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CHAPITRE IV

Les premières batailles.

Pour consacrer sa gloire naissante, Renan jugea bon de se faire déléguer pour une exploration scientifique. Grâce à M"« Coruu qui le présenta à Tempereur, et lui obtint les bonnes grâces de la famille souveraine, le jeune membre de l'Institut fut envoyé en Phénicie, aux environs de l'ancienne Byblos, sur les bords du fleuve Adonis, dans ce pays célèbre par le culte qu'on y rendait k ct^lui qui avait été aimé de Vénus. Nous dirons plus loin pourquoi il choisit ce pays de préférence à un autre.

Il partait avec tous les avantages attachés à la personne d'un explorateur officiel : le gouvernement avait mis à son service tous les moyens matériels qui pouvaient l'aider dans son entreprise, y compris le concours de nos agents diplomatiques et consulaires, et celui des officiers de notre escadre du Levant; il semble qu'une diabolique malignité ait voulu faire concourir le gouvernement d'alors, le gouvernement hypocrite de Napoléon III, à l'œuvre de haine qui allait s'édifier là contre le christianisme.

Car Renan n'avait pas seulement pour but d'explorer la terre d'Adonis, il voulait parcourir la Palestine, étudier le cadre dans lequel s'était déroulée la vie du Christ, et vivre sous le ciel où le christianisme avait pris naissance. Ces diverses choses le passionnèrent plus que les découvertes à faire dans la terre d'Adonis ; ces découvertes en effet n'étaient pas fort difficiles, ayant été déjà faites quelques années auparavant.

Il parcourut donc toute la Palestine, et l'été venu, il s'installa à Ghazir, avec sa sœur qui l'avait accompagné dans sa mission scientifique. M°*^ Renan avait été aussi du voyage, mais au bout de six mois elle avait dû rentrer en France pour faire ses couches.

Le frère et la sœur travaillaient de concert, comme autrefois dans leur mansarde parisienne. Henriette Renan était toujours la sœur dévouée, tendrement aimante que nous avons connue. Les idées de son frère étaient sacrées pour elle, et elle s'inclinait avec une sorte de respect devant les décisions du jeune savant. Mais ce n'était pas toujours sans amertume cependant : il y eut entre eux de vives discussions et l'écho en est venu jusqu'à nous par les écrits mêmes de Renan, par cette dédicace de la Vie de Jésus quon a tant ad mirée; qu'on la relise avec soin, et on verra que les a questions fines et délicates, » les « douces objections » de la sœur ont plus d'une fois embarrassé le frère.

M"" Renan était, en vérité, fort inquiète de l'œuvre do son frère. Elle lui dit plus d'une fois que c'était fort mal de soulever des questions qui attaquaient la base de la société; et qu'au lieu d'employer son talent

à saper cette base, il ferait mieux de remployer à la consolider, dans des temps surtout où le manque de solidité sociale ne provenait certainement que du manque de foi (1). »

Peut-être aussi cette sœur, qui avait tant de cœur et de bon sens, sentait-elle toute l'infamie qu'il y avait à écrire la Vie de Jésus sur cette terre où tout redisait la divinité du Christ. Là, Renan et sa sœur ne pouvaient pas faire un pas sans rencontrer le souvenir des miracles que THomme-Dieu avait semés à chaque détour du chemin, sans entendre la voix lointaine des prophètes qui à chaque page des livres sacrés — écrits sur ces rivages — annoncent la venue du divin Messie. La voix des ancêtres n'était pas moins éloquente : dans ces campagnes, sur ces collines, au milieu de ces vallons, étaient tombés les chevaliers des croisades, des Français qui n'avaient été emportés vers le Liban que pour faire un acte solennel de foi devant le monde et les siècles. Et le soir quand, fatigué des compositions du jour, l'écrivain conviait sa sœur, lasse aussi sans doute des transcriptions qu'elle avait faites, à converser doucement, sous le ciel brillant encore, môme après le départ du soleil, et sous l'aimable courant de la brise embaumée, ils entendaient la cloche des monastères et des villages retentir nonseulement comme un soupir, comme un cri de la terre vers le Ciel, mais encore pour une profession de foi à la divinité du Christ.

Si Renan a jamais eu quelques convictions chré-

(1) La Vie de Renaiiy par M. Marrot, p. 7i.

tiennes, de quels scrupules n'aurait-il pas dû être assiégé quand, au milieu d'un tel panorama, il s'efiforçait de détruire la base même du christianisme ?

Cette vie dura plusieurs mois. Mais tout à coup elle cessa : les deux explorateurs étaient atteints en même temps de la fièvre pernicieuse et plongés ensemble dans le sommeil de Tagonie. Henriette Renan fut bientôt à la dernière extrémité. Plusieurs fois elle appela le prêtre; un moine maronite accourut, mais la pauvre fille n'était déjà plus. On lui fît cependant des funérailles chrétiennes.

Quand Renan reprit ses sens, sa sœur était déjà dans le cercueil.

— Vous l'avez enterrée trop tôt, s'ecria-t-il. Elle dormait peut-être comme moi ; elle doit peut-être dormir encore.

La mort de sa sœur laissait Renan seul sur la terre d'Asie. Abandonné de son bon génie, il se hâta vers la France. D'ailleurs il avait achevé le chemin qu'il s'était tracé. Sa palette était garnie de riches couleurs qui lui permettraient de brosser les descriptions de la Vie de Jcsus, et il avait suffisamment exploré la terre d'Adonis pour reconnaître qu'elle avait été bien étudiée et bien décrite par le savant P. Bourquenoud, dont les notes avaient inspiré et dirigé tout le voyage de Renan.

Car cette fois encore Renan avait voulu profiler des travaux d'autrui. Le P. Bourquenoud et le P. Dutau,

orientalistes distingués, avaient, en effet, visité la terre d'Adonis en 1857 et y avaient fait des découvertes qui intéressèrent le monde de Térudition. Le P. Bourquenoud préparait un mémoire qui devait être remis à l'Institut. Renan en avait entendu parler, avait été assez habile pour obtenir communication, par voie détournée, des notes du bon jésuite, et, lorsqu'il avait été bien préparé, il s'était fait déléguer par le gouvernement français pour aller faire des découvertes déjà faites par d'autres. Ce ne lui fut pas trop difficile, car il n'eut qu'à suivre la route tracée par son devancier. Les jalons étaient bien posés et, à moins d'être un aveugle ou un parfait imbécile, il fallait absolument mettre le nez sur les choses intéressantes trouvées et signalées par le P. Bourquenoud. Renan alla très vite à faire ces découvertes.

Il publia ses premières observations dans le Motiiteui\ à la fin de février 1861. Il faut même croire qu'il alla trop vite, ou qu'il avait mal pris ses notes avant départir, car dans le compte-rendu de ces prétendues découvertes, il commit de grosses erreurs, des erreurs qui auraient dû à jamais obscurcir son titre de savant, si l'impiété n'avait point eu intérêt à le faire miroiter, malgré tout, aux yeux des badauds étonnés.

Entre autres erreurs, Renan se trompait grossièrement sur le site de plusieurs villes. Il prétendait retrouver Palœtyr sur les bords de la Qasmiyeh, à une lieue et demie au nord de Tyr, quand Strabon, qui devait le savoir un peu mieux que Renan, place cette ville au sud.

Il en était do même de Palœbyblos, la vieille citadelle

du culte d'Adonis : Renan la voyait au nord du fleuve Adonis, tandis qu'elle est placée au sud par les seuls auteurs de l'Antiquité qui en parlent, Strabon, Pline, et la Table de Peuùnger. Renan a d'ailleurs le talent de faire voyager les villes : dans la Vie de Jésus, en parlant de ce bon Zachée, il a trouvé moyen de transporter Jéricho jusqu'au centre de la Galilée (1).

De pareilles erreurs, et bien d'autres qu'il serait trop long de signaler amusaient le P. Bourquenoud. Mais à côté des erreurs, il y avait des choses vraies, et le Révérend Père s'apercevait de jour en jour que les trouvailles de Renan ressemblaient singulièrement à ses propres découvertes.

Et pour s'en assurer la propriété, pour ne point laisser le geai se parer de ses plumes, le P. Bourquenoud s'en fut, avant le retour du finaud explorateur, présenter son manuscrit à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Le 28 Septembre 1861, ce manuscrit fut daté, signé et paraphé au recto et au verso de chaque feuillet, et marqué du sceau de l'Institut, et M. Wallon remercia le P. Bourquenoud, au nom de l'Académie, lui garantissant ainsi la propriété légitime et la priorité de ses découvertes.

Cette précaution ayant été prise à l'insu de Renan, celui-ci continua de chanter dan? le Moniteur, comme il l'avait fait déjà avant son retour en France.

Des gens malavisés, qui étaient au courant de tout, le prièrent de ne pas chanter si fort, sous prétexte que cela leur faisait mal à la tête, toutes les fois qu'ils en-

(1) Cette erreur fut corrigée dans les dernière* éditions.

tendaient chanter faux. Et à Tlnstitut, les collègues du voyageur furent joliment embarrassés par la remise de son mémoire, qui ressemblait trop ù, celui du P. Bourquenoud, et qui lui donnait de suite la réputation de plagiaire.

La situation était tendue. Tout venait mal à propos au pauvre Renan. Après la suspension de son cours au collège de France, il avait, dans une solennelle séance de l'Institut que nous racontons plus loin, amassé autour de sa tète une tempête de rires, et les bévues de la Vie de Jésus menaçaient de compromettre sa réputation de savant. Pour l'achever on lui contestait ses découvertes en Orient!

Renan se défendit. Le Figaro (1) publia une lettre anonyme d'un soi-disant ami de Renan, que tout le monde prit pour lui-même. Dans cette lettre on soutenait que ces découvertes, n'ayant point été publiées, ne signifiaient rien.

« Priorilé de publication, disait-on, priorité de découverte.

» C'est la loi et les prophètes, celle maxime ayant Taulorité souveraine de la chose définilivemenl jugée. On n'en a pas invoqué d'autres pour Leibnilz contre Newlon, pour Champollion contre Joung, et il n'y en a pas d'autre en elfel.

» Et sans cela, où en serions-nous, mon Dieu ?

» Faites la découverte la plus imporlanle ou la plus insignifiante, et ù l'instant vous aurez à vos trousses (cela ne manque jamais) une meute de cinq ou si.v savants jésuites qui aboyeronl après vous et vous démontreront que vous n'êtes qu'un vil plagiaire.

(1) Année 1803, n«880.

Cela est si universel qu'on n'y fait plus attention. La race des savants jésuites est indestructible; mais depuis le savant Scott, le savant Scaliger, le savant Saumaise, elle n'a plus de dents ».

Quand le Figaro quelques jours plus lard, révéla au public que le manuscrit du savant jésuite avait été déposé à rinstilut longtemps avant celui de Renan, les rieurs ne furent point du côté de ce dernier, et cette affaire ne rétablit point le prestige que d'autres algarades lui avaient enlevé.

D'autres que le P. Bourquenoud avaient contribué au succps de cette mission en Phénicie. M. G.d'Orcet, qui s'était établi en Orient depuis plusieurs années, aida Renan de ses conseils et de son savoir. Et celui-ci avait promis à son Mentor, comme marque de reconnaissance, de lui faire donner une mission en Phénicie, Tannée suivante, pour découvrir de nouveaux trésors archéologiques. Au lieu de tenir cette promesse, Renan fit envoyer en Orient, MM. de Vogué, Waddington et Duthoit (i), en invitant M. d'Orcet à s'associer à eux. « J'avais pourtant fait part à M. Renan, a dit celui-ci, de la situation de fortune dans laquelle je me trouvais et des espérances que je fondais sur mes explorations scientifiques. Il était pauvre, il aurait dû comprendre que les gueux doivent s'aimer entre eux et ne point s'iMer le pain de la bouche ».

M. d'Orcet, en quittant l'Orient , alla voir M. Perelié et lui raconta ce qu'il avait fait pour Renan.

(1) J'avais assez vu M. Renan, écrit M. d'Orcet, poursavoir que comme archéologue, il ne pouvait m'éclipser.

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« Avez-vous t'ié jeune, répondit le doyen des archéologues Syriens. Moi, j'ai gardé pour moi ce que je savais.

Aussi M. Renan n'a rien trouvé, et il serait revenu parfaitement bredouille siGaillardot (t) ne lui avait fait a voir les sarcophages de Saïda, qu'il a rapportés au Louvre. Encore est-ce parce qu'ils ne sont pas assez intéressants pour que je daigne me les réserver. Je n'ai pas besoin de l'intermédiaire de M. Renan pour enrichir le Louvre.

Des missions comme la sienne ne sont organisées que pour enlever le fruit de leure travaux à de modestes savants comme vous et moi. Ce sont de véritables pirateries scientifiques (2).

Voilà comme les vrais savants traitaient cet explorateur qui n'avait pas plus de probité scientifique que d'honnêteté littéraire, et qui s'appropriait sans vergogne les fruits du labeur d'autrui.

Ce n'étaient ni ses tours de passe-passe en Orient, ni les humbles réclamations d'un jésuite qui pouvaient arrêter Renan dans son essor vers la gloire. Quand les partis ont intérêt b. grandir ou à perdre un homme, le destin de celui-là est fatal et il ne peut échapper aux situations où le poussent ceux qui ont besoin de lui.

A son retour d'Orient, Renan fut bien reçu à la cour

(1) Vice-consul de Saïda.

(2) Revue britannique, 2o octobre, 92.

impériale, dominée alors par les ennemis du pape et du christianisme. L'explorateur, paré de la gloire d'autrui fut invité à Compiègne, et l'empereur daigna lui manifester lui-même l'intérêt qu'il prenait à ses travaux. Dès lors aussi Renan était un des familiers de la princesse Mathilde et du prince Napoléon: il se complaisait dans la société de ce dernier et les âmes de ces deux sceptiques étaient attirées parleur mutuelle laideur.

Au bout de peu de temps (1), il fut appelé à occuper la chaire d'hébreu au collège de France, laquelle était vacante depuis la mort de M. Quatremère, dont M. Renan avait suivi les leçons autrefois. Cette nomination fit grand bruit. Le nom du nouveau professeur commençait à être bien connu en France. Ses précédents travaux, son voyage en Orient, la Vie de Jésus qu'il préparait, tout cela attirait sur lui l'attention publique et excitait à son égard mille sentiments divers. On le discutait passionnément. Les uns ne tarissaient pas d'éloges sur son talent, d'autres niaient sa science ou la mettaient en suspicion. Les ennemis politiques de l'Empire n'étaient pas les moins acharnés contre lui. 11 avait jusque-lfi donné des gages aux radicaux et aux socialistes; en acceptant de devenir fonctionnaire du gouvernement impérial, il semblait les trahir et reculer en arrière. Clemenceau et Rochefort étaient particulièrement irrités contre lui. D'un autre côté de vilains bruits circulaient sur ses intentions.

(1) iK's son retour, il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur.

On disait que ce cours de langues sémitiques serait uioius uu cours de liiiguislique et de pliilosophie qu'un cours d'exégèse et d'apologétique, selon la manière préconisée par le nouveau professeur. F/éniolion était vive chez les catholiques.

En signant le décret de nomination de Renan, le ministre de l'Instruction publique avait bien stipulé que la chaire des langues hébraïque, chaldaïque et syriaque du collège de France, était une chaire scientifique et non une chaire Ihéologique. Et plus tard, ii cause de cet entretien où Renan était tombé d'accord avec le ministre, le Co7îs/î7M/ion??e/ l'accusera d'avoir manqué à sa parole. Renan s'en défendra en prétextant « qu'un professeur a le droit de traiter librement, au point de vue de l'historien, du littérateur, du philologue, du savant, toutes les questions amenées par le sujet du cours (1) ». Le renard avait plus d'un tour dans son sac, on le savait, et on attendait avec anxiété la leçon d'ouverture, qui prenait ainsi les proportions d'un événement intéressant tout Paris et même toute la France.

Ce fut le 21 février 1802 qu'eut lieu cette fameuse leçon d'ouverture. Amis et ennemis s'y étaient rendus en grand nombre et la salle était bondée. Les ennemis de l'Empire étaient fort animés: ils ne pouvaient pardonner i\ Renan d'avoir été à Compiègne

— Il va nous dégueuler le déjci'iner de Compiègne, s'écriaient-ils avec fureur.

— iùitin, disaient d'autres, pourquoi M. Renan, va-

(i) Lettre au Constitutionnel y 28 février 1862.

t-ilà Compiègne lui, le chevalier du libre esprit? Il n'a donc pas senti raffront du 2 décembre ; des ouvriers l'ont ressenti, des bourgeois l'ont ressenti et lui iladonc « le foie blanc, il a donc de l'eau au lieu de sang rouge et chaud dans le cœur, comme dit Shakspeare? »

« L'heure arrive, raconte un ami de Renan, l'auditoire s'installe, un silence précurseur de la tempête règne dans cette salle peuplée de têtes disparates. Les yeux sont fixes, ardents. Une porte s'ouvre, M. Renan paraît. Silence de sépulcre, puis invisible mouvement comme si chaque combattant préparait son arme en secret....

> Son entrée ne lui gagna pas les cœurs, il n'en imposa ni parla bravade, ni par la fulgurante majesté d'une sculpturale atlilude. Hélas! M. Renan ne paie pas et dédaigne de payer de mine.

» Rentre, il s'assied, il s'apprête à parler. Aussitôt de gros sous lui sont jetés et pleuvent devant lui. C'est de l'auditoire que part ce projectile infamant dont le professeur est assailli.

» M. Renan, sur la sellette, criblé de gros sous, ne perdit en rien sa présence d'esprit (1)...

Au milieu des huées et des vociférations des uns, des vivats et des acclamations des autres, il fil son cours (i) ou plutôt il prit plaisir î\ braver toutes les colères en imposant ses théories sur le christianisme, sur Dieu, sur la providence

(1) Revue lUtémirc et artistique 15 déo. 1881.

(2) Ce cours était imprimé avant d'èU'c professé. La brochure porte ce titre : De la part des peuples sémitiques dans rhisioirc de la civilisation.

EllNEST RENAN H'A

0 C'est le privilège et le danger des études sémitiques, (lit-il, de toucher aux problèmes les plus importants de Thisloire et de riiumanitè. Le libre esprit ne connaît pas de limites, mais il s'en faut que l'espèce humaine tout entière soit t'iirivée ù ce degré de contemplation sereine, où l'on n'a pas besoin de voir Dieu dans tel ordre particulier de faits, justement jtarce qu'on le voit en toutes choses ».

Ce fut une nouvelle édition des idées émises dans les livres et les articles que Renan écrivait depuis quinze ixuyi. Il tomba dans le défaut qui lui était habituel, celui de se copier lui même. Il y a eu dans son discours bon nombre de phrases que savaient par cœur ceux qui avaient lu ses écrits. Il n'y eut donc rien de bien nouveau dans cette fameuse leçon d'ouverture. Renan avait souvent dit ce qu'il répétait ce jour-là, mais en ce 21 février 1802, il était dans une chaire du Collège « impérial », comme on disait alors; il représentait l'enseignement officiel et l'on comprend que la France chrétienne se soit émue de l'entendre nier ouvertement, dans un cours public, la divinité de Celui qu'elle adore. Car la négation de la divinité du Christ, tel fut le fond même du discours de Renan, malgré les furmes polies sous lesquelles il adoucit l'expression do sa pensée (1).

L'opinion publique ne s'y trompa point et les cla-

(1)11 dit exactement: «Un homme incomparable — si j;rand (pie, bien qu'ici tout doive ^Ire jugé au i)oint de vue de la science positive, je ne voudrais pas contredire ceux qui, frappés du caractère exceptionnel de son œuvre l'appellent Dieu... »

meurs indignées furent telles que le gouvernement impérial se hâta de suspendre un cours aussi compromettant. Dès le :27 février, le Moniteur Tannonçait en ces termes:

« Le Ministre de llnstruclion publique et des Cultes a rendu l'arrêt suivant :

« Attendu que dans le discours prononcé au collège impérial de France, pour l'ouverture des cours de langues hébraïque, chaldaïque et syriaque, M. Renan a exposé des doctrines qui blessent les croyances chrétiennes et qui peuvent entraîner des agitations regrettables.

Arrête ce qui suit:

Art. 1" — Le cours de M. Renan, professeur de langues hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège Impérial de France est suspendu jusqu'à nouvel ordre, (i)

Art. 2. — L'administration du Collège Impérial de France estchargée de l'exécution dupi*ésent arrêté.

Fait à Paris, le 26 février 1862.

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