‹ Ernest ReyerChapitre 5 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Critique ou créateur, Reyer fut avant tout un indépendant, un homme d'avant-garde et, qu'il prît la plume

pour écrire ou pour composer, dès le premier jour, ses préférences et ses tendances furent toutes différentes de celles qui régnaien t alors dans le monde musical. Musicien , c'est par la fréquentation des grands maîtres, c'est par l'étude de leurs chefs-d'œuvre qu'il se forma lui-même et donna le plein essor à ses facultés créatrices ; critique, c'est pour les faire connaître au public, pour les lui faire admirer qu'il écrivit tant d'articles chaleureux, où l'ironie ne tenait plus aucune place. Quoi d'étonnant, dès lors, à ce qu'un homme qui avait des visées tellement nouvelles, des convictions si solides, qui avait donné toute son admiration, tout son cœur, à un maître aussi discuté que Berlioz, mais s'était également senti porté, de prime abord, vers la musique de Wagner; quoi de surprenant à ce qu'un tel artiste, allant ainsi droit devant lui, n'eût guère rencontré tout d'abord qu'indulgence indifférente ou dédain mal dissimulé ; qu'il ait dû attendre jusqu'à soixante ans passés — tout comme Lalo, d'ailleurs, qui était également né en 1823 — pour parvenir à fixer sur lui, à forcer l'attention du grand public ?

C'est, en effet, de ces nouveaux juges qu'il allait obtenir la récompense de ses efforts. Ce qu'il y eut de particulier dans la carrière deReyer, et ce qui démontre bien la puissance attractive de ses inspirations, c'est que 'le public, dès qu'il put entendre ses œuvres, se tourna vers lui, se laissa gagner à sa musique si caractéristique et si personnelle, alors que nombre de compositeurs, qui sont aujourd'hui comme s'ils n'avaient jamais existé, faisaient dédaigneusement la moue et

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