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CHAPITRE VII

Vie spirituelle

IL nous reste à parler des tentations des reclus, de leurs mortifications, de leur vie d'oraison, de leur vie liturgique et contemplative, ce qui nous permettra de pénétrer dans l'intime de leur vie spirituelle.

« Ceux qui vivent en reclusage, dit Grimlaïc, sont à Tabrî des tentations qui naissent de l'ouïe, de la langue et de la vue, et ils ont seulement à combattre les pensées de leur propre cœur (i)-» Ceci n'est vrai que partiellement puisque, comme on vient de le voir, il n'arrivait jamais qu'un reclus fût tellement séparé du monde qu'il n'eût à craindre aucune surprise de la langue, des oreilles ou des yeux. Aussi les règles insistent-elles sur la nécessité du silence, sur la garde de l'ouïe et sur la modestie des regards (2). Néanmoins, il est évident que, vu l'existence cloîtrée du reclus, c'est le plus souvent du fond même de son propre cœur que surgiront les occasions de tentations. « Le cœur est un animal sauvage toujours prêt à bondir furieusement, dit l'Ancren Riwle après

(i) Grimlaïg, ilx, col. 592.

(2) GRIMLA.ÎC, 16, col. 694; AiLRED, 3, col. i45i-i452 ; Bernard des Portes (P. L., CLIII, 892); Ancren Riwle, p. 4i, 52, 54, 76, 828.

I06 LES REGLUS

S. Grégoire. Rien n'échappe plus facilement à l'empire de l'homme que son propre cœur (i). » Les biographes des solitaires nous décrivent les rudes tentations qu'ils eurent à subir (3). Nul n'échappe à la tentation, Tâme devant être éprouvée comme l'or dans la fournaise. « La vierge c'est l'or, remarque Ailred, la cellule de la recluse, c'est la fournaise; le diable attise le feu, qui représente la tentation'; la chair de la vierge, c'est le vase de terre dans lequel est enfermé l'or. Si par malheur ce vase venait à se briser, aucun artisan ne saurait le réparer (3). » Ce que la recluse doit immoler sans pitié, c'est son cœur. Madeleine est son modèle. Tandis que Marthe vaque aux soins du ménage, tandis que Lazare glacé repose dans la mort, Madeleine brise le vase d'albâtre de son cœur d'où s'échappe un parfum suave (4).

Que le reclus se garde spécialement de l'orgueil, de la paresse et de l'avarice : ce sont là les péchés où il est le plus enclin, au dire des écrivains spirituels qui lui servent de guides (5). Il peut même, en effet, céder à l'avarice en accumulant avec avidité et hors de propos ce que des mains charitables lui donnent pour sa subsistance. Pour lutter contre les suggestions perverses, il pratiquera la mortification, il s'astreindra à un travail régulier, il priera avec persévérance. Qu'il varie ses exercices, passant des occupations intellectuelles au travail des mains, de l'oraison à la psalmodie (6).

(i) Ancren Riwle, p. 89.

(2) Grégoire le Grand, Epist.ad Secundinum, 11, 12 (P. L., LXXVII, 982 s.); Vita B. Pétri Urseoli, 17, etc.

(3) Ailred, 21, col. ili^g.

(4) Ailred, 54, col. i468.

(5) GiuMLiiïc, 17, col. 595 ; Pierre le Vénérable, Ep. ad Gislebertum (P. L., CLXXXIX, gS); Bernard des Portes, col. 898. La peinture de l'échelle de VHortus deliciarum ferait croire que l'oisiveté était considérée comme la pierre d'achoppement des reclus.

(6) Grégoire de Tours, Vitae Patrum, 20; Ailred, ih, col. i456; Pierre LE Vénérable, op. cit., col. 98; Bernard des Portes, op. cit., col. 898.

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