heureux en Amérique. La. France, il est v^^ai , ne fut entamée nulle part; mais elle perdit dans les Indes, Pondichéry et d'autres domaines : en Afrique , l'ile de Gorée ," en Amérique, tout le Canada , la Guadeloupe^ la Martinique ; en un mot , l'Angleterre envahît tout. ( 1761 ) Pour arrêter ce prodigieux accroissement de la puissance britannique , toutes les branches de la maison de France s'unissent avec Louis XV" ; leur ligue , sous le nom de Pacte de famille , devient pour les Anglais une nouvelle matière de triomphe.

1765. Celte guerre désastreuse , qui enleva à ki France sa j>lus florissante jeunesse , sa marine et son commerce, finit par le traité de Paris , run des plus honteux, mais aussi l'un des plus nécessaires que la France eût encore signés. Deux ans après, la France perdit le Dauphin , fils unique de Louis 2CY. Ses rares tulcns, sc3 vertus héroïques;,

4S^ ABRÉGÉ D*ÉilA$T£,

sa piëlé solide et l'énergie de son caractère , an-

nonçajcnt un prince aussi sage que courageux.

Une nouvelle guerre, plus terrible peut-être que les précédentes , se préparait dans l'inLérieur. Le peuple était divisé en deux sectes connues sous les noms de Jansénistes et de Molinisîes. Le roi eut Lesoin de toute la force de son autorité pour contenir les deux partis , qui s'accusaient réciproquement, et qui menaçaient de renouveler le scandale delà Fronde. Ces disputes ;eligieuses portèrent un scélérat à attenter aux jours du monarque. Damiens , endoctriné , à ce que l'on crut , par les jésuites , donna un coup de poigTiard à Louis XV, qui fut encore assez grand pour demander sa grâce au parlement.Onnelui obéit point, et Damiens expira au milieu des supplices. Quant aux jésuites, leur ordre fut entièrement supprimé dans tout le royaume. ( 1764 ) A la suite de ces désordres, le parlement , sans doute trompé dans son zèle, voulut rivaliser, et même l'emporter sur l'autorité royale, en refusant d'enregistrer des édits, et demandant une assemblée des étals- généraux. Louis XV , lisant dans l'avenir , aperçut le piège qu'on lui tendait. Armé de toute son autorité , il vint au parlement , fit enregistrer les édits ; et de retour à son palais , supprima celte compagnie rebelle, ( 1771 ) et successivement tous les autres parlemens du royaume : on établit à leur place de nouveaux tribunaux de justice, sons le nom de Conseils supérieurs , Ce coup de vigueur , dicté par le cliancelier de Maupeou , rendit la tranquillité à l'état.

Louis , vertueux dans sa jeunesse , était depuis long-temps tombé dans les pièges que d'infâmes courtisans tendirent à son innocence ; il persévéra dans ses désordres jusqu'à la vieillesse , et puisa dans le sein de la débauche , la maladie qf ' le conduisit au tombeau. Ce prince ayait toujour»

ou L'AMI DE LA JEUNESSE. 4^9 respecté la religion : èans ce momentcritique, elle reprit sur lui tous ses droits. Il fît ruveu public de SCS égaremens , en demanda pardon à son peuple , et expira dans les larmes de la componction en 1J74 , à i'age de soixanie-cincj ans.

Page 1