‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 6 sur 89 · II. Q · texte numérisé non relu

II. Q

i3o ÉRASTE,

ft'rens sels très fins et très subtils : on y remarque un fluide électrique : on y de'couvre aussi la matière magnétique universelle.

De toutes les vapeurs, de toutes les exhalaisons qui s'élèvent des corps quo^Taction du feu met en mouvement, il n'y a qu'une très foibie partie qui s'établisse dans l'atmosphère : les autres , après avoir voltigé quelque temps , retombent par leur propre poids, sur la surface du globe.

L'air exposé à l'action du feu se raréfie ; d'où il suit que l'élasticité de cet élément augmente et acquiert une plus grande intensité, lorsque le feu déploie son action contre lui ; au contraire , l'air exposé au froid se condense et se réduit en un moindre volume, de même que s'il perdoit une partie de son ressort.

L'air se glisse et pénètre dans les pores de plusieurs corps soUdes; il s'y cache et y réside, et pour l'ordinaire il s'y meut Hbrement. 11 exerce la même action à l'égard d'un grand nombre de fluides.

11 est la cause de la vie et de la santé. Pour s'en convaincre , il suffit d'une ou deux expériences.

Mettez un animal , un oiseau , par exemple , sous le récipient de la machine pneumatique , et pompez l'air : vous verrez l'oiseau tomber en convulsion -, et , si vous ne lui rendez l'air, vous le verrez périr par le défaut de respiration , et par la dilatation de l'air renfermé dans son corps. Le défaut de respiration empêche le sang de circuler. L'air qui se trouve enfermé dans le corps, n'étant plus pressé par l'air extérieur,se dilate considérablement : dilaté, il rompt les prisons oii il est retenu , et il cause à l'animal une mort précédée des plus violentes convulsions. Si, au lieu d'un oiseau, vous mettez dans un verre plein d'eau un petit poisson, à mesure que vous pomperez, vous verrez sortir des bulles d'air de dessous les écailles du poisson, par les ouïes et par la bouche ; l'animal , devenu, par la dilatation de l'air intérieur, respectivement plus léger qu'un pareil volume d'eau , se tiendra à la surface de l'eau , sans pouvoir aller au fond ; mais il ne mourra qu'après plusieurs heures , parce que l'air est moins nécessaire aux poissons qu'aux animaux terrestres.

On doit aussi regarder l'air comme la première cause de a végétation des plaintes ; car elles ont , ainsi que les animaux,

ExNTRETlEN VII. ,3,

des porcs inhalans , par lesquels l'air s'insinue pour v ^aire circuler les sucs nourriciers.

En un mot, l'air est un des principaux agens de la nature* c'est lui qui anime le feu, ou qui tempère son action par la propriété qu'il a de s'échaufTer et de se refroidir en très peu de temps; c'est par lui que la nature transporte et qu'elle distribue les sources de la fécondité aux différentes parties de la terre. L'air agité est, pour ainsi dire, Tàme de la navigation : parle moyen du vent, des vaisseaux, qu'on pourroit regarder comme autant de villes flottantes, passent d'un hémisphère à l'autre , et l'on voit tous les jours en commerce des nations que l'Océan semhloit avoir éternellement séparées par de vastes barrières. 11 est vrai que l'air n'est pas toujours également propre à la respiration ; comme il est spon£>ieux , compressible , et rarescible à un point qui surpasse toute imagination, il se charge, il s'imprègne non seulement de toutes les vapeurs et de toutes les exhalaisons extérieures , mais encore de celles qu'il trouve dans l'intérieur des coips ; ou bien il se comprime et se condense jusqu'à paroître stagnant ; ou bien enfin , il s'étend et se raréfie jusqu'à n'avoir plus qu'une foible pesanteur; dans ces trois cas, il cesse d'être salubre , et quelquefois même il devient dangereux et mortel : de là ces maladies épidémiques , ces pestes affreuses qui désolent et qui détruisent de temps en temps des villes entières.

C'est donc agir prudemment , que de ne se point exposer dans un air que l'on soupçonne d'être infecté d'une grande quantité d'exhalaisons, surtout de celles qui sont sulfureuses. Les cloaques qui ont été long -temps fermés, les souterrains qui avoisinent les minières, les lieux clos oiî l'on a tenu du charbon allumé, les celliers même dans lesquels fermentent les vins nouveaux ou la bière, sont très dangereux. L'usage des po les peut être très pernicieux par cette même raison, s I tout dans les commencemens, lorsqu'ils sont de fer ou de cuivre , et qu'on les chauffe fortement. Ceux qui restent long-temps au lit devroient avoir attention de n'y être point enveloppés de rideaux fort épais, et trop exactement fermés.

Mais si l'air se corrompt aisément , il n'est pas difficile aussi de le purifier, soit en le renouvelant , soit en lui impri-

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mant un mouvement rapide qui réveille et ranime son ressort , soit même en brûlant des parfums , ou des corps odorans qui, par leur sua\itc , chassent les vapeurs malignes dont il est chargé. Les parties qui s'élèvent de ces corps peuvent être plus spongieuses que les molécuh s de Tair : elles s'imbibent par conséquent de ces vapeurs , et alors, leur poids augmentant, elles se précipitent avec elles vers la terre ; et l'air qui en est dégagé reprend sa première activité. ]Mais , de tous ces moyens , le plus simple et le plus sur est celui de le renouveler.

Puisque Tair est un fluide, il presse dans toutes sortes de direciions avec la même force , c'est-à-dire , de haut en bas , de bas en haut, latéralement, en avant, en arrière, obhquement ; et c'est l'uniformilé de cette pression , et la parfaite élasticité du fluide , qui empêchent que les corps n'en soient abîmés.

On a essayé de calculer le poids de l'atmosphère, et l'on a trouvé qu'il étoit d'environ six quatrillions six cent quatrevin"t-sept trillions trois cent soixante billions de livres; mais ce total, quelque prodigieux qu'il paroisse, est sans doute bien au-dessousde la réalité; ce n'est qu'une foible approximation : car il ne paroît pas possible de déterminer avec exactitude ni la hauteur, ni la pesanteur du fluide dans lequel nous vivons.

On a imaginé des instrumens qui nous indiquent le poids ou l'élast cilé de Pair, sa sécheresse ou son humidité; et il est bon de les connoilre.

EuD. Vous voulez sans doute parler des baromètres et des hvgromèlres.

Er. Justement ; le baromètre sert à marquer la pesanteur de l'air; il nous avertit que le iluide dans lequel Dieu nous a placés agit plus ou moins fortement sur nos corps, et nous annonce les changemens de temps, surtout quand ils doivent être considérables; car il pourroit être en défaut, si la variation n' étoit que momentanée, comme il arrive quelquefois.

Le plus exact, et par conséquent le meilleur des ban. mètres , est celui qu'on appelle simple. Il est composé d'un tube de verre bien ns't , exactement purgé d'air, et d'environ deux In es de diamètres. L'extrémité supérieure de ce tube doit être fermée hermétiquement; et son extrémité inférieure doit

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ftre plongée dans un petit vase rempli de mercure, sur la surface duqutîl Tair que nous respirons ait la facilire do graviter. C'est l'aclion de Tair extérieur sur la surface du mercure contenu dans ce vase , qui fait monter et qui soutient dans le tube du baromètre la colonne du vif-argent, suivant les différens points gradués sur l'échelle qui Taccompagne.

Quand la colonne du mercure est à vingt-cjuatre pouces de hauteur, on supporte une pression d'air d'environ vingt-cinq mille sept cent quatre-vingt-cinq livres; si elle s'élève à trente pouces, la pression est d'environ trente-deux mille deux cent trente et une livres , poids qui n'ex< ède pas les forces de l'homme , puisque les plongeurs qu'on descend en mer, sous une cloche, supportent aisément , mais non pas long-temps, une pression de trois cent vingt-deux mille trois cent dix livres.

La hauteur moyenne du mercure dans le baromètre, en France, est de vingt-sept pouces et demi : son plus grand abaissement ne va pas tout-à-fait à vingt-six pouces, ni sa plus grande élévation à vingt-neuf pouces.

Quand le mercure baisse au-dessous de vingt-sept pouces et demi , il annonce de la pluie ou du vent, ou en géuéral ce qu'on appelle mauvais temps; et quand il excède sa hauteur moyenne , il annonce le calme , le sec , le beau temps.

Nous devons donc regarder le baromètre comme un moniteur presque toujours fidèle, et qui, par l'utilité dont il peut être pour les travaux de la campagne, ou pour les voyages , mérite bien d'être préféré à tant de meubles supeiflus ou inutiles qui remplissent quelquefois nos appartemens.

Il n'en est pas de même des hygromètres, c'est-à-dire , des instrumens dont l'objet est d'indiquer la sécheresse ou Thumidifé de l'air. On en fait de plusieurs façons : le plus simple est composé d'une corde de dix ou douze pieds , que l'on tend foiblement dans une situation horizontale , et dans un endroit à couvert de la pluie , quoique exposé à l'air libre : on attache au milieu un fil de laiton, au bout duquel on pend un petit poids cjui sert d'index, et qui marque, sur une échelle divisée en pouces et en lignes, les degrés d'humidité en montant , et ceux de la sécheresse en descendant. L'humidité, en pénétrant la corde , la raccourcit : la sécheresse , en la dilatant , la fait baisser.

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Assez souvent , on fait des hygromètres avec un bout de corde de boyaux , que l'on fixe d'un côt ' à quelque chose de solide, et que l'on attache par l'autre perpendiculairement h une petite traverse , qui tourne à mesure que la corde se tord ou se de'tord, et qui marque, comme une aiguille sur la circonft'ronce d'un cadran, les degrés de s('cheresse et d'humidité'; ou bien on place sur les exlremitt's de la petite barre deux figures humaines de carton ou d'e'mail, dont l'une rentre, et l'autre sort d'une petite maison qui a deux portiques; lorsque le temps va à Thumidité, Tune d'elles porte ordinairement un petit parapluie.

Mais le meilleur des hygromètres n'apprend presque rien autre chose, sinon que la corde est mouille'e, ou qu'elle est sèche ; car l'humidité qui l'a une fois pe'ne'tre'e en sort peu à peu , et selon l'exposition du lieu, le calme ou le vent qui règne ; et bien souvent il am e que l'atmosphère a de'jà perdu une grande partie de son humidité, avant que la corde en puisse donner aucun signe. Tout ce que peut apprendre un hygromètre à corde , se borne donc à savoir s'il y a plus ou raioins d'humidité dans l'air, par comparaison au jour précédent ; mais on connoît cela par tant d'autres signes , qu'il est assez inutile de faire une machine qui ne nous indique rien de plus.

El'g. Actuellement, monsieur, voudriez-vous bien nous apprendre ce que c'est que le son?

Er. Le son est Teffet ordinaire du choc ou de la collision de deux corps, dont les parties ébranlé<'S font frémir comme elles, et de toutes parts, jusqu'à une certaine distance, le fluide qui les environne ; et ce frémissement se communique aux autres corps qui en sont susceptibles, et qui se rencontrent dans cette sphère d'activité.

Ou appelle proprement corps sonores ceux dont les sons, après le choc ou le frottement qui les fait naître, sont distincts, comparables entre eux, et de quelque durée; car on ne doit pas nommer ainsi ceux dont la chute ou l'ébranlement ne fait entendre qu'un bruit confus ou subit ; tel qu'un tombereau que Ion décharge, le murmure dune eau courante , ou le mugissement des flots irrités. Or, on remarque qu'il n'y a que les corps élastiques qui soient véritablement sonores, parce (ju'ilssont plus propres que tous les autres à être ébrau-

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îes dans leurs parlies, et à conserver les e'branlemens qu'on leur procure.

Ce n'est que par le moyen de l'air que le son se fait en-^ tendre, et qu'il vient frapper notre oreille. En effet, metleTl sous !e nfcipient de la machine pneumatique une ou plusieurs sonnettes, pompez l'air et faites frapper les sonnettes, des que l'air aura disparu, vous n'entendrez aucun son ; rendez l'air, et les sonnettes recommenceront à se faire entendre. On peut conclure de celte expérience que, plus l'air est condense, plus le son augmente et s'e'tend au loin , parce qu'alors le fluide a plus de ressort; et , par la raison contraire, plus il est raréfie', plus le son est foible, plus la sphère qu'il deV.rit est étroite.

Le son se propage circulairemcnt de tous côtés par des vibrations rapides et successives de l'air et du corps sonore , à peu près de la même manière que l'on voit se former des ondulations circulaires sur la surface de l'eau, lorsqu'on y jette un caillou : ces ondulations sont d'autant plus fortes et plus étendues , que le coup a été plus violent.

Chaque son a ses bornes,, au delà desquelles il ne se fait plus entendre ; mais il est impossible de les déterminer, paixe qu'elles dépendent de la force et de l'intensité du son, et de l'élasticité plus ou moins grande du corps sonore; de la constitution du terrain, du vent, qui peut être favorable ou contraire ; de la pureté de l'air, de la pluie, de la neige , des nuées , et surtout de la finesse de l'organe destiné à la fonction de l'ouïe. Cependant , on peut dire que le son peut s'étendre quelquefois à une distance prodigieuse. Durant le siège de Bergen , en 17^71 on entendoit très distinctement le bruit du canon à Leyde, qui en est éloigné de quinze milles de Hollande. Durant celui de Gènes, on entendoit le bruit du canon de Livourne, qui en est éloigné de quatre-vingt milles d'Italie.

Comme le son parcourt près de deux cents toises en une seconde , on peut , par son moyen , juger à peu près de la distance où l'on est du lieu d'où il part; et cette connoissance peut être utile , par exemple, à un général qui fait le sit'ge d'une ville, et qui veut calculer par là s'il est près ou éloigné des murs qu'il veut attaquer : il lui suffit de comparer le temps où il aperçoit la lumière , avec celui où il entend le bruit du

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canon. Si l'interv'alle qui sépare ces deux insîans est de quatre secondes, il est e'ioigné de près de huit cents toises, etc.

Un son plus fort en absorbe un plus foiblc : ainsi vous n'entendez point votre voisin qui vous parle, si vous èles auprès d'une grosse cloche que Ton fait sonner ; mais, si Ton produit dans un petit endroit dirfe'rcns sons qui ne soient point trop bruyans , ils ne se confondront point entre eux, et Toreille pourra fort bien les distinguer, les comparer, et juger de leur effet total : c'est ce qui arrive dans les concerts.

Le son a non seulement la propriété de se propager au loin, mais encore celle de se refle'chir, de retourner, pourainsi dire, sur lui-même , lorsqu'il rencontre des corps duis; au lieu qu'il s'am.ortil et s'éteint , lorsqu'il vient frapper des corps mous et sans re'action. C'est par ceîle raison que la voix se fait mieux entendre dans les rues d'une v'Ile qu'en rase campagne , et mieux encore dans une chambre close que dans la rue; dans une chambre sans meubles, que dans celle qui est meublée ; dans un lieu où il y a peu de monde, que dans celui oia est assemblé un nombreux auditoire.

Une montagne , un bâtiment, une muraille réfléchissent le son quelquefois si parfaitement, qu'on diroit qu'il vient réellement du côté opposé. Le son qui est ainsi rapporté, eî (ju'on peut distinguer du premier, est appelé échu, son récijnoque , ou 50/2 réfléchi.

L'écho est plus parfait et plus distinct, si les corps durs , contre lesquels le son va frapper, ont des concavités sur leurs surfaces, ou s'ils ont une figure régulièrement concave. C'est par le moyen de cette répercussion que , dans certaines salles fai'.es en voûte, la voix la plus basse se fait entendre d'un angle à l'autre de la salle , sans que les assistans , qui sont placés partout ailleurs, puissent entendre un seul mot de ce qu'on dit. Il y a , à trois lieues de Verdun , deux grosses tours éloignées l'une de l'autre de trente-six toises : lorsqu'on parle un peu haut dans la ligne qui joint ces deux édifices , la voix se répète douze ou treize fois, toujours en s'affoiblissant : les deux tours se renvoient le son alternativement , comme deux miroirs , qui se regardent , multiplient l'image d'une bougie placée entre eux.

L'espace de temps qui séprrc le son direct d'avec le son reTiéclii est d'autant plus petit, que l'obstacle, qui fonnc

l'dcho, esL plus proche du corps sonore; mais , si Tobstacle est. éloigne de ce corps à la dislance de cinq cent trente-cinq pieds, il y aura une seconde entre les deux sons.

On peut conserver el rerueiiiir le son , en Terc péchant do se n-pandre circulairenient à une 1res giande distance : pour cela, on le fait passer par de longs luy;ui.\ dont les parois le ren('( hissent : c'est ce qui a fait imaginer ces cornets que l'oa appelle orouslitjues , parce cpie les sourds peuvent s'en servir pour entendre , et les porte-voix , dont la honte doit se mesurer sur le degré' d'el.Ksticiîe de la matière qui les compose. Plus un porte-voix est long, plus il porte loin le son qu'on lui confie. Avec un porle-voix de cpialre pieds de longueur, on peut se f.iire entendre à cinq cents pas géométriques; h dixhuit cents, s'il a seize pieds, et à plus de deux mille cinq cents , s'il en a vingt-quatre : mais il faut avoir soin de bien articuler et de prononcer lentement les syllabes les unes après les autres, si Ton veut se faire entendre distinctement. On dit qu'Alexandre-le-Grand avoit un porte-voix à l'aide duquel il rassembloit son armée , quoique nombreuse , et quelcjue dispersée qu'elle fût , et lui tlonnoit ses ordres , comme s'il eut paile à chaque soldat en particulier.

Eld. i out ce que vous avez eu la boulé de nous dire de l'air, méfait soupçonner qu'il a quelque rapportavec les vents.

Er. En effet, ma chère Eudoxie, le vent n'est autre chose qu'un air agile, une portion de l'atmosphère qui se meut comme en courant , avec une certaine vitesse , et avec une direction déterminée. Comme il est souvent très-nécessaire de connoîlre cette diieclion, on a distribué les vents en plusieurs classes , à chacun desquels on a donné un nom, suivant les différens points de l'horizon d'où il paroît s' échapper. D'abord on les a distingués en quatre principaux : le vend du sud ou du midi , et celui du nord ou du septentrion , qui sont opposés; le vent d'est ou d'orient, et celui d'ouest ou d'occident, qui sont aussi contraires, pi. 10,^/°. 4- Ces quatre vents cardinaux ont été subdivisés en trente-deux, et ceux-ci en soixante-quatre, tous désignés par un nom particulier.

Déplus, on a distingué plusieurs espèces de vents ; ceux qui soufflent sans cesse dans une partie de l'atmosphère , ont été appelés généraux ou cousions; on a donné le nom de pé-~

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riodiques h ceux qui commencent et finissent toujours dans certains temps de l'anne'e , ou à certaines heures du jour; enfin, on a nommé van'aUes, ceux dont la direction, la vitesse, la naissance vl la dure'e n'ont rien de détermine.

On sait , en général, que les vents viennent immédiatement d'un de'faul d'e'quilibre dans l'air, prrce que toutes les fois que certaines portions de l'atmosphère deviennent plus denses, plus e'ievees ou plus pressées que les autres, étant alors plus pesantes, elles doivent s'échapper et s'e'coider par où il y a moins de re'sistance ; elles doivent pousser devant elles les autres parties qui sont plus foibles , à peu près comme l'eau d'un canal, souleve'e dans un endroit par une pierre qu'on jette, se meut par ondes d'un bout à l'autre. Mais qui est-ce qui a jeté' la pierre , quand nous voyons l'atmosphère s'agiter? \oilà ce qu'on ne sait que fort imparfaitement , et ce qu'il est impossible, en effet, de bien déterminer. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'entre les principales causes des vents, il faut compter le froid qui condense l'air, le chaud qui le raréfie ^ et qui, par conséquent , lorsqu'ils ne régnent que dans une partie de l'atmosphère , doivent changer le mouvement et souvent la direction de celte partie. La portion d'air qui est condensée pousse et pe'nètre relie qui est rare : de même une portion d'air qui est rare, laisse un libre passage à celle qui est plus dense.

Des exhalaisons qui s'amassent et qui fermentent ensemble: dans la moyenne région de l'air, peuvent encore occasionner des mouvemens dans l'atmosphère ; et comme ces fermentations ne peuvent être que des explosions subites et intermittentes, on ne doit pas être surpris de voir les vents qu'elles produisent souffler par secousses et par bouffées. Ces fermentations arrivent très fre'quemment dans les grottes souterraines, par le me'lange des ma ières grasses, sulfureuses et salines qui s'y trouvent : aussi plusieurs auteurs ont-ils attribue' les vents accidentels à ces sortes d'e'ruptions vaporeuses. On cite encore l'abaissement des nuages, leurs jonctions et les grosses pluies , comme autant de causes qui font naître ou qui augmentent le vent; et en effet, une nue'e est souvent prête à fondre par un temps calme , lorsqu'il s'e'lève tout-àcoup un vent impe'tueux ; la nue'e presse l'air entre elle et la terre, et l'oblige à s'écouler promptement.

ENTRETIEN VIL ,3g

La force du vent, comme celle des autres corps , dépend de sa vitesse et de sa masse , cV^st-h-dire , de la quantité d'air qui se meut; ainsi le même vent fait d'autant plus d'effort, que l'obstacle sur lequel il a^\\ lui présente directement plus de surface : c'est pour cette raison , qu'on de'ploie plus ou moins les voiles d'un vaisseau, qu'on habille plus ou moins les ailes d'un moulin à vent , et que les arbres sont moins sujets Thiver que l'e'le à être rompus par la violence des vents , parce que dans la première de ces deux saisons, n'elant point garnis de feuilles, ils leur donnent moins de prise.

Si les vents, par leur vitesse , par leur masse et par leur direction, causent quelquefois de grands ravages; s'ils enlèvent des montagnes de sable, s'ils soulèvent des flots, s'ils contribuent à exciter les tempêtes et les ouragans , s'ils renversent des maisons, de'racinent des arbres, etc., ils nous procurent aussi des avantages bien capables de nous faire oublier ces tristes et terribles effets. Ce sont eux qui transportent les nuages pour arroser et fertiliser les différentes parties de la terre; ce sont eux qui les dissipent pour faire succe'der le calme à l'orage; c'est par ces mouvemens et ces agitations que l'air se renouvelle et se purifie, et que le chaud et le froid se transmettent d'un pays à l'autre. Il arrive aussi quelquefois que nous perdons au change : car si le vent vient d'un lieu malsain, il en apporte les mauvaises qualités , et sert de ve'hicule à la contagion; mais ce sont des cas particuliers et assez rares. Lorsque l'été' règne dans notre hémisphère, le vent du nord vient de temps en temps modérer l'excès de la chaleur, comme durant l'hiver le vent du midi vient tempérer l'excès du froid. Sans les vents, que feroit la navigation? Quels services ne tirons-nous pas des moulins à vent pour moudre le grain , extraire l'huile des semences , fouler les draps , scier les planches, broyer les couleurs ou autres matières , etc.? En un mot, le secours du vent est si commode, son utilité nous est si bien connue, que, quand[il n'en fait pas, nous nous en procurons artificiellement: on agite l'air avec un éventail, ou autrement, pour se donner du frais ; le forgeron se sert d'un soufflet pour animer son feu, et le boulanger nettoie son blé, en le faisant passer de- Tant une espèce de roue garnie de quatre volans qu'il fait tourner pour jeter l'air dessus, et emporter la poussière.

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De temps en temps on observe dans l'atmosphère des phénomènes surprenans , que Ton appelle météores; mais avant de vous en parler, mes chers amis, il est iie'cessaire de vous dire un mot du feu et de la lumière.

La nature du feu se dérobe à notre connoissance ; et tout ce qu'on peut dire de cet eU'ment ne conrerne guère que les effets qu'il produit sur les corps. On conjecture, avec beaucoup de fondement , que le feu est un fluide , mais un fluide qui ne cesse "amais de l'ê-re, et qui , probablement, est la principale cause de toute fluidité, puisque c'est par son pc'ion que 1rs parties des corps se soulèvent , qu'elles se détachent les unes des autres, et qu'elles jom'ssent de cette mobilité respective qui distingue les corps fluides d'avec ceux que l'on appelle solides.

Les parties du feu doivent être extrêmement subtiles, puisqu'il est impossible de les apercevoir et de les saisir solidement ; elles doivent rtre extrêmement rares, puisqu'il est impossible de les condenser , et rpie d'ailleurs elles df'fruisent toute espèce de condensation ; elles doivent être extrêmement subMlis, et prodipjieusement dures , puiscju'clles pénètrent tous les corps, que rien ne leur résiste, et qu'elles résistent à tout.

Le feu est un corps, puisqu'il occupe nn espace , qu'il se por'e en tout sens, et q'i'en se di've'onpant il se meut. Sa mobilité doit être prodigieuse , puisqu'il imprime un mouvement rapide aux parties des corps sur lesquelles il agit. La réflexion de ce fluidp . nroduite par les miroirs ardens , est une preuve de sa solidité. 11 est pesant, puisaue, quand il s'unit en grande quTnfite'aux corps, et qu'il s'allie avec eux , il augmente leur poids, quoiqu'il la vérité ci tte augmentation puisse venir aussi des particules alimentaires du feu qui pénètrent avec lui dans les pores des corps.

Qiinnd , par l'action du feu , les corps perdent leur solidité et se liquéfient, on dit qu'ils tombent en fus' on ou en résolution. Lorsque les corps sont en fusion, ils ont absorbé toute la quantité de matière ign'e qu'ils peuvent recevoir, et ils ne deviennent pas plus chauds , quoiqu'on les expose plus longtemps h la violence du feu ; mais alors les parties les plus subtiles de ces corps, telles que les parties aquenses et oléagineuses, se volatilisent, et, en se dissipant dans l'aln-osphère,

ENTRETIEN Vil. ,4,

produisent des vapeurs qu'on appelle exhalaisons. Ces parlies , en sV'vaporant, emportent avec elles un peu de feu, et forment une autre espèce de fluide sensible et élastique, que nous connoissons sous le nom de fumée. Lorsque les molécules de ce dernier fluide se sont rassemblées, elles forment une masse légère et rare que \\n\ appelle suie; mais, loisque ces parties deviennent plus volatiles, qu'elles s'élèvent en grande abondance , qu'elles emportent avec elles une plus grande quantité de particules ignées, elles forment ce que nous appelons la flamme. A une atmospbère composée surtout des parties aqueuses qu'elle repousse de son sein , et qui s'élèvent en fumée, la flamme s'élève elle-même, parce qu'elle est plus légère que l'air : elle a la forme d'un cône , c'est-à-dire qu'elle finit en pointe, dont la base, qui est sa partie la plus large, repose sur ce qui lui sert de nourriture ; et ce cône est vraisendjlablement formé , d'un côté, par la pression de l'air qui environne la flamme, de l'autre, par l'effort que fait la flamme pour fendre la niasse d'air qui s'oppose à son expansion.

Lorsque les parties subtiles des corps se sont évaporées , les plus grossières, qui sont pour l'ordinaire composées de terres, de sels, et de plusieurs autres matières hétérogènes , sont , à la vérité, propres à recevoir et à conserver la matière ign;'e; mais elles ne peuvent lui fournir aucune substance. On les appelle cendres ou cJiauv : elles se touchent à peine les unes et les autres : c'est une poussière très tenue , dont toutes les parties n'ont aucune adhérence , ou ne s'attirent que très-foiblemcnt.

Quoique le feu soit capable de tout détruire et de tout dissoudre, il est répandu partout ; dans l'air que nous respirons, dans la terre sur laquelle nous marchons, dans toutes 1rs substances que nous touchons ou qui passent dans nos corps par forme d'aliment; il est au-dedans de nous-mêmes, et nous n'avons pas un grain pesant de chair ou d'os qui n'en soit intimement pénétré. Quelquefois il paroît comme enchaîné et comme engourdi dans les corps; mais il est facile de le réveiller et de l'exciter par un mouvement rapide; ou, ce qui est à peu près la même chose, par le frottement des corps : une corde que l'on fait aller et venir avec violence autour d'un arbre, s'échauffe, s'enflamme : on éprouve une chaleur.

4a ÉRASTE,

quelquerois très-vive , quand on s'est frotté fortement ies mains: les ouvriers qui travaillent en plein air, dans une saison froide, raniment leur chaleur, en se battant le corps avec les bras.

Le feu le plus pur que nous connoissions jusqu'à présent est celui du soleil : le feu terrestre a besoin de nourriture , et il s'éteint aussitôt qu'elle lui manque.

La matière ignée raréfie tous les corps qu'elle pénètre , et par consé(^uent augmente leur volume ; mais dès que l'action de cet élément commence à se ralentir et à tendre au repos, ces corps se refroidissent , se condensent , diminuent de volume par degrés. Or, comme le soleil échauffe tous les jours notre hémisphère , et que la terre devient plus froide lorsque cet astre a disparu, il suit naturellement que tous les corps qui se rencontrent sur la surface de notre globe ont un plus grand volume le jour que la nuit.

ISous éprouvons que les corps sont froids quand ils contiennent moins de feu que les nerfs qui appartiennent à l'organe du tact.

Le froid absolu seroit la privation de toute matière ignée ; mais nous ne connoissons point de froid absolu , parce que nous ne connoissons aucun corps qui soit privé de matière

ignée.

Pour découvrir les différens degrés de la chaleur et du froid, on a imaginé un instrument fort utile, que M. deRéaumur, physicien fameux, a singulièrement perfectionné, et qu'on appelle thermomètre. C'est un tube de verre rempli de mercure ou de tout autre fluide susceptible d'une dilatation et d'une condensation sensibles. Ce tube , qui est fermé hermétiquement et terminé par une boule de la même matière , est placé sur une planche où sont marqués les différens degrés et les variations de la chaleur et du froid. Plus il fait chaud, plus le mercure monte, parce que son volume augmente par la dilatation; plus il fait froid, plus il descend, parce que son volume diminue par la condensation , suites naturelles de la présence ou de l'abandon des particules ignées.

Le thermomètre a enrichi la physique d'un grand nombre de découvertes. Il nous a appris , par exemple , que dans les caves profondes, comme dans les autres souterrains, il ne fait ni plus chaud en hiver, ni plus froid en été que dans

toutes les autres saisons de Tannée; que l'eau qui bout longtemps ne devient pas plus chaude qu'elle ne IVtoit après les premiers bouillons ; que dans les pays les plus chauds , sous la ligne equinoxiale , la plus grande chaleur n'excède pas celle que nous éprouvons quelquefois dans nos climats tempe're's, etc.

Les thermomètres que l'on place dans les endroits renferme's ne peuvent indiquer que la tempe'ralure du lieu oij ils sont, ce qui est quelquefois ne'cessaire pour donner à la chambre d'un malade , à une serre , etc., le degré' convenable de chaleur; on peut connoître la difïerence qu'il y a, quant au fond , entre l'air du lieu qu'on habile et celui qu'on doit respirer en sortant. 11 faut observer qu'en regardant la liqueur pour savoir au juste h quel degré d'élévation elle est il est nécessaire de placer l'œil à la même hauteur; car s'il est plus haut , on jugera la liqueur moins e'Ieve'e qu'elle ne l'est en effet; s'il est plus bas, cette même liqueur paroîtra trop haute.

On appelle lumière tout ce qui procure à l'âme la faculté de voir par le moyen des yeux. Quoique le feu éclaire lorsqu'il est enflammé, on ne sait cependant si cet e'ie'ment et la lumière sont une même et unique chose. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la lumière est un véritable corps , qui jouit des propriétés qui conviennent au corps , un fluide très subi il, dont par conséquent les parties n'ont qu'une foible cohésion entre elles ; et sa mobilité doit être prodigieuse , puisqu'elle parcourt en une minute plus de quatre millions de lieues, en partant du soleil. Elle doit être bien pénétrante , puisqu'elle se fait jour à travers les diamans, les perles, les verres, dont les pores sont si petits, qu'on ne peut les distinguer à l'aide des meilleurs microscopes. La rapidité avec laquelle elle se meut nous empêche d'apercevoir son mouvement pn gressif. Elle s'échappe de tout corps lumineux par des lignes droites qu'on appelle rayons; mais ces rayons se courbent et s'écartent un peu en passant dans l'air, ce qu'ils ne feroient pas, si l'espace qu'il parcourt étoit vide dans toute sa longueur, ou t]u'd fut homogène et de même densité dans toute son étendue.

Il y a grand nombre de corps qui s'imbibent pendant le jour de la lumière qui les éclaire , qui luisent ensuite dans l'obscurité, sans qu'on les allume par le moyen d'un feu étran-

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ger : on les appelle, pour cette raison, phosphores, c'est-àdire , poHe-biniière.

On a vu quelquefois toute la viande d'une boucherie se couvrir de taches lumineuses. On voit souvent des restes de poissons briller aux coins des rues ou dans des cloaques qui servent de décharge aux grandes cuisines : le poil des chais et celui de plusituis autres animaux c'iinci lient sous la main, surtout, quand il fait froid : quantité' de personnes ne peuvent se peigner dans l'obscurité, sans faire voir, sans entendre même sortir du feu de leurs chevelures. Ce sont des lueurs de cette espèce qui effraient les valets d'e'curie , et qui leur font dire que certains chevaux sont panses par des esprits follets. On a vu même de tout temps certaines vapeurs grasses ou spiritueuses , exhalées des corps vivans, s'enflammer comme d'elles-mêmes, et produire un feu si léger , qu'il n'e'toit sensible que par sa lumière ; on l'appelle igiiis IcmLeiis. 11 en est de même des bois tendres et morts, lorsqu'ils sont pourris à un certain point; et, si on en croit quelques auteurs, ce phe'nomène est si puissant et si commun dans le nord , que les voyageurs, pour marcher d'un pas sûr durant la nuit, font porter devant eux par leurs guides des morceaux de ces bois lumineux qui les e'clairent suffisamment. De tous les phosphores, le plus remarquable, parce qu'il est le plus inflammable et le plus lumineux , est celui que l'on fait avec de l'urine.

Toutes les fois que la lumière rencontre un corps opaque , elle se rc'flêchit. Les corps les plus durs, les plus compactes , ceux qui sont susceptibles du poli le plus parfait et dont la couleur approche le plus du blanc, sont les plus propres à cet effet.

Quand la lumière va frapper un corps opaque, solide ou fluide, on peut dire qu'elle se partage en trois parties, dont une se réfle'chit régulièrement , affectant , après qu'elle a touche' la surface rêfle'chissante, une direction qui a un rapport constant avec celle qu'elle avoit auparavant; une autre partie se re'flêchit irre'gulièrement en s' éparpillant de tous les côte's, à cause des ine'galite's qui se rencontrent indispensablement à la surface qui la renvoie , car il n'y en a aucune qui soit parfaitement polie; enfin, une troisième portion s'e'teint dans le contact, soit que les parties propres du corps qu'elle

touche ne soient pas capables de lui rendre ou de lui laisser reprendre la force qu'elle perd en les heurtant , soit (jue son action pénètre dans les pores et s'y anéantisse. Suivant que ces trois parties de lumière l'emportent l'une sur l'autre par leurs quantite's , les surfaces sur lesquelles les rayons tombent prennent diffe'rens noms. Nous appelons somlvcs ou obscures, celles qui absorbent beaucoup de lumière et qui en renvoient peu. Nous nommons claires ou res[>lendissantes , celles qui en re'flechissent de toutes parts et en grande quantité'; et nous donnons le nom de miroirs à celles dont la plupart des rayons reviennent avec un certain ordre. Celles-ci se font à peine apercevoir, mais elles nous représentent distinctement les objets qui les éclairent ; celles de la seconde espèce sont très visibles, et ne font voir qu'elles-mêmes ; les autres ne se font guère plus voir que les miroirs; mais elles n'ont pas, comme eux , la propriété de représenter les objets éclairés qu'on leur oppose.

Mon dessein n'est pas de vous parler de toutes les espèces de miroirs qu'on a imaginés, soit pour recueillir les rayons de la lumière, soit pour représenter les objets; des miroirs plans, par exemple , dont les meilleurs sont composés de glaces enduites par derrière d'un amalgame d'étain et de mercure, et qui retracent avec tant de fidélité les images des objets , leurs couleurs, leur grandeur, leurs distances et leurs mouvemens; je ne vous dirai rien non plus des télescopes , dont l'effet est de représenter les objets éloignés plus gros et plus distincts que dans leur situation naturelle; ni des microscopes, qui prêtent un volume prodigieux aux objets les plus insensibles; l'intelligence des phénomènes que ces instrumens opèrent exigeroit des notions que la multiplicité des matières sur lesquelles nous avons encore à nous entretenir ne me permet pas de vous donner. Nous allons examiner, en peu de mots , les météores.

On peut distinguer trois sortes de météores : les uns qui brillent et qui éclatent à nos yeux , et que , pour cette raison , on appelle enflammés; les autres, qui sont produits par les vapeurs que le soleil enlève , ou que la chaleur intérieure de la terre pousse dans l'atmosphère après que l'astre du jour s'est retiré , et que l'on nomme météoj-es aqueux; ceux enfin qui résultent des vapeurs et des exhalaisons combi- II. 10

nëes avec la lumière , et qui ont reçu le nom de météores lumineux.

Ces petites flammes, connues sous le nom Ae feux follets , parce qu'elles voltigent çà et là à quelques pieds de la ferre, et que l'on voit assez communément, surtout à la fin de l'été', dans les endroits mare'cagcux, dans les lieux où l'on a ramasse'les cadavres, ou bien dans lesquels les matières sulfureuses et inflammables abondent ; ces autres flammes à peu près de la même grosseur et d'une pareille le'gèrete', et que l'on appelle Castor et Polhix, ou feu Saint-Elme , et que l'on voit particulièrement après un temps orageux s'e'lancer comme de petits oiseaux sur toutes les parties d'un navire qui est en mer, sans cependant rien embraser i ces traces de lumière , qui se jettent d'un point du ciel h l'autre, ou qui se pre'cipitent vers la terre , el que l'on appelle étoiles tombantes , parce que le vulgaire s'imagine que ce sont ces astres qui abandonnent les voûtes ce'lestes pour s'élancer sur notre globe, ou pour changer de place; ces nuées lumineuses qui brillent ou éclatent quelquefois durant plusieurs nuits de suite du côté du nord, et que, pour cette raison, on nomme aurores loréales ; ces globes d'une grosseur énorme , et d'un éclat souvent plus vif que celui de la lune, auxquels on donne le nom de bolides, et qui paroissent de temps en temps dans l'atmosphère, se brisent ensuite avec un terrible fracas, et répandent au loin une fumée épaisse, presque toujours accompagnée d'une odeur sulfureuse ; ces tourbillons de flamme que l'on aperçoit quelquefois dans l'air; les éclairs que la chaleur occasionne pour l'ordinaire , et dont l'éclat se répand en un instant de tous côtés; la foudre et le tonnerre lui-même, c'est-à-dire , cette flamme brillante et vive qui se fait voir tout à coup dans le ciel , et qui est accompagnée d'un bruit éclatant, sont des météores ignés; et c'est sans doute à la matière électrique, mise en mouvement par la chaleur, et à l'inflammabilité des exhalaisons qui se sont amassées dans l'atmosphère , qu'il faut principalement attribuer ces terribles phénomènes , bien capables d'épouvanter le peuple ignorant, mais qui sont pour les savans des objets d'une louable curiosité.

Ce qu'on appelle foudre et tonnerre est donc un phénomène d'électricité. Un nuage rempli de matière électrique mise en

acLîon , en renconlre un autre qui n'en est. point ou prerque point charge ; aussitôt il se forme deux courans , l'un einiu'nt et Tautre affluent, qui se rencontrent, qui se choquent, qui allument toutes les matières inllammahles qui se trouvent sur leur passage : leur impétuosité, joinle à l'action de la flamme, produit dans l'air environnant une agitation rapide ; et de là naît une forte explosion ; un bruit que tous les nuages voisins, que tous les échos re()èlent, se lait entendre; un vent impétueux s'élève, et dure peu; les vapeurs se ramassent, et tombent en pluie don! les gouttes sont très larges ; et si la foudre prend son origine dans la plus haute région glaciale de l'atmosphère , ses vapeurs se changent en grêle de dilfe'rentes grosse. ;rs.

Pour l'ordinaire, la foudre tombe sur les endroits e'ieves, comme sur les tours qui sont fort hautes, sur lesquelles on plante des verges de fer pour y arborer des pavillons ; sur les e'glises e'Ievees, qui sont ornées de plusieurs croix, ou qui sont couvertes de métal; sur les grands arbres : ainsi, il es! beaucoup plus sûr de se tenir en pleine campagne pour se mettre à l'abri de l'orage.

Comme le son ne se transmet pas avec autant de promptitude que la lumière, on peut juger de reloignernent ou de la proximité du tonnerre , par les momens qui s'écoulent entre celui où l'e'clair vient e'blouir notre vue, et celui où le bruit vient frapper notre oreille. S'il se passe une seconde entre l'un et l'autre, le tonnerre est à cent toises de nous; à six cents toises, s'il y a six secondes; il est très près, et il est permis de craindre , si le bruit et l'éclair se font sentir en même temps.

On a quelquefois recours au son des cloches pour (fcarter le tonnerre; mais ce moyen est plus dangereux qu'utile; car des cloches de métail, frappées par des battans de fer et mises en vibration, sont plus exposées aux effets de l'électricité de l'air que lorsqu'elles restent en repos : de sorte que la matière électrique est plutôt attirée que repousséc par le son des cloches. En 1718, le tonnerre tomba, dans la Basse- Bretagne, le long des côtes qui s'étendent depuis Landernau jusqu'à Saint-Pol-de-Léon ; il se précipita sur vingt-quatre églises, et précisément sur celles où l'on sonnoit les cloches,

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tandis que les e'glises où Ton ne sonnoit point furent à l'abri ùe cet accident *.

Le tonnerre a quelquefois des effets terribles; mais aussi , il nous procure de grands avantages. Il e'branle l'air , il le meut, il condense certaines nuées, il les re'duit en eau, et fait tomber sur la terre une pluie qui porte la fécondité' aux plantes , et qui contribue à la végétation ; il tempère la chaleur •de l'atmosphère.

Nous savons, par expérience, qu'il fait mourir les poulets renfermés dans les oeufs que les poules couvent alors; peutêtre produit-il le même effet sur les œufs de plusieurs insectes qui pourroient en fournir une trop grande quantité, et qui deviendroient nuisibles aux plantes et aux hommes.

Quand le soleil a cessé d'échauffer la terre et les eaux, l'air devient plus froid cju'elles. Alors la matière du feu, qui tend à se rejoindre toujours uniformément à la matière des autres fluides, passe de la terre dans l'air, et emporte avec elle les parties les plus subtiles des corps terrestres , qu'elle «létache et qu'elle anime de son mouvement.

Si ces vapeurs sont encore voisines de la terre , elles se font sentir le soir, et on les désigne par le nom de serein. Le serein dure toute la nuit , dans les saisons et dans les climats où la terre s'échauffe suffisamment pendant le jour. Mais au soleil levant, la chaleur commençant à renaître , l'air se dilate, se dessaisit duserein, (|ui tombe en partie sur la terre, et reçoit le nom de rosée. Si le temps est froid , ce serein et cette rosée se glacent , et produisent sur les toits des maisons, sur les plantes et sur la terre , ce que l'on appelle la gelée blanche. Si les vapeurs ne s'élèvent ou ne retombent que lentement et en grande quantité, elles obscurcissent l'air, et produisent ce que nous nommons brouillard. Le brouillard est quelquefois chargé d'exhalaisons puantes et insalubres , qui deviennent la cause de différentes maladies , ou qui portent

* Cette catastrophe s'est renouvelée le i4 juillet 1806, à Carmagnole, ville du département du Pô, oit la foudre est tombée trois fois en deux minutes. Elle a frappé piincipaleinent l'iiospice civil dont elle a percé -les toits, les voûtes et les murs, brisé les vitres et les boiseries, tué un malade dans son lit, et blessé plusieurs autres. Il est à remarquer que pendant la dure* de l'orage on avoit sonné les cloches d'une église voisine.

ENTRETIEN \ lî. i^;^

la contagion parmi les plantes. En hiver , les brouillards sont plus frequens qu'en e'te' , parce que le froid qui règne dans l'air condense promptement les vapeurs, et ne leur donne pas le temps de s'élever beaucoup ; si le froid augmente , le brouillard se gèle et s'attache aux branches des arbres, aux plantes sèches, aux cheveux des voyageurs, aux crins des chevaux, et gene'ralement à tout ce qui s'y trouve exposé : c'est ce qu'on appelle gwre ou frimas.

Quand les brouillards , ou les vapeurs qui sont propres à les former, peuvent s'e'lever assez haut , il s'en fait des amass qui flottent au gre' des vents dans l'atmosphère : ce sont ces nuées que nous voyons suspendues de côté et d'autre audessus de nous, et qui sont si variées par leurs figures, par leur grandeur, par leur vitesse, et même par leur hauteur ; car elles ne sont point toutes également élevées. Les unes vont se fondre sur les hautes montagnes, et contribuent beaucoup h entretenir les torrcns et les fontaines ; les. autres s'épaississent , soit par l'action des vents qui les poussent les unes contre les autres, soit par la condensation de l'air qai les porte ; alors leurs parties réunies en gouttes deviennent trop pesantes, et font, en tombant, ce qu'on appelle Va pluie. Quand les gouttes sont très petites, la pluia qu'elles forment est très fine , et s'appelle communément bruine. Les refroidissemens qui surviennent dans la région des nuages sont souvent assez considérables pour geler les. vapeurs : alors elles tombent en neige ou en grêle : en neige y si la congélation saisit les vapeurs avant qu'elles se soient réunies en grosses gouttes ; en grêle , si les particules d'eau ont le temps de se joindre avant que d'être prises par la gelée.

On a vu , quoique assez rarement , tomber en forme de pluie ou de grêle , des matières qui n'étoient point de l'eau : on a vu , par exemple , des pluies de soufre , des pluies de sable, etc. C'étoit le vent qui enlevoit ces matières, et les laissoit tomber à une certaine distance du lieu où il les avoit prises. Mais il faut se défier de tout ce qu'on dit des pluies de crapauds, de sang, de grains, de pierres, etc. Toutes ce& substances sont trop pesantes pour s'élever et se soutenir comme les vapeurs au milieu de l'atmosphère.

La pluie lave et purge l'air, en précipitant avec elle toutes les exhalaisons qui s'y amassent, et qui pourroient de-

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tenir très dangereuses. Elle rafraîchit l'atmosphère , et modère la chaleur qui nous incommode souvent dans certaines saisons. C'est à elle surtout que la terre doit sa fertilité : si elle manque et que rien n'y supplée, tout devient aride dans les champs, et leur cuUure demeure sans succès; mais, lorsqu'elle les arrose mode'rement , elle amollit la terre, elle de'veloppe les germes, elle re'unit les principes de la sève, et lui sert de véhicule pour l'introduire dans les racines et pour la distribuer à la tige et aux branches, (^omme les vapeurs qui doivent retomber en pluie élèvent avec elles ou rencontrent dans l'atmosphère les parties les plus subtiles de toutes ces substances que la nature fait entrer dans la composition des mixtes, les sels, les soufres, les huiles, etc., les nuages agites par les vents transportent tous ces principes d'un lieu dans un autre, et les distribuent de manière qu'ils ne tarissent jamais.

Cependant les pluies ont quelquefois de très mauvais effets. Lorsqu'elles sont trop abondantes, trop durables, ou chargées d'exhalaisons malignes, lorsqu'elles tombent hors de saison, elles retardent les progrès de la végétation et la maturité des fruits; elles pourrissent les moissons, et font germer le grain sur les champs; elles font périr le gibier; elles gâtent les chemins; elles rendent impraticable la navigation des rivières par les débordemens et les inondations qu'elles causent, et tous ces accidens incommodent le commerce et occasionnent la disette.

De tous les météores aqueux, le plus surprenant et le plus dangereux , peut-être , est celui qu'on appelle trombe. On le voit assez souvent sur mer, et beaucoup plus rarement sur terre. C'est une nuée épaisse qui s'allonge de haut en bas, jette autour d'elle beaucoup de pluie ou de grêle, et fait entendre un bruit semblable à celui d'une mer violemment agitée. Pille renverse les arbres et les maisons partout où elle passe ; et lorsqu'elle s'abaisse sur un vaisseau , elle ne manque guère de le submerger. On croit, avec assez de vraisemblance, que c'est une nuée qui, délerminée h tourner par la double impulsion de deux vents contraires, et dont les directions sont parallèles, prend la forme d'un tourbillon d'eau qui s'allonge et s'élargir, plus ou moins , selon la vitesse avec laquelle il tourne.

ENTRETIEN VII. i5i

Pour bien entendre la raison des me'te'ores lumineux , il faut savoir d'abord que la lumière est composée de sept rayons diffe'rens, dont chacun est le principe d'une couleur particulière et qui n'appartient qu'à lui. Les sept couleurs qui naissent des sept rayons de la lumière, sont : le rouge, Vcrangé, le Jaune, le vert, le bleu, V indigo et le violet ; et ces couleurs s'appellent priniitii'es , parce que c'est de leur mélange qu'on forme toutes les autres. Les couleurs n'appartiennent pas proprement aux objets qui frappent nos regards , mais à la lumière, puisque, dès qu'elle cesse de briller, les objets n'ont plus de couleur. Ainsi, im corps qui a la propriété de réfléchir tous les rayons de lumière sans les décomposer, sans les séparer les uns des autres, paroît hlane ; il paroît noir, s'il les absorbe tous sans en réfléchir aucun ; s'il réfb'c hit les rayons rouges plus copieusement que les autres, il paroît serein. Raisonnez de même sur les autres couleurs, et ne les attribuez jamais aux corps qui paroissent colorés, mais toujours aux rayons de la lumière, qui seules peuvent les produire.

Observez, en second lieu , que les nuages qui sont suspendus dans l'atmosphère peuvent être regardés tantôt comme des miroirs qui ont la propriété de retracer l'image des objets qui se rencontrent vis-à-vis d'eux ; tantôt comme un assemblage de corps dont les uns réfléchissent tel ou tel rayon plus abondamment que les autres, et par conséquent doivent paroître plus colorés par ce rayon que les autres corps qui les avoisinent, et qui n'ont pas la même propriété.

Par le moyen de ces notions, vous trouverez sans peine la raison de tous ces phénomènes lumineux. Si vous apercevez autour du soleil , de la lune et des autres astres, une espèce d'anneau plus ou moins lumineux, plus ou moins coloré, que l'on appelle roumnne,, et que les anciens nommoient halo, comme ce météore ne paroît jamais dans un temps parfaitement serein, vous verrez qu'il est produit par des vapeurs qui, se rassemblant les unes avec les autres, font subir aux rayons de la lumière qui les frappent une réfraction ou une répulsion qui souvent les divise ou les sépare en leurs couleurs.

Si quelquefois vous remarquez dans le ciel de ces faux soleils que l'on appelle parhélies, ou de ces fausses lunes que

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l'on peut nommer parasélènes , et qui se montrent de temps en temps au nombre de trois ou de quatre , souvent durant plusieurs heures , vous reconnoîtrez aussitôt que ce sont autant d'images du soleil ou de la lune, que re'fle'chissent des nuages ou des vapeurs situes vis-à-vis de ces deux astres.

Enfin, si, lorsqu'ayant le dos tourné au soleil, et regardant une nuée , qui fond on pluie , tandis que cet astre , élevé à une certaine hauteur sur l'horizon, porte son éclat contre elle, vous découvrez un ou plusieurs de ces cercles brillans que l'on appelle îiis ou arc-en-ciel, les sept couleurs dont vous les verrez décorés vous feront connoître aussitôt que ce phénomène naît de la décomposition des rayons de la lumière.

Idée générale du Globe terrestre^ et de tout ce qu'on y remarque.

Eugène. Après avoir contemplé tout ce qui se passe audessus de nos têtes , ne seroit-il pas temps de fixer nos regards sur le globe que nous habitons? Qu'est-ce que la terre ? Qu'est-ce que la mer? D'où viennent ces ruisseaux limpides qui serpentent dans les prairies? Pourquoi ces énormes montagnes dont la cime se perd dans les nues?

Eraste, Voilà bien des questions, mon cher ami; je vais tâcher d'y répondre; et comme les eaux couvrent la plus grande partie de notre globe, c'est par elles que nous allons commencer.

L'eau , en général , est un corps fluide , liquide , humide , insipide et sans odeur, du moins quand il ne contient pas des parties hétérogènes; limpide, diaphane, sans couleur, très volatil, qui ne peut brûler dans le feu, mais au contraire qui l'éteint ordinairement.

L'eau peut perdre sa fluidité; ce qui arrive lorsqu'un grand froid s'empare de toutes ses molécules, et alors elles forment un corps transparent que l'on appelle glace.

Tant que l'eau est pure, elle est partout la même; mais comme elle a la propriété de s'unir à un très grand nombre

ENTRETIEN VIII. iB3

de substances diffe'rentes , on ne la trouve Jamais dans cet ëtat ; elle est toujours mele'e de parties hete'rogènes qui lui donnent des propric'te's particulières, 11 y a des fontaines dont les eaux sont chaudes , ce qui vient des feux souterrains audessus ou auprès desquels elles se trouvent ; il y en a dont les eaux s'enflamment, et qui peuvent allumer des flambeau::: lorsqu'on les approche de leur surface ; il y en a dont l'eau change la couleur des cheveux de ceux qui en boivent ; il y en a dont l'eau e'branle et fait tomber les dents; et l'on en voit qui produisent un effet contraire : on en trouve dont les eaux sont des poisons mortels; il y en a qui changent le fer en cuivre : on en voit dont l'eau se durcit lorsqu'on la tient dans des vases, et l'on prétend que les murs de la ville de Lima , capitale du Pe'rou, sont bâtis de ces sortes de pierres. Dans ce même royaume , on trouve auprès d'une ville appelée Giiancai>elica, une espèce d'eau qui se change en une pierre un peu jaune , qui devient transparente lorsqu'on la polit. Il est très commun de trouver des fontaines et des rivières qui pétrifient plus ou moins promptement les divers corps qu'on y fait se'journer; mais ce n'est pas l'eau, en tant qu'eau , qui produit tous ces effets : on doit les attribuer aux substances étrangères qu'elle amasse en filtrant au travers des terres , et qui se combinent avec elle.

11 n'est pas nécessaire de vous dire combien l'eau est utile : elle sert de boisson à tous les animaux ; elle délaie et dissout les alimens ; elle est la cause du goût , car il nous est impossible de goûter ce qui est sec ; elle est le véhicule de toute partie nutritive qu'elle charrie dans toute l'habitude du corps : elle entretient la vie animale , en rendant le sang fluide et propre h la circulation ; elle est la cause de la végétation des plantes : il n'y auroit ni pierres, ni cailloux, ni perles, si l'eau, en se mêlant avec certaines terres, ne se changeoit en uu suc pierreux , qui , s'insinuant en d'autres terres , s'y arrête et se convertit avec elles en une seule masse ; d'où naissent les cailloux , les pierres , les marbres et les rochers , dont les figures sont si variées. L'eau nous sert à nettoyer quantité de corps ; elle nous fournit des bains salutaires, non seulement parce qu'ils lavent le corps et emportent toutes les ordures qui s'attachent à sa surface , mais encore parce que l'eau , en pénétrant dans les routes de la circulation , ramollit les fibres , et

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détruit leur trop grande rigidité'; elle soulage ceux qui sont attaqués de la goutte ; elle guérit les rhumatismes et une multitude d'autres maladies. Elle forme les pluies qui arrosent , fertilisent et rafraîchissent notre globe : les pluies et les neiges qui s'arrêtent et se fondent sur le sommet des hautes montag'ies , ou qui tombent dans les plaines et les vallées, pénètrent au travers des terres , coulent sur des lits de sable ou de glaise, s'amassent dans les lieux propres à les retenir, et donnent naissance à la plus grande partie des fontaines.

Je dis la plus grande partie ; car il est certain qu'il y a des rivières, des sources qui tirent leur origine des eaux delà mer qui se filtrent , comme les pluies et les neiges fondues , au travers des terres ; il v en a aussi qui naissent en même temps de toutes ces causes. Enfin , c'est l'eau qui porte ces vaisseaux chargés de marchandises cjui nous font entrer en commerce avec les nations les plus éloignées , et qui nous font jouir des trésors que la nature sembloit avoir cachés aux extrémités de la terre; c'est l'eau qui met en mouvement les roues des moulins et une multitude de machines si utiles à la société; elle est l'élément d'un nombre prodigieux d'animaux de toute espèce qui fournissent à l'homme, par le moyen de la pèche, une nourriture saine et facile.

EunoxiE. Voudriez-vous bien nous apprendre quelquechose de plus particulier sur la mer , et sur les poissons qui l'habitent ?

Er. La mer occupe plus de la moitié de notre globe , et contient assez d'eau pour couvrir toute la surface de la terre à la hauteur de six cents pieds. Elle est si profonde , qu'il y a des endroits où il n'a pas été possible iusqu'ici de la sonder. Le sel dont ses eaux sont impn'gnées fait à peu près la quarantième partie de son volume ; elles sont encore remplies d'une huile bitumineuse , et d'une quantité d'autres matièi es amères ou corrfisives , qui lui donnent un goût désagréable , et qui la rendent malsaine.

On trouve dans son fond une multitude déplantes, du sable, du gravier, souvent de la vase , quelquefois de la terre ferme , des coquillages , des rochers, des sources d'eaux douces, des fontaines d'eaux chaudes , des vallées, des montagnes; en un mot , le lit immense dans lequel elle repose , ressemble ea tout à la terre que nous habitons.

ENTRETIEN VÏII. ,55

La mer voit eclore h chaque saison plus d'animaux que la terre n'en nourrit. Quand on examine les poissons, il semble qu'ils n'ont qu'une tète et une queue : on ne leur voit ni pieds ni bras. Leur tète même n'a point de mouvement libre , et on les croiroit prive's de tout ce qui est nécessaire à la conservation de leur vie. Mais, avec si peu d'organes extérieurs, ils sont plusagiles , plus prompts, plus remplis d'arlilic es que s'ils avoient plusieurs mains et plusieurs pieds; et l'usage qu'ils font de leur queue et de leurs nageoires les pousse comme des traits, et semble les faire voler.

Comme le fond de la mer ne produit pas autant de plantes que la terre, le peuple innombrable qu'elle renferme dans son sein est contraint de se de'vorer mutuellement pour subsister; et bientôt il seroit détruit, si sa fécondité prodigieuse ne surpassoit infiniment ses besoins. D'ailleurs , la plupart des poissons, lorsi]u'ils sont petits, sont plus alertes et plus prompts à la course que les grands; et pour échapper à leur poursuite , par une espèce de prévoyance admirable, ils se réfugient dans des lieux où l'eau basse ne laisse aucun accès à leurs persécuteurs affamés.

En considérant les poissons de la mer (car je ne vous parlerai point de ceux que nous fournissent les rivières et les étangs, tels que la truite, la carpe, le brochet, la tanche, la perche , etc.) , on peut se demander comment il arrive qu'au milieu d'un élément si chargé de sel , et d'autres matières aussi pénétrantes, ils jouissent d'une vigueur et d'une santé parfaites , sans contracter aucune qualité mal'aisante , aucune saveur désagréable.

Une chose non moins étonnante, c'est que les poissons les plus propres à Tusage de l'homme sont précisément ceux qui s'approchent le plus des côtes , comme pour s'offrir à lui; tandis que beaucoup d'autres, qui seroient inutiles ou dangereux, affectent de s'éloigner. Il y en a qui, après s'être long-temps caches pour multiplier et pour croître , accourent en fouie , lorsqu'ils ont acquis une certaine grandeur, et se précipitent à l'envi dans les filets et dans les baïques des pêcheurs. Enfin on en voit qui se jettent dans l'embouchure des fleuves , et qui les remontent jusqu'à leur source , comme pour communiquer les avantages de la mer aux pays qui en sont éloignés.

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Les principaux poissons que la mer nous fournit , et que nous recherchons le plus , sont la morue et ses espèces , savoir : le cabillaud , le dorche et la lange , le hareng , le maquereau, la baleine , le walrus , les sardines, les anchois, l'esturgeon , le saumon , les marsouins , le veau de mer, le thon , etc. , et un grand nombre de ceux qui vivent dans les écailles , comme les huîtres , les moules , les homars et les tortues. Tous ces poissons forment une branche de commerce très importante.

La morue et ses espèces se trouvent dans la mer du Nord, sur les côtes orientales et occidentales de l'Ecosse , au nord de l'Irlande , et particulièrement dans TAme'rique septentrionale , au grand banc de Terre-Neuve. On peut juger de Tulilite de ce poisson et du produit que procure la pèche qu'on en fait, quand on saura que la Bretagne seule consomme six mille quintaux de morue sèche, et douze cents milliers de morue fraîche , et qu'on vend à l'Espagne plus de quatre millions huit cent soixante-quinze mille quintaux de morue. Maigre' cette consommation prodigieuse , on ne doit pas craindre que la morue manque , puisqu'on a trouve', dans un seul de ces poissons, plus de neuf millions trois cent quarante-quatre mille œufs.

Le hareng n'est vil que par sa prodigieuse abondance. Il parcourt les mers qui environnent l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande , les côtes de Norwège, et la grande pêche se fait aux environs des îles de Schetland. La Norwège fournit trois ou quatre cent mille barils de harengs, dont chacun en contient douze cents, et qui, evalue's à un e'cu pièce, font un revenu de près d'un million. Mais la pêche des Hollandois est infiniment plus conside'rable , puisqu'elle leur produit au moins tous les ans trente millions d'e'cus.

Le maquereau , dont la pêche n'est pas lucrative , parce qu'elle est moins abondante , se trouve dans differens endroits de rOce'an , mais particulièrement vers les côtes de France et d'Angleterre : on le pêche depuis le mois d'avril jusqu'à celui de juillet, et, comme les précédens, on le mange frais ou salé.

La baleine est un poisson d'une e'norme grandeur et d'une smguhère utilité. Il n'y a que sa langue qu'on puisse manger. Le reste du corps produit cent et quelquefois cent vingt-huit

ENTRETIEN Mil. iS;

barriques d'huile, qui sert à brûler, à faire le savon , à préparer la laine des drapiers, h adoucir les cuirs, délayer les couleurs, etc. Les barbes ou fanons qui sont à ses mâchoires sont employées à faire des corps de femmes, des buses, des parasols, et beaucoup d'autres menus ouvrages. 11 n'y a pas jusqu'à son excre'ment dont on ne fasse usage pour teindre en rouge. 11 y a une autre espèce de baleine, que l'on appelle cachalot , et qui fournit cette drogue , que l'on appelle blanc de baleine , dont on se sert dans la me'decine , et que la coquetterie emploie quelquefois pour se donner des attraits imposteurs , ou pour prêter à un visage suranné' le coloris et la fraîcheur de la jeunesse.

La pêche de la baleine est la plus difficile et la plus périlleuse ; elle se fait sur les côtes de (Groenland, d'Islande , de Norwège, de Finlande et dans le détroit de Davis. Les navires , chargés de trente ou quarante hommes d'équipage, et accompagnés de trois ou six chaloupes, attendent le passage de ces monstrueux animaux : un matelot , placé au haut d'un mât, épie le moment où ils paroissent, et dès qu'il aperçoit la baleine , il avertit les hommes armés de harpons , qui sont des fers pointus à deux tranchans, recourbés comme un dard ; ils parlent à l'instant dans des chaloupes, et jettent leurs instrumens sur le monstre. L'animal blessé descend , et on lâche les cordes qui retiennent les harpons jusqu'à ce qu'il vienne sur l'eau. Alors la baleine est morte , et les pécheurs s'en saisissent.

Le walrus ou narval , que l'on appelle encore la licorne, est un gros poisson qui habite, comme la baleine, dans les mers glaciales : la pêche s'en fait dans le même temps et de la même manière. La corne de cet animal , qui a depuis cinq jusqu'à quinze pieds, et ses dents, dont quelques-unes pèsent jusqu'à quatre livres, servent aux mêmes usages que l'ivoire. On tire de sa graisse , de l'huile qui sert à brûler, et qu'on emploie à beaucoup d'autres choses. H y en a qui ont confondu ce poisson avec celui qu'on nomme belunga, et dont on tire cette colle de poisson qui nous vient en quantité de Russie , et surtout d'Archangel.

La sardine se pêche dans l'Océan , et particulièrement sur les côtes de France. L'huile qu'on en ramasse, lorsqu'on les presse, sert à brûler et à graisser. La Rretagne en tire un

i58 ERASTE,

grand profit : on prétend que cette pêche lui vaut plus de deux raillions de francs.

La pèche des anchois se fait principalement sur les côtes de Catalogne et de Provence : on les sale, et on en remplit de petits barils, depuis six jusqu'à vingt-cinq livres pesant.

L'esfurgeon est un poisson de mer et de rivière, qu'on ne recherche que pour les œufs ; il y a tel esturgeon qui en fournit une centaine de livres, La plus grande pèche qui s'en fait est celle des Russes, h l'embouchure du "V\ olga, dans la mer Caspienne , principalement à dix milles au-dessous d'Astracan.

Le saumon est un poisson que l'on trouve en abondance sur les côtes d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande, et aux environs de Terre-TSeuve. Sa femelle s'appelle heccavd. Il passe de la mer dans les rivières. Le Rhin et l'Elbe en ont beaucoup. On le mange frais , et on le conserve salé.

Le marsouin est un poisson fort gros, qui se pêche sur les côtes de France. On en mange la chair, quoiqu'elle ne soit pas fort bonne; et l'huile qu'on en tire sert à diffèrens usages.

Le thon est un grand poisson de passage, dont on trouve une quantité' prodigieuse sur les côtes de Provence , aux mois de septembre et d'octobre.

La plupart des poissons à écailles ou à coquilles sont amphibies , c'est-à-dire qu'ils vivent également sur la terre et dans l'eau. Telle est la tortue, qui donne quelquefois jusqu'à deux cents livres de chair bonne à manger, et dont la graisse, qui se conserve et peut suppléer au beurre , produit jusqu'à trente pintes d'huile. C'est animal est encore très utile par rapport à ses oeufs qu'il dépose dans le sable, quelquefois au nombre de plus de deux cent cinquante. Ces œufs sont fort gros, et on peut les garder.

Je ne finirois pas , mes chers amis , si je voulois vous parler de tous les poissons qui peuplent les mers ; ainsi je ne vous dirai rien de l'espadon , que l'on appelle la srJe ou ïépée de mer, parce qu'il porte au bout de la tète un grand os plat , assez semblable à une scie double , avec lequel il attaque et combat la baleine qui prend la fuite dès qu'elle l'aperçoit ; ni du requin qui hvre une guerre cruelle aux autres poissons , et qui peut dévorer un homme entier ; ni du poisson rouge , ainsi nommé, parce que ses écailles sont de cette couleur; ni du

poisson d''or, que ron appelle de la sorte , parce qu'on diroit qu'on Ta charge' de ce pre'cicux me'lal ; ni de ceux qu'on nomme poissons vulans, parce cju'en effet ils s'e'lèvent de l'eau et voltigent quelques instans dans les airs pour e'chapper à l'ennemi qui les poursuit ; ni de celui qui porte le nom de galère, parce que sa peau est arrange'e de manière qu'elle lui sert de voile, et semble le faire voguer au gré des vents ; ni de la torpille, qui engourdit tout à coup la main de celui qui la touche ; ni enfin de cette espèce d'huîtres qui est connue sous le nom de mère-perle, parce qu'elle produit les perles : chacune en donne dix ou douze, dont les moindres pèsent dix grains; on en trouve qui pèsent jusqu'à cinquante grains. Je ne vous parlerai pas non plus de ces coquillages dont la figure, les couleurs et la grandeur sont si variées, dont le nombre est si prodigieux, et qui sont autant d'habilations pour une partie du peuple aquatique ; mais , en terminant ce qui concerne Télément qui nous fournit tant de richesses, je ne dois pas oublier de vous dire tin mot sur un phénomène qu'il nous présente.

Tous les jours les eaux de la mer sont portées deux fois de l'équateur vers les pôles, et reviennent deux fois des pôles vers l'équateur : c'est ce que l'on appelle Xq Jlu% et le reflux, ou les marées. Ce mouvement est tellement lié avec celui de la lune, que tous les philosophes, à l'exception d'un petit nombre , l'ont toujours regardé comme un effet de l'action de cet astre sur la terre. Les marées croissent quand la lune s'approche de nous ; elles diminuent quand la lune s'en éloigne : tous les jours elles retardent de la même quantité que le passage de la lune par le méridien ; le même accord règne généralement entre toutes les variations du mouvement de la lune et celles de la marée ; cet astre est donc la principale cause du flux et du reflux de la mer. Mais comment l'action physique de la lune s'exerce-t-elle sur les eaux de la mer? C'est ce qui partage encore aujourd'hui les disciples de Descartes et de Newton.

Les premiers , qui supposent que la terre, ainsi que toutes les autres planètes , est environnée d'un fluide très subtil et très actif qu'ils appellent tourbillon, attribuent l'effort de la lune sur les eaux de la mer, à la pression qu'elle exerce sur le tourbillon terrestre dans lequel elle nage , selon eux. La

i6o ERASTE,

lune, disent-ils, est un corps d'une masse consîde'rable ; lorsqu'elle se trouve perpendiculaire aux eaux de la mer, elle re'tre'cit le canal du tourbillon , presse la matière qui le compose ; celle-ci fait effort , re'agit en tous sens, et ne trouvant qu'un foible obstacle du côte' des eaux de la mer, très mobiles de leur nature, elle les oblige de s'abaisser au-dessous de la lune, et de s'e'lever vers les rivages. Lorsque l'astre comprimant est e'ioigne du me'ridien , les eaux reprennent leur équilibre , et quittent les rivages pour occuper leur première place. Tel est , en ge'ne'ral , le système des Carte'siens ; c'est d'après cette ide'e qu'ils rendent raison des autres phe'nomènes qui accompagnent les mare'es. On ne peut refuser à leur explication d'être fort ingénieuse ; mais elle est contraire à l'expérience. Car, suivant eux , la mer doit s'étendre sur les rivages , et occuper un plus grand bassin ; ou , ce qui est la même chose , le flux doit arriver quand la lune est au méridien d'une plage de la mer : tandis que c'est alors que la mer abandonne ses rivages, s'accumule pour ainsi dire sur ellemême , rétrécit son bassin , et forme , en un mot, ce qu'on appelle le reflux.

Les îSewtoniens raisonnent d'une manière qui paroît bien plus conforme à ce que l'on voit tous les jours. L'action de la lune sur les eaux n'est, selon eux, que l'effet de cette force attractive dont ils prétendent que sont doués tous les corps. Lorsque la lune est perpendiculairement au-dessus des eaux de la mer, elle les attire à soi, elle les oblige de s'élever jusqu'à une certaine hauteur, et de former une éminence dont le sommet répond au point du ciel qu'elle occupe en ce moment : mais les eaux qui sont sous la lune ne peuvent s'élever sans que celles des rivages ne s'abaissent et ne se précipitent vers l'endroit de l'élévation , afin de rétablir l'équilibre ; et c'est ce qui produit le flux.

Après ce passage de la lune , les eaux , que cet astre tenoît suspendues , n'étant plus attirées , doivent retomber par leur propre poids , et former, en retournant vers les rivages , ce qu'on appelle le reflux. Telle est en abrégé la manière dont les disciples de Newton expliquent l'action principale de la lune sur les eaux de la mer, et il faut avouer que ce système est si naturel, que , sans lui, le mécanisme des marées est inconcevable ; au lieu qu'avec lui on rend sans peine les raisons

ENTRETIEN VIIL ,61

les plus plausibles de tous les phe'nomènes que nous offre cet admirable mouvement.

Outre ce que nous venons de dire , il y a encore dans les marées trois phénomènes principaux très remarquables : le premier revient deux fois le jour, le second deux fois le mois, le troisième deux fois raniiee. Tous les jours, au passage de la lune par le méridien, ou peu de temps après, on voit les eaux de l'Oce'an sY-lever sur nos rivages ; à Saint- Malo celte hauteur va justju'à ^9 pieds *. Parvenues h celte hauteur, les eaux se retirent peu à peu ; environ six heures après leur plus grande élévation , elles sont à leur plus grand abaissement -, après quoi elles remontent de nouveau lorsque la lune passe à la partie inférieure du méridien ; en sorte que la haute et basse mer s'observent deux fois le jour, et retardent chaque jour de 00 minutes et demie, plus ou moins comme le passage de la lune au méridien. Le second consiste en ce que les marées augmentent sensiblement aux temps des nouvelles et des pleines lunes, ou un jour et demi après, et Paugmentation est surtout très sensible quand la lune est p('rig('f. Enfin, le troisième est l'augmenlalion qui arrive vers les delix équinoxes ; en sorte que le cas où les marées sont les plus fortes de toutes est celui d'une syzygie périmée qui arrive dans le temps de Téquinoxe , surtout à cause des vents.

Passons actuellement aux productions de la terre. Les philosophes les ont distribuées en trois grandes familles, auxquelles ils ont donné le nom de règne: la première s'appelle règne animal; la seconde, règne végétal ; et la troisième, règne miné I al ou fossile.

Les animaux sont des corps organisés, qui tirent leur aliment des trois règnes de la nature : ils ont la faculté de se mouvoir où bon leur semble ; ils sont doués de sentiment ; ils reçoivent différentes impressions des corps extérieurs ; différentes humeurs circulent dans toute l'habitude de leurs corps; les unes servent à la nutrition des parties où elles abordent ; les autres , qui n'ont pas cet objet à remplir, s'é-

* La situation de celte ville dans un golfe, et l'obstacle que les côtes d'Angleterre opposent à l'écoulement des eaux produisent cette prodigieuse élévation.

i62 ÉRASTE,

chappont et se dissipent : ranimai vit tant que cette circulation a lieu.

Les végétaux sont des corps organises, vi\ ans , munis de vaisseaux, de valvules, d'enveloppes, de glandes; ils s'attachent à la terre, comme à la source de leur subsistance, et en tirent une liqueur qu'on appelle sèi>e. Tant que cette sève s'élève dans leurs canaux , ils végètent , ils poussent , ils vivent ; ils périssent dès qu'elle cesse de circuler ou qu'elle s'épanche.

Les corps qui font partie du règne minéral sont composés de parties hétérogènes , du concours desquelles différens fluides , différentes masses solides de différentes figures , grandeurs et fermeté, prennent naissance. Tous ces corps n'ont ni organes , ni vaisseaux ; ils sont dépourvus du mouvement de vie.

EuG. Ce que vous nous allez dire des animaux sera sans iloute bien intéressant.

Er. Le règne animal se divise en six grandes familles , Vliomme, les quadrupèdes , les oiseaux, les poissons, dont je vous ai parlé, et dont par conséquent je ne dirai plus rien ; les amphibies et les insectes.

L'homme est le seul, de tous les êtres , capable de connoître, et digne d'admirer. Dieu Ta fait spectateur de l'univers, et témoin de ses merveilles. Le souffle divin dont il est animé le rend participant des sublimes secrets de son créateur , et c'est par ce souffle sacré qu'il pense et réfléchit ; c'est par lui qu'il voit et lit dans le livre du monde , comme dans un < xem plaire de la Divinité. Fait pour adorer celui cjui l'a tiré du néant, il commande à toutes les créatures ; vassal du ciel , roi de la terre , il ennoblit , il peuple , il enrichit , il embellit même l'empire que l'Eteriael lui a donné. Tout en lui marque sa supériorité sur tous les êtres vivans; il se soutient droit et élevé ; son front regarde le ciel : il présente une face auguste, sur laquelle est imprimé le caractère de sa puissance. Son port majesiucux, sa démarche fière et hardie , annoncent la noblesse de son rang : il ne voit que de loin la terre, et semble la dédaigner ; tandis que presque tous les autres animaux, tristement courbés vers le globe, y cherchent une humble subsistance. Chez lui, le bras et la main ne sont point faits pour servir de piliers d'appui à la masse de son

corps; mais pour ext'cuter les ordres de sa volontd, saisir les choses e'ioignées, écarter les obsracles, prévenir la rencontre et le choc de ce qui pourroit nuire , embrasser et retenir ce qui peut plaire, et l'offrir aux autres sens. En un mot, l'cxcellei:-ce de sa nature perce à travers toutes les parties de l'admirable machine qu'il anime. Tel est l'homme, si on le considère du côté de sa destination primitive ; mais qu'es*- ce que ce roi si grand , si respecté, si l'on jette les yeux sur ce qu'il est devenu? Mélange bizarre de bonté et de malice, de grandeur et de pusillanimité, il ne nous présente que misère et cjue douleur dans son enfance ; plus foible qu'aucun des animaux, il ne commence à vivre que pour commencer à gémir; sa vie incertaine et chancelante paroît devoir finir à chaque instant ; il ne j)eut ni se soutenir ni se mouvoir. A peine estil sorti de cet état précaire , que l'ignorance lui présente de nouveaux obstacles h vaincre : bientôt les passions surviennent; il frémit sous leur tyrannie ; il les abhorre en les flattant ; il se jette dans le crime en applaudissant à la vertu. Cette triste effervescence est-elle passée, l'âge viril lui suggère de vastes projets ; l'ambition avide l'occupe et le tourmente ; enfin la vieillesse s'approche, précédée et suivie d'une foule d'infirmités qui le dévorent tour à tour : il n'a pas vécu pour lui , que déjà la mort l'a précipité dans le tombeau.

Ei;d. Il y aun^animal qui ressemble beaucoup à l'homme; c'est le singe : voudriez-vous bien nous en dire un mot ?

Er. On a entassé sous le nom de singes une multitude d'animaux d'espèces très différentes ; mais on ne doit appeler ainsi que l'animal qui n'a point de queue, dont la face est aplatie, dont les dents, les mains, les doigts et les ongles ressemblent à ceux de l'homme, et qui comme lui marche debout sur deux pieds. Or, il n'y a que trois sortes d'animaux qui aient ces propriétés , savoir : l'orang-outang , le pilhèque et le gibbon.

Si l'on ne faisoit attention qu'à la figure, on pourroit également regarder l'orang-outang comme le premier des singes et le dernier des hommes. 11 y en a de deux espèces : le grand , que Ton appelle Pongo, et le petit, que l'on nomme Jocko. Ces animaux ont l'instinct de s'asseoir à table comme les hommes, de manger de tout sans distinction, de se servir du couteau , de la cuiller et de la fourchette pour couper et pren-

i64 ÉRASTE,

dre ce qu'on leur sert sur l'assiette; ils boivent du vin et d'autres liqueurs. On en a vu qui se faisoient entendre lorsqu'ils avoient besoin de quelque chose, qui se faisoient saigner lorsqu'ils ctoicnt malades, et qui, ayant étésaigne's, montroient leur bras toufes les fois qu'ils se trouvoient incorrimode's, afin qu'on leur ouviît la veine. On en a vu qui presentoient la main pour reconduire les gens qui venoient les visiter, qui se promenoient gravement avec eux et comme de comiajn.e, versoient eux-mêmes leuri boissons dans un verre, et le choquoient lorsqu'ils y éioient invités , pi. ii, fig. ï et2.

Le pithèquc n'a pas un pied et demi de hauteur : c'est le plus docile des singes. Le gibbon est bien plus grand ; mais ses bras sont aussi longs que son corps, en sorte que , sans se courber, il p< ut toucher la terre.

En di?se'quant ces trois espèces d'animaux, on trouve qu'ils ont une singulière conformité' avec l'homme ; et c'est cette extrême ressemblance qui les a fait appeler hommes saunages, ou satyres, par les anciens. Mais quoique ces singes aient tant de rapport avec le roi de la terre , ils ont néanmoins une si forte teinture d'animalité pure et simple, qu'elle se reconnoît en chacun d'eux, et au moment de la naissance , et dans tout le cours de la vie. Ils n'ont ni la parole , ni la pensée : on ne leur trouve aucune intelligence, de quelque côlé qu'on les envisage : ils imitent Thomme , non parce qu'ils le veulent, mais parce que, sans le vouloir, ils le peuvent ; en sorte qu'il n'y a rien de libre, rien de volontaire dans celte espèce d'imitation. Le corps de l'homme et celui du singe sont deux machines organisées de la même manière , et qui , par nécessité de nature, se meuvent à peu près de la même façon; mais se mouvoir de même n'est pas agir pour imiter.

Il y a plusieurs autres familles de singes, comme les magots, les papions ou babouins, les mandrilles , les guenons ou singes à longue queue, etc., etc. Mais toutes ces espèces s'écartent plus ou moins de la ressemblance humaine; et d'ailleurs il vaut mieux vous parler d'animaux plus utiles et plus agréables. Commençons par ceux dont l'homme a changé l'état naturel, en les forçant à lui obéir ; qu'il fait servir à son usage ; qui vivent en quelque sorte avec lui dans une même maison ; qui partagent , pour ainsi dire , sa société et ses Ira-

Tanif 2 -itiif t{y^

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ENTRETIEN VIII. i65

vaux, ou fournissent à ses besoins, et que Ton appelle aniniau.v domestiques.

Le cheval est do tous les animaux le plus utile et le plus beau. Plein de (ierle et de courage , il supporte avec Thomme les fatigues de la guerre, et recherche avec lui la gloire des combats. Aussi intre'pide que son maître , il voit le péril et Taffroiite : il se fait au bruit des armes , il l'aime et se pénètre de Tardeur qu'il inspire; mais, docile autant qu'impétueux, il ne se laisse point emporter au noble feu qui l'anime ; il sait réprimer ses mouvemens ; il fléchit sous la main qui le guide; et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit , il se précipite, se modère ou s'arrête, et n'agit que pour satisfaire celui qui le monte : c'est une créature qui renonce à son être, pour n'f'xisfer que par la volonté d'une autre, qui sait mêmela prévenir ; qui, par la célérité et la piécision de ses mouvemens , l'exprime et l'exécute; qui sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant que l'on veut ; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et meurt même plutôt (|ue de cesser d'obéir. Son utilité ne se borne point au combat : il nous porte à la chasse , dans les courses , dans les voyages ; il fait voler ces chars brillans, que la vanité, le luxe et la mollesse ont mis au rang des choses nécessaires ; il traîne ces voitures qui transportent dans les différens pays les richesses du commerce ; il aide le laborieux cultivateur, soit en portant aux villes les fruits de ses travaux , soit en tirant la charrue : sa peau même , après sa mort, sert à différens usages .,fig. 3.

Quels secours ne tirons-nous pas de l'àne ! Il vit de peu , et supporte long-temps la fatigue; il dort moins, et, dans- les pays chauds, il est meilleur et plus fort que le cheval : aussi mérite-t-il bien peu le mépris qu'on lui porte, /§'• 4-

Après avoir sers'i au labour et au voiturage, le bœuf nous procure par sa chair un aliment très-nourrissant; sa peau sert à faire des cuirs, ses os sont employés à fabriquer divers meubles ; du poil de sa queue , on fait le crin , et du poil court qui le couvre, on fait la bourre, et ces tapisseries qu'on nomme bergame ; sa corne sert à fabriquer des peignes, des lanternes, des tabatières , etc. Sa graisse donne du suit, ses boyaux servent à faire des moules pour battre l'or et l'argent , et les tendons de son cou servent à faire des soupentes de voitures.

i6G ERASTE,

Cet animal précieux rend à la terre tout autant qu'il en tire : et même il améliore le fonds sur lequel il vit : il engraisse son pâturage, au lieu que le cheval et la plupart des animaux amaigrissent en peu d'années les meilleures praines,^g^. 5.

La vache, qui nous sert presqu'aux mêmes usages que le bœuf, nous donne encore cette nourriture délicieuse et salutaire que l'on appelle lait, et donf on fait le beurre et le fromage.

Que ne pourrois-je pas vous dire de la brebis et du mouton qui nous fournissent de la laine ; de la chèvre qui nous donne le lait , et dont le poil est si uiile\J/g. 6.

EuG. De tous les animaux domestiques, le chien est celui qui me plaît davantage.

Er. C'est le plus digne en effet d'entrer en société avec l'homme, puisque indépendamment de la beauté de sa forme, delà vivacité, de la force, de la légèreté, il a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent fixer notre estime. Il sacrifie tout ce qu'il a reçu de la nature au plaisir de s'attacher et au plaisir de plaire; il vient en rampant mettre aux pieds de son maître son courage, son industrie, ses talens ; il attend ses ordres pour les exécuter; il le consulte, il l'interroge, il le supplie; un coup d'oeil lui suffit; il entend les signes de sa volonté. Plus fidèle que l'homme , plus constant dans ses affections , nulle ambition , nul intérêt , nul désir de vengeance ne le tourmente ; sa seule crainte est de déplaire : il est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance. Plus sensible au souvenir des bienfaits qu'à celui des outrages, il ne se rebute pas par les mauvais traitemens, il les subit, les oublie , ou ne s'en souvient que pour s'attacher davantage; loin de s'irriter , ou de fuir , il s'expose de lui-même à de nouvelles épreuves; il lèche cette main, instrument de douleur qui vient de le frapper; il ne lui oppose que la plainte, et le désarme enfin par la patience et la soumission. Plus souple qu'aucun des animaux, dit le célèbre M. de Bulfon, que je copie dans ce portrait du chien , non seulement il s'instruit en peu de temps, mais même il se conforme aux mouvemens , aux manières , à toutes les habitudes de ceux qui lui commandent : il prend le ton de la maison qu'il habile; comme les autres domestiques, il est dédaigneux chez les grands, et rustre à la campagne ; toujours empressé pour son maître et prévenant pour ses seuls amis, il ne fait aucune attention aux gens

indifTt^rens , et se déclare contre ceux qui par e'tat ne sont faits que pour importuner : il les connoît aux vètemens, à la voix, à leurs gestes, et les empêche d'approx;her. Lorsqu'on lui a confié, pendant la nuit, la garde de la maison, il devient plus fier , et quelquefois féroce ; il veille , il fait 4a ronde , il sent de loin les étrangers; et, pour peu qu'ils s'arrêtent ou tentent de franchir les barrières , il s'élance , s'oppose , et par des aboiemens réitérés , des efforts et des cris de colère , il donne l'alarme, avertit et combat. Aussi furieux contre les hommes de proie que contre les animaux carnassiers , il se précipite sur eux , les blesse , les déchire , leur ôte ce qu'ils s'efforçoient d'enlever ; mais content d'avoir vaincu , il se repose sur ses dépouilles, n'y touche pas, et donne en même temps des exemples de courage , de tempérance et de fidélité,/^. 7.

EuG. Voilà, Je vous avoue, un portrait bien flatteur. Je voudrois bien savoir ce que vous pensez du chat?

Er. Le chat, dit encore M. de liuffon , est un domestique infidèle, cju'on ne garde que par nécessité, pour l'opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode , et qu'on ne peut chasser; et quoique cet animal , surtout quand il est jeune, ait de la gentillesse, il a en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers que l'âge augmente encore, et que l'éducaiion ne fait que masquer. De \oleur déterminé , il devient seulement, lorsqu'il est bien élevé, souple et flatteur comme les fripons; il a la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal , le même penchant h la petite rapine; comme eux, il sait couvrir sa marche, dissimuler son dessein , épier les occasions , attendre, choisir, saisir l'instant de faire son coup, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloigné jusqu'à ce qu'on le rappelle. Il prend aisément des habitudes de société, mais jamais des mœurs; il n'a que l'apparence de l'attachement; on le voit à ses mouvemens obliques, à ses yeux équivoques : il ne regarde jam.ais en face la personne aimée; soit défiance ou fausseté, il prend des détours pour en approcher , pour chercher des caresses auxquelles il n'est sensible que pour le plaisir qu'elles lui font. Eien différent de cet animal fidèle, dont tous les sentimens se rapportent à la personne de son maître , le chat ne paroîî senîir que pour lui ,

i68 ÉRASTE,

n'aimer que sous condition, ne se prêter au commerce que pour en abuser , et , par cette convenance du naturel , il est moins incompatible avec ihomme qu'avec le chien, dans lequel tout est sincère , /j/. ii^fig. i.

ElTi. Le nonibre des animaux quadrupèdes doit être bien considérable?

Er. Aussi me seroit-il impossible, mes chers amis, de ni'étendre beaucoup sur chacun d'eux, à moins que vous ne voulussiez vous arrêter sur ce sujet durant plusieurs semaines.

EuG. Cette matière seroit bien digne d'une attention sérieuse : ne convient-il pas h un roi de connoître ses sujets?

Er. Si je ne puis vous expliquer leurs qualités, leurs habitudes, leurs propriétés, je puis au moins vous apprendre leurs noms : c'est ce que je vais faire , après quoi nous parlerons des oiseaux.

Outre le plaisir de la chasse que promurent le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre et le lapin, il nous fournissent ou des peaux très utiles, ou des alimens délicats.

L'élan, qui participe du cheval et du ceif, donne une peau fort estimée, dont on fait un cuir très fin et très fort.

Les rennes, qu'on trouve dans les pays du nord, courent avec une vitesse extraordinaire. On vient à bout de les apprivoiser, et on leur fait tirer de petits traîneaux. Leur peau sert à faire des habits et des couvertures , et leurs nerfs se filent, 7%. 2.

Le loup, qui ressemble beaucoup au chien , quoiqu'il y ait entre ces deux animaux une mortelle antipathie , n'a rien de bon que sa peau , dont on fait des fourrures grossières qui sont chaudes et durables. Du n ste, dés gréable en tout , ayant la mine basse, l'aspect sauvage, la voix effrayante, l'odeur insupportable, le naturel pervers, les mœui s féroces , il est odieux , nuisible do son vivant , inutile après sa mort ^fig. 3.

Le renard est fameux par ses ruses. Celui dont la peau est noire^est le plus rare et le plus estimé : sa graisse est bonne contre les engelures ,y/g^. !^..

La loutre, dont la peau sert à faire de très bonnes fourrures, est un animal vorace , de la grosseur du chat, et plus avide de poisson que de chair : aussi quitie-t-il peu le bord des rivières ou des lacs ; il dépeuple quelauefois les étangs , A. 5.

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