‹ Ernest RenanChapitre 15 sur 28 · BASSESSE DE C(JELR ET D'ESPRIT · texte numérisé non relu

BASSESSE DE C(JELR ET D'ESPRIT

pensée de Renan sur la morale et la vertu est exprimé par ces paroles de Caliban :

La vertu est une gageure, une satisfaction personnelle qu'on peut embrasser comme un généreux parti, mais le conseiller à autrui î Qui l'oserait? On hésite en pareil cas comme si l'on mettait dans la main de quelqu'un une pièce d'un aloi douteux. M'étant peu amusé quand j'étais jeune, j'aime à voir s'amuser les autres. Ceux qui prennnent ainsi la vie sont peut-être les vrais philosophes. Qui sait si le dernier résultat du grand effort qui se fait en ce moment, pour percer l'infini, n'est pas que tout est vide, si bien que le dernier mot de la sagesse serait s'étourdir... Il faut toujours prendre le parti le plus vertueux, sans être sûr que la vertu soit autre chose qu'un mol.

Nous retrouvons là le scepticisme voulu et réfléchi de Renan qui se moque des cris de la conscience comme des règles de la logique et roule avec soin tout ce qui l'ennuie dans les linceuls de pourpre qu'il réserve aux dieux morts. Il veut que la vie soit « un moment qu'on passe à la table d'un banquet sans qu'on sache qui vous y a invité. » S'empitTrer de jouissances et abuser des dons de Dieu, sans songer à l'en remercier, voilà son idéal.

Le? idées de Renan surla morale sont exprimeesdans ses drames philosophiques : Caliban , VLau de Jouvence, le Pn'in' (A' Snni: VAbbesse de Jouarrc (1) dans les

(1) De tous ces drames, VAbbesse de Jouarre a été seule représentée en Italie. En France on a joué de lui au Thé<^tre- Français un acte sur Victor Hugo, blueite sans importance qui

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h^ssais de murale et de critique et dans les Souvenirs d'enfance ef dr jeunesse. Nous nous arrêterons ?implement sur deux des drames philosopliiques : le Prêtre de Némif (1) attaque odieuse contre la religion et VAb-

n'a pas eu de succès. Renan, cependant n'avait pas oublié de se faire recevoir dans la Société des artistes dramatiques, sans doute pour t«'moigner une fois de plus qu'il n'avait aucun souci des intérêts matériels.

(1) Voici le sujet de ce drame philosophique. M. Renan nous transporte à Albe-la-Longuo, prés du lac de Némi, aux premiers temps de la fondation de Rome. Cette Albe, bien entendu, est une Albe de fantaisie, qui ressemble beaucoup à Paris ; il ne s'ap^it pas de ressusciter une époque, mais d'exposer des idées. Strabon" raconte qu'il existait sur les bords du lac de Némi un temple de Diane très vénéré, dont le prêtre devait, pour être léjj;itime, avoir tué de sa main, son prédécesseur. M. Renan s'est emparé de ce récit. Il suppose qu'un sage nommé Antistius, a aboli ce rit sanglant et qu'il s'est fuit nommer prêtre par le suffrage populaire. Antislius est un prêtre libéral de l'an L"'" de Rome. Son libéralisme est aussi radical que préhistorique. Il ne croit ni aux dieux, ni à Dieu, ni aux sacrifies, ni à la prière. Epurateur sans merci, il dégage sareligionde la vieille rouille du surnaturel et il n'y veut que les purs éléments du laïcisme. Antistius a cependant un symbole: Il croit au divin, à l'idéal, à laraison,à l'amour. C'est à faire triompher le culte de ce Dieu myrionyme sur les ruines du polythéisme et du monothéisme qu'il déploie son zèle sacerdotal. Le résultat en est la ruint' d'Albe et la mort violente de l'Apôtre réformateur. Tt'h»-! r.>bi.>t .lu drame.

.\ntistius tient le rAle principal : autour ilc lui so groupent divers personnages. La Sibylle Carmenta ; .Métius, chef des Patriciens ; Libéralis, chef de la bourgeoisie éclairée; Cethegus, chef des démagogues ; Titius et Voltinius, citoyens modérés et sensés ; Dalabella fanatique, etc. etc.; représentent

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