‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 79 sur 84 · LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LOUIS XVI

i774.Louis seizième de nom , petit-fils de Louis XV, avait épousé, n'étant encore que Dauphin, Marie-Antoineltt d'Autriche. Jamais prince ne monta sur le trône avec des intentions plus pures , et jamais prince aussi ne rencontra plus d'obstacles au bien qu'il cbérissait, ni des sujets plus opposés à leur bonhear. Dès les premiers jours de son règne , il rappela les parlemens , parce qu'on lai persuada que c'était le vœu de son peuple. Les parlemens à peine rétablis , luttèrent hautement contre le monarque auxquels ils devaient leur renaissance. Cet'.e lutte long-temps prolongée amena la convocation des états - généraux , et ceux-ci la révolution , qui arracha la couronne à Louis XVr , et le conduisit à l'échalaud.

1778. Les dissentions entre l'Angleterre et ses colonies d'Amérique devenant tous les jours plus animées, celles-ci publient leur acte d'indépendance, et se placent au rang des nations. Louis XVI était spectateur passif de la guerre , lorsque les députés des Etats-Unis vinrent réclamer les secours de la France. Entraîné par son conseil, il reconnaît leur indépendance, et l'ait même avec les députés du congrès un traité d'amitié et de commerce ; aussitôt l'ambassadeu" d'Angleterre reçoit l'ordre de quitter Paris. Cettt retraite est le signal de la guerre entre les deux nations. Des flottes formidables sortent des ports respectifs, et vont ensanglanter toutes les mers. Cette guerre néanmoins procura une diversion extrêmement utile aux colo-

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nies. Leurs ressources étaient épuisées, et elles se voyaient forcées de songer à un accommodement avec le cabinet de Saint-James. L'Angleterre reconnut formellement Tindépendance de l'Amérique parle traité de 1782. La France conclut la paix a des conditions glorieuses; elle recouvra ses établissemens des Indes , et le honteux traité de Paris, concernant le port et les fortifications de Dunkerque , fut aboli.

1787. La France triomphante à cette époque, n'en devint pas plus heureuse. -INecker, ministre des finances , venait d'être renvoyé. La dépense excédait la recette de près décent quarante millions; le crédit public disparaissait et laissait l'état sans ressources. Le roi se décida alors à convoquer une assemblée des notables de son royaume. Il proposa l'impôt du timbre et de la subvention territoriale. Ces sages dispositions furent repoussées par divers parlemens. Le roi exila celui de Paris ; sa disgrâce devint la cause des autres parlemens et du peuple lui-même, qui croyait que cette opposition n'avait d'autre objet que ses intérêts et son bonheur.

Après six mois d'exil , le parlement ayant promis d'être plus docile aux vues du souverain, est rappelé ; mais à peine réintégrés, ces magistrats oublient leurs engagemens. Le cardinal de Brienne, successeur de INecker, ne prend que de fausses mesures pour les ramener à la soumission. Necker, que la voix couimune indiquait comme le seul îioranie capable de relever le crédit public, est rappelé au ministère; il décide la convocation des états-généraux. Jaloux de conserver la faveur du peuple, il fait même accorder au troisième ordre un nombre égal de voix aux deux autres réunis.

1789. D'après les lettres de convocation données par Louis XVI , les états-généraux du royaume s'assemblèrent le 1 5 mai dans la ville de Versailles.

ou l'ami de la jeunesse. 471 Le jour même de l'ouverture, le tiers-élal somma, contre l'usage^ les députés du clergé et de la noblesse de se réunir en une seule assemblée. Plusieurs obéirent à la sommation, et le 17 juin, ce rassemblement se constitua de lui-même en Assemblée nationale. Le roi , pour arrêter cette marcbe illicite , annonça une séance royale , dont les préparatifs obligèrent de fermer les salles pendant quelques jours. Ce fut. alors que le tiers-état rassemblé jura de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France. La douceur du roi , dans cette circonstance, la crainte, comme il le dit , c^n'un seul homme périt pour sa (jiierelle, devinrent funestes : il légitima les entreprises des novateurs , en ordonnant aux deux premiers ordres de s'y réunii-, le 27 juin.

Une révolution se préparait de toutes parts ; elle éclata à Paris le 12 juillet suivant. Les Parisiens prirent les armes, et deux jours api^ès ils s'emparèrent de la Bastille. Quelques actes de cruauté commis par le bas peuple souillèrent cette journée. Les provinces suivirent l'exemple delà capitale; partout on courut aux armes. Jl y eut des excès commiscontre les personnes ou contre les propriétés de ceux qui étaient connus par leur opposition aa nouvel ordre de choses. Dans un clin d'œil, les villes et les campagnes enfantèrent denombreuseslégions de gardes nationales , et la cocarde tricolore devint lamarquedistinctivedes]soldatsfrançais.LouisXYI lui-même sanctionna la révolution , en prenant les couleurs de la liberté, et en venant à l'hôtel de ville de Paris , donner son approbation à cet élan national vers une autre forme de gouvernement.

L'assemblée nationale profita de la révolution qui venait de s'opérer , pour donner à la France la constitution qu'elle lui avait promise. Tout changea dans la division des pouvoirs et dans les différentes branches de l'administration. Le clergé et la

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noblesse perdirent leurs privilèges, et une déclaration solennelle des droits de l'homme et du ci-, toyea devint la base des de'crets des législateurs. Cependant la démarche que le roi avait faite ne put le préserver des excès populaires. Dans un re-? pas donné à Versailles par les gardes-du-corps au régiment de Flandre, la nouvelle cocarde fut, diton , foulée aux pieds , et le peuple insulté dans des chansons que suggéra cette imprudente orgie. Informés de cet événement , les Parisiens courent aux armes. Une foule innombrable se rend à Versailles avec des pièces de canon. Le palais du roi est assie'oé ; tes gardes-du-corps opposent une va me résistance: le sang coule, et la Providence sauve cette fois Louis XVI et son épouse. Le lendemain ce monarq!ie et sa fnmilîe , accompagné par tous les députés à l'assemblée nationale, vient établir sa résidence dans la capitale.

1790. L'assemblée nationale n'aurait pas cru avoir donné à fétf^t une constitution durable, si elle n'avait pas déterminé les devoirs que les ecclésiastiques avaient à remplir comme citoyens , en fixant de nouvelles dispositions de discipline cléricale. Autant la réunion des trois ordres avait causé d'agitation , autant ces dispositions en firent naître lorsqu'elles furent proposées. Entin la majorité de l'assemblée l'emporta , et tous les ecclésiastiques qui remplissaient des fonctions publiques, furent obligés de se soumettre par serment à la nouvelle constitution <lu clergé. Auparavant les fiîmes av.iienlété supprimées, les biens ecclésiastiques déclarés nationaux, et des pensions faites aux religieux et à fous les bénéïiciers du clergé séculier. Un grand nombre d'ecclésiastiques prêtèrent le serment qui leur était demandé , et beaucoup d'autres le refusèrent : d£,là un schisme qui s'étendit sur toute la France , dont il ne devait que trop favoriser les ennemis. Le territoire français fut

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'livJsé en déparlemens. On créa les assignats, papier monnaie qui fui liypotiie'qué sur les biens nationaux. Une Icdéralion Je loutes les gardes nationales du royaume, ainsi que des troupes de ligne, se réunit au Chanips-de-Mars à Paris , pour céléhrer l'anniversaire du i4 juillet. On y jura d'être fidèle à la nation , à la loi et au roi , ainsi que de maintenir la nouvelle constitution^^

1791. Les membres de l'assemblée nationale^ qui se disaient patriotes, avaient formé une société dite des Jacobins ^ du nom du lieu où elle teuait ses assemblées, association monstrueuse qui ravagea les villes et les campagnes. Ceux d'une opinion contraire avaient aussi établi des sociétés, des chibs sous différens noms. Les autres sociétés du royaume s'affilièrent à celles où elles crurent voir qu'on suivait leurs principes. Déjà un grand nombre de Français s'étaient expatriés : les tantes du roi partirent pour Rome, et le 21 juin, Monsieur et son épouse quittèrent le Luxembourg; LouisXVT, la reine et ses eufans sortirent des Tuileries. Monsieur parvint jusqi^'aux frontières du royaume par la l'oute de Mons ; mais Te roi et sa famille ayant pris celle de Monlmédi , furent arrêtés à Varennes et ramenés aux Tuileries. Dès-lors on demandajiaatementla mise Qn jugement de Louis. L'assemblée le décréta suspendu de ses fonctions, jusqu'à ce qu'il eut acceptév4^acte constitutionnel. Cette raèv sure contrariant lespfbjets de ceux qui voulaient* ,^ que le roi fût jugé, uu mouvement populaire fut exécuté. Le 17 juillet, deux citoyens ayant étév assassinés au Champ-de-Mars, où l'on se pressait ^""""^ en foule pour signer une pétition, le lumuL^e augmenta d'une manière effrayante. La garde nationale parvint cependant à dissiper ce rassemblement. Le nouvel acte constitutionnel étant achevé, fut présenté à la sanction du roi qui l'acceptaî^lL Après avoir terminé ses séauces ( 3o septembre

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1791 ), l'assemblée nationale, depuis appelée assemblée constitî/anie^ fit place à l'assemblée législative, qui ne devait s'occuper que des lois organiques de la constitution, ou de celles que les circonstances exigeraient. On avait lieu d'espérer que la France serait tranquille pendant la nouvelle session ; la révolution était faite , et la constitution établie et sanclionflfée par le monarque et par la majorité de la nation : mais d'un côté, le scbisme et les décrets de déportation lancés contre les prêtres insermentés; de l'autre, l'émigration deveime une espèce de délire, et l'attitude hostile des puissances étrangères, ne faisaient rien prévoir que de funeste. A ces principes de discorde et de troubles, il faut ajouter ces clubs nombreux dont je vous ai déjà parlé, el qui avaient autant de noms qu'il vav lit de partis. Comme leur influence était alors toute- }>uissante , la îiouvelle assemblée se trouva presque composée d'élémens ou divers on opposés. Placé entre les factions étrangères, harcelé tour à tour par les émigrés et par celles de l'inlérieur, le roi, voulant les ménager toutes, n'en contentait aucune. Cependant le peuple de Paris, excité surtout par les partisans du gouvernement républicain , se disposait à une seconde révolution. 1792. Le roi, seloii le droit que lui donnait l'acte constitutionnel, refasade sanctionner les décrets contre les prêtres et les émigrés. Le 20 jnin, la populace des faubourgs Saint-Antoine et Saint- Marceau se rend aux Tuileries, et menace d'enfoncer les ]>ortes. Louis ordonne de les ouvrir; sa réponse en motivant son veto sur la liberté de sa sanction, et la fermeté qu'il montra, déconcertèrent les assaillans. Déchus pour ce jour-là de leurs espérances, les factieux trouvent dans l'invasion des aidées étrangères le prétexte d'une nouvelle aggre^sion. Le 10 août, le château des Tuileries est fi'Aâqrié dès le matin pir de nombreuses bandes de

ou l'ami de la je¥isesse. 475 Marseillais et cVliaLitans des fauBourgsj le canon gronde , les Suisses opposent une vaine résistance au torrent qui se précipite vers le palais de nos rois ; ils fuient , et un grand nombre d'entre eux deviennent les victimes de leur dévouement. Louis avait cliercbé un asile avec son épouse et ses enfans dans le sein de J' assemblée : le i5 , lui et sa famille furent transférés à la tour duTemple. Dès ce moment les statues des rois furent abattues, les ambassadeurs des puissances étrangères se retirèrent, et les jacobins triomphèrent partout. Sous prétexte de rétablir le monarque français dans ses droits, une armée autrichienne avait rais le siège devant les ])laces de Lille et de Tliionville, et une armée prussienne, commandée par Frédéric-Guillaume II en personne , avait pénétré , à travers les plaines de la Cliimpagne, jusqu'à Châlons-sur-Marne. A la nouvelle de ces dangers , les Français prennent les armes ; tie grandes armées se forment tout à coup, et le monarque prussien, qui n'est plus qu'à trenfecinq lieues de Paris, où il ne devait pas laisser pierre sur 'pierre (i), se trouve trop lieureux de pouvoir se retirer au-delà du Rhin. L'armée autrichienne n'est pas plus heureuse : elle renonce aux conquêtes qu'elle avait faites en idée, et se voit réduite à défendre son propre pays. Elle apprend bientôt, par la défaite qu'elle éprouve à Jemmapes, que fentliousiusme peut , chez les Français, remplacer la discipline et l'expérience. Des scélérats profitèrent de ce grand mouvement patriotique, qui poussait dans la carrière des combats toute fa jeune population *le la France , pour immoler à leur rage plusieurs milliers d'hommes détenus dans les

(1) Expressions (lu duc de Brunswick , qui commaridait une partie des troupes prussieunes. >

le

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prisons et Jansles nouvelles maisons (ï'arrét de 1 capitale : prélendus amis de la liberté, ils en dé honorèrent la cause, et les braves qui, sur champ de bataille , versaient le sang ennemi , i raient les lâches assassinais commis par des Français contre des Français.

Le sang- répandu par les se])tembriseurs (i) fumait encore, [orsc[\i{i in cû7n't?ition nationale s^'mstalla le 21 du même mois. Sa première opératioi! fut d'abolir la royauté et de proclamer la république, La peine de mort fut portée contre tous les émigrés qui seraient pris les armes à la main , ou qui rentreraient dans leur patrie. Le 3 décembre . la convention déclara que Louis XVI serait jng par elle ; le 4 1 elle décréta la peine de mort cont. quiconque proposerait de rétablir la royauté l France. Le 11 , Louis fut conduit à la barre c l'assemblée, et entendit articuler contre lui trentequatre chefs d'accusation, auxquels on le somma de répondre. Qi^oique pris au dépourvu, il les détruisit tous sur-le-clianip, avec autant de force tl de justesse que de modération et de simplicité. On lui présenta ensuite les pièces à l'appui de son acte d'accusation; il méconnut les unes, reconnut les autres, et fut reconduit au Temple. Sur la permission de se choisir des défenseurs , il prit Tronchet et Target : ce dernier ayant refusé , Lamoignon de Maïesherbes le rem])laça; l'avocat Desèze leur fut adjoint. Il comparut de nouveau à la barre de la convention le 26 décembre, accompagné de ses trois défenseurs. Desèze, chargé de porter la parole, prononce, en faveur de son illustre client,

(i) On appela ainsi les bourreaux des prisons, parce qae ces massacres, qui coûtèrent la vie à près de huit mille personnes, commencés le 2 septembre, se piolnngèrent justja'au 6, sans aucuîi obïtacle de la part d?s gouveinan;.

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un discours énergique, Lien capable d'adoucir des juges moins prévenus et moins animés ; deux partis partageaient l'assemblée : les uns voulaient nn appel au peuple, les autres un jagemeîit définilif. Ceux-ci l'emportèrent. ,)|p

1793. Le i5 janvier, Louis XVI fut déclaré par la convention, coupable de conspiralion contre la liberté de la nation , et d' attentat contre la stireté générale de Vétat. Le 1 7 , au milieu d'une fermentation orageuse, la ])eine de mort fut prononcée à une majorité de cinq voix; c'était une ini'raction manifeste aux lois du temps, qui exigeaient les deux tiers des suffrages pour la condajunation d'un accusé. Le 19, on décréta que le jugement prononcé serait exécuté dans les v.ngt-quatre heures, à conipter de la notification qui en serait faite à Louis , qui en entendit la lecture avec le calme et la résignation de l'innocence. Le 21, cent mille hommes commandés par Sanlerre, brasseur, étaient sous les armes. Vers Tieuf heures , il vint dire à Louis que son heure était arrivée. Partons^ dit le prince, d'un ton de voix aussi ferme que s'il eûl été sur le trône. Deux rangs de soldats, sur quatre de front, bordaient la route sans intervalles, depuis le Tcuiple jusqu'à la place de Louis XV, nommée alors place de la Révolution. Arrivé à cet endroit fatal., il descendit de voiture avec calme , se déshabilla lui-même, et se laissa couper les cheveux ; il repoussa le bourreau qui voulait lui lier les mains. Son confesseur lui ayant dit un mot , il les présenta lui-même, et marcha d'un pas ferme vers l'instrument du supplice , tandis que son confesseur lui criait avec enthousiasme : allez ^ fils de saint Louis., montez au ciel. Arrivé sur féchafaud , il dit d'une voix haute et ferme : « Franj> çdis, je meurs innocent ; je pardonne à mes enj» nemis; je souhuite que reffusion de mon snno

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» éloigne....» Santerre ordonna un roulement o tambours qui empêcha d'en entendre davantage. Alors il se présenta à la mort; sa le le tomba à dix heures quinze minutes. On la montra aux soldats qui faisaient un cercïe aulour de l'échalaud ; quelques-uns crièrent vwe la nation I vive la repiihliqxiel plusieurs personnes trempèrent des linges , des mouchoirs dans son sang. Son corps , sans cercueil, fut mis , couvert de chaux vive, dans une grande fosse du cimetière de l'église de la Magdeleine, de la Ville-l'Evêque. Ainsi périt Louis Xyi, âgé de trente-huit ans et demi , après en avoir régné près de dix-neuf.

Anecdotes sur Louis XVI et sur le Daitpkin son fils , Louis XVII.

Le plaisir le plus grand de Louis XYI était de se dérober à tous les regards pour exercer sa bienfaisance j et quand il était surpris , il disait : Il est bien singulier que je ne puisse aller en bonne fortune, sans qu'on, le sache. En montant sur le irône, il ne voulut régner que par la justice, et l'on a défié ses plus ardeus ennemis de citer une seule injustice de son règne qui lui fût personnelle. S'étant rendu au château de la Muette, on lui annonça que leshabitans de l'endroit réclamaient sa justice contre un boulanger, qui , profitant de faffluence du peuple attiré par la présence du nouveau roi , lui vendait le pain au-dessus de la taxe. Le prince , après avoir reçu la plainte de ces villageois , leur dit : o Je vous ai entendus , mes enfans , il faut que j'en- « tende aussi celui que vous accusez. » Le monopoleur est mandé , interrogé , et le délit prouvé. Le roi alors se fait représenter la loi : la lecture qu'il en fait au coupable, lui apprend qu'elle le condamne à une amende de cinq cents livres. Le condamné se jette à genoux , demande grâce pour une faute qu'il assure être la première de sa vie , en ce genre : « Mon ami , lui dit « Louis XVI, si tu m'avais trompé , je pourrais te

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fali e grâce ; mais il m'est impossible de la faire aux « ennemis de mon peuple. » Tel fut le premier jugement rendu par l^ouis XVI. J^-^

Son ministre de la guerre , le prince de Montbnrrey, travaillant pour la première lois avec lui, lui présenta une liste de jeunes gens qui demandaient à être placés dans des régimens. Plusieurs étaient puissamment recommandés, et le nombre des aspirans surpassait de beaucoup celui des places. Louis XVI prend alors son crayon , et commence par effacer de la liste tous ceux qu'il voit recommandés par la reine , par les princes ses frères, et par d'autres grands personnages. Cette méthode paraît fort extraordinaire au nouveau ministre , qui en fait l'observation au roi : Eh ! Monsieur, lui dit Louis XVI , ne vojez-vous pas que ceux qui ont de si bons appuis sauront toujours se tirer d'affaire , et qu'il est de la justice que moi , le père commun de mes sujets , je m'établisse le protecteur de ceux que je vois destitués de toute protection. Paroles sublimes ! que devraient toujours avoir présentes à la mémoire les dispensateurs des grâces et des bienfaits.

Le voyage que fit Louis XVI , en 1786 , pour visiter les côtes de Normandie, fut un tissu de scènes touchantes. Dans un bourg où il était descendu de voiture tandis qu'on relayait , la femme du chirurgien du lieu , écartant la foule dont il était environné , parvient jusqu'à lui, se jette à ses genoux et s'écrie: « J'ai donc le bonheur de contempler notre bon roi!» Louis XVI , en la relevant , lui demande ce qu'elle désire de lui ? ff Sire, je connais une femme honnête, « généralement estimée , mais pauvre et mère de douze «c enfans. — J'entends votre affaire : comme je ne pas- « serai pas aujourd'hui \>inon , que votre protégée IX s'y rende avec un bout de mémoire , je me souvien- V drai de votre recommandation ; et poiu vous , ma « bonne, vous ne demandez rien? —Sire, après le « bonheur d'avoir vu le meilleur des rois , et de lui « avoir parlé , je n'ai plus rien à désirer. Seulement, " si je l'osais, je lui demanderais la permission de lui baiser la main. » — « Et pourquoi pas le visao^eV n reprend Louis XVI, qui en même temps embrasse la suppliante. Ce trait de courtoisie à la Henri IV ravit

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•les spectateurs ; et les cris de vii^e le roi s'élevèrent jusqu'aux nues. Malheureux Français ! Louis XI meurt dans sou lit , et cet excellent prince périt de la mort des criminels !

ji était impossible de se figurer un enfant plus inléressaut que le jeune héritier de la monarchie qui s'écroulait 5 de trouver dans un enf.tnl, de sept à huit ans , plus de finesse , d'esprit et d'intelligence , plus d'amabilité dans le propos et dans le maintien ,

Elus d'élévation dans les senlimens , un naturel plus eureux 5 de plus pjrécieux indices, en un mot , des qualités désirables dans un prince né pour le trône.

Un jour que jouant avec un officier du château , il avait perdu la partie , celui-ci lui d'il : n J'ai vaincu cr M. le Dauphin. » Le jeune prince , piqué de l'expression , répondit par une saiilie d'humeur , pour laquelle la reine le mit en pénitence. Le lendemain , sa gouvernante lui ayant fait une leçon sur le trait de la veille : k Je sais l^ien , répondit-il, que j'ai eu tort ; M mais aussi , pourquoi ne disait-il pas tout uniment « qu'il m'avait gagné ? c'est ce mot de vaincu qui o m'a mis hors de moi-même. »

Un jour qu'on lui avait lu quelques traits de la vie des anciens philosophes, il va quérir sa petite lanterne, Tallume , fait semblant de chercher quelqu'un dans la chambre , et sarrctant devant son instituteur , il lui dit: «Diogène, en plein midi cherchait un homme « avec sa lanterne , et ne le trouvait pas ; plus heureux « que Diogène, voici que je trouve un homrne et un « ami. « Une autre fois, comme on lui faisait une lecture dans le TéJémaquc , et qu'on en était à l'endroit où l'auteur propose à résoudre la question : Quel est le plus malheureux des /lojjimes? le Dauphin dit au lecteur : « Arrêtez, je vous prie, Monsieur, ne lisez « point la réponse : je vais vous dire ma pensée. » Comme il y avait beaucoup de monde dans l'appartement, on lui dit de monter sur un siège : il le fait : et d'un ton pénétré, « 3Iessieurs ^ dit-il , le plus ïnalc heureux des }iomtnes , c est un bon roi, qui voit que « ses sujets ne veulent plus lui obéir. » A cette réponse , si analogue auv circonstances, tous les yeux &£ rempl-rent de larmes.

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Les réparties ingénieuses ne manquaient jamais au jeune prince pour se tirer d'affaire : on le grondait pendant une promenade , el on lui demandait par quelle fantaisie, au lieu de suivre le beau chemin, il s^en écar^ tait pour sautiller d'une pierre sur une autre ? « C'est , ce répondit-il , pour m'accoutumer au chemin de la K gloire , qui est raboteux. »

Le Dauphin cultivait un petit jardin aux Tuileries. Un détachement de deux cents gardes nationales l'y ayant conduit, quatre à cinq seulement y furent admis avec lai. Avant qu'on ne ferme la porte , il se tourne vers ceux qui devaient y rester , et leur dit : « Je suis « bien fâché , Messieurs , que mon jardin soit si a petit; car j'aurais grand plaisir à vous y recevoir « tous. »

Lorsqu'il eut appris que Louis XVI était jugé à mort, après avoir arrosé de ses larmes ce père infortuné, exalté par la douleur , il ne connaît plus d'obstacles; il échappe au premier corps de garde , se précipite vers l'escalier, et se jetant aux genoux d'un municipal qu'il rencontre , il s'écrie eu sangloltant : u Ah î « Monsieur, je vous en prie, je vous en prie, menez- « moi dans TAssemblée : je lui demanderai qu'on ne « fasse pas mourir papa. «

Et c'était cet étonnant enfant, ce prodige de sensibilité et de vertus précoces, que des tigres dénommaient sous le nom de Louveteau qu'il était expédient d'étouffer , et qu'en effet leur scélératesse étouffa !

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