Quicherat, Dict. franç.-îat
2. Dictionnaire histonqué de la langue française, publié par l'Académie.
3. Dans son Essai d'un dictionnaire historique de la langw française.
ABOUDABUNENT. — Aujourd'hui, dans les adverbes terminés par ammeni cette finale se prononce comme s'il n'y avait qu'une m {abondament); mais nulle part l'Acadéulie n'a indiqué la prononciation de ces adverbes.
ABOVTIR. — U serait à désirer que l'Académie indiquât l'auxiliaire avec lequel se conjuguent les verbes neutres. Au verbe ABOuim elle ne donne pas un seul exemple des temps composés, et ensuite elle met Abouti, ib ; c'est dire implicitement qu'il sç conjugue avec l'auxiliaire êtrcj tandis qu'il prend au contraire l'auxiliaire a/ooir^ du moins dans les deux premières acceptions qu'elle a données. Quant à la troisième, faut-il dire son apostème, son abcès, son clou a abouti, ou BST abouti? Il est probable qu'on peut employer l'un ou l'autre suivant qu'on veut exprimer l'action ou le résultat ; mais dans ce cas l'Académie aurait bien fait de nous le dire.
ABRÉGER. — n aurait fallu mettre ici la conjugaison, J'abrège, nous abrégeons, fabrëgeqis, etc., pour nous montrer qu'entre le g et l'a ou l'o on doit mettre un e qui adoucisse le son du g. Cette remarque s'applique à tous les verbes terminés par ger,
ABRUPT, CPTE. — Au mot CONCEPT, l'Académie dit qu'il faut "en prononcer le p; au mot Rapt, (\Vi\\ faut faire sonner le t final; ici elle se tait sur la prononciation de l'une et de l'autre consonne.
ABSENTER (s').— On se demande pourquoi l'Académie n'a pas mis le participe absenté, ^e. 11 en est de même pour soixante-dix autres verbes environ, réfléchis ou réciproques, tels que s'abstenir, se désister, s'écrier, s'égosiller, s'emparer, s'immiscer, s'ingérer, se méfier, s'entr'aider, s'entre-choquer, s'entre-quereller, etc., tandis qu'elle a mis le participe à s'accointer, se bastinguer, s'entabler, s'entremettre, se gendarmer, se grimer, etc. Cependant on dit aussi bien elle s'est absentée, elles se sont abstenues, elles se sont entr'aidées,q\xe elle s'est entremise, elles se sont gendarmées, etc.
ABSIDE, s. f. T. d'Archit. -— L'étymologie réclamait apside^, et bon nombre d'architectes, d'archéologues, l'écrivent ainsi. L'Académie a
1. D'après le dict. lat.-^ranç. de MM. Qaicherat et Dayelny, on disait en grec apsis; en latin, absis ou mieux apsis, mais dans les deux langues et pour les deux acceptions le mot était féminin. — Ce b substitué au p dans l'acception la plus usuelle d! apside ne doit pas nous surprendre , puisque nous avons en français de nombreux exemples de cet adoucissement dans la prononciation. V absinthe s'appelait en grec apsinthion, en latin absirUhium; et Grenoble, autrefois Grenople ( du latin Gratianopolis) a changé son p en b, tandis que Constaniir nople, Andnnople, etc., noms beaucoup moins connus, conservent le p étymologique.— Nous devons ajouter toutefois que Villehardouin (commencement du xiii* siècle) écrivait t Conqueste de Constantinoble » , comme nous l'apprend le Dictionnaire historique de la langtie française publié, par l'Académie ; mais cela vient de ce que lors de la quatrième croisade, à laquelle prit part Villehardouin, le nom de Constantinople était au moins aussi connu à Paris que celui de Grenoble qui dans ce temps n'appartenait pas à la France. — Sans remonter si haut, en 1694 l'Académie écrivait capriole, caprioler, et ajoutait : « Quelques-uns disent cabriole, cabrioler ». On a dit aussi eapriolct (aujourd'hui cabriolet), et chacun sait que ces mots viennent de capreolus ou capriolus, cabri, par allusion aux sauts légers de cet animal.
préféré le b, sans doute pour le distinguer davantage encore d'ApsiDES, s. m, pi. T. d'Astron.
ABSTENIR (s'),v. prou. (Il se conjugue comme Se tenir). — K l'article Tenir , F Académie donne bien la conjugaison du verbe actif, mais non celle du verbe pronominal; aux verbes Aller, Retourner, elle n'a même pas donné régulièrement celle de s'en aller, s'en retour-ner, sur laquelle on se trompe tous les jours.
ACACIA, s. in... FaiLx acacia, ou Acacia blanc, ou simplement Acor cia. Arbre d'agrément", espèce de robinier à rameaux épineux, et à fleurs blanches et odorantes disposées par bouquets. L'Acacia est originaire d'Amérique. Un bel acacia. Planter des acacias. On appelle de même improprement Acacias quelques autres espèces de robiniers cultivés, tels que le Robinier à fleurs roses et lellobinier visqueux. — Au sujet de ces lignes, M. Paulin Paris dit, dans son Essai d'un.dictionnaire historique de la langue française : « En vérité, je ne vois pas pourquoi l'admission du mot robinier. Et si M. Robin a introduit en France le premier acacia d'Amérique sur lequel ont été grefl'és les autres, comment les robiniers ne seraient-ils plus, à proprement parler, des acacias f Voilà ce que c'est de dédaigner l'iîistoire des origines. Au lieu de déclarer Vacacia une sorte de robinier, ne vaudrait-il pas mieux remarquer que le robinier est une espèce d'acacia ? Je m'en rapporte. »
ACADÉMICIEN... Les quarante académiciens de l'Académie française. — Il serait mieux de supprimer académiciens et de dire, comme à l'article Quarante : « Les quarante de l'Académie française * ».
ACCABLER. — Tous les Français savent que lorsque deux c se trouvent entre deux voyelles dont la dernière est un e ou un i, le premier c se prononce comme un k et le second comme une s : accès, occident tprononcez ak-sès, ok-sident). Mais lorsque les deux c sont suivis d'un a, d'un o, d'un u, ou d'une consonne telle que l, r ( accabler, accoter, accul, acclamation, accroc}^ doit-on toujours n'en faire sentir qu'un? L'Académie aurait dû le dire au moins à l'article C.
ACCABLER... Accabler quelqu'un de biens, de grâces, de bienfaits, de présents, le combler de biens, de grâces, eic— Accabler n'exprime-t-il pas plus que comblera Corneille fait dire par Auguste à Cinna, Je t'ai COMBLÉ de biens , je t'en veux accabler.
Il nous semble qvHaccabler doit signifier Combler outre mesure.
ACCÉDER, V. n. Entrer dans les engagements contractés déjà par d'autres. Les puissances du Nord ont accédé a ce traité, à cette convention. J'accède aux stipulations que mes cohéritiers ont consenties. — Accéder à une proposition, y adhérer, l'accepter.
L'Académie a quelquefois pris soin d'indiquer la conjugaison des verbes dans les temps^qui présentent une difficulté sous le rapport de
!• Remarque de M. P. Paris dans son Essai d'an dictionnaire historique, etc.
Taccent grave ou aigu qu'on doit employer; ainsi elle met : Allécher [J'allèche, f allécherai)'^ Alléger [J'allège, j'allégerai) \ Assener [J'assène, j'assènerai) \ mais ces indications sont malheureusement trop rares. Ici, elle aurait dû mettre « Accéder [J'accède, j'accéderai ) » , d'autant plus qu'elle ne donne aucun exemple où ce verbe soit employé au futur ou au conditionnel.
ACCENTS de l'accent grave
Depuis un certain nombre d'années, on a pris pour règle de ne mettre l'accent circonflexe qu'aux mots qui le conservent dans leurs dérivés, comme blême, blêmir; prêche, prêcher; rêve, rêver, etc., et d'employer l'accent grave pour ceux qui changent cet accent ; ainsi l'on écrit emblème, problème, système, etc., parce que l'accent devient aigu dans emblématique, problématique, systématique, etc. Il faudrait suivre la même règle dans les mots chrême, extrême, suprême, etc., qui ont pour dérivés chrémeau, extrémité, suprématie, etc.
Au lieu de crêpe et crêper, ne devrait-on pas écrire crêpe, crêper, comme on écrit crème, crémer, d'autant plus que crêpe a d'autres dérivés où l'on met l'accent aigu : crépon, crépu, crépodaille, etc. f
D'un autre côté, ne devrait-on pas écrire fêtoyer, au lieu de fétoyer? Autrefois fête s'écrivait feste, et l'on a conservé l's dans festin, festiner; dans sa précédente édition*, l'Académie écrivait festoyer, qui se prononce encore quelquefois ainsi, et le circonflexe serait peut-être plus conforme à la prononciation générale.
Puisqu'on écrit avec l'accent grave bobèche, brèche, calèche, crèche, flammèche, flèche, mèche, — élève, fève, grève, — cèdre, chèvre, lèvre, fièvre, lièvre, genièvre,^ espièglerie, mièvrerie, piètrerie, ne serait-il pas convenable d'en mettre également un à campée he, drêche, pimrbêche, trêve, au lieu de l'accent circonflexe, et à sève, orfèvre, orfèvrerie, négrerie, au lieu de l'accent aigu ?
L'accent aigu que l'Académie met sur Ve suivi de ge, semble devoir être converti le plus tôt possible en accent grave. Pour toute langue écrite, le premier principe devrait être d'éviter les exceptions, surtout lorsque les règles sont aussi nombreuses qu'elles le sont dans l'orthographe française. Puisqu'on met un accent grave aux mots règle^, règne, intègre, bègue, diocèse, etc., pourquoi mettre un é à cortège, liège, privilège, sacrilège, etc. ? Quelle raison peut-il y avoir pour écrire collègue et collège, stratègue et stratège; allègre, alèze, et allège; manganèse et manège; synthèse et cortège, dièse et piège ?
1. Nous dirons ici, une fois pour toutes, que l'Académie ûe reconnaît pas les diverses éditions de son Dictionnaire qui ont été publiées entre 1763 et 1835. Ainsi donc , lorsque nous parlerons d« la précédente édition, ce sera toujours de celle de 1762.
DE l'accent sur l'E DANS LA PÉNULTIÈME DES VERBES
Dans les verbes qui ont un e muet à la pénultième de l'infinitif, cet e se change en è au futur et au conditionnel : celer, je cèle, je celer ai , je cèlerais; geler, je gèle^ je gèlerai , je gèlerais; peler, je pèle, je pèlerai, je pèlerais. — Mais les verbes qui ont un ^ à la pénultième de l'infinitif conservent cet accent au futur et au conditionnel : céder, je cède, je céderai, je céderais; régner, je règne, je régnerai, je régnerais; révéler, je révèle, je révélerai, je révélerais; compléter, je complète, je co)npléterai, je compléterais. Cette différence d'accent se fait à peine sentir dans la prononciation, et cependant il en résulte pour l'écriture des' difficultés inextricables; ainsi l'on doit écrire: j'engrènerai et je rengrénerai; je grèverai et je dégrèverai; je relèverai et je révélerai; je décèlerai et je recèlerai. — Ne serait-il pas plus convenable de mettre l'accent grave dans tous ces verbes?
DE l'accent DANS LES SUBSTANTIFS DÉRIVÉS DES VERBES
Les substantifs dérivés des verbes dont la pénultième syllabe contient un é, présentent un grand inconvénient pour la mémoire : leur accentuation n'a pas de règle fixe. Ainsi receler, régler, dégrever, lécher, allécher, ont pour dérivés recèlement, règlement, dégrèvement, lèchefrite, allèchement, avec l'accent grave, tandis que les dérivés de affréter, compléter, dérégler, dessécher, empiéter, rengrener, conservent l'accent aigu : affrètement, complètement, dérèglement, dessèchement, empiétement, rengrènement.
On retrouve les mêmes bizarreries dans les mots ténement (e), entretènement (^), soutènement [e muet). L'Académie ajoute, dans l'article de ce dernier mot : « Quelques-uns écrivent soutènement. » Il semble que l'oreille aurait dû faire préférer cette variante.
Il n'y a que deux verbes commençant par une consonne qui prennent l'accent aigu à leur réduplicatif re : rèpulluler, révivifier ^ Puisqu'on a deux et même trois e muets de suite dans redemander, redevable, redevenir, etc., on pourrait sans inconvénient supprimer les deux exceptions ci-dessus.
DE l'accent circonflexe
Au mot Accent, l'Académie dit qu'on met l'accent circonflexe sur les voyelles longues où il indique la suppression d'une voyelle, comme dans âge, rôle (aage, roole), ou celle d'une s, comme dans tète, gîte, cote, flûte ( teste, giste, coste, fluste ) . -- Au mot Circonflexe , elle a donné une définition plus large et plus vraie en disant qu'on se sert de cet accent « principalement pour marquer les Toy elles qui sont
1. Comme Vh muette est réputée voyelle, nous ne parlons pas de réliabiliter, réhabituer f ces mots sont dans les mômes conditions que réajoumer, réapparition, réassigner, etc.
restées longues après la suppression d'une lettre » ; mais tant qu'on suivra les errements actuels il sera impossible de donner une règle exacte et complète. En effet, on met des circonflexes dans des mots où il n'y a ni voyelle ni consonne supprimées, comme dans câble, fâme et infâme, grâce et disgrâce, extrême, suprême, trêve, pôle, etc., et Ton n'en met pas à toit, chute, reliure, coutre, noce, citerne, vite, otage, meunier, coutume, joute, moutier, etc., qui s'écrivaient autrefois toict, cheute, relieure, coultre, nopce, cisteme, viste, ostage, meusnier, coustume, jouste, monstier puis moustier, etc.
On supprime l'accent dans plu, tu, participes de plaire et de pletAvoir, de taire, et on le conserve dans mû, où il n'est d'aucune utilité; on le met à dû, participe du verbe devoir, employé substantivement, et on ne le met pas à cru, qui est aussi le participe employé substantivement du verbe croître, Voy. Cru.
On conserve le circonflexe du radical dans les dérivés et les composés de certains mots , tels que débâclage, plâtras, et replâtrage, théâtral; pâquerette; câlinerie, câprier, mâchicatoire, pâtissier^; emrbâtonner, pâmoison; râblu; rôtisserie; encroûter, bûcheron et bûchette, etc., qui viennent de bâcler, plâtre, théâtre, pâque, câlin, câpre, mâcher, pâte, bâton, pâmer, râble, rôt, croûte, bûcfie,etc: — On le supprime dans cranologie ou craniologie, conifère, polaire, symptomatique, dérivés de crâne, cône, pôle, symptôme; dans compatir, déjeuner, dessoûler, composés de pâtir, jeûner, soûler; dans tatillon, tatillonnage, tatillonner, diminutifs de talonneur, tâtonnement, tâtonner, etc. — 11 faut écrire câble, câbleau ou câblot, et encablure; côte, côtoyer, et coteau; embûche, et débu^cher, se rembu^cher. — 11 faut mettre le circonflexe à incongrûment comme à congrûment, et le supprimer dans irrésolument, composé de résolument. — Quelquefois même c'est le composé qui prend l'accent, tandis que le mot simple n'en a pas; ainsi batardeau, batardière; futaie, futaille, futé; je clorai, je clorais, s'écrivent sans accent, tandis qu'il en faut un dans abâtardir, abâtardissement; affûtage, affûter, affûtiaw; il éclôra, il éclôrait;— latrie (culte de) s'écrit aussi sans accent, mais il en faut un dans idolâtrie, zoolâtrie.
Enfin l'on met un circonflexe à des o qui sont brefs dans leur étymologie grecque ; tels sont les mots monôme, binôme, trinôme, qtmdrinôme, polynôme, etc, (composés de nome, où l'on n'en met pas), et on le supprime à des o qui sont longs dans cette langue, comme amome et cardamome, arôme, axiome, chrome, gnome, idiome, sarcome, idole, prote, zone, et les composés de gone : pentago?ie, hexagone, octogone, ennéagone, décagone, etc. Cependant on l'a qonservé dans les mots cône, diplôme, osmazôme, staphylôme, stéatôme, symptôme, et l'on a maintenu Vo bref dans agronome, astronome, autonome, économe, gastronome, deutéronome, épitome, atome, etc.; mais déjà l'Académie dit qu'on doit prononcer long Vo d'atome.
Il serait bien à désirer que l'Académie posât enfin et suivtt une règle générale à cet égard. Au lieu d'ajouter et de supprimer les accents circonflexes arbitrairement et même parfois contrairement à rétymologie, ne serait-il pas mieux de n'en mettre que lorsqu'il s'agit de faire distinguer des mots qui n'ont entre eux aucun rapport de signification, comme cote, jeûne, s, m., pâle, rôt, et cote, jeune, adj., pâte (au lieu de patte, pied d'animal ), rot * f On éviterttlt ainsi bien des inconséquences, et l'on serait moins exposé à. être en contradiction avec l'étymologie. Il nous semble que l'Académie a ouvert la voie en supprimant les accents qui représentaient diverses lettres, voyelles ou consonnes, entre autres Ve et Vs; ainsi elle a écrit successivement : cheute, chute, chute; relieure, reliure, reliure; ci»-terne, citerne, citerne; coustume, coutume, coutume, etc.; — puis les accents étymologiques dans les mots arôme, oûffiome, idiome, idole, prote, zone, pentagone, hexagone, et autres composés de gone (g&nia, angle) ; dans les terminaisons ore et ose, tels que météore, pylore, et les noms propres terminés par dore {Isidore, Théodore, etc.) ; apothéose, métamorphose, métempsycose ^, etc. etc.