LOUIS XVI
1774. Louis , seizième de nom , petit-fils de Louis xv, avoit épousé, n'étant encore que dauphin, Marie-Antoinette d'Autriche. Jamais prince ne monta èur le trône avec des intentions plus pures, et jamais prince aussi ne rencontra pins d'obstacles au bien qu'il chérissoit, ni de sujets plus opposés à leur bonheur. Dès les premiers jours de son règne , il rappela les parlemens, parce qu'on lui persuada que c'étoit le IL 26
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vœu de son peuple. Les parlemens, à peine rétablis , luttèrent hautement contre le monarque auquel ils dévoient leur renaissance. Cette lutte , long-temps prolongée , amena la convocation des e'tats-ge'ne'raux, et ceux-ci la re'volution , qui arracha la couronne à Louis xvi , et le conduisit à l'e'cha-
faud.
1778. La paix qui rc'gnoit en Europe depuis 1763 est trouble'e cette année. Les contestations entre la Russie et la Porte, au sujet de la Crime'e, dégénèrent en hostiUtés. La mort de Télecleur de Bavière met aux prises l'empereur et le roi de Prusse, et la guerre éclate entre la France et l'Angleterre; l'Espagne et la Hollande entrent bientôt dans la querelle. Ainsi le feu de la guerre porte à la fois ses ravages dans les quatre parties du monde.
Les dissensions entre l'Angleterre et ses colonies d'Amérique, devenant tous les jours plus animées, celles-ci publient leur acte d'indépendance, et se placent au rang des nations. Louis XVI éloit spectateur passif de la guerre , lorsque les députés des Etats-Unis vinrent réclamer les secours de la France. Louis xvi ne crut pas qu'il fût de la justice ou de la politique de se déclarer pour eux ; mais, entraîné par son conseil, il reconnoît l'indépendance des Etats-Unis de l'Amérique. 11 fait avec les députés du congrès un traité d'amitié et de commerc;?, mais sans exclusion de personne, pas même des Anglais. 11 fait notifier ce traité par l'ambassadeur de France à la cour de Londres ; l'ambassadeur d'Angleterre reçoit aussitôt l'ordre de quitter la France. Cette retraite est le signal de la guerre entre les deux nations. Des flottes formidables sortent des ports respectifs, et vont ensanglanter toutes les mers. Cette guerre entre la France et l'Angleîerre procura une diversion extrêmement utile aux colonies. Leurs ressources étoient épuisées, et elles se voyoient forcées de songer à un accommodement avec le cabinet de Saint-James. L'Angleterre reconnut formellement l'indépendance de l'Amérique, par le traité de paix de 1783. La France conclut la paix à des conditions glorieuses : elle recouvra ses établissemens des Indes, et le honteux traité de Paris, concernant le port et les fortifications de Dunkerque, fut aboli, 1783.
1787. La France, triomphante à cette époque, n'en devint pas plus heureuse. Necker, minisire des finances, après quel-
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qups anru^es d'une gestion tonte soutenue par le charlatanisme des emprunts, venoit d'être renvoyé.
La de'pense exce'doit la recette de près de cent quarante millions. La guerre d'Amérique avoit coûte' douze ou (luinze millions. Le crédit public disparoissoit, et laissoit l'état sans ressources. Le roi se de'cida alors à convoquer une assemblée de notables de son royaume. Il proposa l'impôt du timbre et de la subvention territoriale. Ces sages dispositions furent repousse'es par divers parlemens. Le roi exile celui de Paris ; sa disgrâce devint la cause des autres parlemens et du peuple lui-même, à qui l'on fit accroire que cette opposition n'avoit d'autre objet que ses inte'rêts et son bonheur.
Après six mois d'exil, le parlement, ayant promis d'être plus docile aux vues du souverain, est rappelé; mais à peine réintégrés, ces magistrats oublient leurs engagemens. Le cardinal de Brienne , qui avoit succédé à Necker, soit ineptie ou trahison , ne prelid que de fausses mesures pour les ramener à la soumission : repoussé du ministère, il est de nouveau confié à Necker que la voix publique indiquoit comme le seul homme capable de relever le crédit public ; il décide la convocation des états-généraux. Jaloux de conserver la faveur du peuple, le perfide ministre, contre l'avis du parlement lui-même , fit accorder au troisième ordre un nombre égal de voix aux deux autres réunis. Le jour même de l'ouverture des états-généraux, le i5 mai 1789, cet ordre (le tiers-état) somma, contre l'usage, les députés du clergé et de la noblesse de se réunir en une seule assemblée. Plusieurs obéirent à la sommation ; et le 17 juin, ce rassemblement illégal se constitua de lui-même en assemblée nationale. Le roi , pour arrêter cette marche séditieuse , annonça une séance royale , dont les préparatifs obligèrent de fermer les salles pendant quelques jours. Le tiers-état rassemblé, méprisant les intentions du roi , jure de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France. La douceur du roi dans cette circonstance , la crainte , comme il le dit , qu'ï/« seul homme pérît pour sa querelle , devint funeste ; il légitima les entreprises des factieux, en ordonnant aux deux premiers ordres de s'y réunir, le 27 juin.
Tandis que ces choses se passoient , le duc d'Orléans travailloit sourdement à débaucher les soldats de la maison du
roi; il y réussit , et corrompit encore les troupes qu'on avoit appelées à Paris pour arrêter cette insubordination. Les conspirateurs , assurés alors qu'ils n'avoient rien à craindre , agitent plus fortement que jamais le peuple, et les plus grands désordres se commirent sous les yeux d'une armée appelée pour les empêcher.
Bientôt une multitude furieuse et dirigée sous main , commet des excès inouïs. Les armes pillées, les barrières incendiées, les canons et les fusils des invalides enlevés ; la Bastille prise ; Launay, son gouverneur, massacré ; Flesselles , prévôt des marchands , assassiné ; Bailli , nommé maire , c'est-à-dire, maître de Paris; La Fayette , élu général des insurgés ; les princes en fuite; enfin, l'infortuné monarque obligé de se rendre à Paris au miheu d'un peuple ameuté; tous ces événemens se passèrent sous les yeux d'une armée immobile, et comme enchaînée sous les murs de Paris.
Dans les y)rovinces, à l'exemple de Paris, on commet, au nom de la liberté, toutes sortes d'horreurs. Les châteaux et les archives sont incendiés dans les campagnes, tandis que l'assemblée , à la suite d'un repas splendide , dans une séance nocturne du 4 ûu 5 août, abolit tous les privilèges et droits féodaux.
L'arrivée de quelques régimens à ^ ersailles , le repas que les gardes-du-corps donnèrent aux officiers , des cocardes blanches distribuées, le refus du roi de sanctionner les é/to^V^ de r homme , production aussi absurde qu'impie, sa prétendue fuite, et la disette des subsistances, combinée parle duc d'Orléans, amenèrent les journées des 5 et G octobre. Une multitude de femmes ou plutôt de furies, ayant à leur tête La Fayette, armées de haches, de piques, de bâtons, sort de Paris. Un ramas d'étrangers , qui paroissoient avoir été appelés dans la capitale pour y faire un coup de main, les suit. La garde nationale vient ensuite. Tout cela arrive à Versailles , se présente à l'assemblée, et son orateur, nommé Maillard, demande, au nom de son cortège, du pain, et la vengeance du mépris de la cccarde nationale. Le roi ayant accepté la déclaration des droits de l'homme , tout parut tranquille. On voulut profifer de ce calme pour faire partir le roi, et mettre d'Orléans sur le trône ; mais la crainte d'occasionner de plus grands maux retint le roi, et il dit qu'il aimoit mieux périr
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que de faire couler le sang des Français. La Fayette , ^f ant parvenu à tranquilliser l'assemblée , logea sa troupe dans Versailles. Le 6 au matin , les brigands , qui s'etoient tenus rassembles pendant la nuit , s'avancent vers le château , y pe'nètrent , massacrent les gardes-du-corps; et la reine, pour échapper à ses assassins , n'eut que le temps de se re'fugier à domi-vetue auprès du roi, où la garde nationale arriva au moment qu'on alloit enfoncer la porte de sa chambre. Le roi paroît sur un balcon et le calme est rétabli. Les conspirateurs, ayant manqué leur coup, demandèrent à grands cris que le roi vînt se fixer h Paris; il s'y rendit avec sa famille le même jour. La loi martiale fut publiée pour avoir l'air de réprimer la licence; les biens nationaux et ecclésiastiques furent mis à la disposition de la nation. Un grand nombre de Français s'expatrièrent.
lygo. Le marquis de Favras, accusé d'avoir voulu enlever le roi, fut pendu. Louis, malgré sa répugnance pour le nouvel ordre de choses, accepta la Constilutiun cwile du clergé , qui bouleversa l'Eglise de France. On lui cacha soigneusement l'improbation du chef de l'Eglise. La France fut divisée en départemens. On créa les assignats , papier-monnoie qui fut hypothéqué sur les biens nationaux. Une fédération de toutes les gardes nationales du royaume , ainsi que des troupes de ligne, se réunit au Champ-de-Mars, à Paris, pour célébrer l'anniversaire du i4 juillet. On y jura d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi , ainsi que de maintenir la nouvelle constitution. Le clergé, appelé à ce serment , le refusa , et professa sa foi d'une manière sublime autant qu'héroïque.
1792. Tout étoit bouleversé. Versailles abandonné. La cour n'existoit plus. Les parlemens étoient remplacés. Les gouverneurs, les commandans, les intendans , les subdélégués , les tribunaux, les élections, étoient supprimés. Des municipes électifs avoient pris la place des échevins, des consuls, etc. Les soldats étoient divisés entre eux ; les provinces changées en départemens ; enfin , la France n'éloit plus la France. Les membres de l'assemblée nationale, qui se disoient patriotes, avoient formé une sociélé dite des Jacobins, du nom du lieu où elle tenoit ses assemblées ; association monstrueuse, qui ravagea les villes et les campagnes. Ceux d'une opinion
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contraire avoient aussi établi des sociétés, des clubs, sous differens noms. Les autres socit'te's du royaume s'affilièrent à celles où elles crurent voir qu'on suivoit leurs principes.
Les tantes du roi partirent pour Rome; et, le 21 juin, Monsieur et son c^pouse quittèrent le Luxembourg; Louis xvi et sa famille sortirent des Tuileries. Monsieur parvint à sortir de France par la route de Mons ; mais le roi et sa famille , ayant pris celle de Mont-Me'di, furent arrêtes à Varennes, ramene's aux Tuileries, où ils furent surveille's par une garde aux ordres de La Fayette. D'Orléans , croyant le moment favorable , demanda la de'che'ance ; mais son parti ne fut pas assez fort. Dès-lors on demanda hautement la mise en jugement de Louis. L'assemblée le décréta suspendu de ses fonctions, jusqu'à ce qu'il eût accepté l'acte constitutionnel. Cette mesure, contrariant les projets de ceux qui vouloient que le roi fût jugé, un mouvement populaire, dont le duc d'Orléans devait faire les frais, fut exécuté. Le iG juillet , des individus , décorés de rubans tricolors , demandoient dans les rues, dans les maisons, des signatures. Le 17, des hommes, qui avoient figuré à Versailles les 5 et 6 octobre , se pressoient en foule au Champ-de-Mars pour signer la pétition. Deux citoyensayant été assassinés, le tumulte augmenta d'une manière effrayante. La garde nationale dissipa le rassemblement. Le nouvel acte constitutionnel, étant achevé, fut présenté à la sanction du roi, qui l'accepta. L'assemblée constituante ayant terminé ses séances le 3o septembre , l'assemblée législative lui succéda , et commença par un décret qui si'questroit les biens des princes français , et qui condamnoit à mort les émigrés s'ils ne rentroient en France avant le i" janvier 1792. Un autre décret ordonnoit la déportation de tous les ecclésiastiques qui n'avoient pas juré le maintien de la constitution civile du clergé. Le roi, selon le droit que lui donnoit l'acte constitution' nel , refusa de sanctionner ces deux décrets.
1792. Le 20 juin, la populace des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau , ameutée par divers agens , se rend aux Tuileries et menace d'enfoncer les portes. Louis ordonne de les ouvrir ; sa réponse en motivant son veto sur la liberté de sa sanction , et la fermeté qu'il montra , déconcertèrent les assaillans. L'orage augmenta bientôt. Les pétitions commandées , exécutées et présentées à l'assemblée législative ne de-
itianJoient que la déchéance du roi. Il n'étoit question que de se porter aux Tuileries. Tous ces projels étant connus, on fit dans ce château quelques préparatifs de défense. La nuit du q au 10 août, le tocsioi sonna, le tambour se lit entendre. Aussitôt, les sections destituent le conseil de la commune , et le remplacent par une commune révolutionnaire qui conserva dans son sein le maire Pétion, et Manuel, procureur de la commune. On nomma un comité d'exécution ; le nommé Santerre, brasseur, eut le commandement général, de la garde nationale. Le château des Tuileries avoit été investi dès le matin, entre autres, par des monstres, la plupart échappés des galères, qui prenoient le nom de Marseil"lais. La reine vouloit qu'on se défendît; il est possible que cela eût réussi; mais comme le sang eût pu couler en abondance, Louis s'y refusa constamment. Le roi prit le parti de se retirer au sein de l'assemblée qui avoit ouvert ses séances à deux heures du matin. Les gardes-suisses qu'on avoit fait venir, et à qui on n'avoit pas donné l'ordre de se retirer, firent résistance contre le peuple ameuté ; mais obligés de céder au nombre , ils furent massacrés. Cette journée coûta la vie à plus de cinq mille personnes. Les conspirateurs, assurés de la victoire, déposant toute honte, mirent sous les yeux même de l'infortuné monarque sa déchéance en délibération. Le i3 , le roi et sa famille furent emprisonnés au Temple. Plusieurs ministres et autres personnes subirent le même sort. Les jacobins triomphèrent partout. Les statues des rois furent abattues ; les ambassadeurs des puissances étrangères se retirèrent. D^s décrets furent lancés contre les personnes les plus notables. La Fayette fut remplacé , dans le commandement de l'armée du nord , par Dumouriez. Le sang ruissela sur l'échafaud , à l'aide du fatal instrument de \3i guillotine , que l'assemblée législative avoit adopté au mois de mars précédent. Il ne s'agissoit plus, pour faire triompher les jacobins , que de les faire trouver en majorité dans la convention , qui devoit se former d'après leur influence et leurs affiliations.
Cependant les puissances voisines , effrayées des attentats auxquels on se livroit en France contre l'autorité royale , se mirent en mouvement. Les troupes du roi de Prusse attaquent la France ; maîtresses de Longwy, elles menaçoient Verdun,
Ces circonstances firent prendre aux jacobins des mesures extraordinaires. Ils ordonnèrent des visites domiciliaires pour de'sarmer les gens suspects. On arrêta beaucoup de nobles, de prêtres et d'autres individus. Tallien , le 3i août, s'exprima ainsi à leur e'gard : « Nous avons fait arrêter les » prêtres perturbateurs; ils sont enfermés dans une maison » particulière , et sous peu de jours le sol de la liberté' sera » purgé de leur présence. » Les patriotes répandirent aussitôt le bruit que les royalistes, dont Paris étoit plein, dévoient forcer les prisons pour en tirer leurs partisans. Aussitôt le cri : égorgeons tous les prisonniers , vole de bouche en bouche. On se porte aux prisons. Des hommes transformés en bourreaux, armés de piques, de sabres, immolent tous ceux qui y éloient détenus. Ces massacres , commencés le 2 septembre , se prolongèrent jusqu'au 6 , sans aucun obstacle de la part des gouverneurs , et coulèrent la vie à près de huit mille Français : bien plus, les assassins furent salariés par la commune. Les mêmes massacres furent provoqués dans plusieurs autres villes, à Lyon, à Méaux, à Reims, surtout à Versailles, où les prisonniers d'Orléans périrent d'une manière atroce.
Le sang répandu par les septembriseurs fumoit encore, lorsque la convention nationale s'installa le 21 septembre. Une grande partie de cette assemblée ne cachoit pas son dessein d'envoyer Louis xvi à l'échafaud. Sa première opération fut d'abolir la royauté et de proclamer la république. La peine de mort fut portée contre tous les émigrés qui seroient pris les armes à la main , ou qui rentreroient en France. Les mots de monsieur et de madame furent remplacés par ceux de citoyen et de citoyenne. Cette innovation avoit pour but de mettre de niveau toutes les classes de la société. D'Orléans s'appela Egalité, d'après un arrêté du conseil-général de la commune. Les sans-rulottes , dénomination donnée h la classe la plus effrénée , eurent entre leurs mains la fortune publique.
Au milieu de tous ces désordres, les armes de la république étoient triomphantes. Le roi de Pusse s'étoit retiré du territoire français. Le général Custines poussoit ses conquêtes sur la rive droite du Rhin ; Anselme s'emparoit de la ville et du comté de Nice; Montesquieu prenoit la Savoie; Du-
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mouriez, Beurnonville et Valence cnvahissolent les Pays-Bas autrichiens et l'évèché de Lie'ge. On porta chez tous ces peuples le ravage et l'horreur de la tyrannie, au lieu de la liberté qu'on leur avoit promise. De pareils succès enhardissant les factieux , ils se hâtèrent d'en venir h leur but.
Le 3 de'cembre , la convention déclara que Louis xvi seroit jugé par elle; le 4-, elle décréta la peine de mort contre quiconque proposeroit de rétablir la royauté en France. Le 11 , Louis fut conduit à la barre de l'assemblée, et entendit articuler contre lui trente-quatre chefs d'accusation , auxquels on le somma de répondre. Quoique pris au dépourvu , il les détruisit tous sur-le-champ , avec autant de force et de justesse que de modération et de simplicité. On lui présenta ensuite les pièces à l'appui de son acte d'accusation; il méconnut les unes, reconnut les autres, et fut reconduit au Temple. Sur la permission de se choisir des défenseurs, il prit Tronchet et Target; ce dernier ayant refusé, Lamoignon de Malesherbes le remplaça ; l'avocat Desèze leur fut adjoint. Il comparut de nouveau à la barre de la convention, le 26 décembre, accompagné de ses trois défenseurs. Dcsèzc , chargé de porter la parole , prononça un discours éloquent qui fut tout à la fois l'apologie la plus complète de son roi, et la condamnation la mieux motivée dos impies qui méditoient sa mort; leur embarras et leur confusion furent extrêmes cjuand l'orateur, sur la fin de son discours, après avoir promené tristement ses regards sur toute l'assemblée , s'écria : « Je cherche parmi vous » des juges, et je n'y trouve que des accusateurs. » Les jacobins de la convention n'étant pas. assez forts pour faire prononcer sur-le-champ la condamnation de Louis xvi , il fut reconduit au Temple , et la discussion sur son procès commença d'une manière orageuse et se prolongea pendant plusieurs jours. Deux partis partageoient l'assemblée; les uns vouloient un appel au peuple, les autres un jugement définitif. Ceux-ci l'emportèrent.
1798. Le i3 janvier, Louis xvi fut déclaré par la convention coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d' attentat contre la sûreté générale de l'état. Le 17, au milieu d'une fermentation orageuse , la peine de mort fut prononcée à une majorité de cinq voix ; c'étoit une infraction manifeste aux lois du temps, qui exigeoient les deux tiers des suffrages
^lo ÉRASTE,
poiir la condamnation d'un accusé. Desèze et ses deux collègues s'e'levèrent avec force contre cette inique sentence, et en appelèrent au peuple français. Mais les factieux connoissoient trop bien les dispositions du peuple pour lui remettre la de'— cision de ce grand procès , et l'appel fut rejeté'. Le 19, on décréta que le jugement prononcé seroit exécuté dans les vingtquatre heures, à compter de la notification qui en seroit faite à Louis, qui en entendit la lecture avec le calme et la résignation de l'innocence. 11 demanda à voir sa famille , dont il étoit séparé depuis six semaines , et un prêtre catholique pour l'assister à sa dernière heure. Ces deux points lui furent accordés. Sa famille resta seule auprès de lui pendant près de deux heures. Louis, après s'être arraché à la scène déchirante de cette dernière entrevue, s'enferma avec son confesseur, l'abbé de Firmont , et passa près de trois heures avec lui. S'étant jeté sur son lit à minuit et demi, il dormit profondément jusqu'à cinq heures : c'étoit le sommeil du juste A six heures il entendit la messe et communia en viatique avec une ferveur inexprimable. Sa religion lui inspiroit un héroïsme auquel ses bourreaux eux-mêmes ne purent refuser leur admiration.
Cent mille hommes commandés par Santerre étoient sous les armes. Vers neuf heures , il vint déclarer à Louis que son heure étoit arrivée. Partons, dit le prince, d'un ton de voix aussi ferme que s'il eût été sur le trône. Il monta en voiture avec son confesseur et trois officiers de gendarmerie , qui avoient l'ordre de le tuer , s'il s'étoit fait un mouvement en sa faveur. Pendant la route , qui dura près de deux heures , il s'entretint avec son confesseur en répétant les prières des agonisans. Deux rangs de soldats , sur quatre de hauteurs, bordoient la route sans intervalles, depuis le Temple jusqu'à la place Louis xv, nommée alors place de la Révolution. Arrivé à cet endroit fatal, il descendit de voiture avec calme , se déshabilla lui-même et se laissa couper les cheveux ; il repoussa le bourreau qui vouloit lui lier les mains. Son confesseur lui ayant dit un mot, il les présenta lui-même, et marcha d'un pas ferme vers l'instrument du supplice , tandis que son confesseur lui crioit avec enthousiasme : Allez, fils de S. Louis, montez au ciel. Arrivé sur l'échafaud , et s'adressant au peuple , il dit d'une voix haute et ferme : « Français,
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» Je meurs innocent ; je pardonne à mes ennemis; je souhaite *> que reffusion de mon sang e'ioigne.... » Santerre ordonna un roulement de tambours qui empêcha d'en entendre davantage. Alors il se présenta à la mort ; sa tête tomba à dix heures quinze minutes. On la montra aux soldats qui faisoient un cercle autour de l'echafaud ; quelques-uns ciièrent vice la nation'. vic>c lu république! Plusieurs personnes trempèrent des linges, des mouchoirs dans son sang. Son corps , sans cercueil, fut mis, couvert de chaux-vive, dans une grande fosse du cimetière de l'église de la Bladelaine de la Ville-l'Evêque. Louis xvi pe'rit âge' de trente-huit ans et demi , après en avoir re'gne' près de dix-neuf.
Usages et Coutumes des Fran- Anecdotes et faits particuliers
fais depuis le règne de arrivés depuis le règne de
Louis XIII jusqu'il celui de Louis XIII jusqu'à celui de
Louis XVI. Louis XVI.
Louis xtii, à son avènement à la couronne, n'avoit pas un vaisseau; Paris ne contenoit pas quatre cent mille habilans, et n'étoit pas décoré de quatre beaux édifices; les villes étoient sans police , les grands chemins , presque irapratical)les , étoient infestés de brigands; l'éiat étoit sans crédit parmi les nalionsëtraiigères.On voit par les registres du parlement que le guet de Paris étoit réduit à qnarante-cinq hommes , mal payés, qui même ne servoient pas.
Le siècle de ce prince étoit celui de la fausse éloquence : tous les discours et toutes les harangues de ce temps-là étoient remplis de passages grecs et latins qui n'avoient aucun rapport au sujet; ce quifaisoit dire à ce prince, dont les cheveux grisonnoient avant le temps , que c'étoient les harangues qu'on lui avoit faites depuis son avènement au trône, qui l'avoient fait blanchix' de si bonne heure.
On étoit encore infatué, au commencement du règne de Louis xiii, de l'astrologie judiciaire; et un astrologue nommé Morin , ayant prédit que tel jour le roi étoit menacé de quelque malheur, on respecta assez la prédiction de ce visionnaire pour recommander au roi de ne pas sortir, il garda effectivement l'appartemen* toute la matinée; mais, s'ennuyant l'après-midi, il.voulut prendre l'air et tomba. "Qu'on ne parle pas de cela à » Morin, dit le prince : cet accident « le rendroit trop glorieux. »
Lorsque ce prince prit les armes contre les protestans du Languedoc et les Rochelois, il prononça ces paroles remarquables : «Je soubaiterois » qu'il n'y eût de places fortifiées qu© » sur les frontières de mon royaume, » afin que le cœur et la fidélité de mes » sujets servissent de garde à ma per- » sonne. »
A la prise de Saint-Jean-d'An{,'eli ,
4i3 ÉRASTE,
Usages, etc. Anecdotes, etc.
Ce fut sons le règne de ce prince en 1621, le duc de Sonbise, qaiavoit que l'académie française, l'imprime- été à la tête des rebelles, vint se jeter rie royale, le jardin da roi furent aux genoux du monarque , et lui faire fondés par les soins du cardinal de des protestations de sa fidélité et de Richelieu ; on abolit l'usage des com- son obéissance pour l'avenir :•< Je bats singuliers. » serai bien-aise, dit le roi, en lui Ou convoqua les états-généraux de » mettant la main sur l'épanle, que 16 t4 ) auxquels on présenta plusieurs »> vous me donniez dorénavant pins objets, qui furent tous contredits, > d'occasions d'être satisfait de vous, suivant les intérêts différens des trois » que je n'en ai en le sujet par le pasétats, ce qui tourne toujours au pro- » se ; levez- vous , et me servez mieux fit des gouvernemens. » désormais. »
Louis xiir, fut le dernier qui ob- Louis xiri aimoit la guerre, et fai-
serva de déclarer la guerre par nn soit paroîlre la plus grande intrépi-
héraut; la France n'avoit sous son dite dans une tranchée. An siège de
règne que quatre-vingt millehommes Royan , en 1622, il fît trembler plus
effectifs, et les revenus ordinaires de d'une fois pour sa vie. Un jour qu'il
l'état ne se montoient qu'à 85 mil- sortoit de la tranchée, un boulet lui
lions. passa deux pieds au-dessus de la tète:
Il étoit assez ordinaire dans ce siè- Mon Dieu! ^iVe, s'écria Bassompierre,
cle de voir des cardinaux à la tête des ce boulet a failli vous tuer ! — Non
armées; Richeliea , le cardinal de la pas moi , répondit tranquillement le
Vallette, et Sourdis, archevêque de roi.
Bordeaux, endossèrent successive- On l'avertit que des seigneurs es-
ment la cuirasse. pagnols venoient lui rendie leurs
Le cardinal de Richelieu peut être devoirs : des Espagnols , dit-il avec
regardé comme le père de la poésie et emportement; cà, cii, qu'on medonne
de la comédie française, par la pas- mon épée !
sion qu'il a témoignée pour ce genre Louis xiv ne perdoit jamais l'occa-
de poésie. Il avoit cinq auteurs à ses sion de dire à ses officiers, et aux per-
gages, à qui il faisoit composer des sonnes en place, des choses qui exci-
piéces de théâtre; on prétend même tent l'émulation et rendent la per"
qu'il étoit l'auteur de quel jues-unes , sonne du souverain plus chère an sa-
qa'il faisoit paroître sous des noms jet. La duchesse deBuurgogne, voyant
empruntés , et qui n'eurent aucun suc- au souper de sa majesté un homme
ces. Corneille fut quelque temps du fort laid, plaisanta beaucoup et très
nombre de ses coopérateurs lyriques, haut sur sa laideur. « Pour moi, ma.
Lajalousie que Richelieu conçut pour » dame, dit le roi encore plus haut,
l'auteur de la tragédie du Cid lui fit » je le trouve un des beaux hommes
perdre les bonnes grâces du ministre. » de mon royaume, car c'est nn des
Quelques jours avant sa mort , » plus braves. »
Louis XIII fit baptiser le dauphin , qui Lorsque M. de Noailles vint le re"
ENTRETIEN XX. 4i3
Usages, etc. Anecdotes, etc.
eut le cardinal Mazarin pour par- mercier de la pourpre qu'il lui avoit
rain , et la princesse de Condé pour fait obtenir : «Je suis assuré, M. lo
marraine, l.e roi lui demandant quel » cardinal, lui répondit le monarque,
nom il avoit reçu , il répondit : Louis » que j'ai plus de plaisir à vous don-
XIV ; cette réponse parut chagriner » ner le chapeau, que vous à le re-
le monarque , qui lui répondit , pas » cevoir. »
encore , pas encore. L'abbé de Pompone ayant perdu
Ce fut sous le règne de Louis xiv son père, Simon Arnaud, secrétaire
que la nation française acquit ce de- d'état, le roi lui dit pour le confier,
gré de politesse, et cette supériorité « Vous pleurez un père que vous re-
en tous les genres qui la distingue si »• trouverez en moi; et moi je perds un
avantageu^ement des antres peuples ; » ami , que je ne retrouverai plus. »
lors de son mariage, tout prit un ca- Ce prince montra beaucoup d'in-
ractère de magnificence et de goût tréj idité au siège deMons et de Na-
qui augmenta toujours depuis. On muv.Monfih, dit-il à monseigneur,
portoit alors des casaques par-dessus la place du roi est là oh est le danger,
nn pourpoint orné de rubans, et sur Quand le grand Condé fut saluer le
cette casaque, passoit un baudrier au- roi après la bataille de Senef, qu'il
quel pendoit l'épée; on avoit une es- avoit remportée contre le prince d'O-
pèce de rabat à dentelles, et un cha- range, le monarque se trouva sur le
peau orné de deux rang de plumes, haut du grand escalier, lorsque ce
Cette mode devint celle de presque prince, qui avoit de la peine à raon-
toute l'Europe. Pour distinguer les ter à cause de sa goutte, s'écria:
principaux courtisans, on avoit in- « Sire, je demande pardon à votre
ventédescasaquesbleues brodées d'or » majesté, si je la fais attendre. — •
et d'argent ; la permission de les por- » Mou cousin , loi répondit le roi , ne
ter étoit une grande grâce pour des » vous pressez pas; on ne sauroit
hommes guidés par la vanité ; on les » marcher bien vite , lorsque l'on est
demandoil presque comme le collier » aussi chargé de lauriers que vous
de l'ordre du Saint Esprit. Sous ce » l'êtes.»
règne on créa beaucoup de cbarges L'envoyé d'Angleterre présenta à nouvelles, comme celle de grand- Louis xiv un écrit de la part de son maître de la garde-robe, etc. maître, pour la démolition du canal Louis XIV, secondé par Colbert deMardick; le monarque, indigné, son ministre, institua l'académie des répondit à ce ministre : «J'ai toninscriptions et belles-lettres , celles » jours été maître chez moi , quelquedes sciences, d'architecture et de » fois chez les autres; ne m'en faites peinture ; il répandoit des bienfaits » pas souvenir, » sur tous les gens de lettres; les savans Dans ses derniers momens, il dit étrangers eurent également des pen- à madame de Maintenon,y'aco/^ cm sions ou des gratifications; la langue qu'il était plus difficile de mourir: française s'épura sensiblement ; la et à ses domestiques , pourquoi
4i4 ÉRASTE,
Usages, etc. Anecdotes, etc.
netteté, la facilité et la délicatessse pleurez-vous; m'avez-vous cru iinavec laquelle elle exprime les objets, mortel?
ont contribué à la rendre générale en Au siège de Menin, en 1744 , on
Earope. dit à Louis xv, qu'en brusquant une
Il etoit d'usage de donner des fêtes attaque qui coùteroit quelques homdans lesquelles le roi , la faoaille mes , on seroit quatre jours plus tôt royale , et les principaux seigneurs dans la ville : « Hé bien , dit le roi ; de la cour dansoient dans les ballets. » prenez-la quatre jours plus tard, Depuis la représentation de la tragé- >• j'aime mieux perdre quatre jours diedeBritannicus, où ilyavoitqua- » devant une place, qu'un seul de mes tre vers dont il pouvoit se faire l'ap- » sujets. •
plication , il ne dansa plus en public. Un officier qui s'étoit dérangé au
Colbert créa des manufactures; ce- service du roi, obtint une gratificapendant l'art du commerce ne faisoit tion , qui n'étoit pas payée , vu l'éque de naître en France, à l'avéne- puisement des finances; sur ce qu'on ment de Louis XV an trône; c'est sons dit à Louis xv, qu'il n'y avoit pas son règne qu'il acquit ce haut point d'argent; « Il n'y a qu'à prendre, réde grandeur où il est parvenu. » pondit-il, cette somme sur l'argent
Le cardinal de Fleury , faute de » destiné à mes plaisirs; il n'est pas prévoyance, où par excès d'écono- » juste que le roi se divertisse, tanmie , avoit tellement négligé la ma» » dis qu'un de ses officiers souffre. » rine, qu'en 1744 la France n'avoit que Après la bataille de Fontenoi, le
trente-cinq vaisseaux de ligne à op- roi dit à un de ses officiers : « Qu'on poser aux flottes nombreuses des » ait soin des Français blessés comme Anglais. " de mes enfans ; et traitez les Anglais
» blessés comme les nôtres; ils ne 3> sont pins nos ennemis. »
Ce prince , visitant les nouveaux bureaux de la guerre , trouva une paire de lunettes sur une table : T'oyons , dit-il , si elles valent mieux que les miennes; et trouvant nn papier sous sa main qui contenoit un éloge pompeux de sa majesté , il le rejeta avec indignation , disant, elles ne valent pas mieux que celles dont je me sers, elles grossissent trop les objets.
Il écrivit au duc de la Vallière , qui avoit eu une main emportée à la chasse : « Tu n'as perdu qu'âne main, et tu en trouveras toujours deux en •> moi à ton service. »
Etat des Lettres, des sciences Anecdotes sur Louis XVI et et des Arts au quinzième sur le Dauphin, son Jils , siècle. Louis XVII.
Tous les arts , tontes les sciences scDibloient s'être ralliés on ranimés dans le siècle précédent autour du génie de Louis xiv. Le xviii" siècle n'ent pas à beaucoup près autant de grands homtnes dans tous les genres; il eut cependant des savans illustres.
Mais à peine élevées à la perfection, les lettres commencèrent à décliner, et leur décadence se fit remarquer dès les premières années du xviii^ siècle. On chercha moins à penser solidement , qu'à penser hardiment ; moins à satisfaire par la justesse qu'à étonner par la singularité du tour ou de l'expression. Le goût s'altéra , et quelques écrivains seulement, échappant à cette corruption générale , se rapprochèrent plus ou moins des grands modèles du xvii* siècle.
De judicieux critiques réclamoient cependant contre les écrivains corrupteurs du goût , et usurpateurs d'une renommée qu'ils ne méritoient pas. D'autres vengeoient le trône et l'autel des insultes d'une fonle d'auteurs audacieux ligués contre l'un et l'autre , et leur voix ne put être étouffée par les cris que poussèrent pendant un demi-siècle l'irréligion et le libertinage , sous la conduite des deux coryphées du parti philosophique , Voltaire et J. J. Rousseau. Celui-ci , dogmatiseur hardi, sut revêtir d'un style magiqne quelques vérités utiles, mais anciennes, mêlées dans des milliers d'erreurs qui devinrent fatales à la société, '^L'autre , habile écrivain ,
Louis XVI , n'étant encore que dauphin, recevoit tous les mois du roi Louis XV , son grand-père , nne somme dont il lai étoit libre de disposer suivant ses desseins. Lors de son mariage avec Marie-Antoinette d'Autriche , fille de l'impératrice Marie- Thérèse , il y eut des fêtes magnifiques qui furent malhenrensement suivies de l'événement le plus désastreux.
Des échafauds , placés autour de la place Louis xv , s'enfoncèrent, et un nombre considérable de personnes qui s'y trouvoient pour jouir du coup d'œil furent renversées au milieu des pieux et des fossés creusés pour les fondations; la plus grande partie périt, Louis XVI, à la nouvelle de ce fatal accident, fit passer à M. le lieutenant de police la lettre suivante :
« Je suis vivement pénétré du mal- •• heur qui vient d'arriver. On m'ap- » porte à l'instant la somme quele roi » me donne tous les mois ; je ne puis >> disposer que de cela, et je vous » l'envoie. Hâtez-vous , je vous prie » de secourir les plus infortunés. »
Le don fut continué pendant plusieurs mois.
Le plaisir le plus grand de ce monarque étoit de se dérober à tons les regards pour exercer sa bienfaisance ; et quand il étoit surpris, il disoit : Il est bien singulier que je ne puisse aller en bonne fortune , sans qu'on le sache.
Louis XVI , en montant sni le trône, ne voulut régner que par la justice;
4iG ÉRASTE,
Lettres, etc. Anecdotes , ete.
mais abasant de sa prodigieuse faci- et l'on a défié ses plas ardens ennelité , vonlat primer dans tous les gen- mis de citer une seule injustice de son res , et les manqua presque tous. On règne qui lui fût personnelle. Il venoit a rempli des volumes eutiers de ses de monfersur le irônelorsqu'habitan t bévues littéraires et de ses mensonges le château de la Muette , on lui anhistoriques ; on en rerapliroit de plus nonça que les babitans de l'endroit gros encore des infamies et des turpi- réclamoient sa justice contre un bonindes qui souillent la plupart des ou- langer qui, proCtant de l'affluence du vraies sortis de sa plume. Aujour- peuple qui accourt pour voir son d'hni sa réputation a baissé , et il n'est nouveau roi , lui vend le pain au-desplus regardé comme le roi de la litté- sus de la taxe. Le roi, après avoir rature, que par les hommes intéressés reçu la plainte de ces villageois, lenr à relever les ennemis de la religion et dit : « Je vous ai entendus, mes endes mœurs. » fans, il faut que j'entende aussi ce-
Le dix-huitième siècle a été fécond » lui que vous accusez. » Le monopo-
cn découvertes , et la France y a ea leur est mandé ; il est interrogé , et
beaucoup de part. Une des premières le délit est prouvé. Le roi alors se fait
fut celle des phénomènes de l'électri- représenter la loi : et la lecture qu'il
cité, encore inexplicables aojour- en fait faire an coupable, lui apprend
d'hui pour les savans comme pour le qu'elle le condamne à une amende de
peuple. On imagina la montre marine cinq cents livres. Le condamné se
si utile pour fixer les longiindes dans jette à genonx, et demande grâce
les voyages de long cours. On dé- pour une faute qu'il assure être la pre-
convrit les moyens de rappeler les niière de sa vie en ce genre : « Mon
noyés à la vie et de rendre aux as- « ami, lui dit Louis xvi, situ m'a vois
phixiés la respiration et le mouvement, » trompé, je ponrrois te faire grâce;
On vit se développer et se perfec- » mais je ne la ferai jamais, il m'est
tionner, en faveur des sourds-muets »> impossible de la faire aux ennemis
de naissance, ces procédés ingénieux >> de mon peuple. » Tel fut le premier
et comme miraculeux , qui réparent jugement rendu par Louis xvr. des accidens réputés irréparables, qui Son ministre de la guerre, le prince
suppléent la voix par les gestes, qui de Montbarrey, travaillant pour la
placent l'ouïe dans les yeux, et la pa- première fois avec lui, lui présenta
rôle au bout des doigts. Mais la dé- nne liste de jeunes gens qui deman-
con verte, sinon la plus utile, du doient à être placés dans des régimens.
moins la plus brillante du dernier siè- Plusieurs étoient puissamment recom-
cle, est sans contredit celle des aéro- mandés, et le nombre des aspirans
stats (i 783). A l'aide de ces vaisseaux snrpassoit de beaucoup celui des pla-
aériens, des hommes audacieux s'éle- ces; Louisxvi prend alorsson crayon,
vèrent au-dessus des nues, et entre- et commence par effacer de la liste
prirent de dompter l'élément de l'air, tons ceuxqu'U voit recommandés par
comme les anciens avoient dompté la reine , par les princes ses frères, et
Lettres, etc. Anecdotes, etc.
celai de l'ean; ce ne fat pas, il fant par d'autresgrantls personnages. Cetle l'avouer, avec le même succès; ils luéthode paroît fort extraordinaire au cherchèrent et ils chercheront sans nouveau ministre , qui en fait l'obdoute encore long-temps le secret de servation au roi ; « Eh! monsieur, lui dlrigerleur marche au milieu des airs. » dit Louis xvi, ne votcz-vous pas
L'inoculation, la vaccine et le pu- » qae ceux qui ont de si bons appuis ratonnerre sont encore des inventions » sauront toujours se tirer d'affaire, du dix-huitième siècle. ■> et qu'il est de la justice que moi , le
» père commun de mes sujets, je m'établisse le protecteur de ceux que je » vois destitués de tonte protection. »
Louis XVI avoit l'art précieux pour les grands de faiic agréablement des choses agréables. Un brave ofllcier de mer, capitaine de la frégale royale appelée la Belle Poule , se îrouvoit chez le comte de Manrcpas et faisoit sa partie. Le roi , sans être annoncé , arrive chez son ministre. On se lève à l'instant , on jette le- cartes; mais Louis xvi ordonne que l'on continue la séance. Quelqu'un, dans le moment, observe que le capitaine a bien beau jeu. Le roi, en s'approchant pour en jnger, dit : « Oui , vraiment , c'est partout »> que M. de la Clochelerie a beau jeu.» Faisant allusion à la conduite courageuse que venoitde tenir cet officier. «J'ai pourtant, continue le roi , nn » reproche à vous faire ; on vous soupçonne fort d'inconstance. — Oserai-je >> demander à sa majesté ce qui a pu donner lieu au soupçon .' — - On prétend »> qoe vous allez faire inGdélité à ma BeUe Poule. — Ah! Sire, la pensée ne y> m'en est jamais venue, — Il faut donc qu'elle soit venue à d'autres pour » vous. — C'est, Sire, ce que j'ignore absolument. — Eh bien, moi , j'en sais » quelque chose; car je vous ai vu inscrit quelque part pour le commande- » ment d'un de mes vaisseaux de ligne. »
Le voyage que fit Louis xvi, eu 1786, pour visiter les côtes de Normandie, fut aussi un tissu de scènes touchantes. Dans un hourg où il étoit descendu de voiture, tandis qu'on relayoit, la femme du chirurgien du lieu, écartant la foule dont il étoit environné, parvient jusqu'à lui , se jette à ses genoux, et s'écrie : » J'ai donc le bonheur de contempler notre bon roi ! >> Louis XVI, en la relevant, lui demande ce qu'elle désire de lui. « Sire, je >' connois une femme honnête, généralement estimée, mais pauvre et mère » de douze enfans. — J'entends votre affaire : comme je ne passerai pas an- >• jonrd'hui Vernon , que votre protégée s'y rende avec nn bout de mémoire, «je me souviendrai de votre recommandation; et pour vous, ma bonne, >. vous ne demandez rien.' — Sire , après le bonheur d'avoir vu le meilleur ». des rois et de lui avoir parlé, je n'ai plus rien à désirer. Seulement , si je » l'osois , je lui demanderois la permission de loi baiser la main. — Et ponr- » quoi pas le visage.' « reprend Louis xvi , qui en même temps embrasse la suppliante. Ce trait de courtoisie à la Henri iv ravit les spectateurs ; et les cris de 7vi'e le roi ! s'élevèrent jusqu'aux nues,