CHAPITRE XXI
Mesures de précaution de Mansfeldt. — Confiance des ennemis de l'Espagne. — Irrésolutions de Jacques I er . — Lettre de Mansfeldt à l'Infante. — Mansfeldt embarque ses troupes. — Il paraît en rade de Calais. — Son entrevue avec Halberstadt. — Il arrive devant Flessingue. — Ses déceptions. — L'épidémie désole son armée. — Il prend terre dans la Langstraete. — Mauvais accueil des habitants.
• =— Halberstadt embarque, à son tour, sa cavalerie française, à Calais.
— Terrible tempête. — Il rejoint Mansfeldt. — Détresse de l'armée des deux aventuriers. — L'armée espagnole redouble d'efforts contre Bréda. — Anholt aux Pays-Bas. — Opinion de Camerarius sur Mansfeldt. — Dissentiment de Mansfeldt et du prince d'Orange. — L'ambassadeur de France, le sieur d'Espesses, intervient entre eux pour les concilier. — Le temps se perd. — Embarras de Mansfeldt.
— Son peu de crédit en Hollande. — Mort du prince Maurice d'Orange. — Impatience du cabinet français. — Optimisme de d'Espesses. — Mansfeldt et le prince Frédéric-Henri. — Instructions du cabinet français à d'Espesses. — Tribulations de Mansfeldt. — Ses plaintes. — Les Hollandais, découragés, renoncent à délivrer Bréda. — Capitulation de la place. — Mansfeldt est subordonné au Palatin. — Triomphe de ses ennemis. — Vues des Hollandais sur Mansfeldt. — Nouvelles levées. — Mansfeldt et Halberstadt se dirigent sur le Rhin. — Effroyable misère et débordements de leurs troupes. — Efforts du cabinet français pour rétablir leur armée. — Correspondance de d'Espesses. — Démarches du roi de Danemark pour obtenir l'envoi des gens de Mansfeldt à son armée. — Note du comte de Lœwenstein. — Traité entre le roi de Danemark, les Etats Généraux et l'Angleterre. — Mansfeldt est placé sous les ordres du Roi. — Son mécontentement. — Obligé de se soumettre, il passe en Allemagne avec son armée, pour se joindre à l'armée danoise.
Tandis que la diplomatie s'agitait en France et en Hollande, Mansfeldt agissait à Londres. Dès la fin de décembre, il avait,
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dans l'intérêt du secret de ses intentions, interrompu les communications de Douvres avec le continent et il se permit même d'empêcher le départ du courrier du roi de France et d'un messager porteur de dépêches pour l'ambassadeur anglais à Madrid (1). La mésaventure de Doublet le dispensa de continuer ces mesures excessives et nonsans dangerpour lui-même. Au commencement de 1625, Halberstadt vint le rejoindre. La réunion des deux aventuriers éveilla de nouvelles craintes à Bruxelles pour les côtes de Flandres. Le commis Kesseler , envoyé par l'Infante à Dunkerque, pour y organiser la résistance, écrivit que bien certainement Mansfeldt débarquerait à Gravelines ou au canal de Mardyck (2). L'avis parut d'autant mieux fondé qu'un édit royal avait défendu à tous les gouverneurs des places maritimes françaises de laisser aborder le Bâtard . L'édit n'était qu'une apparence de satisfaction donnée à l'Espagne, une concession que la décision du débarquement à Berg-op- Zoom rendait peu compromettante. Le bruit courut cependant qu'il était inspiré par la crainte que le Bâtard ne se saisît de quelque place, « pour obliger le roi d'Angleterre, qui prenait le titre de roi 4e France (3). » Mais l'opinion changea, quand on apprit que, le 20 janvier, un secrétaire de Mansfeldt, accompagné d'un officier allemand, avait débarqué à Calais et s'était rendu en toute hâte à Paris. Dès le 23, cet émissaire retourna en Angleterre et le public des Pays-Bas conclut de ce rapide voyage que le roi de France, ébranlé par de nouvelles sollicitations , avait accordé au Bâtard l'autorisation de descendre en France : on transmit même à l'Infante l'itinéraire qu'il s'était tracé, avec ce détail, c qu'il devait prendre avec lui huit pièces d'artillerie arrivées de Sedan et que le Roi lui avait promis 2,000 chevaux et 8,000 hommes de pied pour la conquête du Palatinat (4). »
(1) Archives du royaume de Belgique. Négociations de France, VI. Lettre de Henri de Vicq, du 2 janvier 1625.
(2) Id. Ibid. Papiers d'État, n° 565.
(3) Id. Ibid., n<> 568.
(4) Id. Ibid., n« 568.
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Si l'alarme était grande aux Pays-Bas, la confiance gonflait le cœur des ennemis de l'Espagne. « Vous savez devant moi, écrivait , le 18 février, d'Espesses au secrétaire d'Ocquerre , les armées qui vont fondre de toutes parts dans ce pays, qui s'en va estre de nouveau le champ de bataille de toute la chrestienté, où j'estime que le pain et le besoing auront plus de part à la diversion que le sort, et il est vraysemblable qu'en cela ces gens cy se peuvent promettre l'advantage, ayant eu le grenier de la France ouvert, avec le secours de leurs abondantes prairies et leur prévoyance et facilité à faire voiturer et estapper (1). »
Au milieu de ce conflit d'inquiétudes et d'espérances, soulevé autour de lui, le Bâtard se trouvait fort perplexe. Jacques était retombé dans de nouvelles hésitations. Le 13 janvier, il écrivit à l'Infante, une lettre dans laquelle il accentuait sa détermination positive de limiter l'action de ses armes au Palatinat. Puis, comme pour excuser à ses propres yeux l'intervention au moins indirecte de Mansfeldt en Hollande , il obligea le Bâtard à demander à l'Infante l'autorisation de traverser les Pays-Bas catholiques, afin de se rendre au Palatinat (2). Naturellement il s'attendait à un refus qui justifiait le débarquement de Mansfeldt en Hollande. La lettre du Bâtard parvint à l'Infante par une voie assez étrange, et fut accueillie avec beaucoup de méfiance. Le fait parut en lui-même une insolence et scandalisa le premier qui en eut connaissance.
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay.
(2) « Corne il a pieu au seigneur Roy de la Grande-Bretaigne me donner la charge et cômandement des trouppes de ses subjectz qui sont destinées au recouvrement des Estatz de messeigneurs ses enfants, et que pour venir et passer, il est expédient et nécessaire qu'ils escornent quelqu'endroict des terres et seigneuries de V. A. S. Par avant que de le faire, j'ai creu que conformément aux intentions et cômandements dudîct seigneur Roy, et pour l'acquit de mon debvoir, quy m'oblige de rendre à V. A. S. toutes sortes d'honneur, submission et respect, je désire la supplier très-humblement que son bon plaisir soit de me donner la permission, soubz promesse et protestation que j'ai faict à V. A. S. de ne commettre ny permectre estre commis par les miens aucun acte d'hostilité ou violence, mais gagner pays et suivre notre route,
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c Deux gentilshommes de mes amis, manda le comte d'Hoogstraete , gouverneur d'Arras , sous la date du 24 janvier, me sont venus trouver hier, qui m'ont dit avoir trouvé un homme venant d'Angleterre, lequel a fait beaucoup de contes et ce qui me semble plus estrange , c'estoit qu'il avoit une lettre de Mansfeldt pour V. A. Je la supplie humblement de considérer l'humeur du personnage et aussy la meschanceté que l'on peut faire en ces lettres. V. A. me pardonnera si je lui mande cela, c'est la crainte qu'il arrive quelque mal. (1). »
Le comte d'Hoogstraete , selon les habitudes de son temps, craignait sans doute la présence de quelque subtil poison dans la missive du Bâtard. L'Infante, moins soupçonneuse, ordonna d'expédier le messager à Bruxelles et prit connaissance de la lettre. Elle n'y répondit qu'en redoublant ses mesures de précaution sur les côtes de Flandre, et adressa au roi Jacques une lettre, respirant la confiance et la paix, avec certaines réserves que ses agents à Londres furent chargés de développer verbalement (2). L'échange de cette courtoise correspondance n'empêcha nullement Jacques de presser les armements , l'Infante d'activer ses préparatifs de défense.
Mansfeldt passa les premiers jours de janvier à attendre des
avec le plus de diligence que sera possible, et autant que les vivres le pourront le permectre, que j'espère on ne voudra nous refuser, pourveu que réciproquement ceulxde l'obéyssance de V. A. S. ne nous viennent fermer le passage, nous attacquer, molester, ou offenser, car, en ce cas, par la loy de la raison naturelle, accompagnée de la volonté et permission dudict seigneur Roy, il nous seroit licite d'employer les armes pour notre juste et légitime déffense. C'est ce (comme je croy) que n'arryvera pas, mais que V. A. S. ayant esgard à la nécessité de ce passage et à la justice de la cause, accordera ce que demande et requiert de rechef très-humblement de V. A. S. le très-humble et plus quetrèsobeyssant serviteur,
• C le Ernest de Mansfeldt. t
Papiers d'Etat. Liasse 564.
(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'Etat. Liasse 567.
(2) Bibliothèque de Bourgogne, n° 15912. La lettre du Roi est du 13 janvier et celle de l'Infante du 30 janvier 1625.
instructions de France et des soldats d'Allemagne. Son impatience était d'autant plus grande que ses Anglais se rendaient insupportables, dans leur propre pays, par l'insolence de leurs désordres. Ces hommes, très-inexperts au métier des armes, puisqu'ils remplissaient leurs mousquets de poudre jusqu'à la gueule, étaient fort habiles à pressurer leurs compatriotes. Enfin le 19, les Allemands arrivèrent à Douvres, venant de la Zélande où les vents contraires les avaient retenus pendant douze jours. Ils étaient au nombre de 4,000, € mais tous vieux soldats bien commandés (1). > Le même jour, Mansfeldt expédia un de ses secrétaires à Paris et passa la revue de ses recrues anglaises qui se trouvèrent fortes de 14,740 hommes (2). Le 20, il commença à les embarquer, afin de faire cesser leurs excès et de les habituer au système des rations. 11 continua les jours suivants, et l'opération était terminée, lorsque son secrétaire lui rapporta de Paris la nouvelle qu'en vertu des arrangements convenus entre la France et les Hollandais, il devait aller prendre la cavalerie d'Halberstadt à Calais et la transporter en Hollande. 11 aurait voulu partir aussitôt, mais le mauvais état de la mer, agitée par d'incessantes tempêtes, le retint dans le port de Douvres. Pendant plusieurs jours, ses malheureux soldats, entassés dans un espace insuffisant, aussi mal entretenus que mal nourris , secoués par les vagues furieuses et violemment ballotés les uns contre les autres, furent en proie à d'indicibles souffrances. Une épidémie meurtrière se déclara parmi eux et fit de nombreuses victimes. Sur 600 hommes que portait un seul navire, 200 moururent, et le capitaine épouvanté s'enfuit, abandonnant les 400 survivants à leur destinée (3).
Parmi les plus impatients à le voir arriver en vue des côtes de France étaient assurément les paysans du Boulenois. La cavalerie d'Halberstadt, massée dans cette contrée, pour être plus à portée du port d'embarquement, employait ses loisirs à
(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État. Liasse 573.
(2) Id. Ibid. Liasse 564.
(3) Id; Ibid. Liasse 568.
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tyranniser le * bon homme. » Les « étranges confusions qu'Us commirent » devinrent si criantes que le duc de Chaulnes reçut mission d'y aller mettre ordre (1). « Dieu soit loué, écrivait le gouverneur de Saint -Orner, et le bon gouvernement de S. A., que les subjects de pardeça ne sont pas traitez de la sorte (2). » On conçoit donc facilement que les paysans, foulés et pressurés, fissent des vœux pour le prompt départ de leurs tyranniques hôtes.
Le dimanche 10 février, Halberstadt aborda à Calais. Le lendemain, la flotte de Mansfeldt, forte de huit grands vaisseaux et de deux cents bâtiments de transport, apparut devant le port. Christian se fit conduire à bord du bâtiment qui portait le Bâtard et lui exposa les motifs graves qui ne lui permettaient pas de partir. La conférence terminée, Mansfeldt fit hisser les voiles et cingla vers le Nord. S'il avait eu l'intention de descendre à Dunkerque, il aurait facilement emporté la villa, malgré la présence des troupes de Fontaine. Les fortifications faites avec des terres sablonneuses étaient insuffisantes ; lorsque Fontaine voulût faire fabriquer des fascines et des palissades, le commis Keaseler allégua qu'il n'y était pas autorisé et le gouverneur déclara qu'il n'avait pas d'argent pour payer les ouvriers. Fontaine ne trouvant pas assez de crédit pour faire une avance, en reliera à l'Infante (3). Heureusement la flotte ennemie se tint au large, passa devant Nieuport, Osteude, Blankenberghe et continua sa route vers la Zélande, saluée sur tout son parcours, par les tambours, les trompettes et l'artillerie, et suivie à vue par la petite armée de Fontaine. Dans la soirée du 11, elle arriva devant Flessingue et mit en panne, en attendant l'autorisation de débarquer.
Une première déception attendait Mansfeldt. Il croyait trouver d'Espesses à Flessingue. Ne l'y voyantpas,il lui écrivît pour le faire venir. D'Epesses avait été retenu à la Haye parla nécessité de travailler les esprits des députés des États Généraux, très-
(1) Archives du royaume de Belgique. Négociations de France, t. VI.
(2) Id. Ibid.
(3) Id. Ibid. Papiers d'État. Liasse 536.
mécontents de l'arrivée du Bâtard en Hollande, c J'ay obtenu, écrivit-il le 20 février, force changements et tout ce que le comte de Mansfeldt a désiré jusques à ceste heure pour la commodité de ses tronppes. »
Le prince d'Orange était surtout irrité et aigri. Un ordre formel de Jacques, adressé aux ofliciers anglais, à leur départ de Londres, leur avait défendu de rien entreprendre contre les états du roi d'Espagne (1). Maurice trouvait avec raison cette interdiction contraire aux conditions sous le bénéfice desquelles le débarquement en Hollande avait été accepté par les États. Sa mauvaise humeur s'en prenait à Mansfeldt, et d'Espesses eut fort à faire de le calmer (2).
En même temps qu'il se mettait en rapport avec l'ambassadeur de France, Mansfeldt avait demandé à la Haye des commissaires pour surveiller le débarquement, le logement et l'entretien de ses troupes. Il y eut du retard dans les nominations, parce que l'opinion publique en Hollande était loin d'être favorable au Bâtard. Si, d'une part, le prince Maurice, préparant la voie à des demandes de subsides, faisait valoir bien haut, près des Vénitiens, les immenses services que l'armée de Mansfeldt allait rendre à la cause commune (3), de l'autre, Camerarius et les amis du Palatin se lamentaient sur la stérilité de tant de grosses dépenses, déploraient le temps perdu et prophétissaient confusion à l'aventurier (4). Pendant ces débals, la flottille fut surprise par de nouvelles tempêtes et subit de grandes pertes. Une recrudescence d'épidémie survint à la suite et enleva les soldats par centaines (5). Enfin, le 20 février, Mansfeldt put s'éloigner des ports inhospitaliers de Flessingue et de Rame-
(1) Archives du royaume de Belgique. Papiers d'État. Liasse 573.
(2) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre de d'Espesses, du 20 février.
(3) Archives de la Haye. Note de l'ambassadeur hollandais à Venise du 10/20 mars 1625.
(4) Soeltl, III, p. 197.
(5) Archives du royaume de Belgique. Négociations de France. VI. Lettre de Délia Faille, du 22 février 1625.
kens et, sous la direction des commissaires hollandais, fit voile vers les terres de la Sweluwe.
Les populations de ces contrées accueillirent mal le Bâtard, et ses soldats eurent fort à souffrir de la faim et du froid, en dépit des efforts de l'ambassadeur de France pour leur faire donner tout ce qui leur manquait. 11 y avait deux pieds de neige sur la terre. Faute d'abris et de logements, les troupes furent obligées de se morfondre, exposées à toutes les intempéries de l'air, sur les bateaux qui les portaient. Le 6 mars, le dégel étant survenu, elles commencèrent seulement à prendre terre. Mais de nouvelles calamités les y attendaient. Des pluies torrentielles, brusquement suivies de gelées intenses, leur firent éprouver successivement tous les genres de souffrances. Elles ne tardèrent pas à se démoraliser. L'exemple de leurs chefs n'était pas de nature à les retenir dans la discipline. A peine arrivés à Gertruydenberg, les ducs de Saxe-Weymar et de Saxe-Lauenbourg se battirent et se blessèrent « sur une querelle d'allemand (1). » Gomment s'étonner qu'un mois après son départ d'Angleterre, Mansfeldt eut perdu tant de soldats par les maladies et la désertion, qu'il comptât à peine 6,000 hommes valides sous ses ordres ?
Christian ne fut pas plus heureux que son émule. Il avait vu avec dépit Mansfeldt le précéder en Hollande et, dans son impatience de partir, il ne cessait de gourmander le duc de Chaulnes, dont les lenteurs l'irritaient. Mais la difficulté de rassembler les bâtiments de transport, qu'on avait frétés à Rouen, au Havre et à Dieppe, ne put avoir d'autre solution que le temps. Enfin le 20 février, tous étaient réunis dans la rade de Calais. Le 21 ,les régiments du comte de Roucy , des sieurs d'Inxem et de Rambure, forts de 500 chevaux chacun, entrèrent dans la ville pour s'y loger et se tenir prêts à partir. Un quatrième, celui du sieur du Hamel, arriva le lendemain avec quelques 150 à 200 chevaux de traits destinés aussi à être amenés pour le service de l'artillerie. Le 22, la mer devint si mauvaise que des hésitations se manifes-
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre de d'Espesses, du 27 février.
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tèrent dans les rangs des régiments destinés à être embarqués. Un certain nombre de soldats, qui ne s'étaient enrôlés que dans l'espoir d'être conduits au pillage de quelque bon pays voisin, s'enfuirent; d'autres, et arec eux plusieurs officiers, prétextant qu'ils ne s'étaient nullement engagés pour servir sur nier, refusèrent d'obéir. Christian, entraîné par la violence de son caractère, voulut es faire pendre quelques-uns pour l'exemple du reste, mais le duc de Chaulnes lui interdit tout acte de violence, au nom du roi, et la désertion fit de rapides progrès (1). Le 23 février, la mer fat si mauvaise que le vaisseau vice amiral de Zéfande qui était venu à Calais arec une escadre hollandaise pour convoyer l'expédition, fut brisé et périt corps et biens (â). D'autres navires éprouvèrent de fortes avaries, force fat de les radouber, ce qui amena de nouveaux retards.
Enfin le 6 mars, le temps paraissant plus calme, les bâtiments de transport se trouvant en état de faire voile , la cavalerie d'Halberstadt fat embarquée sur 53 navires. Elle était bien réduite, car au lieu de 3,000 hommes, ette n'en comptait plus que 1,300 à 1,300 t mieux armez toutefois et mentez qu'aukams ne ledespeigaaient (3). • Le 7, le premier convoi prit la mer (4). A peine était-il hors du port , qu'un ouragan effroyable éclata et le dispersa. Quinze navires sombrèrent avec ce qu'ils portaient; d'autres n'échappèrent au même sort qu'en jetant chevaux et munitions à la mer, tous furent plus ou moins maltraités. Quelques-uns réussirent à rentrer à Calais, le reste fut jeté au hasard sm les côtes de Hollande et jusque sur les plages du Texêl(6).
(ï) Archivés du royaume de Belgique Négociations de France, f. VI. Lettre de Bonièrea, du 21 février 1625.
(2) Id. Papters d'État. Liasse 573. Lettre de Bonières, du 25 février 1625.
(3)U.,Ibid.
(4) Mémoires de Richelieu, t. II, p. 457.
(5) Theatrum Èuropœufli, p. 457. La tempête du 7 mars 1625 est restée célèbre dans les annales de Calais. La marée fut plus haute qu'on ne l'avait jamais vue, détruisit tous les ouvrages faits depuis nombre d'années et causa des dommages immenses.
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Halberstadt était resté à Calais , avec le sieur de Rambnre , t vieil Huguenot » dont il avait fait son lieutenant colonel. Il attendait un détachement de 900 cavaliers que lui amenait le sieur de Monceaux Plain ville , ancien officier du comte de Buequoy, qui avait pris la charge de commissaire général de la cavalerie de Christian. En même temps que de Monceaux, devait arriver un grand convoi de 800 chevaux de traits achetés pour le compte de Mansfeldt. Mais les paysans qui les conduisaient et qui étaient obligés de les nourrir, pressés par la nécessité, les vendirent en route. Sans s'arrêter à foire des poursuites contre ces malheureux, Christian s'embarqua aussitôt après l'arrivée de Plainville, le Vb mars. Sa flottille, en y comprenant les navires de la première expédition qui avaient rallié Calais, se composait de 55 bâtiments (i). Pendant toute la journée du 43, elle fut retenu dans le port par la violence des vents contraires ; le soir enfin , elle put profiter d'un moment de calme et gagner le large. La tempête ayant recommencé, ce fiit à grand peine qu'elle atteignit les côtes de la Z élan de. Elle recueillit à Flessingue les débris de la première expédition et rejoignit Mansfeldt vers la fin de mars avec quelques centaines de chevaux.
Ainsi, cette puissante armée anglo-française qui avait tant inquiété le roi d'Espagne et l'Infante, et sur laquelle fe prince d'Orange avait placé son dernier espoir de salut pouf Bréda, se fondait à vue d'oeil. Ce qui en restait, paralysé par les inhibitions de Jacques, n'était d'aucun secours aux Hollandais. Maurice se plaignit amèrement à Paris de ce qu'on l'avait trompé. Le cabinet de Paris, à son tour, accusa les Hollandais de mollesse et d'inertie. Le 8 mars, le roi écrivant à d'Espesses, lui mandait : « Vous les asseurerez (les États Généraux) que je leur désire tout contentement sur l'acheminement de leurs affaires présentement et que je contribuerai de tout ce qui sera en mon pouvoir pour leur en procurer les moyens, remettant à
(1) Mémoires de Richeliev,, t. II, p. 457. Archives d» royaame de Belgique. Papiers d'Etat. Liasse 5.
vous de leur faire valoir tout ce que j'ay fait pour eux, tant par le secours d'argent que par celuy qu'ils pourront tenir de mes subjeclz. L'on ne doute point que l'intention du roy de la Grande- Bretagne ne soit que le comte de Mansfeldt employé le moins de temps possible pour secourir Bréda, parce que son but est qu'il aille au Palatinat et, pour celte raison, vous pourriez faire entendre aux sieurs Estatz, qu'ils doibvent faire promptement leur effort avecq luy, oullre que l'argent que le dit Mansfeldt a reçu de moy, de l'advance de plusieurs mois qui a esté faite exprès, ne pourra luy suffire longtems à payer ses troupes et qu'il faut ou qu'il faudra que les sieurs Estatz luy donnent de l'argent pour payer ou qu'ils le laissent aller en pays ennemy où elles puissent vivre, sans mettre la main à la bourse (1). »
Le gouvernement français s'était en effet trop avancé en acceptant pour Jacques les conditions imposées par les Hollandais au débarquement de Mansfeldt dans leur pays. 11 avait espéré que Mansfeldt,- une fois en Holtande, aurait oublié les instructions anglaises et cédé à sa haine contre l'Espagnol. L'aventurier n'avait pas manqué de bonne volonté, mais la résistence des officiers anglais l'avait obligé à se tenir sur la réserve. Dans cette occurence imprévue, la France aurait voulu lui faire forcer la main par les Hollandais. La ruse échoua. La présence des troupes du Bâtard ne produisit pas même l'effet qu'on en attendait. Loin d'intimider les assiégeants, elle releva leur courage (2). Les efforts énergiques de l'Infante avaient d'ailleurs été couronnés de succès. Les anciennes bandes d'ordonnance,
(1) Bibliothèque impériale. Collection de Harlay. Lettre du Roi du 8 mars 1625.
(2) Nous sommes si bien pourvus de gens et de courage que nous ne les craignons pas, ou qu'ils fussent trois fois plus forts qu'ils ne sont.i (20 février 1625. Liasse 573.) « Aulcune cavalerie française est arrivée en Hollande. Nous verrons ce qu'ils feront. Ce que je n'estime guères que ne soit que gâter le pays à l'entour, empeschant l'entrée des vivres comme ils font. » (Grobbendonck, 19 mars 1625.) — « Ceux qui viennent icy journellement témoignent assez de leur misère. S'ils viennent pour secourir Bréda, ils arrivent trop tard. On les attend icy en bonne dévotion. » (Routard, 18 mars 1625.)
rappelées sous les armes, s'étaient reformées avec enthousiasme, et le secrétaire Délia Faille écrivit avec une fierté légitime à Meuleveldt : t Don Carlos Goloma marche vers Santhoven, en la Gampine, pour estre à la main, et nos bandes d'ordonnance, qui sont passées par icy lundi dernier , à la vue de S. A. , se trouvent en si bon ordre, que Ton s'est émerveillé qu'en si peu de tems, une ancienne milice se soit remis avec telle promptitude et ardeur (1). i En outredes secours approchaient.
Alors que Mansfeldt abordait en Hollande, les troupes détachées par l'Empereur, sous le commandement du marquis Charles Spinelli , et par Tilly, sous les ordres du comte d'Anholt, arrivaient aux Pays-Bas, au nombre de 8,000 à 10,000 hommes. Elles avaient été instamment demandées, impatiemment attendues, et cependant leur approche parut inquiéter l'Infante autant que la réjouir. Elle aurait désiré qu'elles se fussent logées dans l'évéché de Liège, à portée suffisante de Bréda, et prêtes également à entrer dans le Brabant, en cas de besoin. Mais le duc de Bavière n'y voulut point consentir (2). Le 28 février, elles franchirent le Demer et se logèrent aux environs de Heyst, entre Aerschot, Hérenthals et Lierre. Les premières nouvelles qui en arrivèrent à l'Infante ne furent pas tout à fait agréables. « Le comte d'Anholt et tous ses officiers, écrivit le sieur de Custine, capitaine des archers de l'Infante, sont trèsmal satisfaits de ce qu'ils ne trouvent point d'hostes, où ils logent, non plus que du pain de munition, duquel ils souffrent grande nécessité. Il m'a aussi tesmoigné avoir fort peu de satisfaction de ce qu'il semble qu'on l'ait voulu obliger à obéir au sieur Charles Coloma, ce qu'il dict ne vouloir faire en aucune façon, pour estre à présent en charge de maistre de camp général des armées de la Ligue catholique et avoir patente. Outre cela, ajouta timidement Custine, je pense estre de mon debvoir de vous dire (encor que peult-estre l'on pourra penser que je
(1) Archives du royaume de Belgique. Négociations de France, t. VI. Papiers d'État. Liasse 573. Lettre du 22 février 1625.
(2) Archives du royaume de Belgique. Secrétairerie d'Etat allemande. Correspondance de Maximilien avec Isabelle. Lettre du 7 janvier 1625.