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L ENTREE EN RECLUSION

de la cérémonie qui était publique (i). Ainsi que dans la profession des religieux, l'émission des trois vœux (pauvreté, chasteté et obéissance) auxquels s'ajoutait le vœu de stabilité, constituait l'élément essentiel de la cérémonie (2). Mais les rites de la réclusion se distinguaient du cérémonial de la profession religieuse en usage dans les cloîtres par un caractère pénitentiel beaucoup plus prononcé et par l'idée dominante du retranchement de la société des humains, de la mort au siècle, de la quasi-sépulture dont le rituel est profondément empreint.

La première partie de la cérémonie se déroule à l'église, pendant la célébration de la messe. Dans certains lieux, la messe choisie est celle du Saint-Esprit (3), dans d'autres, la messe de Requiem (4) — la réclusion étant considérée comme une sorte d'enterrement anticipé — ou une autre messe (5).

Le reclus commence par se prosterner devant l'autel, hors du sanctuaire s'il est laïque, «dans le sanctuaire s'il est d'Église. La femme qui demandait la réclusion se prosternait du côté de la nef réservé à son sexe (6). 11 ou elle doit généralement demeurer nu-pieds pendant la cérémonie (7).

La nature des rites et des prières ainsi que l'ordre qui leur est assigné varient suivant les temps et les lieux. Nous allons indiquer ici les grandes lignes du cérémonial.

(1) « Praesente clero et populo » (Vita Sîmeonis, m, i5 : Boll., jun., I, 89). « Devant moult grant foison de peuple » (texte de iMia, cité ci-après); « Coram episcopo et omni clero » (Grimlaïc, Régula, i5, col. BgS).

(2) Jeatî Busch, Liber reform., 11, lu, p. 655.

(3) « Deinde dicat missam de sancto spiritu sacerdos vel recludendus si fuerit sacerdos » (Pont. Vesp.). Cf. Rit. Camald. ; Liber reform.

(4) « Tamquam pro mortuo celebratur missa »(JRif. Soissons). Cf. Pont. Lacy ; Pont. Bain.

(5) Pont.Lansd.i Monnaie Sarum 1506.

(6) Grimlaïc, Régula, i5; Pont. Vesp. ; Rit. Soissons; Pont. Lansd. ; Pont. Lacyi Pont. Bain.

(7) Pont. Vesp. ; Pont. Lansd. ; Liber reform.

73 LES REGLDS

Le répons Emendemas in melius est suivi du chaiit d*un certain nombre de psaumes (ici treize, là quinze, etc.) (i), du chant des litanies des saints et de diverses oraisons. C'est alors que la prostration prend fin. On aide le recludendus à se relever, et on lui remet soit un cierge (2) soit deux cierges allumés (3). Lecture est faite par le sous-diacre de la leçon tirée d'Isaïe : Vade, popule meas, intra in cubiculum tuam, etc. (Pont. Lacy), puis de la péricope évangélique de la fêle de l'Assomption sur Marthe et Marie (Pont. Lacy), Marie- Madeleine étant considérée, dès l'antiquité chrétienne, comme le modèle des contemplatifs (4). Ailred de Rievaulx, au XIP siècle, écrira à la recluse, sa sœur :

« Haec est pars tua [Mariae, non Marthae], carissima, quae saeculo mortua atque sepulta, surda debes esse ad omnia saectili blandimenta audienda, ad loquendum muta (5). »

L'évêque, ou tout autre officiant, bénit ensuite les vêlements du reclus, le voile de* la recluse (6), puis vient l'émission des vœux. Il semble que Grimlaïc n'exige qu'une promesse orale de fidélité aux vœux et de stabilité (promittat verbis tantam) ; mais de nombreux textes prescrivent cependant la rédaction d'une charte de profession que le profès devait déposer sur l'autel, après l'avoir lue à haute voix et l'avoir revêtue d'une croix en matière de signature (7). '

(i) A Camaldoli, les sept psaumes de la pénitence étaient chantés immédiatement après l'entrée en cellule.

(2) Pont. Bain. ; Monnaie Sarum 1506.

(i) Pont. Vesp.; Pont. Lacy i Jean Bcsgh, Chronicon Windeshemense, 46 (rec. cité). *

(4)- Voir mon étude sur La « Theoria » dans la spiritualité médiévale {Revue d'ascétique et de mystique, Hl, 1922, p. 387-888) et, ci-après, ch. vn.

(5) De vita eremetica, hi (P. L. XXXII, i464).

(6) Pont. Bain.; Ailred, De vita eremitica, 10, col. i454; CisAiRED'HEis-

TERBACH, Dial., TV, 89.

(7) Pont. Chichele; Manuale Sarum St-John 47; Manuale Sarum 1506; Jean Bdsgh, Chronicon Windeshemense. 46. Voir la formule de profession

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Suivant le pontifical d'Edmond Lacy, après le chant du Suscipe me. Domine, après la vêture et le chant du Veni Creator, un sermon sur la vie de réclusion était de règle. L'usage de prononcer un sermon à cette occasion paraît à peu près général au XV® siècle. Un sermon allemand donné à Strasbourg, en i436, à la bénédiction d'une recluse, nous a été conservé. L'orateur indique les modèles à imiter : Marie- Madeleine, S. Jean l'Évangéliste, le Christ, qui passa quarante jours dans la contemplation solitaire. 11 insiste ensuite sur la haute signification qui s'attache à l'acte par lequel une âme se retire dans la solitude pour toujours. A ses yeux, cet acte a la valeur d'un second baptême (i). Le Journal d'un Bourgeois de Paris nous apprend aussi que, le 11 octobre 1442, « fut la recluse nommée Jeanne La Voirière mise par maistre Denis des Moulins, lors evesque de Paris, en une maisonnette toute neufve, dedens le cimetière des Innocens, et fist on ung bel sermon devant elle et devant moult grand foison de peuple qui la estoit pour le jour (a) ».

Le sermon terminé, une procession s'organise pour conduire l'ascète au lieu de sa retraite. L'oflBciant pénètre d'abord dans le local pour l'asperger d'eau bénit€ et l'encenser. Il le bénit et il bénit aussi l'autel qui s'y trouve et qu'on signale même dans les cellules de recluses (3). C'est, en effet, dans un Ordo includendi Jamulam Dei que se lit l'oraison de laquelle nous extrayons ces lignes :

« In hoc altari destruatur liKuria omnisque libido perimatur ; offeratur pro turturibus castitas, pro pullis columbarum innocentiae sacrificium », etc. (4).

des sœurs recluses de Saint-Reinold, à Cologne (XV* s.) : Stat. incl. S. Reinoldi, k l'appendice, (i) L. Pfleger, art. cité, p. 5o2, 607 s. Cf. Liber reform., II, 42.

(2) Journal d'un Bourgeois de Paris, éd. A. Tuetet, Paris, 1881, p. 366.

(3) Pont. Chichele. La sœur d'Ailred avait un autel dans sa cellule (De vita eremit., 87, 89). ï)e même les recluses de VAncren Riwle {Morton, p. i5, 35, 73).

(4) Pont. Bain.

A Soissons, on entonnait l'antienne clavis David, au moment où le reclus pénétrait dans sa demeure, que plusieurs textes appellent son « sépulcre » (i), appellation qui correspond à l'exacte réalité, car la tradition voulait que le reclus fût inhumé dans la cellule même où il avait vécu. Les exemples de pareilles sépultures surabondent (a). Les derniers chants qu'entende le reclus sont faits pour lui rappeler cette coutume funèbre. On entonne, en effet, aussitôt l'antienne du service des funérailles : Inparadisum dedacant te angeli, et l'on ajoute la récitation de la Commendatio animae et même parfois le Libéra (3), prières qui sont dites le jour de la réclusionj remarque déjà un texte duXIP siècle, de peur que le reclus, surpris par la mort dans sa solitude, n'en soit privé à sa dernière heure (4). Suivant plusieurs pontificaux, l'officiant prononçait également lies formules de l'extrême-onction par anticipation (5).

Enfin le reclus, ou une autre personne en son lieu et place, chante une dernière antienne : Haec requies mea in saeculum saeculi, hic habitabo quoniam elegi eam (6). D'un dernier geste le célébrant l'asperge de poussière, comme on jette un peu de terre sur le cercueil descendu dans la fosse (7). A Hildesheim, la dernière formule qu'entendît la recluse était : Requiescat in pace. Amen (8). La porte du reclusoir se

(i) Pont. Vesp.; Pont. Lacy. Sur l'assimilation de la réclusion à une sépulture, voir OsBERN, Vita S. Dunstani, i3, éd. Stubbs, p. 83; Annales Sangallenses maiores, ioi5 (1020) (M. G. Script., I, 82); Vita Simeonis, m, i5 (BoU. Jun., I, 89); S, Pierre Damien, Vita Romualdi, 64 (P. L. GXLIV, 1002); S. Bernard, Vita Malachiae, 11, 4 (P. L., CLXXXII, 1077); Pierre LE Vénérable, I Ep. 20, col. 89, 100; Ailred, De vita eremit., tu, col. i46/i; Rit. Soissons.

(2) Voir R. M. Glat, Op. cit., p. 74.

(3) Liber reform.

(4) Pont. Vesp.

(5) Pont. Vesp. ; Pont. Chichele.

(6) Pont. Lacy ; Pont. Bain.

(7) Pont. Lansd.

(8) Liber reform.

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referme à jamais sur le quasi-mort, et l'évêque ou l'abbé appose son sceau sur le trou de la serrure de la porte (i). Quelquefois, un maçon intervenait même pour murer l'entrée du caveau (2).

(i) Porte fermée à clé : Thomas Walsingham, Gesta abbatum monast. S.Albani éd. H. T. Rilet (Rolls séries), ,London, 1867, i, p. 81. — Porte scellée : Gïumlaïc, Régula, i5; Th. Wàlsingham, loc. cit. La porte de la cellule de Thaïs fut plombée (Vita, 2 : BoU., Oct., IV, 226; P. L., LXXHI, 661).

(2) Porte bouchée, murée, obstruée : « Obstructo aditu par quem ingressa » (Grégoire de Tours, Hist. Franc, yi, 29); « Obstruatur hoslium » (Pont. Vesp.);A<. Obstruunt ostium domus » ÇPont. Lacf); « Per episcopum firmiter claudatur et obstruatur ostium domus » (Pont. Chichelé); « NonnuUi vero damnatis januis clausi » (S. Pierre Damiepj, Op. cit., 64); « Obserata quidem est janua vel forte lapidibus obturata » (Pierre le Vén., Op. cit., col. gS). Deux passages de la Vita Dorotheae de Jean Marienwerder, iv, qB, v, 7 (BolL, Oct., XIII), ne sont pas absolument clairs. Cf. R. M. Glat, Op. cit., p. i4i. Le P. H. Thurston a publié deux opuscules sur la question de l'enmurement des religieuses : 1° The Inmuring ofNuns (Historica Papers publiés par John Morris, i'° série, London, 1914, p. 117-144), 2° The Myth of the walled up Nun (London, s. d.). Il ne s'y occupe pas spécialement des recluses ; mais il a raison de dire que la pratique de l'emmurement /orcé des religieuses est encore à prouver. C'est également la conclusion à laquelle est arrivé Georg Wissowa dans Vestalinnenfrevel (Archiv.fur Religionswissenschaft, XXII, 1924, p. 2o5- 206).

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