CHAPITRE XIX
Opinion de Camerarius sur Mansfeldt et Halberstadt. — Dissentiments entre la cour de Frédéric et le prince d'Orange. — Efforts des Hollandais pour former une coalition contre l'Empereur. — Ambassade du sieur de Sommelsdyck en Angleterre. — Jacques I er d'Angleterre et son Parlement. — Rupture du mariage espagnol. — > Tendances et aspirations pacifiques de la cour d'Espagne. — Incidents diplomatiques. — Le marquis de la Jnojosa et don Carlos Coloma. — Politique de la France. — Mansfeldt entre en relations secrètes avec le gouvernement français. — Aventure de Mansfeldt à Compiègne. — Ses propositions. — Il va à Londres. — Jacques lui fait un brillant accueil et le prend à son service. — Halberstadt à Londres. — Mansfeldt retourne en France. — Mission du sieur de Sommelsdyck en France. — Traité de Compiègne. — Ambassade du sieur d'Espesses en Hollande. — Plans de campagne. — Mansfeldt à la Haye. — Son naufrage. — Mansfeldt et Halberstadt à Londres.
Lorsque Ton considère Mansfeldt à la lumière des documents contemporains , il est difficile de s'expliquer l'engouement et l'admiration dont il a été l'objet de la part de certaines écoles historiques qui, pour* être aveuglées par la passion , n'étaient cependant dépourvues ni d'intelligence , ni de savoir. Le parti pris de forger un héros, en dépit de l'histoire, les nécessités du système de dénigrement suivi contre Ferdinand II , Maximilien de Bavière et Tilly, et enfin la présomption aveugle entretenue par les haines de sectes, ont seuls pu amener une si étrange aberration. Faute de saints, la passion révolutionnaire se crée des dieux, trop souvent pétris de fange et de sang, dont le mérite
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se mesure aux calamités qu'ils ont causées , aux ruines qu'ils ont faites. Faute de légendes, elle se forge des fables historiques dont les héros, coulés en bronze ou taillés dans le marbre, attestent avec éclat rabaissement du siècle qui les dressa sur leur piédestal. C'est ainsi que la glorification de Mansfeldt témoigne autant de l'ignorance volontaire de ses apologistes que de la crédulité prodigieuse de notre époque. De son temps , on ne l'admirait guère, et le mépris formait le fond du sentiment général à son égard. La correspondance du fanatique Gamerarius , cet infatigable artisan de conspirations et de machinations contre l'Empereur et sa propre patrie, nous fournit de précieux renseignements sur le degré d'estime dont le Bâtard jouissait soit près des États Généraux, soit à la petite cour de l'ex-roi de Bohême.
Le 28 février 1622, il exprimait déjà ses inquiétudes sur la conduite de Mansfeldt, qu'il croyait prêt à abandonner la cause de Frédéric (1). t On a lieu, écrit-il un peu plus tard, d'être en souci du comte de Mansfeldt, et le roi de Danemark n'a pas la moindre confiance en lui. On ne peut voir, selon ce prince, dans l'armée du Bâtard qu'une aggrégation de furieux (2). >
Le 28 avril , informé du départ secret de Frédéric pour le camp du Bâtard, il s'écrie : « Dieu veuille que l'armée de Mansfeldt n'agisse pas en présence du Roi , comme elle l'a fait en Bohême, sinon tout est perdu (3). >
Ce vœu, qu'il répète six mois plus tard (4), montre combien les excès de Mansfeldt et de ses bandes les avaient rendu odieux à leurs propres amis. Aussi Gamerarius mandait-il encore le 26 novembre : « Je crains que les affaires de Mansfeldt n'aient une issue fâcheuse (5) , car il est sans ressource pour les soutenir. »
Il n'est pas hors de propos d'ajouter que Christian d'Halberstadt inspirait non moins de répulsion au fougueux conseiller de
(1) Soeltl, Der Reliions- K rie g y t. III, p. 144.
(2) Id. Ibid., p. 151, 25 mars 1622.
(3) Id. Ibid., p. 153.
(4) Id. Ibid., p. 167.
(5) Id. Ibid., p. 169. •
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Frédéric. « Il s'est commis ici par l'ordre du duc , un fait grave que je regnette vivement et qui a motivé l'arrestation de son premier domestique. Nous faisons en secret tous nos efforts pour qu'il n'en rejaillisse rien sur le duc (1), s'il ne se convertit et s'il n'apprend à craindre Dieu , nous n'avons rien à espérer de lui.»
Ainsi s'exprimait Gamerarius le 22 juin 4623, sur le compte du féroce routier, qui fut l'émule jaloux de Mansfeldt. Impatient de jouer un rôle, irrité de ne compter pour rien dans les événements, plein d'illusions et mécontent du Roi lui-même, il exhalait ses plaintes avec une amertume dont le fiel s'épargnait personne.
c Quoique nous entreprenions, écrivait-il le 21 août, nous ne réussirons à rien tant que le roi d'Angleterre ne donnera pas directement à notre Roi l'argent qu'il prodigue à Mansfeldt , et tant qu'il n'abandonnera pas <ce dernier à ses destinées. Mais s'il fait ce que je souhaite, et si le roi de Bohême peut s'approcher de la Silésie, ne fût-ce qu'avec une petite armée , nul doute que la Bohême entière et les autres provinces ne se soulèvent en notre faveur. Écrasées par une odieuse tyrannie, elles n'aspirent qu'à secouer le joug. Du moins nous ferions sortir le Rot des appartements des femmes, où il passe sa vie dans l'oisiveté, et il laisserait à ses enfants quelque exemple de vertu à imiter (2). »
A la Haye, on ne partageait ni les illusions de Gamerarius à l'égard de la Bohême, ni les antipathies contre Mansfeldt et Christian. Le prince d'Orange ne faisait aucun cas de Frédéric et lui préférait les deux aventuriers, instruments plus dociles entre ses mains et qu'il pouvait briser à son gré. Les émigrés allemands ne s'entendaient que sur un seul point avec les Hollandais ; k savoir, la nécessité de déterminer Jacques I« r à des mesures plus énergiques pour alimenter la guerre d'Allemagne.
Les victoires de Tilly, la progression ascendante de l'autorité impériale inquiétaient vivement les États Généraux. En vain
(1) Soeltl. Der Reli§io*8-Krieg , t. III, p. 190.
(2) Id. Z&trf. p. 193, t. III.
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Ferdinand et Maximilien s'efforçaient-ils, par leurs lettres comme par leurs actes, de rassurer les Provinces-Unies sur leurs intentions, en vain se montraient-ils sourds à toutes les démarches de l'Espagne, qui ne cessait de leur signaler avec raison la Hollande comme le foyer de la guerre et de la révolte, rien ne pouvait calmer les anxiétés des Hollandais. Ceux-ci sentaient parfaitement le péril dont les menaçait l'unité de l'Allemagne et leur esprit positif ne se rendait pas compte des calculs égoïstes et étroits qui empêchaient les princes de la Ligue de faire cause commune avec l'Espagne contre eux. Ils ne croyaient pouvoir vivre en sûreté qu'à la condition de jeter tout autour d'eux des brandons incendiaires. La puissance espagnole leur apparaissait encore avec son ancien prestige de force et de grandeur, et ils craignaient d'en être écrasés, s'ils lui permettaient de s'abattre de tout son poids sur leur pays.
D'ailleurs, la guerre était nécessaire à la maison d'Orange , pour affermir son influence et produire dans les esprits, alors profondément divisés par des questions religieuses , une diversion salutaire. De là, l'infatigable activité de ses membres et de ses partisans à susciter partout des ennemis à l'Espagne et à l'Empereur, de là, l'incessant travail de leur diplomatie près de toutes les cours de l'Europe pour amener une coalition contre leurs ennemis, de là enfin, la facilité prodigue avec laquelle ils fournissaient constamment de nouvelles ressources à Mansfeldt et à Christian, qui ne se lassaient pas plus de se faire battre que les États Généraux de leur fournir de nouvelles armées.
La fâcheuse tournure des projets de mariage, longtemps nourris entre l'Angleterre et l'Espagne, leur offrait une occasion trop séduisante , pour qu'ils ne la saisissent pas. Dès le 9 février 1624, ils députèrent les sieurs de Sommelsdyck et Joachim en Angleterre , avec mission de ne rien ménager pour entraîner Jacques I er à déclarer formellement la guerre à l'Espagne.
La circonstance était d'autant plus favorable que l'opinion publique en Angleterre était fort échauffée dans ce sens. Les ambassadenrs hollandais furent munis de lettres pour les princi-
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paux personnages de la cour , les ducs de Buckingham et de Leicester, le marquis de Hamilton , les comtes de Pembroke 9 d'Arundel, de Carlisie, de Southampton, etc., et eurent ordre de s'entendre avec le sieur Valerezzi , ambassadeur de Venise à Londres (i).
Le succès de cette ambassade était regardé comme certain à la Haye : on y disait que le Roi avait reconnu qu'il se couvrirait de honte en abandonnant ses alliés d'Allemagne et ses propres enfants, et qu'à Rome même on flétrissait le duc de Bavière comme une pierre de scandale pour le christianisme entier, à cause de sa passion de régner (2).
Sommelsdyck et Joachim s'embarquèrent le 26 février. Lorsqu'ils arrivèrent à Londres, le Parlement était réuni, et dans son discours d'ouverture, Jacques avait annoncé la rupture du mariage espagnol, excusant la persistance de ses négociations par son amour pour la paix. Il ajouta que le duc de Buckingham ferait au Parlement une relation détaillée de tout ce qui s'était passé à cet égard, et termina par un appel aux bons conseils de ses communes. « Gomme un bon jardinier, dit-il, je m'efforce d'arracher les mauvaises herbes, pour laisser mieux pousser les bonnes et je serais heureux de faire disparaître tout ce qui peut être une cause de dissentiment entre vous et moi. »
Quelques jours plus tard, les communes lui présentèrent une adresse indiquant les différents griefs dont elles sollicitaient le redressement. Le Roi s'empressa d'y faire droit, et Buckingham vint , par son ordre, lire aux deux Chambres réunies l'exposé
(1) A M. Valerezzi, ambassadeur de la S. République à Londres :
« Messieurs, Les interestz de votre République et de la nostre estant uniz et communs aux délibérations qui se font en la cour du Roy de la Grande-Bretagne, sur les importantes matières que le retour de monsieur le Prince de Galles de son voiage d'Espaigne semble avoir produittes... nous avons commandé aux sieurs de Sommelsdyck et Joachim, nos ambassadeurs... de saluer Votre Excellence de nostre part et de vous prier de vouloir contribuer vostre expérience, conseilz et adresse à la direction et facilitation de leur besoigne. » (Archives de la Haye. Duitsland).
(2) Archives de la Haye. Duitsland, 15 janvier 1624.
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otticiel de la marche des négociations matrimoniales avec l'Espagne et des causes qui avaient amené leur rupture. Ce document contenait les accusations les plus graves contre l'Espagne et un réquisitoire en règle contre l'ambassadeur anglais à Madrid, lord Digby, qu'il signalait comme ayant trahi les intérêts les plus chers du roi. Le marquis de La Inojosa, ambassadeur d'Espagne à Londres et don Carlos Coloma, envoyé de l'Infante, protestèrent avec énergie et se plaignirent au roi des attaques calomnieuses du favori. Mais le Parlement, dans une nouvelle adresse, déclara que le duc n'avait rien dit qui put blesser le roi d'Espagne, et par une série de votes arrêta : 1° Qu'il ne serait plus prononcé un seul mot sur le mariage du prince de Galles avec l'Infante d'Espagne ; 2° que les négociations relatives à la restauration du Palatin seraient rompues et que la restitution du Palatinat serait désormais poursuivie par les armes ; 3° qu'il y avait lieu de déclarer la guerre à l'Espagne. A l'appui de ses votes, le Parlement se déclara prêt à tous les sacrifices financiers qui seraient jugés nécessaires.
Jacques s'effraya de cette fougue belliqueuse et, pour la calmer, attira adroitement l'attention des communes sur les énormes dépenses qu'entraînerait la guerre. La réponse aux députés des communes est trop intéressante par le fond, trop curieuse par le style pour que nous n'en donnions pas quelques extraits (1). c II est vray qu'ayant esté tous le cours de ma vie un Roy paisible et ayant eu l'honneur, en mon tiltre et devise, d'estre nommé Rex paci/tcus, de m'aller embrouiller en une guerre sans nécessité , c'est chose si esloignée de mon naturel et de l'honneur que j'ay eu au dedanset au dehors, pour avoir tasché d'éviter l'effusion du sang chrestien, duquel il s'en est tant versé, tant contre mon cœur, que n'est qu'elle soit de si grande nécessité que je la puisse appeler comme d'autres disent plaisamment des femmes : Malum necessarium, j'y entreray mal volontiers. * Et il faut que je vous die qu'on m'a présenté de nouvelles offres pour la restitution du Palatinat, et icelles depuis l'ouverture du Parlement, beaucoup meilleures que jamais auparavant.
(1) Archives de Turin. La réponse royale est du 5/15 mars 1624.
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c Mais ne m'estimez pas un Roy tel, que, en vérité d'affection, voulusse demander vostre ad vis, etpuisestre si insolent de vous charger d'un si grand mespris que de le desdaigner ou evitter. Mais comme en l'Evangile la règle est, si un Roy veut faire la guerre, il doibt projetter avant, voir comment il en pourra venir à bout, ainsi faut-il que je prevoye premièrement qu'il y ait un juste subject de guerre , et secondement comment j'en puisse sortir avec honneur.
« Quant à la cause de mes enfans , je suis maintenant âgé et pourroys avec Moïse , me resjouir de veoir la terre de promission du haut de la montaigne, descouvrant quelque espérance de la restitution du Palatinat, autrement j'en auray un très-grand regret et finiroys ma vie avec un cœur triste et desconforté. Et au dernier Parlement , j'ay souvent repété une particularité et seray toujours de la mesme opinion, que je ne désire pas un sillon de terre en Angleterre, Escosse ou Irlande, sans la restitution du Palatinat.
c Mais que je vous informe un peu des difficultez de l'affaire, et c'est icy le propre but et définition d'un Parlement, qui prend son nom de la consultation et de la communication d'advis entre le Roy et son peuple.
< C'est un malheureux homme qui conseillera au Roy , et c'est chose non chrestienne, de rechercher par du sang ce qui se peult avoir par voye de paix. Et je pense que vos intentions ne sont pas de m'engager en une guerre, que quant et quant vous ne considériez combien elle requiert. Mes propres nécessitez sont assez cogneues : j'ay eu la moindre assistance de Parlement, d'aucun Roy qui ait tant régné.
« A présent il faut que je vous fasse scavoir que mes impuissances se sont accreues par la despense du voyage de mon fils en Espagne, que j'ay portée pour son honneur et pour l'honneur de ceste nation, outre l'envoy des ambassadeurs et l'entretien de mes enfants.
c En assistant le Palatinat je me suis chargé d'une grosse debte sur le roy de Danemarq, que je ne scauroys payer. Les Pais-Bas qui, pour le regard du voisinage, sont les plus propres
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à servir pour le recouvrement du Palalinat, sont réduits à une marée si basse, que si je ne les assiste, ils ne seront pas capables de subsister.
c Mes enfans (je proteste devant Dieu) ne mangent aucun pain que par mes moïens. Il faut que je les entretienne et ne puis les laisser en besoin .
c Cependant, jusqu'à ce que le Palatinat soit recouvert, mes douanes sont la meilleure part de mon revenu, et, en effet, tout ce que j'ay de quoy vivre. Toutes lesquelles sont baillées en ferme et s'il y a besoin, ces contracts doibvent estre annulez, ou bien il faudra faire de la defalquation.
c Un subside requiert un long temps à estre fourni ; et si vous m'assistez par ce moïen là, je ne puis le prendre par avance, car ce seroit en manger une grande partie. Le cas estant tel, d'entrer en guerre, ce seroit monstrer nos dents, sans faire autre chose.
« Je vous remercie de vostre avis et y veulx penser sérieusement, vous priant d'en faire de mesme à ces points. Mon trésorier, à l'office duquel il appartient, vous informera plus amplement de mon Estât. Voyci comme librement j'ouvre mon cœur devant vous, car je tasche de gagner vos cœurs. Ayant vos cœurs, vos aides ne me scauroient manquer, car c'est le cœur qui ouvre la bourse et non pas la bourse le cœur.
t Je veux traicter franchement avec vous : monstrez moy les moïens de faire ce que vous désirez. Et si je manque de résolution pour entrer en guerre sur voz ad vis, vous aurez vous mesmes la disposition de l'argent par vos propres députez, je ne m'en meslerai point, mais vous appointerez vos propres trésoriers. Je ne vous dis pas ceci pour vous faire ouvrir vos bourses, puis vous vilipender de la sorte, que de ne point suivre vostre conseil. »
Les esprits étaient trop exaltés pour se laisser toucher par les sages avertissements d'un prince que l'on trouvait trop pacifique et, malgré de nouvelles déclarations de Jacques dans le même sens , le Parlement vota trois subsides et ordonna de grands armements. Les catholiques, et surtout les Jésuites, ne
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pouvaient manquer de ressentir le contre-coup des colères populaires. Les vieilles lois antipapistes furent remises en vigueur et de nouvelles décrétées , afin d'adapter le système de persécution aux nécessités du jour. Ces rigueurs ne suffirent pas à l'orgueil britannique froissé et exaspéré contre l'Espagne. Un habitant de Londres, protestant, ayant fait entendre quelques paroles irrévérencieuses sur l'Électrice palatine, fut mis en prison, condamné à 5,000 livres d'amende et eut en outre les oreilles coupées (1). Walter Aston fut chargé d'aller dénoncer officiellement au roi d'Espagne le traité de mariage et celui de la suspension d'armes que négociait alors l'Infante Isabelle.
Loin de désirer la guerre et la domination universelle, comme les Hollandais et les calvinistes se plaisaient à l'en accuser, la cour de Madrid n'aspirait à rien tant qu'au repos et à la paix qu'elle considérait, avec raison, comme les seuls remèdes capables d'arrêter la décadence croissante de ses ressources et de sa puissance. Dans toute sa correspondance avec l'Infante, Philippe ne cessait de recommander à cette princesse de ne rien négliger pour atteindre ce but, et on pourra juger des dispositions réelles de ce prince par quelques extraits de ses dépêches confidentielles.
Le 18 mars, à propos de certaines démarches diplomatiques faites par la France auprès du duc de Bavière , il écrivait à l'Infante :
« Par la lettre du marquis de Mirabel (ambassadeur à Paris) en date du 26 février, j'ai vu que le Roi Très-Chrétien se dispose à envoyer un résident près de la personne du duc de Bavière et qu'elle fait à ce prince les plus belles protestations d'amitié. Il me paraît bon défaire remarquer à V. A. que cette circonstance tire une grande gravité de ce que jamais ce Roi n'a eu de résidents que dans les cours hérétiques, tandis que j'ai toujours eu les cours catholiques sous ma protection. Si le duc de Bavière veut se séparer de moi, comme il y semble disposé, ce sera une perte sensible, et la prudence avec laquelle il procède montre
(1) Theatrum Europœum, t. I, p. 805.
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assez ses intentions. Il s'est rapproché de la France et y a envoyé le Père Valentin, capucin. Cette intimité de correspondance est d'autant plus extraordinaire que ses relations avec la France ont été jusqu'ici très-froides. Si Ton ajoute à cela les diligences que fait aussi, à notre su, en Angleterre, un compagnon du Père Hyacinthe , qui s'y est rendu pour traiter des convenances du duc, il en résulte pour moi l'obligation de faire tout mon possible pour gagner et conserver ce prince par des moyens de prudence qui me permettent d'atteindre le but, sans préjudice de l'arrangement des affaires générales d'Allemagne. Et considérant que cette négociation directe avec le duc de Bavière pourrait porter ombrage au roi d'Angleterre, j'écris au comte d'Onate de faire des efforts extraordinaires pour que l'Empereur envoie à Y. A. les pouvoirs qu'il lui a déjà offerts pour la composition des affaires d'Allemagne (1). »
Voici encore dans quels termes il exprimait, le 30 mai, à l'Infante les sentiments qu'avaient fait naître en lui la mission de sir Walter Aston. € J'ai été informé de ce qui s'est passé en Angleterre, et j'envoie aujourd'hui à V. A. copie des documents que m'a remis dernièrement Walter Aston, ambassadeur du roi d'Angleterre, et où sont relatées les causes qui ont déterminé son maître à rompre le double traité du mariage et du Palatinat. Je fais ajouter copie de la réponse que j'ai commandé d'y faire, afin que V. A. connaisse, comme de juste, en quel état se trouvent ces affaires et puisse se gouverner selon les circonstances qui se présenteront. V. A., en ce qui la concerne, sait que le but principal que je poursuis est de pacifier les affaires d'Allemagne, eii tâchant d'arriver à de solides bases d'accommodement et en donnant au roi d'Angleterre , relativement à son gendre, toutes les satisfactions auxquelles je puis consentir sans risque de phis grands inconvénients (2). »
Et quant à la réponse à laquelle il est fait allusion, la voici :
« Que S. M. C. a vu l'écrit que le seigneur don Gualterio
(1) Archives du royaume de Belgique. Secrétairerie d'Etat espagnole. Lettre du 18 mars 1624.
(2) Id.Cartulairesetmanuscrits,vol.21 1, n° 16. Lettre du 30 mai 1624.
lui donna, au nom de S. M. le très-sérénissime roi de la Grande- Bretagne, et que pour être une résolution et non une proposition, rien ne se présentait à dire , sinon qu'Elle aurait été charmée , qu'elle aurait été aussi bien et prudemment faite pour le bien et l'augmentation de la chrétienté, que celle qu'Elle a prise dans les deux traités, comme on doit le souhaiter : et que ce que S. M. doit approuver, Elle l'approuve très-volontiers, parce que Dieu à qui rien n'est caché , sait que , dans l'un comme dans l'autre traité, Elle n'a jamais envisagé aucun intérêt ni convenance , ni de sa personne, ni d'autre, mais seulement le plus grand bien de la chrétienté et de la paix d'Allemagne, avec une attention particulière de donner satisfaction à Sadite Majesté de la Grande- Bretagne et de disposer les affaires de sorte qu'Elle put les tenir.
« Et que si toutefois Sadite Majesté persiste dans la même résolution que ledit don Gualterio a présentée à S. M. G. dans le traité d'Allemagne, S. M. C. gouvernera ses actions et ses armes dans la même vue et dessein que S. M. B. et le monde verront, sans prétendre à aucune fin particulière que seulement pour satisfaire à l'obligation dans laquelle Dieu l'a mis, de souhaiter la paix et le repos de la chrétienté et de l'Église. »
Un incident remarquable fournit encore à Philippe IV l'occasion de montrer que son désir de la paix n'était pas accidentel et procédait d'un jugement ferme et refléchi.
Le marquis de la Inojosa et Charles Coloma , irrités contre Buckingham et guidés par la fausse idée , qu'en faisant tomber le favori , ils changeraient la situation et feraient prédominer l'influence espagnole , eurent recours à une intrigue de cour. Profitant d'un moment où ils étaient seuls avec le Roi , ils lui remirent un pli contenant une accusation contre le duc , rédigée en termes propres à inspirer au défiant monarque des craintes pour sa propre sûreté. 11 y était affirmé : que le Roi était entouré de gens dévoués au prince de Galles et à Buckingham, ce qui l'empêchait d'être informé de ce qui se passait au Parlement et même à sa propre cour, où il était aussi prisonnier que François I er à Madrid; — que le prince et Buckingham avaient résolu de le priver du trône et de commencer par
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l'engager dans une guerre, qui leur fournirait un prétexte pour lever des troupes ; — que les émissaires de Buckingham faisaient leurs efforts pour rendre S. M. odieuse à ses sujets et avaient déjà corrompu le Parlement ; — que non-seulement Buckingham avait rompu le mariage, mais qu'il avait de plus divulgué les secrets de son maître et cherchait à le brouiller avec les Hollandais ; — qu'il s'était laissé corrompre par plusieurs ambassadeurs étrangers, etc.
La prétendue révélation se terminait en invitant le roi à faire venir, pendant que le prince et Buckingham seraient à la chambre des pairs, le secrétaire de l'ambassadeur, qui lui donnerait de plus grands détails.
Jacques, sérieusement alarmé, manda aussitôt le secrétaire et eut avec lui un entretien, dont il sortit le front chargé de nuages et l'humeur fort aigrie. Pendant le repas, il ne cessa de soupirer et traita Buckingham avec une froideur marquée. Le favori se retira chez lui, accablé de noirs pressentiments. Mais sur le conseil de l'évéque de Lincoln, il revint à la cour et, aidé du prince de Galles, parvint enfin à arracher à Jacques son secret. II ne lui fut pas difficile de faire tomber les alarmes du faible monarque et d'exciter sa colère contre les envoyés espagnols. Ceux-ci, sommés de nommer les personnes dont ils tenaient les dénonciations par eux remises au roi, s'en excusèrent et, leur position devenant de plus en plus difficile, ils demandèrent audience de congé. Elle leur fut refusée , néanmoins , ils renouvelèrent leurs sollicitations « prétendant qu'ils avaient quelque chose à dire au roi , qui touchait le bien public et menait à l'entière restitution du Palatinat. » Jacques, à l'instigation du favori , répondit qu'il ne les recevrait pas avant qu'ils eussent nommé les auteurs de la prétendue conspiration. Sur leur refus, il les força de quitteï l'Angleterre et chargea Aston de demander à Philippe IY satisfaction éclatante de la conduite de ses ambassadeurs (1).
(1) TheatrumEuropaum, t. I, p. 811.— Lingard, t. XII, p. 168.— Archives du royaume de Belgique. Cartulaires et manuscrits, vol. 211, n° 5.
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Bien qu'au moment où la note d' Aston lui fut remise (septembre 1624), Philippe ne put ignorer les mesures d'hostilité déclarée prises contre la maison d'Autriche par le roi d'Angleterre, sa longanimité ne fut pas ébranlée et, sans sacrifier ses mandataires plus maladroits que coupables, son principal soin fut déménager la susceptibilité froissée de Jacques. D ordonna à La Inojosa de ne pas se présenter à la cour et à Coloma de s'arrêter à Anvers ou à Gand, jusqu'à ce qu'ils eussent donné des explications satisfaisantes de leur conduite (1).
Au risque d'allonger encore cette sorte de digression, nous ne pouvons résister au désir de citer ici une lettre d'Isabelle qui montre la sagesse de cette auguste princesse et le peu de fondement des banales accusations d'insatiable ambition lancées contre l'Espagne par les écrivains protestants.
< J'ai reçu la lettre de V. M. du 16 du mois passé , dans laquelle Elle est servie de me dire, que d'après les avis qu'Elle reçoit du marquis de La Inojosa, il parait que l'Angleterre a l'intention de rompre la paix avec Y. M., à cause des affaires du Palatin, auxquelles Y. M. me mande de procurer un arrange-
(1) « Don Gualterio Aston m'a donné, au nom de son maître, récrit ci-joint, par lequel V. A. verra qu'il se plaint de l'accusation que le marquis de La Inojosa et don Carlos Coloma ont faite contre le duc de Buckingham, qu'ils traitaient de retirer le Roi (ne venant pas à la rupture) des deux traités du mariage et du Palatinat , me demandant trèsinstamment que je les châtiasse pour avoir impliqué dans cette accusation le prince de Galles et la noblesse d'Angleterre.
« Et bien qu'il est à croire que le marquis et don Carlos ont procédé avec bonne intention en cela et en toutes les affaires qui se sont présentées, toutefois souhaitant de témoigner à ce roi et au monde entier la sincérité et la candeur de mon cœur et combien tout ce qu'ils pourraient avoir fait est contre ma volonté, j'ai ordonné au marquis de La Inojosa qu'il ne vienne pas ici, jusqu'à ce qu'il satisfasse à ce dont on le charge, de quoi j'ai voulu avertir V. A. afin qu'envoyant une copie de l'écrit de l'ambassadeur à don Carlos, V. A. lui ordonne qu'il ne vienne pas à sa cour, mais reste à Anvers ou à Gand et que de là il réponde à ce dont on le charge. » — Archives du royaume de Belgique. Cartulaires et manuscrits, vol. 211, n° 6. Lettre du 4 septembre 1624.
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ment solide. Il est notoire et bien connu que j'ai déjà fait au royal nom de V. M. les démarches les plus pressantes dans ce but, de concert avec l'Empereur, les électeurs et tous les princes, et V. M. connaît les dispositions qu'a manifestées 'le duc de Bavière, dispositions que tous connaissent et en particulier le roi d'Angleterre et le Palatin. Ceci posé, si ledit Roi veut rompre la paix , il est à espérer, que vu l'injustice dont il se flétrit, Dieu aidera les armes de V. M. Et puisque V. M. m'autorise à lui dire ce que je pense sur ces affaires, je lui dirai que malgré que les Anglais parlent de rupture, ils n'ont pas effectivement rompu et tant qu'ils ne le font pas, il n'est pas bien que V. M. commence, car tout en se livrant à un flux de paroles, il pourraitbien se faire qu'ils ne rompissent pas, et, en ne rompant pas Elle-même , V. M. évitera une guerre nouvelle , tandis que si la rupture vient d'eux, la cause de Y. M. sera bien mieux justifiée que si Elle rompait la première. Car en voyant V. M. remplir ses États de troupes , le monde s'imaginerait qu'EUe rêve de nouvelles conquêtes, et beaucoup qui sont actuellement neutres se rangeraient plus facilement parmi ses ennemis (1). »
L'Espagne souhaitait donc ardemment la paix et, résolue à pousser l'esprit de concession jusqu'à ses dernières limites , elle dirigeait sa politique dans le sens de ce qu'on a appelé de nos jours « la paix à tout prix. » Mais les passions s'agitaient autour d'elle en sens opposé et ne cessaient d'attiser le feu de la guerre, sous les vains prétexte de liberté et de défense contre une ambition imaginaire.
En même temps qu'ils cherchaient à soulever l'Angleterre contre l'Espagne et l'Empire , les Hollandais imploraient avec instance l'appui de la France. A Bruxelles, on sentait déjà que le principal péril venait de ce côté : « En effet, écrivait Sueiro, à la date du 2 mai, les États rebelles se promettent plus du côté de la France que du roi d'Angleterre, pour être celui-ci peu enclin à la guerre et il ne prendra les armes que forcé par le peuple,
(1) Archives du royaume de Belgique. Secrétairerie d'État espagnole. Lettre du 20 mai 1624.
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et dans la crainte du soulèvement que pourraient susciter les Hollandais. Le Français est plus bouillant et, quand il ne pense pas à mal, les politiques l'excitent à faire la guerre à S. M. avec raison d'État, lui représentant qu'il ne peut souffrir qu'Elle se rende si puissante en Allemagne et Elle se verra attaquée quand Elle y pensera le moins (1). »
Cependant le cabinet de Paris comprenait la nécessité de procéder avec prudence. L'état de troubles dans lequel se trouvait alors la France, les luttes du pouvoir royal avec les grands vassaux, les soulèvements des Huguenots, ne lui permettaient pas d'entrer ouvertement en lice. Il fallait agir avec mystère et par personnes interposées. Richelieu jeta les yeux sur Mansfeldt.
Le Bâtard était demeuré à la Haye, après son retour de la Frise orientale, mal vu de la petite cour de Frédéric, suspect à un bon nombre d'officiers (2), et l'œil au guet, prêt à se porter partout où son inquiète activité trouverait occasion de s'employer. L'appel de Richelieu le transporta d'aise. Mais il n'avait pas d'argent. N'osant en demander directement aux États, il fit intervenir l'ambassadeur de Venise, qui sollicita pour lui une avance de six mois de paye, remboursable sur le premier subside qu'enverrait la seigneurie de Venise. Les États s'excusèrent sur leur pauvreté, et le bruit courutque loin d'être invité à venir en France, le Bâtard avait éprouvé une sorte de refus.
c II se confirme, mandait à Madrid le cardinal de la Cueva, que Mansfeldt, refusé par le roi de France, cherche à profiter des occasions que peuvent lui offrir les troubles de ce royaume. J'ai une lettre d'une personne intelligente, bien qu'hostile, et qui se trouve en Hollande, où l'on blâme beaucoup les rebelles de l'avoir laissé licencier son armée, sinon de l'y avoir forcé, dans le but de s'emparer de la Frise orientale, et l'on ajoute que les alliés qui sont, dit-on, France, Venise et Savoie, ont résolu de lui donner 30,000 écus pour trois mois, afin de l'entretenir jusqu'à ce que l'on voie la tournure que prendront les affaires,
(1) Archives de Simancas. Estado 2314, f° 80.
(2) Vander Capellen, t. I, p. 25.
220 ERNEST DE MANSFELDT.
Ce qui parait le plus certain, c'est qu'ils n'aiment pas de l'avoir chez eux, et qu'ils comptent se servir de lui comme d'un instrument pour de nouvelles vues révolutionnaires en Allemagne (1).»
Le doute ne fut plus longtemps permis. Au moment où l'envoyé de Venise revenait à la charge près des États Généraux, l'ambassadeur de France , du Maurier, offrit à Mansfeldt tout l'argent qui lui serait nécessaire. Le Bâtard se mit immédiatement en route avec du Maurier, et tous deux débarquèrent à Calais, le 1 er avril. Ils se dirigèrent sur Compiègne où la cour se trouvait réunie, sous prétexte de chasse. Par une rencontre étrange, ils croisèrent en route un détachement de 900 hommes, anciens soldats de Mansfeldt , qui descendaient dans, le Boullenois c en assez mauvais équipage (2). »
Le Bâtard fut bien accueilli des ministres, mais le Roi ne le vit qu'à la dérobée et hors de Compiègne (3). Une aventure, qui lui arriva, pendant son séjour à Compiègne, lui fit quelque tort aux yeux de la noblesse. Il avait avec lui un officier nommé La Roulière, qui avait servi sous ses ordres enFrise, à la tête d'un des régiments français de Montherot. Ce La Roulière, fils d'un riche marchand de Lyon, était fanfaron de nature et abondant en paroles. Il dînait tous les jours avec le Bâtard, faisait état de lui être dévoué, et, derrière lui, ne cessait de le dénigrer et de rappeler sa trahison de l'année 1610. Ces propos furent rapportés à Mansfeldt, qui en fut extrêmement irrité. Un jour que La Roulière se disposait à prendre place à la table du Bâtard, celui-ci l'apostropha vivement.
c Vous êtes un méchant, dit-il, vous me venez voir et dites mille calomnies de moi partout où vous allez par la cour, vous méritez que je vous fasse donner cent coups de bâton. »
La Roulière demeura d'abord interdit, puis, frappant sur la garde de son épée : c Souvenez-vous, répondit- il, des paroles que vous me dites. Vous aurez de mes nouvelles, et bientôt. »
(1) Archives de Simancas. Estado 2141,f b 155.
(2) Archives du royaume de Belgique. Liasses de l'audience, n° 552. Lettre de M. de Souastre, du 2 avril 1624.
(3) Mémoires de Bassompierre, 1. 1, p. 7.
ERNEST DE MANSFELDT. 321
Il sortit à l'instant et s'en alla trouver le marquis de Rouillac, gentilhomme fort connu à la cour par son humeur ferraillante et en réputation de bravoure. Il lui conta ce qui venait de se passer et le pria d'aller appeler immédiatement Mansfeldt. Le marquis, enchanté de l'aventure, accepta sans plus d'explications et s'en vint trouver le Bâtard. Après l'échange des politesses usuelles, le marquis interpella Mansfeldt :
« Vous avez offensé La Roulière, lequel m'a prié de vous mener au lieu où il vous attend l'épée à la main, afin que vous lui fassiez raison. Je vous y mènerai de ce pas, s'il vous plaît.
« Je ne me battrai pas avec La Roulière, répliqua Mansfeldt, parce qu'il n'est pas gentilhomme, mais bien avec vous-même, monsieur, si vous le désirez.
« Monsieur, reprit le marquis, venez contenter mon ami, à quel efFet je suis venu ici. Après l'avoir fait, s'il vous reste de la vie, nous aurons bientôt fait ensemble. »
Mansfeldt persista dans son refus, et Rouillac lui ayant dit quelques insolences, il en fit porter plainte auprès du Roi. L'affaire fit grand bruit et la conduite du Bâtard fut diversement jugée, A cette occasion, un baron allemand donna « quelque peu hâtivement » un soufflet à un gentilhomme français , et nombre de duels s'en serait suivi, si Richelieu n'avait éteint ce feu naissant par sa menaçante intervention (1).
L'incident ne troubla en rien les négociations de Mansfeldt avec le cabinet de Paris. Il offrit au cardinal d'entretenir une armée de 25,000 hommes de pied et de 7,000 chevaux, sous le nom du Palatin, à condition que la France lui payerait ou lui procurerait 360,000 livres par mois (2). Richelieu parut disposé à accepter ces propositions. Il en fit valoir les avantages aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, avec lesquels il s'occupait de conclure une ligue contre l'Espagne. Toutefois, il déclina toute réponse positive , avant que le roi d'Angleterre n'eut fait
(1) Archives du royaume de Belgique. Correspondance historique. t.V, f<>48.
(2) Bibliothèque de Turin. Histoire manuscrite du ministère du cardinal de Richelieu.
222 ERNEST DE MANSFELDT.
connaître ses intentions. Mansfeldt se déclara prêt à se rendre à Londres et partit pour Boulogne, où il devait s'embarquer. Mais au moment où on le croyait déjà en mer, il sembla avoir conçu tout à coup un autre projet.
« Le 14 de ce mois, écrivait le sieur de Souastre, gouverneur de Saint-Omer , le comte de Mansfeldt est parti de Boulogne entre 11 et 12 heures, avec un grand attirail de bagages, tirant (ce disait-il) la route des Alpes, pour aller en Italie. Plusieurs ne le pensent, ayant opinion qu'il n'ira pas si loin, et qu'après avoir traité avec le duc de Bouillon ou la ville de Sedan, il s'approchera de la frontière d'Allemagne pour y brouiller les cartes, s'il y trouve les esprits disposez, n'estant aulcuns sans ombrage que, quelque bonne mine que nous facent les Français, ledit Mansfeldt ne sortira dudit royaume sans instruction secrète des moyens propres pour nous tailler de la besogne, quelque part que ce soit. Tant ont de force les vieilles jalousies de nos mauvais voisins, lesquelles ne mourront qu'avec eux (1). »
Le véritable but de cette subite excursion demeura inconnu. Peut-être n'était-il autre que celui de réclamer au duc de Bouillon l'artillerie que lé Bâtard avait laissée à Sedan en 1622 et qui lui fut effectivement envoyée peu de temps après à Calais. Quoi qu'il en soit, il est certain que Mansfeldt ne se rendit pas en Italie, car peu de jours après, il rentra à Boulogne et s'embarqua pour l'Angleterre , accompagné du comte de Solms , d'un duc de Saxe-Weimar, du colonel Carpezan et d'autres officiers (2).
Arrivé à Londres, il fut c caressé et régalé » par Jacques et son fils (3). Le Roi affecta de lui assigner pour logement le palais primitivement destiné à l'Infante, lui donna l'usufruit d'une terre de 50,000 florins de revenu et le nomma général de
(1) Archives du royaume de Belgique. Liasses de l'audience, n°553. Lettre du 1 5 mai 1624 à l'Infante.
(2) Id. de Simancas. Estado 2314. Lettre du cardinal de la Cueva du 23 mai 1624.
(3) Id. du royaume de Belgique. Cartulaires et manuscrits, n° 47. Lettre de l'Infante, du 23 mai 1624.
ERNEST DE MANSFELDT. 223
l'armée à envoyer au Palalinat (i). La teneur delà patente royale dressée pour le Bâtard, prouve clairement que Jacques avait la prétention de ne paraître faire la guerre que pour la restitution duPalatinat, prétention difficile à concilier avec le traité qu'il négociait alors avec les Hollandais et la France.
c Nous déclarons d'abord ne permettre ni vouloir que vous attaquiez les terres ou seigneuries de nos alliés, que vous causiez foules ou dommages à aucun d'eux, et nous vous commandons spécialement de n'attaquer , fouler ou envahir, en quoique ce puisse être, les pays, terres, seigneuries et sujets appartenant par droit légitime à S. M. le roi d'Espagne ou de S. À. l'Infante des Pays-Bas. En cas contraire, nous protestons d'avance contre tout ce que vous auriez pu entreprendre ou commettre avec votre armée , au mépris de nos défenses formelles ; nous révoquons tout paiement ou commission auxquels nous aurions donné notre consentement, déclarant ce consentement nul et de nul effet. D'autre part, nous vous souhaitons plein succès pour tout ce que vous entreprendrez dans le but de reprendre le Palatinat et de rétablir la paix en Allemagne, etc. (2). »
Cette singulière réserve, précaution prise pour le cas de besoin, moyen de faire la guerre en gardant une sorte de paix superficielle, n'avait rien que d'ordinaire pour l'époque. Depuis longtemps les protestants allemands conspiraient et combattaient contre l'Empereur, en affectant les formes du plus profond respect pour sa personne et son autorité; en France, les grands vassaux et les Huguenots n'avaient pas agi et n'agissaient pas autrement ; les Hollandais, en paix apparente avec l'Empire, ne cessaient d'y fomenter des troubles, de lui susciter des ennemis. La France se disposait à suivre la même politique vis-à-vis de l'Espagne et de l'Empereur, et cette situation explique l'existence d'aventuriers tels que Mansfeldt , Halberstadt et autres moins connus, qui désolèrent si longtemps l'Europe centrale et faillirent livrer l'Allemagne aux mains de Gustave- Adolphe, ce roi aventurier par excellence. Aujourd'hui la plume a remplacé
(1) T\eatrum Europeurn, 1. 1, p. 817.
(2) Id. 1. 1, p. 736.
224 ERNEST DE MANSFELDT.
l'épée, et les princes de l'écriture ont succédé aux Mansfeldt et aux Halberstadt . Mais au fond la situation est exactement la même qu'au xvii e siècle , et la guerre hypocrite qui ravage les intelligences et ruine les âmes a déjà plus de trente ans de durée.
Au milieu des fêtes dont il était l'objet, Mansfeldt n'oublia pas le but de son voyage. Il obtint du roi l'autorisation de lever une .armée de 16,000 hommes et un subside mensuel de 200,000 florins (1). La somme était minime, mais le Bâtard déclara qu'il saurait bien se procurer par les contributions ce qui manquerait. Pendant qu'il traitait avec le Roi, Halberstadt arriva en Angleterre. Ce prince avait d'abord songé à offrir ses services à Gustave-Adolphe et commencé des démarches dans ce but (2). Puis il avait paru écouter les conseils de sa famille, qui désirait le réconcilier avec l'Empereur, toujours disposé aux actes de clémence. Lorsqu'il apprit les succès de Mansfeldt en Angleterre, il rompit les pourparlers, déjà entamés, et alla solliciter à Londres quelque emploi dans la future expédition. Son départ causa une véritable terreur aux amis du Palatin, qui, tout en faisant peu de cas de Mansfeldt, comptaient cependant beaucoup plus sur lui que sur Halberstadt : « 11 faut, écrivit à cette occasion Rusdorf, il faut faire tous nos efforts pour que Christian ne trouble pas les négociations de Mansfeldt. S'il prétend servir avec ce dernier et commander la cavalerie, tout est perdu. Ces deux hommes ne peuvent se supporter. Leur jalousie et leur haine mutuelle gâteront tout (5). »
Les efforts demandés par Rusdorf réussirent et Christian se hâta de passer en France. Mansfeldt l'y suivit et se rencontra avec les ambassadeurs de Jacques chargés de négocier le mariage du prince de Galles avec Madame Henriette-Marie , sœur du Roi (4), ainsi qu'avec les envoyés de Savoieet de Venise, occupés
(1) Van der Capellen, 1. 1, p. 285.
(2) Id. t.I,p. 25.
(3) Id. 1. 1, p. 41.
(4) En dépouillant la correspondance de Henri de Vicq, envoyé de l'Infante à Paris, nous y avons trouvé une lettre qui, bien qu'étrangère à notre sujet, offre un intérêt si vif que nous n'avons pas cru pouvoir
ERNEST DE MANSFELDT. 225
à jeter avec Richelieu les bases d'une ligue contre l'Espagne et la maison d'Autriche. Le Roi jugea prudent de ne le point recevoir et lui fit faire les honneurs de sa cour par le duc d'Angoulème, qui l'hébergea magnifiquement.
Depuis quelque temps les Hollandais, effrayés des grands armements de l'Infante et des manœuvres inquiétantes de Spinola, sollicitaient le renouvellement du traité qu'ils avaient fait Tannée précédente avec la France. Sommelsdyck et Joachim , chargés de cette nouvelle négociation , arrivèrent à Paris dans le courant de juin, pourvus de présents précieux pour le Roi. Outre quantité d'armes magnifiques, damasquinées ou montées en or de ducat, ils offrirent à Louis XIII une couverture de lit d'une valeur de 200,000 florins, et
manquer l'occasion de la publier. Elle eut été mieux placée comme appendice au « projet de mariage royal, » de M. Guizot, et aurait pu lui servir d'épilogue.
Le 1 er octobre 1626, Henri de Vicq écrivit à l'Infante : « Entretant la Royne d'Angleterre est bien désolée, comme V. A. Sérénissime pourra voir par la copie ci-joincte d'une sienne lettre que de sa propre main elle a escrite au Père Suffren, confesseur de la Royne sa mère.
« Copie d'une lettre de la Royne d'Angleterre au Père Suffren, escrite de sa main propre, le 12 de septembre 1626.
« Mon Père, je vous prie de prier Dieu pour moy. Je croy que vous « aurez sceu tout ce qui s'est passé icy, et comme je suis la plus misé- « rable créature qui soit et sera au monde de n'avoir personne auprès « de moy et d'estre dans un pays barbare, comme cestuy où je suis. Je « n'ay d'espérance qu'en Dieu et à la Royne ma mère. Mon Père, mon- « trèsluyla misère et l'affection où je suis et que je seray toute ma vie, « si je n'ay l'honneur de la voir. Ils pressent ma conscience qui souffre « de. n'avoir que des Huguenots auprez de moy, ce n'est pas ma faute, « car je me meurs de désespoir. Je espère que Dieu m'assistera. Je croy « bien que l'on faict tout ce qu'on peut pour troubler ma conscience, « et tant plus ils me feront estre bonne catholique. Pries Dieu pour « moy. Je ne puis finir, les larmes m'empe3chent. Je vous dis seule- « ment à Dieu. « Henriette-Marie. »
(Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat. Négociations de France, t. VI.)
236 ERNEST DE MANSFELDT.
que l'empereur de la Chine avait donnée peu de temps avant au prince Maurice (1). Malgré cette habile entrée en scène, ils rencontrèrent de sérieuses difficultés. Richelieu exigeait, d'une part, que l'ambassadeur de France eut l'autorisation de faire dire la messe chez lui et que les troupes françaises au service des Étals eussent leurs aumôniers, de l'autre, que certaines stipulations favorables au commerce de la France fussent insérées dans le nouveau pacte d'alliance. Les envoyés des Provinces-Unies se montraient faciles sur le second point, intraitables sur le premier. Mais Richelieu persistant avec opiniâtreté dans ses exigences, et le péril de Rréda devenant plus pressant, ils cédèrent enfin, promirent en outre de ne pas faire la paix avec l'Espagne, sans le consentement de la France, et obtinrent à ce prix, le 4 août 1624(2), la signature du traité qu'ils désiraient. L'unique obligation formelle du Roi consistait à leur fournir un subside annuel d'un million de francs ; mais, bien que décidé à ne pas s'engager en ce moment dans une guerre déclarée avec l'Espagne, Richelieu ne craignit pas de les leurrer de grandes espérances. Ils y répondirent, par des démonstrations inusitées.
Le 14 août , le sieur d'Espesses , nommé ambassadeur en Hollande, en remplacement de du Maurier, quitta Paris , s'embarqua, le 22, à Calais sur un bâtiment de guerre hollandais, et, le même jour, à 10 heures du soir, toucha à La Brille. Le lendemain matin, malgré les instances des magistrats de la localité qui le voulaient festoyer, il fit voile vers Rotterdam, escorté « par un grand nombre de noblesse. » A Rotterdam, les bourgmestres le reçurent à son débarquement, c et l'ayant conduit en son logis, lui firent un somptueux festin. » Le 24, d'Espesses poursuivit son chemin vers la Haye et, au delà du pont de Riswyck, il rencontra le prince d'Orange, qui venait au devant de lui avec une suite aussi brillante que nombreuse, « Incontinent que je l'eus salué, écrit d'Espesses , et après luy avoir dit quelques
(1) Theatrum Europaum, 1. 1, p. 817.
(2) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
BRJIEST DE tUN&TELBT. 327
paroles de courtoisie de la part de V. M. et qu'il m'y eust respendu, il me fist monter en son carrosse et aussitost commença à s'enquérir particulièrement de la disposition de V. H., du lieu de son séjour et de ses occupations et divertissements, et luy ay fait response que j'avois laissé V. M. en bonne santé, grâces à Dieu, et à Saint-Germain, employant une partie de son temps qui luy restoit après les affaires, à la chasse, et que nous étions maintenant enta saison de courre le cerf. Ensuite, il me donna occasion de luy entamer quelque chose des affaires et entr'aultrès des jalousies causées par le comte de Tilly à leurs frontières voisines du Rhin, et des pratiques du comte d'Onate touchant les places de la Frise orientale que le Mansfeldt a remises entre les mains de messieurs les Estatz , de la résolution que V. M. avait de les en délivrer par son intervention auprès des électeurs catholiques et du duc de Bavière. Il me tesmoigna trèsgrande reconnaissance de ceste bonne volonté, mais enfln me dit qu'il avoit esté d'adviz de raser ces places pour éviter querelle, et depuis j'ay appris que Tordre en avait été donné, et cest entretien nous ayant conduit jusqu'à la Haye, il fist toucher vers mon logis, où il me laissa (i). »
Dès le 29 août, d'Espesses présenta aux États une « première proposition » dans laquelle il prit des airs quelque peu protecteurs et présomptueux : c Le Roy mon maistre, y disait-il,... a eu agréable... de m'envoyer vers vos seigneuries, avec charge expresse de vous asseurer de la continuation de sa bienveillance... Je vous en avoys donné naguerres les dernières assurances par l'octroy du libéral et ample secours de deniers qu'il vous avoit accordé, à la réquisition de MM. vos ambassadeurs... ensemble la réception dont ils ont esté recueillez par S. M., en reconnaissance de quoy die se promet que vous serez disposés à luy donner contentement sur les propositions que j'auroy à vous faire de sa part, principalement il n'exige rien de vovs que ce qui vous est non-seulement utile , mais comme
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du 2 septembre 1624.
228 ERNEST DE MAMSFELDT.
nécessaire et très-honorable, estant chose claire que vous ne scauriez parvenir à une paix asseurée, qui doibt estre votre but, qu'en faisant perdre à l'ennemi l'espérance d'effeeluer les desseings qu'ils ont depuis sy longtemps professez et continuez à notre ruine, et cela ne se pouvant que par une vigoureuse résistance, s'il y eut jamais tems de le faire, c'est à ceste heure que se voyant raenassez de la plus part de la chrestienté, ils sont contrainctz de se tenir dans la crainte et irrésolution, sans oser rien entreprendre, ou, s'ils entreprennent, c'est hors de temps et comme par desespoir de leur honte avec des redoutables armées, grandes, à la vérité , à ce qu'il en paroist par les débris et par ce que j'en ay appris icy mesme de soldatz dont tous les chemins sont couvertz, et capables de faire peur à qui n'en auroit pas vu périr tant de semblables, prévoyant bien ce qui se peut réussir du traicté d'Angleterre, qui est, Dieu mercy, très-advancé et au point que vous ne pouvez ignorer , et les forces de Venise et Savoye estant prestes à faire effectz, et, ce qui importe plus, S. M. ayant desja dressé trois armées, l'une pour Picardie, soubs la conduite du duc de Guize, l'autre pour Champagne, commandée par le duc d'Angoulesme, et la troisième vers la Bresse où monsieur le Gonnestable s'est acheminé, vers le mois passé, duquel il semble quel'espée ayt quelque fatalité à réprimer l'ambition et les entreprises de ceux qui ont osé attenter sur la France et ses alliez. Le comte de Mansfeldt, duquel vous connaissez la diligence et la dextérité au fait des armées, ayant desja tousché à Paris l'argent du roi de la Grande-Bretaigne, pour se tenir prest au premier commandement, S. M., en outre, estant résolue par son intervention envers les électeurs catholiques et le duc de Bavière de deslivrer vos provinces des soupçons que vous pourriez avoir des armées de Tilly et des menées et des pratiques du comte d'Onate, lesquelles Elle a la volonté de traverser puissamment, ayant jeté ses yeux et ses pensées royales sur le rétablissement des affaires de Germanie (1). »
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. — Archives de la Haye. Duitsland.
ERNEST DE MANSFELDT. ±29
La cour de Madrid était exactement informée dece qui se passait à Paris. Elle savait « que Savoie et Venise sollicitaient instamment l'envoi de Mansfeldt aux environs de Genève , afin de se pouvoir porter sur la Valteline ou l'Allemagne , selon que les nécessités du moment l'exigeroient , » elle savait , de plus, qu'il avait été question de lancer le Bâtard sur le comté de Bourgogne, dont la position avancée et isolée rendait la défense très-difficile à Tlnfante. Le marquis de Mirabel fut, en conséquence, chargé de formuler des plaintes sur l'appui donné par la France à ces projets. Le cabinet français répondit que , Mansfeldt ayant simplement demandé l'autorisation de traverser la France pour aller à Venise , il n'avait pas cru pouvoir la lui refuser. Sur quoi le marquis de Mirabel fit observer , avec raison , que le Bâtard aurait eu plus facile de s'embarquer à Hambourg qu'à Boulogne (i).
Les méfiances de l'Espagne, au point de vue des relations de Mansfeldt avec la France, n'étaient que trop fondées. Le 27 septembre , le secrétaire d'État d'Ocquerre , annonçant à M. d'Espesses le prochain départ de l'aventurier pour la Hollande , lui écrivit : c Si M. le comte de Mansfeldt vous va visiter et qu'il désire de vous de bonnes paroles auprez de MM. les Estatz , rendez-lui tous bons offices (2). » Deux jours après , le 29 septembre, une lettre officielle du roi au même ambassadeur, confirma les recommandations du secrétaire d'Ocquerre , en indiquant , toutefois , quelques mesures de prudence jugées encore nécessaires :
c Le comte de Mansfeldt s'estant retiré sur l'occasion des affaires présentes d'Allemagne , pour y chercher de l'emploi , je désire , pour plusieurs considérations importantes , que cela se fasse soubz le nom du roi de la Grande-Bretagne, mon bon frère, et du prince Palatin, son gendre, comme il a esté convenu avec luy que ce m'assure qu'il se conduira en cela en la forme qui luy
(1) Archives de Simancas. Estado 3038, f° 14. Consiglio d'Estado, 9 juin 1624.
(2) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
230 ERNEST DE MANSFELDT.
a esté prescrite, de quoy je vous ay voulu advertir, afin que vous en informiez MM. les Estais Généraux et mon cousin, le prince d'Orange, envers lesquels vous ferez toute instance de ma part pour faire que les canons et l'attirail qu'il a laissés à Embden luy soient reuduz , luy faisant connoistre que j'auray à plaisir que ledit comte de Mansfeldt soit assisté en ce qui dépendra d'eux pour l'exécution de ce que j'ay arresté avec luy (1). »
Le 30 septembre , on insistait encore de Paris : « Je vous ay donné advis, écrivait d'Ocquerre à d'Espesses, de la retraite du comte de Mansfeldt , de son passage en Angleterre et de son retour en Hollande. Sou desseing a esté approuvé et s'approuve comme utile à une diversion. S'il vous fait parler pour faire instance pour luy près de MM. les Estatz, je suis chargé de vous mander de le faire puissamment pour sa personne de paroles favorables , comme aussy pour la restitution de son équipage et canon que ceux de la ville d'Embden lui prinrent (2). »
Ces pressantes recommandations prouvent que Mansfeldt était beaucoup moins apprécié à la Haye qu'à Paris, et que lui-même sentait son crédit près des États Généraux fort ébranlé. On voit aussi que, avant de quitter la France, il avait établi les bases de ses plans de campagne. E* effet, son premier soin, en revenant d'Angleterre , avait été de produire la copie authentique des engagements pris envers lui par le roi d'Angleterre. — Voici le texte de cet acte :
« Ernest déclare par la présente qu'ayant pieu à S. M. de la Grande-Bretagne m'accorder et promettre l'entretien de 10,000 hommes de pied, 3,000 chevaux et 6 pièces de canon, j'offre, de mon costé, de tascher et moyesmer, tant qu'en moy sera, près de S. M. très-cbrestieaae, la Serenissime République de Venise et S. A. Serenissime de Savoie, d'obtenir d'eulxi'entretenetaent d'eacores auUaat , le tout pour ta liberté publique et le recouvrement du Palatinat et de la VaUeline , promettant, au deffaut de cela , de restituer laditle promesse de S. M. de la
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
(2) Id. Ibid.
ERNEST DE MÀNSFELDT.
GFande-Bretagne , et qui , en ce cas , sera tenue , comme si oncques n'eust esté faitte , en foy de quoy j'ay signé la présente et fait sceller de mon cachet accoustumé.
« Ernest comte de Mànsfeldt (1). »
Puis il fit présenter au Roi , par le duc d'Angoulême , le mémoire suivant : « M. le duc d'Angoulesme est supplié, de la part du comte deMansfeldt, de représenter à S. M. qu'estant ledit comte à Boulogne et si proche d'Angleterre , il a creu estre à propos , pour le service de S. M. , de faire un tour jusqu'en Angleterre pour fortifier les bonnes resolutions que se devoyent prendre , comme il est advenu , et S. M. conoistra de plus en plus , et nommément par la promesse que le roy de la Grande- Bretagne luy a faille, selon les copies que ledit comte a remis es mains de M. le duc d'Angoulesme , qui est de lui fournir 10,000 hommes de pied , 5,000 chevaux et 6 pièces de canon , avec ses appartenances , pour remettre au dessus la liberté publique et du Palatinat , chose qui ne se peult faire que avec l'avantage de S. M, et de ses confederez , les Grisons et aullres. Sur quoi sera S. M. suppliée qu'il luy plaise , avec ses alliez , donner entretenement pour le nombre de gens et de canons que M. le duc d'Angoulesme dira plus particulièrement de bouche. « Et est très-nécessaire , pour plusieurs importantes raisons, de s'aider de tous costés , afin de prévenir les ennemys et empescher que, par leurs ruses accoutumées, ils ne facent rallentir l'affection des amis , et aflin de fortifier ceux qu'avec nous travaillent à même fin. Que si S. M. tardoit ou ne se vouloit en rien resouldre , Elle n'en peult attendre que de très-pernicieuses conséquences. L'Angleterre pourra entrer en traitté avec la partie adverse, qui ne se peult faire qu'au préjudice de la France, Bethlen-Gabor , qui ne remue rien que soubz les espérances qu'on luy donne de par deçà , infailliblement s'accomodera , les Allemans et surtout les villes, force principale de l'Empire, desesperans du secours étranger, ploieront et se laisseront aller au plaisir de la maison d'Autriche, qui, en peu de tems,les peult
(1) Archives de Turin.
232 ERNEST DE MANSFELDT.
tellement brider et s'establir en telle façon, qu'il sera très-difficile , voire impossible par après , de relever les affaires de ce costé là , sans toucher aux conséquences que cela produira aux aultres provinces et Estai z , de sorte que la France estant par ce moyen bloquée de tous costés , privée de l'assistance de ses amis et hors d'espérance de s'en pouvoir prévaloir , S. M. peult juger en quel danger elle sera reduitte , et si elle seule pourra , par après, résister à une si grande force. Or est-il que s'il plaist à S. M. T. C. d'embrasser cesle occasion pour relever ses armes et nommément les Grisons, il semble cela pouvoir se faire commodément soubz le prétexte d'Angleterre et du Palatinat, mesme pourra S. M. se saisir des terres et places que M. le duc d'Àngoulesme luy fera entendre de bouche.
« Que si S. M. trouve bon de faire une armée, comme véritablement c'est chose très-nécessaire pour son service, il semble n'y avoir que deux lieux propres pour s'assembler : l'un proche de la mer (1), l'autre près des montagnes (2), comme elle entendra de M. le duc d'Angoulesme. Quant au premier, il en faudroit tirer les advantages selon le temps, que si S. M. trouvoit celuy des montagnes plus à propos , il seroit requis qu'elle permit le passage aux gens de guerre pour y aller en trouppes. D'avantage pour faciliter le tout et donner tant plus de besoigne aux adversaires , il seroit extrêmement à propos , voire nécessaire, que oultre l'armée que le comte de Mansfeldt meneroit, il y eust
(1) Dans une note écrite en marge de cette pièce par les ministres du duc de Savoie, on lit : « Le sieur comte de Mansfeldt entend débarquer près de Gravelines les troupes que lui donnera le roi d'Angleterre et celles qu'il tirera d'Allemagne. Il les fera marcher par les frontières de la France et de la Flandre jusqu'en Alsace. Voyage assez long, auquel on consentira difficilement , mais plus aisé pour le comte, qui entretiendra mieux ses gens. »
(2) « Ce lieu près des montagnes, » est-il encore dit en marge, « est dans l'esprit du comte de Mansfeldt et avoisine TAlsace où il doit faire la guerre. Mais il désire faire passer par la France ses troupes anglaises et allemandes et l'on ne voit pas comment la France peut lui permettre de se choisir une place d'assemblée en Alsace, si elle ne veut pas se déclarer hautement. »
ERNEST DE MANSFELDT. 333
une aultre sur les frontières , au Heu et comme M. le. duc d'Àngoulesme dira à S. M.
c Que si , contre toute espérance, S. M. ne vouloit entendre à aulcun armement, il plaira à M. le duc d' Angoulesme luy déclarer, comme c'est, que le comte de Mansfeldl est obligé, en tel cas, de renvoyer au roi de la Grande-Bretagne la promesse, estant ledit Roi résolu de ne rien faire au cas que la France ne se veuille joindre.
c Conclusion : Ledit comte de Mansfeldl proteste de n'avoir aulcun interest en cecy, que la liberté commune , et particulièrement le service de S. M., pour l'advencement duquel il offre d'employer tout ce qu'il peult , et tout ce qu'il at , voire jusques à la dernière goutte de son sang , de quoy il supplie M. d'Angoulesme d'en assurer S. M. Encore est prié M. d'Àngoulesme de supplier S. M. au nom dudit comte de Mansfeldl, d'escrire aux Estatz de Hollande et mesme faire parler icy à leurs ambassadeurs, pour la restitution de ses canons, armes et bagages, tant de ceulx qui sont dettenus par ceux d'Embden , que les autres qui sont en autres places de l'Osl-Frise , et pareillement aussy qu'ils veuillent permettre, en cas que S. M. arme, que les trouppes qui seront logées ailleurs puissent se rassembler en leurs terres en payant jusqu'à ce qu'ils soient embarqués (1). »
Les propositions du Bâtard furent goûtées. Bien que la situation intérieure de la France obligeât Richelieu à garder encore une certaine réserve vis-à-vis de l'Espagne, il désirait vivement profiter des circonstances favorables qui se présentaient. En conséquence, il fit encourager Mansfeldt parleducd'Angouléme, s'élaya du traité qu'il venait de conclure avec la Hollande et promit, outre son concours, celui de ses alliés de Venise et de Savoie. L'aventurier, invité à développer de nouveau ses plans , adressa au duc d'Angoulême une seconde note conçue dans les termes suivants :
t Par cecy, le comte Ernest de Mansfeldt entend que de la part de S. M., de la Sérénissime République et de S. A. S. de Savoie
(1) Archives de Turin, 3 septembre.
234 ERSEST DE MAINSFELDT.
soient fournis 300,000 escuz par mois, de qucy il supplie S. M. de lui en donner, 120,000 par mois, et que les auhres 80,000 se pourroient employer à une aultre armée. S. M. feroit de telle sorte qu'Elle ne lui donneroit que 20,000 escuz et Venise et Savoie les aultres 100,000 escuz. Pour fortifier les amis, seroit bon que S. M. voulust envoyer quelque gentilhomme secrètement sans aulcun tittre , avec lettres, vers les princes d'Allemagne comme vers les rois de Danemarcq et Suède, comme aussy vers Bethlen-Gabor, vers le ducq de Wurtemberg et aultres , S. M. leur signifiant d'entendre par lettre l'affection qu'Elle porte à leur conservation, c'est-à-dire, de l'evesché de Strasbourg, Haguenau et lieux circonvoisins et de la haulte Alsace, et nommément de Brisach, lieu propre pour le passage, pour se rendre maîtres des places d'entre le Rhin et le Danube, le comté de Bourgogne et le marquisat de Brisgau, pour, de là, aller vers le Tyrol et couper le passage aux Espagnols et reconquérir la Valteline.
« Ledit comte entend par cest article qu'ayant les trouppes qu'il prétend lever en Allemagne et Angleterre, lesquelles monteront à plus de 20,000 hommes, sans ceulx qu'il plaira à S. M. qui soient levés en son royaume, il pourroit venir désembarquer à Gra vélines (1), et si les occasions se présenteront, tenter quelque chose sur la place et faire joindre son armée toute ensemble. Pour ce qui touche les montagnes, c'est à son ad vis, la chose la plus difficile à cause qu'il faudroit faire passer trop de trouppes par la France et même à cause de l'attirail du canon. Quant à ceste armée, il entend qu'elle pourroit toujours côtoyer la sienne, soubs prétexte de méfiance, comme si on doubtait de luy pour conserver les frontières de ses trouppes, jusques à ce que S. M. en ordonne aultrement.
« Cecy se peult veoir par la copie de son revers qu'il a remis à M. le duc d'Angoulesme.
« Pour le nombre des armes, canons et ammunitions, ce qu'en peult çstre est de 16 pièces de canon de fonte détenues à Emden,
1) Note du cabinet de Turin.
ERNEST DE MANSFELDT. 235
avec leurs charriotz et choses nécessaires, l'attirail de 40canens avec un bon nombre d'ammunitions et plusieurs aultres choses, comme aussy un pont de barques, toutes lesquelles choses, apartenant audit comte, ils détiennent encore.
« Item à Gretsiel il y a pour armer 3,000 hommes de pied et l,000chevanlxet toutes sortes d'armes et d'ammunitions, comme aussy des charriotz et plusieurs aultres armes qui sont demeurés «n divers lieux de la Frise et que les Estais de Hollande, par un revers que ledit comte at reçu, ont promis de luy rendre, toutes les fois et quant il luy plaira (1). »
Ces propositions furent envoyées à l'avis du duc de Savoie et de la seigneurie de Venise, qui, par traité en date du 7 février 1623, avaient formé avec la France une ligue pour arracher la Yalteline aux Espagnols. Venise les approuva, mais elle déclara vouloir circonscrire à la Valteline sa part dans la guerre. Elle trouvait fort à propos l'intervention de Mansfeldt, pourvu qu'elle se fit à sa guise et ne lui coûtât rien.
Charles-Emmanuel, cédant aux entraînements de son caractère, prit feu, en apprenant les offres de Mansfeldt. Selon lui, il fallait les accepter, la France devait donner à l'aventurier 25,000 hommes, et soulever les Grisons; l'Angleterre armer une flotte formidable, afin d'attaquer les Espagnols à la fois en Alsace, en Italie et en Flandres. Il invita le Roi à nommer Monsieur, duc d'Orléans, général de l'armée chargée d'opérer en Valteline, dans le but de le placer, à la suite des triomphes infaillibles des alliés, sur le trône deNaples, offrant de lui donner en mariage une de ses filles. Son imagination l'emporta jusqu'à proposer un partage anticipé des dépouilles du vaincu et il retint pour lui l'État de Gènes et la moitié de celui de Milan, dont il réserva la seconde moitié aux Vénitiens (2).
Dans une seconde note, il pressa Richelieu de commencer sans délai l'attaque de la Valteline , de déclarer hautement la guerre à l'Espagne, et de donner à Mansfeldt les moyens d'en-
(1) Archives de Turin.
(2) Id.
256 ERNEST DE MAKSFELDT.
valfir l'Alsace. Toutefois, il eut soin de faire des réserves pour les dépenses de l'expédition du Bâtard, qui, d'après lui, devaient incomber au roi d'Angleterre seul, car, disait-il, je n'ai pas les ressources des grands rois, je contribue pour ma part à la ligue et j'ai une armée à entretenir en Piémont. Il signala au ministre français l'importance de s'attacher le Pape, alors en froid avec la cour de Madrid et proposa de le gagner par un bon mariage pour quelqu'un de ses neveux (1).
Mais autant les moyens diplomatiques et les voies ténébreuses des alliances secrètes convenaient à Richelieu, autant le cardinal se sentait peu disposé à attaquer l'Espagne de front. De même que pour empêcher la ruine de Bréda, il se bornait à subsidier les États Généraux et à leur prêcher la nécessité de faire des efforts extraordinaires, de même, tout en acceptant le concours de Mansfeldt , il tenait à demeurer en bons rapports avec la Ligue catholique (2). Les plans de Charles-Emmanuel furent donc considérés comme impraticables, et partant écartés. Toutefois ce prince ne se considéra pas comme battu, et, revenant à la charge sur un terrain plus circonscrit, il résuma ses idées dans les propositions suivantes :
1 1° S'il est possible que le roi d'Angleterre fasse la diversion pour le Palatinat en Alsace, tandis que la Ligue fera la même chose pour les Grisons , et de cette manière les deux parties atteindront leur but sans traité formel, et ce dans un mois.
« 2° En cas que le premier moyen ne soit pas accueilli , si le roi d'Angleterre ne veut pas supporter toute la dépense, la Ligue contribuera pour quelque chose , au seul égard de la Valteline, sans traité avec le roi d'Angleterre , mais en s'entendant avec Mansfeldt , qui s'engagera à entrer en Alsace et à se porter de manière à ce que la Ligue puisse tirer parti de lui pour la Valteline et en faveur des Grisons soulevés, à condition que le roi d'Angleterre prenne sous sa responsabilité la levée de l'armée pour le Palatinat, et que le concours de la Ligue soit caché (3). »
(1) Archives de Turin.
(2) Mémoires de Richelieu, t. II, p. 405.
(3) Archives de Turin.
ERNEST DE MANSFELDT. 237
Ce n'était assurément pas sans bonnes raisons que le duc de Savoie voulait assigner l'Alsace comme but aux opérations de Mansfeldt. Les vues de Richelieu se portaient aussi sur l'Alsace, mais le cardinal n'entendait pas que la France servit de passage au Bâtard. En le tolérant, il posait un acte d'hostilité contre l'Epagne , et sa politique lui commandait d'éviter l'extrémité d'une rupture. De plus , les habitudes violentes des gens de Mansfeldt étaient trop connues pour que le Roi exposât ses plus belles provinces aux rapines de ces routiers. Richelieu évita de révéler prématurément ses desseins , et se borna à donner à Mansfeldt l'autorisation de lever, en France, 2,000 chevaux. Halberstadt eut vent de la mesure , et fit aussitôt solliciter le commandement de cette cavalerie par M. d'Espesses. 11 t promit d'estre bien sage à l'advenir » et de se soumettre à Mansfeldt. La sagesse , comme le fit remarquer d'Espesses , arrivait tardivement ; néanmoins on crut à la conversion du prince aventurier, et il obtint l'emploi désiré (1).
La formation d'une armée sur les frontières de la Lorraine et de la Champagne, sous le commandement du duc d'Angoulëme, secondé par Marillac , fit cependant croire un moment que la cour de France était disposée à entrer , d'une manière plus ouverte , dans la lutte qui se préparait contre l'Espagne. Des contradicteurs éloquents s'élevèrent contre la politique nouvelle que Richelieu commençait à faire prévaloir , et en firent remarquer les périls et les contre-sens. Il paraissait monstrueux que la France, sous la direction d'un cardinal de la Sainte-Église romaine , foulât aux pieds tous ses précédents , toutes ses traditions , pour s'allier aux révolutionnaires calvinistes , soutenir la cause inique d'un usurpateur inepte, et ruiner le catholicisme en Allemagne. Mais la voix de ces sages importuns , dominée par le bruit des passions et le tumulte des armes , s'éteignit dans l'impuissance. La jeunesse belliqueuse applaudissait à toute perspective de guerre , la noblesse divisée s'épuisait en luttes
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du 19 octobre 1624.
258 ERNEST DE MANSFELDT.
stériles, et les hommes d'État, absorbés par des intrigues d'influences rivales, courbés sur le présent, ne songeaient guère à interroger l'avenir.
En réalité , la mise sur pied de l'armée du duc d'Angouléme n'était qu'une démonstration à laquelle le Roi se crut obligé pour donner quelque satisfaction aux Hollandais , qu'on avait bercés de promesses plus grandes encore. Mais l'effet | produit fut tout autre que celui qu'on devait espérer. Les États Généraux, si obstinément aveugles sur les dévastations de Mansfeldt et les désordres de ses soldats , quand il ne s'agissait pas de la Hollande, eurent un éclair de mémoire. Ils se souvinrent que l'aventurier avait toujours été la plaie des pays occupés par ses troupes , et , croyant avoir moins besoin de lui , songèrent à l'éloigner. Ils écrivirent au roi d'Angleterre pour le supplier de ne pas faire débarquer dans leur voisinage l'armée qu'il se proposait de faire passer sur le continent, sous les ordres du Bâtard, sous prétexte que la présence de cette armée sur leur territoire, leur attirerait infailliblement sur les bras toutes les forces de l'Empereur et de la Ligue, irriterait contre eux le Danemark et soulèverait le cercle de la Basse-Saxe , qui s'était toujours plaint avec amertume des incursions barbares de Mansfeldt (1).
A la fin de septembre , Mansfeldt se trouvait en Angleterre, où il organisait son armée par le système anglais de la presse, tandis que ses officiers faisaient des levées en Allemagne. Au milieu de ses actives occupations , le souvenir de l'humiliante issue de ses démêlés avec la ville d'Embden ne cessait de l'assiéger. 11 se savait moins en faveur que jamais à la Haye, car les États Généraux commençaient à soupçonner quelque mésaventure de son côté , et déjà il avait fait intervenir la France en sa faveur. Non content de ce puissant appui, il sollicita une démarche de Jacques dans le même sens. Le monarque anglais s'y prêta facilement (2) , et , à l'instigation du Bâtard , demanda en outre aux Hollandais qu'ils voulussent bien lui faire expédier,
(1) Uitzema,t. I, p. 907.
(2) Archives de la Haye. Duitsland. Lettre du 2/12 octobre 1624.
ERNEST DE MAISSFELDT.
par le marchand Louis de Guer, 80 quintaux de grains, 80,000 pains de six livres, des munitions et des armes (1). Mansfeldt espérait ainsi rassurer les États sur ses desseins de débarquement , et les trouver mieux disposés à seconder les réclamations. Sa ruse n'eut qu'un très-médiocre succès. Les Étals Généraux écrivirent aux magistrats d'Emden, comme Jacques le désirait , mais ils se contentèrent du premier refus qui leur fut opposé, et n'insistèrent pas.
D'Espesses n'avait cependant pas ménagé ses efforts et ses démarches pour rendre les États Généraux tout à fait favorables à Mansfeldt. À cette fin, il multiplia les visites au prince d'Orange et aux principaux députés , et ne négligea rien de ce qui était en son pouvoir. S'il n'obtint rien des habitants d'Emden il aida Pœblitz à toucher l'argent nécessaire à la levée de 4,000 à 5,000 hommes d'infanterie vers Brème et Hambourg (2).
Le 26 octobre , Mansfeldt débarqua en Hollande , avec un brillant élat-major. « Il vist le jour mesme l'ambassadeur de France , et communiqua amplement avec luy , et particulièrement de ce qu'il désiroit de MM. les Estatz , où il trouva les choses bien acheminées (3). » Dans la conversation , il revint encore sur son artillerie d'Emden et pressa d'Espesses de lui remettre une lettre pour les magistrats de cette ville. L'ambassadeur , fatigué de ses instances , répondit par un refus préremptoire. Il trouvait cette obstination puérile , car ce n'était assurément ni canons ni munitions qui pouvaient manquer au Bâtard.
Mansfeldt rencontra aussi à la Haye Halberstadt. Les deux
(1) Alexandre Vander Capellen, 1. 1, p. 320.
(2) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du 12 octobre 1624. — Dans cette lettre se trouve un passage qui fait apprécier la réputation que s'était déjà acquise l'infanterie française : « Le prince d'Orange voudrait qu'il se fist monstre de ceste infanterie allemande en Angleterre, et que le nombre nécessaire fut supplé par des gens île pied français dont il fait plus de cas que des Anglais. »
(3) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du 28 octobre 1624.
240 ERNEST DE MANSFELDT.
aventuriers affectèrent la pins cordiale intimité, c et semble, manda d'Espesses , qu'ilz n'aient jamais eu de différends et ne bougent d'ensemble, en quoy ilz ont plus de raison que le comte de Wittgenstein et l'un des Rhingraves , cousins , qui se sont battus en duel, et le premier a été tué, pour une querelle d'Allemand, meue sur la différence des trompettes et des tambours(l). »
L'influence de Mansfeldt à la cour de Paris était si grande, que l'ambassadeur français fut blâmé de lui avoir refusé la lettre pour les magistrats d'Emden. La réconciliation du Bâtard et d'Halberstadt causa une très-grande et très-agréable surprise , et, mis en belle humeur par cette nouvelle, le secrétaire d'Ocquerre fit remarquer à d'Espesses t que le comte Rhingrave avait montré que les Français n'étaient pas seuls extravagants, puisque la froideur allemande se portait à ces mesmes accez de courage (2). »
Le 1 er novembre, Mansfeldt se rendit à Rosendael, où Maurice de Nassau avait campé son armée. Il exposa ces projets au prince et lui annonça qu'en trois mois il aurait sous ses ordres 20,000 hommes, que la Suède et le Danemark lui fourniraient 3,000 fantassins et 2,000 cavaliers, que la seigneurie de Venise avait pris à sa charge l'entretien de 3,000 hommes et lui avait déjà fait remettre à cette intention 300,000 florins. Selon d'autres renseignements il aurait dit à Maurice que l'Angleterre lui donnait 120,000 écus par mois pour l'entretien de son armée, la France 60,000, Venise 20,000 et la Savoie 10,000 (3). II proposa à Maurice d'opérer une invasion dans la Campine brabançonne, d'y porter le fer et le feu, et de forcer ainsi par la famine l'armée espagnole à lever le siège de Bréda. Le prince ne crut pas pouvoir accueillir ce plan, bien qu'il fut persuadé de la nécessité d'une diversion et décidé à tout tenter pour sauver
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du 31 octobre 1624.
(2) Id., ibid. Lettre du 19 novembre 1624.
(3) Archives de Simancas. Estado 2838, f° 24. Lettre de Sueyro, du 21 novembre 1624.
ERNEST DE MANSFELDT. 241
Bréda. Mais il se réservait de choisir l'heure et le but de ses propres mouvements et il exhorta Mansfeldt à porter ses efforts sur l'Alsace et la Bourgogne , atteignant ainsi le double but d'utiliser au profit de la Hollande les troupes de l'aventurier et de lui en épargner l'incommode voisinage. Pendant que le Bâtard essayait vainement d'entraîner le prince d'Orange dans ses vues, d'Espesses était plus heureux à la Haye. « J'apprends, écrivait-il le il noyembre, qu'on s'est relâché de deçà ù donner à Mansfeldt quelque ayde pour lever 1 ,000 chevaux en Allemagne, et mesme à leur donner retraicte, à quoy MM. les Estatz et le prince d'Orange avaient toujours résisté, parlant de diversion en pays ennemy, mais de ne point charger le leur de pareilles milices. Cela n'exclut pas de plus solides préparatifs, car ces gens-ci ont à cœur de sauver Bréda , mais le prince d'Orange, connaissant le fond de leurs finances et leur humeur esloignée de nouvelle despense, ménage tous les deux et les engage peu à peu (1). »
Un incident inattendu permit aux Hollandais de revenir sur leur concession. L'Infante Isabelle, fort en peine de compléter les cadres de son armée, avait envoyé le chancelier Peckius à Cologne , avec mission de solliciter l'électeur de licencier son contingent à l'armée de la Ligue, formé de deux régiments d'infanterie et d'un de cavalerie, lesquels auraient été immédiatement pris à la solde de l'Espagne. L'électeur se montra de bonne composition, il devait beaucoup à ses soldats et espérait s'acquitter sans bourse délier. Son calcul ne se trouva cependant pas juste. Aux premiers mots de ce qu'on leur demandait, les soldats « se mirent à crier après l'argent, faisant entendre que le changement de service ne leur tiendrait pas lieu de solde. > Peckius manquait de ressources pour les satisfaire. Il essaya de négocier en promettant des termes. Mais des émissaires hollandais intervinrent, l'argent à la main, et n'eurent pas de peine à se faire écouter. Le régiment de cavalerie, fort de 1,000 chevaux, et une partie de l'infanterie passèrent au service
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
242 ERNEST DE MANSFELDT.
des Etats Généraux. On cantonna la cavalerie dans le duché de Berg, au Heu de l'entretenir en Hollande, selon rengagement pris envers Mansfeldt, et on se borna à loger un millier de gens de pied (1).
Le 10 novembre, Mansfeldt quitta Rosendael pour aller s'embarquer à Flessingue sur une galère anglaise, escortée d'un bâtiment hollandais. Le pilote, soit ignorance , soit ivresse, longea la côte de si près que des navires de guerre hollandais, qui observaient ses mouvements, lui firent des signaux pour l'avertir du péril. Il s'obstina dans sa téméraire navigation et, près de Scheuss, le vaisseau toucha sur des brisans. Déjà Mansfeldt s'était jeté dans un canot avec quelques hommes, emportant ses papiers et abandonnant son argent, ses bagages et ses compagnons de voyage. Une chaloupe du bâtiment convoyeur le recueillit, lui quatrième (2). Pendant ce temps, les pécheurs de la côte organisèrent le sauvetage des malheureux qui étaient restés à bord du vaisseau anglais. Mais à peine avaient-ils commencé à embarquer quelques-uns des naufragés, que le vaisseau, mis en pièces par la violence des vagues, sombra, entraînant dans l'abîme tous ceux qu'il portait encore (5).
Le Bâtard arriva à Londres le 17 novembre. Quelques jours
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
(2) Alexander Van der.Capellen, t. I, p. 325.
(3) Theatrum Europœum, t. I, p. 818. — Voici comment d'Espesses raconte le même accident :
« Il y a aujourd'huy huict jours que le susdit comte, estant embarqué à Flessingue dans un des vaisseaux du Roy de la Grande-Bretagne, avec plus d'esgards aux intérêts de ses desseings qu'aux remontrances des pilotes, après avoir esté quatre heures en mer par un gros temps, enfin fust jeté sur le banc de Raem, où ledit vaisseau est péry. Et s'estant remis dans un autre de pescheurs, de ceux qu'ils appellent Pinasse, auroit gagné le port de Margat. Aucuns disent qu'il n'y a eu de perdu avec la Roberge que le capitaine et le patron, qui ne l'ont voulu jamais abandonner, les autres que 70 ont esté retirez et 200 noyés. Hier, parmy force débris dont la plage estoit couverte, l'on voyait des chapeaux de castor et des manteaux qui faisaient soupçonner perte de gens de qualité. »
ERNEST DE MANSFELDT. 245
après, Christian d'Halbersladt, venant de France, le rejoignit ; les deux aventuriers furent fort fêlés par l'aristocratie anglaise, mais ils crurent remarquer quelque refroidissement de la part du roi, et ce n'était pas sans raisons.
À la nouvelle des levées qu'Ernest faisait en Angleterre, l'Infante avait donné l'ordre à ses agents, Jean-Baptiste Van Maie et le secrétaire Jacques Bruneau, de demander des explications au roi. Les deux diplomates obéirent, et interpellèrent Jacques c a quelle fin et intention, il faisoit lesdiles levées en saison si malpropre, et en temps qu'il n'avait guerre à personne. » Le monarque anglais répondit c qu'il le faisoit contre le duc de Bavière et pour récupérer le patrimoine de ses enfants et petitsenfants, protestant bien expressément qu'il n'avoit aucune pensée, ni dessein d'offenser les pays de S. M. G., parce que son intention avoit toujours été et étoit d'observer inviolablement la paix et bonne correspondance avec Sadite Majesté et Altesse, que cesdites levées iroient se désembarquer en France et, par iceluy royaume, avec aucunes troupes françoises, vers l'Allemagne (1). » Pour confirmer cette déclaration, il fit remettre à l'ambassadeur d'Espagne une note très-explicite.
c S. M. a preste une aide de 12,000 hommes, soubs la conduite de M. le comte de Mansfeldt, à sa très-chère fille pour le recouvrement de l'héritage de ses enfants, dont ils ont été deshéritez, lesquelles troupes doibvent estre employées soubs les limitations déclarées par S. M. et receues et acceptées par ledict comte de Mansfeldt, respectivement soubs leurs seings et sceaux, savoir : qu'il n'entreprendra avec lesdictes troupes sur aucun des domaines de son très-cher frère le roi d'Espagne ou de la Sérénissime Infante, ny commectra aucun acte d'hostilité contre leurs héritages ou possessions légitimes, et que s'il est faict au contraire, S. M. desadvoue, et ledict comte de Mansfeldt renonce à toute protection et assistance de S. M.
c Le soing infini de l'intégrité de S. M. ne luy permect pas de
(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat. Liasse 532. Lettre de Van Maie, du 30 novembre 1624.
244 ERNEST DE MANSFELDT.
demeurer là, mais passe outre et employé son auctorité royale à l'endroit de ses subjects, leur commandant de ne suyvre pas ledict comte de Mansfeldt en telles actions, au contraire les descharge de leur obeyssance aux directions et commandements dudict comte en tel cas. Et de peur qu'on ne donne l'alarme de l'équipement des navires de S. M., elle a commandé de signifier audict ambassadeur les vrayes causes d'iceluy, sçavoir : que n'ayant pas reçeu la satisfaction qu'elle se promectoit de l'excès commis par la Compagnie hollandaise des Indes Orientales en Amboyna, S. M. ordonna que (si dans un tel cas on n'en faisait réparation ) on eust à se saisir et arrester leurs navires allans et revenans des Indes, et à cest effect donna ordre de préparer quelques navires , outre lesquels on en appreste d'autres pour l'honnorable et seure conduicte de Madame en Anlgeterre, lorsque le temps sera venu.
t Ce sont les vrayes causes de ce que dessus, lesquelles ont esté signifiées audict ambassadeur avec ceste asseurance que S. M. demeure ferme en sa résolution de maintenir une amitié avec son bon frère, sinon que les actions publiques dudict Roy donnent subject à S. M. de faire au contraire (qui sera tousjours avec regret), ou que S. M. trouve juste cause de déclarer une cessation des termes d'amitié, son cœur vrayment royal ne pouvant endurer les surprinses d'inimitiés, soubs prétexte et couleur d'amitié (1). i
Ces protestations répétées étaient loin de paraître satisfaisantes aux agents espagnols, « car, écrivait Van Maie, Mansfeldt ayant toutes les troupes à sa charge et estant passé la mer, taschera de faire des siennes et effectuer les desseings et ordres du Palatin et des Hollandais, comme n'espérant plus que de faire susciter une guerre entre ce Roy et S. M. pour son prouffict particulier (2). » 11 recommandait donc aux ministres de l'Infante d'avoir 1 œil au guet, ajoutant qu'il avait eu avis qu'aux Dunes
(1) Bibliothèque de Bourgogne, n° 1591 1, p. 74. Avertissement, etc.
(2) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État. Liassse 562. Lettre du 30 novembre 1624.
ERNEST DE MANSFELDT. 245
étaient arrivés 60 navires avec 6,000 hommes de Mansfeldt, tou s vieux soldats « et entre ieeulx y auroit quelque cavalerie. > Quinze jours plus tard, il envoyait des détails très-intéressants sur ce qui se passait en Angleterre.
c On ne parle icy que de mettre en combustion tout le monde et de subverser la monarchie espagnole, se persuadant le duc de Buckingham qu'il n'y a rien de plus facile à exécuter et que ces troupes de 12,000 Anglais sont suffisantes pour conquérir toute la Flandre en quinze jours, estant gouvernées et soubs la conduite de Mansfeldt, qui a apporté toutes ses instructions de Hollande. La levée se fait par la force et, selon le dernier commandement, toutes les troupes se doibvent assembler au port de Douvres, le 6 de janvier. Cependant, il y a grande division et mescontentement , non-seulement entre les plus grands du royaume , mais aussi entre les colonels et capitaines qui se plaindent de ce 'que le Roy leur commande de servir sous un étranger comme Mansfeldt, et que Ton a résolu de mettre entre ses mains tout l'argent qui est pris de trois subsides accordez par le royaume pour le payement des soldats. De sorte que je croysque le bonhomme ne zera pas trop asseuré, parmy un peuple désespéré comme cestuy-cy, et beaucoup moins, s'il pense gouverner et traiter les insulaires comme il a fait cy devant les Allemands. L'opinion qu'on a de lui est qu'il taschera de bénéficier des 200,000 escuz qu'il a déjà en bourse pour l'enlretènement de ses troupes et que, se trouvant en liberté, il taschera de suivre les pernicieux conseils du Palatin et d'autres qui désirent administrer quelque subject pour parvenir à une rupture ouverte, et ainsy il fait accroire qu'au lieu de passer par la France vers l'Allemagne, il se jettera sur la province de Flandres ou Artois, avec intention d'y hyverner en l'un ou l'autre quartier. Cependant je suis aux écoutes pour descouvrir ses intentions et menées, m'asseurant que ses troupes feront plus de bruict que de mal, et -que le roy de la Grande-Bretaigne se ressentira plus tard des troubles et misères qui tomberont sur ses espaulles, en ses vieux jours, par les practiques de ceulx là mesmes qui ont plus d'obligation de procurer la conservation de
246 ERNEST DE MANSFELDT.
la paix et tranquillité publique (1). » Van Maie voyait clair et dans le présent et dans l'avenir . Son regard démêlait déjà la triste issue de l'expédition de Mansfeldt et les malheurs qui devaient frapper l'héritier de Jacques I er . Il pénétrait avec non moins de sagacité les secrets desseins du Bâtard, qui, pour rassurer le Roi ébranlé par de sages conseils, lui disait qu'en réalité il n'avait besoin d'appui que jusqu'au jour où l'armée serait sur pied.
(I) Archives de royaume de Belgique. Papiers d'Etat. Liasse 563. Lettre du 14 décembre 1624.