SA PENSÉE
Hello est, avant tout, un penseur. C/est là, dans ce domaine de Tesprit, qu'éclate en sa supériorité incontestable, en sa masrnifîcence, la force de cette org-anisation essentiellement intellectuelle. Telle est même la puissance de la pensée dans Hello qu'elle absorbe, pour ainsi dire, toutes les sèves de cette riche nature, et semble faire autour d'elle, comme le chêne du poète, un vide superbe.
Notre ami, m'écrivait Henri Lasserre, était, avant tout, un esprit, Thomme de ses livres. Sa vie consistait surtout en ses pensées, en ses entretiens, en les merveilleux jets de lumière dont il éclairait tout à coup la conversation, quand on s'entretenait avec lui. Mais les faits proprement dits tenaient peu de place en sa vie, et un corps manque à nos souvenirs.
La vie extérieure est nulle dans Hello. La vie physique est mourante, nous l'avons ^ai. La vie morale elle-même est un lono- cri de faiblesse, et, quand nous parlerons du style et de la littérature, nous verrons que cet homme, qui n^eut aucune des souplesses et des patiences de la vie pratique, n'eut comme écrivain aucune des habi-
204 ERNEST IIELLO
Irtés de la rhétorique ordinaire, — tout aussi incapable de s'assujettir à une règle classique que de supporter un mal de dents.
Hello n'est pas un littérateur, il est à peine un homme.
C'est un penseur.
Mais admirez ici la force de la pensée catholique et universelle. Parce qu'il est un penseur catholique et universel; — parce qu'il est un philosophe non pas partiel et séparé, non pas abstrait et mort comme les sophistes d'écoles, mais lari^e, profond, vivant; — parce qu'il est un philosophe dont Ui philosophie contient tout, et la foi, et la conviction, et l'art, et la vie, et la science, et tous les rayons et toutes les splendeurs intellectuelles et morales; — parce qu'il pense la vérité totale et qu'il la pense avec son âme tout entière; — par cela seul, Hello, (jui n'est pas \\\\ litléiateur, est un écrivain de premier ordre; par cela seul, Hello, qui est à peine un homme, est un sage, et son style et sa vie sont des modèles. Il a su écrire, il a su vivre, uniquement peut-être parce qu'il a su penser.
Je touche donc ici, ce me semble, au point culminant de mon sujet. De ce point qui est la pensée et dont j'ai fait le centre de cet ouvrage parce qu'il est le cœur de mon héros, sort et découle tout le reste : et les vertus de la vie et les qualités du style, comme d'un glacier coulent
des fleuves. V/wnune et Vécrwain dans Hello sont en quelque sorte les deux versants du penseur.
Nous voici déjà en pleine philosophie, car Hello m'apparaît comme une incarnation vivante de la philosophie pleine, de cette coordination universelle que cherchait le xix'' siècle, sans le savoir. Il y a unité dans cette àme, et unité faite par le sommet, par la pensée. A une époque de confusion et de trouble, alors que les forces éparpillées vont trop souvent au hasard de leurs caprices, tirant chacune de son côté, rêvant pourtant de synthèse; — alors que, faute d'être unie à l'idée, l'art tombe dans le réalisme; que, faute d'être unie à la conviction et à la foi, l'idée s'énerve dans le dilettantisme, dans le scepticisme; — alors que, destituées de lumière supérieure, la science se noie dans les détails de l'analyse athée, et la vie dans les complications des opportunismes de hasard; — alors qu'on entrevoit cependant, alors qu'on appelle, à travers les brouillards du désir, la venue de Timmense unité : il est bon de montrer aux horizons de l'avenir, réalisée par avance, l'imag-e de cette unité g-lorieuse. Et, puisque Pesprit moderne est un esprit scientifique, il est bon que ce soit par l'intellio-ence, par la magnificence d'un front lumineux, que cette image éclate aux regards. Ce siècle veut voir, Hello est avant tout un être
qui voit. C'est un œil ouvert, si beau qu'il éclaire tout riiomme, et jusqu'à la plume de Técrivain, dont la splendeur est faite de ce rayon qui la dore.
Je disais tout à l'heure ([ue le penseur dans Plello était si fort qu'il absorbait tout le reste; mais, remarquez-le bien : non pas pour tout détruire, mais pour tout vivifier. Ce n'est pas en vain que l'idée pleine et totale, vivante parce qu'elle n'est pas mutilée, s'est emparée de cet esprit. Du foyer intellectuel, elle éclaire la conscience, elle échauffe le cœur, elle anime tout de sa puissance. Prise dans le soleil, la lumière est en même temps la chaleur et le mouvement et la fécondation universelle. La haute science contient la morale et l'art, l'art de la vie et l'art du style. Car le vrai, au fond, n'est pas autre chose que le bien, n'est pas autre chose que le beau, et le philosophe complet serait l'homme universel.
Le vrai philosophe serait un saint! Hello est un saint, — à sa manière. Plusieurs en ont douté, faute de s'être mis au point de vue. Hello n'a pas la sainteté de Termite ni celle du martyr, ni celle de l'obscur artisan qui se réjouit d'être inconnu : il a la sainteté du penseur. Il ne peut en avoir d'autre. Or, le penseur ne pense que pour parler. Fïello n'a pas la sainteté du silence, il a la sainteté de la parole. La publicité est son premier devoir, lui (|ue le zèle de la vérité
TOUT r. HOMME DANS LE PENSEUR 20^
dévore. Le penseur, s'il est i^rand et convaincu, est de la race des conquérants et des missionnaires. Et ne faut-il pas que le ç-rand homme mano-e son pain, comme les autres. Mais c'est un pain formidable qui ne ressemble pas à celui des autres.
« Les conquêtes, s'écrie Hello, entrent dans la substance du pain des srrands hommes. L'Amérique était le pain de Christophe Colomb. »
Il lui fallait cela pour vivre et pour être le saint que l'Edise va canoniser.
Mais, quand on parle des philosophes, il semble que cette espèce n'ait aucun droit sur le monde, et que l'idée, bonne à charmer les loisirs des désœuvrés les plus délicats de l'aristocratie humaine — ou à les endormir, — n'ait pas plus de rapport pratique avec la réalité et l'histoire, avec la vie et le bonheur, qu'il n'y en a entre la chanson d'un oiseau et la direction des astres. C'est la thèse de Renan, dans une de ses passes les plus joviales, où ce dilettante de l'idée, posant en principe sa fantaisie personnelle, fait de la philosophie un jeu à l'usage des raffinés de rintellig^ence. Il parle de sa philosophie. Non seulement, dit-il, il n'y attache aucune importance, mais il espère bien qu'elle ne triomphera jamais, sans quoi, assure-t-il, il ne se la permettrait pas. Écoutez, car c'est charmant de bêtise :
208 ERNEST UELLO
On ne philosophe jamais plus libremoiit que quand
on sait que la philosophie ne tire pas à conséquence
Sonnez, cloches, s'écrie M. Renan — la cloche, c'est l'Église, c'est le christianisme, — sonnez bien à votre aise. Plus vous sonnerez, plus je me pcrinettrai de dire que votre g^azouillement ne signifie rien de distinct. Si je craig-nais de vous faire taire, oh ! c'est alors que je deviendrais timide et discret.
Sur quoi Ernest Hello fait les réflexions suivantes :
Ainsi, vous l'entendez; il parle à condition qu'on ne le croie pas, ou du moins qu'on ne le croie pas trop. Il a besoin que les cloches sonnent. 11 s'enhardit, parce qu'elles sonnent malg-ré ses discours. M. Renan a confiance dans la force invincible des choses qu'il attaque. Il se sent protég-é par elles: il est à leur ombre, sous leur protection, el, de cet abri tranquille qui lui est fait par elles, il se donne le plaisir de les attaquer sans courir le dang-er de les vaincre (i).
Après tout, Renan n'avait pas tort de ne point vouloir le triomphe de ses idées, et sa sainteté à lui ne pouvait consister à les répandre. Entre la gloire de Renan et le bonheur de l'humanité, il ne peut y avoir qu'un rapport absolument négatif, s'il est permis de parler de gloire quand
[i) Le dernier aveu de M. Renan {Courrier de Bruxelles, 25 février i885).
il s'ag-it d'une œuvre de destruction, et de destruction pour rire! De même que le stvle de Renan consiste à cacher sa pensée sous les habiletés de la phrase, à se contredire finement et, en fin de compte, à ne pas s'exprimer, je conçois qu'il ait mis l'honneur de sa vie à ne pas se croire lui-même, et son zèle à ne rien conquérir. Nous sommes là dans le domaine du néant, du néant fleuri et de la mort qui s'amuse. Là tout est séparé, tout est contradictoire : la vie, la pensée, le style ; tout cherche à se masquer, à s'atténuer, à s'anéantir avec ^râce : l'Être est absent, et l'Unité.
Mais dans Hello il \\(^n va pas ainsi. Ah! chez lui, la pensée n'est plus un jeu. Ce qu'il pense, c'est ce dont il vit; ce qu'il écrit, c'est ce qu'il pense. Et pourquoi pense-t-il? Pourquoi écrit-il? Parce que cette pensée, qui est sa vie, est aussi la vie de l'humanité, parce qu'elle est la pensée qui civilise, la pensée qui sauve, exprimée avec mag-nificence pour les hommes du xx® siècle. Ah! celle-là, qui est la pensée vraie, n'est pas une abstraction inutile, un amusement de l'esprit, et celui qui, la possédant, ouvre la main, répand un trésor. Après Renan, écoutez Hello, et vous verrez que, si le sophiste est un jong-leur, le philosophe a des droits à la conquête. Voici les deux premières pag^es du chapitre la Lumière et la Foule dans les Plateaux de la Balance :
2IO ERNEST IlELLO
Beaucoup d'hommes, en l'ace dos principes les plus élevés de la métaphysique, disent :
— Qu'importe?
Les théories transcendantes, qu'elles soient fausses ou qu'elles soient vraies, ne pénètrent pas les masses. Je veux faire le bien ; or, je suis entouré d'hommes qui n'ont lu ni les grands philosophes de la vérit»', ni les grands philosophes de l'erreur. Ce sont des jeux d'esprit qui ne mènent pas le monde. Donneznous des choses pratiques.
Dans l'opinion des hommes médiocres, les principes ne sont pas des choses pratiques.
Je supplie ceux qui veulent faire le l)ien d'écouter ce que je vais leur dire :
Toujours et partout, ce sont les principes de la métaphysique la plus élevée qui :<-ou vernent les masses les plus i^-noraiites de la métapliysique, non pas directement, il est vrai, mais iiulirecteinent, La vie privée des hommes, dans ses plus humbles détails, est la traduction de la métaphysique adoptée, et cette vie privée est d'autant plus mauvaise que la métaphysique de rerreur a plus généralement et plus longtemps prévalu. Tout homme qui agit, obéit, en agissant bien ou en ag-issant mal, à une théorie métaphysique très profonde, qu'il ig-nore presque toujours, mais que d'autres savent pour lui.
Vous qui coudoyez les passants dans les rues, et qui dites: On importe? en face des vérités sublimes, que vous croyez abstraites, vous ressemblez à un boulanger qui, au fond de son four, en remuant sa pâte, parlerait delà lumière et dirait : Que m'importe? On
dirait, à entendre les hommes, qu'entre lesravonsdu soleil et le pain qu'ils mangent, Dieu n'a mis aucun rapport. Ils ne savent pas comment le blé mûrit. Ils oublient la lumière en se nourrissant d'elle.
Et, plus loin, parlant de la grande idée, de l'idée catholique et universelle :
Le monde est façonné par cette lumière qu'il reçoit et par cette chaleur qu'il sent, quelquefois sans vouloir et très souvent sans le savoir. Tous n'ont pas plong-é dans les sublimes profondeurs de la philosophie catholique ; eh bien ! cependant, regardez le o-lobe terrestre : c'est la proximité ou réloisrnement de cette lumière qui fait ou qui défait les civilisations; les vérités admirables, que le vulg^aire croit inutiles à sa vie pratique, protèsrent les corps comme les âmes ; les rayons qu'il croit lointains le srardent jour et nuit. L'orthodoxie catholique veille sur cette terre, et. quand l'orthodoxie est attaquée, la terre tremble, même sans savoir pourquoi.
Hello revient fréquemment à cette svnthèse de l'idée et du fait, de l'idéal et du réel, à cette valeur pratique de la haute Vérité pour l'amélioration humaine. Écoutez encore (car on ne se lasse pas à citer Hello) l'auteur de Philosophie et Athéisme :
On dit que la philosopliie n'est pas une science pratique.,... Voilà Terreur et voilà l'absurdité.
Oui donc sera pratique, sinon la science du
Dieu est Varie pur. Plus vous vous approchez de lui, plus vous êtes actif. La vie d'en bas, la vie sans sag^esse, la vie sans philosophie, la vie sans loi supérieure, la vie perdue dans le fait isolé, dans le caprice, dans le multiple, dans l'accident, cest cette vie- là (fiii n'est pas pratique. C'est elle qui est un rêve; c'est elle qui est une illusion.
Les hommes d'en bas qui accusent les hommes d'en haut, comme si ceux-ci étaient les rêveurs, ressemldent à des animaux qui diraient entre eux : Les hommes n'existent pas, car ils ont une àine raisonnable; la brute seule est quelque chose.
Et ces animaux, contents d'eux-mêmes, regarderaient la vie de l'humanité comme un rêve, et celle des chiens comme une substance (i).
On voit qu'Hello n'est pas un rêveur, et que, si la pensée l'absorbe, ce n'est pas pour l'isoler dans l'égoisme et l'indifTérence, dans l'abstraction et le nuaiii'e, mais bien pour l'unir plus profondément, lui et ses semblables, à la raison et à la vie, à la sag^esse et au bonheur.
Un homme qui fait un livre, dit-il encore, qui a une imprimerie à son service, dispose d'une puissance incalculable. Nul n'a mesuré et ne mesurera jamais
(i) Philosophie et Athéisme, p. 4-
TOUT L HOMME DANS LE PENSEUR 2l3
les actes intérieurs ou extérieurs qu'il provoque ou qu'il arrête. Or, demandez donc à un ctrang-er, à un voyageur qui ne serait pas au fait des habitudes de la terre, qui ne connaîtrait pas la stupidité humaine, quel usao-e font, en général, de la force qui est dans leurs mains ceux qui portent ainsi la parole devant le monde.
Imaginez sa réponse, et imaginez son étonnement s'il ouvrait au hasard un livre et un journal. Mais quelles proportions prendrait, dites-moi, cet étonnement, si l'auteur de ce livre ainsi ouvert ajoutait : « Il est vrai que j'ai parlé pour ne rien dire, mais c'est dans l'intention d'amuser mes lecteurs, car nous sommes tous convaincus que les choses insignifiantes, qui ne touchent en rien ni Dieu, ni l'homme, offrent seules de l'intérêt au public, et que la vérité est ennuyeuse. »
De toutes les folies que le diable inspire, voici la plus digne de lui. La vérité est ennuyeuse. La vérité ! Mais c'est elle qui est la béatitude! La vérité! Mais c'est elle qui est le principe des extases ! C'est elle que toutes les splendeurs connues s'efforcent de svmboliser ! C'est elle dont les rayons lointains causent des transports inconnus !
C'est elle qui faisait fondre de bonheur, au centre du désert, l'intelligence glorieuse de saint Athanase exilé, pendant que ceux qui l'avaient envoyé là pour le punir s'ennuyaient à mourir dans leur palais !
L'àme humaine est faite pour la pâture divine, dans le temps comme dans l'éternité. Il n'y a pas deux sources de bonheur, il n'y en a qu'une, mais elle ne
2l4 KRXEST HELLO
tarira pas et tous peuvent y boire ! Avez-vous donc l'amour de l'ennui? Adressez-vous au néant; avezvous l'amour de la vie, l'amour du bonheur, l'amour de l'amour? Adressez-vous à l'Etre (i).
Aussi le philosophe, le vrai piiilosophe, qui est riionuiie de la Vérité et de l'Etre, est-il aussi riiomnie de la Vie, riiomine du Bonheur, l'honinie de l'Amour, et sa missiou d'intellii^aMice est une mission de charité. C'est ainsi que la volonté el le cœur ne font qu'un avec la pensée dans Hello, et que sa parole est un acte, l'acte total de son être. Lisez les fameuses pages qu'il a écrites sur la cJiarîté {iitellectaelle, la plus noble de toutes el la plus rare, bien que la plus importante, la plus urinente des temps présents :
La parole écrite est une immense charité, et sa diffusion, quand elle est bonne et belle, est, par excellence, l'acte de charité au xix« siècle. Ce mot de charité a perdu, parmi nous, sa splendeur. Nous oublions beaucoup trop que charité veut dire grâce. Charité veut dire splendeur. Nul ne fait acte de charité s'il ne fait acte de beauté.
Il est temps de restituer aux mots leur gloire, el le plus glorieux des mots, c'est le mot de charité.
Dans ces temps où nous sommes, où les besoins humains semblent se faire pluscriants, plus impérieux.
,1) L'Homme y p. 3i.
TOUT l'homme dans LE PENSEUR 2l5
plus déchirants, personne ne peut savoir combien le beau fait le bien.
Il existe, au fond de beaucoup d'ànies, des faims et des soifs dévorantes qui appellent la parole écrite. Entre ces lecteurs avides et l'écrivain, avide aussi, il doit se faire un courant de charité sublime, car tous donnent et tous reçoivent. Le lecteur donne immensément à l'écrivain, et l'écrivain ne sait pas lui-même combien il reçoit de son lecteur
La parole est essentiellement nourrissante et désaltérante. Tout homme qui oarde une parole de vie et ne la donne pas est un homme qui, dans une famine, garde du pain dans son g-renier, sans le manger ni le donner.
Quiconque aura contribué, dune façon positive ou nég-ative, par l'acte ou la nég-ligence, à désaltérer ou à ne pas désaltérer une àme, sera stupéfait en face des conséquences et des importances inouïes de sa détermination.
Seigneur, dira-t-il, quand est-ce que vous avez eu soif, et que je ne vous ai pas donné à boire? Et il sera confondu par ses souvenirs.
Vous me direz peut-être que c'est là une façon bien haute de considérer la presse et ses devoirs, et les devoirs qu'on a envers elle?
Sans doute, elle est haute, puisqu'elle est vraie (i).
Les catholiques à Theure actuelle ont à méditer ces paroles. Mais écoutons encore Hello, car
(i) iHateaucc de la Balance, \>. 378 et s.
2l6 ERNEST HELLO
nul n'a mieux compris la charité moderne par excellence.
Cependant, me direz-vous, on s'occupe beaucoup d'œuvres de charité. On travaille beaucoup pour les pauvres.
Sans doute, vous répondrai-je. On travaille beaucoup pour les pauvres officiels, pour ceux qui sont oniciellement désig-nés et .secourus comme pauvres. Ceux qui ont dans le monde une position de pauvres ne sont pas oubliés.
Mais ce n'est pas de cela que je parle Je parle
de cette charité profonde et intérieure qui se dit en face d'une âme et d'une intellig-euce : Quels sont ses besoins, et que puis-je pour les satisfaire?
La charité dont je parle, c'est cette charité intellectuelle et intellii2;ente qui part de l'àme et va à l'Ame.
Pourquoi cette charité sublime est-elle nég-lig-ée de quelques hommes consciencieux?
Il faut aimer de tout son cœur, de toute son àme^ de tout son esprit
Aimer de tout son esprit, c'est deviner, là où elles sont, la faim et la soif de l'esprit, et aller au-devant d'elles
Aimer de tout .son esprit, c'est aller au secours de l'esprit, partout où il vit, partout où il souffre (i ).
Eh bien, la g-loire d'Hello, qui malheureusement n'a pas joui de la réciproque, c'est précisément
(i) Plateaux de la Balance, p. 385 et s.
d'avoir aimé de tout son esprit la. Vérité d'abord, — qui, elle, le lui a rendu, je l'espère, — les hommes ensuite, qui, je l'espère encore, le lui rendront un jour ( i ). Sa g-lôire, c'est d'avoir compris avec profondeur les besoins supérieurs de notre époque. Sa douleur fut de n'avoir pu venir plus efficacement au secours de l'esprit contemporain.
Il a pratiqué maynifiquement la charité intellectuelle, la sainteté de la pensée.
Mais il est temps d'esquisser en ses grandes lignes cette philosophie moderne par excellence, la plus belle peut-être des aumônes faites à l'intelligence d'un siècle.
(i) Le succès des œuvres d'Hello s'affirme de plus en plus. L'Homme (Perrin, éditeur) atteint sa 7« édition (i4' millej, ce qui est déjà prodigieux pour un philosophe. En avance sur son siècle, comme les très hauts génies, Hello disait parfois : <i J écris pour les enfants à la mamelle ». Ils ont vina:t ans aujourd'hui.
1/esprit libéral, qui est le fond de l'esprit moderne (bien qu'il ne soit pas son dernier mot), Tesprit libéral a triomphé au xix« siècle dans toutes les nations du g-lobe et toutes les sphères de l'esprit humain. C'est au cri magique de : Liberté! qu'on a fait toutes les révolutions, qu'on a soulevé les masses enthousiasmées et frémissantes. Qu'est-ce que le romantisme, sinon le libéraUsme littéraire, la révolte contre la tyrannie et les exclusions classiques?
Je fis une tempête au fond de l'encrier, Je mis le bonnet roug-e au NÎeux dictionnaire.
(y. Hugo.)
Qu'est-ce que l'héçcélianisme, sinon la théorie profonde et raisonnée de ce libéralisme? Hésrel et Husfo sont les héros de l'esprit larsfe — et ses victimes. — l'un en métaphysique, l'autre en littérature.
Et partout, c'est au nom du libéralisme que le catholicisme fut attaqué. La franc-maçonnerie, cette association universelle et admirablement habile, étonnamment intelligente, qui
220 ERNEST IIELLO
s'empare de l'esprit d'un siècle et en emploie toutes les forces parce qu'elle en épie toutes les tendances, la franc-maronnerie s'est emparée du xix*^ siècle pour s'être incarné le libéralisme.
Et c'est par lui qu'elle triomphe, c'est de lui qu'elle colore ses lois les plus tyranniques, et sous le couvert du mot magique : tout passe. Le libéralisme est le pavillon universel qui protège les pirates eux-mêmes si les pirates l'arborent.
Et la politique des politiciens est la philosophie des philosophes. Ce (jue ceux-là font par les lois, ceux-ci le font par les idées. Le fin scepticisme de l'auteur de la Vie de Jésus et des Etudes d'histoire religieuse n'est pas autre chose qu'un hégélianisme délicat et francisé, c'est-à-dire la forme la plus subtile du libéralisme intellectuel. Ce libéralisme est dangereux, parce qu'il parodie la largeur d'esprit véritable, qui sera probablement la philosophie du xx® siècle.
Si nous pouvions lire dans l'àme d'un Renan et des ennemis les plus fameux de l'Eglise catholique au xix© siècle, nous y verrions — et ne la voyons-nous pas dans leurs œuvres? — une dédaigneuse fierté d'esprit large en face des prétendues étroitesses et puérilités de nos croyances. L'incrédulité, presque toujours, est faite de cette fierté dédaigneuse; presque toujours, c'est comme étroite et puérile que la foi
est rejetée. Le mot u cléricalisme » n'est-il pas l'expression vuk^aire de ce mépris suprême qui fait de la relig-ion une sacristie? Ainsi rapetissé par la parole, le christianisme est jeté en pâture au ridicule; car, le peuple le sent, ce qui est petit n'est pas divin.
La vérité, c'est l'immensité. Et voilà pourquoi, sous la plume brillante d'un Flammarion, par exemple, l'astronomie moderne se pose si fièrement en religion de l'avenir et reg-arde de si haut les relig-ions terrestres. L'astronomie, c'est l'immensité, et cette immensité matérielle, simple imag-e de l'immensité philosophique de ridée universelle, suffit à éblouir bien des lecteurs et à leur masquer le catholicisme.
Tout l'effort de l'astronomie incrédule se porte à lier les destinées de la foi chrétienne à celles du vieux système de Ptolémée, dont la science a fait éclater la mesquine petitesse. De même, toute l'habileté de la politique incrédule consiste à identifier les deux causes de la foi chrétienne et de l'ancien régime social, pour rapetisser celle-là aux proportions et à la durée de celui-ci. Tactique ingénieuse qui entretient le malentendu entre le catholicisme et l'esprit moderne, et dont les catholiques ont trop souvent fait le jeu.
Je n'en finirais pas s'il me fallait retourner sous toutes ses faces, philosophique, politique.
scientifique, populaire, la grande objection de l'esprit large, du faux esprit larg'e, contre l'Église orthodoxe, honnie et repoussée par le siècle, non comme fausse en ses dogmes et ses préceptes (si admirablement ven^-és des Voltaire par d'éminents apoloii;-istes), mais comme étrangère au mouvement, à la vie, à la liberté, au progrès, à la science, à tout ce qui constitue les aspirations modernes, laïcisées par le fait de cette séparation. Des sectaires poursuivent la laïcisation universelle, c'est-à-dire la séparation de l'Eglise, non seulement de l'État, non seulement de l'école et de l'éducation, non seulement de la science, de la morale et de l'art, mais de toute chose vivante. Alors, ils la présenteront au siècle nue et dépouillée sur son grabat, échouée en un coin comme une épave inutile; et, montrant d'un côté la lumière, la civilisation, toutes les grandeurs, toutes les splendeurs, de l'autre, cette éplorée ridicule, ils diront au monde en la désignant du doigt : « La voilà, leur Église universelle! »
Car c'est là que le libéralisme, le faux libéralisme, aboutit: à la persécution du catholicisme. Sous le libéral, le sectaire; sous la conciliation apparente, la haine masquée. Le libéralisme, ce Janus à deux visages, souriant au bien, souriant au mal, manque essentiellement de franchise. Sous sa forme la plus haute qui est la philoso-
l'esprit moderne 223
phie d'Hé^el, il n'est autre que la contradiction même, la double face, l'étre-néant.
Tout d'abord, c'est Y être qui apparaît : c'est l'embrassade des peuples et des principes, c'est la conciliation universelle, c'est 1789 qui éclate, triomphant et joyeux. Puis la médaille se retourne, voici l'autre face: le néant^ 98! L'histoire est la philosophie vivante. Mais l'expérience n'a pas suffi et nous l'avons reprise en g:rand.
Que fut le xix® siècle?
Le siècle du libéralisme, c'est-à-dire une application immense des principes de 1 789. (J'entends, par principes de 1789, par libéralisme, la liberté du vrai et du faux, leur é§-alité, leur fraternité devant la loi ou, pour mieux dire, — car où est le ^Tai, où est le faux? — l'indifférence philosophique et relig-ieuse.j Voilà le dog-me des temps modernes, la base de nos constitutions. Et qu'en sort-il, de cette ma§'nifique impartialité apparente? Comment se clôt le ^rand siècle libéral? Nous le voyons : par la persécution la plus raffinée, par la tyrannie lé^^ale. C'est l'étranglement en règle du catholicisme.
Le siècle du libéralisme expire dans les crochetag'es et les expulsions.
Et partout la haine. L'armée immense du travail s'agitant au fond de la société comme un océan de colères mouvantes; le paupérisme
débordant de toutes parts; la foule asservie à quelques barons juifs, maîtres de Tor et de la presse et, par eux, du monde; la liberté aboutissant au règne de la pornos^raphie universelle, et, dans la boue où germe la graine des Marat et des Robespierre (car les hommes de la chair sont les hommes du sans:), l'espoir d'un 98 européen, dont le premier peut-être n'aura été que la pale aurore.
Alors, l'expérience suffira, je l'espère. L'expérience, qui creuse les idées à coups de tonnerre, creusera l'idée moderne, et l'on compiendra. Alors s'ouvrira par le vrai 89, par les véritables et grands principes, un siècle nouveau, qui n'aura pas de 98, parce que le vrai 89 n'a pas de 93. La lumière n*a pas de sang dans ses rayons.
Ce sera, non pas la mort, mais le tri(jnq)he de l'esprit moderne, vrai et légitime, purifié et agrandi.
C'est sans doute cette transfiguration qu'entrevoyaient les deux amis du Croisé sous le soleil d'avril et dans l'enthousiasme de la jeunesse et du regard. Quelle est donc, au fond, la vraie définition de l'esprit moderne? La voici :
La largeur d' esprit.
L'esprit moderne est un esprit de conciliation universelle.
L'esprit sent aujourd'hui le besoin d'échapper
l'esprit moderne 225
aux affirmations partielles, étroites, systématiques, le besoin de respirer au Icirge^ et certes, il n'a pas tort, car tout système, toute dispute, toute discussion, tout dissentiment, tout désaccord, ont un père commun : l'esprit étroit (dans l'un ou dans l'autre des discuteurs, si ce n'est dans tous les deux).
L'esprit étroit, voilà l'ennemi!
Analysez une discussion quelconque, si vive, si mouvementée soit-elle : au-dessous des emportements de la forme, au-dessous des chicanes extérieures, des contradictions de snrface, que trouvez-vous au fond? Une double vérité.
Une vérité à deux faces.
Chacun des deux adversaires, des deux disputeurs, voit une face de la vérité. Son contradicteur voit l'autre face.
C'est ce que remarque fort bien Hello dans son chapitre sur V esprit de contradiction ( i) :
Si je considère toutes les personnes ou toutes les choses de ce monde, je peux les considérer sous plusieurs faces, et vous aussi.
Paul voit une chose d'un certain coté, il la voit blanche.
Pierre voit la même chose d'un autre côté, il la voit noire.
(i) Les Plateaux de la Balance,
Tous deux ont raison, tous deux ont tort, car la chose est blanche d'un côté et noire de l'autre.
Elle est blanclic ! s'écrie Paul.
Elle est noire! s'écrie Pierre.
Et voilà deux ennemis.
Paul et Pierre, au lieu de s'entr'aider et de coniplémenter le reg-ard de l'un par le reg-ard de l'autre, s'acharnent l'un et l'autre à nier ce fju'il no voit pas lui-môme.
C'est l'esprit de contradiction qui ferme les yeux et (pii aig^rit le cœur, qui aveug'le et sépare les âmes.
Plus Paul voit la chose blanche, plus Paul la voit noire.
Pierre la voit horriblement noire, parce que Pierre l'a vue excessivement blanche.
Leurs regards, au lieu de se prêter .secours, s'irritent les uns contre les autres.
C'étaient deux hommes intelligents, faits pour s'entendre.
Ce sont maintenant deux ennemis, stupidement entêtés, stupidement aveuglés, parce que le serpent (le la contradiction a levé sa tête entre eux deux (i ).
Tel est peut-être le spectacle qui a inspiré rhégélianisme. Hegel, dont Hello aimait la vaste largeur d'esprit, a pressenti, je le crois, une des grandes lois de la vérité.
Cette loi, la voici :
(i) Les Plateaux de la Balance, p. 3Gj.
La vérité totale est faite de ruiiion de deiix vérités contraires.
La vérité est ronde et elle a deux pcMes, comme la terre, — deux pôles comme la pile électrique, où la lumière jaillit du choc des deux courants opposés.
En toutes choses la perfection est dans Tunion des contraires, dans la conciliation des extrêmes. Il serait intéressant, mais un peu long-, de faire le tour du monde et de la réalité pour démontrer ce que j'avance (i ).
Je parle du monde. Qu'est-ce que le monde? Lji équilibre. — On 'est-ce que le mouvement des astres? L'ne conciliation des deux forces, centripète et centrifuge. — Qu'est-ce que la physique du globe? L'n balancement des forces phvsiques. — Qu'est-ce que la santé? Un balancement des forces vitales. — Qu'est-ce que la morale? La morale est dans l'union de ces deux extrêmes : la loi, d'une part, et la liberté, de l'autre. Otez l'un des deux termes de l'opposition, la morale disparaît : vous n'avez plus qu'un esclave qui se soumet de force, ou un libertin. Faire le bien, mais le faire librement: voilà la perfection morale.
Vous la trouverez partout, cette loi des contraires : dans le mouvement de Tatome, dans le
(i) Voir mon livre : Au large! Paris, Cliamuel.
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ballemeut du cœur, dans la respiration animale, dans le flux et le reflux de la mer, dans Talternance des nuits et des jours, des hivers et des étés, dans la nuisique, faite de souffle vag-ue et d'arithmétique austère, la musique, ce sentiment chiffré; dans le vers, ce cri d'àme dont il faut compter les syllabes; dans la phrase, faite d'esprit et de mots, de vétilles grammaticales et de pensées sublimes. Vous la trouverez dans les deux pôles de la politique: Tautoritéet la liberté; dans les deux pôles de l'àme : la raison et l'amour, comme dans les deux pôles de la pile électrique. Telle est donc la loi universelle : l'union des contraires.
Qu'en a conclu Hegel? Cette chose absurde : la contradiction universelle.
Il en a conclu que la contradiction était la loi de l'être et de la pensée, ce que M. Scherer traduisait ainsi dans la Reuae des Deux Mondes (février 1861) : « Un principe s'est emparé avec force de l'esprit moderne; c'est ce principe en vertu duquel une assertion n'est pas plus vraie que l'assertion opposée. Cette découverte est le fait capital de Thistoire de la pensée contemporaine. » Ce qui signifie, comme le fait remarquer Hello : (( Pensons au hasard n'importe quoi. » Il n'y a plus de vrai ni de faux: destruction de la métaphysique. Il n'y a plus de bien ni de mal : destruction de la morale; plus de beau, plus de
LESPRIT MODERNE 229
îaid : destruction de l'art. M. Scherer ne s'en cache pas : « Aujourd'hui, dit-il, rien n'est plus parmi nous vérité ni erreur. Il faut inventer
d'autres mots Nous ne connaissons plus la
relisrion, mais des religions; la morale, mais des mœurs; les principes, mais des faits. Nous expliquons tout, et, comme on l'a dit, l'esprit finit par approuver ce qu'il explique. La vertu moderne se résume dans la tolérance. »
En deux mots : indifférence intellectuelle, indifférence morale, voilà l'esprit moderne, d'après M. Scherer. Mais qu'est-ce que cela, sinon la suppression même de la pensée et de la vertu, la destruction universelle?
Grâce à Dieu, nous avons de l'esprit moderne une plus haute idée. Et cette idée, noble, grande, mag-nifique, Hello nous la donne dans toute sa pureté. Non, la lart^-eur d'esprit n'est pas l'indifférence, n'est pas le scepticisme, n'est pas la tolérance béate et bête, cette vertu du règ-ne inanimé. La largeur d'esprit n'est pas la destruction de la pensée; elle est, au contraire, la pensée même, la plénitude de la pensée, la pensée intégrale et complète allant d'un pôle à l'autre de toute question et de toute idée; elle est l'intelligence grande ouverte, volant, toutes ailes déployées, à tous les aspects du vrai, à tous les points de vue de la lumière. La largeur d'es-
a30 ERNEST HELLO
prit a pour devise ces vers de Victor Hugo:
Tous ont la déraison de voir la vérité, Chacun de sa fenêtre et rien que d'un côté, Sans qu'aucun d'eux, tenté par ce rocher sublime, Aille en faire le tour et monter sur sa cime.
La largeur d'esprit, c'est cet apologue trouvé dans un manuscrit d'Hello :
Trois aveugles désiraient voir un éléphant.
La chose n'était point facile. On leur amène un de ces animaux; ils s'en approchent. L'un touche la trompe, l'autre le pied, le troisième la queue.
— Il ressemble à un pilon, s'écrie le premier.
— A un mortier, riposte le second.
— Mais non, mes amis, reprend le troisième, c'est tout le portrait d'un balai.
Qui avait raison? Tous, et pas un. Car tous avaient jugé le détail et personne ne connaissait l'ensemble.
Hello ajoute :
Les traditions orientales ne contiennent peut-être pas de leçon plus profonde. Comme les trois aveugles ressemblent bien aux hommes, et comme l'éléphant ressemble bien à la vérité!
Chacun la touche et personne ne la voit. Chacun la touche par le côté qui se rapproche de sa personne ; personne ne la voit dans sa grandeur et dans sa totalité.
Voir la vérité dans sa grandeur et dans sa
l'esprit moderne a3i
totalité sans en refuser un rayon, voilà la larg-eur d'esprit.
Mais qu'est-ce que la vérité?
Quelle est-elle, la philosophie de l'esprit larg-e, la religion de l'esprit large? Existe-t-elle, la doctrine de conciliation universelle, de lumière totale, rêvée par le siècle des lumières?
Elle existe; et j'étonnerais peut-être bien des libéraux — et bien des catholiques — en la nommant : c'est le catholicisme.
Oui, le catholicisme, le vieux catholicisme éternel, mais vu dans une lumière nouvelle, car, bien que la vérité soit immual^le, elle apparaît aux hommes sous des aspects qui peuvent être nouveaux, et verse ses trésors à mesure des besoins et des siècles. C'est le progrès dans l'immutabilité.
La vérité est la conciliation universelle. H y a là, ce me semble, un aspect qui n'a jamais été développé dans sa majestueuse ampleur. Pour ma part, je ne l'avais entrevu que dans Gratry, cet esprit admirablement vaste et synthétique, et ■ dans Donoso Cortès {Essai sur le catholicisme). Bien d'autres, sans doute, l'ont effleuré, car, parler du catholicisme, c'est parler de synthèse et de conciliation universelle. Mais beaucoup, et principalement les lutteurs, n'ont pas l'air de s'en douter. Ils montrent l'autre face de la vérité : l'intransigeance.
Car la vérité, qui concilie tout, concilie aussi ces deux contraires : l'intransig-eance et le libéralisme; et nous verrons dans quelle harmonie. La vérité est la largeur d'esprit même et l'intolérance même, je l'expliquerai ailleurs ; elle n'est pas un mélange des deux, une atténuation de l'un par l'autre; elle est l'un et l'autre, dans toute la force des deux termes opposés, et c'est la gloire d'Hello de n'avoir jamais rompu cet équilibre superbe.
L. Veuillot est un intransigeant, Lacordaire un libéral. Hello est plus libéral que Lacordaire et plus intransigeant que L. Veuillot. Mais ces mots, il les ignore, car il n'est l'homme d'aucun parti. Les nuances se fondent chez lui dans la splendeur de la lumière une et pure, et il est simplemont rath<tli(jue, parce qu'il est simplement univrrseL