VIE SPIRITUELLE IO
Le soir veau, ua sérieux examen de conscience lui permettra de faire le bilan de sa journée (i). Bernard des Portes conseille à Rainaud de noter ses fautes sur une tablette de cire ou sur un fragment de parchemin afin de n'en oublier aucune au moment de la confession.
Les enmurés des deux sexes pratiquèrent les mortifications les plus variées. Chaque jour, Wilbirgis se flagellait, dès le matin, de cent coups de verges épineuses, et elle se donnait encore cinquante coups à l'heure de prime et autant à chacune des autres heures canoniales, sans compter les pénitences qu'elle s'imposait, en outre, pour des raisons spéciales, parfois pour ses amis (a). La flagellation était recommandée pour chasser les tentations violentes (3).
Le cilîce, les chaînes de fer, la tunique à mailles de fer (lorica) étaient d'un emploi fréquent (4). Ivette de Huy portait un sac en guise de chemise, une ceinture de fer et un scapulaire de plomb (5). Nombreux étaient ceux qui demeuraient nu-pieds hiver comme été (6). Dans une peinture de VHortus deliciarum où figurent divers types d'ascètes et de gens d'Église, le reclus et l'ermite sont les seuls qui soient représentés sans chaussures (7). Hildeburge se jetait sur le
(i) AiLRED, 24, col. 1459; Bernard des Portes, col. 900. (a) Vita Wilbirgis, ix, 28.
(3) Ancren Riwle, p. 221.
(4) Grégoire de Tours, Vitae Patrum, i5; Vita Findani, 19; Vita Rainerii, 2 (BolL, Apr., II, 61); Vita luettae, Praef., p. i45; Vita Dorotheae, I, i4.
(5) Loc. cit. Une Vita S. Edmandi nous apprend que ce saint s'affligeait de même fréquemment d'un « scapulare plumbeum et rude nimii ponderis nimiiqpie rigoris » (Éd. W. Waliace, Life of St Edmund of Canterbury, London, 1898, p. 602).
(6) Grégoire de Tours, Vita£ Patrum, i5 (éd. Br. Krusch, p. 721); Vita Gerlaci, 12; Vita Wilbirgis, x, 82; Vita Dorotheae, iv, 95 ; E. Sainte-Marie Perrin, La belle vie de Ste Colette, p. 80.
(7) Hortus deliciarum, publié par le chan. A. Statjb et le chan. G. Keller, Strasbourg, 1901, pi. lti. Voir mon étude : Anciennes traditions ascétiques, n. La Gymnopodie (Rev. d'ascét. et de mystique, t. IV, 1928, p. i4o-i56).
sol, la face contre terre, pour prier, le ventre et les genoux mis à nu (i).
Certains s'imposaient des retranchements incroyables dans le boire et le manger. Fintan s'abstint longtemps dé pain (2). Aibert n'absorba ni pain ni aucune boisson pendant vingt ans (3). Des petits poissons, des laitages étaient -considérés comme des mets de luxe dignes d'être réservés pour le dimanche ou les jours de grande fête (4). Au dire de Mathieu Paris, une recluse se serait sustentée uniquement, durant les sept dernières années de sa vie, au moyen du Corps et du Sang du Seigneur, qu'elle recevait seulement le dimanche (5). La plupart des anachorètes, ne mangeaient que du pain d'orge, et encore était-il souvent mélangé de cendre (6).
Dans le silence de la nuit, ils priaient, les bras étendus en croix, tantôt debout, tantôt couchés la face contre terre (7) ; ou bien ils se livraient à l'exercice des génuflexions ou des prostrations répétées un grand nombre de fois, parfois jusqu'à ce que le corps fût baigné de sueur (8), L'ascétisme des recluseries inventa des pratiques de mortification plus étranges et plus rigoureuses encore dont s'émerveiUent les hagiographes, mais que nous ne pouvons pas nous attarder à décrire en détail (9). Aussi bien il se trouva des guides sages pour
(i) Vita Hildeburgis, 6, p. 354.
(2) Vita Findani, 19.
(3) Vita Aiberti, 11, 11. ^
(4) Vita Findani, loc. cit.; Vita Lintbirgae, ai (M. 6., Script., XV, i63); Ordo inclusorum, p. 83.
(5) Chronica majora (Rolls séries), London, III, p. loi.
(6) Grégoire de Tours, Vitae Patrum, i5, 19; Vita B. Pétri Vrseoli, 17; Vita Drogonis, i, 5 (BolL, Apr., II, 44o).
(7) Vita Dorotheae, i, i4.
(8) BEDE, Vita Cathberti, 18 (P.L., XCIV, 758); Pierre le Vénérable, Ep.ad Gislebertnm (P. L., CLXXXIX, 98); âilred, 19; Vita Aiberti, i, 4; Ancren Rivale, p. i3; Césaire d'Heisterbach, DiaL, vii, 26, 49; Vita Rainerii, loc. cit.; Vita Wilbirgis, ix, 27; Vita Dorotheae, i, i/j, 24, n, 35.
(9) Voir Grégoire de Tours, Vitae Patrum, i3 (éd. Br. Krusch, p. 716); Vita Dorotheae, loc. cit.