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CHAPITRE XXII

Mésintelligence de Mansfeldt et du roi de Danemark. — Mansfeldt entre, successivement dans les duchés de Lunebourg et de Saxe- Lauenbourg — Résistance victorieuse des habitants de Lubeck. — Invasion du Mecklembourg. -— Effroi des ducs. — Mansfeldt pénètre dans le Brandebourg. — Prise de Zerbast. — Bataille du pont de Dessau. — Défaite et fuite de Mansfeldt. —-11 répare ses pertes. — Il est rejoint par le duc Jean-Ernest de Saxe-Weymar. — Plan de campagne. — Invasion de la Silésie. — Marche de Wallenstein. —

— Mansfeldt se dirige sur la Transylvanie. — Détresse de l'armée impériale. — Bethlen-Gabor se détermine à faire la paix avec l'Empereur. — Mansfeldt quitte son armée. — Sa maladie. — Sa mort.

— Ce qu'il faut croire de ses derniers moments.

Au mépris de ses engagements formels, Mansfeldt était bien décidé à ne pas demeurer sous les ordres et sous la main du roi de Danemark. Il se montra exigeant, avide, insubordonné. Au bout de peu de jours, le monarque danois fatigué de ses écarts n'aspirait plus qu'à le voir partir. Christian d'Halberstadt ne contribua pas médiocrement, par ses plaintes et ses récriminations, à augmenter cette mésintelligence. Il rompit ouvertement avec Mansfeldt, se sépara de lui, et accepta un commandement du roi de Danemark. Mais sa turbulence et sa hauteur le rendirent bientôt aussi odieux que son ancien chef. Le roi s'empressa de se débarrasser de lui, en l'envoyant faire des levées dans les états de Brunswick. Son départ fut suivi de près par celui de Mansfeldt. L'aventurier s'établit d'abord aux environs de Brème. Il s'y trouva mal à l'aise, à cause du trop proche voisinage du roi. Aussi, ayant reçu de l'argent de France et un corps d'infanterie que les Hollandais lui envoyèrent par mer, il entra dans le duché de Lunebourg et le saccagea. Le duc Christian de Celle, l'un des sou-

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verains du Lunebourg, comptait parmi cette foule de petits princes qui, prodigues de protestations de fidélité envers l'Empereur, le saluaient d'une main et, de l'autre, serraient celle de ses ennemis. Il se croyait habile et prudent, alors qu'il n'était que faible et funeste à lui-même. Le spectacle de ses villages en flammes, de ses terres dévastées, de ses sujets pillés, volés, torturés , brûlés à petit feu , étouffés dans le fumier, mutilés, ou cruellement massacrés, les plaintes de ses vassaux riches encore la veille et tout à coup réduits à la mendicité , encombrant sa modeste capitale, montrant leurs plaies, vouant à l'exécration les sanguinaires bandits de Mansfeldt, larrons d'honneur et d'argent, le firent bondir dedouleuret d'indignation. Il adressa auroi de Danemark une lettre fulminante. Le Roi lui répondit froidement que Mansfeldt n'était pas sous ses ordres. Ne fallait-il pas d'ailleurs supporter quelque chose des défenseurs de la liberté allemande et du pur Évangile? Le duc de Celle n'avait rien à répliquer. Lorsque le Lunebourg n'offrit plus matière à pillage, Mansfeldt traversa l'Elbe et répandit ses routiers dans le duché de Saxe-Lauenbourg , sur les frontières du Mecklembourg et jusque près de Lubeck. Les ducs de Mecklembourg et les bourgeois de Lubeck, saisis de frayeur, écrivirent à leur tour au monarque danois, mais en reçurent la même réponse que le duc de Celle. Eux aussi, par leur faiblesse et leur conduite équivoque, avaient secondé la prise d'armes du Danemark et attiré sur leurs propres états tous les fléaux de la guerre. Vaines furent leurs plaintes, vaines leurs supplications.

Vassaux infidèles de l'Empire, ils avaient appelé l'étranger dans leur patrie, espérant sans doute laisser à d'autres les charges de la lutte et n'en recueillir que les bénéfices. La réalité, bien différente de leurs illusions, se retournait contre eux. À qui donc devaient-ils s'en prendre? Peu importait à l'aventurier que ses victimes fussent protestantes ou catholiques, amies ou ennemies. La guerre n'était pas pour lui une affaire de tactique, de stratégie et de bravoure, mais simplement un métier, un mode de vivre et de s'enrichir. Comme Vespasien, il ne trouvait pas d'odeur à l'argent. Il s'étonna que les marchands de Lubeck

refusassent de lui payer rançon et trouvassent mauvais de voir ses gens arrêter leurs transports de marchandises. N'étaient-ils pas, comme lui, protestants et hostiles à l'Empereur? Et ne devaient-ils donc, comme tels, aucun sacrifice à la cause cornimrae? À ces questions, les bourgeois de Lubeck répondirent par des coups de mousquets, argument qui dispense de tous les autres. Ils organisèrent des sorties pour nettoyer les approches de la ville et firent éprouver au Bâtard des pertes sérieuses. C'est ainsi qu'ils enlevèrent en un seul jour 200 chevaux, avec un butin considérable.

Cependant les tambours de l'aventurier retentissaient dans toute la contrée, appelant sous les drapeaux de nouveaux soldats pour remplir les vides incessamment causés par la faim, la maladie, la misère et la désertion. Jeunes gens ou hommes faits, tous ceux que rebutait la vie régulière, qu'attirait l'appât de la licence, accouraient, et la petite armée s'accrut considérablement. Tout était accepté, même les enfants, et faisait nombre, car il s'agissait moins de combattre que de détruire. A l'exemple de leur chef, qui traînait à sa suite un harem recruté par la force et la violence, les soldats menaient avec eux une innombrable quantité de femmes perdues, de valets et de brocanteurs. Toute cette foule, non inscrite aux rôles, vivait aux dépens du pays et, semblable à une nuée de sauterelles , dévorait tout ce qu'elle touchait (1). Dans de telles données, il était absolument impossible à Mansfeldt de faire un séjour de longue durée dans le même endroit, surtout du moment qu'il rencontrait de la résistance. Il subit la loi de la nécessité, et ses vues se portèrent sur la Silésie, d'où il comptait aller donner la main à Bethlen-Gabor.

C'était le plan de campagne qu'il avait présenté aux États- Généraux et au roi d'Angleterre. Longtemps il avait excusé ses lenteurs d'exécution par le défaut d'argent. A la fin de décembre 1625, il envoya en Angleterre son maître d'hôtel Wolf pour solliciter de nouveaux subsides. Wolf revint les mains vides (2),

(1) Theatrwn Europaum, I ; p. 869. — Klopp, Tilly, I ; p. 302.

(2) Hurter, Ferdinand II, IX; p. 440.

mais il amena au Bâtard 5,000 Écossais, nouvellement levés par Grey et Ramsey. En même temps arrivèrent an régiment de cavalerie recruté en Hollande et un corps danois composé de deux régiments d'infanterie et de deux régiments de cavalerie sous les ordres de Baudissin (1). Ces renforts portèrent son armée à 42,000 hommes au moins. D'accord cette fois avec le roi de Danemark, il modifia son plan en ce sens qu'il se chargea d'opérer sur l'Elbe, afin d'attirer l'attention de Wallenstein, tandis que le roi profiterait de l'isolement de Tilly pour attaquer l'armée de la Ligue.

Au mois de février, il remonta vers le sud et pénétra dans le Mecklembourg, en se dirigeant vers Dœmitz. il ne s'était nullement inquiété, à son départ, de solliciter l'autorisation des ducs de Mecklembourg. Mais son artillerie s'étant enfoncée dans la boue des chemins défoncés , il se trouva dans l'embarras et réclama des ducs la permission de passer un peu plus haut.

tas deux princes lui promirent de défrayer ses troupes el de les faire accompagner jusqu'aux frontières, à condition qu'elles livreraient leurs armes. Le Bâtard, après quelques hésitations simulées, repoussa cette proposition et menaça de s'ouvrir le passage de force. Les ducs n'étaient pas en état de se défendre. Pressés de se débarrasser des bandes de l'aventurier, ils firent jeter en toute hâte un pont à Garlasen sur l'Elbe, parce que les accès de cette ville étaient plus faciles que la route de Dœmitz. Le Bâtard franchit le fleuve, et ce fut au tour de l'électeur de Brandebourg de trembler.

Georges-Guillaume était un prince fort ami de son repos, de la bonne chère et du plaisir , esclave de ses favoris , et trèshabile dans l'art de flatter à la fois l'Empereur et la coalition. 11 croyait avoir parfaitement réussi dans ce jeu périlleux et considérait très-platoniquement la lutte dont l'Allemagne était le théâtre, L'approche du Bâtard le jeta dans mille angoisses. Mais au lieu de rassembler des soldats pour défendre ses frontières, il dépécha à Mansfeldt un de ses conseillers intimes pour

(1) Chlumecky, RegestenI, brie/tan Wallenstem, p. 38,

le dissuader d'entrer dans le Brandebourg. Il estimait que sa qualité de protestant suffirait pour lui servir de sauvegarde. Mansfeldt l'entretint dans cette illusion et répondit qu'il ne pensait nullement à envahir les états de l'électeur. Sur cette affirmation, le conseiller intime retourna à Berlin, parfaitement rassuré. Mais pendant qu'il rendait compte à l'électeur du résultat de sa mission, Mansfeldt pénétrait avec ses bandes dans la Marche de Brandebourg et y portait ses dévastations ordinaires. Après s'être emparé de Havelberg, qu'il occupa militairement, il franchit le Havel et, le 12 mars, parut devant Âlt-Brandebourg. Les bourgeois firent mine de résister, mais ils ne pouvaient espérer aucun appui de l'électeur, qui, totalement dépourvu d'armée, ne pouvait que se répandre en stériles lamentations sur le sort de ses sujets. Aussi suffit-il à Mansfeldt de faire approcher ses canons pour déterminer les habitants d' Alt-Brandebourg à déposer les armes et à ouvrir leurs portes. Le pillage de la ville achevé, l'aventurier marcha sur Zerbst qu'il surprit au moment où un détachement envoyé par Wallenstein se disposait à y entrer. La faible garnison de la ville fut massacrée et le détachement impérial revint sur ses pas donner avis au général impérial des exploits de Mansfeldt.

Le Bâtard allait donc se trouver en présence de Wallenstein et ce n'est pas un spectacle médiocrement instructif que celui de leur rencontre. En réalité, Wallenstein n'était qu'un Mansfeldt catholique, avec cette unique différence qu'il appliquait sur une grande échelle le système d'alimenter la guerre par la guerre, inventé par le Bâtard. Comme lui, il favorisait la licence du soldat et l'entretenait aux dépens du pays qu'il occupait, ami ou ennemi. Comme lui, il aimait peu les batailles et considérait moins son armée comme un instrument de lutte et de défense que comme le véhicule de sa grandeur. Comme lui, il ne supportait aucune supériorité et avait la passion du commandement absolu.

De même que le Bâtard, sous le drapeau du Palatin et de la coalition, ne cherchait que son propre intérêt, de même Wallenstein, en se décorant du titre de général de l'Empereur, ne songeait qu'à asseoir les bases de sa propre puissance.

L'armée impériale, qui d'abord ,avait occupé les évéchés de Magdebourg et d'Halberstadt, n'avait pu s'y maintenir faute de vivres et de fourrages, et s'était rapprochée des duchés de Brunswick. Le quartier général de Wallenstein se trouvait à Âschersleben. L'Elbe couvrait son front, la Mulde servait d'appui à sa droite, et au point de jonction des deux cours d'eau, à Dessau, le général impérial avait fait établir une tête de pont défendue par de formidables retranchements.

Devant une position aussi forte, Mansfeldt jugea convenable d'user de précautions. Il construisit une série d'ouvrages de manière à enfermer les Impériaux dans une sorte de demi cercle partant de l'Elbe et aboutissant au ruisseau de Roslau, travail périlleux et qu'il put achever tranquillement, grâce à Wallenstein. En effet, le généralissime impérial, à l'approche du Bâtard, avait résolu de faire évacuer les retranchements de Dessau. L'ordre en fut adressé à Àldringen, qui avait remplacé le comte de Colalto dans le commandement de ce poste important. Aldringen frémit en recevant la dépêche, car il regardait comme un déshonneur de reculer devant le Bâtard. Grâce à ses instances énergiques, Wallenstein revint sur sa première décision. Dans l'intervalle, les travaux de Mansfeldt, vigoureusement poussés, étaient terminés, et ses soldats, croyant ne rencontrer qu'une molle résistance , réclamèrent l'attaque. Le 12 avril , jour de Pâques, Mansfeldt livra un assaut furieux à la tête de pont. Mais Aldringen était résolu à mourir plutôt que de céder. Ses Wallons, animés par son exemple, se défendirent avec tant de bravoure que les gens de l'aventurier, repoussés sur tous les points, s'enfuirent, laissant les fossés remplis de morts et de blessés.

L'arrivée de l'administrateur de Magdebourg avec 8,000 hommes de troupes fraîches, releva le moral des Mansfeldiens abattus par leur défaite. Ils érigèrent avec ardeur des batteries, et le 21 avril, 30 pièces de canon tonnèrent à la fois contre les retranchements impériaux.

Aldringen, se sentant trop faible, réclama des secours à Wallenstein, qui lui expédia aussitôt quelques troupes sous le

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(xanmandement du comte Henri de Scbliok et se disposa à venir lui-même, avec sa cavalerie, à Dessau. Pour dissimuler à l'ennemi l'arrivée de ces renforts, Aldringen fit couvrir le pont de toiles. Le 24 avril, le généralissime entra à Dessau, et, le jour même, une sortie habilement conduite par Aldringen eut pour résultat de le mettre ea possession d'un poste avancé récemment enlevé par Ifansfeldt.

Dans la matinée du 95, la cavalerie impériale traversa le pont, sans être vue, et alla se placer en embuscade derrière des bois épais qui couvraient la rive gauche. Dès la pointe du jour , Mansfeldt avait lancé ses Hollandais à l'attaque du poste reconquis la veille par les Impériaux. La lutte fut longue et sanglante. Une batterie de trois pièces d'artillerie, que Watlenstein fit placer à propos, en décida l'issue en faveur des Impériaux. Lés Hollandais écrasés abandonnèrent l'attaque, avec perte de 500 morts, au nombre desquels était leur colonel, le sieur de Neuhof.

L'énergie de résistance des Impériaux convainquit Mansfeldt que ceux-ci étaient plus forts qu'il ne l'avait pensé d'abord. résolut en conséquence de se retirer sur Zerbst, Au moment où ses troupes quittaient le camp, l'explosion d'un caisson de pou* dre jeta le désordre dans leurs colonnes. La cavalerie de Wallenstein saisit le moment et, apparaissant tout à coup, chargea l'ennemi avec impétuosité. Tout plia d'abord sous ce choc formidable, mais les soldats du Bâtard, se ralliant par un effort vigoureux, rétablirent le combat et commencèrent leur retraite en bon ordre. Parvenus à une position avantageuse près de Zerbst, Us tournèrent tête et se mirent en bataille. Le sentiment de Wallenstein eut été de ne pas les poursuivre de peur de compromettre ses avantages. Néanmoins, entraîné par les excitations de ses officiers, il changea d'avis, ordonna l'attaque et la conduisit en personne. Une mêlée horrible s'en suivit. Les Hollandais, brûlant de se venger, font des prodiges de bravoure. Mais ils ne sont plus qu'une poignée d'hommes, et Mansfeldt les a abandonnés pour courir à Zerbst , mettre en sûreté ses papiers et ses trésors. S'ils ne peuvent vaincre, du moins ils savent mourir et tombent à leur place de bataille. Une

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trouée se fait et les cuirassiers de l'Empereur habilement lancés par Wallenstein s'y précipitent. Ils coupent en deux l'année du Bâtard. La cavalerie effrayée tourne bride et s'enfuit vers la marche de Brandebourg. L'infanterie isolée se débande à son tour et les Impériaux en font un affreux carnage. Quelques jours auparavant, le général danois, Fuchs, a massacré de sangfroid des prisonniers impériaux : de terribles représailles sont exercées sur les fantassins de Mansfeldt. En vain, ils se jettent à genoux, joignent les mains, implorent la pitié des vainqueurs. Ils sont égorgés aux cris de : Point de quartier! tue! tue! Seul, Kniphausen obtient grâce pour son régiment qui se rend tout entier prisonnier, faveur qui fera accuser cet officier de trahison.

La lutte commencée à neuf heures du matin se termine à trois heures de l'après-midi. < Toute l'infanterie ennemie est détruite, écrit, en racontant cette victoire, le cardinal de la Gueva, sauf 1 ,500 prisonniers. On a pris 37 bannières, 2 cornettes, 4 mortiers et 2 pièces de campagne. Le colonel Kniphausen est pris, quantité de gens de qualité des deux partis ont été tués , Aldringen a été blessé à l'épaule, Mansfeldt s'est échappé avec une partie de sa cavalerie et 2 pièces de campagne (1). » < Tout un régiment hollandais, dit un autre rapport, a été taillé en pièces, avec son colonel. Mansfeldt s'est enfui avec 4 ou 5 cavaliers, un peu d'argent et quelques papiers. L'infanterie est broyée, la cavalerie dispersée et 1,000 hommes sont prisonniers. De plus, toute l'artillerie a été prise, et avec elle le lieutenant principal de Mansfeldt , homme de grande valeur. •

Aux termes du rapport officiel de Wallenstein, Mansfeldt perdit de 6,000 à 7,000 hommes tués et 2,000 prisonniers, tandis que la perte des Impériaux se réduisit à 100 morts et à 250 blessés; tous ses canons demeurèrent aux vainqueurs, et les Croates enlevèrent la plus grande partie des bagages (2).

(1) Archives de Simancas. Estado2316, f° 10.

(2) Bibliothèque de Bourgogne. Manuscrit n° 15917. Relation particular de la rota de Mansfeldt embiada del campo delducque de Friedtant, al 28 de april 1626.

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Le généralissime , fier de son triomphe, en fit l'annonce aux principaux membres de la maison d'Autriche, et voici, entre autres, la lettre qu'il écrivit à l'archiduc Léopold, sous la date du 26 avril 1626.

c Je ne puis celer à Y. A. que ces jours passés le Mansfeldt a attaqué les retranchements du pont de l'Elbe àDessau. Sur quoi j'ai aussitôt rassemblé l'armée impériale, je l'ai menée contre lui et le jour d'hier Notre Seigneur nous a fait la grâce de le battre et disperser. Toute son infanterie a été taillée en pièces, à l'exception de quelques prisonniers. La cavalerie s'est trèsmal comportée et a pris la fuite. Cependant, quantité d'officiers principaux, tant de la cavalerie que de l'infanterie, sont demeurés morts ou prisonniers. Les colonels Berlin, Ferentz, le commandant du régiment hollandais , avec foule de capitaines et autres offieiers sont restés sur le carreau. Kniphausen et phisieurs capitaines sont prisonniers. 17 pièces de campagnes et 4 mortiers sont tombés entre nos mains, ainsi que 36 enseignes et 2 cornettes qu'on a trouvées sur le champ de bataille. Dieu veuille que tous les ennemis de l'auguste maison d'Autriche soient ainsi confondus (1). »

Le jour même de la bataille du pont de Dessau, Wallenstein marcha «sur Zerbst. Déjà Mansfeldt s'était enfui, emportant ce qu'il avait de plus précieux, sous l'escorte de la garnison commandée par Garpezan. La ville fut livrée au pillage, en châtiment delà sympathie qu'elle avait témoignée au Bâtard. On peut juger du butin qu'y firent les Impériaux par ce seul fait, que dans le logement d'un simple capitaine de Mansfeldt, le quartier maître général de Wallenstein trouva 6,000 thalers en espèces qu'il s'appropria.

Mansfeldt se réfugia d'abord à Burg, puis à Tangermunde. II y fut assailli de reproches du roi de Danemark, qui l'accusait d'entêtement et d'imprudence. Le Bâtard rejeta la faute de sa défaite sur Fuchs qui aurait dû le soutenir et qui, par jalousie ou pour tout autre motif, n'en avait rien fait. Son armée était

(1) Hurter, Wallenstein; p. 02.

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encore une fois dissoute. Il avait à peine sous la main 3,000 fantassins et 2,000 cavaliers. Si Wallenstein l'avait poursuivi, comme il le devait et comme on s'y attendait, l'aventurier était perdu. Mais le généralissime , satisfait de ses lauriers , était retourné dans ses quartiers, après avoir laissé 500 hommes à Zerhst, et Mansfeldt eut tout le loisir de réparer ses pertes.

Le Bâtard trouva plus d'appui qu'il n'eut osé l'espérer chez l'électeur de Brandebourg, mais, d'autre part, il éprouva quelques déceptions. 6,000 hommes à la solde de l'Angleterre attendaient alors en Hollande leur embarquement pour le rejoindre. Faute d'argent pour payer les bâtiments de transport et l'arriéré de la solde, ces troupes ne purent partir à temps (1). Un corps de 6,000 hommes de pied et de 1,000 chevaux lui avait été promis par le roi de Danemark ; la moitié à peine lui arriva, sous les ordres de Mitzlaff. Enfin, le margrave de Bade-Durlach, qui recrutait en Suisse pour l'aventurier, fut expulsé du canton de Genève, où il avait établi son centre d'action, et forcé de se réfugier en Savoie, d'où il gagna seul le camp du roi de Danemark (2).

A la vérité, le duc Jean-Ernest de Saxe-Weymar, bravant le mécontentement du chef de sa Maison, amena au Bâtard deux régiments d'infanterie ; mais ce renfort avait été subordonné à la condition, fort pénible pour Mansfeldt, de partager le commandement avec ce jeune prince. Ainsi le voulait le roi de Danemark. Ce monarque exigea de plus que la direction politique de la campagne fut exclusivement réservée au commissaire Mitzlaff, homme capable, plein de talents, mais hautain, violent et bassement avide.

A la fin de juin , Mansfeldt et Weymar avaient sous leurs ordres une armée de 16,000 hommes, avec 15 pièces d'artillerie. Leur plan de campagne, tracé par le roi de Danemark, consistait à traverser la Silésie pour aller donner la main à Bethlen-

(1) Archives du royaume de Belgique. Négociations de France, VI. Lettre de Henri de Vicq, du 4 juin 1626. — Archives de Simancas, Estado2316, f°45.

(2) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat, n° 569.

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Gabor, qui s'était engagé à faire une nouvelle levée de boucliers contre l'Empereur. Le 9 juillet, ils firent prendre à leurs soldats des provisions pour quinze jours et, le 10, sortirent de leur camp derrière le Havel. Ils passèrent l'Oder à Francfort et remontèrent vers Grossen. En cet endroit, les deux généraux se séparèrent. Le duc de Weymar, avec deux régiments d'infanterie et quelques escadrons de dragons, se dirigea sur la Bober, pour s'assurer s'il ne pourrait attendre l'arrivée de Bethlen dans quelque poste avantageux. Mansfeldt fortifia le pont de Garolath pour assurer ses communications avec le duc.

Cependant, trois jours après le départ de Mansfeldt, Wallenstein avait lancé à sa poursuite le colonel Pechman avec les cinq régiments Pechman, Balthazar de Marradas, Gonzague, Avandagno et Goronini. Chaque cavalier prit en croupe un fantassin, et ce corps se porta rapidement enSilésie par la Lusace. Son approche suffit pour déterminer Jean-Ernest à se rejeter précipitamment sur Grossen. Le Bâtard, non moins effrayé et croyant avoir toute l'armée impériale à ses trousses , pressa sa marche sur Grosseglogau, n'osant plus camper la nuit qu'à l'abri d'un rempart de chariots. Serré de près par Pechman, dont les coureurs escarmouchaient déjà avec son arrière-garde, il passa la Bartsch. Les populations se soulevèrent contre lui, il les écrasa, enleva Gurow d'assaut et frappa les habitants de cette ville d'une contribution de 12,000 thalers.

Le 1 er août seulement, Wallenstein se mit enfin en mouvement avec le gros de son armée. Son inertie avait paru étrange, suspecte même, à Vienne. L'ordre formel d'agir lui fut expédié et l'Empereur laissa entendre qu'une plus longue inaction serait un motif suffisant de donner à l'armée impériale un autre chef. Sa marche fut lente et pénible. Ses 32,000 soldats traînaient derrière eux une foule innombrable de valets, de femmes et d'enfants , et comme les pays qu'ils traversaient étaient déjà épuisés, ils ne se procuraient que péniblement les vivres nécessaires à tant de monde.

Mansfeldt, rassuré par la faiblesse du corps de Pechman et l'excessive lenteur de Wallenstein, n'hésita plus à poursuivre sa route vers la Transylvanie. Il repassa la Bartsch et s'approcha

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de Breslau. Arrivé à trois milles de cette place, il envoya aux magistrats un trompette, porteur d'une lettre dans laquelle c il exposait les motifs qui avaient poussé le roi de Danemark à la présente guerre et lui , Mansfeldt , à la présente expédition , savoir : le désir de rétablir les privilèges confisqués aux États, de faire la paix, d'y maintenir les catholiques comme les adhérents de la Confession d'Augsbourg, avec prière à la ville de vouloir bien contribuer au succès de son entreprise par un subside de 30,000 thalers, sous assurance que tous les biens des habitants seraient respectés, et ajoutant qu'en cas de refus il serait impossible de lier les mains aux soldats (1).» Les magistrats de Breslau se contentèrent de renvoyer le trompette avec un récépissé de la lettre du Bâtard et gardèrent un silence dédaigneux. Mansfeldt brûlait de se venger de cet aflront. Mais craignant de se laisser atteindre par Wallenstein, s'il perdait du temps, il fit taire ses ressentiments. Cette prudence n'avait rien d'excessif. La cavalerie de Pechman le harcelait sans relâche , enlevant chaque jour vingt, trente et jusqu'à cinquante hommes. Le maraudage était devenu périlleux. Non -seulement les gens du Bâtard n'osant plus se répandre dans les villages , passèrent toutes les nuits entourés de leurs chariots comme d'un rempart, mais le jour même ils n'avançaient que sous la protection de ces mêmes véhicules. Aussi eurent-ils beaucoup à souffrir de la faim. Oppeln leur ouvrit ses portes et ils marchèrent ensuite sur Kosel. Le projet du Bâtard était de s'établir entre l'Oder, la Benzwa et l'Oppa, pour nouer de là ses communications avec Bethlen. Dans cet ordre d'idées, il chargea le duc de Saxe-Weymar d'aller s'emparer deTroppau.En route., le duc reçut contre ordre, mais comme il se croyait légal de Mansfeldt, il n'en prit pas souci et attaqua Neustadt. Cette petite ville lui opposa une résistance énergique à laquellelesfemmes elles-mêmes prirent part. Jean- Ernest passa outre , prit Jagerndorf , Troppau , Grœtz sur la Mora , y mit garnison , et mena, vers la fin d'août, le reste de son détachement à Leipnick, où le Bâtard qui avait, dans lin-

(1) Theatrum Europœvm, I, p. 929.

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tervalle continué sa marche par Teschen, s'était décidé à l'attendre. L'incendie de trente-deux villages, appartenant au cardinal de Dietrichstein, signala au loin la jonction des deux aventuriers.

Us étaient parvenus en ce moment à réunir jusqu'à 25,000 hommes, car les protestants de la Silésie étaient accourus en foule se ranger sous leurs drapeaux et de nombreux détachements hongrois avaient grossi leurs rangs. La vue de ces forces imposantes réveilla chez le Bâtard les idées d'indépendance que la nécessité seule avait pu momentanément assoupir. La perspective d'aller se mettre aux ordres d'un barbare transylvain lui parut plus insupportable que jamais, et il tenta de s'en délivrer. Dans un conseil de guerre qui fut tenu à Leipnick, il exposa que Bethlen, absorbé par les fêtes de son mariage, n'avait pas fait le moindre armement et que d'ailleurs, il était impossible détenir sur pied en Hongrie une grande armée, dépourvue de ressources et d'argent. Ne vaudrait-il pas mieux mille fois, s'écria-t-il, se diriger sur l'Alsace par la Bohême, la Bavière et la Souabe? L'aventurier oubliait qu'il avait cessé d'être son propre maître, et lorsque Jean-Ernest lui opposa froidement les ordres du roi de Danemark, un coup d'œil lui apprit que ses officiers même l'abandonneraient. Il courba la tête en silence et se résigna. L'heure des humiliations avait sonné pour lui comme sinistre avertissement de sa mort prochaine.

D'ailleurs, l'armée impériale approchait, péniblement il est vrai, ravagée par la disette et les maladies, mais assez forte pour imposer encore la prudence. Le plan du Bâtard eût-il été adopté, il n'était plus guère exécutable, et Bethlen, encouragé par l'or vénitien, appuyé par les troupes turques, venait d'envahir les états de l'Empereur, sans déclaration de guerre.

Le 13 septembre, il campa près de Debreckzin, d'où il envoya un ordre de route à Mansfeldt et à Weymar. Les deux chefs venaient de tenter inutilement une incursion en Moravie. D'après les instructions de Bethlen, ils se dirigèrent surTrentschin et, le 14 septembre, franchirent la Waag. Pechman les atteignit au passage. Les dragons de Mansfeldt ayant voulu le repousser ,

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furent taillés en pièces. Le Bâtard courut lui-même vers Bethlen pour réclamer des secours et trouva le prince transylvain avec toute son armée, à Caschau. Il ramena quelque cavalerie et se posta sur la rive gauche de la Waag. Pendant ce temps, Wallenstein était arrivé à Tyrnau avec toutes ses forces. La Waag seule le séparait de l'ennemi , mais son inconcevable inertie lui fit encore échapper l'occasion d'anéantir les ennemis de son souverain. Le palatin de Hongrie, Esterhazy, lui avait amené 20,000 hommes , impatients de combattre et ne cessait de l'exciter à user de ses avantages. Lui-même se vantait de n'avoir point peur de se mesurer à la fois avec Bethlen, Mansfeldt et les Turcs; malheureusement, les actes ne répondirent pas aux paroles.

C'était en vain que les ordres les plus pressants lui arrivaient de Vienne. Au lieu d'attaquer Bethlen, il écouta les propositions d'armistice du rusé barbare. Esterhazy , frémissant de colère, ne put contenir ses reproches. « Quand même je serais certain, répliqua l'allier généralissime , d'entrer aujourd'hui à Constantinople sur les cadavres des ennemis abattus et de planter l'aigle impériale sur ses murs, je ne livrerai point de bataille. > Dans la nuit qui suivit, du 30 septembre au 1 er octobre, Bethlen disparut, abandonnant la plus grande partie de ses bagages. Wallenstein ne le poursuivit pas et se contenta d'établir son armée dans le voisinage de Presbourg et de Tyrnau.

Ce ne fut à Vienne, à Madrid et parmi les fidèles partisans de l'Empereur qu'un cri d'indignation contre lui. On l'accusa d'abord d'avoir laissé échapper volontairement Mansfeldt, et un ministre ne craignit pas de dire hautement dans l'antichambre de l'Empereur qu'il parierait sa tête que si Wallenstein se trouvait avec 100,000 hommes en campagne contre Bethlen avec 10,000, il n'oserait attaquer le barbare et se bornerait à la défensive. Esterhazy et le Ban de Croatie publièrent partout que le généralissime n'était pas à la hauteur de sa charge et, dans une séance du conseil d'État à Madrid, le duc San Lucar exprima l'opinion qu'il ne fallait rien attendre de bon du duc de Fried-

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landt contre Mansfeldt, attendu que tous ses desseins tendaient à se créer des amis en Danemark (1).

Bethlen s'était empressé d'ouvrir des négociations directes avec l'Empereur . Néanmoins, encouragé parla faiblesse inexplicable de Wallenstein, il ne cessa pas les hostilités. Ses cavaliers enlevèrent un jour le comte de Schlick, le colonel Pechman et le quartier-maître général Lorenzo del Maestro. Il assigna des quartiers d'hiver à Mansfeldt et à Weymar et conçut le projet d'un hardi coup de main sur l'armée impériale.

Cette armée, que son chef refusait d'exposer aux chances d'une bataille, était horriblement ravagée par la faim et les maladies. Les Hongrois exaspérés lui refusaient des vivres et chaque jour des centaines d'hommes périssaient de misère et d'inanition. Elle offrait donc une proie assurée à l'ennemi. Heureusement pour elle, l'intensité subite du froid força les plus belliqueux Transylvains et les Turcs eux-mêmes à chercher un abri, et la sauva d'une perte certaine. Les conférences préliminaires de la paix commencèrent à Presbourg. Dès l'abord, les commissaires impériaux exigèrent l'expulsion de Mansfeldt et la dispersion de ses gens. Le Bâtard avait prévu cette triste issue de la campagne. Dans l'impossibilité de faire vivre en Hongrie comme en Allemagne ses bandes aux dépens du paysan, il alla au devant du coup dont il était menacé. Il céda ses troupes au duc Jean-Ernest de Weymar , sous le commandement en second de Carpezan, et son artillerie à Bethlen. Le prince transylvain se contenta de lui remettre mille ducats et une lettre de recommandation pour le roi d'Angleterre, L'intention de Mansfeldt était de gagner Venise par la Dalmatie et la Bosnie, puis de se rendre en Angleterre et en France. Vers la fin de novembre, il partit accompagné de douze de ses principaux affidés, et d'une quarantaine de soldats ou domestiques. Le froid était rigoureux et depuis quelque temps le tempérament du Bâtard, usé par les excès de tout genre, était profondément altéré. Une étisie galopante, selon les uns, une dyssenterie,

(1) Archives de Simancas. Estado2040, fl> 42.

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selon les autres, se déclara et cloua l'aventurier au lit à Ratona, petit village de la Bosnie. Il ne se fit pas illusion sur son état et dicta son testament le 29 novembre à 8 heures du soir. Telle est la date que porte, en effet, ce document qui s'est conservé jusqu'à nos jours. S'ilfaut en croire Gualdo Priorato, Une voulut pas mourir dans son lit. Dans la nuit du 29 au 30, sentant sa fin approcher, il se fit revêtir de ses plus riches habits, et, Tépée au côté, debout, appuyé sur deux de ses officiers , il attendit vaillamment la mort. Peu avant d'expirer, il déclara qu'il mourait dans la religion professée par le comte, son père, ]e cœur contrit de ses péchés , et confiant dans la miséricorde de Dieu ; que s'il avait paru vivre dans la religion de ceux qu'il avait servis , c'avait été pour tromper le monde et contrairement au cri de sa conscience.

L'opinion qu'il mourut catholique fut en effet très-accréditéë parmi les contemporains et nous en trouvons la confirmation, sous une forme très-étrange, dans une lettre envoyée de Nancy au secrétaire de l'Infante, Dellafaille, en date du 1 er janvier 1627.

« On croit queMansfeldt a esté grandement pressé de mourir en la loy de Mahomet, mais qu'il at constamment reapondu, les larmes aux yeux, qu'il désiroit mourir en la religion en laquelle il avait esté né et nourri (1). »

La scène théâtrale décrite parPriorato s'allie difficilement avec l'humilité du pénitent et du converti. Si vaniteux et préoccupé de lui-même qu'ait pu être Mansfeldt, on peut douter, pour l'honneur de sa mémoire, qu'il ait posé jusque dans la mort. Ces sortes de choses sont comme beaucoup de mots historiques : elles s'écrivent , s'impriment ; mais elles ne se sont pas faites, elles ne se font pas. On ne joue pas de comédie avec la mort. En face des terribles mystères de l'éternité, la main affaiblie de l'agonisant n'a plus la force de tenir un masque. On orne, on décore, on invente certaines fins, comme on habille et arrange certains cadavres. Mais la vérité et la vie en sont

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État. Liasse 587.

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absentes et la pompe de ces déguisements fait crier le néant humain. Laissons donc le secret des derniers moments de Mansfeldt entre Dieu et lui, écartons les vaines paroles d'ostentation dont on a voulu les défigurer, et espérons que la miséricorde et la grâce du Sauveur des hommes se seront abaissées sur ce grand trafiquant de guerres, expirant obscurément sur le misérable grabat d'une pauvre cabane bosniaque. Ses restes, pieusement recueillis par ses officiers, furent transportés à Venise et inhumés à Spalatro, ou quelque part dans le voisinage, car on ne connaît pas d'une manière précise le lieu où repose le corps de l'ambitieux qui avait tant occupé le monde (1). L'oubli a envahi sa tombe. Son nom, longtemps maudit par les descendants de ses innombrables victimes, est resté dans l'histoire, mais avec les flétrissures que lui infligeaient déjà ses contemporains et que l'esprit de parti ne parviendra jamais à effacer.

On a cherché à l'excuser en le représentant comme un déclassé, victime des préjugés sociaux. Personne ne fut moins déclassé que ce Bâtard comblé de titres, d'honneurs et de dignités, qui dévora et gaspilla, pour la satisfaction de ses viles passions, l'avoir de milliers de familles ; personne assurément n'eut moins à se plaindre des préjugés sociaux. Il fut un instrument de destruction dans la main de ceux qui le soldèrent ; sans lui, la guerre de Trente ans eût été étouffée à son début, et l'Aile-

(1) P. de Bréderode, qui accompagna, dans un voyage en Allemagne, l'Electrice douairière, née princesse d'Orange, donne, sur la mort de Mansfeldt, les détails suivants, dans une lettre adressée de Bâle à M. de Sainte-Catherine, le 18/28 janvier 1627 :

« Il s'est acheminé avec soixante des siens, tant officiers que serviteurs, par la Bosnie et la Macédoine, vers Venise. Et étant parvenu jusquesà Zara, à environ quatre ou cinq journées de Venise, il s'y est laissé mourir par un flux de sang, ayant été enterré en une île près de Spalatro, comme rapportent ses gens arrivée à Venise le 7 de ce mois. Voilà la fin de ce grand cavalier là! Tout le monde est à descouvrir en quoi son voyage a pu tendre, sans que, jusque icy, j'ai pu apprendre quelque chose pour m'en esclaircir. » (Bibliothèque impériale. Fonds de Delamarre, Manuscrits 9291, n° 5). Gualdo Priorato indique positivement Spalatro,

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magne n'eût pas été broyée sous les pieds de Wallenstein, de Gustave-Adolphe et de leurs successeurs. C'est là son mérite unique, son incontestable droit à la reconnaissance des ennemis de l'Allemagne. Mais le genre humain est porté par nature à glorifier ceux qui l'écrasent ou l'épuisent de sang et à diviniser ses fléaux et ses tyrans. La renommée faite à Mansféldt n'a rien de plus étonnant que le culte voué dans tous les temps à une quantité de grands hommes, héros de convention, que la foule ignorante admire et que la vérité condamne. * Plusieurs, dit Gualdo Priorato, l'ont comparé à Attila, et ont même avancé qu'il l'avait surpassé, car si Attila a désolé tant de contrées de l'Europe, il était roi et disposait de forces immenses, tandis que Mansféldt, pauvre cavalier, n'ayant d'autre capital que son épée et son génie, avait ruiné presque toute l'Allemagne. » C'est la meilleure oraison funèbre qu'on ait faite d'Ernest de Mansféldt.

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