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CHAPITRE II

Ermites clercs, ermites laïques

BEA.UCOUP d'ermites étaient et demeuraient laïques. Girard de Roussillon, errant dans la forêt d'Ardenne, rencontre un ermite à qui il demandé s'il connaît un prêtre dans le voisinage. « Non, répond le solitaire sylvestre, pas même de clerc (i). » Godric resta laïque toute sa vie, Etienne de Muret ne dépassa probablement pas le diaconat. Par contre, au bas d'une charte de l'an 1 18 1 , les trois solitaires Geoffroy, Odon et Juhel signent « presbiteri et heremitae(2) ». ' En effet; il ne manquait pas non plus d'ermites prêtres. Le 6 août i383, Thomas de Branthingham, évêque d'Exeter, accorde à un certain David Bukke tore, « pauperi heremitae m, l'autorisation de célébrer la messe dans la chapelle de Saint- Jean près de Tavistock (3).

L'ermite avait généralement, près de sa ceUule ou de sa

(i) Girard de Roussillon, éd. Paul Meter, Paris, i884, p. 334. Cette œuvre date de ii5o-ii8o (Bédier, Légendes épiques, t. II, p. 3). (a) Cartul. de St-Sulpice-la-Forêt, éd. cit., p. 433. (3) 6. Oliver, Monasiicon dioecesis Exoniensis, Exeter, i846-54, p. g3.

ERMITES CLERCSj ERMITES LAÏQUES 9

cabane, sa propre chapelle ou son propre oratoire, où il se retirait pour dire ses heures et pour prier, où il disait la messe, s'il était prêtre. L'oratoire du solitaire Robert à Knaresborough, dans le comté d'York, était établi dans une caverne. On montre encore l'autel, taillé dans le roc, où l'ermite célébrait les saints mystères (i).

Les chansons de geste et les romans d'aventure, aux XIP et XIIP siècles, mentionnent très fréquemment des chapelles d'ermites :

Plorant s'en vint par le bo^cage ;

et quand il vint à l'hermitage

si se descent et se désarme,

son ceval atace à. 1. carme,

puis si s'en entre clés l'ermite ;

en une capièle petite

trova l'ermite (2). (Perçeval le Gallois)

Tant lo prie Claudas en chevauchant, qu'ils sont venU a une église qu'ils orent veû près do chemin a destre, si estoit uns hermitage (3). (Lancelot en prose)

Tant ont erré qu'a l'ermitage viendrent ensemble 11 amant.

L'ermite Ogrin trovent lisant, assis se sont en la chapele (4)-

(Tristan de Béroul)

(1) Miss R. M. Clat (The Hermits and Anchorites of England, Londoa [igt4]^, donne de bonnes illustrations reproduisant des Tues de chapelles d'ermites, notamment celle de Robert (PI. i5 et suiv.).

(a) Éd. Ch. PôTViiî, t. II, Le poème de Chrestien de Troyes, Mons, 1866, p. 258. — La partie de Perçeval due à Chrétien date de 1 1 74-1 177 (G. Paris, dans le Journal des Savants, igoa, p. 3o5-3o6).

(3) Ëd. Gerhard Braeuner, Der altfranzdsîsche Prosaroman von Lancelot del Lac{Marburger Beitràgezar romanischen Philologie, II), Marburg, ign, p. 54. — Une miniature du ms. de Sir Lancelot (Brit. Mus., Ms. Addit., 10398, fol. 56), de l'année i3i6, représente l'ermite sur le seuil de sa chapelle. E. L. Gutts en a donné une reprod. dans l'Art Journal, nouv. sér., t. VI, 1860, p. 19,

(4) BÉROCL, Le roman de Tristan, édité par E. Muret, Paris, igiS {ClaS"

Uns sainz hermites i manoit Et une chapele i avoit quarante anz i avoit esté (i).

(Lai d'EUduc)

Pour dire qu'un ermite célébrait la messe, c'est presque toujours le verbe a chanter » qu'emploient nos conteurs :

Au mostier (2) vont orer andui

et firent de saint Esperite

messe chanter à un hermite (3). .

(Erec et Enide)

Ung hermitage trova le Barbarin ;

l'ermite est apelé Corentin,

messe chantant dou baron saint Martin (4)-

(Chanson d'Aquin)

De même les conteurs anglais disent « to sing a Mass (5) », manière de parler calquée sur le latin « missam cantare », expression dont les textes hagiographiques ou liturgiques et les chroniques de l'époque offrent maints exemples ; ce qui ne signifie nullement une « messe chantée » dans l'acception

siques français da moyen âge, XII), v. 2290. D'après l'éditeur, l'œuvre remonterait à 1170-iigo (Introduction, p. ix).

(i) Makie db Frahce, Lai d'EUduc, v. 8gi,Edit. des Lais de Marie de France par E. Hoepffner, Strasbourg, 1921, p. gS {Bibliotheea romanica, 274-278).

(2) « Moustier » avait souvent, on le sait, le sens d'église en général. On trouve même, au XII* siècle, monasterium = ermitage, dans la Vlta Godrici de Reginald, cap. 54, 55.

^3) Éd. W. FoERSTEK, Kristian von Troyes Erec und Enide, Halle, 1909, 2" édit., V. 700 {Romanische Bïbliothek, XIII).

(4) Éd. JouoN DE LoNGRAis, Nantes, iSSo, v. 3oa5. Ce roman est l'œuvre d'un Breton du XII* siècle (La. Borderie, Hist. de Brel., III, p. a4i-242.) — Sur l'expression « messe chanter », voir encore Aiol (fin du XII* siècle), éd. J. Normand et G. Rathaud, Paris, 1877, v. 535-539, ^t la remarque de LÉON Gautier, Chevalerie, p. 547, ii- i-

(5) « The prest that shall thy masse synge » (Manners and Mede of the Mass, éd. citée, p. 5g5). Voir d'autres textes anglais cités par T. E. BRro- GKTT, A Hist. of the Holy Eueharist in Great Britain, éd. H. Thurston, London, 1908, p. 84.

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