CHAPITRE III
et de ne revenir sur mes pas que lorsque jV serais forcé. Je remonterais chaque affluent aussi loin que je le pourrais, en procédant à de soigneux lavages pour voir s'il y avait de l'or. Chowbok avait plaisir à me voir faire cette recherche, mais elle n'aboutit jamais à rien, car nous ne trouvâmes même pas la couleur. Son aversion pour la grande chaîne paraissait être passée, et il ne refusait pas de s'en approcher. Je suppose qu'il s'imaginait qu'il n'y avait pas lieu de craindre que j'essayasse de la traverser, et de ce côté -là de la chaîne, rien ne l'effrayait ; en outre, nous pouvions trouver de l'or. Mais en réalité il savait très bien ce qu'il avait résolu de faire si jamais il me voyait en approcher de trop près.
Nous passâmes trois semaines en exploration, et jamais le temps ne me parut plus court. Il faisait beau, mais les nuits devenaient de plus en plus froides. Nous suivîmes tous les cours d'eau sauf un, et à chaque fois nous reconnûmes qu'ils nous conduisaient à un glacier évidemment impassable, du moins pour deux hommes seuls et dépourvus de cordes. Une rivière restait, que j'eusse déjà suivie, si Chowbok ne m'avait pas raconté qu'un matin, pendant que je dormais encore, il s'était levé et l'avait suivie sur une distance de six ou sept kilomètres, au bout desquels il avait constaté qu'il était impossible d'aller plus loin. Depuis longtemps je m'étais aperçu que Chowbok était un grand menteur, et je résolus d'y aller voir par moi-même. J'y allai donc, et, lom d'être impraticable, le voyage me parut tout à fait facile. Au bout de huit ou dix kilomètres, j'aperçus au fond de la vallée un col, qui, bien que recouvert d'une épaisse couche de neige, n'était pas un glacier, et semblait véritablement faire partie de la grande chaîne. Rien ne peut exprimer la violence de ma joie. Tout mon sang bouillonnait d'espérance et d'enthousiasme; mais en regardant où était Chowbok qui me suivait, je m'aperçus avec surprise et indignation qu'il était retourné sur ses pas et redescendait la vallée avec toute la vitesse dont il était capable. Il m'avait quitté.