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la création, recevez enfin comme un encens nouveau le cri suprême dont je vis et dont je meurs.
Les écluses sont ouvertes, les cataractes sont
vaincues. Ruisselez, torrents de joie, sur les désirs qui brisent les cœurs! Ruisselez, torrents de gloire! Alléluia
Au reste, il ne faudrait pas croire que cette solennité de ton, qui n'a rien de commun avec la rhétorique (Hello avait horreur de la rhétorique), soit la note dominante des prières. A côté de ces grands éclats, au sein même de ces grands éclats de Tâme, il y a des mots d'une simplicité, d'une intimité charmante, presque enfantine. Car Hello, fier devant les hommes, était enfant avec Dieu, et il le lui dit :
Etreint par votre immensité et dilaté en elle, ne comprenant rien, ni ne pouvant parler, et ne trouvant pas non plus le silence assez profond, il me reste à jouer comme un enfant sous les yeux de son père. Il me reste la ressource de la joie, et le cri de celui qui vient de naître : Abbay pater.
Et peut-être, en effet, n'y a-t-il rien de plus profond que cette simplicité et cette enfance du cœur :
Guérissez-moi, exaucez-moi; je suis la créature la plus misérable qui soit sortie de vos mains, et je n'ai rien autre chose à dire.
Ce dernier trait est d'une naïveté sublime.
Et cette plainte du grand homme, du pauvre enfant malade que « maman Zoé •> ne suffit pas à i>"uérir :
Pitié pour \o pauvre oufanl malade qui n'en j)ont plus, qui ne sait plus rommeut faire, qui est le i)lus faible tic vos enfants, et qui voudrait vous aimer!
(Exaucé le jour même. ) .1///^'//. AniPii, Anif'/i.
Parfois la i^ràce se lait allendi'e, le secours imploré n'arrive pas. Alors, dans cette amc ardente, vibrante, affamée, qui demande son pain, (( son pain aujourd'hui », parce qu'elle n'en peut plus, parce (piVlle nu'urt, la prière devient ardente, vibrante, affamée comme la Ixuiche d'où elle sort et où la salive va manquer parce que l'eau du ciel ne descend pas. Alors ce sont des accents superbes, parfois terribles. C'est l'humilité :
Seigneur, le néant n'a ni droit, ni pouvoir: je ue suis rien, je ne peux rien !
C'est l'éloquence :
0 vous, ne soyez pas iiï\\iuih\v, /)ius(/ ne vous êtes Dieu.
C'est la poésie :
Père, qui avez jeté les roses. et les rayons à pleines
LE FOND d'uXE AME IqS
mains dans les jardins et les étoiles dans les nuits, pour encourag-er nos lèvres tremblantes; Père, qui prenez plaisir à céder, étant la Toute-Puissance, à vous baisser, étant la Toute-Hauteur, à être vaincu, étant la Gloire!
Puis, soudain, il song-c à ses fautes qui le rendent indig-ne; il s'écrie :
Oh! pourquoi, à cause de mes péchés, retarderiezvous l'explosion rayonnante de votre gloire mao;-nifique? Veni, veni, veni. Exaucez-moi sans mérite, comme vous m'avez créé de rien. Amen.
Chez nous la prière est formule. Dans Hello elle était vie. Sa prière, c'est lui, lui vivant, agissant, souffrant, pensant. C'est un drame, et c'est le sien; c'est une philosophie, et c'est la sienne. C'est toute son àme, éclatant devant Dieu. De là, le charme puissant de ces paires, qu'offusquerait peut-être le jour cru de la publicité, mais qui entr'ouvrent au pèlerin de Kéroman le fond d'une nature d'homme entre toutes orig-inale et puissante, délicate à saisir en ses nuances morales, malg-ré la larg-eur de ses formes intellectuelles et l'énergie saillante d'un style qui se g-rave dans le premier regard. Le fond de la nature morale d'Hello, de ce grand et de ce fort, est un mystère de faiblesse, destiné peut-être, dans lintention créati'ice, à balancer
igî ERNEST HELLO
au profit de l'humilité, plus sainte que le g'énie, le prodig-e de force de cet esprit fier et ardent. J'ai dit que toute àme avait son secret. Le secret d'Hello (qu'il me pardonne de le traliir), c'est celui-là. Ce sont ses prières qui me le livrent, tandis qu'il le confie à Dieu :
Seigneur, je ne peux pas porter voire croix autrement qu'en lumière (i).
Je suis si miséra])le qu'il m'a fallu quelqu'un ({ui paye à ma place pour mon j)assaiJi'e.
Je ne suis pas un liomme, je suis un (Mifant.
0 Dieu, je ne puis ni at;ir, ni supporter, ni attendre.
Je suis un prodige de faiblesse.
Vous savez que je suis trop faible pour vous servir dans la souffrance. Là n'est pas mon type. La joie donc! La joie !
El quelques pa^es plus loin :
Seigneur, je suis un homme de désir, j'ai cela et je n'ai que cela; je vous offre mou enceus, ma seule richesse.
Seig^neur, je suis trop faible pour souffrir et pour mourir.
Toujours la même plainte :
Souvenez-vous, ma mère, comme sa mère le soig-nc-, le console, le caresse, le dorlote, n'exiefe rien de lui.
(i) .l'ai remarqué à Lorienl le bénitier clo sa chambre, surmonté d'une croix qui disparaît sous des faisceaux de rayons.
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le soustrait à toute fatig-ue. à toute justice, le prend dans ses bras pour qu'il ne se fatig-ue jamais, le comble de privilèg-es et de douceurs !
Et enfin ce cri suprême :
Ma maladie, c'est moi !
(( Ma maladie, c'est moi! » Quel mot! Mot profondément philosophique en un sens, mot immense, car il renferme, si l'on veut, toute la morale, toute la métaphysique; mais ceci, c'est le point de vue abstrait et «général, le point de vue de la pensée. Mot terrible, si on le prend, au contraire, dans sa réalité concrète, tout roug-e, jaillissant de la bouche du malade luimême, comme un crachement de son propre sang-, de sa propre chair vivante. Car les grandes pensées sortent de là : d'un déchirement du cœur.
Les g-randes pensées, les philosophies, ont été vivantes dans une pauvre nature, et douloureuses avant d'être resplendissantes.
a Ma maladie, c'est moi ! » Ce mot, qui mérite d'être glorieux et célèbre, est le cri d'un être si profondément, si intimement malade, que la maladie n'est plus seulement son accident, mais son essence.
La faiblesse est l'essence de la nature morale d'Hello : « Je suis le néant. s"écrie-t-il, je le représente. » Et ici nous entrons sur un terrain
sublime : la philosophie de l'humilité; et, pour ma part, j'admire le lieu qui peut rattacher uue misère à la conception et à la pratique des plus t^'-randes choses. Car l'humilité, qui est le plus beau des rayons de la e;^loire, l'humilité qui fait le saint, qui est la base de la charité, la racine de la foi et le couronnement de la science, l'humilité qui, en somme, est non seulement la vertu, mais la vérité humaine, naît du sentiment de la faiblesse. Nous sommes tous faibles, puisque nous sommes bornés, mais nous ne le sellions pas tous, uijus surtout hommes. Et c'est pourcpioi la femme nous est supérieure eu sentiment religieux, et, par conséquent, bien qu'elle ne s'en vante pas — peut-être parce qu'elle ne s'en doute pas — en science philosophique.
Gomme il est des oasis dans le désert, il en est dans la vie de ce monde. Rubigny fut pour llcllo une de ces oasis reposantes qui font rêver de la pairie.
Rubigny est un petit ^ illai^e (\c<> Ardenncs, uù la grand'mère de M"'^ llello avait laissé une mémoire bénie et vénérée. Aussi, quand M. et T\pno Hello vinrent s'installer pour quelques semaines dans la vieille maison qu ils louaient pour rien à de pauvres gens, ce fut une fête dans le pays.