‹ Errata du Dictionnaire de l'Académie françaiseChapitre 21 sur 55 · ATTERRAGE, ATTERRER, ATTERRIR,* ATTERRISSAGE, ATTERRIS · texte numérisé non relu

ATTERRAGE, ATTERRER, ATTERRIR,* ATTERRISSAGE, ATTERRIS

SEMENT. « Quelques-uns écrivent attérage, attérer, attérir, attérissagcj attérissement. » — Puisqu'on écrit avec deux r, terre j terrasse, terrassier, terreau, terrestre, terrier, terrifier, et tous les autres dérivés de terre, ainsi que les composés enterrer, déterrer, souterrain, etc, il serait fâcheux que les mots atterrer, atterrir et leurs dérivés vinssent à n'en prendre qu'une.

ATTRAPE. — On écrit trappe, avec deux p; chausse-trape, attrape et ses dérivés n'en prennent qu'un. Cela n'est pas très-régulier.

A1IB1ÉPINE, s. f. Arbrisseau épineux du genre Néflier... On le nomme aussi Aubépin et Épine blanche. — On est surpris que l'Académie admette aubépin^, qui est une ancienne locution vulgaire comme noble épme. Il ne doit pas plus être permis de dire aubépin pour aubépine que sabin pour sabine : le premier vient de alba spina comme le second de sabitia.

AURORE... Couleur d'aurore. Espèce de jaune doré. Taffetas, satin couleur d'aurore. Par ellipse, Un ruban aurore, du satin aurore, — L'Académie aurait dû nous donner un exemple où l'épithète aurore fût précédée d'un substantif au pluriel tel que des rubans; car il est un assez grand nombre d'objets, surtout de fleurs et de fruits, dont les noms sont employés adjectivement comme couleurs, et l'on est fort embarrassé pour savoir si l'on doit ou non les faire accorder avec le substantif, parce que nulle part l'Académie n'a tranché la question, pas même à l'article Rose , où cependant elle met la dénomination très-explicite « adj. des deux genres ». Là comme ailleurs elle ne met que des substantifs au singulier : « La couleur rose est une des plus agréubles. Du ruban rose. Du taffetas rose. Une robe rose » ; et à Far* ticle Couleur elle dit, Des souliers couleur de rose.

Voici les principales couleurs tirées des noms de végétaux, d'animaux, etc. : amarante, aurore, capucine, céladon, citron, feuillemorte, garance, gorge -de -pigeon, lilas, marron, nacarat, noisette, olive, orange, ponceau, puce, rose, souci. Assurément personne ne

1. Dans la première édition, l'Académie ne mentionne ^Sisaubespin à l'article Espine; elle dit : « Espine blanche, aubespine ou noble espine ; espine noire... » — Dans la seconde édition , noble espine ne paraît plus, et elle dit : « Le mot d'aubespine est beaucoup plus d'usage que celuy d'aubespin, qui ne se trouve que dans des anciennes poésies ». — Il nous semble que TAcadémie aurait mieux fait d'ajouter cette observation , qui se retrouve dans les éditions 3« et 4«, que de dire : t On le nomme aussi aubépin ».

songera à donner le genre, féminin aux mots céladon, citnm, marron, nacaralj ponceau, mais on pourra être tenté d'écrire d^s rubam ciirons, oranges, ponçeaux; des habits marrons, noiselles, olives, comme on écrit tous les jours des rubans roses, des robes roses, car Tanalogie joue un grand rôle dans nos jugements : nous avons même vu dans un ouvrage de botanique des anémones auroreS. Nous pensons que la même raison qui empêche de donner un féminin à céladon, eUron, marron, nacarat, ponceau, doit rendre ces mots invarlaMes, car ils ne sauraient prendre le nombre plutôt que le genre. Cette règte doit exister également pour ceux qui se terminent par un e muet comme amarante, aurore, capucine, noisette, olive, orange, puce, etc. ; mais nous ferons une exception en faveur des rubans et des robes roses, puisque l'Académie nous dit que ce mot est un adjectif. Quant aux autres, afin d'éviter ce qu'il peut y avoir de choquant pour l'œil à voir l'adjectif au singulier avec un substantif au pluriel , on ne fera pas l'ellipse et l'on dira, des rubans de couleur citron, orcmge, ponceau, ou des rt^ns couleur de ci4ron, d'orange, de ponceau; des habits de couleur marron, couleur de noisette, d\olive, etc.

AUTANT.., Une fait pas autant de froid qu'hier, — Comme on dit il fait froid, il fait ch&Md, il fait bien froid, bien chaud, et non il fait DU froid, du chaud, il fait bien do froid, etc., nous peinons qu'on ne p«it pas dire U ne fait pas autant de froid,,^ 11 fallait employer l'adverbe comparatif aussi : il tié fait pas aussi froid qu'hier; seulement la phrase ainsi modifiée n'aurait pas fait partie de cet article.

AUTEL... Le moMre-autel au grand autel,

A Dais et à Custodï nous reirouvorîs maitre-autel avec un tiret: « aur-dessus du moÂire-autel, à cété du maitre-autel ; mais à Particle Maître il n'y en a pas : « Maître se prend quelquefois pour Premier ou principial... Le maître autel. Le maître brin d'une plante. » — • Puisqu'on écrit sans tiret le grwnd atUel, le premier autel, le principal autel, le maître brin d'une plante, le maitre bau, le maître couple, piourquoi en mettre un à maître-autel ?

AUTO-DA-FÉ... Assister à des amto-da-fé. — Les Espagnols écrivent OMlo de fe ou auto da fe, sans tirets et sans accent. Puisqu'on a altéré l'orthographe de ce terme sous denx rapports, il vaudrait mieux le franciser complètement en écritant auiodafë; alors on pourrait mettre à la fin du mot la marque du pluriel que les Espagnols mettent à auto {los auXos de ou da fe), et l'on écrirait des autodafés.

AUTRE... Fam. Nous autres, vous autres. Nous, vous. — Ceux qui n'ont pas fréquenté ce qu'cMi est convenu d'appeler la bonne compa* gnie disent souvent, par analogie, Eu>x autres. On regrette que l'Académie n'ait pas fait ici comme dans plusieurs articles où elle a pris soin d'indiquer ce qu'il faut dire ou ne pas dire , et pourquoi.

AVENEMENT. — Les ttiots uvénement et événement nous semblent devoir prendre l'accent grave à la seconde syllabe oomme achève^

menlj, Mèehement, amèrement, dégrèvement, légèremmU, prélèvement, reeèiementj etc.

AVEMR, V. n... Qîwi qu'il avienne. Il en amendra ce qu'il pourra. Quelque chose qu'il en avienne, — On dit généralement advienne, et r Académie fait de même au verbe Devoir dans ce proverbe de tous lés jours : t< fim ce qm àoU, adinenne que pourra. »

AVOIR... H ntU rien tel que d'en avoir. Si on n'a du bien, on n'est point considéré dans le monde. — Nous n'avons jamais vu faire l'el- Jipse de la préposition de après rien; et bien qu'à l'article Plancher J ''Académie répète rien tel :

Il n'est RIEN TEL qu& h plancher des vaches, que de marcher sur le plancher des vadies,

et qn'k Vkcuk elle admette Indifféremment rien tel et riefi de tel :

Il n'est RIEN TEL, RIEN DE TEL qw le ploncheT des vaches, à PuiSEji , à Rien et à Tel elle n'admet pas la suppression de la pré- • position de :

(à Pdiser) Il n'est rien de tel que de puiser à la source. (à Rien) Il n'y a rien de si fâcheux, (à Tel) Je ne vis jamais rien de tel.

Enfin , à l'article De elle consacre six exemples pour montrer que rien doit toujours être suivi de cette préposition , dont elle a soin d'indiquer la valeur :

Je ne vois rien là de (qui soit) bien étonnant,

A-t^n jamais ou4 rien de (qui soit) pareil?

Sa conduite n'a rien de (qui «oit) noble.

Rien de (qui soit) plus simple que cela.

Je ne vois rien de (qui soit) mieux.

Sinon, rien de fait (qui soit fait, arrêté, conclu).

Évidemment ofe a la môme signification dans les autres phrases : // n'est rien de (qui soit) tel que d'en avoir; il n'est rien db (qui soit) tel que le plancher des vaches; il n'y a rien de (qui soit) si fâcheux, etc. — Quant à la définition , nous croyons aussi qu'il aurait été préférable de dire « Si l'on n'a pas de bien » ; on aurait ainsi évité Thiatus si on, et la phrase serait plus claire pour celui qui l'entendrait lire.

AYANT, adj. verbal. T. de Pratique dont on ne se sert que dans les deux locutions suivantes : Ayant cause, celui auquel les droits d'une personne ont été transmis à titre particulier, par legs, donation, vente, etc.. Les héritiers ou ayants causse. Les créanciers sont aussi quelquefois considérés comme ayants cause. — Ayant droit, celui qui a droit ou qui est intéressé à quelque chose... Chacun des ayants droit.

La dénomination adjectif verbal est-elle exacte ? Nous ne savons, et nous aimerions autant celle de participe présent, car l'adjectif verbal ifô peut recevoir de régime {des livres amusants, une couleur chan-

géante, des cris perçants. Acad.), tandis qu'autrefois le participe présent s'accordait fréquemment avec le substantif, etc. ; l'Académie nous en a conservé des exemples :

(à Gbns) IjBS gens tenants la cour de parlement.

Id. Les gens tenants la chambre des comptes, la cour des oÀdes, etc.

et aujourd'hui encore elle dit :

(à Tendant, ante) Une proposition tendante à Vhérésie.

Id. Semer des libelles rendants à la sédition.

Nous croyons que dans toutes ces phrases ce que l'Académie appelle adjectif doit être aujourd'hui considéré comme participe présent et rester invariable. Nous écririons donc , Une proposition tendant à l'hérésie; semer dès libelles tendant à la sédition; les ge?is tenant la chambre des comptes j, etc.; et de même, en sous-entendant le mot gens : les ayante cause, les ayant -droit. Dans ces deux dernières locutions nous ajoutons le tiret comme on le fait dans wt boute- feu, un rabat-joie, un trouble- fête, etc.

B... Le 6 ne se redouble en français que dans les mots abbé, rabbin, sabbat, et leurs dérivés. — L'Académie n'a pas songé aux mots gobbe, gibbeu^x, gibbosité, qui sont dans spn Dictionnaire, non plus qu'à gibbon, qui devrait y être.

BAILLER, V. a... Fam. et par ellipse. Vous m'en baillez d'une belle, vous me la baillez belle. Vous voulez m'en faire accroire. — A l'article Bon se trouve une autre locution qui aurait également dû avoir place ici : « La bailler bonne à quelqu'un. Lui faire quelque pièce ».

BAILLEUL. « Il vieillit. » — Quel mot faut-il donc employer à la place de celui-là? Est-ce renoueur ? L'Académie a eu soin parfois d'indiquer le mot dont on doit se servir, comme à : Concoction. « On dit plus ordinairement coction »; — Apprête. « 11 vieillit; on dit plus communément mouillette » ; — Vogdeur , rameur, ^< A vieilli ; on dit ramsur » , etc. — Ces utiles indications sont trop rares.

BAILLI, s. m. (On écrivait autrefois, Baillif.) — Il nous semble que l'Académie aurait bien fait d'ajouter : « C'est pourquoi l'on dit encore aujourd'hui au féminin , Baillive. Madame la baillive » .

BAILLI... Il se dit en outre, dans l'ordre de Malte, d'un chevalier revêtu d'une dignité qui le met au-dessus des commandeurs, et qui lui donne le privilège de porter la grand' croix. Le bailli de la Morée. Le bailli de Suffren. — L'Académie écrit avec une minuscule les particules ou articles le, la, qui font partie de certains noms tels que le Brun (à Crucifiement, Bataille), le Maistre (à Plaidoyer), le Sage (à Roman, Romancier), la Bruyère (à Caractère, Observation, Original), la Fontaine (à Fable , Conte), la Monmye (à Noël), etc. Cette

orthographe, qui ne présente pas d'inconvénients pour les noms bien connus, nous semble fâcheuse pour ceux qui ne le sont pas; c'est précisément le cas pour Pierre le Chantre (à Liturgiste), le bailli de la Morée (à Bailli), les pastels de la Rosalba (à Pastel). Ou ne sait sMl s'agit d'un personnage nommé Pierre; qui était chantre ; d'un titulaire du bailliage de Morée; d'une artiste au nom de laquelle est ajouté l'article comme dans'/c Poussin, la Clairon, etc.; ou si les mots le Chanlre, la Morée, la Rosalba, sont réellement les noms des personnes désignées. La majuscule mise à l'article aiderait à distinguer les noms de famille : Charles le Sage (Charles V); Alain -René Le Sage (le romancier), dont le nom s'écrit généralement Les âge.

BAISEUR, EUSE, adj. Celui, celle qui se plaît à baiser. IJn grand baiseur.,, — Au lieu de adj., lisez subst.

BALLADE. ( On ne prononce qu'une L dans ce mot et les suivants. ) — Ces mots suivants qui commencent par bail, et dans lesquels on ne doit faire sentir qu'une l, sont au nombre de dix-neuf. Qui est-ce qui songera à chercher la prononciation de ballotter à ballade, dont ce mot est séparé par dix-huit autres ?

BALLOTTADE, S. m. — Lisez : s. f.

BANQUE, S. f... signifie aussi. Une caisse commune, ou publique, dont Je crédit repose sur des fonds considérables S et où les particuliers déposent leur argent pour en tirer un intérêt*, avec faculté de le reprendre à leur volonté, en tout ou en partie, soit en nature, soit en effets équivalents. Les banques particulières et les banques publiques sont ordinairement sous la surveillance de l'autorité. La banque de France, de Londres, d'Amsterdam, de Bordeaux. Le régent de la banque. Porter ton argent à la banque. Action de la banque. Billet de banque de cinq cents francs, de mille francs.

Il nous semble que le mot banque ne devrait pas être écrit indifféremment avec un petit b dans tous ces exemples. Qu'on mette une mi-' nuscule lorsqu'il est suivi d'un déterminatif, coinme la banque de France, de Londres, etc., ou non précédé de l'article, comme dans un billet de banque, c'est très-bien ; mais nous croyons que lorsque ce mot est pris dans un sens absolu, on doit mettre une majuscule; ainsi nous écririons, le régent de la Banque; porter son argent à la Banque; action de la Banque. Au reste, nous avons en favejir de notre opinion plusieurs exemples dans le Dictionnaire de l'Académie :

(à Directeur) Directeur de la Banque, (à Fonds) Les fonds du Trésor, de la Banque,

(à Transfert) Acte par lequel on déclare transporter à un autre la propriété d*une rente sur l*État, d*une action de la Banque, etc.

1. Il serait peut-être mieux de dire c un capital plus ou moins considérable ».

2. Cela n'est pas toujours vrai; ainsi les dépôts confiés à la Banque (à la banque d* France) ne produisent aucun intérêt.

et à l'article Régent nous trouvons même un exemple et une définition qui confirment encore mieux ce que nous venons de dire :

Régent de la banque (petit b) de France, Titre de chacun des membres I qui composent le conseil général de la Banque (grand D).

Dans le premier cas, le mot banque est un nom commun -qui peut s'appliquer à des établissements de tous les pays, de toutes les villes considérables, la France, Londres, Amsterdam, Bordeaux, etc.; dans le second il est pris dans un sens absolu , par la raison même qu'on n'a pas nommé le pays auquel il appartient. Ici la majuscule nous cemble représenter précisément le nom propre qu'on n'exprime pas. Voy. Jardin, Archipel, Bosphore.

BARRICADE... La journée des Barricades (avec un grand B), — A ThéàtrhT on lit, La journée des dupes; et à Dragonnade , Au temps des dragonnades, sans majuscules.

BAS, BASSE, adj... Avoir la vue basse. Ne pouvoir distinguer les objets que de près. — Nous convenons sans peine qu'on dit souvent vue basse pour vue courte, mais nous demanderons si ce n'est pas une locution à réformer, puisqu'on dit wnç vue longue et non une vue hfiute. Quant au figuré, il n'y a rien d'avilissant dans une vue courte (défaut de prévoyance, de sagacité), ni même dans des vues courtes (bornées, étroites), tandis que des vues- basses et intéressées ont quelque chose d'ignoble; c'est l'opposé de vices élevées, grandes j nobles, etc.

BAS-RELIEF, S. m... Bas-TcUef de marbre, de bronze. Bas-relief antique. Les bas-reliefs du Parlhénon, du Louvre, Des ornements en bas-relief. Figures, portrait en bas-relief, — Et à Relief, Ouvragede relief, de demi-relief, de bas-relief.

Nous pensons qu'il est bien de mettre un tiret à bas-relief employé substantivement (un bas-relief), mais seulement dans ce cas-là, et nous n'en mettrions pas dans les locutions figures, portrait en bas relief, ouvrage de bas relief, pas plus qu'à haut relief, plein relief, ouvrages de ronde bosse (à l'article Bosse ), où l'Académie n'en met pas.

BATARDEAU, BATARDIERE, BÂTARDISE. — Ges trois mots devraient s'écrire de la même manière à la première syllabe, puisqu'ils ont le même radical : bâtard,

BÂTIR, V. a... Fig. et fam. Un homme bien bâti; mal bâti. Un homme bien fait, naal fait. ,0n dit quelquefois substantivement. Un grand mal bâti. On écrit aussi Malbâti, en un seul mot.

Il nous semble qu'il y a une différence à établir pour l'orthographe, suivant que ces deux mots sont employés comme qualificatifs, c'està-dire adjectivement, ou bien substantivement. Dans le premier cas ils doivent être écrits séparément, car il n'y a pas de raison pour écrire en deux mots un palais mal bâti, une maison mal bâ.tie, et en un seul U7i homme malbàti, une femme malbàtie. Dans le second cas, au contraire, nous pensons qu'on doit réunir les deux mots en un seuL

— Il fMidrait done« soivant ncms, rectifier Torthographe de ce qualificatif dans les exemples suivants, où il est écrit en un seul mot : (à Fait, part, de Faikc) Un pê^ homme mal ftmt et «albAti. ( à Hallbbreda) Term« de iii^rit qai se dit d*une granéB femme haliAtic - (à fifAmsoDiN) €roi marsmêin, vikUn marsouin, se dit d'uB homme laid, MALBÀTi et malpropre K

BATTRE. — Autrefois on écrivait ce verbe avec un seul l {batre). La conjugaison y gagnait l)eauGOup, en ee sens qu'elle était régulière; les dérivés et les composés y gagnaient également, car Torthographe en était uniforme, tandis qu'aujourd'hui les uns et les autres sont livrés à l'anarchie. Ainsi Ton écrit battement, batteur, battoir, etc., avec deux l, et bataille, bataillon, etc., avec un seul; battage^ abattement, abétttenr, abattoir, abattures, avec deux t, et abatage, abatée, abatis, avec un seul ; — on en met également deux à battre, abaUre, combattre, débattre, s'ébattre, et Ton n'en met qu'un à embatre, emhatage; — enfin l'Académie écrit sole battvs en deux mots et avec deux t, et quand elle en lait un seul mot, elle ne met plus qu'un / ; solbatu (clieval), solbature (maladie du cheval solbatu)^ et elle ajoute « On dit plus ordinairement sole battue » .

BÂTanèiifi. (On prononce Baïadère^) bayart. <0n prononce et quelques-uns écrivent, Baïart. ) — Puisqu'pn a substitué l'ï à l'y dans aïeul, baïonnette, caïeu, camaïeu, faïence, païen, etc., pour conformer l'orthographe à la prononciation , il serait convenable d'en faire autant dans les autres mots qui ne présentent pas cette harmonie. : hayadère, bayart, repayer, où l'Académie dit qu'on prononce comme s'il y avait un ï, et cacaoyer, cacaoyère, r4nteouyer, etc., où probablement Vy ne représente pas deux ».

BEAU ou BEir^ BELLE... (p. i7/i, col. 3) Vous me la donnez belle. Vous me trompez, vous vous moquez, etc. — (p. 175, col. 2) Vous me la baillez belle,\ovLS voulez m'en faire accroire.

Ces deux phrases à peu près identiques sont séparées par 90 lignes ; cela nous paraît fâcheux, et malheureusement de pareils exemples ne sont pas rares. A l'article Œil on voit également à 80 lignes de distance ces deux locutions : Couver des yeux une personne, une chose, et Manger/dévorer quelqu'un des yeua:. Manger, dévorer quelqiœ chose des yeux, qui signifient, Regarder avec intérêt, avec cùnrplalsance... ; attacher avec plaisir des regards attentifs et en quelque sorte avides, sur...

1. On s'étonnera peat-être que nous é&mmaiiant qu'oa écrive mal èâti en deux mets , tandis que nou» écrivons malpropre en un seul. — Noas répondrons ^e dans ies qualificatifs où mal a le sens «te non, nous sommes moins choqué de le voir joint à l'adiectif, coauoÉe dans malaisé, malhabile, malheureux, malhonnête, malpropre, malsain, etc. , qui tàgaà&tnt non 9i$é, non habile, non heureux, etc. ; mais que dans ceux où mal conserve son sens propre il doit en être séparé , comme dans mal bâti, mal fait, mal famé, mal intentionné, etc. Nulle part l'Académie n'a écrit un homme malfait { en un seul mot^ et aile a ea .gcandement raison ; il tant «uivre le même principe pour mal bâti, qui signifie Kal iait, mal formé.

Véchapper belle *, Éviter heureusement un péril dont on était menacé*. Fest-ce pas plutôt, « Sortir heureusement D'un péril...»? L'Académie dit elle-même qu'échapper signifie « S'évader, s'esquiver, se sauver des mains de quelqu'un, d'une prison, de quelque péril, etc. » Or on ne peut pas dire que celui qui se sauve des mains de quelqu'un ou d^une prison a évité ces mains ou la prison ; il en est sorti, il s'en est tiré. Et de même celui qui a échappé au naufrage, au feu, s'en est tiré, mais on ne dira pas qu'il l'a évité.

BEAUCOUP... // s'en faut beaucmip. Il y a une grande différence. Le cadet n'est pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup. — // s'en faut de beaucoup, La quantité qui devrait y être n'y est pas à beaucoup près. Vous croyez m'avoir tout rendu, il s'en faut de beaucoup. Au premier abord , cette règle paraît être aussi facile à suivre qu'à comprendre ; mais malheureusement il n'en est rien , parce que les phrases auxquelles il faut l'appliquer ne sont pas toutes construites de la même manière ni composées des mêmes termes ; en voici quelques preuves tirées du Dictionnaire de l'Académie. Si elle dit, conformément à la règle ci-dessus :

(à Falloir) Il s'en faut beaucoup que Vun soit du mérite de l'autre, Id. Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet, (à Falloir, Peu) Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein, (à Guère) // ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein^;

d'un autre côté elle dit :

(à Falloir) Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme entière n'y soit. (à Travers) Il s'en faut deux travers de doigt que ces planches ne se joignent;

phrases où il nous semble qu'il s'agit de quantités qui manquent, et où il faudrait : il s'en faut de tant, il s'en faut de deux travers de doigt. — Et dans les suivantes, où le sens est figuré, que faudra-t-il faire? faut-il, comme l'a fait l'Académie, supprimer de :

(à Falloir) // s'en fallait peu qu'il n'eût achevé.

(à Peu ) Il s'en faut peu de chose que cela n'aille. Id, Il s^en faut peu que je ne vous blâme '.

Voy. Ne , sous le rapport de la négation employée ou supprimée.

1. Voici une variante qui se trouve au verbe Manquer : « Fam. //avoir manqué belle, Ayoït échappé à un grand danger. La balle a percé votre cliapeau, vous l'avez manqué belle. Il a fait une chute à se ca^er le cou, il l*a manqué belle. Il allait confier ses affaires d un fripon, il l*a manqué belle». —Nous croyons que l'usage général est d'employer échapper au lieu de manquer dans ces phrases et autres analogues.

Page 1