‹ Erehon, ou, De l'autre côté des montagnesChapitre 68 sur 126 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Thomme exprimait son sentiment du Divin ; que de même que la justice, l'espérance, la sagesse, etc., étaient toutes contenues dans la bonté, de mxême Dieu était l'expression qui englobait toute bonté et toute puissance bonne ; que les gens ne cesseraient pas davantage d'aimer Dieu s'ils cessaient de croire à Sa personnalité objective qu ils n'auraient cessé d'aimer la justice lorsqu'ils auraient découvert qu'elle n'était pas véritablement une personne ; et même qu ils ne L'aimeraient véritablement jamais jusqu'au jour où ils Le verraient de cette façon.

hlle me dit tout cela de sa manière innocente, et sans rien de la cohérence avec laquelle je l'ai transcrit ici. Son visage brillait et elle se crut certaine de m avoir démontré mon erreur, et que la justice est un être vivant. J'avoue que je fus un peu démonté, mais je me remis bien vite, et lui fis observer que nous avions des livres dont l'authenticité était à l'abri de toute espèce de soupçon, car aucun d eux n'avait moins de dix-huit cents ans ; et que dans ces livres se trouvaient les témoignages les plus véndiques d'hommes à qui la Divinité elle-même avait parlé, et de l'un d'entre les prophètes à qui il avait été permis de voir les parties postérieures de Dieu à travers la main qui fut étendue sur son visage.

L'argument était sans réplique, et je parlais avec tant de solennité qu Arowhéna en fut un peu effrayée, et ne put que répondre qu'eux aussi avaient leurs livres, dans lequels leurs ancêtres avaient vu les dieux ; sur quoi je compris que tout ce que je pourrais faire valoir ne la convaincrait pas. Et craignant qu'elle ne racontât à sa mère ce que j'avais dit et que je ne perdisse dans son affection le terrain que je commençais à sentir que j'y gagnais, je me mis à battre en retraite et à me laisser convaincre. Et jusqu'à ce que nous fûmes bel et bien mariés je pris soin de ne plus jamais laisser voir le pied fourchu.

Néanmoins les réflexions d' Arowhéna m'ont souvent préoccupé. Et depuis, j'ai rencontré un grand nombre de personnes pieuses qui ont une profonde science de la divinité, autrement dit : une grande connaissance de la théologie, mais aucun sens du divin ; tandis que i ai vu sur le visage de ceux qui adoraient le divin soit dans l'art, soit dans la nature, — dans les tableaux ou les statues, dans les champs, les nuages et la m.er, dans l'homme, dans la femme ou dans l'enfant, — un rayonnement que je n'ai jamais vu s'allumer au bruit de quelque discours que ce fût touchant la nature et les attributs de Dieu. Qu'on prononce seulement le mot « théologie >>, et notre sentiment du 6c '.ov s'obscurcit aussitôt.

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