LE FOND D UNE AME I
Ils trouvèrent leurs chambres meublées pauvrement, mais meublées, et, chaque matin, un panier de provisions dépos('' par des mains inconnues venait leur fournir la nourriture, rappelant à l'auteur des Paroles de Dieu quelque histoire de 'la Bible qui le ravissait ; « et puis, disait-il à M™*^ Hello, nous vivons d'aumônes, Zoé, et c'est là la plus belle manière de vivre,
celle que j'ai le pins désirée le pain apporté
par l'amour ! n
Il jouissait de ces dons mystérieux, comme il jouissait toujours de la bonté et du mystère. Le dimanche, tout le villag-e s'ébranlait, et, les hommes conduisant M. Hello, les femmes entourant M™*^ Hello, on allait à Tég-lise comme au sanctuaire de la famille. On était chez Dieu et Ton était chez soi. Puis, l'on passait la journée ensemble, et Gratry eût tressailli à ce reflet terrestre de la cité idéale entrevue dans le plus beau de ses rêves et où tout le monde s'aimait.
Hello passa à Rubig"ny, au milieu des paysans et dans l'amitié de l'abbé Lemoine, leur vénérable curé, un mois de parfait bonheur; et, le bonheur rajeunissant en quelque sorte les profondeurs de sa pensée, réveillant en elle la poésie des souvenirs et des espérances, c'est là qu'un matin, dans la fraîche verdure de mai, il écrivit cette page qui ressemble à un testament de cette grande âme, livrant son propre mystère ;
198 ERNEST IIELLO
5 mai, Riibigny.
In manus tuas, Domine, co/nmendo spiritani meum. Per manus Mariœ matris.
Ce désir immense et indéterminé qui m'a toujours séparé de toutes les créatures, ce trait de feu qui passait entre moi et les enfants de mon âg-e, cet acte sans nom qui écrasait tous les actes nommés et me précipitait dans un hymne où personne ne me suivait, et où mourait le souvenir des joies connues et des beautés connues devant celui de la joie inconnue et de la beauté inconnue qui m'attendait quelque part, faisait battre mou cœur depuis l'éternité, comme à l'instant d'un rendez-vous; cette impuissance de me satisfaire, ce dégoût inexprimable de la limite, même éloig-née, tout cela, c'est le fond du cœur de l'homme, c'est-àdire le désir de voir la face de Dieu. Sa face, c'est sa
g-loire Et sa face, je vais la voir, sur la terre, car
je l'ai désirée. Amen, Alléluia!
Je vais la voir et tomber mort; puis je me relèverai revêtu de sa ressemblance, et alors je parlerai.
Sur la terre, il ne fit (\\\çV entrevoir^ cette face divine, et c'est assez pour la terre, et ce fut assez pour son œuvre. Mais, en mai iSSf), il s'alita, souffrant d'un mal des os qui devait le conduire au tombeau.
Un matin, il reçut la lettre d'un missionnaire d'Amérique, ami inconnu et l'un de ses admirateurs enthousiastes, qui avait appris son nom aux échos de la Louisiane et de la Nou-