CONCLUSION
Au XVIP siècle, Sébastien Zamet, évêque de Langres (i6i5i655), et son second successeur, Louis-Marie- Armand de Simiane de Gordes (i 671- 1696), s'occupèrent de discipliner les ermites de leur diocèse qui, au nombre d'une centaine, menaient pour la plupart une vie fort déréglée. Leurs efforts furent puissamment secondés par l'ardeur réformatrice d'un personnage mystérieux, lui-même ermite, le Frère Jean-Jacques, qu'on prétendait être le comte de Moret, fils naturel de Henri IV et de Jacqueline de Bueil. Vie extraordinairement mouvementée que celle de ce personnage et que celle aussi de nombre de ses compagnons, réformateurs ou réformés. Celle d'un frère Hiérôme Ghevreteau, par exemple, fut remplie de péripéties comme.on n'en trouve que dans tes romans d'aventure (i).
Bien extraordinaire aussi et édifiante fut l'existence d'une femme ermite à la fin du XVII» siècle, Jeanne de Caylus, dite la Solitaire des Rochers, dont les austérités nous sont
(1) Cf. Pruhel, Sébastien Zamet, évêque de Langres, Paris, 191a, p. 352- 355 ; François Roosssao, Essai sur la réforme érémîtique en Bourgogne au temps de Louis XIV (iîeuue des questions historiques, CI, 1924, p. r34-i5i). « Gomment n'a-t-on pas encore écrit sur les ermitages au XVII' siècle une thèse de doctorat, un livre? Imagine-t-on plus curieux, plus riche sujet, riche non seulement en beaux exemples d'édification, mais en drames de tout genre » (Henri Brbmond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, 1. 1" : L'Humanisme dévot, Paris, 1916, p. 336).
Il6 ERMITES ET RECLUS
connues par un écrit authentique, une lettre à son directeur (i).
Au début du XVIIP siècle, il y avait encore une centaine d'ermitages habités par des solitaires dans le diocèse de Toul. Diverses congrégations d*ermites s'organisèrent en Lorraine, en Bourgogne et en Franche-Comté. Celles de Saint- Antoine et de Saint-Jean-Baptiste fusionnèrent en 1778 (2).
En ce temps-là, la vie érémitique n'avait pas cessé non plus d'être pratiquée en .Bretagne. Nous disposons d'un document tout à fait authentique qui nous fait connaître le genre de vie d'un solitaire de ce pays, décédé le 11 mai i744- C'est la notice que le prêtre A. Godin, recteur de Campbon, localité située à treize kilomètres de Savenay (3), inséra dans le registre paroissial à la suite de l'acte de décès de l'ermite Julien Château, frère tertiaire de l'ordre de Saint-François, enterré à Campbon, le i3 mai i744- Nous croyons utile de reproduire ici cette curieuse notice :
« Le susdit frère Julien Château vécut 2 1 ans sous l'habit de religieux, desquels il en passa sept sans chaussures. Pendant les autres, il porta des sandales par obéissance, après avoir longtemps résisté. Il demeura six ans dans une petite grotte, plus semblable aux refuges des bêtes qu'à un asyle humain, d'où il sortit pour être transféré à l'ermitage de Planté, où il fut jugé plus nécessaire à l'édification et instruction des fidèles que l'éloiguement de Téglise paroissiale obligeait de demeurer dans l'ignorance des principaux mistères de notre religion. -
Il se soumit à cette translation, où il vécut l'espace de quinze ans de la manière du monde la plus dure, ne mangeant qu'une fois le jour, sur les quatre heures du soir. Il s'était interdit, hors le temps de maladie, l'usage du vin, des viandes, du poisson et des œufs, et, pendant un temps^
(i) A. Gazier, Mélanges de littérature et d'histoire, Paris, 1904, p. 211-288.
(a) Fa. Rousseau, art. cité.; Abbé Loye, Histoire de l'église de Besançon, Besançon, 1902, t. VI, p. 22-28; Eugène Martin, Histoire des diocèses de Toul, de Nancy et de Saint-Dié, Nancy, 1902, t. II, p. 274-275, 812, 6q2-6o3.
(3) Loire-Inférieure.