LE COL
Je lançai l'appel colonial, mais il fit la sourde oreille. Je partis à sa poursuite, mais il avait pris trop d'avance. Alors je m'assis sur une pierre et je me mis à réfléchir posément à cette affaire. Il était évident que Chowbok avait fait tout son possible pour m 'empêcher de remonter cette vallée, alors qu'il n'avait montré aucune mauvaise volonté à me suivre partout ailleurs. Qu'est-ce que cela signifiait, — sinon que j'étais désormais sur l'unique voie par laquelle les secrets de la grande chaîne pouvaient être découverts ? Eh bien, que faire ? Revenir au moment même où il devenait évident que j'étais sur la bonne piste ? Je ne le pouvais guère ; et pourtant continuer seul la route serait a la fois malaisé et périlleux. Il eût été déjà assez difficile de revenir au pâturage de mon maître et de redescendre les gorges rocheuses sans avoir la possibilité d'être secouru par quelqu'un s'il m arrivait un accident ; mais avancer à une grande distance, sans compagnon, c'était presque de la folie. Des accidents qui sont sans importance quand on a quelqu'un près de soi (par exemple une entorse, ou une chute dans un endroit dont il serait facile de sortir si quelqu'un vous tendait la main ou un bout de corde), peuvent devenir mortels pour un homme isolé. Plus j'y réfléchissais et moins 1 aventure me tentait ; mais je devins encore plus incapable de me décider à revenir lorsque, regardant le col au fond de la vallée, je remarquai que sa pente douce et couverte de neige pouvait être gravie avec une aisance relative : il me semblait distinguer la route à suivre depuis 1 endroit où j'étais jusqu'au sommet du col. Après y avoir mûrement réfléchi, je résolus d'avancer jusqu'à ce que je parvinsse à un endroit réellement dangereux ; mais alors je reviendrais sur mes pas. De cette façon, j'espérais arriver au moins jusqu'au sommet du col et savoir ce qu'il y avait de l'autre côté.
Je n'avais pas de temps à perdre, car il était maintenant entre dix et onze heures du matin. Par bonheur j'étais bien équipé, car en quittant le camp et les chevaux à l'autre bout de la vallée, je m'étais, selon mon habitude, muni de tout ce qui pouvait mètre nécessaire pour