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C.-G. Peblis, Th. Ferens, T. Dolbier

Extrait du registre aux actes de baptême de la paroisse Saint- Nicolas, à Luxembourg, de l'année 1605.

15 september 1605. — Baptisatus fuit Philippus, ut dieebatur, nec tamen ab omnibus credebatur, filius illegitimus Illustrisimi Principis et Gomitis Pétri Mansfeldii, Gubernatoris Luxemburgensis, et concubinse ejus procacis Catharina?.

Patrinus : Jacob, schreiner bey den knodeler, dicti scorti hospes; matrina : Anna filia Theodori Sutart.

Bonus princeps, ut dicebatur, octuagesimum excesserat

setatis annum, debilis valde erat in lumbis, attamen a scorto

persuasus patrem se putabat.

( Registre n° 1 , folio 24. )

Au Roy. — Le comte de Mansfelt, chevalier de l'Ordre, supplie très-humblement à Votre Majesté, qu'elle soit servie

352 ERNEST DE MANSFELDT.

d'accorder lettre de légitimation pour ses trois enffans naturelz, Ernest, Anne et Charles, procréez en sa personne de Anne Benzeraedt, fille libre et à marier, comme aussi le supplie en faire expédier les despesches afliantes.

Quoy faisant (1), etc.

(Fiant lettres de legimation in forma, faictà Bruxelles le dernier de febvrier 1590.)

Lettres de légitimation.

Philippe, par la grâce de Dieu, Roy de Gastille, d'Aragon, de Léon, des Deux-Sicilles, de Jérusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Valence , de Gallicie , de Majorcques, de Pouille, de Sardaigne, de Gordubo, de Gorcirque, de Murcie, de Jeaen, des Algarbes, de Algezire, de Gibraltar et des Indes lant Orientales que Occidentales, des isles de terre ferme de la mer Océane; archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, de Gueldres et de Milan ; comte de Salsburg, de Flandres, de l'Artois, du Tyrol ; palatin de Hainault, de Hollande, de Zélande, de Namur et de Zutphen ; marquis du Saint-Empire de Rome ; seigneur de Frise, de Salins, de Malines, des cités du Pays d'Utrecht, d'Overyzelle et du Groeningue ; et dominateur de Asie et Afrique, sçavoir faisons à tous présent et à venir que, à l'importante requeste de notre très-cher et féal cousin, chevalier de notre Ordre , de notre Conseil d'État , maréchal de notre host, commandeur et capitaine -général de notre pays et duché de Luxembourg et comté de Chiny , Messire Pierre-Ernest, comte de Mansfelt, nous avons, de notre authorité, plaine puissance, de grâce espécialle, légitimé et légitimons ses trois enfans naturels, à sçavoir Ernest, Anne et Charles, procréez de la personne de Anne de Beuzeraedt, fille libre et non mariée, comme il était semblablement, de leur défaut de leur naturalité,

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 1240.

aboli et abolissons et à tousjours, par ces présentes, leur octroyant et accordant, par icelles, qu'ils puissent et pourront, comme personnes légitimes et habiles , succéder à tous biens mobiliers et immobiliers, et aultres quelconques, et à touts droits et selon les coutumes et usages de nos pays , ils pourront succéder comme s'ils étaient nés et procréés de léal mariage, et venir aux successions de leurs pères et mères et aultres, leurs parents et amis, qui leur compétent et pourront appartenir à eux cy après, pourvu toutefois que ne se présentent leurs parents et amis plus prochains de lignaige, et que aulcun droit ne soit acquis à aultres, et que, en ce cas , ils puissent et pourront avoir et tenir pour eux , leurs hoirs et successeurs à tousjours , tous les biens qui leur adviendront et escherront des dites successions et que, aultrement, ils acquerront et d'iceulx biens ordonner et disposer par testament ou aultrement, ainsi que bon leur semblera ; aussi que dorénavant ils soient reçus à tous honneurs, états, offices et aultres faits légitimes et réputés et tenus, comme s'ils fussent nés en léal mariaige; mesmes que, après leur trépas, iceulx de leur lignaige procréés en léal mariaige leur puissent succéder par droit d'hoirie en tous leurs dits biens, héritaiges par testament, et aultres quelconques acquis et à acquérir, tout ainsi comme ils feraient et faire pourraient s'ils étaient nés et procréez de léal mariaige, sans que, à cause de la diste bastardise ou illégi limât ion, nous ou nos successeurs y pourront ou doivent quereller, ou demander aulcun droict en temps à venir, nonobstant quelconques statuts, droicts, coutumes à ce contraires, à charge, toutefois, que lesdits Ernest, Anne ^t Charles, en recognaissance de cette noslre présente grâce de légitimation, seront tenuz payer à nostre prouffict, ainsi qu'il appartiendra , certaine finance et somme à délivrer toute une fois, selon la faculté et qualité de leurs biens, à l'arbitrage de taxation de nos aimez et féaux les présidents et gens de nos comptes du Brabant quecommettons à ce, pourvu aussi que la disposition que lesdits Ernest, Anne et Charles, feront ou voudront faire de leurs immobiliers ou héritaiges , ne vient pas en prouffict à quelque église , monastère ou aultre

354 ERNEST DE MANSFKLDT.

main -morte. — Et y donnons en mendement aux dicts de nos comptes de Brabant, qu'ils procèdent bien et dûment à la vérification de ces dites présentes et à la taxation de la diste finance. Et sera la diste finance par eux taxée et 'arbitrée, et, par lesdits Ernest, Anne et Charles, payée à ceux de nos receveurs qu'il appartiendra, qui sera tenu de faire recepte et rendre compte à notre prouffict avec les aultres deniers de sa charge. Ils et tous les aultres, nos justiciers, officiers et subjects présents et advenir, qui se peult et pourra toucher et regarder, lairont lesdits Ernest, Anne et Charles, leurs hoirs, successeurs et ayant droit procréez de léal mari ai ge, de nostre présente grâce de légitimation et de tout le contenu en icelle, selon et en la forme et manière que dict est, pleinement, paisiblement et perpétuellement joyr et user, sans leur faire mettre ou donner, ny souffrir estre fait, mis et donné, ores ny au temps advenir, aucun trouble, desroute ou empêchement , au contraire , de manière quelconque. Car, ainsy nous plaît-il. Et, affinque ce soit chose ferme et stable à tousjours, nous avons faict mettre notre scel à ces présentes , saulf en aultres choses nostre droit et iceluy d'aultruy.

En tant , donné en nostre ville de Bruxelles , au mois de février, Tan de grâce 1591 , de nos règnes : à sçavoir, de Naples, de Jérusalem, le trente-sixième; de Castille, d'Arragon et des aultres, le trente-sixième ; et de Portugal, le douzième ; et, au bout de la diste lettre, était, en lettres italiennes, sur le reply de la diste lettre écriste en parchemin , escript par le Roy , et signé, et paraphé Verreyken, et, à Paultre, par visa, avec le grand sceau de Sa Majesté en cire violet pendant de soye rouge et verte. — (Copie des lettres de légitimation accordées par feu le Roy catholique Philippe.)

Lettre de recommandation du prince de Mansfeldt à l'Archiduc Albert, pour son fils Ernest.

Monseigneur, Le porteur de teste estant revenu de la guerre d'Hongrie, où il a servy quelques années Sa Majesté

ANNEXES. e»«)

Impériale avec charge de cavaillerie, je l'envoy se présenter à Voslre Altesse avec supplication très-humble, comme je Juy fais, voulloir remployer ainsi qu'elle jugera convenir, et qu'il sera recogneu capable. La mercède qu'il plaira à V. A. de luy faire croistra les obligations que moy et les miens avons à la très-haulte et très-puissante maison d'Austriche, pour l'honneur qu elle nous a faict de nous maintenir à tant d'années en ça à son service.

Sur ce, monseigneur, je prie Dieu qu'il conserve V. A. pour très-longues années.

De Luxembourg, le X me de febvrier 1604.

De vostre Altesse Sérénissime,

Très-humble et très-obéyssant serviteur, Prince de Mansfelt (1).

Rarum ex manusc. D. Joannis Withemïï Graph. Luxemb. Monsieur,

J'ay entendu par celles que m'avez escript , du premier de juillet, le retardement des affaires pour ma compaigniepardelà. Ce néantmoins j'espère, selon que monsieur le marquis m'a escript. que si elles vont en avant il m'en fera part , à quoy je vous prie me prester de voslre faveur et à mes commis, tant auprès de son Excellence qu'autre que voslre prudence jugera estre nécessaire. Touleffois, ne me voulant du tout fier à cela et voyant que je m'estoy beaucoup engagé pardeça et chargé d'une despence très-grande, contrainct par les prières et promesses tant de messieurs du Conseil comme de monsieur le mareschal, j'ay accepté la compaignie des gardes de Son Alteze l'Archiduc Malhias, qui doict estre de cinc cens chevaux allemands, j'ay desja faict ma levée et ma monstre, et prens la rolte d'Hongrie, pour m'aller joindre à nostre camp qui s'assemble vers Strigo-

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 403.

336 ERNEST DE MANSFELDT.

nie. Ceste expédition achevée, je ne mancqueray incontinent de me rendre pardelà pour m'acquitterdu service que j'ay promis; j'espère que j'y viendrai encore à temps. Il n'est pas besoing, s'il vous plaist,de dire mon séjour icy à aultre qu'à son Excellence, aux bonnes grâces duquel quand me ferez la faveur de me maintenir, vous me donnerez en superfluité le comble de mes désirs. S'il se passera quelque chose digne d'estre sçeue de vous pardeça je ne manquerai avec plus de loisir vous en adviser, je vous prie faire le semblable, et croire qu'à l'advenir sy jamais j'ay le pouvoir et il s'offre occasion de m'employer pour vous, je ferai paroistre à tous que les faveurs que m'aulrez faict, ne seront conférées à aultre qu'à un quy perpétuellement sera,

Monsieur, Vostre très-affectionné serviteur, Ernest de Mansfelt (1).

A Sainct-Joannes, en Hongrie, l er augusty, Anno 4603. N. B. J'escript à Son Excellence, et pour faire les fautes que mon indiscrétion commect de par vostre prudence, si elle m'est favorable , bien réparer, de quoy je vous prie très-affectueusement.

A Monsieur,

Monsieur Wilthem, greffier du Conseil provincial du Pais et Duché de Luxembourg et Comté de Chiny, à Luxembourg.

L'Archiduc Albert au comte de Mansfeldt, en réponse à la lettre de recommandation concernant son fils Ernest.

Mon cousin, Me souvenant de ce que nagaires m'avez escrit en faveur et recommandation d'Ernest, vostre filz naturel, j'ay bien voulu estre content pour vostre respect et pour ce quil mérite de luy donner charge et le faire chief de mil soldats luxembourgeois, rédigez soubz cincq compaignies; toutesfois,

(1) Bibliothèque royale; section des manuscrits, n° 6731.

avant que de luy en faire aulcune ouverture ou déclaration, j'ay premièrement voulu vous en advertîr par ce mot, pour entendre ce qu'H vous en semble et la trace que Ton pourroit donner pour haster la dite levée, sur quoy me pourrez reservir au plus tost de vostre advis et, quant et quant, proposer quelques capitaines qu'estimerez plus propres et capables pour servir soubz luy, jectant l'œil par tout vostre gouvernement, signament es garnisons de Luxembourg, s'il n'y a aulcuns capitaines entretenuz qui vous sembleront ydoines à ceste charge, pour y prendre la résolution que je trouveray convenir.

Au demeurant, vous aurez entendu par ma précédente du 3 e de ce mois dont le duplicat vat cy-joint, comme il est besoing de ravoir icy les gens que le conte Fredericq avoit envoyés à S'-Veyth, auquel effect j 'envoyé présentement par delà ung adjudant du quartier maistre gênerai , avec patente pour les ramener et vous en ay bien voulu donner ceste advertence afin que sachiez ce qui se passe et vous puissiez régler selon ce.

A tant, etc.

De Bruxelles, le 5 e de mars 4604 (1).

Le comte de Mansfeldt à l'Archiduc. Réponse à la précédente.

Monseigneur, J'ai receu les lettres de Votre Alteze du 5 de ce mois, par lesquelles elle me dictestre content pour mon respect d'accorder à mon filz naturel Ernest la charge de mil soldalz wallons luxembourgeois, soubz cincq compagnies, me demandant Votre Alteze préalablement mon advis. Je ne peux sinon me tenir obligé de l'honneur qu'il luy plaist me faire en ce regard, se pouvant asseurer que je n'ay faict dresser ny habituer ledict Ernest jusques icy aux armes, à aultre intention que pour le dédier au service de Sa Majesté et de Vostre Alteze, mais

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et del'audience. Liasse 402.

558 KRNEST DE MÀNSFELDT.

comme je veois qu'il ne pourroit venir au but de telle levée, ny trouver les hommes en ce dict pays, tant à cause des compaignies y formées par forme d'élection (qui par là se defferoient) comme pour beaucoup d'aultres considérations, je suis meu de remercier très-humblement Vostre Alteze, pour le regard de ceste charge, mais, s offrant quelconque aulire occasion pour employer ledict Ernest conforme aux charges qu'il a eu, il ne fauldra de s'y rendre capable et faire tous les services possibles à Vostre Alteze, comme y voullant vivre, mourrir et continuer avec moy jusques à noz tombes, de quoy Vostre Alteze se peult bien asseurer, à laquelle je prie Dieu octroyer. Monseigneur, santé et très-heureuse vie.

De Luxembourg, le 10 de mars 1604.

De Vostre Alteze Sérénissime,

Très-humble et très-obéissant serviteur, Pyter de Mansfelt (1).

A Son Alteze Sérénissime.

Accusé de réception et marche à suivre pour la levée à faire en faveur a" Ernest de Mansfeldt; le Comte, son père, à l'Archiduc.

Monseigneur, J'ay receu aujourd'huy un duplicat de celle que V. A. m'a escript du 5 e de ce mois et quant à ce qui touche le renvoyé des gens que le comte Frédéric avoit fait marcher vers S f -Vyth, j'y avois desja donné ordre. Au surplus, je remercy derechiefV. A. très-humblement de la mercède et honneur qu'il lui plaist nous faire en donnant charge à mon Ernest, comme elle m'escript, j'ay mandé à V. A. sur ce suject, par mes lettres du x e de cedit mois, ce que je jugeois estre de son service, mais sy, nonobstant cela, elle désire en ceste saison se servir du dict Ernest, et le faire passer oultre avec la levée,

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 402.

ANNEXES. r>i)9

V. A. me le commandant et sur quel pied, sera obéye, car je ne désire aultre chose que de finir mes jours sans répréhension, et suyvray en ce mes prédécesseurs, les comtes de Mansfelt, lesquels ont continué par cent années à servir à la maison d'Austriche avec tant de fidélité, n'espargnant ny corps ny biens, comme j'ay faict et feray encor jusques à la fin. Et au cas que V. A. treuve bon que ladite levée se face, Ton pourra, soubz correction, former quatre compaignies, chacune de 250 hommes, et employer pour les trois les capitaines Lamargelle, Jean Bonnet et capitaine Conradt, tous naturelz de ce pays, et la quatrième sera pour le coronel.

Monseigneur, je prie le Créateur qu'il octroyé à V. A. ce qu'est de ses très-haultz et vertueux désirs.

De Luxembourg, le 12 e de mars 1604.

De Votre Alteze Sérénissime

Très-humble et très -obéissant serviteur.

Pieter de Mansfelt (1).

A Son Alteze Sérénissime.

Lettre de V Archiduc au comte de Mansfeldt, en réponse h la précédente.

Au comte de Mansfelt ,

Mon cousin, J'ay veu ce que me respondèz par vostré lettre du xij e de ce mois, endroit la levée à faire par vostre Ernest des mil soldats wallons Luxembourgeois , en suyte de quoy luy ay desja faict déclarer mon intention, et ainsi il se va rendre par de là pour incontinent passer oultre à la dicte levée, à l'effect de laquelle je vous prie tenir la main aultant que vous sera possible, mais pour ne faire changement au pied accoustumé entre la dicte nation, je treuve pour mieulx d'en faire cinq compaignies de deux cens testes chacune , dont ledict Ernest aura

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 402 .

ERNEST DE MANSFELDT.

l'une et, oultre ce, le traittement de soixante escus par mois en qualité de chief avec quelzques officiers majeurs , ainsi qu'en semblable cas s'est accoustumé de faire. Quant aux quatre capitaines, vous y pourrez penser de plus près et m'en présenter ceulx que treuverez les plus idoines et capables, à quoy je prendrai tout favorable esgard. Cependant se dresseront les patentes, et se yra furnissant l'argent pour la dite levée à l'ordinaire qu'est à l'advenant d'ung escu pour chacune teste, et, pour fin, vous repeteray de rechief ne permettre que l'on y perde aulcun temps, pour estrela saison jà fort avancée.

A tant, etc.

De Bruxelles, le xviij de mars 1604 (1).

Le comte de Mansfelclt à l'Archiduc, concernant le retrait d'une des compagnies allemandes du Luxembourg et la nomination des capitaines nécessaires à la levée de son fils Ernest.

Monseigneur, En respons à celle que V. A. m'escript du 18 du présent, touchant les levées que doibt faire mon fils naturel Ernest, ne diray aultre chose sinon que je luy ay baillé quartier et place d'assemblée au moins mal qu'il m'a esté possible, comme se veoit joinctement, puisque V. A. commande réiterement de faire hasler ses levées, m'en trouvant bien en peine à cause que les recrues pour les trois régiments allemans occupent la plus grande partie du pays et que, d'ailleurs, Ton çst chargé et empesché pour la fourniture du fouraige aux deux compaignies de cavaillerie à Marche, Saint-Vith et Briedbourg, de quoy je n'ay relasché de complainctes, cela me faic supplier V. A. d'oster et faire retirer du moins l'une desdictes compaignies, commandant que le fouraige desjà fourny soit payé selon que V. A. Tavoit ordonné, n'y ayant moyen d'en plus recouvrir pour argent, autrement je crains que toutes ces levées ne viendront en perfec-

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 402.

AMNEXES. 561

lion, car la pauvreté et misère est sy très-grande entre le peuple que l'on n'a veu jamais , la plus part allant mendier avec femme et enfans. Et de vray, il importe que V. A. ait de la considération pour apporter soulaigement à l'advenir, usant s'il luy plaist des expediens dont luy ay souvent escript et le faict représenter par quelques ministres, d'aultant que ne le faisant pas , je prévois des inconveniens que je n'ose escripre.

Quant à la dénomination des capitaines dudit Ernest , puisque V. A. a esté servie de l'honorer de la charge, je supplie aussy luy vouloir confier le choix de ses capitaines, et il n'en prendra sans mon sceu et qui ne soyent gens capables.

Monseigneur, je prie Dieu qu'il conserve V. A. en santé et longue vie.

De Luxembourg, le dernier de mars 4604.

De Votre Alteze Serenissime

Très-humble et très-obéissant serviteur, Peter de Mansfelt (1).

A Son Alleze Serenissime.

Lettre de l'Archiduc au comte de Mansfeldt, le priant d'accélérer la levée de son fils Ernest.

Mon Cousin, Le désir que j'ay d'entendre Testât en quoy se retreuve la levée de voslre Ernest me fait vous escrire la présente, à ce que m'en veuillez eselaircir au plustost, et cependant tenir la main que l'on ne perde aulcun temps à la parachever, pour le grand besoing que j'ay de gens en ceste conjoncture, m'envoyant quant et quant les noms de ceulx qu'aurez choisy pour capitaines , avec expression de leurs qualitez et services pour y prendre esgard, et lestreuvant qualifiez comme je m'asseure ne m'en vouldrez proposer d'aultres, pouvoir selon ce faire remplir les patentes que je fais encore retenir icy à tel effect,

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Lias8e402.

*")()2 ERNEST DE MANSFELDT.

vous recommandant surtout prendre des hommes bien suffi sans, vieulx soldatz et expérimentez, sachant ce qu'est du fait de la guerre, en quoy, oultre ce que ferez mon service comme tousjours, vous procurerez aussy le bien et advancement dudit Ernest. Cependant estant icy venu présenter son service ung Simon de Naves , gentilhomme luxembourgeois , ayant cy-devant esté capitaine, et de qui j'ay eu fort bon rapport, je me suis résolu de luy donner une place de capitaine soubz votre dit Ernest, de quoy vous ay bien voulu adverlir, attendant quant aux aultres votre response, et sur ce, prie Dieu vous avoir, mon cousin, en sa sainte garde.

De Bruxelles, le viij d'avril 1604 (1).

Au comte de Mansfelt.

Le comte de Mansfeldt à l'Archiduc, lui annonçant que la levée de son fils avance rapidement et que quelques embarras sont occasionnés par l'arrivée tardive du capitaine Simon de Naves, nommé par l'Archiduc.

Monseigneur, Vostre Alteze sera advertye que la levée de mon filz naturel, Ernest de Mansfelt, vat de jour à aultre s'advançante comme desja par plusieurs miennes, notamment la dernière du 20 de ce mois, envoyée par un exprès, j'ay escript, advisant aussy V. A. du choix qu'il avoit faict de mon sceuet consentement des capitaines que je tiens pour hommes capables et qui feront bon service à V. A. Et puisqu'elle désire les cognoislre, ce sont : Gabriel de Fiez, Jean Bonnet, Christhoffe de Cobreville et Nicolas de Gorcy, ayant les deux premiers longtemps porté les armes et y acquis toute plaine et bonne réputation, de sorte qu'il fault espérer bon service d'eulx et des deux aultres de mesme, pour estre valereux soldatz jà, quoique ce soit leur première charge, estans tous de ce pays (saulf

( 1 ) Archives du royaume de Belgique . Papiers d'État et de l'audience . Liasse 403.

ledit capitaine Gabriel), et qui méritent avancement pour la fidélité qui se doibl attendre d'eulx et les services de leurs pères , ilz se sont desja dez le retour dudil Ernest de la court passé un mois mis en debvoir de faire leurs levées sur l'asseurance qu'on leur a donnée que les patentes suyvront, après leur avoir esté baillé argent pour les levées lesquelles ilz ont tellement advancé, que chascun d'eulx se trouvent desja avec bonne trouppe et vont de jour en jour s'augmentant, qu'est la cause que ledit Ernest se treuve en doubte, et ne sçait maintenant comment se conduire à l'endroiet de Simon de Naves, arrivé de trois à quatre jours ença pour faire une des compaignies, suyvant l'intention et volonté de V. A., parce qu'en premier lieu l'argent donné pour ladite levée a esté distribué à chascun des dits capitaines choisis et que desjà ilz ont tant advancé leurs compaignies v sur l'espoir et asseurance qu'on leur a donnés qu'ilz auroient bientost leurs patentes, conforme à ce qui fut dict au dict Ernest en partant de Bruxelles, et commandé de la part de V. À., affin qu'il vint incontinent à commencer et haster sa levée sans perdre temps, comme il a faict, et que V. À. m'at, depuis, souvent réhitéré défaire haster ladite levée, remectant néantmoins le tout à la bonne volonté d'icelle.

Monseigneur, je prie Dieu qu'il conserve V. A. très-heureusement.

De Luxembourg, le 24dapvril 1601 De Votre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéissant serviteur.

Prince et comte de Mansfelt (1).

y. B. V. A. me pardonne que ceste ne soit signée de ma main, le mal de mon bras et mon indisposition m'en empeschant.

(1 ) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 403.

304 ERNEST DE MANSFELDT.

L'Archiduc au comte de Mansfeldt. Réponse à la précédente.

Mon cousin, Je vous ay escrit deux fois sur le faict de la levée d'Ernest de Mansfelt, et dit que debviez tenir la main qu'il en fist une fin , m'envoyant icy les noms de oeulx que desiriez advancer aux compagnies d'icelle levée, pour les mectre aux commissions qui en sont esté depeschées en l'audience dès passé plusieurs jours, ce que n'ayant esté faict jusques à maintenant, je désire qu'il se fasse en toute celerilé et sans aulcune ultérieure dilation, ce que servira de response à vostre dernière, par laquelle insistez pour l'envoy des dites patentes, y

Priant Dieu vous avoir, mon cousin, en sa continuelle garde.

De Gand, le 28 d'apvril 1604 (i).

Au comte de Mansfelt.

Lettre de l'Archiduc au comte de Mansfeldt, l'informant que ses réclamations concernant les compagnies allemandes qui surchargent le Luxembourg, ont été prises en considération ; et lui faisant connaître les capitaines choisis pour les compagnies de la levée de son fils Ernest.

Mon cousin, Aujourd'hy me sont esté délivrées voz lettres du 25 et 24 de ce mois, celle-là traictant des recrues des régiments du comte de Berlaymont, Biglia et Wytslcben, lesquelles seroyent desja fort avancées, je vous en ay desja tousché par deux miennes précédentes, et dirai pour fin, de rechief, qu'avecq la première commodité, qui n'est à la main présentement, sera donné ordre à l'envoy de commissaire et argent pour en descharger mon pays de Luxembourg, vous requérant d'avoir soing de donner le meilleur ordre que faire pourrez, pour ne perdre aulcuns soldatz des dictes recrues. Au surplus, je suis esbahy de

( l ) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience . Liasse 403.

ANNEXES. Hlv

la difficulté qu'en deux vôtres me dictes rencontrer sur ce que aulcuns capitaines et porte enseignes estans en soulde se font nourrir avecq leurs chevaulx ù la charge de noz subjectz, ce que dictes ne sçavoir einpescher, car si c'est chose nouvelle et non usitée par cydevant, vous n'y debviez avoir donné lieu dez le commencement , comme ne le devez permectre encore, si faire se peult sans craindre l'inconvénient touché par la dicte vostre.

Par aultre vostre dudit 24 e , vous m'advertissez que la levée d'Ernest deMansfeltestdesja fort avancée, m'envoyant une dénomination des capitaines qu'il a voit choisy de vostre sceu et consentement, sur quoy vous diray qu'il vous doibt souvenir que dez plusieurs jours j'ay attendu ladicte dénomination, et à tel effect faict despecher les lettres patentes, les noms y laissez en blancq, pour les faire remplir de ceulx par vous à dénommer, si je les trouvois propres, estant esmerveillé que cela n'ait esté faict plus tost, sans permectre que ceulx par vous dénommez n'eussent faict des levées comme m'escripvez qu'ilz ont faict, sans sur ce attendre mon aggréation et avec exclusion de Simon de Naves, que je vous ay escript debvoir eslre du nombre des capitaines de ceste levée. Ayant pensé à ceulx-là que maintenant vous me dénommez, je n'ay pour aucunes considérations les sceu approuver tous, ains faict assigner les dictes patentes audict Ernest de Mansfelt, à Nicolas de Gorcy, audict de Naves, à Edouard de Bettencourt, et la dernière à Nicolas du Ghastel, ausquelz debvez faire applicquer les soldatz desja levez pourveu que ce ne soyent Français dont j'entends n'avoir grand nombre parmy eulx contre mon intention, vous envoyant à cest effect les dictes patentes pour les leur bailler, et j'auray favorable souvenance en temps et lieu des aultres recommandez par ledict Ernest. Atant, etc.

De Gand, le xxix° d'apvril 1604 (1).

Au comte de Mansfelt.

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 403.

5()() ERNEST DE MANSFELDT.

L'Archiduc ordonne au comle de Mansfeldl de rassembler les hommes de la levée d'Ernest dans les villes de Marche et de Bastognc, pour, de là, les diriger sur leur lieu de résidence.

Mon cousin, Comme je désire beaucoup l'accélération de l'encheminement des gens de la levée d'Ernest de Mansfelt , pour en tirer le service que nous en avons promis, et qu'à cet efl'ect il conviendra luy estre assigné deux places closes pour les y assembler tous, et ainsi conduyre par deçà, je vous requiers de, pour une ou deux nuicts tant seulement, les faire entrer et accommoder du seul logement es villes de Marche et Bastogne, vous requérant au surplus d'en charger la diligence audit de Mansfelt. Et je prie, avec ce, Dieu vous remectre, mon cousin, debrief en bonne convalescence (1).

De Gand, le 19 e may 1604.

An comle de Mansfelt.

Les Archiducqz à Ernest de Mansfelt.

Nonobstant que par nos lettres patentes nous avions accordé à Ernest de Mansfelt de faire une levée de cincq compagnies d'infanterie wallone luxembourgeoise, si est-ce que nous ayant iceluy Ernest faict représenter qu'il avoit moyen d'en dresser encore promptement une sixiesme, sans, pour ce, aulcunement retarder l'encheminement d'icelle levée qui est preste à marcher : à ceste occasion, nous avons donné, comme donnons, par ceste, licence et permission audit Ernest de faire ladite sixiesme compagnie, bien entendu que ce doibt estre à ses fraiz selon son offre, aussy à charge expresse que les capitaines d'icelles compagnies seront les ensuy vans : la première pour sa personne, et les aultres pour : Edoutrd de Bettencourt , Gabriel de Fiez ,

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 404.

ANSKXES.

Gliristophe de Cobreville, Paul^ du Ghastel et la sixième pour Simon de Naves (s'il la demande) ou pour de Gorcy , père , et non pas à aultres, sans nostre sceu et permission. Fait àGand, le 19 e may 1604 (1).

Les Archiducqz au Conseil du Luxembourg .

Ghers et feaulx , Par la vostre, du 25 e de ce mois , avons nous entendu que Dieu auroit appelle à sa part le comte de Mansfelt : Nous Le prions donner repos à son âme, et, en attendant qu'adviserons de nous résouldre d'un successeur à ce gouvernement du pays de Luxembourg, soit en propriété, ou par provision, nous vous ordonnons d'avoir soing dudit pays et de noz bons subjeclz d'icelluy, nousdonnans continuelement compte particulier des occurrences de notre service, et comme nous sommes advertiz que la levée d'Ernest de Mansfelt (qui doibt désormais estre preste) ne marche pas encore, nous vous enchargeons de l'acheminer par deçà en toute célérité, et sans perdre une heure de temps, donnant ordre aussi pour la recreue qui se faict à Aywaillepourle régiment du seigneur de Tilly, qu'il face mesme diligence à l'achèvement d'icelle, et si le dit lieu d'Aywaille ne luy souffit, vous ad viserez de luy assigner encore quelque aultre des plus voisins, attendu que pour bons respectz nous en avons deschargé la terre de Givet. N'oubliez de nous envoyer au plus tost copie de la liste du pied estably sur la nouvelle milice dernièrement conceue pour notre dit pays de Luxembourg, suyvant nos précédentes. Au surplus nous souvenans qu'il y aura différentes personnes qui prétendront des actions sur les biens délaissez par ledit comte, et que pour la seureté d'un chacun soit requis estre faict inventaire de tous les dits biens meubles et immeubles, nous vous commandons de incontinent en faire dresser un bien pertinent, si desja faict ne l'avft, donnans bon ordre

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 404.

508 ERNEST DE JUNSFELDT.

que rien ne soit distraict, ni bougé de la maison mortuaire, ny aultres du défunct, nous advertissans aussy s'il a laissé esclaircissemeut de ses affaires par le testament que nous escripvez qu'il a laissé , puisqu'en avez eu communication estant faict en voz présences.

A tant, chers et feaulx, Notre-Seigneur vous ait en sa sainte garde.

De Bruges, le xxviij e de may 1604 (1).

Au Conseil du Luxembourg.

Les Archiducqz à Ernest de Mansfelt.

Cher et féal, Vous serez rnémoratif de notre ordre du xix e de ce mois sur le faict de votre levée et que par icelluy vous avions permis de, pour les causes y alléguées, pouvoir faire dresser une sixième compagnie par deNaves, s'il la vouloit , ou à faulte de ce par de Gorcy , père, et nous ayant esté représenté qu'ieelluy de Naves ne faict estât d'accepter la dite compagnie , non plus que le dit de Gorcy , tant pour son grand eage que pour avoir deservy charge plus advantageuse, si ainsy est et qu'il vous en conste, notre intention est qu'en tel cas Nicolas de Gorcy son fils conduise sa compagnie qu'il nous remonstre estre dressée et complète, dont vous avons bien voulu advenir pour selon ce vous reigler.

A tant etc.

De Bruges, le xxviij 6 may 1604 (2).

A Ernest de Mansfelt.

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 404.

(2) Id. Ibid.

ANNEXKS. 369

UArchiducq au Conseil du Luxembourg.

Chers et feaulx, Comme nous avons ordonné au 'capitaine Paul du Chastel de dresser en diligence une sixième compagnie soubz la charge d'Ernest de Mansfelt, nous vous ordonnons de, à cest effect, luy assigner quartier et rendévous en notre pays de Luxembourg, et tenir la bonne main que ladicte , compagnie soit parfaicte en toute célérité et au plus tard dans quinze jours ou trois sepmaines pour l'encheminer pardeça et mestant diligence pour la joindre aux aultres cincq compagnies.

A tant, n'y faictes faulte, et Dieu vous ait, chers et feaulx, en sa continuelle garde.

De Bruges, le iiij juing 1604 (1).

Au Conseil du Luxembourg.

Les Archiducqs au Gouverneur de Lierre.

Cher et féal, Ayant ordonné à Ernest de Mansfelt d'envoyer en notre ville de Lierre une compagnie de sa levée pour y estre au lieu des deux d'Espagnols de don Inigo de Borgia, qui en sont sorties depuis naguères,nous vous en avons bien voulu advertir, afin que fasciez accomoder de logement ladicte compagnie sans y faire faulte.

De Gand, le 17 de juing 1604 (2).

A don Alonzo de Lunay y Cauamo, Gouverneur de Lierre.

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 405.

(2) Id. Ibid.

570 ERNEST DE MAKSFELDT.

Les Archiducqs à Ernest de Mansfelt.

Cher et feal, Geste sera pour vous ordonner de incontinent envoyer une de vos compagnies en la ville de Lierre au lieu de deux d'Espagnols au service dedonlnigo de Borgia qui en sont naguères sorties, faizant marcher en toute célérité les aultres vers notre camp de vers Os tende, sans y faire faulte.

IX de juing 4604(1).

L'Archiducq à Ernest de Mansfelt.

Cher et feal,

Gomme on me rapporte des bons services que de Beusme, officier de vostre compagnie, vous a rendu et continue encore de vous rendre, nous l'avons promeu à la compagnie du capitaine de Bethencourt naguères décédé ; nous vous ordonnons que le mettiez en possession de ceste compagnie, pendant que les despeches et lettres patentes sont requises.

Cher et feal, Dieu vous ait en sa continuelle garde.

De Bruges, le dernier de juillet 1604 (2).

L'Archiducq au coronel Jacomo de Francesco.

Cher et feal, Ernest de Mansfelt nous a faict remonstrer que grand nombre de soldats de ses trouppes après avoir jouy des nutritions durant la levée d'icelles au pays de Luxembourg, et

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 405.

tyld.Jbid. ; liasse 406.

receu l'argent dudict Ernest et de ses capitaines, l'avoient abandonné pour s'aller s'enroller sous vostre régiment, ce qu'estant contre raison et nostre intention, nous vous ordonnons bien sérieusement de faire rendre au dit Hansfelt ou à celluy que pour ce il députera, tous ceulx qu'il fera paroistre estre enrôliez dans ses trouppes pour retourner à leurs enseignes et s'y acquicter de leur debvoir.

A tant, n'y faictes faulte, et Dieu vous aiten sa continuelle garde.

De Bruges, le XX e d'aoust 1604 (1).

L'Archiducq à ceulx du privé Conseil de Liège.

Très-chersetbons amys, 11 est venu à nostre cognoissanceque plusieurs soldats residens es villes de Liège et Huy et aultres lieux de votre jurisdiction, se seroient dernièrement faict enroller en votre service soubz la charge d'Ernest de Mansfelt, et que après avoir jouy des contributions et receu argent et armes, se seroient enfuyz et retirez en leurs maisons, habandonnant nostre service auquel pour lesdites raisons se sont obligez, ce que nous amène à vous requérir que au capitaine Gabriel deFiefz ou à son commandant pour luy, vous veuillez prester et faire prester par les officiers et gens de loy des lieux de résidence de ces fugitifs estant de vostre obéissance toute l'ayde, adresse et assistance requise pour les reprendre et ramener à leurs compagnies, afin de s'y acquiter de leur serment et debvoir. Et soubz espoir que ne nous voudrez refuser chose si raisonnable, nous finirons céste, priant Dieu....

De Bruges, ce XX e d'aoust 1604 (2).

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 407.

(2)Id.,tWtf.

L'Archiducq au comte de Bussy et au sieur Ernest.

Très cher et féal, Estant adverti que l'ennemy fait amas de gens au quartier de Bréda, pour aller, à ce qu'on prétend, à quelque emprinse à craindre , nous avons bien voulu vous en advertir par ceste , afin que soyez un peult sur vos gardes , mais aussy advertissiez tous aultres qu'il appartiendra de ce qu'il en est, etc.

De Bruxelles, le premier de décembre 1604 (1).

Au comte Ernest de Mansfelt.

Monsieur, Ayant S. À. faict mercède à V. S. d'une compagnie de cuyrassiers, à dresser de soldats mutinez à Diest, lorsque l'on les payera, ce que sera dans peu de jours , elle m'a commandé de vous en advertir, afin que y envoyez d'heure et procuriez de furnir la compagnie de bons hommes. Suivant le désir qu'ay de vostre accroissement et advantage, je suis très-aise que S. A. vous ait favorisé de ceste compagnie, espérant qu'elle sera aggreable à V. S. à laquelle je baise bien humblement les mains.

Monsieur, etc.

De Mariemont, le 28 octobre 1607 (2).

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 410.

(2) U.,ibi(L; liasse 431. -

A Monsieur Prats, secrétaire d' Estât de leurs Altezes Sérénissimes.

(Citp pour le service de Son Alteze.) Monsieur, A cest instant j'arrive en ceste ville où j'ay entendu qu'il vous a pieu m'escripre lettres, lesquelles dès hier Ton at envoyées à Bruges par homme exprez pensant que j'y estois , et que la chose requeroit haste pour venir de vostre part. Le messager m'a failly en chemin, soit pour ne m'avoir cogneu, ou bien ne m'avoir rencontré, dont suis extrêmement marry. Cause que je vous ai incontinent fait ce mot, afin que je puisse scavoir ce qu'il vous plaisoit par icelles lettres me commander , et que j'aye ce bien de vous pouvoir servir, à quoy me trouverez tousjours prest comme cestuy qui vous est et demorera à jamais,

Monsieur,

Vostre très-humble serviteur et obligé, Ernest, comte de Mansfelt.

De Bruxelles, le 26 octobre 1607 (1).

Que Son Alteze les at permis et que ce soit passez les cent soldats.

Monsieur, L'asseurance que j'ay tousjours eu à voz bonnes volontez en mon endroict me fait vous supplier bien humblement me vouloir prester ung mot de faveur vers Son Alteze, à ce qu'elle soit servie vouloir augmenter la compaignie de cuyrasses dont elle m'a nagueres honoré, jusques au nombre de deux cents chevaulx, s'il est possible, et si elle ne vouloit obtempérer à cela, que du moins elle soit servie faire commander au commissaire

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 431.

37 i ERNEST DE MANSEELDT.

qui aura charge de la monstre, de me passer aultant de soldats qui se présenteront oultre au nombre de cent, ce que j'espère Son Alteze ne vouldra faire difficulté, moienant que soiez servi me faire ce bien d'y apporter vostre intercession. A quoy vous m'obligeriez infiniment à vous rendre service toutes et quantes fois qu'il vous plaira m'honorer de vos commandements, et demeureray toute ma vie,

Monsieur,

Votre humble et très-affectionné serviteur, Ernest comte de Mansfelt.

De Bruxelles, le 5 e de novembre 1607 (1).

Les Archiducqs au comte de Berlaymont.

Mon cousin, Ayant trouvé convenir de faire loger en vostre gouvernement une des compagnies de celles nouvellement dressées des mutinez de Diest, j'ay bien voulu vous en advertir, et encharger d'y recevoir celle du capitaine Ernest de Mansfelt, de la faire loger etaccomoder de la manière accoustumée.

A tant....

De Bruxelles, le 20 de novembre 1607 (2).

L'Archiducq au comte de Berlaymont ou son lieutenant.

Mon cousin, Le capitaine Ernest de Mansfelt s'en va en notre duché de Luxembourg avecq une compaignie dresséedes mutinez de Diest et ung ordre nostre à vous pour la faire loger en quelque

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 432.

(2) U.,IMd.

ville de vostre gouvernement, mais y ayant pensé de plus près, j'ay trouvé que ce sera le meilleur ne me servir de telles gens, ains sans leur faire aultre mal, leur ordonner de deans vingt et quatre heures se retirer hors de tous mes pays, sur paine de la hart , comme vous verrez par Tordre qui va icy joint. Mon intention est qu'arrivant ladicte compaignie prez ma ville de Luxembourg, vous appeliez ledit capitaine Ernest de Mansfelt, et luy délivriez la lettre que luy escris, de par laquelle je luy ordonne bien expressément de se régler et au mesme instant accomplir mon ordre que luy mectrez en main, afin qu'il l'insinue à ses gens, après avoir desarboré son estandart, de même vous encharge je bien expressément quçjesdictes vingt et quatre heures passées, vous fasciez toute extrême diligence possible pour attraper et faire saisir tous ceulx qui ne s'auront retirés, de les chastier conformément ledit ban, sans, pour ce, attendre aultre ordre mien, ce que pareillement je veulx estre observé et exécuté au regard de tous aultres de l'altération dudit Diest qui se viendront fourrer parmi les getos de guerre estant de vostre gouvernement, et affin qu'il n'y ailt faulte, je vous ordonne de le faire aussy particulièrement exécuter par tous les officiers et aultres noz subjects de vostre juridiction, sans aulcune dissimulation ou convenance, à paine de faire procéder rigoureusement contre ceulx qui manqueront à leur debvoir, ainsi que de droit et façon sera trouvé convenir. A tant.

De Bruxelles, le... de novembre 1607 (1).

Le comte de Berlaymont à t'Archiducq.

Monseigneur, Le pays de Luxembourg se retrou voit ja surchargé de compaignies tant d'infanterye que cavallerye, si que la .continuation n'en estoit aucunement practiquable, ny mesme

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 432.

576 ERKEST DE MANSFfcU>T,

se pouvoir recouvrer fouraige , pour satisfaire à l'entretennement de la compaignie de don Luys de Velasco. Maintenant que d'abondant V. A. est servye de commander que celle du sieur Ernest de Mansfelt soit encores accomodée par delà, je promets, soubz très-humble correction de V. A., que je n'y scache aulcun moyen, comme j'ay ja preadverty à icelle ces jours passés, combien je m'esforceray jusques au dernier, à ne négliger à ce qu'est du service et de la volonté de V. A., mais comme j'ay die t, il ne se poudra humainement tenir aultre chemin, pour la repartition de ladite compaignie, que de la mettre à Durbuy, Ochain, Huy et Ramelot, lieux ouverts, et encores ne veois-je comme se fera, ne soit en retirant la compaignie de Wallons estant audict Durbuy, et la mettre à Marche. A quoy ne condescendera le comte Guido, ne soit le preallable commandement de V. A. ou de monsieur le marquis Spinola. Je supplye partant à icelle très-humblement, qu'il me soit au plus tost envoyé quelque ordre audict comte Guido, affin que ladicte compaignie de chevaulx ne demeure mangeant le bon homme à faulte de la pouvoir accomoder aillieurs. Et n'allant ceste àaullre fin, supplie le Créateur octroyer à V. A.,

Monseigneur, en santé très-heureuse et longue vye. De Vostre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéyssant vassal, Le coûte de Berlaymont.

D'Herchyes, le 9 e de novembre 1607 (1).

Les Archiducqs à Ernest de Mansfelt.

Cher et féal, Mon cousin, le comte de Berlaymont, vous donnera ceste lettre notre et vous communiquera ung ordre queluy avons envoyé. Notre intention est que promptement et sans

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 432.

rcplicque vous l'exécutiez de vostre part, et que en ceste occasion monstriez par effect la volonté qu'avez d'obéir à noz commandemens. A tant, etc.

De Bruxelles, le 4 e de décembre 1607 (1).

De Raville aux Arcliiducqs.

Sérénissimes Princes, Ayant, en l'absence de monsieur le comte de Berlaymont, receu par le sieur Ernest de Mansfelt les lettres qu'il avoit pieu à VV. AA. SS. luy escripre aflin d'accommoder la nouvelle levée dudit sieur de Mansfelt en. cestuy pays, je trouvay convenir de leur assigner le bourg d'Ayvaille, parce que toutes les villes et bourgs sont chargés et plains de garnisons et que le commandement de VV. AA. ne specifioit aulcun lieu particulier. Depuis, devant aultres lettres de VV. AA. du ifij e de ce mois avecq le placcart y joinct,j'ay mandé ledit sieur de Mansfelt vers moy et luy dict de incontinent faire venir ses gens vers ceste ville, sans luy dire pourquoy, gardant vers moy la lettre de VV. AA. à luy venant, jusques à ce qu'ils seraient icy. Sur quoy, il despescha tout aussytost vers eux pour se diligenter, mais il fust depuis trouvé que le lendemain après ces debvoirs faicts ils ont prins le chemin de retraicte sur un Ban qu'avoit esté faict à Maestricht et au pays de Limbourg, emmenant les effects et bagaiges dudit Mansfelt, horsmis la cornette qu'a esté saulvée, ce qu'ayant entendu, j'ay jugé n'estre besoin de luy celer d'avantaige, ains luy délivrer ladicte lettre à laquelle il me dict estre prest d'obéir promptement comme à tous aultres commandements de VV. AA., ayant làdessus prins résolution d'aller trouver icelle avec ladite cornette. Je suis m'informant

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 432.

ERNEST DE NAKSFELDT.

comme le tout s'est passé à la susdicte retrakte pour en reservir VV. AA.; priant, sur ce, le Créateur,

Sérénissimes Princes, qu'il octroyé à VV. AA. en toute prospérité très-heureuse et très-longue vie.

De VosAltezes Sérénissimes, Très-humble et très-obéyssant serviteur, De Raville.

Décembre 1607 (1).

Le comte de Berlaymont à ï Archiducq .

Monseigneur, achevan de recepvoir advis que le sieur Ernest de Mansfelt se seroit saysy avecq sa trouppe dedans la villette de Schleiden, mon debvoir a esté d'en donner ce mot d'advertissement à Votre Alteze Sérénissime, pour estreesclaircy de ses volontez et commandement de ce que j'aurois à faire à Tendroict du chasteau, lequel, comme Votre Alteze sçait, avecq les villages despendans de la seigneurie et terre de Schleyden, sont tousjours esté tenuz et reputez de la charge de ce gouvernement et duché, tant au faict de garnisons et logement de gens de guerre audict chasteau, ensemble par lesdicts villages en dependans, comme la repartition des ordres à faire sur les subjects de contributions, services et fouraiges nécessaires, se trouvant par la copie cy-jointe d'ung advis donné par ceulx du Conseil d'icy en Fan 4595, sur les plaintes du ducq de Ju illier s, les droicts et possessions qu'ungducqde Luxembourg at audict Schleyden, depuis lequel temps l'on at tousjours continué parmy la guerre de mectre et avoir garnison de ce costé audict chasteau de Schleyden, mesmes se treuve qu'ayant le ducq de Juilliers, en Tan 1596, faict plancter ses armoyries en aulcuns villages de la seigneurie de Schleyden, Ton les fist aussytost abattre par la

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 426.

force, pour tousjours nous maintenir en possession, sans que l'on ait oncques voulu céder audict ducq à ses pretensions, ains luy escript à tout propos, en response de ses lettres, que l'on ne luy cognoissoit rien illecq.

Et comme la prinse de ladicte ville, tandis qu'elle est en débat entre ce pays et celuy de Juilliers, ne peult estre sinon trèspréjudiciable, et que n'en faisant aulcune démonstration de ce costé, ce seroit tacitement advouer quelle fust hors dispute, pays de Juilliers, pour, par là, faire ung préjugé de la chose en question, ayant ledict de Mansfelt plusieurs fois interpellé les subjects des villages aux contributions , tant de munitions de guerre que vivres, c'est pourquoy qu'il m'a semblé en debvoir donner part à Votre Alteze, et qu'ayant sur ce communiqué avecq ledict Conseil, il semble Votre Alteze avoir matière de pas seulement encore représenter à ÏArchiducq Leopolde, mais aussy au party contraire, prétendant droict audict duché, a/fin de vouloir laisser la seigneurie, chasteau, ville et terre de Schleydenneutres, du moings durant la dispute, pour n'estre subjecte en ceste guerre, comme par nous soubstenu, estoy nuement pays de Luxembourg, envoyant à Votre Alteze le project cy joinct de la substance que lesdicts du Conseil, informez de cest affaire de longue main, ont adressé et conceu d' estre escript par icelle audict sieur Archiducq, remectant le tout à la volonté de Votre Alteze Serenissime, suppliant le Créateur luy octroyer,

Monseigneur, toute prospérité, santé très-heureuse, et trèslongue vye.

De Votre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéyssant serviteur et vassal, Le comte de Berlaymont.

De Luxembourg, le XIII e de janvier de l'an 1610 (1).

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 385.

580 ERNEST DE MANSFELDT.

Le Comte deBerlaymont à l'Archiducq.

Monseigneur, Depuis ce pacquet clos, je reçois nouvelle que les gens du Brandenbourg sont jà arrivez, en bon nombre avecq quelques petites pièces, mardy dernier devant la ville tte de Schleyden, laquelle ilz ont assiégée en trois endroicts. 11 leur arrive encore de jour à aultre nouvels gens sur ceste frontière, dont les subjectz de Votre Alteze Serenissime se retreuvent en peine. J'ay ordonné aux officiers d'estre sur leurs gardes et de ne se mesler en façon quelconque de ces entrefaictes, sans en advertir Votre Alteze, priant le Créateur luy octroyer (1).

Monseigneur, toute prospérité très-longue et très-heureuse

vye.

De Votre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéyssant vassal,

Le coûte de Berlaymont.

De Luxembourg, le XIII e de janvier de Tan 1610.

Le Comte de Berlaymont à iArchiducq.

Monseigneur, A cest instant m'arri vent nouvelles que mercredi sur le tard ceulx du party de Brandenbourg en bon nombre de cavaillerye assistez des paysans du quartier de Juilliers se sont faictz maistres de la ville de Schleyden , nonobstant la defence que le sieur Ernest de Mansfelty ayt sceu apporter avecq la trouppe de trois cents hommes qu'il y avoit dedans tant à cheval, qu'à pied, desquelz lesdicts de Brandenbourg en ont massacre sur la place plus de la moictyé et le reste faictz prisonniers. Jour et demy auparavant, ledict Ernest avoit esté sommé de quicter la plaice

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 385.

et y laisser armes, chevaulx et bagages, a quoy il n'auroit voullu entendre, et ainsy se retirant l'ennemy sur les villages circonvoysins n'at faict aultre semblant jusques audict mercredy matin qu'il commença à travailler comme dessus. Ledict Ernest, est prisonnier et aultres plusieurs gentilshommes, le capitaine Maure samblablement s'y est trouvé, ayant passez la mesme fortune. Hz n'ont encores rien attenté sur le chasteau non plus que n'osoyent faire les aultres pour estre nuement pays de Luxembourg, et crois aussy qu'ilz ne le feront point. Toutteffois, s'il advenoit le contraire, V. A. soit servye là dessus me commander ses volontez, les voilà désormais pied dedans pied dehors ce gouvernement. J'ay représenté par mes précédentes les nécessitez que j'y ay et signament en ceste ville, je le fay derechef, suppliant très-humblement à V. A. y pourveoir puisque le contrôleur de l'artillerye, Senft, et le maistre de la Chambre des Comptes, Dennetières, en ont prins les notes. Sur quoy, je prie le Créateur,

Monseigneur, octroyer à V. A. en toute prospérité très-longue et très-heureuse vie.

De Votre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéyssant vassal, Le comte de Berlaymont.

De Luxembourg, ce 16 e de janvier 1610 (1).

L' Archiducq à Monsieur le Comte de Berlaymont.

Mon cousin, Vos deux dernières du XIII e de ce mois nous ont adverty qu'Ernest de Mansfelt se seroit saisy par dez pettardz de la ville de Schleyden et. . . les villages. . . a le . . . de munitions de guerreet de vivres. Sur quoy il a usé de grande. . . que ladite ville et . . appartenans. . .

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 385.

382 ERNEST DE MANSFELDT.

estime lenuzet reputez estre à la charge de vostre gouvernement. Ainsy est nostre intention et volonté que luy ordonniez bien sérieusement de se retirer incontinent avecq ses gens, . . joinctes requérir. . . le chef et. . . des trouppes des princes de Brandenbourg et Neubourg. . . vous dictes estre arrivez devant ladicte ville. . . mesme estre esloigné. . . de ce que nous avons. . . prétendu que ceste ville, cbasteau et villages dépendent de nos pays et duché de Luxembourg, et sommes esté en possession comme nous l'escripvons tant à monsieur nostre cousin, l'Archiducq Léopold, ainsy qu'au sieur Prince et Seigneur

De Bruxelles, le XVIII e de janvier 1610 (1).

Le Comte de Berlaymont à ÏArchiducq.

Monseigneur, Le comte de Solms, gouverneur de Duren, estoit chef à Schleyden, lorsqu'à esté deffaict et rompu Ernest de Mansfelt, lequel desjaavoit rançonné et receu sommes d'argent de ceulx de la ville, ayant ceulx dudict comte achevé le surplus. Le chastellain m'escripz que ny Tune ny Faultre partie n'ont faict aulcun semblant d'attenter chose que ce fut contre le chasteau, ains après avoir faict prisonnier ledict Ernest, ung Merode, capitaine de cuyrassiers (montez et armez qu'il ny mancquoit rien) et aultres gentilhommes et principaulx soldatz de la trouppe, il a laissé aller les communs, sur la parollé dudict Ernest, pour ung mois de gaiges par teste, ont troussé bagaiges et butin, et se sont retirez chacun à leurs chacunes, pour estre ledict Schleyden par trop éloigné dd surplus de leurs trouppes, et lieu non tenable. Ce que j'ay cru de advertir a Votre Âlteze, n'estant maintenait besoing que je fasse aultres debvoirs que ceulx que

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 385.

j'avois faict auparavant, pour la conservation illecq des limites et juridictions d'icelle.

L'on me mande de la frontière vers France, que monsieur de Bouillon a esté mandé de son Roy par trois à quatre couriers successivement et est le bruict, qu'il debvroit estre conestable, et se dict-on aussy que ledict Roy a voit faict appeler touz chefs et gens ayant eu commandement sur gens de guerre, avecq les bans et arrières bans du Royaume pour le quinziesme du mois prochain, sur quoy je prie le Créateur,

Monseigneur, octroyer à Votre Alteze Serenissime en toute prospérité, très-longue et très-heureuse vye. De Votre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obéyssant vassal, Le comte de Berlaymont.

Luxembourg, ce XXIII e de Tan 1610 (1).

L'Archiducq au Comte de Berlaymont.

Mon cousin, Nous avons entendu par ta vostre du 16 de ce mois le sinistre accident arrivé à Ernest de Mansfelt et ce que de pluz vous nous y représentez et que les gens des princes de Brandenbourg et Neubourg attentent ou non sur le chasteau de Schleyden, vous ne laissiez de suyvre Tordre que sur ce nous avons donné par notre précédente du XIX e de ce mois si jà faict ne l'aurez avant l'arrivée de ceste... Et Dieu vous ait, mon cousin, etc.

De Bruxelles, le 25 e dé janvier 1610 (2).

(1) Archives do royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience.. liasse 385.

(2) U.,Ilid.

Ernest de Mansfelt au baron de Frentz.

Monsieur, Vous aurez desja entendu par monsieur de Cobreville que les capitaines et officiers du régiment du colonel Baur desbauchent presque touts les soldats que s'enrollent tantsoubz ledit sieur de Cobreville que capitaine Oberhausen, qu'il at pieu à l'Alteze de Monseigneur l'Archiducq Leopold mectre zoubs ma charge pour servir en ceste guerre de Juilliers, et d'aultant que lesdits capitaines et officiers vont continuant, n'attirant pas seulement à eulx ceulx qui, de ceste province, avaient passé longtemps prins volontairement party avec lesdits deux capitaines de ma charge, ains aussy ceulx qu'ils avoient levé à Coloigne et en aultres quartiers de l'Allemaigne, au grandissime desservice de sa dite Alteze et ruyne des dits deux capitaines qui par telles desbauchemens perdent les armes avecq l'argent qu'ils ont donné sur la main à leurs soldats, je suis constrainct de vous en faire ceste plaincte, et de vous prier très-humblement qu'il vous plaise de remonstrer ce que dessus à leurs Altezes Serenissimes, leur declairant que ce n'est de leur service que lesdits du régiment du colonel Baur aillent attirant et desbauchent les soldats qui ont prins party pour Monseigneur l'Archiducq Leopold, qui neantmoins en est grandement incommodé, et fault croire de vray, que ceulx qui auront quicté leur premier capitaine pour ung second n'observeront plus grande fidélité à l'ung qu'à l'autre, ains qu'après avoir tiré des deux ce qu'ils auront peu, se desbanderont du tout, de sorte que l'ung ny l'autre des deux Princes Sérénissimes n'en tirerat service mais bien plus tost de l'incommodité et desservice notable. Que partant il plaise à leur susdites Altezes pourveoir de remède et deffendre à tous en général, aussy à ceulx qui font et dressent de la cavallerie qu'à ceulx qui ont charge d'infanterie, de ne desbaucher ny attirer à eulx aulcun soldat qui soit desja en service de mondit Seigneur l'Archiducq Leopold, et ce sur telle peine qu'il plairat à leurs dites Altezes y enjoindre, le mesme se ferat de nostre costel, et par ce moyen on préviendrai à beaucoup de

confusions et mesentendus qui, à faulte de ce, je preveois surviendront entre les officiers de part et d'autre. Je vous prie tenir la bonne main à ce que quelque bonne résolution se prenne sur ce particulier, et qu'il vous plaise de favorise r ce porteur, le capitaine Piere Henry, en ce qu'il vous priera, je le tiendray à faveur particulière et reservira l'une et l'autre partout où j'en auray le pouvoir, d'aussi bonne affection que je demeure.

De Bastogne, le 21 d'apvril 1610.

Monsieur,

Vostre très-humble et obéissant serviteur, Comte Ernest de Mansfelt.

A Monsieur le baron de Frentz.

N. B. Puisque Monsieur le baron de Tanneberg ne me respond sur l'offre que je luy avois fait, je ne fais plus estât qu'il doive estre des miens, et pour ce ay-je pourveu toutes les places de mon régiment (1).

Le comte de Berlaymont à l'Archiducq.

Monseigneur, Les diverses et itératives lettres que j'ay escript aux officiers de ce gouvernement, pour n'admectre ny tollerer le coronel Ernest de Mansfelt en leurs districts, me deschargeront, comme je veux espérer, vers Vostre Alteze, sy es lisières de la frontière ledit Ernest sortant par ung bout, rentre par l'aultre, chose que bonnement je ne puis remédier, pour estre le pays tout ouvert, et les paysans intimidez de ses menaces. Depuis les dernières de Vostre Alteze sur ce particulier, j'ay donné ordres nouvelles, pour ne le plus loger en sorte que ce soit. Mais affin qu'icelle soit tant mieulx informée du peu de respect qu'il porte à ce qu'il sçait n'estre de l'intention de

(I) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 385, 2°.

386 ERNEST DE MANSFELDT.

Vostre Alteze, elle verra par la copie cy-jointe le contenu des lettres qu'il escript à ceulx de la ville de Schleyden, ausquelz, ay mandé de n'obeyr, mesmes estre sur leur garde, dont n'ay dehu laisser de donner part à Vostre Alteze, priant le Créateur octroyer a icelle,

Monseigneur, en toute prospérité, très-heureuse et trèslongue vye.

De Vostre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obeyssant vassal.

Le comte de Berlaymont.

De Luxembourg, ce vij e de may 1610 (1).

L'Archiducq au comte de Berlaymont.

Mon cousin,

Entretant je ne puis avoir contentement des violences que le coronel Esnest de Mansfelt prétend user contre ceulx de Schleyden, vous enchargeant de ne le souffrir en façon quelconque et faire procéder contre luy par les voyes en tel cas accoustumées.

A tant , mon cousin (2)

De Bruxelles, le ix e de may 1610/

Ernest de Mansfelt à l'Archiducq.

Monseigneur, Ayant pieu à PAlteze de Monseigneur l'Archiducq Leopold m'honnorer de la charge de coronel de cincq compaignies de chevaulx légers et de mil fantassins pour le

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 385, 3°.

(2) Id. Ihid.

service de Sa Majesté Impériale en la guerre de Juliers, je m'estois retiré en ceste ville de Bastoigne, soubs le bon plaisir de Vostre Àlteze Serenissime, tant pour l'asseurance de ma personne, d'aultant que j'estois advertis les ennemis avoir nouveaux desseings sur moy, que pour donner ordre à l'assemblée de mes trouppes et espier l'occasion pour faire passer en asseurance vers la ville de Juliers un ou deux cents hommes de chevaux et environ cinq cents fantassins, que j'ay desja assemblés à l'effect de ma charge. Or, comme pendant le peu de séjour que j'ay fait icy, il m'est advisé de bon lieu que lesdicts ennemis avoient appostez et envoyez deux de leurs soldats de la nation françoise avec pasport absolut d'eulx, pour venir présenter leur service et prendre party avecq moy, jusques a ce qu'ils auroient recognu mes forces et sondé mes conceptions, qu'ils s'en debvoient retourner en faire relation à leurs chefs, l'un desquels espions m'estant icy venu trouver à l'effect que dessus, avant la réception de cest advis, je le laissai retourner, sans luy faire ny dire chose quelconque ; mais comme après avoir eu cest advertissement j'entendis qu'un autre François venant aussy de l'ennemy s'estoit venu loger en ceste ville, l'oppinion qu'on avoit que ce pouvoit estre le compagnon du premier fut. cause que mes gens l'arrestèrent en campagne devant ceste ville, le menant avecq eulx au lieu où ils estoient logez, pour tascher d'attirer et apprendre de luy ce qu'il avoit en desseing, ne luy ayant esté faict aulcun tort ny violence non plus en sa personne qu'à ses hardes, qu'on luy promit rendre aussy tost qu'il auroit donné tesmoignage, quel il estoit, ce que je presupposois de faire faire incontinent, et bien que je pensois n'avoir rien forfaict en cela, puis mesmes qu'il n'est sinon très-convenable et requis pendant ceste sayson et dangereuse conjuncture de s'informer de tous passans et gens vacquans par les pays incogneus : sy est ce que le lieutenant de la compagnie de monsieur Don Luys de Velasco estant en garnison en ceste ville s'est formalizé de ce qu'at esté faict en cest endroict. Et pour ce suject (à mesme heure que j'estois pour aller trouver mes gens, tant pour faire délivrer et restituer ledict François, que

588 ERNEST DE MANSFELDT.

pour les faire sortir de ce pays vers celuy de Liège en approchant Juliers), m'est venu trouver accompagné de bon nombre de soldats armez de pistolets, et m'arreste prisonnier en ma chambre, qu'il faict garder aussy estroictement que sy je fusse un criminel, sans me vouloir dire de quelle auctorité, ou par commandement de quy il me faict cest arrest, chose à la vérité qui me tourne à ignominie et vilipendence, qui me grief comme il doit, pour n'avoir oncques commis ny pensé de faire acte prejudiciant au service de Yostre Alteze pour laquele je me ferois mourir et sacrifier, s'il en fut besoing. Que sy Vostre Alteze fut esté servie se saisir de moy, un seul commandement par escript , m'eust faict aller rendre la part il luy eut pieu m'ordonner, et là attendre ce qu'elle eust esté servie commander que je devinsse, ce que je feray toutes et quantes fois il plairat à Yostre Alteze Serenissime : l'intention et beningne volonté de laquelle je ne peux croire avoir esté que l'on y procédât de la façon, voilà pourquoy je recours à icelle, la suppliant très-humblement vouloir ordonner que je sois eslargi, affin de pouvoir m'en aller rendre le très-humble service que je dois et ay voué à la Majesté Impériale et Alteze de Monseigneur l'Archiducq Leopold, lesquelz recepvront de l'interest en ceste mienne détention, sy elle est de durée, faisant à craindre que pour icelle, les trouppes que j'ay avecq grands travaux, frais et despens assemblez pour leur service, se viendront à escarter et perdre à ma totale ruyne. Je supplie très-humblement Yostre Alteze estre servie, d'en bref ordonner sa bonne volonté en ce particulier, à quoy je me conformeray et obéiray tant que je vivray.

Monseigneur, je prie le Créateur donner à Yostre Alteze, en parfaite santé, très-heureuse et très-longue vie, De Vostre Alteze Serenissime,

Très-humble, très-obeissant et fidel serviteur à jamais, Comte Ernest de Mansfelt.

De Bastoigne, le 9 e de may 1610 (1).

( l) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 385, 3°.

Ernest de Mansfelt à l'Archiducq.

Monseigneur, Vostre Alteze aura je m'asseure, entendu, tant par le S r d'Eltz que par la lettre que j'ay envoyée à icelle, l'injuste arrest et détention, que faict en ma personne, Samorra, lieutenant de la compaignie de monsieur Don Louys de Velasco,' et le rude traictement <£ue je reçois, seullement pour avoir permis à mes gens d'arrester proche de ceste ville, en plaine campagne, ung soldat de nation françoise qui venoit du service des princes adversaires de Sa Majesté Impériale, lequel je n'ay pas consenty sans fondement estre arresté, d'aultant que quelque peu de jours auparavant, il y en a voit eu ung aultre de la mesme nation et qui venoit du qaesme service, qui m'estoit venu trouver en ceste ville pour prendre party avecq moy, et après y avoir esté traidé quelques jours, et recognu ce qu'il prétendoit, s'en estoit retourné d'où il estoit venu, faire la relation à ses maistres. De quoy estant bien asseuré et qu'il avoit encor ung compagnon, le soubsçon qu'on avoit que celuy-cy le pourroit estre fut cause qu'on le saisit, pour sçavoir de luy la vérité de son faict, le faisant mener au quartier lez mes gens à cest effect, où il ne luy at esté faict autre chose que tout bon et doulx traictement pour sonder son intention et desseing, et entendant qu'il persévéroit à son dire d'avoir prins congé absolut, j'estois pour le faire relaxer, d'aultant que je prétendois sortir de ce pais, si je ne fus esté prévenu par cest arrest, et non obstant que j'aye fais offre audict lieutenant de luy mectre cedit François entre mains et de luy donner satisfaction, moyennant qu'il me veuille mectre en liberté, de quoy je l'en priois avecq instance, luy remonstrant les inconveniens qui pourroient résulter de ceste mienne détention, a quoy toutesfois il n'at voulu entendre, ny prester l'oreille, ce qu'entendu par les officiers et soldats de ma charge qui estoient en nombre de trois cents chevaulx et de six cents hommes de pied, tous braves et lestes, se voyans privez de leur coronel, qu'on disoit vouloir luy faire mauvais jeu et le mener à Bruxelles, se sont par desespoir mis à la desbandade se retirans qui decy qui delà où bon leur a semblez n'ayant esté aulcunement possible à quelque peu d'officiers restans de les

390 ERNEST DE MANSFELDT.

retenir, ce qui tourne au grandissime desservice de Sa Majesté Impériale, qui en ceste conjuncture debvoit tirer service de ceste gendarmerie, laquelle j'avois assemblez avecq le reste de ma substance qui est maintenant perdue à ma totalle ruyne, n'est qu'il plaise à Vostre Alteze y remédier et proveoir, à laquelle et à sa justice je prends recours, suppliant très-humblement et pour Dieu qu'il plaise à Vostre dite Alteze commander que je sois relaxé et remis en liberté, et que la satisfaction des torts, injures, dommages et interest qui m'ont estez fait, et que m'at apporté cestuy arrest et détention me soit rendue selon qu'icelle trouvera raisonnable, ne permectant que je sois opprimez soubs les seuretez publicques sous lesquelles je suis entré en ceste ville (où toute personne libre at accez) pour y vivre à mes despens, comme j'ay fait quelques jours, sans interrest de personne qui soit, que si bien mes gens ont arresté ce soldat pour le soubsçon qu'on avoit de luy, je crois pourtant n'avoir mérité, et que ce n'at esté la volonté de Vostre Alteze, que je sois sy indignement traicté, puis mesmes que j'ay tousjours offert de le remectre en son entier, ce que j'ay fait le jour d'hier, de quoy il est sy content et du traictement qui luy a été faict, et que luy mesmes n'en feroit pas moins à ung aultre, en ayant autant de suject, s'offrant et présentant de me venir servir et prendre party avec moy incontinent qu'il aurat parachevé quelques voyages de dévotion qu'il at entreprins, par où Vostre Alteze pourrat comprendre qu'il ne luy at esté fait aulcun tort, je reclame et invoque de reschef en sa justice qu'il ne soit permis m'en estre faict davantage, et que la réparation de ce qui m'est arrivé me soit donnée.

Monseigneur, je prie le Créateur donner à Vostre Alteze très-heureuse et très-longue vie (1).

DeBastoigne, le 12 e de may 4610. De Vostre Alteze Serenissime,

Très-humble et très-obeissant serviteur, Comte Ernest de Mansfelt.

(I) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 385, 3°.

L'Archiducq au comte de Berlaymont.

Au demeurant, il ne convient nullement à mon service que Ernest de Mansfelt demeure avec ses trouppes en mon pays et duché de Luxembourg, je vous encharge bien expressément de l'en faire retirer incontinent, aussy ne puis-je assez m'esbahir que l'ayez souffert jusques icy, non-seulement sans mon ordre, mais aussy contre mon intention (1).

A tant, etc.

A Bruxelles, le 42 e de may 1610.

Le comte de Berlaymont à ï Archiducq .

Monseigneur, Comme j'estois pour despescher vers V. A., sur le subject des gens de monseigneur l'archiducq Léopold, présentement en ce gouvernement, et déclairer les foulles véritablement exécrables qu'ils y commectent, m'arrivent les lettres d'icelle du XXV e et XXVI e de ce mois, me commandant que jusques au premier de juing inclus, je les admecte sur le pays de ma charge et non plus, à quoy je satisferay ponctuellement; mais sy V. A., en cas de désobeyssance, ne procure de faire chastier les chefs, mes diligences seront en vain, d'aul tant qu'ils se rient des commandemens d'icelfe, et miens, pour la commodité que la contrée dudict pays leur apporte, d'en entrer et sortir, se placer et desplacer, avant que j'en puisse estre adverty, ny ayant officiers ny paysans qui s'y osent opposer, quel ordre très-exprès que leur en soit envoyé. Que sy la patente publiée à Mastriecht par l'auditeur Romero est fauce, et que par le moyen d'icelle, le coronel Ernest de Mansfelt ait usé de trom-

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat et de l'audience. Liasse 385, 3°.

."592 ERNEST DE MANSFELDT.

perie en mon endroit, au grandissime lezion des pauvres subjects de Yostre Àlteze, icelle jugera et en ordonnera comme son plus grand service le pourra requérir, et en cestendroict je prie le Créateur octroyer à icelle

Monseigneur, en toute prospérité très -heureuse et trèslongue vye.

De Vostre Àlteze Serenissime

Très-humble et Irès-obeyssant vassal, Le comte de Berlaymont.

De Luxembourg, le XXIX e de may 1610 (1).

Ernest de Mansfelt au duc de Savoie.

Monseigneur, Obligé par mon debvoir j'ay adverty V. A. par une précédente datée ce jourd'huy de ce qui se passe par deçà, et par ceste commodité n'ay voulu manquer de réitérer les inesmes advis, très-marri que je suis de n'avoir subject meilleur ny plus agréable. C'est que dimanche passé les deux armées s'avançant devers Prague chacune taschant d'y estre la première, la nostre feust attaquée sur le point du soir par les Polaques de l'ennemy si que s'estant mise en bataille sur le Weissenberg, elle chargea les ennemis et les repoussa : mais depuis l'armée adverse fondant sur les nostres, elle a esté mise en déroute et defaicte et nostre canon perdu. Les nostres ont pris leur retraicte devers la ville où c'est qu'une partie sont entrez, mais ceux qui ne l'ont peu se sont escartez, qui ça, qui la ! Sur quoy l'ennemi s'est approché de la ville l'a battue (et comme les dernières nouvelles portent) s'est saisi du Hradschin.Les deux princes d'Anhalt sont dans la ville et depuis quelques jours jen'ay reçu aulcun ordre ny commandement de S. A. (2). Or, monseigneur, V. A. peult juger comme nous sommes logez icy, environnez de touts costez des

(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État et de l'audience. Liasse 385, 3°.

(2) Le prince d'Anhalt, le père.

ÀSKEXES. 393

ennemis ayants faute de toutes sortes de munitions, sans espérance d'en pouvoir avoir d'ailleurs, faute aussy de gens, ny ayant passé 2,000 hommes céans pour en avoir mandé en l'armée assez bon nombre seulement ces jours passez, puis pour comble de nécessitez faute d'argent, n'en ayant receu dès longtemps des landofliciers combien que à diverses fois je les aye recerché et qu'ils le m'ayent promis, comme à la vérité ils le pouvoyent faire. De sorte que pariny toutes les incommoditez, je suis en danger d'encourir encores en la plus périlleuse qui est la rébellion des soldats. J'avois pris mon congé de S. À., et faisois estât de partir dans peult de jours pour m'en aller en Allemagne, mais par cest accident je me trouve engagé icy pour attendre ce qu'il plaira à Y. À. me commander , la suppliant son bon plaisir soit de mettre en considération Testât auquel nous sommes et sur ce me faire entendre ce que j'auray à faire, puisque de Prague l'on ne m'escript rien. Et aussy qu'il plaise à V. A. me donner son bon advis comment je pourray faire pour recevoir le payement de ce qui m'est deu tant à mon particulier que pour mes régiments, revenant à la somme de 500,000 livres et de plus V. A. obligera perpétuellement celui qui est et sera toute sa vie, monseigneur, De Vostre Alteze,

Très-humble et très-obeyssant serviteur, Comte Ernest de Mansfelt.

De Pilsen, ce l c, -41 novembre 1620 (1).

Le comte de Mansfelt aux Estats-Generaulx.

Messieurs, Ayant pleucy-devantàS. M. mepromectrequepour maintenir les garnisons de Bohesme et avancer mes levées elle me feroit toucher ^ florins à Nuremberg , j'avois pourveu de telle

(1) Archives de la Haye. Duitsland.

394 ERNEST DE MANSFELDT.

sorte aux affaires de par deçà qu'avec ceste somme je croyais faire un très-grand service à sadite Majesté, mais comme le payement d'icelle eust apporté un grand avancement au bien de la cause commune, ainsi le défaut Ta tellement acculé que la perte en est presque irréparable pour ce qui est du passé et toute évidente au regard de ce qui est du présent. C'est la cause du malheur de Pilsen et que mes levées qui avoyent pris un fort bon train en ont esté retardées : comme de fait je n'ai peu faire avancer les régiments de cavalerie et d'infanterie des ducs de Weymar qui estoient restés aux frontières seulement par faute de deniers. D'où c'est que maintenant par faute de gens nous ne pouvons assister ceux que Fennemy va attaquant. Et qui pis est n'ayant les moyens pour fournir aux frais les plus nécessaires, et mes trouppes croissant de jour à aultre, je ne peux attendre qu'une dissipation et totale ruyne d'icelles si de quelque costé je ne suis assisté et secourru.

11 a pieu à messieurs les Estats-Generaulx des Provinces-Unies du Païs-Bas (comme j'ay appris par celle dont il a pieu à S. E. de m'honorer), m'octroyer 50,000 florins pour l'entretien de cette guerre, dont je leur rend grâces immortelles. Mais d'autant que pour mettre ceste armée sur pied et en tel estât qu'on s'en puisse servir au besoin, il faut nécessairement fournir à toute la soldatesque un mois de gage, ceste somme ne me peult suffire. C'est pourquoy je vous ay voulu prier, messieurs, qu'il vous plaise y avoir de l'esgard et ne permectre que par faute d'un peu d'argent une armée qui pourroit rendre de si bons services au public se perde si misérablement, ains (puisque je suis abandonné de tout le monde) m'assister encore d'un telle somme de deniers que vous jugerez estre nécessaire, la faisant distribuer par gens tels que bon vous semblera. Cela faisant, je vous promet en foy de cavalier dlionneur de la faire marcher la part où il plaira à messieurs les Estats-Generaulx de me commander, et de leur rendre si prompt et fidel service qu'avec l'ayde du Tout- Puissant ils en auront du contentement. Mais comme Testât des affaires ne permet un long delay aussi je vous prie bien humblement de m'honorer d'une briefve résolution, pour laquelle,

recevoir je mande icy le sieur Frenken, porteur des présentes, avec charge de vous faire entendre, messieurs, plus particulièrement Testât des affaires de par deçà, vous priant lui adjouster foy en ce qu'il vous dira sur ce subject comme à moy mesme, qui suis et seray toute ma vie , messieurs,

Vostre très-humble serviteur,

Comte Ernest de Mansfelt.

Hirschau, ce 29 mars 1621 (1).

Ernesl de Mansfelt an roi de Bohême.

Sire, J'ay reçeu celle dont il a pieu à V. M. de m'honorer, marry que je suis qu'elle n'aist esté accompagnée d'un peu de moyens pour tant mieux pouvoir attendre ceste resolution tant désirée. Car, puisque le soldat veut estre payé une fois comme l'antre, il convient aussi en dilayant les resolutions y avoir de l'esgard. Et j'eusse réputé à un singulier bonheur s'il eust pieu à V. M. me faire ceste grâce que de se déclarer, si elle nous vouloit plus longuement en son service ou non, affin que suivant ce nous nous eussions peu conduire, et tellement pourveoir aux affaires que, à tout événement, sortans du service de V. M. nous eussions peu estre employez en telle part que nous n'eussions laissé de servir à V. M. et au public presque autant que auparavant. Au lieu que traînant en ceste incertitude sans pourveoir à nos affaires de bonne heure, nous courons fortune de cheoir entre deux selles (comme l'on dict) et de rester inulils au public et à nous mesmes. Car si la paix se faict (encore que j'en doubte fort, et que je craigne que ces espérances que les adversaires en donnent ne soyent que des amusements à l'espagnole) et nous demeurons ainsi sans maistre, V. M. peut juger ce que c'est que nous deviendrons et notamment moi étant en oubly sans y estre comprins. Mais je suis bien asseuré que pour le regard de la paix, nous ne serons pas en ceste peine là, et peux jurer à V. M. que le duc de Bavière ne fera rien de ce qu'elle croit et que

(1) Archives de la Haye. Duitsland,

396 ERNEST DE MANSFELDT.

V. M. si elle s'asseure là dessus se trouvera abusée. Très-marry que je suis, que ceux qui devroyent estre amis de V. M. la laissent emporter à de vaines espérances, pour en entretenir V. M. à son très-grand préjudice. Jeluy (1) mande un trompette exprès pour sçavoir sa volonté, ce qu'il respondra je le fairay sçavoir promptement à Y. M. Quant à ce qu'il a pieu à Y. M. me commander une surséyance d'armes, je suis prest à lui obéir selon mon debvoir, pourveu que les adversaires facent de mesmes, c'est-à-dire qu'ils ne commectent aucun acte d'hostilité. Car Y. M. scayt que Tabor, Wittingau et Klingenberg continuent en la fidélité qu'ils ont jurée à Y. M.

Tabor investie des ennemis a refusé l'entrée au colonel Frenck qui estoit venu à la porte de la ville de nuict avec quelque cavalerie et infanterie qui le suivoit de près. La dicte place se trouvant en tel estât , les soldats et habitants avec tout plein de noblesse y réfugiée m'ont escript ces jours passez et m'ont demandé secours. Or ne peut V. M. le leur refuser estant en la puissance de les assister par mon moyen, si non que au préalable elle les ait libérez du serment qu'ils ont preste. Autrement ce seroit ruiner ces bonnes gens de fond en comble. Joint que j'ay veu par les lettres que V. M. a escrites au colonel Frenck (que j'ay ouvertes parce qu'il n'est plus icy, ains auprès des ennemis) qu'elle n'entend point que l'on abandonne ces places qu'à toute extrémité. Tellement que si cependant les adversaires ne laissent en paix lesdictes places, ce seroit chose de dangereuse conséquence et qui prejudicieroit à la réputation de V. M. de les abandonner ainsi en tenant les bras croisez par deçà. C'est donc selon cela (à mon advis) qu'il le faudra reigler et ne doubte point que V. M. ne le trouve bon aussi. Cependant, je m'estonne de ce que V. M. par lesdictes lettres donne pouvoir au colonel Frenck de traicter touchant lesdictes places, et révoque celuy qu'elle m'avoit donné à moy auparavant. En quoy je desirerois estre mieux esclaircy s'il plaisoit à V. M., aflin selon cela me sçavoir conduire à l'advenir. Au surplus, j'advertis V. M. que s'il faut secourir Tabor, nous sommes asseurez que nous serons

(1) Au duc de Bavière.

renforcez de beaucoup de cavalerie, parce que grand nombre de la noblesse, comme aussi du commun peuple, n'attend autre qu'un changement, à cause de la grande tyrannie que la Maison d'Austriche exerce ; oultre que la plus part delà soldatesque qui a servy cy devant au pais Ob-der-Ens ne cherche autre que de trouver moyen de se venir joindre à nous, tellement que mesnageant ceste occasion je puis asseurer V. M. qu'elle conservera non seulement ses terres, ains en acquerra encores d'autres en Bohême, si elle n'emporte tout le royaume. A quoy je n'espargneray rien et s'en peult V. M. asseurer certainement. Mais d'autant que cependant la nécessité parmy nous est telle, qu'il n'y a plus moyen de subsister sans deniers, et que l'importance des affaires presse, je mande le sieur Goldstein, capitaine de ma garde à V. M. pour luy représenter le tout plus particulièrement, suppliant V. M. luy adjouter foy, en ce qu'il luy dira de ma part, et faire en sorle qu'il puisse avoir lettre de change pour recevoir promptement par deçà 100,000 florins, attendant, que la commodité soit de nous mander davantage ; autrement et cela n'estant, c'est chose asseurée que toutes les affaires de par deçà s'en iront en une totale ruine, de quoy j'ay bien voulu advertir V. M. ceste fois pour toutes, la suppliant trèshumblement de vouloir expédier promptement ledict sieur Goldstein pour le bien propre des Estats de V. M. et du public, et estre asseurée que je suis et seray à jamais, Sire, De Votre Majesté,

Très-humble, très-fidelle et très-obéissant serviteur, Ernest comte de Mansfelt.

De Neustad, le 49 de may de Tan 1621.

P. S. Tout à cest heure je suis adverti que le duc de Bavière vient du costé de Bohême pour se joindre avecq ses trouppes et qu'ils entreront ensemble dans ce pais. Gela advenant nous sommes trop foibles pour leur résister. C'est pourquoy je prie de rechef V. M. de faire en sorte que la cavalerie du Pais-Bas avance, et que ledict capitaine Goldstein ou le comte de Lowenslein me soyt renvoyé promptement avec lesdicts 100,000 reichs-

396 ERNEST DE MÀNSFELDT.

thalers pour fournir aux plus pressantes nécessitez. Cependant j'entretiendray les affaires encores trois sepmaines en lestât qu'elles sont voire quatre si je peus : mais si dans ce temps lesdicts 100,000 reichsthalers avec suffisante résolution n'arrivent, V. M. me pardonnera si je me retire avec mes gens pour aller ailleurs. Car de subsister de la façon davantage, comme j'ay escript à diverses fois, il n'y a plus moyen (1).

Ernest de Mansfelt au roi de Bohême.

Sire, J'ay préveu et prédit les desseings des ennemis et se veoit maintenant par les effecls que nous avons très-bien faict, que de nous fortifier le mieulx qu'il nous a esté possible, que si nous eussions eu les moyens de le faire encore davantage, il n'eust esté que bon, car il vault mieulx avoir beaucoup d'ouvriers tout-àcoup, qu'avecq peu laisser escouler la saison et les occasions, et puis les ennemis se trouveroyent désormais bien en paine, comme V. M. le cognoistra assez par Testât des affaires de par deçà, qui est tel ; c'est que voyant le peu de compte que les ennemys faisoient de ce qu'au nom de V. M. je leur avoit escript à cause de Tabor, Wittingau et Klingenberg et que au contraire ils se fortifioyent de jour à autre aux frontières du Palatinat, avec des menaces de dangereuse conséquence, je me suis venu loger avec toute l'armée à Weidhausen et environs, tant pour empescher une surprise que pour causer par ce moyen quelque diversion en faveur de ceux de Tabor. Pendant mon service, je suis esté adverti de diverses desseings qu'ils faisoyent sur ce pais et l'armée de V. M. à quoy ils ont adjouté des excès intolérables : enfin estant adverti, non seulement par mes espies, ains par les prisonniers et autres, qu'ils marchoyent desjà pour s'assembler et me venir charger, vendredy 6/16 de ce mois, je fust contrainct de me

(1) Archives de la Haye. Duitsland.

résoudre à les prévenir (comme je fis) en les chargeant deux jours auparavant assavoir à Esselsdorff, où c'est que je défis trois cornettes de cavalerie et 200 mousquetaires, ayant emporté le principal estendart de ladicle cavallerie que je mande à V. M. , el à Sainte-Catherine où il y avoit 3,000 fantassins, tous gens commandés, que je chassay et défis aussy et néantmoins eux ne laissèrent pour cela de marcher devers nous avec toutes leurs forces, en intention de nous enfoncer et s'emparer de tout le pays, comme desjà tout ouvertement ils en faisoient des triomphes, tellement qu'estant arrivez auprès de nous vendredy jour que dessus, l'escarmouche commença au matin et continua jusque au soir et y firent-ils tous les efforts à eux possibles pour nous emporter et nous pour les soustenir, notamment du costé gauche vers un petit blochaus que M. le comte de Solms avoit fait faire autresfois. Enfin, après une longue conteste de tout ce jour là, ils furent contraincts de se retirer avec leur courte honte, ayant laissé deux coronels, quelques capitaines, plusieurs officiers, et plus de 1 ,000 soldats morts sur la place avec un grand nombre de prisonniers, sans qu'ils nous ayent défait que bien peu des nostres, dont ils conservent une telle appréhension que grand nombre des leurs se sont mis depuis en fuite, et est chose toute asseurée, qui si nous eussions poursuivy nostre pointe, nous leur eussions bien faict de mal, mais la considération de ce qu'ils sont plus forts en cavallerie que nous, et autres, nous ont retenu pour ce coup ; depuis ils se sont tenus cois sur le mont Kabenkopff où c'est qu'ils se retranchent ; or n'est-il point le profit de Y. M. ny de ses Estats que nous demeurions longtemps icy, comme il n'est mesmement possible ; c'est pourquoy il se fault résoudre de sortir et entrer en Bohême pour leur faire porter la charge dont ils nous menacent ; et c'est chose tout asseurée qu'aussitôt que nous entrerons en Bohême, tout le pais, qui est entièrement esmeu pour les cruautez de la Maison d'Àustriche, se soulèvera en nostre faveur, comme de tous costez ils nous prient à mains joinctes de venir. Mais d'aullant que les ennemis sollicitent fort le secours de Saxe, et que le duc de Bavière menace de faire tous ses efforts, nécessairement il fault estre plus fort pour

40Q ERNEST DE MANSFELDT.

leur résister, notamment de cavallerie. Je supplie V. M. de rechef qu'il luy plaise faire tant que monseigneur le duc de Brunswick puisse venir par deçà avec ces 1,000 chevaulx, comme aussy les deux compaignies de Gyff, celles de Ness et de Kynet. Et quant aux derniers qu'il a pieu à V. M. d'ordonner pour nous, encores qu'à la vérité ce soit quelque chose, tant y a que pour tenir en train une affaire de telle importance, il y faudra encores pourveoir plus avant, notamment sur deux points : l'un qu'il plaise à V. M. d'ordonner un payaleur tel que bon luy semblera, lequel reçoive les deniers et les débourse aux espèces, qui luy auront esté délivrez, et à tel que je luy ordonneray , asseurant V. M . que j'y tiendray main en telle façon qu'à mon sceu rien ne sera déboursé mal à propos, comme les comptes en font foy, par lesquels V. M. verra ce qui en est ; l'autre qu'outre les 150,000 reichsthalers, il plaise à Y. M. face en sorte que nous puissions avoir par mois 50,000 reichsthalers d'Allemagne, avec quoy, et quelque peu que l'on pourroit tirer d'Angleterre , je fais estât d'entretenir la guerre tout cest esté : ceste affaire estant de trèsgrande conséquence pour le public et duquel dépend le salut de la couronne et tout l'Estat de Y. M., j'ay trouvé bon de luy mander exprès le capitaine Ferenlz, présent porteur pour luy représenter de bouche tout ce qui est de mes intentions et solliciter une resolution de ceste affaire, suppliant très-humblement Y. M. luy adjouster foy en ce qu'il luy dira de ma part, et croire que de mon costé je ne manqueray à chose qui soit pour l'advancement du bien de ses dicts Estats, qui suis, Sire, De Vostre Majesté,

Très-humble, très-fidelle et très-obeissant serviteur, Ernest comte de Mansfelt.

Du camp de Weidhausen, ce 13 de juillet 4621 (1). (1) Archives de la Haye. Ûuitsland.

Le comte de Mansfelt au roi de Bohème.

La lettre dp change qu'il a pieu à Y. M. de me mander est vraiement arrivée, mais outre que la somme de soy est petite, elle peut d'autant moins suffire, qu'elle n'est qu'en florins de Brabant. Au lieu que s'il eust pieu à Y. M. de commander qu'on nous eust fait tenir la somme aux espèces qu'on les délivre là bas, à sçavoir pour exemple le reichsthaller payable par deçà à deux florins et demy du Pays-Bas et quelques sols, on pourroit faire quelque chose, comme j'en ay donné advis à V. M. cydevant. Que si cela n'est, il n'y a moyen d'effectuer chose qui vaille avec si peu. Et puis, si Y. M. n'a espérance de furnir autrement à l'entretien de ceste armée et qu'elle veuille entendre à un accord, sera requis, s'il plait à V. M., que M. le comte de Solms et moy' soyons advertis au plus tost comment c'est qu'il plait à V. M. que Ton traitte avec la partie adverse, afiin de gaigner temps, autrement et à défaut d'argent la soldatesque se mutinera, se perdra voire l'armée avec la perte et ruine de tout le pays et particulièrement des prétentions de Y. M. et de nous tous, ses très-humbles serviteurs, tant en général qu'en particulier, à quoy, pour ma part, je desirerois de prévenir autant que possible. Conclusion, pour dire la vérité à Y. M., il faut soit pour se mettre sur la défensive en ces pays, qui n'ont point des forteresses, soit pour se jetter sur l'offensive (qui est la résolution la plus salutaire pour Y. M. et ses estats), il faut, dis-je, avoir une grande armée sur pied, et ne se peut rien faire avec une petite, ni d'une façon, ni d'autre, tellement qu'il est très-nécessaire que V. M. se résolve d'une façon ou d'autre et qu'elle y pourvoye selon cela, comme j'ai mandé cy-devant, et ce au plus tost, afin que scachant la bonne volonté de V. M. nous puissions, suivant icelîe, nous conduire, que si en tardant les résolutions tant nécessaires il survient quelque mal, je la supplie

402 ERNEST DE MAMSFELDT.

se vouloir resouvenir que j'ay fait mon possible, et que la eoulpe ne s'en pourra attribuer à moy, qui suis, Sire, De Vostre Majesté,

Très-humble, très-fidèle et très-obéyssant serviteur, Ernest comte de Mànsfelt.

Au camp de Weidhausen, le 21/31 de juillet 1621 (1). Sire, V. M. sçait sans doute les progrez du roy d'Hongrie et ses desseins et qu'asseurément, si Y. M. quille les prétentions de Bohême, luy se saisira de ceste couronne-là, et y attirera les Turcqs, qui ne se peut faire sans le danger tout évident des estats de V. M. A quoy V. M. peut prévenir par une généreuse resolution, maintenant que l'Empire ne peut secourir la Bohême et que nous n'avons à faire qu'au duc de Bavière...

Le comte de Mansfelt au roi de Bohême.

Sire, Puisque la distance des lieux ne me permet de communiquer avec V. M. de ce qui est de son service, aussi souvent que je désireroy bien, elle m'excusera, s'il luy plait, si quand l'occasion se présente, je tasche de la mesnager pour m'acquitter de mon debvoir.

Y. M. sçait désormais Testât de la Bohême et le nostre, et est sans doubte assez informée des intentions du roy de Hongrie, lequel doit estre résolu de se saisir de la Bohême au cas que Y. M. la quitte, chose qui mérite d'estre considérée pour la conséquence. Car s'il faut avoir un roy tributaire des Turcqs pour voisin, il vaut mieux l'avoir pour voisin de la Bohême que du haut Palatinat l'avoir voisin faible que fort. Et puisque V. M. a le droict et le cœur de la plus part des subjets de la Bohême de son costé, pourquoy est-ce qu'elle quilteroit un tel avantage à celuy qui lui aidera volontiers à le conserver, pourveu que V. M. le veuille?

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