‹ Ermites et reclus [microform]Chapitre 19 sur 32 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Reclus et cénobites

LA réclusion religieuse se rattache à la vie cénobitique par des liens nombreux, dont quelques-uns très étroits, qu'il nous faut maintenant examiner. Laissons de côté, pour le moment, les reclus séculiers. Les autres se classent logiquement dans l'une ou l'autre des quatre catégories suivantes :

1° Reclus occupant une cellule dans un monastère d'hommes;

2° Recluse occupant une cellule dans un monastère d'hommes;

3° Recluse occcupant une cellule dans un monastère de femmes;

4° Reclus occupant une cellule dans un monastère de femmes.

La plupart des solitaires établis à l'ombre d'un monastère avaient préalablement passé par la vie jcénobitique ; mais on a aussi des exemples d'ascètes sortant directement du siècle pour venir habiter une recluserie monastique. Ces derniers, du fait même qu'ils trouvaient abri dans une tel asile, se trouvaient rattachés, dans une certaine mesure, à l'ordre monastique.

REGLUS ET CENOBITES 77

S. Benoît avait été ermite, au début de sa carrière, et sa règle (ch. i*') ouvre la porte de la vie solitaire à ceux de ses religieux qui se sentent appelés à une vie contemplative plus achevée. Le nombre des anciens monastères bénédictins qui possédèrent des reclus est considérable. Marmoutier abrita* au VP siècle, un solitaire du nom de Léobard, dont parle Grégoire de Tours (i). S. Bavon (f v. 653) pratiqua la réclusion au monastère de Gand qui porta son nom dans la suite (2). Une cellule de l'abbaye de Fontenelle dédiée à saint Saturnin fut occupée par le reclus Hardouin (f 811), lequel composa ou copia de nombreux ouvrages poUr le monastère (3). En pays germaniques, Prûm, Lorsch, Fulda, Rheinau, Reichenau, Einsiedeln et surtout Saint-Gall eurent des reclus ou des recluses célèbres (4). Après avoir fait construire l'église de Saint-Pierre de Niederzell, dans l'île de Reichenau, Eginon, évêque de Vérone, renonçant aux fonctions épiscopales vint s'enfermer près de cette église, en 799 (5). Hartmut, qui fut abbé de Saint-Gall de 87a à 883, passa la fin de ses jours dans une dépendance de cette abbaye (6). Un autre reclus de Saint-Gall, bien connu des liturgistes, est le Bienheureux Hartker (f loii ou 1017), qui composa un antiphonaire que Ton conserve encore à Saint- Gall. Sur un feuillet de ce manuscrit son portrait est dessiné avec l'inscription : Hartkerus reclusus (7). Westminster

(i) Vitae Patrum, xx, éd. Br. Krtjsch, p. 741.

(2) Vita Bavonis, u, i3 (BolL, Oct. I, aSi).

(3) Gesta abbatum Fontanellensinm, 17 (Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., Vf, pars 1% éd. de 1783, 65-66; M. G., Script., H, 292).

(J\) Streber, art. cité, 635-637 î Faxk, Geschichte des Klùsters Lorsch, Maiiiz, i866, p. i48; Odilo Ringholz, Geschichte des fiîrsterlichen Benedîktinerstiftes U. L. F. von Eisîedeln, Einsiedeln, 1914, I, p. 711.

(5) Ulrich Schmid, art. Reichenau dans la Cai/ioiic Encyclopsedia.

(6) Le Moine de Saint-Gall, De gestis Caroli Magni, n, 10, éd. G. Meter von Knonau, St Gallische Geschichtsqnellen, VI, St-Gallen, 1918, p. 43. Cf. Ratpert, Casus S. Galli (M. G., Script., II, 71 s.).

(7) Ms. 890-91 de la Stiftsbibliothek de Saint-Gall, édité dans la Paléographie musicale, a* série, I, 1900. Voir p. 11.

Abbey avait encore ses reclus aux XIV' et XV® siècles (1).

Une très étroite cellule de Glastonbury, « qui ressemblait plutôt à un tombeau qu'à l'habitation d'un vivant », avait servi d'habitation à S. Dunstan (a). Un doge de Venise, Pietro Orseolo, renonça à sa vie brillante et s'expatria pour venir s'enfermer dans un reclusoir dépendant du monastère bénédictin de Guxa, dans le Roussillon (3). Après avoir pratiqué l'érémitisme aux champs puis la vie cénobitique, durant vingt-cinq ans, au monastère de Grespin, dant le Hainaut, S. Aibert (f i i4o) passa les dernières années de son existence dans un reclusoir de son propre monastère, où son renom de sainteté attira des foules de visiteurs (4).

Pour échapper à la curiosité de leurs contemporains ou même à celle de la postérité, certains solitaires paraissent s'être ingéniés à s'envelopper de mystère. Ainsi firent lepersonnage appelé « le reclus de MoUiens » et l'énigmatique Honorius Augustodunensis. Un rnoine de l'abbaye de Saint- Fuscien-au-Bois, près d'Amiens, du nom de Barthélémy, se fit enfermer dans une récluserie attachée à l'église de Sainte- Marie de MoUiens- Vidame, village appelé alors Moiliens. Dans sa retraite, il écrivit en picard, entre 1180 et .1190, un poème qui reçut de lui-même ou de ses lecteurs le titre de Roman de Carité et, quatre ou cinq ans plus tard, un second poème qui devint bientôt célèbre sous le titre de Miserere, emprunté au psaume cinquantième. Il trace, dans ces deux ouvrages, un sombre tableau des mœurs de son temps.

(i) Customary, éd. citée, III, p. 20. Cf. E. H. Pearce, The Monks of Wesminster, Cambridge, 1916, p. 82, 96, ii5, 126, 182, i45, et l'introduction de Miss Mars. Dbanbsly à VIncendium amoris de Richard RoUe de Hampole (Manchester, 1916, p. 118 s.).

(2) OsBERN, Vita Dunstani, i3, éd. citée, p. 83.

(3) Vita B. Pétri Urseoli, 17 (Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., éd. de Venise, 1733, VII, 858).

(4) Robert d'Ostervand, Vita Aiberti, 11, 11, i4, m, ao (Boll., Apr. I, 673-676).

RECLUS ET CENOBITES 79

Peut-être ce moraliste a-t-il vécu jusque vers laâo et a-t-il même été rappelé de sa recluserie pour devenir, en laaô, aÈbé de Saint-Fuscien (i).

Quant à Honorius dit Augastodanensis, il n'a probablement jamais vécu à Autun. Les efforts qu'on a faits pour tenter de percer l'incognito sous lequel il paraît avoir voulu se cacher nous amènent à croire que ce fécond écrivain vécut problablement dans la réclusion à Ratisbonne, où il dut connaître les deriiiers représentants d'un groupe d'ascètes irlandais installés dans le's recluseries de cette ville et des environs (2).

Parmi les transmarini qui se répandirent sur les routes de l'Europe, à partir du V1I« siècle, il s'en trouva un grand nombre qui voulurent ajouter à l'exil volontaire les rigueurs d'une étroite réclusion. Tel fut, à l'époque mérovingienne, un certain Arnanus, ex génère Scottorum, ami de S. Didier de Gahors et d'abord moine de son monastère (3). A l'époque carolingienne, on découvre plusieurs autre reclus irlandais ; Dungal à Saint-Denis (4), Fintan à Rheinau (5). Un

(i) A. G. Van Hamel, Li romans de Carité et Miserere du Rendus de Moiliens, Paris (Bibl. de l'Éc. des Hautes Études, 61 et 62), i885. Cf. fasc. 61; p.-cxcv.

(a) Voir J. von Kblle, Untersuschungen iiber den nicht nachweisenbaren Honorius Augustodunensis (Sitzungsber. Akad. Wien, CLII, 1906, p. 17) et J. A. Endres, .Honorius Augustodunensis. Beitrag zur Geschichte des geistigen Lébens im 12. Jahrhund., Kempten, igo6. Les conclusions d'Endres ont paru plausibles à Edm. Bishop (Liturgica historîca, Oxford, 1918, p. 263) ainsi qu'à Dom A. Wilmart (L hymne de Paulin sur Lazare dans la Revue bénédictine, XXXIV, 192a, p. Si-Sa).

(3) Vita Desiderii, 32-33 (M. G,, Script, rev. Merov., IV, 589-690).

(4) Epistola Dungali reclusi ad Carolufn magnum (M. G., Epistolae, IV, 670 s.).

(5) Vita Findani, 7 (M. G., Script., XV, 5o4). — Le Livre d'Armagh (Ms. du début du IX' siècle) fait mention des anachorètes de l'église d'Armagh, en Irlande : In australi vero bassilica aepiscopi et presbiteri et anachoritae ecclesiae et caeteri religiossi laudes sapidas offerunt (Liber Ardmachanus, éd. John Gwtnn, Dublin, igiS, fol. ai).

8o LES REGLUS

autre, qui se fit appeler Eusèbe, quitta le monastère de Saint- Gall pour se retirer sur le Viktorsberg, près de Rôtis, dans le Vorarlberg, où il vécut encore trente ans (i). L'évêque Marc, reclus au monastère de Saint-Médard de Soissons, était originaire de Grande-Bretagne et il avait pérégriné en Irlande (2). Les reclus insulaires devinrent encore plus nombreux au XI' siècle. Une même cîausola du monastère de Fulda abrita successivement le moine Animchad (f io43) et son compatriote Marianus Scottus le chroniqueur (f v. io8a). Marianus, après avoir passé là dix années (loBS-ioôg), se transporta dans un autre reclusoir, à Saint-Martin de Mayence (3). C'est lui qui rapporte dans sa chronique la fin tragique d'un autre solitaire irlandais d'un monastère de Paderborn nommé Paterne. Le feu ayant pris à cet établissement. Paterne refusa de quitter le lieu de sa retraite et y fut brûlé vif. « Ambiens martirium, écrit le chroniqueur, pro nullo. Joris exivit, sed, in sua cîausola combustus, per ignem pertransivit in rejrigerium (^4) ».

Un autre Marianus Scottus, contemporain du précédent, scribe actif et habile, fut Tâme de la colonie de solitaires irlandais qui se fixa dans les recluseries dépendant du prieuré de Weih St-Peter, près de Ratisbonne, et d'un autre monastère de cette ville (5). Chacun de ces solitaires occupait une cellule séparée. L'un d'eux, nommé Jean, se détacha du groupe de Ratisbonne pour s'éloigner encore davantage

(i) Ratpert, De casibus monast. S. Galli, 9 (M. G., Script., II, 78 ; P. L., CXXVI, 1077).

(2) HEnuc d'Auxerre, Miracula Germant, I, 8 (P. L., CXXIV, i245). Cf. MoMMSEN, éd. de Nennius (M. G., Auct, Antiquîs, XIII, Chronica Minora, III, p. II 3).

(3) Mamashs, Chronicon (P. L., GXLVIII, 784-786, 789).

(4) Ibid., 786.

(5) Vita B. Mariani Ratispon., 2 etc. (Boll., Fébr., II, 367 s.); A. DiÎR- WAECHTER Die Gcstu Caroli Magni der Regensburger Scfiottenlegende, Bonn, 1897, p. 198, 200 s. Cf. Emdres, Op. cit., p. 7.

RECLUS ET CÉNOBITES 8l

de son île natale et venir finir ses jours à Gôtweig, en Autriche (i).

Beaucoup de cloîtres bénédictins consentirent à recevoir des recluses, qui logeaient dans des cellules édifiées hors de la clôture, parfois à une certaine distance des bâtiments monastiques, comme celles de Saint-Magnus et de Saint- Georges appartenant au monastère de Saint-Gall et qui furent habitées sans interruption pendant un durée de plus de cent ans, soit par des reclus, soit par des recluses (2). Ainsi Hartker succéda à la recluse Bertrade (3). La plus célèbre des . recluses San-Galloises fut sainte Wiborade, qui fut mise à mort par les Hongrois le 2 mai 926 (4).

A Einsiedeln, au contraire, les logettes destinées aux recluses étaient contiguës à l'église abbatiale, disposition qui se retrouve dans d'autres monastères (5). Ainsi, au IX* siècle, deux recluses anglo-saxonnes, Judith et sa cousine Salomé, occupèrent deux cellules voisines attenantes au chœur dé l'église abbatiale d'Oberàlteich (Bavière) (6). Hildeburge (fv. ] ii5) se fixa pareillement dans une maisonnette contiguë à l'église de l'abbaye de Saint-Martin de Pontoise (7). Une pieuse femme de Thuringe nommée Pauline se fit construire une cellule jouxte l'abbaye fondée par elle; elle fut inhumée dans cette même cellule, en 1107, ce qui fit donner au monastère le nom de Paulinzella (CeWa PauUnae) (8).

(i) Vita B. Mariani, 3, p. 368 ; Vita Altmanni, 5 (M. G., Script., Xn, 24i ; BoU., Aug. II, 387)..

(2) M. G., Script., I, 78, 82. Cf. J. von Arx, Geschichte der Kantons St- Gallen, 1810, I, 281.

(3) Streber, art. cité, 635-636.

(4) Hartmahn, Vita Wiboradae, 11, i3, i5 (BolL, Mai, I, 291); Hepidann, Vita Wiboradae, in, 19 (Ibid., 3o4). Cf. Ad. Faeh, Die hl. Wiborada, Jnngfrau und Martyrin, St Fiden, 1926.

(5) Odilo Ringholz, Op. cit., p. 62.

(6) Acta Salome et Judith, II, 20 (Boll., Jun., VII, A55).

(7) Vita Hildeburgis, 5 (BolL, Jun., I, 354-355).

(8) Vita PauUnae (Neues Archiv., X, i885, p. 26). Cf. Trithème, Annal. Hirsaug., ad. an. 1107).

8a LES REGlUS N

Tous les monastères que nous venons de citer étaient des cloîtres bénédictins, et il serait facile de nommer beaucoup d'autres maisons de cet ordre qui entretinrent des recluses. Citons Saint-Julien du Mans, Saint-Vincent, dans la même ville (i), Saint-Faron de Meaux (a), Saint-Vanne de Verdun (3), Saint-Amand-en-Pevèle (4), et, hors de France, Rheinau (5), Gôlweig (6), Munchen-Gladbach, Sponheim, Disibodenberg (7). La Bienheureuse Eve, qui fut, avec son amie Julienne du Mont-Gornillon, la principale promotrice de la dévotion publique au Saint-Sacrement et au zèle de qui on doit l'établissement de la Fête-Dieu, vécut, au XIIP siècle, dans la récluserie de l'abbaye bénédictine de Saint-Martin, à Liège (8).

Un grand nombre d'autres ordres, Cîteaux (9), Pr'émontré (lo), Vallombreuse (ii), chanoines réguliers de Saint-Au-

(i) Dom PioLiN, art. cité, p. 54o, 54i.

(2) De Otgerio, Benedicto et Rotgario, 1 (Mabillon, Acta sanct. 0. S. B., éd. de 1733, IV, pars 1% 620). Cf. Martènb, Comnientarius in regulam S. Bpnedicti, Parisiis, 1690, p. 43.

(3) Vita Popponis, v, i8 (Boll., Jan., III, 255-256).

(4) J. Desilte, Deux recluses des XI' et XII' siècles à l'abbaye de Saint- Amand (Bulletin de la Société d'études de la province de Cambrai, Vil, 1905, p. 2i6-ai8).

(5) R. HoppBLER, Geistliche Fraaen in Rheinau (Zeitschrift fur schweizerische Kirchengeschichte, III, 1909, p. 298).

(6) Voir l'art. Ava dans le Kirchenlexikon et dans la Catholic Encyclopaedia. -

(7) I. Herwegen, Die Lothringischen Pfalzgrafen und die niederreinischen Benediktinerklôster (Annalen der histor. Vereins fur den Niederrhein, 19 lo, p. 54-55).

(8) Vita Julianae Montis Cornelii, y, aa. (BoU., April, I, 45o).

(9) Hazeka (f 1261) (Boll., Jan., III, 373); De rébus Akaticis ineuntis saecuH Zr/J (M. G., Script., XVI, a35).

(10) Woizlava (f raa?), recluse à Tepl, puis à Chotieschau (Bohême). Cf. Boll., Juil., III, 797.

(11) Verdiana, recluse à Castello Fiorentino, de 1208 à 1242 (Martyr, rom. au i" févr.).

REGLUS ET CIENOBITES 83

gustin (i), Dominicains (a). Franciscains (3), Carmes (4)i Chevaliers de l'Ordre teutonique (5), virent aussi des reclus et des recluses se placer sous leurprotection et adopter, dans une mesure variable, leurs observances. Le noyau de l'ordre de Saint-Gilbert.de Sempringham fut un petit groupe de sept recluses fixées sub pariete ecclesiae beati Andreae au village de Sempringham et dont Gilbert prit la direction (6).

Camaldules et Chartreux offrirent aux amis de la solitude une vie de réclusion mitigée. S. Romuald, le fondateur de Camaldoli, qui cultiva tous les genres d'ascétisme, passa sept années de sa longue vie dans lapins stricte réclusion (7).

Toutefois, on doit reconnaître avec Mabillon que la réclusion religieuse proprement dite fut particulièrement florissante dans les monastères d'hommes de l'ordre de Saint Benoît (8).

Les exemples de femmes recluses dans des cloîtres de femmes sont rares, et plus rares encore les exemples d'hommes occupant un« cellule dépendant d'un monastère de femmes. Rappelons cependant la recluse du monastère de sainte Radegonde à Poitiers. Quant au monastère de Marcigny-les-Nonnains, fondé par S. Hugues, abbé de Cluny, et où la vie conventuelle fut inaugurée en 1 061, il eut ceci de

(1) Wilbirgis,. recluse à Saint-Florian (Hte-Autriche), de 1248 à 1289 (Vita chez Pez, Heram austriacarum scriptores, Lipsiae, 1725, II, 212 s.). Sur les recluses dans l'ordre de S. Augustin, voir Jean Btjsch, Lîb. reform., II, 4i et 43, et Chronicoïi Windeshemense, ch. 46.

(2) L. Pfleger, Znr Geschichte der Inklusen am Oberrhein(rec. cité, p. 5o&).

(3) Jeak Bcsch, Liber reform., ii, 43.

(4) B, ZiMMEBMÀRn;, The white Friars at Ipswich (Proceedings of the Suffolk Institate of Arebaeology, X, 1900, p. 118); John Kirkpatrick., History of the religions Orders and Commnnities of Norwich, London, i845, p. ^77.

(5) Comment, praevius à la Vita B. Dorotheae de Jean Marienwerder (BoU., oct., Xm, 482).

(6) Vita Gilberti (Dcodale, Monast. Anglic, VII, p. vu*).

(7) S. Pierre Damien, Vita Romnaldi, 52 (P. L., CXLIV, 996).

(8) Mabillon, Acta Sanct. 0. S. B., éd. de 1783, VII, 43.

84 ■ liES RECLUS

particulier qu'il abrita deux catégories de moniales, les unes vivant en communauté et les autres menant une vie de réclusion {soUtariam reclusionem) dans des cellules séparées construites dans la clôture (i). D'autre part, l'irlandais Murcheràt vécut sous la protection des moniales de l'Obermûnster de Ratisbonne (a), et Gésaire d'Heisterbach parle d'un reclus installé auprès du cloître de Saint-Maximin, à Cologne, qu'il avait fondé pour des religieuses de l'ordre de Saint- Augustin (3).

Le religieux que le désir d'une plus haute perfection éloignait de la société de ses frères restait néanmoins membre de la communauté, dans le sein de laquelle il pouvait rentrer avec l'agrément de son supérieur, la réclusion n'étant pas perpétuelle pour tous (4).

Le reclus venu d'un autre monastère ou la recluse fixée auprès d'un monastère d'hommes suivaient aussi généralement les observances du lieu de leur retraite, dans la mesure où elles étaient compatibles avec la vie de réclusion (5). Les

(i) Marcigny, arr. de CharoUes (Saône-et-Loire). Voir les Vies de S. Hugues, abbé de Cluny, celle de Gilon (éd. D. L'Huillier, en append. à La vie de S. Hugues, Solesmes, i888, p. 586-587) et celle du moine Hugues (éd. Marrier, Bibliotheca cluniacensis. Lut. Parisiorum, i6ià, col. 456).

(2) Vita Mariant Scotti Ratispon., 11, 12, m, 87 (BolL, Febr. II, 867, 368).

(3) Dial., XI, 27.

(Ji) Martène, Commentarius in regulam S. Benedicti, p. 44- (5) « Inclusoria prope capellas sita fuerunt, ubi sola mulier vel due vel très vel plures mulieres incluse fuerunt, ex quibus quedam nigris monachis, quedam albis; quedam Scistertiensibus, quedam aliis religionis (sic) subfuerunt, et eorum constitutiones et consuetudines observabant. » (De rébus alsaticis, loc. cit.); Césaire d'Heisterbach, Dial., iv, 89; Hepidann, Vita Wiboradae, m, 20 (BoU., Mai, I, 3o4); Beiuïard des Portes, Epist. 3 (P. L., CLIII, 8g5); Jeaw Busch, Liber de reform., a, ch. 4r, 43. Recluses tertiaires de Saint-Dominique au monastère de Galilée (Westphalie), au XV° siècle (L. Sghmitz-Kallenbbrg, Monasticon Westfaliae, Munster i. W., 1909, p. 27); Recluses suivant la règle de S. Augustin à Cologne, en i448 (voir J. Asen^ Die Klansen in Kôln, p. i8i et 187, et les Statuta incl. S. Reinoli dans notre appendice).

REGLUS ET CÉNOBITES 85

règlements relatifs au costume des reclus de ces dernières catégories semblent avoir varié suivant les obédiences (i); mais l'habit religieux, qui était accordé par privilège aux Jr aires et aux sorores ad succurrendum, dut être pareillement donné aux solitaires (a).

Des noms de reclus figurent dans un grand nombre de nécrologes monastiques (3). Si leur existence avait été féconde en vertus,, riche en traits d'ascétisme, si elle avait été illustrée de miracles, un religieux ne manquait pas d'en retracer les faits mémorables pour l'édification de ses frères et du public (4)-

Le supérieur régulier avait la charge de veiller à la garde des reclus des deux sexes, à leur entretien et à leur bien spirituel.

L'histoire monastique offre plusieurs exemples d'abbés

(i) Certains reclus portaient, dans certeiines circonstances ou habituellement, l'habit des chanoines (Bernard des Portes, Op. cit., 894 ; Stre- BER, art. cité, 642). Gerlac de Fauquemont (f v. 1170) portait l'habit de Prémontré (Fifo, 16 : BolL, Jan., I, 812), Ivette de Huy, l'habit cistercien (Vita, praef : BolL, Jan., II, i45).

(2) Vita Hildeburgis, 5 (BolL, Juin, I, 354); Jean Busgh, Liber de reform., II, 4i, 42, 43. Voir mon art. Une dévotion du moyen âge : Mourir sous le froc (Bévue des Jeunes, 25 nov. 1930, p. 428-438), amplifié dans Dévotions et pratiques ascétiques, p. 129-142 et dans Devotional and Ascetic Practices, p. i3i-i45.

(3) Nécrologe de Saint-Julien-da-Pré du Mans cité par Dom Piolih (art. cité, p. 54o, 54i); Liber Vitae de Durham (Surtees Soc. 12, i84i, p. xi); NécroL de Klosterneuburg, Melk, Zwettel, Garsten et St Lamprecht (Kàrl Weinhold. Die Deutschen Frauen in dem Mittelalter, Wein, 1882, I, p. i44-i45); NécroL de Reichenau (M. G. Necrologia Germaniae, I, 277), d'Einsiedeln (Necr. Germ., I, 359-861. Cf. 0. Ringholz, op. cit., p. 52), de Rheinau (Necr. Germ., I, 458-46i), de Saint-Gall (Necr. Germ., I, 464 s.), d'Obermûnster, à Ratisbonne (Necr. Germ., III, 336 s.), de Saint-Florian (Necr. Germ., IV, 277, 281, 285, etc.).

(4) La vie de Ste Hildeburge fut écrite par un moine de Saint-Martin de Pontoise, celle de Ste Wilbirgis par Eynwick, chanoine de Saint-Florian, celle de Marianus Scottus de Ratisbonne par un moine irlandais de cette ville, celle de S. Fintan par un moine de Rheinau. Les actes des saintes Salomé et Judith furent composés à Oberaltéich.

86 LES REGLUS

démissionnaires se retirant dans la solitude pour s'y occuper, sur leurs derniers jours, uniquement des choses de Dieu et du salut de leur âme (i). Mais le cas d'un abbé reclus continuant à gouverner son monastère du fond de sa retraite est un fait insolite (2).

(1) Tels Hartmut de Saint-Gall, Jean, abbé de Gorze (f 97Û) (BolL, Febr., III, 686), S. Maixent (Grégoire de Tours, H. Fr. II, 87, éd. Armdt, p. 100loi), S. Senoch (Grjég. de T., Vitae Pair., i5, éd. Br. Krusch, 121 s.), S. Léonîen (Viia S. Eugendi, 5 éd. Krcsch, i56).

(2) Cf. Grégoire de Tours, Hist. Fr. \ii, i, éd. Arndt, 389 s.

Page 1