AVORTEMENT D UNE ENTREPRISE
nombreux ouvrages n'a jamais donné de solution précise aux grands problèmes qui tourmentent l'humanité ! Dans ses Dialogues philosophiques — qui sont en quelque sorle le manuel de sa doctrine, — il énumère, dans le premier dialogue, quelles sont nos Certitudes. Or, ces certitudes ne sont que des négations : non existence d'un Dieu conscient et personnel, inutilité de la prière, impossibilité du surnaturel. Dieu n'est pour Renan que l'idée pure, un produit de la conscience « le grand son que rendent toutes nos facultés vibrant simultanément. » Dieu n'existait pas au commencement du monde, il n'existe pas encore mais il pourra bien exister plus tard; car le monde existe de lui-même, et les germes qu'il contient vont se développant sans la direction d'aucune intelligence consciente régulatrice; mais celte intelligence qui manque totalement au début pourrait bien apparaître plus tard, en vertu du « secret ressort » qui existe dans l'univers et qui pousse le possible à exister. Or dans le possible, se trouvait une conscience de l'univers, laquelle, mue par le ressort, tend à se faire et croît avec le développement des choses; de cette sorte il peut arriver que cette conscience, si obscure en commençant, se confonde, au terme de son progrès, avec l'idéal absolu et lui confère la réalité. Ainsi, t Dieu n'est pas encore, dit Renan, il sera peut-être un jour. »
Ces idées ont été mises sous une autre forme dans l'Examen de conscience philosophique (1) et on les
(I) C4et examen fut écrit pour la Re\'ue des Deux-Mondes; il
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l'ulrouve ça et là dans toutes les productions de Renan. Ciî sont elles qui ont tout inspiré. Et l'diuvre du prétendu philosoplie se réduit ainsi à fort peu de chose: deux ou trois idées qu'il a accommodées à toutes les sauces et attribuées à mille personnages divers, au prêtre de Némi aussi bien qu'aux interlocuteurs des Dialogues plùlosophifjiies. En dehors des certitudes, il parle encore, dans ces dialogues, des probabilités et des l'eues, de la responsabilité que Dieu, s'il était conscient, aurait d propos du mal qui est dans le monde, et de la victoire totale et absolue du bien, qui amènerait Texislence absolue de Dieu. Mais, au dire même d'un de ses admirateurs (2), ces autres dialogues ne sont que « l'assemblage, parmi les préoccupations du mystique de toutes les subtilités du docteur, de tous les paradoxes du curieux, de toutes les fantaisies du pot'le, de tous les caprices de l'artiste ». Puisque c'est ?i peu sérieux et que l'auteur lui-même n'a pas voulu en prendre la responsabilité, contentons-nous de n'en pas parler.
Examinons seulement d'après un article de la Bévue des Deux-Mondes (l), comment Renan a expliqué le développement normal de l'humanité. H distingue:
i° Une période atomique, au moins virtuelle, règne de la mécani(|ue pure, mais contenant déjà le germe de tout ce qui devait suivre;
a été reproduit dans le Temps du 16 août 1889 et réimprimé dans les Feuilles détachées.
(:2) M. Ch. higol. dans la Revue hlcuc.
(1) 15 octobre 18ti3, les sciences de la nature.
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2° Une période moléculaire où la chimie commence, où la matière a déjà des groupements distincts ;
3° Une période solaire, où la matière est agglomérée dans l'espace en masses colossales, séparées par des des distances énormes;
4° Une période planétaire... où la planète Terre en particulier commence d'exister ;
5** Période de développement individuel de chaque planète... C'est dans cette période que le caillou produit la plante; la plante enfante l'animal; et l'animal se transforme en homme. Mais il paraît que l'homme n'est pas encore un animal civiUsé, car à celte période importante succède la suivante;
6** Période de l'humanité inconsciente, qui nous est révélée par la philologie et la mythologie comparée, s'étendant depuis le jour où il y a eu sur la terre des êtres méritant le nom d'homme, juî?qu'aux temps historiques ;
7° Période hislorique... comprenant environ o.CKK) ans, et c'est celle où nous avons le bonheur de vivre.
...» Deux éléments, dit Renan, le temps et la tendance au progrès, expliquent l'univers,., une sorte de ressort intime poussant tout à la vie, et à une vie de plus en plus développée, voilà l'hypothèse nécessaire.
» Certes, nous ne pouvons nier qu'il n'y ait dans d'autres corps célestes des consciences bien plus avancées que celles de riiumanité, mais nous n'en avons nulle connaissance.
» Mais qui sait si l'homme ou tout autre être intelligent n'arrivera pas à connaître le dernier mot de la matière, la loi de la vie, la loi de l'atome? qui sait si, étant maître du secret de la vie, un biologiste omniscient n*en modifiera pas
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les conditioiir^ ? .. qui sait si la science infinie n'amènera pas le pouvoir infini?... L'être on possession d'une telle science et d'un tel pouvoirsera vraiment maître de l'univers. L'espace n'existant plus pour lui, il franchira les limites de sa planète, l'n seul pouvoir gouvernera le monde, ce sera la science, ce sera l'esprit.
» Dieu, alors, sera complet.. Dieu sera plutôt qu'il n'est; il est m fierij il est en voie de se faire ....
Voilà un tableau tout-à-l'ail réjouissant et il est bien impossible de garder son sérieux devant ce monde qui commence par Vatùme pour aboutir à un grand cbimisle qui se fait Dieu, de par la grâce de l'oxygène et et de l'azole: devant ces animaux qui se débarrassent de leur poil ou de leurs plumes pour se revêtir de pantalons et de paletots ; devant le personnage ojnyiiscient qui trouve le moyen de ne pas mourir et se promène de planète en planète, comme en son domaine.
Il n'est pas possible de prendre de pareils rêves au sérieux. Pour confondre Renan il suffirait de lui demander s'il connaît la valeur des mots: infini et éternel.
Admettons avec lui que la matière est éternelle et infinie, comment se fait-il que la période atomique pendant laquelle n'existaient point les lois qui, maintenant, régissent la matière, se soit trouvée, tout-à-coup, soumise à ces mêmes lois ? Quel aulre ancêtre a préexisté à pon grand père Vatôme, et à sa grand'mère la molécule? Car, enfin, il y avait une autre période avant cette période-là, puisque tout ce système est éternel.
De deux choses l'une, ou il y avait quelque chose avant l'a/cîme, ou il n'y avait rien. S'il y avait quelque