‹ Éraste, ou, L'ami de la JeunesseChapitre 84 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

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Louis ivi, à qui la nom du chantre aimable de Vert-Vert n'étoit pas inconna , apprend que , non content d'avoir renoncé à travailler puar le iLéàtre, il a eu le courage d& jeter an feu a ne pièce estimée supérieure à tout ce qni a fait la réputation de sa muse. Ce trait, qui peint la grandeur d'àme, paroisîant digne au monarque d'une distinction analogue , il gratifie Gresset de lettres de noblesse, où il fait insérer comme motif déterminant de celte faveur, que l'académicien •■ s'est distingué par des ouvrages qui lui ont ac- ■ qnis une célébrité, d'autant mieux méritée, que la religion et la décence • ont toujours été respectées dans ses écrits. »

Atteutii à tons les besoins de la classe indigente , on vit le vertueux Louis XVI s'empresser à la soulager dans toutes les circonstances, cbercher luiiiièmeles inalheureux dans la détresse, qui auroient échappé à la vigilance des officiers qu'il chargeoit de les secourir. On sera moins surpris de cette sollicitude paternelle, quand on saura que ce que faisoit alors le monarqae, il l'avoit essayé n'étant encore qne dauphin. Souvent, dans sa jeunesse, il se déroboit de la cour, d'une promenade, d'une partie de chasse , pour aller, sous un habit emprunté, porter des secours et des consolaliuns dans les réduits de !a misère. C'étoit là ce qu'il appeloit ses passe-temps , ses menusplaisirs. Tel fut Louis XVI, depuis son enfance, jusqu'au jour où des factieux, qui se disoient le peuple français, jugèrent ce hou prince digne de la mort des criminels , et fiient tomber sa tète sur un échafaud.

Il étoit impossible de se figurer un enfant plus intéressant que le jeune héritier de la monarchie qni s'écronloit ; de trouver dans un enfant de sept à huit ans, plus de finesse, d'esprit et d'intelligence, plus d'amabilité dans le propos et dans le maintien, plus d'élévation dans les sentimens , nn nalnrel plus heureux, de plus précieux indices, en un mot, des qualités déairab!es dans un pririce né pour le trône. Nous rassemblons ici quelques traits qu'on lira sans doute avec beaucoup d'intérêt.

Un jour, jouant avec un officier du château , il avoit perdu la partie , celui-ci lui dit : « J'ai vaincu M. le dauphin. » Le jeune prince, piqué de l'expression , répondit par une saillie d'humeur, pour laquelle la reine le mit en pénitence. Le lendemain, sa gouvernante lui ayant fait une leçon sur le trait de violence annuelle il s'étoit livié la veille : « Je sais bien, répondit-il, » que j'ai eu tort; mais aussi, pourquoi ne disoit-il pas tout uniment qu'il ■ m'a voit gagné.' C'est ce mot de -vaincu qni m'a mis hors de moi-même. »

Un jour qu'on peintre se disposait à tirer le portrait du jeune prince dans l'appartement de sa mère : « Il paroît , monsieur, dit-il à son instituteur, » que ceci va être long et ennuyeux; vous pourriez bien, pendant la séance, » me donner ma leçon de rudiment? — C'est bien pensé, monsieur, répond n le luaitre; vous voiîs souvenez sans doute de celle que vous avez prise •■ hier. — Oh! oui, très bien. — De quoi donc y étoit il question .'* - — De » la distinction qu'il y a entre le positif, le comparatif et le superlatif. — i> Prouvez-nous, par des exemples, que vous entendez cette distinction.^ — » Eb bien! si je dis : jV. l'abbé est bon , voilà le positif; il est meilleur qne

» bien d'aiitra, c'est le comparatif; maman est la meilleure de toutes les » mamans, voilà le superlatif. » Celte ingénieuse application, faite par un enfant qui ne paraît pas plus se douter de son esprit que de ses lualheurs altcmlril la reine, qni porte son mouchoir à ses yeux. Le dauphin le voit, vole dans les bras de sa u.ère, et , niêlant ses larmes aux siennes, lui dit « Ah! ninman, vous avez donc toujours des chagrins? »

Un jour qu'en lui a voit lu quelques traits de la vie des anciens philosophes: il va quérir sa petite lanterne , rallume, fait semblant de chercher quelqu'un dans la chambre, et, s'arrètant devant son instituteur , lui dit : «Dio"ène* » en plein midi , cherchoit un homme avec sa lanterne, et ne letroavoit pas » plus heureux que Diogéne, voici que je trouve un hoiume et un auà. » Une autre fois, comme on lui faisoit une lecture dans le Télémaque, et qu'oa en étojl à l'endroit où l'auteur propose de résoudre la question : Quel est le plus malheureux des hommes ? Le dauphin dit au lecteur ; « Arrêtez je vous «prie, monsieur, ne lisez point la réponse : je vais vous dire ma pensée. ■> Comme il y avoit beaucoup de monde dans l'appartement, on lui dit de monter sur un siège : il le fait , et, d'un ton pénétré : « ÎNlessieurs , dit-il le •> plus malht'ureux des hommes, c'est un bon roi, qui voit que ses sujets ne » veulent plus lui obéir.» A celte réponse, si analogue aux circonstances tous les yeux se remplirent de larmes.

Un particulier avoit été admis à présenter à madame Elisabeth une pièce de vers qui fut jugée fort belle. Le dauphin , étant sorti , aperçoit l'auteur occupé à considérer les appartemens; il rentre, et dit à la reine : « Ce uion- » sieur qui vient de sortir est encore là ; il n'a eu qu'une révérence de ma » tante pour ses jolis vers, elle devroit bien l'en aller remercier. ^ — ■ Cela ne >' se peut, dit la reine; mais rien n'euipèchcroit que vous le fissiez vouf» » même pour elle. » La commission est à peine reçue, qu'elle est acquittée : « Yos vers, monsieur, dit le dauphin au poète, ont été lus avec bien du >> plaisir. Je viens vous en remercier pour roa tante et pour moi. ■

Les réparties ingénieuses ne manquoient jamais au jeune prince pour se tirer d'affaire. On le grondoit pendant une promenade; on lui demaiidoit par quelle fantaisie, au lieu de suivre le beau chemin, il s'en écartoit pour sautiller d'une pierre sur une autre. « C'est, répondit-il , pour m'accoutumer » au chemin de la gloire, qni est raboteux.» XJn soir qu'il s'amusoit dans l'appartement de la reine, tandis qu'elle causoit avec le ministre Bertrand de Mûlleville, on vint l'avertir que son souper étoit servi; et, sans prendre congé de la compagnie, en deux bonds il est à la porte. La reine le rappelle: « Comment, monsieur, vous sortez sans faire la révérence à M. Bertrand.' » Et le dauphin, en se retournant avec vivacité : « Oh ! maman , M. Bertrand » est un de nos amis... Bonsoir, M. Bertrand. » Il se tira un jour d'un engagement de propos avec une présence d'esprit dont le plus adroit courtisan se seroit applaudi. Un détachement de la garde nationale déliloit sous ses fenênètres : « Comme ils marchent ! s'écrie-t-il ; on voit bien que ce ne sont pas là ■ des Suisses...» Il n'avoit pas prononcé ces mots, qu'il s'apeiçoit qu'il y a

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on des offjcJers de cette troupe, dont la tonne Ini fait pitié; à Tinstûnt, et comme par suite de discours, il ajoute : ■ Oli ! mais, attendez un peu qu'on » les ait exercés, et vous verrez que des Français valent bien des Suisses.»

Le daujihin culiivoit nn petit jardin an Louvre. Un détachemetit de deux cents gardes nationales l'y ayant conduit, quatre à cinq seulement y furent admis avec lai. Avant qu'on ne ferme la porte, il se tourne vers ceux qui dévoient y rester, et leur dit : « Je suis bien fâché , messieurs , que mon jardin • soit si petit, car j'aurois grand plaisir à vous y recevoir tous. »

Lorsqu'il eut appris que Lonis xvi étoit jugé à mort, après avoir arrosé ce père de ses larmes, exalté par la douleur, il ne connoit plus d'obstacles; il échappe au premier corps-de-garde, se précipite vers ^c^calier, et se jetant aux genoux d'un municipal qu'il rencontre, il s'écrie en sangloltant : <€ Ab! » monsieur, je vous en prie, je vous en prie, menez-moi dans l'assemblée; » je Ini demanderai qu'on ne fasse pas mourir papa. »

Et c'étoit cet étonnant enfant, ce prodige de sensibilité et de vertus précoces, que les philosophes- tigres dénommoient sous le nom de Lou' l'etcaii , qu'il étoit expédient d'étouffer, et qu'en effet leur scélératesse étouffa.

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