TESTAMENT DE CARL ERNEST DE MANSFELDT
(Pièce provenant du cabinet de M. de la Fontaine.)
Sur un petit carré de papier , joint à la pièce , sont écrits ces mots :
N° 3429 Le ci-devant comte de Wiltz.
Testament d'Ernest, comte de Mansfeldt.
de Tan 1626.
N° 189, Wiltz.
Au nom de la Sainte-Trinité,
Nous, Ernest, comte de Mansfelt, marquis de Castelnuovo et Bentigliero, baron de Heldrungen, et général des Roy s Très- Ghrestien et de la Grande-Bretagne, savoir faisons à tous qu'il appartient par ce mesme testament militaire, que nous souvenant de nostre mortalité, avons voulu ordonner ceste nostre dernière volonté, laquelle nous voulons estre gardée inviolablement, après nostre mort, si le bon Dieu nous appelle de cçrte vie, désirant qu'elle soit vaillable comme testament militaire, encore que toutes les solennités des testaments solennel? ny soient point observez, à cause des incommodité/ du voyage, auxquelles nous sommes prit pour le service de nos maistrès.
Nous voulons doncques que si Dieu nous appelle de ceste vie, auquel nous commandons nostre âme, que nostre corps mt transporté aux terres de la sérénissime Respublique de Venise et en icelle enterré, selon les honneurs et estatzque le bon Dieu nous a donnés en ceste vie.
348 ERNEST DE MANSFELDT.
Pour le 2 e . Nous commandons que tous nos serviteurs, domestiques qui sont avec nous en ce présent voyage, soient payez et licentiez de leur service, les autres qui sont demeurez en Hongrie seront semblablement licentiez et payez de nos hardes que nous avons laissées au Royaume d'Hongrie.
Pour le 3 e , que tous les debtes, pour lesquelles noz serviteurs, comme nostre commissaire général Peblis, et nostrelhrésorier sont demeurés caution, doibvent estre payez devant toute aultre chose.
Pour le 4 e , noussoubvenant des fidelles services que nos vieux serviteurs, nostre commissaire général Peblis, le maistre de la cavallerie Daniel le Rive , le colonel Ferens , le lieutenantcolonel Orhes de Barnadino, le quartier-maistre de nostre cavallerie, le sieur de Batten, et nostre thrésorier général, le capitaine Dolbier , lesquelz nous ont si fidellement servy, en temps des nécessitez et dangers, voulons qu'à chascun soit payé deux moys de paye ; et de mesme aux aultres, que nous avons prins avec nous en ce présent voyage, nous voulons qu'ilz reçoivent aussi deux mois de paye, oultre ce que Ton leur doibt pour leurs descontes et à nostre cirurgien général trois mois de paye pour se retraicter , et au Reingraf, deux cents reichsd allers.
Pour le 5 e , nous commandons à nostre commissaire général Peblis, puisqu'il a entière cognoissance de tout ce que s'est passé du temps que nous sommes aux services de leurs Majestez, (principalement de ce que Ton a traicté avec le prince de Transylvanie, où il a toujours été présent, et sur quoy nous avons entreprins ce nostre voyage,) de s'en aller, le plus tost qu'il pourra, après nostre enterrement faict, vers Sa Majesté Très- Ghrestienne, et en passant vers le duc de Savoie, pour leur proposer de rendre compte de tout ce que s'est passé, ce que nous avons conclu avec le prince de Transylvanie, et que nous a esmeu de faire ce voyage et nos intentions , finalement tout ce qu'il sçait que nous voulions dire , représenter et proposer à leurs Majestez et Altesse, ains que tout luy est bien cogneu, comme ayant assisté à ces affaires. A nostre thrésorier général, le capitaine Dolbier, commandons d'aller en Angleterre délivrer
nostre lettre crédentiale, laquelle nous lui donnons, aussi bien qu'au colonel Peblia pour France et Savoye, et d'y proposer tout ce que nostre instruction à luy donnée porte, et qu'il tienne entière correspondance avec le colonel Peblis, durant le temps qu'ils seront en France et Angleterre, pour ces affaires, afin qu'il puisse adviser la part où il sera nécessaire Testât des affaires, et procure que tout aille selon que nous avons eu l'intention durant nostre vie, tant que faire se peut ; tous deux auront soing, tant qu'il sera possible, que nos officiers et solda tz soyent contents de ce que l'on leur doibt pour le service faict aux Couronnes de France et Angleterre, soubz nostre commandement, que nostre réputation soit conservée et les affaires publicques maintenues.
Le colonel Ferens, pendant leur voyage, demeurera à Venise, pour adresser leurs lettres au prince de Transylvanie, et avec luy tenir correspondance sur ces affaires, aussy pour négocier avec la sérénissime Respublique, selon les instructions à luy données.
Les frais de ce voyage, comme aussi la demeure du colonel Ferens, seront prins de nostre argent que nous avons à Venise et de nos biens que nous avons avec nous.
Pour le 6 me , nous commandons que les i ,000 ducatz que le prince de Transylvanie nous a prestez, soient incontinent après leur arrivée à Venise , restituez pour retirer nostre obligation.
Nous voulons aussi que les Ghiaux turcqs qni nous ont conduit par l'Hongrie et la Bosnie, soyent honnestement récompensez, comme aussi les gentilhommes hongrois.
Pour le 7 me , l'on doibt faire payer au lieutenant-colonel Bellesheim un mois de gages, c'est-à-dire 1,500 francqs, ainsi que nous luy avons promis.
L'on doibt tascher, pour le 8 me , de tenir toutes noz trouppes que nous avons laissées en Hongrie ensemble, jusques à ce que l'on puisse avoir ordre de noz maistres de ce qu'ils désirent qu'on face d'eux.
Pour le 9 me , s'il y a quelque chose de reste de nos biens pré-
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sents que ne sera employé pour ce que nous avons ordonné en ce nostre testament, il doibt estre pour payer noz officiers et soldatz avec ce que nos maistresdoibvent encore.
Et si, pourle40 me , viendront encore quelques aultres de noz créditeurs ou qui eut raisonnablement à prétendre sur noz biens, il doibt êstre remis pour ce que le roi de France et de la Grande-Bretagne nous doibvent encore, en vigueur des traictez avec leurs Majestez.
Pour le M me , quand nostre commissaire général et thréâorier auront, tant en France qu'en Angleterre, la volonté de leurs Majestez, ils procéderont, avec nos trouppes, selon icelle volonté, les licentier ou leur donneront congé. Et si nos maistres demanderont conte des desniers qu'ilz nous ont donnés, comme ils ont esté employez, ils rendront lesdictz contes également, comme il appartient, et garderont en tout nostre honneur et réputation, représentant à nos maistres nostre fidélité et réalité pour leur service.
Finalement, nous commandons à nostre commissaire général, colonel Ferens, et nostre thrésorier d'eslre exécuteurs de nostre testament, et de faire tout ce que nous avons ordonné et ordonnons en iceluy, comme ceux à qui nous transportons toutes noz actions, en les constituant comme héritiers, pourveu qu'ils facent tout pour le bien de nos soldatz et public.
En témoignage et meilleure asseurance de tout cela, nous avons confirmé en présence du lieutenant-colonel Wadenbourg et de nostre cirurgien-général, maistre Hans Jacob Anchat, tout ce que dessus, le temps venant trop court pour plus ample confirmation, ce que est fait à Ratona, auprès de Sauray, en Bosnie, estant couché sur mon lit, le 49/29 de novembre 1626, à huict heures du soir.
Nous soubsignez, suivant les instructions de feu Son Excellence Monseigneur le prince et comte de Mansfelt, marquis de Castelnuovo et Bentigliero, baron de Heldrungen, nostre général, qui a toujours travaillé pour le bien public et particulièrement pour le service de Sa Majesté de Bohême, déclarons en
conformité de sa volonté, qu'après l'enterrement de son corps et le renvoyé de la maison avec contentement de ses serviteurs, le tout sera remis à Sa Majesté de Bohême, qui sera très humblement priée de prendre la protection de l'armée dressée seulement pour son service, et de prendre sur elle la peine de retirer ce que se trouvera deu de qui que ce soit, afin que assignations faictes et signez à plusieurs officiers et serviteurs puissent estre payez à ceulx qui les ont, et que le reste soit employé pour l'entretien de l'armée et nouvelle levée pour le renforcement d'icelle.
Faict à Venise, le 15 de janvier 1627.