II
îjute, en fait un horrible carnage, et, sVtant ainsi ouvert le chemin de ses états , y rentre triomphant.
Naples fut perdu en aussi peu de temps qu'il avoit été conquis. Charles, revenu en France , ne pensa plus à reprendre un royaume qui lui avoit tant coûté. II mourut au château d'Amboise en i-igS, à vingt-sept ans, dont il avoit régné quinze. Sa santé avoit toujours été chancelante, et son esprit tcnoit de sa santé. Sa bonté et sa douceur étoient sans égales. 11 éloit si tendrement aimé par ses domestiques, que deux tombèrent morts en apprenant qu'il venoit d'expirer. Charles VIII ne laissa point d'enfans, et en lui finit la premiers branche des Valois.
LOUIS XII, dit LE PÈRE DU PEUPLE.
14.99. I^ouis, duc d'Orléans, premier prirxe du sang, et descendant de Charles v, fut placé sur le trône. Sa jeunesse fut orageuse et plus féconde en vices qu'en vertus. Lorsqu'il fut appelé à régner , il avoit réformé ses mœurs , et ses vertus épurées par la religion parurent dans le plus grand éclat. Son humeur bienfaisante ne tarda pas d'éclater. 11 soulagea le peuple , et pardonna à ses ennemis. Le duc de la ïrémouille, qui l'avoit fait prisonnier à la bataille de Saint-Aubin, craignoit son ressentiment; il fut rassuré par ces paroles à jamais mémorables : « Ce n'est point au roi de France à ven- » ger les querelles du duc d'Orléans. » Après qu'il eut réglé et policé son royaume, diminué les impôts, réprimé les excès des gens de guerre, établi des parlemens, il tourna ses vues vers le Milanez , sur lequel il avoit des droits du côté de son aïeule. Ludovic Sforce s'étoit emparé de cet état. En moins de vingt jours, Louis s'en rendit maître; mais Sforce y rentra bientôt; et, pour manifester sa haine contre la France , il payoit un ducat d'or pour chaque tète de Français qu'on lui apportoit. Louis fit un nouvel effort , reprit le Milanez, fit l'usurpateur prisonnier, soumit Gênes, et conquit le royaume de Naples : ces succès furent l'ouvrage de quatre mois. Le roi de TSaples se remit entre les mains du vainqueur , qui lui assigna une pension de cent vingt-cincj mille livres de notre monnoie actuelle.
i5o3. Ferdinand-le-Catholique , roi d'Aragon , avoit aidé Louis qui lui avoit cédé la moitié des états de Naples ; Fer-
ENTRETIEN XVllI. 355
dinand chercha bientôt à les avoir en totalité. Ses troupes , conduites par Gonzalve de Cordoue , surnomme' le Grand- Capitaine, s'emparèrent de tout le royaume de Naples , après avoir gagné les batailles de Se'minare et de Ce'rignole. Une paix honteuse termina cette giiene , en iSiS; Ferdinand, prince fourbe et artificieux , surprit la bonne foi de Louis par des traite's frauduleux ; celui-ci franc et loyal , les observa avec la plus scrupuleuse ponctualité'.
iSoy-iSog. Gênes se re'volte; Louis prend celte ville, et lui pardonne. Il signe avec le pape Jules ii , pontife plus guerrier que religieux, la fameuse ligue de Cambray, et marche contre la république de Venise. 11 remporte en personne la bataille d'Aignadel : le fruit de cette victoire est la prise de Crémone, de Padone et de plusieurs autres places qu'il partage fidèlement avec ses alliés.
i5i2. Jules II et Ferdinand, après avoir obtenu, par les armes triomphantes de Louis xn , à peu près ce qu'ils vouloient , se déclarent contre ce prince, pour le chasser de l'Italie. Le jeune Gaston de Foix, envoyé contre le pontife et ses alliés, repousse une armée de .Suisses, sauve liologne , assiégée par les princes confédérés , et gagne la célèbre bataille de Ravenne oii il perd la vie , comblé de gloire. Avec ce jeune héros, expire la fortune de la France. En moins de trois mois , les Français sont hors de l'Italie. Les Suisses établissent dans Milan le jeune Maximilien Sforce , fils du duc mort prisonnier en France. Gènes reprend sa liberté. Enfin l'empereur Maximilien, Henri VIII, roi d'Angleterre, et les Suisses attaquent à lafois le royaume. Les Anglais mettent le siégç devant Tc'rouane , qu'ils prennent après la journée de Guinegate , dite \a. juvniée des éperons , où les troupes françaises furent mises en déroute. La conquête de Tournay suit celle de Térouane. Les Suisses assiègent Dijon , et ne peuvent être renvoyés qu'avec vingt mille écus comptant, une promesse de quatre mille et sept otages qui en répondoient.
Louis XII, battu de tous côtés, a recours aux négociations. 11 vient à bout de diviser, puis de désarmer ses ennemis; et cette grande guerre, qui sembloit devoir abouiir au renversement de la monarchie , la laissa dans toute son intégrité. A sa mort les crieurs publics disoient le long des rues, en son
liant leurs clochettes : « Le bon roi Louis , père du peuple,
est mort. »
Si Louis XII fut malheureux au dehors de son royaume , il fut heureux au dedans. Roi bon, roi juste, on ne peut reprocher à ce prince que la vente des charges. Il en tira en dix-sept années la somme de 1200 mille livres dans le seul diocèse de Paris; mais les tailles, les aides furent modiques. Il auroit peut-être eîé plus loué , si en imposant des tributs nécessaires, il eût conservé l'Italie, réprimé les Suisses, secouru efficacement !a Navarre , et repoussé l'Anglais. 11 eut soin que la justice fut rendue partout avec promptitude, avec impartialité, et presque sans frais. Il fut le premier des rois qui mit les laboureurs à couvert de la rapacité du soldat, et qui fit punir de mort les gendarmes qui rançonnoient le paysan. Les troupes ne furent plus le fléau des provinces; et loin de vouloir les en éloigner, les peuples les demandèrent.
On chérissoit autant dans ce monarque l'homme privé que l'homme public : il étoit affable , doux , caressant ; il e'gayoit la conversation par de bons mots plaisans , sans être malins. Son amour pour son peuple s'étendit jusqu'à l'avenir. Prévovant les maux que l'humeur prodigue et inconsidérée de François i" causeroit a la France , il pleuroit en disant : « Ce gros garçon gâtera tout. »
Usages et Coutumes des Fraii- Anecdotes et Faits particuliers
fais depuis le règne de saint arrivés depuis le règne de
Louis juscju'à celui de Fran- saint Louis jusqu'à celui de
cuis \". François I*"".
Il y avoit , du temps de saint La reine Blanche joignoit ans ver-
Loois , plus de quatre-vingts sel- tas du gouvernement, celles que la
gnears particuliers qui pouvoient religion enseigne et sanclifie. Elle ne
battre moanoie; mais il n'y avoit cessoit de dire au jeune roi Louis ix :
que le roi seul qui eût le droit d'en « Quelque tendresse que j'aie pour
faire battre d'or et d'argent. D'un «vous, mon cber fds , j'ainierois
des côtés de sa monnoie, étoit une » mieux vous voir mort, que souillé
croix, et de l'autre des piliers; ce » d'un péché mortel.»
qui fait qu'encore aujourd'hui les Le comte d'Anjou, frère de saint
Usages, etc. Anecdotes, etc.
différens côtés des monnoies se nom- Louis, éioit en procès avec an simple
ment croix et pi/es. genlilhoiuroe, son vassal; celai-ci,
Etienne Boilean on Roilesve, éta- condamné par les officiers du prince, hlil la police à Paris, par l'ordre de en appelle à la cour du roi. Le comte ce sait.t roi. Cet illustre magistrat s'ap- le fait mettre en prison ; il est bientôt piiqua d'abord à punir les crimes, et mandé lui-môme: •• Croyez vous', lui à établir, dans toutes les parties de la » dit le roi, qu'il doive y avoir pins capitale, cette harmonie si nécessaire » d'an souverain en France, ou que dans les grandes villes. Il rangea tous » vous soyez au-dessus des lois, parce les marchands et artisans en différens » qne vous êtes mon frère .•* » Le mocorps de communautés , sons le titre narque ordonne que le vassal soit mis de confréries; il dressa les premiers en liberté, et qu'il vienne se défen. statuts, et forma plusieurs réglemens: dre. 11 lui assigne des avocats, perce qui fut fait avec tant de justice et sonne n'osant plaider sa cause. On une si sage prévoyance, que ces mè- examine l'affaire, et le comte d'Anjoa mes statuts n'ont presque été que co- est condamné.
pies ou imités dans tout ce qui a été On blâmoit un jour ce religieux
fait depuis pour la discipline des monarque de faire trop d'aumônes»
mêmes communautés, ou pour l'éta- « Les rois, répondit-il, sont qnelque-
blissement des nouvelles qui se sont » fois obligés d'excéder un peu dans
formées dans la suite des temps. •• la dépense; et s'il y a de l'excès ^
Avantsondépart pour Tunis, Louis » j'aime mieux que ce soit en aumônes,
publia une espèce de code connu sous » qu'en choses mondaines et inutiles.»
le nom d'établissement de S. Lotit s ; La fondation des Quinze-Vingts, et
lois encore imparfaites, mais précieux celle de la plupart des hôpitaux delà
monument de la sagesse et du zèle capitale sont son ouvrage. Il donna
qu'il opposoit aux abus. aux Chartreux le palais du roi Ro-
C'est à ce prince que remonte l'in- bert, qui n'étoit point habité, parce
stitution des notaires royaux; il eu qu'il y re venoit, disoit-on, des esprits,
créa soixante en titre d'oflice. On lui C'est de cette opinion populaire qus
rapporte aussi l'érection des charges vint le nom de Fontaine du Diable,
de maîtres des requêtes. Us ne furent et de nie d'Enfer , donné à ce quar-
d'abord qne trois. Il est le premier lier de Paris.
de nos rois qui ait eu un officier prin- L'usage de jouer àei mystères sur
cipal de marine avec le titre d'amiral. le théâtre commença à s'établir sous
On trouve sous le règne de Phi- le règne de PhUippe le-Bel. Dans une
lippe le-Hardi, les premières lettres fête qui fut donnée lorsque et" prince
d'anoblissement en faveur de Raoul, conféra à ses enfans l'ordre de cheva-
l'orfèvre du roi. Celte prérogative, lerie: «Là, vit-on Dieu», dit nno
par laquelle le monarque tiroit un ancienne chronique, « manger des
citoyen de la foule, étoit réservée à » pommes, rire avec sa mère, dire
lui seul. Un arrêt du parlement , en • des patenôtres avec ses apôtres :
Usages, etc. Anecdotes , etc.
1280, porte que le comte de Flan- » ressusciter et juger les morts; là,
dre ne peut et ne doit faire un noble » furent entendus les bienheureux,
sans l'autorité du roi. » chanter en paradis, dans la coin-
C'est Philippe Ic-Iiel qui rendit le » pagnie d'environ quatre-vingt-dix
parlement sédentaire à Paris; cette «anges, et les damnés pleurer dans
compagnie suivoitanparavantlaconr. n un enfer noir et puant , au milieu
Ce fut aussi lai qui le premier restrei- •• de plus de cent diables qui rioient
gnit les apanages aux seuls hoirs » de leur infortnne, etc.» Tels étoient
luàles. Il réduisit la plupart des sei- alors les plaisirs les plus délicats de
gneurs à lui vendre leur droit de bat- la France.
tre moniioie, et fit graver sur la sienne On remarque, sons le règne de la légende qui s'est conservée jusqu'à Cbarles-le-Bcl, l'érection de la baronce jour : Sit nornen Doinini benedic- nie de Bourbon en duché-pairie. Les liim; « Que le nom du Seigneur soit lettres du roi portent : « J'espère que béni! » On trouve des lettres de ce » les descendans du non veau duc monarque, dans lesquelles il se sert n (Louis, petit-Cls de S. Louis) conde la formule : par la plénitude de la • tribueront par leur valeur à maiupuissance royale. n tenir la dignité de la couronne. »
Du temps de Charles-le-Bel, la L'application de ces paroles à Henri iv
coiffure des femmes éloit en pain de est intéressantepourtons lesFrançais.
sucre, d'une hauteur extraordinaire, Le gibet élevé par Enguerrand de
chargée de dentelles qui flottoient en INIarigni, à Montfaucon, fut fatal à
l'air. Cette mode a duré en France tous ceux qui s'en mêlèrent. Marigni
près de deux cents ans. y fut attaché. Pierre Rémi, qui le fit
Philippe de Valois est regardé réparer , y fut pendu. Jean M onnier,
comme l'auteur de l'établissement des lieutenant civil, y ayant fait toucher,
greniers à sel et de la gabelle; ce qui y fit amende honorable. Enfin, Jean
fit qu'Edouard lit, roi d'Angleterre, de Montaigo, etSamblancai, sur-in-
le nommoit ;issez plaisamment VJii- tendant des finances, y perdirent
teiir de la loi salique. ignominieusement la vie.
Ce prince fut peut-être celui de Après la funeste et sanglante ba.
nos rois qni altéra le plus les mon- taille de Créci, Philippe de Valois,
noies. Non seulement il en haussa la vaincu, cherchant un asile, arriva
valeur; mais il en faisoit fabriquer de vers le milieu de la nuit à la porte
bas aloi. Philippe faisoit jurer à ses d'un château. Il frappa; le châtelain
officiers nionnoyenrs sur les Evau- voulut savoir qui il étoit : « Ouvrez ,
giles de garder le secret; mais com- « dit-il, c'est la fortune de la France.»
ment pouvoit-il se flatter qu'une telle Comme on engageoit le roi Jean ir
infidélité ne seroit point découverte, à ne point retourner dans sa prison,
et quel temps que celui où l'on étoit ainsiqu'ill'avoit juré, ilrejela cet avis,
obligé d'avoir recours à un pareil « Si la justice et la bonne foi, dit-il,
stratagème. >. étoient bannies du reste du monde.
ENTRETIEN XVIIl. SSg
Usages, etc. Anecdotes, etc.
Tandis que l'exercice de l'arc et de » il faudroit qn'ou retrouvât ces ver-
l'arbalète étoit soigneusement cultivé » tus dans la bouche et dans le cœur
en Angleterre, on le méprisoit en » des rois, »
France, comme indigne delà valeur Charles v disoit souvent : «Je ne
nationale. Avec celte arme perfide, » trouve les rois heareus, qu'en ce
disoient alors les Français , un pol- « qu'ils ont le pouvoir de faire du
tron peut tuer sans risque le plus vail- » Lien. »
lant homme : Nous ne votdoiis vain- Doué du talent de la parole , il cre qu'avec nos lances et nos épées. étoit toutefois fort réservé dans ses Les archers anglais devinrent terri- discours. Quelqu'un disant un jour blés. Une grêle de traits, décochés qu'il n'y avoit rien de plus beau que avec autant d'adresse que de force, de savoirbien parler : »Ilest vrai, rémettoit le désordre partout. Il fallut » pondit-il ; mais ce n'est pas an moindonc enfin employer icsmêmes armes; » dre talent que desavoir se taire.» mais on aima mieux soudoyer dea Après l'assassinat du duc d'Orétrangers, que de s'en servir soi- léans, commis dans Paris, par les ornième; et ces étrangers, furent près- dres de Jean-Sans-Peur, duc de P>ourque toujours de mauvais soldats, gogne, Jean Petit, docteur de l'uni- Voilà la principale cause des défaites versité, vendu au Bourguignon , proluultipliées que la France éprouva nonça avec effronterie un long disdurant près d'un siècle, et de la su- cours, où, après avoir prouvé qu'il périorité des Anglais. étoit permis à chaque particulier de
Les Français ne connoissoient pas tuer un prince que l'on croyoit être encore, ou du moins connoissoient un tyran, il fit l'application de cette trèspenl'nsagedu canon. Les Anglais, maxime au prince assassiné, lui imà la bataille de Créci , en firent jouer putant tous les forfaits imaginables. Il six pièces, qui effrayèrent plus par conclut qu'on devoit récompenser leur nouveauté, qu'elles ne firent ef- l'auteur de l'assassinat, « à l'exemple fectiveraent de mai. La poudre, inven- » des rémunérations faites à Monseitée vers i33o, suivant la plus corn- » gneur S. Michel l'Archange, pour mane opinion, étoit encore alors bien » avoir tué le diable. » Cette abomiinforme ; et le canon n'étoit composé nable doctrine fut condamnée à la raque de planches de cuivre assemblées quête de l'université, et par les soins en rond, liées avec des cercles de fer. du fameux Gerson.
Jean ii, institua l'ordre de l'Etoile, Les habitans de Paris, ayant ouvert
en faveur des plus grands seigneurs; leurs portes à Charles vu, s'empres-
mais cet ordre s'avilit bientôt par le sèrent d'effacer leurs anciennes ré-
trop grand nombre de chevaliers, et voltes, parles démonstrations de joie
fut abandonné aux chevaliers du qu'ils donnèrent a ce prince. L'entrée gii"*' du monarque fut magnifique. Sur le
La variation des monnoies, sous passage, depuis la porte Saint Denis
le règne de ce prince, est la preuve jusqu'à Notre-Dame, les rues étoient
3Go ÉRASTE,
Usages, etc. Anecdotes, etc.
la pins forte des malheurs qui le dé- pleines de théâtres, onTon jonoit les solérent. Le roi fut réduit à payer ce niysières. II trouva d'abord une masqn'il acheloit pour sa maison, avec carndeqn'on n'iniagineroit pasaujoarune petite raonnoie de cnir qui avoit d'hui : c'étoieiit les sept péchés capiau milieu un petit clou d'argent. Cette taux, coiutatlus par les trois vertus Tariaiion, souvent répétée, étoit plus théologales et les quatre vertus carfuneste que les impôts, et sans doute dinales,
plus fatale an coinmef<;e; aussi le Louis xi, ce prince si terrible, étoit
peuple vit-il avec joie l'établissement l'esclave de son médecin Jean Coitdes tailles et des aides qui le mettoit lier. Cetesculape téméraire et insolent à l'abri de cette vexation. Ce qui est osoit lui dire : « Je sais qu'un beau étrange, c'est que le luxe ne fut ja- » matin vous me renverrez, comme mais porté plus loin par les grands >> vous faites de tant d'autres: mais je seigneurs; le roi leur en donnoitlui- •> jnre Dieu que vous ne vivrez point moine l'exemple. » huit jours après.» En cinq mois il
C'est à Charles v qu'on doit l'arrêt donna près de cent mille écus à ce qni (Ixe la majorité de nos roisàqua- médecin.
torzc ans, arrêt qui remédia aux abus Irrité contre un astrologue qni
des régences, qui absorboieat l'auto» avoit prédit la mort de sa maîtresse, rite royale. il le fit venir, bien résolu de ne le
Sous son règne, on imagina les point épargner. « Toi, qni prévois h.ïhiis nii-partis, semblables à ceux >. tout, lai dit-il , quand mourras-tu .>• » de nos bedeaux. Le roi étoit vêtu, par- L'habile astrologue, qui pénétra le dessous de son manteau royal, d'une dessein du prince, lui répondit: » Je cotte d'écarlaie dont la forme ressem- >> mourrai trois jours avant votre mabloit assez aux fourreaux des enfans. »jesté. » On prit grand soin de sa Cet habillement étoit commun aux personne,
hommes et aux femmes, et avoit une Louis xi ne vouloit jamais prêter
queue traînante plus ou moins, selon serment sur la croix de S. Lô d'An» la qualité des personnes. Ce fut aussi gers, parce que, suivant une vieille dans cetemps que les nobles des deox croyance deson temps, ceux qui viosexes commencèrent à porter les ar- loient ce serment, mouroient niiséramoiries de leurs maisons, brodées sur blement dans l'année. Ses ennemis leurs habits. prolitèient plus d'une fois de la bi-
Tout ce que la démence du roi zarrerie de cette opinion, et décou- Charles VI procura à la France, outre vrirent par-là ce qu'il avoit de plus de grands maiheurs, fut l'iavention caché dans l'Ame. On n'avoit qu'à des cartes à jouer. On les connoissoit exiger de lui qu'il jurât par la croix très peu avant son règne; on les cm- de S. Lô ; s'il le refnsoit, ses propoploya pour an:nser ce monarque va- siîions et ses offres n'étoient pas stnk>tud;naire. Cette invention, favora- cères. Son jurement ordinaire étoit ble à la paresse, est devenue perul- parla Pàque-Dieti.
ENTRETIEN XVIII. 36i
Usages, etc. ylnecdotcs, etc.
cieuse à la société, en dégoûtant de» Il faisoit manger avec lui, non seu-
exercices du corps, en procurant lement les seigneurs, pour les attacher
contre l'ennui, aux gens oisifs, une à la cour, mais les étranger» qui pou-
ressource souvent pire que l'ennui voient l'instruire, quelquefois iiièoie
même, et en facilitant les moyens de des marchands. Un de ces derniers,
ruiner tout à la fois sa santé et sa nommé Maître-Jean, flatté de cette
fortune. disiinclion, s'avisa de lui demander
On vit sous ce prince le premier des lettres de noblesse. Le roi les lui exemple de la taille réelle, dont le accorda, et dès-lors ne daigna plus le système a été si souvent renouvelé, regarder : Maître- Jean témoigna sa On appeloit tailles lesanciennes im- surprise. «Allez , monsieur le gentilpositions, parce que les collecteurs «homme, lui dit Louis, quand je raarquoient sur une petite taille de » voas faisois asseoira ma table, je Lois ce qu'ils avoient reçu des con- » vous eslimois comme le premier de tribiiables : tant l'usage d'écrire étoit » votre condition : aujourd'hui que alors peu connnun. >• vous en êtes le dernier, je feiois
On vit aussi se former les premiè- » injure aux autres, si je vous faisois
res troupes d'acteurs de théâtres. Les » la même faveur. »
plus graves , noi7nnés confrères de la On le voyoit se mêler avec les bonr-
passion, représentoient burlesque- geois; s'informer de leurs affaires, se
uient les mystères. Les enfans sans faire inscrire dans les confréries d'ar-
sorri, dont le chef èlo'it le prince tisans. Il affectoit dans ses habits une
</ejjo?j, mirent snr la scène des aven- simplicité mesquine et indécente,
tures bizarres et ridicules. Les clercs Dans une entrevue avec le roi deCas-
des procureurs, ou clercs de la ba- tille, en i463, il parut en habit de
soche , commencèrent par des mora- gros drap, la tète couverte d'un vieux
lilés allégoriques, et s'attachèrent aux chapeau, tandis que le Castillan éta-
farces. Les Cornards en Normandie, loit une fastueuse magnificence. Dans
sous un chef qu'on appeloit l'a^^t' des sa maladie, il affecta au contraire de
Cornards, et qui portoit la crosse et s'habiller inagnifiqueuient, pourem-
la mitre, jouoient des pièces égale- pêcher qu'on ne .s'aperçut de son état
ment satiriques et impertinentes, qui n'en devenoit que plus visible.
Tous ces théâtres étoient une école Gènes s'étoil soumise à la France
de superstition, d'indécence et de sons Charles vr. Cette république vo-
grossièreté. lags, après de fréquentes révoltes,
La coiffure des femmes étoit alors offrit encore à Louis xf, de lerecim-
composée d'un vasie bonnet, remparé noître pour souverain. Il répondit :
de bonrlets monstrueux, de trois «Vous vous donnez à moi, et moi,
quartiers de haut, formant deux lar- » je vous donne au diable. »
ges oreilles qui rendoient les portes L'ambassadeur delà république de
trop étroites ponr leurs têtes. Elles Venise, voulant détourner Louis xii
avoient inventé des robes à manches d'entrer dans la ligue de Cambray , en
Usages, etc.
Anecdotes, etc.
déchir|uetées, et traînantes. Les manches des pourpoints des hotnines étoient aassi énormes et aussi ridicules.
L'imprimerie, inventée depuis peu en Allemagne, fut introduite en îVance sous le règne de Charles vir.
Ceux qui mirent en vente les premiers livres imprimés passèrent pour magiciens.
Malgré le luxe et l'extravagance des modes de ce temps-là, on ignoroit tellement les commodités de la vie, que, durant l'hiver rigoureux de tSSy, les seigneurs et les dames de qualité qui n'osoicnt monter à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux,
Charles vit réduisit la gendarmerie à quinze compagnies, chacune de cent hommes d'armes. Chaque gendarme avoit six chevaux, de façon que cette troupe formoit neuf mille cavaliers.
Il établit aussi cinq mille quatre cents archers, dont une partie combattoit à pied, et l'autre servoit de cavalerie légère. Ce prince est le premier de nos rois qui ait imposé de nouveaux tributs, sans le concours des états -généraux.
Quoique plusieurs rois de France, prédécesseurs de Lonis xr , eussent porté le titre de très chrétiens , c'est néanmoins dans la pei'sonne de ce prince que cette qualification commença à être affectée particulièrement à nos monarques, ainsi que le titre de Majesté, peu connu jusqu'alors.
Ce fut lui qui établit les postes, par une avidité d'apprendre les nouvelles. Deux cent trente commis à ses gages portolent les ordres du monarque et les lettres des particuliers daus
lui vantant la prudence des Vénitiens:
« J'opposerai, lai dit ce prince, nn si » grand nombre de fous à vos sages, » que je les déconcerterai. »
Sur le point de livrer la bataille d'Aignadel, on lui représente que les Vénitiens se sont emparés du seul poste qu'il pouvoit occuper. « Oà » camperez-vous, sire, demande un » grand de sa cour? — Sur leur ven- » tre, répondit-il. » Quelqu'un lui conseillant, dorant la mêlée, de ne point tant exposer sa personne : « Que « ceux qui ont pear , s'écrie-t-il, se » mettent derrière moi. » L'Alviane , général des Vénitiens, ayant été fait prisonnier, ne répondit aux bontés du roi que par une dédaigneuse indifférence. Louis se contenta de le renvoyer au quartier des prisonniers.
« Il vaut mieux le laisser, dit-il; je » m'emporterois, et j'en serois fàc >é. >> Je l'ai vaincu : il faut me vaincre » moi-même. » Ce bon roi ayant appris le gain de la bataille de Ravenne, et la mort de Gaston de Foix, son neveu, qui avoit été tué: « Je voa- » drois, dit-il , n'avoir plus un pouce » de terre , en Italie , et pouvoir à ce » prix faire revivre mon neveu Gas- » ton , et tous les braves homme» qui » ont péri avec lui. Dieu nous garde » de remporter jamais de telles vie- » toires! »
Avec treize millions de revenu , qui en valoient environ cinquante d'aujourd'hui, ce prince soutint la majesté du trône, et fournit à tout. Il disoit que la justice d'un prince l'oblige à ne rien devoir, plutôt que sa grandeur à beaucoup donner. « J'aime » mieux, disoit-il un jour, voir les
Usages, etc. Anecdotes, etc.
tons les coins du royaume. Il est vrai • conrtisans rire de mon avance, que qu'il fit payer cher à la France cet éta- m de voir mon peuple pleurer de mes LIissement utile ; il augmenta les tail- » dépenses. >» les de trois millions sept cent mille
livres par an, ce qui pouvoit faire environ vingt-trois millions d'aujourd'hui : au lieu que Charles vu n'avoit jamais levé , par an , que dix-huit cent mille francs.
Ce fut sons Louis xi que se fit le premier traité d'alliance entre la France et les Suisses. Le monarque , qui savoit se prêter à tout , s'honoroit du titre de bourgeois de Berne, en conséquence des lettres de bourgeosie qu'il a voit fait demander aux cantons helvétiques.
Cbailes vm établit la compagnie des Cent-Saisses. Ce fut aussi sous son règne que le grand conseil fut érigé en cour souveraine.
Louis su érigea en parlement la cour souveraine de Normandie, dite Y Echiquier. 11 créa celui d'Aix en Provence , et fit publier une patente du Soudan d'Egypte , qui le déclaroit souverain de Jérusalem et des lieux saints.
Il maintint l'usage où éloient les parlemens du royaume de choisir trois sujets pour remplir une place vacante. Le roi nommoit un des trois. Les dignités de la robe n'étoient données alors qu'aux avocats; elles étoiciit l'effet du mérite, ou de la réputation qui suppose le mérite. Son édit de i449 a rendu sa mémoire chère à tous ceux qui administrent la justice, et à tous ceux qui l'aiment. Il ordonne par cet édit qu'on siiife toujours la loi, malgré les ordres contraires que l'iinportunitc pourroît arracher au monarque.
364 ËRASTE,
Tableau général de l'histoire de France , depuis le règne de François l" jusqu'à celui de Louis \l\\.
FRAîîçoisi", surnomme LE père des lettres.
i5i5. Louis XII n'ayant pas laissé d'enfant mâle, la couronne passa à son gendre François comte d'Angoulème, premier prince du sang, issu de Charles-le-Sage , par la branche cadette d'Orléans. Son esprit, ses taicns,son courage , sa grandeur d'àme le rendoient digne du trône : heureux si , à ces vertus, il eût joint plus d'économie, d'application et de prudence!
Se livrant comme ses prédécesseurs à l'ambition de conquérir des états en Italie, il lève des troupes, traverse les Alpes par un passage jusqu'alors impraticable , arrive dans les plaines de Marignan, où il rencontre les Suisses, regardés alors comme les meilleurs soldats de l'Europe. Ils attaquèrent les Français avec une impétuosité qui sembloit tenir de la fureur. Le roi à pied soutint leur choc à la tête de son infanterie. L'action se prolongea jusqu'à ce que l'obscurité de la nuit séparât les combattans. Le roi passa le reste de la nuit sur l'affût d'un canon. Le combat recominença au jour avec la même opiniâtreté que la veille, et la victoire, due principalement au courage du roi et au connétable Charles de Bourbon qui commandoit sous lui, fut complète; quinze mille Suisses y périrent , et le roi entra dans jMilan.
i52o. Une funeste rivalité s'élève entre l'empereur Charles- Quint et François I'^^ Ces deux princes se déclarèrent la guerre. Le connétable de Bourbon quille le parti de la France, par les injustices de la mère du roi. François l*^"" subjugue et perd presqu'en même temps la Navarre. 11 est plus heureux en Picardie, d'où il chasse Charles qui y éloit entré. Il pénètre même dans la Flandre, où il enlève à son ennemi, Landrecies, Bouchain, Hesdin et plusieurs autres places. Le Milanez se révolte ; les Français en sont chassés en i522. Le
connétable de Bourbon se jette dans la Provence, emporte Toulon et assiège Marseille. Le roi marche à sa rencontre , le contraint de disparoître , le poursuit dans le Milanez, et le combat à Pavie. La fortune l'abandonne ; il est battu et fait prisonnier avec les principaux seigneurs de France; la moitié de Tarme'e française e'toit détruite , l'autre moitié se hâta d'évacuer l'Italie on iSaS. Son courage ne se démentit point ; et ce fut alors qu'il écrivit à sa mère : Madame, tout est perdu liormis Vhonneur. Il ne recouvra sa liberté que par un traité onéreux, signé à Madrid le i4 janvier iSaG. Il renonçoit à ses prétentions sur Naples, le Milanez, Gènes et Ast ; à sa souveraineté sur la Flandre et l'Artois : il devoit céder le duché de Bourgogne. Mais il n'accorda rien , sous prétexte que les étals-généraux de son royaume s'y opposoient ; au contraire , il forma contre l'empereur une confédération nommée la ligue sainte. La guerre recommença , et ne se termina cju'en i52C), par le traité de Cambray. Alors François 1'='" épousa Eléonore, veuve du roi de Portugal et sœur de l'empereur, et racheta de ce prince , devenu son beau-frère, la liberté de ses deux fils qu'il avoit donnés pour otages en sortant de sa prison : cette liberté coûta deux millions d'or.
1534.. Le monarque français envoie en Amérique Jacques Cartier , habile navigateur de Saint-Malo , pour faire des découvertes, et en effet , il découvrit le Canada. « Quoi! disoit » plaisamment ce prince, le roi d'Espagne et celui de Portu- » gai partagent tranquillement entre eux le Nouveau-Monde » sans m'en faire part! Je voudrois bien voir l'article du tcs- " tament d'Adam qui leur lègue l'Amérique. »
i535. L'empereur avoit promis par le traité de Cambrai le duché de Milan à un des fils de François i" ; ayant refusé de remplir ses engagemens, la guerre recommence. Le roi s'empare de la Savoie ; l'empereur fond sur la Provence , la moitié de son armée y périt de faim ou de maladie.
i538. François i" cherchoit partout des ennemis à son heureux rival. Il s'unit avec Soliman 1" ; mais cette alliance avec un empereur Mahométan excita les murmures de l'Europe chrétienne , sans lui procurer aucun avantage. Las de la guerre , il conclut enfin une trêve de dix ans avec Charles , dans une entrevue que le pape Paul Jii leur ménaga à Nice. L'empereur ayant passé quelque temps après par la France ,
pour aller châtier les Gantois re'voltes, lui promit l'investiture du Milanez, depuis si long-temps conteste' entre les deux monarques, Il n'eut pas plutôt f|uilte le royaume, qu'il refusa ce qu'il avoit promis. La discorde souffle de nouveau la vengeance. François envoie des troupes en Italie , dans le P\oussillon et dans le Luxembourg. Le comte d'Enghien bat les impériaux à Gerizoles , en i544, et se rend maître du Montferrat. La France , unie avec Barberousse, roi de Tunis et d'Alger, et Gustave ^asa, roi de Suède, se promettoit de plus grands avantages, lorsque Charles-Quint et Henri vili , roi d'Angleterre , ligue's contre François i" de'truisirent toutes ces espérances en pénétrant dans la Picardie et dans la Champagne ; celte fâcheuse diversion balança les avantages remporie's au delà des Alpes; et la paix fut conclue encore une fois , à condition que le Milanez seroit enfin cédé à un des fils de France.
Ce dernier traité ne fut pas mieux exécuté que les précédens; et tout se disposoit à une nouvelle rupture, lorsque François après avoir langui quelques mois, mourut h cinquante-deux ans, d'une maladie honteuse , fruit des désordres de sa jeunesse. Ce prince fut plus brave chevalier que grand roi. Il eut plutôt l'envie que le pouvoir d'abaisser Charles- Quint, son rival de gloire, moins brave , moins aimable que lui, mais plus puissant, plus heureux , plus politique. Comme il avoit beaucoup d'élévation et qu'il réfléchissoit peu , il négligea trop la politique, et se fia trop sur son courage. Quoiqu'il s'occupât beaucoup du soin d'étendre son royaume , il ne le gouverna jamais par lui-même. L'état fut successivement abandonné aux caprices de la duchesse d'Angoulème , sa mère, aux passions des ministres, à l'avidité des favoris. Aussi laissa-t-il beaucoup de dettes, quoiqu'il eût accablé son peuple d'impôts. La protection qu'il accorda aux beauxarts, a couvert auprès de la postérité la plupart de ses défauts. Il se trouva précisément dans le temps de la renaissance des lettres ; il en recueillit les débris échappés aux ravages de la Grèce, et il les naturalisa en France. Il fonda le Collège royal ; il forma une bibliothèque volumineuse; il récompensa les lalens en roi. Son règne est l'époque de plusieurs révolutions dans l'esprit et dans les mœurs des Français. Les écoles c[ue le roi avoit établies furent fréquentées par
les enfans de toutes les conditions , et ce ne fut plus comme auparavant une honte de savoir autre chose que manier une épee et un chcvaL
HEKRI II.
i54-7. Henri "i ^''^ ^^ François i" , avoit vingt-neuf ans lorsqu'il monta sur le trône. La France ctoit en guerre avec l'Angleterre. Le nouveau roi la soutint avec succès , et la finit en i55o par une paix assez avantageuse. Deux ans après, il se de'clare contre Charles-Quint , enlève à ce prince Metz, Toul et Verdun , qu'il réunit à ses domaines; mais, pour faire ces conquêtes, ilaccahle son peuple, il met un impôt de vingtcinq livres sur chaque clocher, et un autre sur l'argenterie. L'empereur se pre'sente devant Meiz; le roi lui oppose le duc de Guise , et le monarque allemand est obligé de fuir. Pour venger sa honte, ilde'truit Te'rouane. Henri use de repre'sailles en ravageant le Brabant, le Hainaut, le Cambraisis. Il de'fait les impe'riaux à la bataille de Renti, durant laquelle il chercha à combattre l'empereur corps à corps , mais Charles l'e'vita. La fortune lui est moins favorable à Marciano en Toscane, où ses troupes soni battues. Enfin l'épuisement des puissances belligérantes fait couclure une trêve de cinq ans à Vaucelles, en i556.
1557. Cette paix ne fut pas de longue durée. Philippe ii succède à son père Charles-Quint sur le trône d'Espagne, et ce prince , uni avec l'Angleterre , paroît en Picardie à la tête de quarante mille hommes , commandés par Emmanuel Philibert, duc de Savoie, l'un des plus grands capitaines de son siècle. L'armée française est tellement défaite à la bataille de Saint-Quentin, qu'il ne reste rien de l'infanterie : tout est tué ou pris, et le vainqueur ne perd que quatre-vingts hommes. Le connétable de Montmorency et presque tous les officiers généraux sont prisonniers ; le duc d'Enghien est blessé à mort; la (leur de la noblesse est moissonnée; cette funeste bataille plonge la France dans le deuil et dans l'alarme. Henri ne se décourage point ; la noblesse et le peuple, rivalisant de zèle , se cotisèrent pour remplir ses trésors. Le duc de Guise , rappelé d'Italie , rassemble une armée , rassure le royaume par la prise de Calais, que les Anglais occupoient depuis deux cents ans , de Guines et de Thionville. Le duc de Ne-
vers prcnoit en mume temps Charlemont, le maréchal de Termes , Dunkerque et Saint-\ inox; et le mare'hal de Brissac , ne pouvant vaincre en Piémont , à cause du petit nombre de ses troupes , dissipa toutes les forces qu'on lui opposa , et soutint l'honneur des armes françaises contre le duc d'Albe , très-grand capitaine.
i56g. La paix se fit cette année, et la France, en ce'dant des conquêtes éloignées, s'assura des avantages plus solides: elle garda jMetz , Toul, \ erdun , Calais , et d'autres places qui couvrirent vers le nord ses frontières jusqu'alors presque sans défense.
Par la même paix, furent conclus les mariages d'Elisabeth , fille de Henri IT, avec le roi Philippe il, et de Marguerite sa sœur, avec le duc de Savoie. Les fOtes qu'il donna à l'occasion de ce second mariage, furent funestes à la France. Henri , dans un tournois qu'il avoit ordonne' dans la rue Saint- Antoine , fut blesse en jouant contre Gabriel , comte de Montgomeri , capitaine de la garde e'cossaise. Ce champion , ayant rompu sa lance oublia de jeter, selon la coutume, le tronçon qui lui e'toit demeuré dans la main , et le tint toujours baissé ; de sorte qu'en courant il rencontra la tête du roi , et lui donna dans la visière un si furieux coup, qu'il lui creva l'œil droit. Le monarque mourut de sa blessure, le lo juillet, à l'âge de quarante-un ans.
Henri eut été sans défaut , si sa conduite eût répondu à sa bonne mine; mais sa riche taille, son visage doux et serein, son esprit agréable , son adresse dans toutes sortes d'exercices, son agiUté et sa force corporelle , ne furent pas accompagnés de la fermeté d'esprit , de l'application , de la prudence et du discernement qui sont nécessaires pour bien commander. Il étoit naturellement bon, et avoit les inclinations portées à la justice ; mais son esprit fut toujours en tutelle; et pour ne vouloir rien faire de son chef, il lut cause de tout le mal que firent ceux qui le gouvernoient. Il avoit une merveilleuse facilité de s'exprimer autant en public qu'en particulier, et l'on eût pu aussi le louer de son amour pour les belleslettres et sur ses libéralités envers les savans, si la corruption de sa cour, autorisée par son exemple, n'eût invité les plus beaux esprits de son temps à se signaler plutôt par des poésies lascives , que par des omTages solides. La galanterie
etoit remploi le plus ordinaire des courtisans; et la passion du prince pour Diane de Poitiers, qu'il fit duchesse de Valentinois , e'toit le premier mobile de tout ce qui se passoit dans le gouvernement. Les ministres et Ics'favoris plioient e'galement sous elle ; et le connétable de Montmorenci lui-
me
lème, tout aime' du roi, tout grave qu'il e'toit, ne pouvoit se dispenser d'avoir recours à sa faveur : tant e'toit grand l'empire que cette femme , malgré son âge de quarante-sept ans malgré ses infidélités fréquentes, avoit pris sur l'esprit du foible monarque.