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tonner que le monde soit devenu la proie du mensonge. Il faut plaindre le public qui remet la direction de son intelligence aux Brunelière de la critique hyperboliquement louangeuse, qui attend leurs arrêts avec respect et recueille leurs paroles comme si elles tombaient de la bouche d'un Dieu.
Renan savait d'ailleurs forcer la main à la critique, par l'influence qu'il avait acquise dans le monde politique et universitaire et par les services qu'il pouvait rendre, mais ne rendait jamais (1). Et si ses ouvrages ont eu tant de vogue, ils le doivent aux critiques littéraires qui trompaient l'esprit public. Ça et là, aussi, Renan semait dans ses livres des traits qui plaisent par leur originalité. C'est ainsi que le proph-'te Osée est comparé (( à un prédicateur do la ligne ou à quelque pamphlétairepuritain du temps deCromwell >. C'est leprophète Amosqui aécrit « le premier article de journalisme intransigeant 800 ans avant Jésus-Christ». Les anavim les « pauvres » de Juda sont mis en parallèle avec nos modernes socialistes et l'auteur raconte leurs luttes, dans la langue même qu'on emploie pour relater les attentats anarchistes d'aujourd'hui. David n'était, parait-il, qu'un chef de pâtres brusque et violent, et s'il eût vécude nos jours, il eût, pour tels et tels méfaits
(i) Renan se posait volontiers en homme Itienfaisant et aidant ses semblables. Barrés a raconté là-dessus une jolie anecdote. On était à table, et Kenan se vantail d'avoir fait obtenir de l'avancement à un jeune homme de Perros-Guirec. Un convive lui fit remarquer qu'il se tromi>ait. qu'il n'avait jamais rien fait pour celui-là. El Renan de répondre: — Je Tai oublié? j'en suis fâché; c'est un très bon esprit.
de rapines et de rixos, passé en police corrertionnelle ! C'est ainsi que Renan s'est acharné à réduire au commun les types illustres de l'histoire biblique. Ces rapprochements sont d'un goiU douteux; ils sont excessifs et par conséquent illusoires et faux. Mais cela plaisait aux lecteurs et les éditions se succédaient rapidement. Renan s'est-il jamais soucié d'autre chose ?
En dehors des livres historiques, il y en a d'autres, dans la Bible, qui traitent df! hautes questions de poésie et de morale. Renan ne voulut pas les laisser en dehors de sonencyclopédiede haine etde destruction. Ne pouvant les atteindre dans son Histoire du peuple d'Israël, il en publia la traduction avec des notes et des préfaces où il s'efforçait d'acco-nplir sa besogne mauvaise.
C'est ainsi qu'il nous a donné: le livre de Job, traduit de l'hébreu, avec une étude, en 1859; \e Cantique des cantiquesj iraduil de l'hébreu avec une étude, en 18G0; VKcclésiaste, traduit de l'hébreu avec une étude, en 1881.
Ces traductions, si l'on fait abstraction du texte, sont parfaites. I.e français du traducteur coule rapide et clair; on plonge dans l'idée comme dans une onde pure, et l'on ne se douterait pas en voyant la phrase courir si limpide et si vive, que ce ruisseau littéraire .a rencontré sur son chemin plus d'un obstacle.
Et les obstacles ont été tournés avec habib»!»», sinon
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avec science. Mais Renan a eu quelquefois de grandes difficultés à le faire. Ainsi il lui est arrivé d'accoucher de huit grands vers de douze pieds pour rendre moins d'une ligne 1/4 du texte original de l'Ecclésiaste. Tel est la sincérité de plume de l'académicien.
Dans sa prétention à bien traduire le livre de l'Ecclésiaste, où les vers et la prose sont mélangés, Renan a voulu mettre aussi des vers dans sa traduction. Il y a des couplets tout-à-fait réussis; en voici deux:
Le plancher s'effondre bien vite Sur la tête des nonchalants, Et la maison fait eau par suite Des bras balants.
Qui sur lèvent trop délibère Perd le moment d'ensemencer, Qui toujours le ciel considère Manque l'heure de moissonner.
Gela ress?emble à l'histoire do France mise en sonnets par Benserade. On peut encore comparer l'aridité de ce style poétique à une démonstration géométrique. Renan a bien fait de ne commettre que rarement des vers: sa réputation de styliste en eût soufTorl. Il est vrai que, dans la circonstance, il a une excuse ; car il a maladroilomont pris pour do la pro-^e ce qui était en vers dans le texte et il s'est efforcé de revêtir de la forme poétique ce que l'Ecclésiaste avait exprimé en bonne prose simple et dépourvue d'ornements. Mais
cette transposition n'est qu'un détail pour Renan qui se rendait la tAche de traducteur facile en dénaturant la pensée, en bouleversant l'ordre des versets, et dans le verset celui des propositions parallèles.
Quand on a fréquenté le célèbre hébraisant, on est habitué à ce sans-géne et on ne s'en étonne pas trop. On ne s'étonne pas davantage de le voir maltraiter le fond des livres dont il s'occupe, comme il en maltraite la forme. Pourquoi l'un serait-il plus sacré que l'autre ?
Dans son Etude sur l'âge et le caractère d'un livre qu'il a placée en tête de sa traduction de l'Ecclésiaste, il faut surtout remarquer la ressemblance qu'il donne au Kohéleth avec lui-même. Cette préface n'est qu'un chapitre d'autobiographie. Celui qu'on y peint ressemble étrangement à celui qui a écrit les Souvenirs d'enfance et de jeunesse. Le Kohéleth (1) est, comme Renan, un sceptique, un fataliste, un athée, qui s'amuse des choses du monde sans prendre la peine de s'en chagriner jamais, si tristes qu'elles soient. C'est un mondain blasé, heureux de vivre. C'est un Schopenhauer résigné qui se débat au milieu des contradictions, qui pose à l'homme exquis et de bonnes manières, qui jouit en paix de ses œuvres et du fruit de son travail.
Inutile de dire que Renan ne nous a donné que la caricature du Kohéleth. En réalité, l'auteur de VEc-
(1) C'est ainsi que Salomon, auteur de VEcclésiaste se nomme lui-même. Ce mol signifie le discoureur, celui qui instruit.
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clésiaste fui tout autre. C'était, il est vrai, un contempteur de la gloriole humaine, et la peinture qu'il fait des misères de la vie donne à son liyre un charme douloureux qui retient et console l'àme froissée par les luttes de l'existence. Mais ce n'est nullement unjie m'en fichiste ; c'est un sage qui aurait voulu détacher l'esprit de ses contemporains des vaines choses du monde qui passent, des créatures qui se flétrissent et se fanent, pour l'attacher uniquement à Dieu qui reste toujours jeune, toujours grand, toujours beau, et aux choses de l'éternité qui demeurent.
Renan a fait de ce livre un poëme décevant et rempli de négations ; c'est, au contraire, un immense cri de foi et d'amour.
Là encore, il a suivi sa méthode qui consiste à regarder comme vrai tout ce qui peut déprécier les livres saints. Quelle bonne aubaine pour lui si on avait admis que l'auteur d'un de ces livres inspirés, était un athée ! 11 a voulu de même faire du Cantique des Cantiques un librettOj un opéra intime qui se jouait dans les mariages.
Comme fait d'imagination, c'est joli et cela prête à de magnifiques développements.
Mais quand il s'agit de prouver semblables affirmations, c'est tout diff'érent. En faveur de son hypothèse sur le Cantique des Cantiques, Renan ne cite que deux autorités : 1" Bossuet, qui n'en parle point ; et 2°Lowth7«i soutient précisément le contraire {i). Le
(i) Cf. Af. Renan et le Cantique des Cantiques^ par l'abbc Meipnan, p. 21.
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savant et modeste abbé Crelier n'eut pas (Je peine a démolir le système d'interprétation impie appliqué par Renan au livre de Job et au Cantique des Cantiques. Au point de vue de l'érudition philologique, comme au point de vue du bon sens, il fit facilement justice des énormités de cette critique sacrilège (1).
Quant à VFcclésiaste, la réfutation des théories de Renan fut encore plus facile, et l'abbé Moltais, de l'oratoire de Rennes, put la faire à l'avance dès que fut seulement annoncée l'apparition de l'œuvre de Renan {^). Il n'eut qu'à demander aux Allemands ce qu'ils avaient écrit : toutes leurs allégations furent reproduites par Texégéte français.
Et voilà comme on édifie à peu de frais contre le christianisme une œuvre vaste et immense, de laquelle on espère la destruction de Vinfâme. Mais de même qu'elle a peu coûté, elle produit peu ; on en pénètre bientôt l'inefllcacité et elle s'effondre rapidement sous le vent des sarcasmes et des moqueries. Telle est la destinée de l'œuvre de Renan : faite de vanité et d'or-
(1) Renan trouvait d'ailleurs des adversaires jusque dans les corps savants dont il faisait partie. Quand il lut à TAcadémie des inscriptions son mémoire sur le Monothéisme chez les races sémitiques^ de toutes parts des objections s'élevèrent au nom de la philologie et de Thistoire. Renan, sans renier le fond de son système, se prêta à toutes les modifications qu'on voulut. Mais quand il publia son travail, ses savants collègues remarquèrent avec èlonnement qu'il n'avait tenu aucun compte de leurs observations : le mémoire était imprimé tel qu'il avait été lu. — Wallon, Correspondant, 18o'.>, p. 633.
(2) Salomo)} et VEcclésiaste, 2 vol. in-H". Paris, 1876.
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gueil, elle succombe misérablement, et ses livres, tant vantés, feront depuis longtemps la pâture des rats, quand les œuvres sacrées, qu'il voulait détruire seront encore la consolation et renseignement de milliers de générations.
CHxVPlTRK VII
Bassesse de cœur et d esprit.
Renan ayant eu la prétention de s'occuper de morale il faut bien que nous nous occupions de lui comme moraliste. Mais vraiment un écœurement fait trembler la plume aux doigts quand on est obligé d'examiner pareille qualité chez un tel homme. Renan est en eftet la négation vivante de toute morale. Nous l'avons vu sacrifiant à ses intérêts et et à son égoïsme. Jamais aucune considération n'a pu Tarrcter. Menteur dans les affaires ordinaires de la vie, hypocrite dans les choses de la conscience, malhonnête dans les questions littéraires, il n'a respecté ni la science de ses maîtres, ni les sentiments de sa mère, ni les découvertes d'autrui.
Un homme qui montre si peu de cœur, si peu de respect de lui-même, ne peut être qu'un bien pauvre moraliste. La bouche parle de Tahimdance du cœur et quand celui-ci est rempli de vilenies et de bas sentiments, les doctrines émises sont nécessairement nauséabondes et dignes de réprobation. Le fond de la