‹ Erehon, ou, De l'autre côté des montagnesChapitre 80 sur 126 · SENS QUE LES EREWHONIENS DONNENT A CE MYTHE · texte numérisé non relu

SENS QUE LES EREWHONIENS DONNENT A CE MYTHE

Je me suis un peu étendu sur cette mythologie, mais je n'ai rapporté qu'une très faible partie de tout ce qu'ils possèdent d'écrit sur ce sujet. En lisant tout ce fatras, mon premier sentiment fut que, si grande que puisse être la sottise que commettent les non-nés en venant dans notre monde, ils sont tout excusés s'ils le font pour échapper à des discours aussi ennuyeux. Ce mythe offre évidemment une peinture exagérée et peu flattée de la vie et des choses. Si ceux qui l'ont inventé l'avaient bien voulu, ils auraient pu aisément faire un tableau qui pécherait par l'exagération des beaux côtés comme celui-ci pèche par l'exagération des mauvais. Il n'y a pas un seul Erewhonien qui croie que le monde est aussi sombre qu'on l'a peint ici ; mais c'est une de leurs singularités que, très souvent, des choses qu'ils prétendent considérer comme indiscutables ne sont au fond ni crues ni pensées par eux.

Dans le cas actuel, les opinions qu'ils professent touchant les nonnés ont eu pour origine leur désir de prouver que les gens, avant d'entrer dans notre monde, ont vu le tableau le plus sombre qu'on pût faire de ce qui les attendait. Car autrement ils ne pourraient pas dire à quelqu'un qu'ils vont punir pour une maladie de cœur ou de cerveau, que c'est entièrement sa faute s'il a cette maladie. Mais dans la pratique ils apportent beaucoup de modifications à leur théorie, et ils n'invoquent l'acte de naissance que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Car la force de l'habitude, et bien d'autres causes encore, font qu'un grand nombre d'entre eux se prennent d'une tendresse assez vive, m.ême pour des créatures qui leur ont fait autant de mal que les non-nés leur en ont fait. Et quoique en général l'homme déteste le petit intrus pendant les douze premiers mois, il a tendance à se radoucir peu à peu à son égard (ou du moins à penser qu'il se radoucit à son égard), et quelquefois il s'attache immodérément aux êtres qu'il lui plaît d'appeler ses enfants.

Naturellement, d'après les prémisses de la logique érewhonienne,

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