CONJUGAISON
DBS VERBES TERMINÉS PAR ayer, oycr, uyer.
Dans les verbes terminés en oyer, uyer, l'Académie met toujours on «simple devant Ve muet, comme dans les substantifs; elle écrit^ donc : je tutoie, je nettoierai, que j'envoie ; j^ appuie, j'ennuierai, que j'essuie; — joie, voie, soierie, pluie, suie, essuie-^main, etc.
Mais dans les verbes terminés en ayer, la règle n'est plus la même. L'Académie donne toujours, il est vrai, pour paradigme le verbe payer, où elle admet Vi cbmme variante de Vy { Je paye, tu payes, il paye ou il paie ; ils payent ou ils paient. Je payerai ou je paierai ou je pairai)\ mais toujours aussi, malgré cela, elle emploie Ty^ comme on peut le voir, surtout aux verbes balayer, bégayer, effrayer, etc. Ainsi donc il faut écrire avec un i, la monnaie, une étaie, une effraie, une raie ^, etc., et avec un y, je monnaye, j'étaye,, j'effraye, je raye.
— Puisqu'elle dit elle-même, au verbe Avoir « L'ortiographe aye, que
l. Le» mots pteye, eipaye, abbaye, sottt le» seul» qui se terminent par aye. Abbaye se prononce abéie; eipaye se prononce cipOrye, ou cipa-ie ( Voy. Çipayb) ; conséquemment ces deux mots n'ont aucun rapport avec paye, et leur prononciation suffit pour prouver que ce dernier doit changer d'orthographe. Bientôt sans doute l'Académie y substituera l't* à l'y, comme elle Va fait depuis iongteinp» powt tes mot» itéUe, effhiiU, monnaie, raie, etc. ' ^ '
i*a^e, de TimpéraUf et du subjonctif, n'est plus guère usitée : on écrit généralement aie^ que foie » ^ il est à désirer qu'elle renonce à 1^ pour les verbes avoir ^ payer j et tous ceux qui se conjuguent sur ce demien
DES VERBES TERMINÉS PAR eler,
La langue française a une soixantaine de verbes terminés par eler, mais ils ne se conjuguent pas tous de la même manière : devant un e muet, les uns doublent la lettre Ij les autres prennent un è avant cette consonne. L'Académie n'a indiqué la manière de conjuguer que pour une moitié de ces verbes. Elle met un accent grave à la voyelle qui précède VI dans les verbes celer (et déceler), hourreler, écarte- 1er, geler (et les composés congeler j dégeler), harceler j marteler, modeler, peler. Elle écrit donc je cèle, je gèle, je harcèle, etc. — Elle double la lettre l dans amonceler, appeler (et rappeler), atteler (et dételer) , chanceler, ensorceler, étinceler, ficeler, grommeler, se grwmeler (et s'engrumeler), javeler (et enjaveler), niveler, renouveler, ruisseler; et elle écrit j'amoncelle, j'appelle, j'attelle, etc.
Reste à savoir comment doivent être conjugués agneler, bosseler, botteler, bretteler, canneler, carreler, chapeler, ciseler, cordeler, créneler, décheveler, démanteler, s'encasteler, enchanteler, épeler, greneler, et les composés. Faut-il écrire /e cisèle, ou je ciselle; j'épelle, ou j'épèle f — Quelques verbes ont un substantif qui , au premier abord, semble devoir diriger pour l'orthographe du verbe lui-même; ainsi morcellement, épellation, paraissent indiquer qu'on doit écrire je morcelle, j'épelle ; — démantèlement, grivèlerie, porteront à écrire je démantèle, je grivèle. — Cependant ces inductions pourraient n'être pas exactes; car si l'Académie écrit modèle et je modèle, ficelle et je ficelle, d'un autre côté elle écrit avec deux / le substantif bourrelie, tandis que dans le verbe elle met l'accent grave : la conscience bourrelé les méchants; de même qu'elle écrit une trompette, une étiguette, et j'étiquete, l'aigle trompeté» Elle écrit encore une épousselte, et je V épousseterai bien; mais ici l'on ne sait ce qui manque, l'accent grave ou le t.
DES VERBES TERMINÉS PAR Ctcr.
De tous les verbes de cette terminaison il n'y a que dix radicaux où l'Académie indique la manière dont ils doivent être conjugués dans les temps où le t est suivi d'un e muet. Elle met un accent grave à la syllabe précédente dans les verbes acheter (et son composé racheter)^ becqueter, décolleter (au verbe colleter, elle ne donne pas d'exemple où le t soit suivi d'un e muet), étiqueter; elle écrit donc j'achète, ils se becquètent, un habit qui décolleté, les apothicaires étiquetent^. — Elle double le t dans cacheter, coqueter, jeter (et dans les composés se dé jeter, for jeter, projeter, rejeter) , mugueter, souffleter, et teter (Voy. ce mot) ; elle écrit : je cachette; elle coquette tout le jour; il
mugueite t&utes les femmes de son quartier; elle soufflette son enfant,.,; cet enfant tette bien, — On peut sans douté ajouter à ces derniers le verbe caqueter j puisque au mot Gaqcbteur, eusb, elle écrit « Celui qui caquette et babille beaucoup », — et aux premiers les verbes cro^ cheter, haleter, puisque au mot Grogheteur elle écrit a Celui qui crochète » et à PANTEtANT, « Qui halète ».
Pour les verbes aiguilleter, banqueter^ biUeter, bomteter, breveter, briquster, cliqueter, coupleter, craqueter, déchiqueter, empaqueter et dépaqueter, feuilleter, fureter, gobeter, guillemeter, haleter, marqueter, moueheter, parqvster, pocheter, rapiéceter, saveter, tacheter, voleter, vergeter, voleter, elle ne dit rien; on ne sait si Ton doit écrire, par exemple, f empaquette, je feuillette, on f empaqueté, je feuilleté; — je furète, je guillemète, ou je furette, je guillemette. Nous avons vu plus haut que l'orthographe des substantifs n'est point un guide sûr pour celle qu'on serait tenté de mettre aux verbes.
GOBiNAiTBE, V. a... CONNU, UB, participe. Le monde connu. Le plus grand des animaux connm. Il n'y a rien de si connu. C'est un homme connu par son mérite. Ce nom m'est connu. — L'Académie omet souvent d'indiquer les diverses manières dont les mots peuvent être employés, les compléments des verbes, etc. Ici elle ne nous apprend pas s'il faut dire qu'un homme est connu ^e tous les savants ou par tous les savants; elle nous laisse ignorer s'il est correct ou non de dire que tel savant est surtout connu pour certains ouvrages, tel magistrat pour son intégrité, sa sévérité, son équité. Où cherchera-t-on ces règles, si ce n'est dans le Dictionnaire de l'Académie? Voy. Re-
NOUMÉ.
CONSONNE. •• Vx est une consonne double qui équivaut à â:s. — Il nous semble qu'il aurait mieux valu dire : « L'a? est une consonne double dont la prononciation varie ; dans certains mots, elle équivaut à ks; dans d'autres, à gz, au c dur, à Y s forte, au 2- ou à Vs adoucie. Voyez X ». En effet à l'article X on trouvera des exemples de ces diverses prononciations, et de plus on y verra que dans certains mots celle de Vx final est complètement nulle.
CONSTATER, V. a. — Ce verbe a besoin d'un substantif qui est employé tous les jours non-seulement au barreau, mais encore dans la conversation. Ce que je vous dis là ce n'est pas une conjeotf4re, c'est la coNSTAiTATiON d'un fait.
- CONTINUER. Poursuivre ce qui est commencé. Continuer à faire, à dire, de dire, de faire. — Il signifie aussi Persévérer dans une habitude. Continuez à bien faire, et vous vous en trouverez bien.. Si vous continuez à boire, vous ruinerez votre santé.
A ces lignes nous ajouterons ce qu'on lit à l'article k.
« Continuer à suppose une action commencée, et que l'on continue.
Je vais ctmtimter à écrire ma lettre. Nous aiUms eantinuer à j&uer,
« Continuer de désigne une action répétée par intervalles et qu'on a rhabitade de faire. Mon frère continue de jouer. Je ne covUinuerad pas longtemps de voir cet homme-là. »
Il nous semble que dans ces deux exemples « Si vous continuez i boire vous ruinerez votre santé, et Mon frère continue de jouer », de et à sont employés absolument dans le même sens, et contredkent la règle qu'a donnée l'Académie. Voy. Commencer à, à l'article À.
CONTINUITÉ. {U et I font deux syllabes. ) — Cette remarque n'intéresse guère que les poètes ; mais puisque l'Académie Ta jugée utile, il aurait été bon de la faire également aux mots amuUé, ingénuité, ténuité, assiduité, viduité, perpétuité, etc., qui doivent être dans le même cas.
CONTRACTE, adj. — Voy. Compacte.
CONTRACTER 9 V. a. — Ce \cerbe a deux acceptions fort différentes. Pour le sens de Resserrer, diminuer le volume, etc., au propre et au figuré, on a le substantif correspondant contraction; mais pour le sens le plus usité, celui de Faire une convention avec quelxju'un, de prendre des habitudes, de gagner des maladies, etc., il n'y a pas de substantif, et les néologues eux-mêmes n'en ont pas encore proposé, du moins que nous connaissions. Mous nous permettrons donc d'indiquer le moi conlractation^,(\[jL on trouve dans quelques dictionnaires comme étant un terme d'ancienne législation espagnole. Nous ne voyons rien de choquant dans les locutions la contractation d*un mariage, d'ime aliiance, d'un engagement, d'une obligation, d'une dette, d'habitudes bonnes ou mauvaises, etc. etc. Voy. Transvaser.
CONTRAPONTISTE, S. m. T. de Musique. Il se dit d'un compositeur qui connaît les règles du contre-point. Ce compositeur est bon centrapontiste. Il n'est pas contrapontiste. — Il est surprenant que l'Académie ne mentionne ni ici ni à son rang alphabétique le mot contrepovntiste *, qui, formé régulièrement, nous paraît bien préférable : il a, du moins, pour radicaux c(mtre et point, et non contra, pmictum. — Contrapontiste n'est ni français, ni latin, ni italien; c'est un terme de fantaisie, plus usité peut-être que contrepointiste, mais qui à coup sûr n'est pas meilleur.
CONTRE -BALANCER, CONTRECARRER; CmiTRE- ESPALIER, CON- TRESCARPE; C<mTRE-ORI>RE, CONTREMANDER ; ~ CONTREYALLA- TION, CONTRE- fort; CONTRALTO, CONTRE -BASSE; COBTTRAPON-
TISTE, CONTRE-POINT, etc. — Cos différents mots nous semblent être
1. Les verbes accqpter, affecter, intercepter, ont pour substantifs acceptation et acception; afféoUUion et affection; interception et interceptation. (Ce dernier mot n'est pas encore adopté par l'Académie.) ^vlrovotcr a deux dérivés qm sont sjrnoayme» : etAravamHon et extravasion, moins usité.
2. Nous écririons sans tiret contrepoint et contrepointiste, parce qu'il s'agit ici d'application et non d'opposition ( Voy. Coimui-BALANCBB, etc.). Les premiers harmonistes, pour indiquer l'iatonatioa sur les portées, j mettaient des points contre des points.
dans des conditions respectives tout à fait analogues, et demander à être écrits de la même manière. Peut-être serait-il convenable de distinguer contre marquant l'opposition, de contre indiquant l'application d'une chose sur une autre. Le premier serait séparé du substantif par un tiret, le second s'y joindrait immédiatement; ainsi l'on écrirait contre-batterie j contre-courant , contre-finesse j contre- jour j contre-marckej contres-mine , contre-partie j contre-poil j contre-rétolutianj contre -ru^e, contre- sens ^ etc.; mais on écrirait sans tiret contrebouteTj contrechâssis , contreelef, contrecoeur (d'une cheminée), contre fiche j contrefort ^ contrelatte ^ contremur, contreplatinCj contresangîon, contreterrasse, etc. Par extension, on suivrait cette même orthographe pour les personnes ou les choses en sous-ordre : contremaître, contremarque j contreseing, etc.
CONTREBANDE. CONTREDANSE. — Autrefois l'Académie écrivait ces deux mots avec un tiret (contre-bande, contre-danse); a-t-elle bien fait de le supprimer? Nous le croyons pour le premier, parce que bande n'est pas français dans cette acception (Voy. Fer-blanc, Ferblantier). Quant au seêond, que nous regardons, non comme une traduction des mots anglais country dance (danse de campagne), ainsi que le prétendent quelques lexicographes , mais comme un mot français qui exprime très-bien que les personnes qui exécutent cette danse sont en face les unes des autres, nous pensons qu'il devrait prendre le tiret comme contre-espalier^ contre-batterie , etc. Nous écririons donc Contrebande sans tiret et Contre-dànse avec un tiret.
CONTRE -BASSE, S. f. Grosse basse sur laquelle on joue la même partie que celle de la basse, mais qui sonne une octave au-dessous de la basse ordinaire, et par conséquent deux octaves au-dessous du violon. Jouer de la contre -basse. Il y a quatre contre -basses, huit contre-basses dans cet orchestre.
Tous les dictionnaires, il est vrai, donnent contre-basse avec un tiret; mais nous croyons que c'est uniquement parce qu'on a copié sans réflexion le Dictionnaire de l'Académie. En effet, la contre-basse n'est pas l'opposé de la basse comme le contre-poison est l'opposé du poison ; c'est la basse ou l'octave de la basse, comme le contralto est la basse ou l'octave du soprano, c'est-à-dire des voix de femme. Nous pensons donc qu'il faut écrire contrebasse en seul mot, comme on le fait pour contralto. L'Académie elle-même l'écrit ainsi une fois à l'article ÂME, deux fois à Archet, et cette orthographe, pour n'être donnée qu'accidentellement, n'en est pas moins bonne.
Ces variantes nous ont engagé à donner ici la liste des mots composés ou des locutions qu'on trouve écrits diversement .dans le Dictionnaire de l'Académie éuivant l'article où on les cherche : les uns en un seul mot, ou en deux avec ou sans tiret; les autres en deux ou trois mots avec ou sans tirets. Nous avons placé dans la première colonne l'orthographe qui nous a semblé la plus convenable, et l'on
trouvera dans le cours de cet ouvragé les raisons qui nous ont décidé pour telle variante plutôt que pour telle autre dans les mots qui ont le plus d*importance : maitre autel à autel; plus-value à Value; pot-^-vin à ViH, etc.
L'Académie écrit :
à AfiATC,
à Amb, AlCHBT,
à ANGIOSPEKMBf
à son rang alphabétique y
à Apprendre t à Aronde,
à Bonnet,
à BoDiLLON, Draper, Epi à Branche, Acanthe, à son rang,
à GONTE,
à son rsmg, à Culot, à DÈS, Lors, à Dire,
à DOCTEDR,
à Ddc,
à Fleuriste,
à son rang,
à Hadt,
à son rang,
à Lait, Petit, etc. ,
à son rang,
à MaItre,
à son rang,
Id.
Id.
Id.
à Oreille, à Pater, à Petit,
à son rang, à Plus,
à son rang,
à Pot,
à son rang,
à Odote , OooTiTÉ , etc. ,
à son rang,
à SAINT,CONGRÉGATION,etC.i
i son rang,
à Sceau,
à iHÉàTRE, Figurant,
agate-onyx, contrebasse.
mnfle-de-yeaa , plante.
atout (je fais, je joue).
mal appris (homme).
à queue d'aronde (assemblage).
bonnet-de-prêtre, bonnetà-prêtre, t. de fortifie.
bonnet-à -prêtre, plante.
, bouillon-blanc,. ;>/anfo.
branche-ursine, plante.
chiendent, plante.
conte de Peau-d'àne.
contre-poison.
le dernier né.
dès là.
le bien-faire vaut mieux que le bien-dire.
docteur- régent.
^and-dnc.
jardinier fleuriste.
gorge-de-pigeon (taffetas)
haut le pied (renvoyer des chevaux).
haut-de-chausses.
halte là.
petit-lait.
mainmorte.
maître autel.
Mont-Joie Saint-Denis.
morte-eau.
morte-saison . ^
nec plus ultra et non pins ultra.
oreille-de-souris, plante.
rie à rie.
petits-pieds , t. de rôtisseur.
plus-value.
portefaix.
pot-de-vin , cadeau.
qu'en-dira-t-on (le).
quote-part.
reine-margnerite, plante.
, saint-office (le).
sans-dent ( une vieille ).
sceau-de-Salomon , plante.
Théâtre-Français.
Bile écrit :
à Ontx,
à son rang alphabétique , à Mufle, Muflier, à Tout,
à son rang, à Queue,
à Prêtre, ,
à Fusain , Prêtre ,
à Molène, à Berce, à Dent, à Ane, Peau, à Antidote, à Nourrice, à Là, à Bien-dire,
à RéGENT,
à Cour, Règne, à Jardinier, à Pigeon,
à Pied,
Porter, Halte, Beurre , Mourir , Autel, Cri , Crier , Mourir,
Id.
Non...
Myosotis, son rang, Petit, Pied,
Value, Gagne-denier, Vin, Dire,
Part, Pater , Marguerite , Office , Dent,
à Grenouillbt,
à LOGE,RELàCHE,
agate onyx •.
contre-basse, mufle de veau, faire à tout , jooer à
tout», mal-appris'.
"à queue-d'aronde.
bonnet de prêtre , bonnet à prêtre.
, bonnet à piètre.
bouillon blanc.
branche nrsine.
chien-dent.
conte de Peau d'âne*.
contrefMison.
le dernier-né ^.
dès-là «.
le bien faire, le bien dire'.
docteur régent.
^and duc.
jardinier-fleuriste *.
gorge de pigeon (taffetas).
haut-le-pied ».
haut de chausses, halte-là «•.
petit lait, main-morte, maitre-autel ".
Montjoie Saint-Denis morte eau.' morte saison, non - plus - nltrà et nec-plus-ultrà ".
oreille de sooris.
ric-à-ric ".
petits piçds '*.
plus value **.
porte-faix, pot de vin *8.
qu'en dira-t-on (le) " .
qnote part '•.
reine marguerite '».
saint office (le)*», une vieille sans
dents*', sceau de Salomon.
Théâtre Français".
1. Nous n'avons pas mis dans cette liste les mots dont l'orthographe nous a paru être le résultat d'une faute typographique, comme colle-forte avec un tiret ; bouté rimes, rez de chaussée, sans tirets, etc.
2 à 22. Voyez les articles indiqués aux chiffres suivants : (2) Atout. — (3) Mal-appris. — - (4) Peau.— (5) Dernier.— (6) Là.— (7) Bikn-dirb.— (8) Jardinier.— (9) Pied.— (10) Halte.— (II) Autel.— (12) Non-plus-ultra.— (13) Ric-a-ric — (14) Pbxit.— (15) Value.— (16) Vin.— (17) Qu'bn-dira-t-on. — (18) Quotb. — (19) MAROUERrre. — (20) Office. — (21) Sans-dent.
— (22) RBLàCHB.
Nous aurions pu augmenter sensiblement cette liste des variantes sous le rapport du tiret, en y joignant celles que présentent les noms de couleurs employés adjectivement, comme Cheval gris -pommelé on gris pommelé; couleur gris-de-perle, des bas de soie gris de perle; étoffe gris-de-lin, ruban gris de lin, etc.; mais nous préférons renvoyer nos lecteurs à l'article Gris , où ils trouveront réunies toutes ces disparates.
CONTREDIRE, V. a. (On dit à la seconde personne du pluriel du présent de l'indicatif, Fows contredisez. A l'égard du reste, il se conjugue comme Dire.) — Il fallait dire : du présent de l'indicatif et de l'impératif, car on pourrait croire que ce dernier temps se conjugue comme dans le verbe Dire. Voy. Dire.
CONTUMAX, adj. des deux genres. T. de Jurispr. criminelle. Accusé ou prévenu qui est en état de contumace, qui s'est soustrait par la fuite aux recherches de la justice... // est contumax. Elle a été déclarée contuma>x, — Il s'emploie aussi substantivement. Le contumace.
La quatrième édition porte contumace, et nous préférons de beaucoup cette variante , parce qu'elle a pour analogues efficace, fugace, loquace, perspicace, rapace, sagace, vivace, vorace, etc., tandis que contumax est le seul adjectif de cette terminaison. Il est à remarquer qu'en latin tous ces adjectifs se terminent par ax comme contumax, et l'Académie a bien fait de les franciser. Qu'on laisse donc au barreau contu?nax, préfix, etc., mais que daiis le langage ordinaire on dise et Ton écrive contumace, préfixe, etc. Si l'on nous objectait que le mot contumax a été rétabli pour le distinguer du substantif féminin contumace, nous pourrions répondre que le mot efficace est également adjectif et substantif féminin.
COPAYER, s. m. (On prononce et quelques-uns écrivent Copaïer.) T. de Botan. Arbre fort haut... — Puisqu'on prononce copaïer, il y aurait avantage à l'écrire ainsi. Voy. Bayadère.
COPULATION... La copulation chamelle est défendue hors le m!ariage. — Qu'à l'article Hors l'Académie dise que « dans certaines façons de parler familières on emploie hors sans le faire suivre de la particule de. Il est logé hors la barrière » , cela se comprend ; mais quand c'est elle qui parle, elle devrait ne jamais autoriser par son exemple les infractions à H règle ^. La phrase ci-dessus ne rentre point dans les façons de parler familières, et conséquemment il fallait dire : La copulation charnelle est défendus hors du mariage.
COQ... Coq d'Inde, le mâle de la dinde. — Ne fallait-il pas ajouter : « Lorsqu'il est jeune, on l'appelle Poulet d'Inde » ? Voy. Poulet.
COQUE, s. f. Enveloppe extérieure de l'œuf. Le poussin becquetait déjà la coque. Les poulets, les perdreaux, courent au sortir de la
I. C'est ainsi, par exemple, que dans l'une des acceptions de Noix elle dit : « Procht la jointore dec deux ot > au lieu de « près de la jointure... >
coqite.— Il aurait été utile d'ajouter « On dit aussi coquille », car c'est, croyons-nous, la locution la plus usitée, excepté dans la phrase Œuf à la coque; cependant ce n'est que vers la fin de l'article Coquille qu'on trouve cette espèce de synonymie : « Coquille se dit pareillement des coques d'œufs, de noix, d'amandes, etc., principalement quand elles sont vides, rompues, cassées. Quand on a fini de manger un œuf à la coque , l'usage est de briser la coquille ».
L'Académie dit encore : « Ne faire que sortir de la coque. Être encore très-jeune » ; — et à l'article Coquille, mais dans ce qui concerne les testacés, elle met « Ne faire que ^ sortir de la coquille, Être fort jeune et sans expérience ».
COQUE... Coqy^ du Levant, Fruit d'un arbre des Indes... qui a la propriété d'ENivRER les poissons, de manière qu'on peut les pêcher à la main. — A l'article Mortel on lit : « La coque du Levant est mortelle aux poissons, pour les poissons ».
COQUE... se dit aussi de l'enveloppe ligneuse de la noix *, de l'amande, etc. Coqvs de noix. Je n'en donnerais pas une coque de noix. — A l'article Noix on ne retrouve pas le mot coque : « Écale, coquille de noix. Le zeste d'une noix » .
CORBILLAT. Le petit du corbeau. — L'Académie écrit comillas, le petit d'une corneille. Comme elle a préféré l's pour les mots cadenas, cannelas, altercas , etc., qui autrefois se terminaient par un t, il est probable que dans la prochaine édition elle écrira de même corbillas,
CORELIGIONNAIRE. — On écrit corrélation, corrélatif, correspondant, etc., avec deux r; coreligionnaire nous semble demander ou deux r, ou du moins un tiret : co-religionnaire.
COTEA1T. Autrefois on écrivait coteau, comme côte, côtier, côtoyer; mais la prononciation a prévalu sur l'analogie avec le radical et les autres dérivés.
COTYLÉDONÉ, EE. — Cet adjectif prend un (^ à la dernière syllabe, mais ses composés prennent un e muet : acotylédone, monocotylédmie, dicotylédone, etc.
r. Ne faire que sortir de la coque; ne faire que sortir de la coquille. — D'après ce que l'Académie nous apprend au verbe Fairb , il fallait dire Ne faire que db sortir, car il s'agit ici d'une action récente ( Ne faire que db sortir, que D'arriver, que db s'éveiller, etc., n'ôtre sorti, arrivé, éveillé, etc., que depuis très-peu de temps. Acad.), et non d'une action instantanée, immédiatement suivie d'une autre ou d'un résultat quelconque, comme dans ces phrases : Je ne fis que le toucher, et il tomba. Il n*a fait que paraître et disparaître.
2. Il nous semble qu'il y a un grand inconvénient à donner à un mot des acceptions pour lesquelles il a des synonymes beaucoup plus connus et qui. préviendraient les quiproquos. Tel, est le mot coque, que l'Académie emploie en parlant des coquilles de noix , d'amandes , tandis que coquille est bien suffisant; — puis elle Iviifait signifier L'enveloppe extérieure de la noix, pour laquelle on. a les synonymes brou, qui est connu de tout le monde, et ècale qui, l'est moins ; et encore , pour être certain que l'Académie a voulu parler de l'enreloppe extérieure il faut avoir lu la définition de Racinage : « Décoction d'écorca, de feuilles do noyer ( Voyez Racinagb) , de coques de noix, propre pour la teinture ».
OOCLBR, V. a. Flaer. Ce rm$$eau,ceUe fontaine coule doucement, ete, -r Dans cette acception, lisez : v. n.
cetiLEUVRE... Avaler des coiUetivres, Recevoir des dégoûts, des chagrins, d^ mortifications qu'on est obligé de dissimuler, dont on n'ose se plaindre. // a bien avalé des couleuvres. On lui a fait avaler BIEN des coîdeuvres. En plaçant Tadverbe bien entre l'auxiliaire et le participe dans le premier exemple, on lu! fait signifier non pas multum, mais etiam, quidetn, imà, quin etiam, etc. Il en est de même de cette phrase, qu'on trouve à Angoisse et à Poire : // lui a bien fait avaler des poires d'angoisse. Voy. Bien.
comxiiR, s. m. Écnelle ordinairement de bois, qui a, au lieu de fond, une pièce de linge par où on coule le lait en le tirant.— Passage de dégagement d'un appartement à un autre. — Dans les salles de spectacle. Passages pratiqués derrière les loges. — En termes d'Anatomie, Conduits par lesquels s'écoulent certaines humeurs. Les couloirs de la bile. Ce sens vieillit. — couloire, s. f. Vaisseau propre à faire passer, à faire égoutter la partie la plus liquide ou le suc de quelque substance qu'ion veut en séparer. Couloire d'apothicaire.
Il serait plus naturel de donner la même orthographe et le même genre aux deux vases qui servent aux vachers et aux pharmaciens, que d'assimiler le vase des premiers à des passages de dégagement et aux conduits de la bile. Voy. Vérine.
COUP... Il a été le plus fort, il a porté les coups j se dit d'un homme qui a été battu par un autre. — Ce proverbe, qui se retrouve à l'article Porter , est du nombre de ceux qu'on ne met que pour grossir un volume ou pour dérider un instant le front du lecteur. Et encore y a-t-il amphibologie; car l'homme dont on parle a pu porter (donner) les coups, et dans ce cas il aurait été réellement le plus fort. Pour exprimer qu'il a été battu, il faudrait dire qu'il a supporté les coups.
COUPE. COUVERT... Coupe d'or, de vermeil doré. Couvert de vermeil doré. — Supprimez doré. Voy. Bras.
COUPER... Fig. et fam.. Couper le sifflet à quelqu'un. Le rendre muet, le mettre hors d'état de répondre.— Cette expressiofi figurée ne s'emploie-t-elle pas aussi pour signifier Couper la parole à quelqu'un, c'est-à-dire l'interrompre dans son discours? Nous le croyons beaucoup, et peut-être même cette dernière acception est-elle plus usitée que l'autre.
COURANT— Tout^ourant, loc. adv. Très-vite, en toute hâte. On vint m'avertir qu'il était chez moi, je. m'y rendis tout-courant. — Il signifie aussi Sans hésiter, sans peine, facilement. H lit tout-courant. Il récita cela tout-courant. H joue mieux que lui, il le gagne tout-courant.
Nous croyons que pour le sens propre tout-courant est une locution très-familière qui serait fort bien remplacée par en courant. — Dans le sens figuré. Il Ut tout-courant. Il récita cela tout-courant, l'expression couramment^ nous semble préférable. Nous lisons dans la même
— Tapage du Dictionnaire, // lit couramment; à Lire , Lire couramment j et à Solfier, // solfie déjà tout couramment (sans tiret). Quant à // le gagne tout-courant^ c'est probablement une expression rare, et qu'on eût aussi bien fait de ne pas admettre. — Dans toutes ces phrases le tiret nous paraît au moins inutile.
COURRIER. — On écrit avec une seule r, courant j courante ^ coureur, courir et tous ses composés accourir^ concourir, pafcowrir, recourir, etc.; mais on en met deux à cwirrier, cowrrUre.
COURS, s. m. COURT, adv... Cours se dit figurément de la direction, de la marche que prennent certaines choses, ou qu'on leur donne... Arrêter le cours d'une doctrine pernicieuse. Couper cours à l'erreur. Je coupai cours à la discussion, en leur disant.., — Court, adv. Fig. et fam.. Couper court. Abréger son discours. Monsieur, point tant de paroles, coupez court, — Fig. et fam.. Couper court à quelqu'un. Le quitter brusquement, en lui faisant une réponse brève et décisive. Je lui coupai court.
Nous croyons que l'usage le plus général est d'écrire couper court à l'erreur, à une discussion, etc. ; nous osons même dire que nous n'avons jamais yxo^ouper cours que dans le Dictionnaire dellÂcadémie et que .nous avons été fort surpris de ne pas trouver ces locutions à l'adverbe court, auquel l'Académie donne des acceptions bien différentes. Certainement l'orthographe couper cours n'est pas choquante ; mais l'autre orthographe fait plus image que celle-ci , et nous pensons qu'il serait mieux d'employer couper court dans toutes les acceptions. COURT, COURTE, adj... CouRT s'cmploic aussi adverbialement. H lui coupa les cheveux très-court, trop court, si court, que... Cette période est coupée' trop court. — Il est bien évident qu'on ne pourrait pas dire Cette période est coupée trop courte ; mais sans cet exemple, qui semble prouver que dans le premier et dans les phrases analogues il faut faire de court un adverbe et le laisser invariable, on serait fort embarrassé sur l'emploi de ce mot. Cela est si vrai, que sur quatre exemples que nous avons recueillis il n'y a que celui de l'article Moucher qui soit absolument conforme à la règle ci-dessus , et encore cette c(Miformité ne tient-elle peut-être qu'à ce qu'il s'agit d'un substantif féminin :
(à Moucher) Vous avez mouché cette chandelle trop court, trop près.
(à Tailler) On nous a taillé nos morceaux bien courts, bien court, etc., c'est-à-dire, on nous a bien limité notre dépense.
(à Morceau) Tailler les morceaux bien courts à quelqu*un, lui faire sa part bien petite.
(à Bretaider) Bretauder les cheveux de quelqu'un, les lui couper trop courts. . .
COURT, adverbe. — On regrette de ne pas trouver dans cet article l'expression court-vêtu employée par La fontaine (liv. X, fable 7) : Légère et court-vétue , elle allait à grands pas...
COURTÇ-POINTE, S. f. Couverture de parade, qu'on place sur un lit. — On disait autrefois cmttre-^ointe, parce que cette sorte de couverture est piquée (ornée de points ordinairement rangés en losange, pour unir les deux tissus dont elle est composée), et l'on avait le correspondant contre-pointierj ière, pour qualifier les artisans qui les faisaient. Aujourd'hui l'usage veut qu'on dise courte-jointe; mais l'Académie ne donne pas de mot correspondant pour le nom de ceux qui les fabriquent*.
COURTOIS, OISE, adj... Courtois aux damez, envers les dames. — Ne peut-on pas dire Être courtois avec les dames. Il n'est courtois AVEC personne ?
COUSIN, ISE^ s... Cousins issus de germain. — Nous pensons qu'il faut écrire germains, au pluriel, puisque les cousins sont issus de deux cousins germains. Voy. Germain.
COÛTER, v.n... Le verbe coûter, étant neutre, n'a point de participe ; cependant plusieurs personnes écrivent. Les vingt mille francs que cette maison m'a coûtés... — L'Académie a sans doute voulu dire « Son participe devrait rester invariable » , car nous pensons que coûté est un participe dans cette phrase, ces livres m'ont coOté cent francs. Au reste, il est un assez bon nombre de verbes neutres qui se conjuguent avec l'auxiliaire avoir, et auxquels cependant l'Académie donne un participe variable sans ajouter aucune observation ; tels sont aboyer, a/oorter, bourgeonner, croupir, décrépiter, dévier, divorcer, émigrer, fermenter, flotter, germer, pâtisser, procéder, rancir, rechigner, renfler, tressaillir ^, etc.
Il y a, en revanche, des verbes actifs dont le participe est invariable, ou du moins auxquels l'Académie n'a point donné de participe, tels que butiner, dégriser, plaisanter, rueller, etc.; mais pour la plupart c'est probablement une omission, car on doit pouvoir dire et écrire : les fleurs qus l'abeille a butinées; le sommeil les a -dégrisés; 07i> les a tant plaisantes que...; une vigne qu'on a ruellée, etc.
CRAPAUDAILLE. Il se dit par corruption de crépodaille, et signifie. Une sorte de crêpe fort délié et fort clair. Une coiffe de crapaudaille. — L'Académie aurait dû se borner à dire « Crapaudaille. Voy. Crépodaille » , mot où elle aurait donné la définition et l'exemple ; mais elle n'a pas même mis à son rang alphabétique « Crépodaille. Voy. Crapaudaille. »
1. Dans plusieurs dictionnaires postérieurs à celui de l'Académie, on lit Contre-pointier, fabricant de contre-pointes ou courtes-pointes ; et cela même dans ceux où contre-pointe n'est pas admis dans cette acception ; cependant quelques-uns donnent aussi courte-pointier.
2. Voici quelques-uns des exemples donnés au participe ; ils semblent prouver ou que ces verbes neutres ont un passif, ou que le participe devrait être appelé adjectif. Un débiteur aboyé de tous ses créanciers. — Du blé avorté. Fruit avorté. Entreprise avortée. L'affaire est fmortée. C'est un talent avorté. — Avoir le front bourgeonné, le visage tout bourgeonné. (Nous pensons qu'on pourrait dire tout aussi bien : avoir la figure toute bourgeonnée.) — De Veau croupie. — Un homme divorcé. Une femme divorcée, etc.
c&AQiJÈTEaiEBnr. Convulsion dans les muscles des mâchoires, qui fait craquer les dents.— Craqueter, fréquefiitatif de craquer. Craquer souvent et avec un petit bruit. Quand en jette du selj du laurier dam le feu, on l^eniend craqueter, — Craqueter se dit aussi pour exprimer le cri de quelques oiseaux. On enlend craqueler les cigogne»^,
Ainsi Ton dit le craquètement des mâchoires, mais on ne peut pas dire que des mâchoires eraquètent; et réciproquCTient Ton ne peut pas dire le craquètement dix sel, du laurier, dans le feu; te eraquètement des cigognes, etc.; car T Académie n'aurait sans doute pas manqué de nous donner ces locutions, si elles pouvaient être employées.
CRÊPE, CRÊPER. — Les dérivés de ces deux mots {crépine , crépir, crépissure, crépon, etc., auxquels nous ajouterons crépodaille) prennent tous Taccent ^aigu ; il serait donc convenable , pour diminuer le nombre des exceptions, d'écrire crêpe avec l'accent grave et crêper avec l'accent aigu.
CRESANE. Sorte de poire fondante et d'un goût délicat. On dit aussi plus exactement, mais plus rarement, crassane. — Si l'Académie avait donné la définition au mot Crassane, on aurait pu espérer de voir revivre la locution exacte, parce que les petits dictionnaires l'auraient répétée; au contraire, elle est morte pour toujours, parce que ceux qui ont été publiés depuis 1835 disent seulement « Cresane, Poire fondante » ; ils ne font pas mention de Crassafie. Cela est vraiment regrettable.
CREVER, V. a... est aussi neutre, et signifie S'ouvrir, se rompre par un effbrt violent. Le canon creva dès le second coup. La bombe creva en l'air... — Fig. et par exagérât.. Crever d'embonpoint, de graisse, être excessivement gras...
Voilà qui est bien; mais comment dire ensuite : « Fig. et fam., Cre-ver de faim, de soif » , pour signifier Avoir une grande faim , une grande soif? C'est une expression fausse, et l'Académie aurait mieux fait de ne pas l'admettre , puisqu'elle emploie le verbe mourir même en parlant des animaux : « Son -chien est mort enragé. Son cheval vient de mourir^. »
Le paragraphe suivant nous semble également peu digne de rester dans le Dictionnaire : « Subst., pop. et par mépris,. Un gros crevé, une grosse crevée, un gros homme, une grosse femme. Manger, ronfler, rire, etc., comme un crevé, manger, ronfler, rire beaucoup. »
CRI. CRIER... Le cri des Français était. Mont joie Saint-Denis. Les Français criaient Montjoie.— A son rang alphabétique ce mot est écrit Mont-Joie Saint-Denis. Laquelle de ces variantes est la meilleure?
CROISSANT, s. m. La figure de la nouvelle lune jusqu'à son premier
1. A rarticle Mourik, l'Académie dit très-bien, Je meurs de faim, de soif; et à Faim, Avoir grand' fçUm, mourir de faim. A Soif, on lit : Avoir soif, brûler de soif, mourir de soif, ewa^ ger de soif.
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quartier. Le croissant de la lune. La lune est dans son croissafiL Les cornes du croissant.
Il y a certainement en français un terme pour exprimer l'augmentation en grandeur de la lune et des autres planètes une fois qu'elles ont dépassé le premier quartier, un mot qui répond à décours ou décroissement. .Ce mot quel est-il? est-ce crue, croissance J Nous venons de voir que ce n'est pas croissant , puisque l'Académie dit que ce mot exprime « la figure de la nouvelle lune jusqu'à son premier quartier. Les cornes du croissant, » — Ce qui nous embarrasse, c'est qu'à l'article Vénus nous lisons « Vénus a son croissant et son décours comme la lunCj en sorte que croissant semblerait être précisément le mot que nous cherchons, le terme qui exprime l'action opposée à celle du décours. S'il en est ainsi, il faudrait modifier la définition de Croissant, et ne pas dire « jusqu'à son premier quartier ».
CROISSANT, s. m... Il se dit absolument, en poésie et dans le style soutenu, des armes de l'empire turc; et, figurément, dé cet empire même. Arborer la croix à la place du croissant. Abattre , relever le croissant. L'empire du Croissant. Vorgueil du croissant. — Dans ce dernier exemple il faut évidemment écrire Croissant avec une majuscule, comme dans le précédent, car dans tous deux ir représente l'empire turc.
CROITRE, V. n. {Je crois, tu crois, il croît; nous croissons, vous croissez, ils croissent. Je croissais, etc. Je crûs, etc.; nous crames, etc. J'ai crû, etc. Je croîtrai} etc. Croîs.' Croissez, etc. Je croîtrais, etc. Que je croisse, etc. Que je crusse, etc. Croissant,) Devenir plus grand... Il signifie encore. Multiplier. La population crut en peu de temps,.. Crû, ue, participe.
Cet article donne lieu à plusieurs observations. Nous ne parlerons pas de la transposition du conditionnel Je croîtrais, etc., qui doit être placé après le futur Je croîtrai, et non après l'impératif Croîs, Croissez ; — mais nous ferons observer qu'on a mis au passé défini je crûs, avec un û circonflexe, et plus bas, La population crut beaucoup en peu de temps, sans accent. Or, puisque l'Académie, pour prévenir toute confusion avec le verbe croire, écrit je croîs, tu croîs, il croît, je crus, il est évident qu'elle veut l'accent à la troisième personne du passé défini, il ou elle crût, et qu'il fallait mettre la population crût. Cette intention d'empêcher toute confusion avec le verbe croire aurait dû engager l'Académie à écrire l'imparfait du subjonctif je cvusse, etc., avec un te (je crûsse) comme elle écrit châsse et masse. Voy. Affre.
La même remarque peut s'appliquer au participe. L'Académie n'stffecte d'un accent que le masculin singulier crû, ce qui n'est pas suffisant car la confusion avec le participe de croira restera pour le féminin singulier et pour les deux genres du pluriel crue, crus, crues; elle devrait donc conserver le circonflexe aux deux genres et aux deux nombres. Dans l'adjectif sûr, certain, elle met l'accent au féminin
comme au masculin, au pluriel comme au singulier Isûr^ sû^e, sûrs, sûres) ^ pour empêcher qu'il ne soit confondu avec sur, sure, acide, aigret ; et bien que l'adjectif rmr ne puisse présenter de confusion qu'au singulier masculin avec le substantif mur ^, elle maintient le circonflexe dans les deux genres et les deux nombres. Fruit mûr. Poire mûre. Raisins mûrs. Pommes mûres.
CRU, s. m. Terroir où quelque chose croît... Ces vins, ces denrées sont de mon cru. — Ce mot, qui n'est autre chose que le participe du verbe'croi^re^ devrait s'écrire comme le participe lui-même , par la même raison qui fait maintenir l'accent dans le substantif dû : Je ne réclame que mon dû. L'absence du circonflexe dans le substantif cru donne lieu à une singulière équivoque dans ces phrases': Cru de VEr~ mitage, cru de Médoc, etc.
CUL-DE-SAC. — Yoy. Impasse.
CULOTTE. — Ni dans cet article ni à Donner , on n'a mis l'expression Donner la culotte à un enfant ^, pour signifier qu'on cesse de lui faire porter la robe. Cette locution, qu'on trouve à Jaquette, est aussi nécessaire que cette autre qui aura coiOrs tant que le monde vivra ujCette femme porte la culotte^ n, bien que l'usage de la culotte ne soit plus guère d'usage qu'à la cour.
CURATELLE. — L' Académie écrit, conformément à l'étymologie, cautèle, loquèle, parentale, clientèle; mais elle met deux l à curatelle, tutelle, contrairement à l'étymologie. Il est à désirer qu'elle s'en rapproche pour ces deux mots comme elle l'a. fait pour fidèle et modèle, qu'elle écrivait autrefois fidelle, modelle. Quant à querelle, bien qu'il vienne de querela il cons^i'verait les deux / à cause de son verbe quereller.
CURE, s. f. Soin, souci. En ce sens, il n'est guère usité que dans quelques phrases familières. — Prov. À beau parler qui n'a cure de bien faire, se dit en parlant d'un homme qui fait de belles promesses sans se soucier de les tenir. On a beau parler à qui n'a cure de bien faire, il est inutile de donner des conseils à celui qui n'en veut pas profiter. (Dans ces phrases, quelques-uns disent Cœur, au lieu de Cure. )
Dans l'exemple « À beau parler qui n'a cure de bien faire » , Va grave est une grosse faute, car la phrase doit signifier « Il a beau parler celui qui n'a cure de bien faire; on ne le croit pas ».
1. On notls répondra sans doute que c'est pour remplacer Ve qu'on mettait dans les adjectifs tûr et mûr (seur, mew), qu'on met aujourd'hui le circonflexe ; mais il y a tant d'autres mots où l'on a supprimé une voyelle qui n'est pas représentée par un circonflexe , qu'il nous est permis de croire que ce n'est pas là le seul motif qui l'a fait conserver dans sûr et mûr; et d'ailleurs l'Académie écrivait autrefois creu, d'eue, et du vin de mon creu^ de son creu, de
VOSli'e CREU. '
2. Ne serait-il pas aussi bien de dire « Mettre la culotte x ?
8. L'Académie dit, à Haut-jîb-chausse et à Porter « Celle femme porte le haut-de^haxtsse», mais nous croyons que, dans cette locution, haut-de-cfiausse, qui ne se comprend plus, est bien moins usité que culotte.
Quant à 1^ locution ççeur, que quelques-uns emploient au lieu de cure, elle nous semble confirmer ce que nous avons eu plus d'une fois l'occasion de dire dans cet ouvrage, c'est que 'lorsque des personnes illettrées entendent un mot qui leur est inconnu et dont elles ne peuvent comprendre la signification , elles croient avoir mal entendu et elles le remplacent par un autre qui leur paraît être équivalent, bien qu'il n'ait aucun rapport pour le sens; ainsi tantôt elles emploient un paronyme, tantôt elles forgent un mot qui n'a aucune valeur. Qu'on nous permette d'en citer ici quelque» exemples :
adopter un couvercle à sa boite pour adapter.
cardon, légume gardon, poisson.
censurer sangsuer*.
cresson à la noix cresson alénois.
échanger du linge essanger, laver.
écharpe écharde.
embrasement d'une fenêtre ébrasement, embrasure.
exhonoré du service militaire exonéré.
huile d'aspic buîle de spic.
jeu d'eoAi jet d^au.
poulewin pulverin.
serment de vigne sarment»
Supplice (saint) saint Sulpice,
CIJRCLE *, adj. des deux genres. Il se dit principalement de la chaise d'ivoire qui était à l'usage de certains tnagistrats romains. Chaise ou chaire curule. On dit aussi, Jétt^islrats, édiles curules. Magistrats, édiles qui avaient le droit de se servir de la chaise curule. — A ces définitions il faudrait ajouter celle de la statue curule, dont il est parlé à l'article Statue , mais dont la signification n'est pas indiquée.
crrcNE... Le cpgne de Camb^y, t'énélon» — Nous ne parlerons pas de Vé accentué de la secondé syllabe de Fénélon. Aujourd'hui l'on dit, on écrit, on imprime Fênelon, après avoif dit, écrit, imprimé pendant un siècle et demi Fénélon, et le célèbre auteui* de la Préface du Dictionnaire de l'Académie a eu sans doute de bonnes raisons pour mettre cet accent.— Mais nous regrettons que l'Académie mette \my h Cam^ bray. Nous voudrions voir disparaître de la fin des mots cet y dont souvent les anciens calligraphes ne Msaient usage que parce qu'il leur donnait Toccasion d'exel^er leur main et d'enjoliver leurs pièces d'écriture. Autrefois tous les substantif^ terminés par les sons a/i, oi, prenaient Vy, et il semblait que pour un certain nombre il y eût
1. Ce mot sangsuer, fpnné de sangsiLe, exprime très-bien l'action de ceux qui vivent aux dépens des autres, qui leur soutirent peu à peu leur fortune, comme les agents d'affaires, les solliciteurs, etc.; il dit bien plus que gruger, et nous le croyons préférable à sucer {Ha des gens d'affaires, des solliciteurs qui le sucent. Académie). 11 est fâc}ieux que le verbe sangsuer n'ait pour lui l'autorité d'aucun dictionnaire.
2. D'après son étymologie currus, ce mot semble devoir s'écrire avec detix r; mais l'inconséquence est dans le lettin curvUis, et l'on Bë peut que slneliner devant l'orthographe de Cicéron.
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utilité, parce qu'il suffisait d'ajouter er pour former le verbe : de halay, déblay, essay, ev^ploy, octroy, toumoy, etc., on faisait balayer, déblayer, essayer, employer, octroyer, tournoyer. Cependant, malgré cette raison spécieuse Vy a disparu ; il en a été de même pour les jours de la semaine, lundy, mardy, etc., et pour la plupart des mots terminés par les sons i, ai, oi : cecy, ery, guy, Henry, geay, may, vray, loy, moy, toy, soy, quoy, palefroy, etc. etc. Puisque l'Académie écrit avec un i simple Henri, Rémi, Cernai, Douai, Villeroi, etc., pourquoi ne ferait- elle pas de même pour Barthélémy, Berry, Cluny, Nancy, Cambray, Fontenoy, Rocroy, etc. f
DAIGNER, V. n... Il est toujours suivi d'un infinitif. Cet homme demande que vous daigniez l'écouter. Il n*a pas daigné lui faire réponse. — Nous ne croyons pas qu'un verbe doive être considéré comme neutre par la seule raison qu'il est toujours suivi d'un infinitif, car les régimes ou compléments directs sont de différentes natures ; ce peut être un substantif, un autre verbe amené ou non par une préposition, tout un membre de phrase, etc. L'Académie ne regarde point le verbe comme neutre lorsqu'il a pour régime un verbe au lieu d'un substantif, témoin ces phrases : Il croyait gagner son procès. Il espérait obtenir tel emploi. Il compte partir demain. Oseriez-vous le blâmera Savoir jouer du violon. Il veut être payé, etc. Toutes ces phrases sont mêlées à d'autres, dont les régimes varient, mais que l'Académie regarde tous comme directs. Elle admet même comme régime direct un infinitif amené par une préposition. Voy. Différer.
DAMAS... Pnme de damas. — Au mot Prune on trouve également Prune de damas (avec un petit rf), mais à Raisin on lit Raisin de Damas et Raisin de Corinthe (grands D et C). Il est évident que cette dernière orthographe est la seule convenable, car le nom du lieu qui produit l'objet doit être écrit avec une majuscule ; c'est ainsi que l'Académie écrit Rose de Damas, de Hollande, de Provins, du Bengale ; acier de Damas, lame de Damas, sabre de Damas; c'est ainsi encore qu'elle écrit Du drap de Sedan, de Lmiviers, d'Elbeuf; du fromage de Gruyères, de Roquefort ; des prunes de Brignoles, du café de Moka, etc. etc. Mais dans la conversation, afin d'abréger on supprime le nom de l'objet même dont on parle et l'on ne mentionne que le lieu producteur; ainsi l'on dit Voilà du sedan, du louviers, du gruyère^, du roquefort, du moka, etc. ; ou bien , Mon habit est d'un fin elbeuf; j'ai mangé des brignoles, du sassenage; j'ai bu d'excellent cognac. Malheureusement pour l'intelligence de certaines phrases, Damas et le pays environnant fournissent non-seulement des prunes, mais encore du raisin, des sabres, des étoffes pour meubles, etc. ; cependant lors-
1. On devrait écrire du gruyères comme on écrit du louviers, un panctUiers.
qu'on dit du Hamas broché, un meuble ou un lit de damas, il est bien certain qu'il s'agit d'étoffe ; on sera également compris quand on dira J*ai pour sabre un damas, un fin damais, un vrai damas; mais si celui à qui l'on parle comprend qu'il s'agit de prunes quand on dit J'ai mmigé du damas musqué, du damas violet, du damas gris, du damas rouge, parce que musqué, violet, gris, rouge * Jie se disent pas du raisin , il n'en sera pas de même en parlant du damas blanc ou noir. Quoi qu'il en soit, en écrivant ces phrases, le nom de l'endroit producteur remplaçant celui de l'objet produit, devra s'écrire avec une minuscule. — Mais ce n'est pas là qu'est la principale difficulté soulevée par le Dictionnaire de l'Académie. Nous croyons avoir prouvé qu'il faut nécessairement écrire Damas avec un grand D dans prune de Damas , etc. ; cependant si Damas est modifié par un adjectif qui en fait un nom commun , on doit pouvoir l'écrire avec une minuscule, et nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de rien critiquer dans l'orthographe de ces phrases : prunes de damas musqué, de damas violet, blanc, gris, noir, rouge, e^c; pas plus que dans celles-ci : un meuble de damas de deu^x couleurs', de damas cramoisi, jaune, vert, etc.
DAME, s. f. — A la lettre N l'Académie met Notre-Dame comme nom de la fête de la sainte Vierge, — des églises consacrées à la sainte Vierge, — et de certaines images de la Vierge qui sont l'objet d'une vénération particulière; mais elle ne dit pas que cette expression est synonyme de « la Vierge Marie, la sainte Vierge » , comme on l'emploie dans .ces phrases : l'office de Notre-Dame ^ ; Notre-Dame, veillez sur nous; Notre-Dame, protégez-nous ; Notre-Dame, ayez pitié de nous; Notre-Dame , entendez nos cris; etc. C'est donc ici que cette locution aurait dû se trouver. — Il nous semble aussi que l'interjection dame est une abréviation de Notre-Dame, aussi bien que tredame, dont on se sert plus rarement : Notre-Dame, sainte Notre-Dame, tredame, DAME, qu'il parle bien! ^/i/ dame, votis m'en direz tant... Si nous ne sommes pas dans l'erreur, il serait convenable qu'on indiquât ici la véritable origine de cette interjection ou exclamation.
DAME- JEANNE... Une dame- Jeanne clissée. — Ne faudrait-il pas une majuscule à Jeanne^ comme dans Messire Jean, reine-Claude 7 ou plutôt ne vaudrait-il pas mieux écrire reine- claude et messire-jean? * DE... (p. 673, col. 3) C'est à vous qu'il appartient de l'interroger, de décider cela, ou elliptiquement. C'est à vous de l'interroger, de décider cela. — Nous examinerons ce genre de phrases à l'article Être, où TAcadémie admet à peu près indifféremment à et de; nous y discuterons l'emploi de ces deux prépositions, et nous y donnerons
1. En parlant du raisin, on dit mitscat et non musqué; quant aux couleurs , il n'y en a pas de gris , de violet , ni même de rouge. Nous ne comprenons pas trop pourquoi il faut dire du vin rouge et du raisin neir. L'expression raisin rouge est très-usitée dans certaines localités.
2. Dans cette acception nous écririons Notre Dame sans tiret, comme Notre Seigneur. Voy. Christ.
quelques-uB» des exemples que rAcadémie nous a fournis dans le cours de son Dictioniiaire»
i^E... (p. Ullin ôol. 3) Parler sans faire de fautes. Il n'a point tué d'ennemis. Ne pouvoir souffrir de rival, de rivaux. N'avez-vous point d'enfants f N'avoir plus d'amis, de bien. — Ces phrases donnent une idée à peu près exacte du nombre qu'on doit employer avec sam, point, n'avoir plus, etc. ; mais il y a d'autres cas encore où l'on est fort embarrassé, et nous croyons devoir les examiner ^ l'article Point, où l'Académie n'a pas traité la question d'une manière suffisante.
»E— (p. ^75, coL 1) Le samtdes saints. Le Cantique des cantiqms. L'Être des e^res.— Ailleurs nous trouvons une orthographe dififérente, excepté pour VÊtre des êtres; il n'est pas possible d'écrire cette phrase autrement.
{h SAjiCTVMVLE) Le Saint des SeUnts» - ,
(à Cantique et à Paraphrase) Le Cantique des Cantiques.
(à De et à Être) UÊtre des êtres.
(à Roi) Dieu est le roi des rois.
A Saint nous retrouvons la même orthographe qu'à De , Le saint des saints * ; et comme il s'agit ici seulement du sanctuaire , c'est-àdire du lieu le plus saint du temple, ou, si l'on veut, du lieu le plus saint entre les lieux saints, nous croyons la minuscule préférable dans les deux mots. Si nous voulions parler de Dieu, nous écririons le Saint des saints, le Roi des rois, comme l'Être des e^res.— Nous ne voyons pas l'utilité d'un grand C au second mot cantique, qui est un nom commun, et nous sommes bien aise de trouver à l'article Époux comme ici « le Cantique des cantiques » ; quant au premier, qui commence le titre d'un ouvrage, la majuscule est nécessaire. — L'Académie écrit Dieu est le roi (petite r) des rois, parce qu'il s'agit simplement d'une qualification (Dieu est le premier des rois); mais nous aimons à croire que si le mot Dieu n'eût pas été exprimé, elle aurait mis 7e Roi des rois *, comme elle écrit /'Être des êtres; et nous présumons que par la raison opposée elle aurait écrit Dieu est l'être des êtres (le premier entre les êtres, parmi les êtres).
DEBOUT... s'emploie souvent en termes de Marine. Ainsi on &\t'.Cetté embarcation est debout à la lame, au courant, au vent, elle présente son avant à la lame^ au courant, au vent. Vent deboiU, vent directement contraire à la route qu'on voudrait tenir. Nous avions le vent debout, vent debout. Dans ces phrases, quelques-uns écrivent de bout, en deux mots.
Il nous semble que ceux qui écrivent de bout en deux mots ont seuls raison , et nous croyons que pour le prouver il suffit de transcrire les
1. On est surpris de trouver à cinq pages de distance deax manières d'écrire si opposées : à SA.INT (p. 694, col. 8) le saint des saints, avec des minuscules; à Sanctuaire (p. 699, col. 8) le Saint des Saints, avec des majuscules , bien que la signification soit absolument la même.
2. On voudrait trouver dan» le Dictionnaire de l'Académie, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Dieu est l'être des êtres, et toutes les expressions analogues.
lignes suivantes, qu'on trouve à l'article Bodt : « Bout, en termes de Marine, se <iit, dans quelques phrases, de l'avant, de la proue du bâtiment. Ce bâtiment a le bout à terre ; il court, il donne de bout à , terre. Cette embarcation nage bout au vent, bout au courant, bout à la lame; elle est de bout au vent, au courant, etc. Avoir vent de bout, avoir vent contraire. On écrit aussi debout en un seul mot ». — Nous avons peine à comprendre, nous le répétons, qu'après avoir donné des raisons si claires, èi concluantes pour écrire de bout en deux mots, on n'hésite pas à dire qu'il existe des personnes qui écrivent d'une autre manière *. — Mais voici un autre cas omis par l'Académie, et que nous croyons utile de mentionner. Les architectes, les mécaniciens écrivent souvent sur les tracés qu'ils ont faits : « Plan vu par dessus. Plan vu de bout. Machine vue de bout, c'est-à-dire par le bout, et dans ce cas comme dans l'autre ce serait une faute d'écrire debout en un seul mot.
DÉCAGONE. — D'après l'étymologie, ce m'ot et tous les autres composés de gone. Pentagone, hexagone, heptagone, octogone, ennéagone, hendécagone, dodécagone, etc., devraient avoir l'd qu'on met sans motif aux composés de nome : binôme, trinôme, etc.
dÉ€HÉâncë, s. m. — Lisez ; s. f.
DÉCONSIDÉRÉ, ÉE. Qui n'est plus jugé digne de considération, d'estime. — Après Déconsidéré, ée, ajoutez : adj.
DÉCROissEMENT, S. m. Diminution. Le décroissemenl de la rivière. Le décroissemenl des jours, — Il aurait été utile d'ajouter le décroissemenl de la lune, locution qu'on trouve dans la définition de Décours.
DÉCUPLE. Qui vaut dix fois autant, décupler. Rendre dix fois plus grand, augmenter de dix fois autant. — • Pour décupler il faudrait dii^e, conformément à la définition de décuple : Rendre dix fois aussi grand, augmenter de neuf fois autant. Voy. Centuple , Centupler.
dédire, v. a. — Pour la conjugaison, voy. Dire.
DÉFAUT. — A l'article Non-payement on trouve pour définition, « Défaut de payement » ; à Protêt, l'Académie donne pour exemple, « Protêt faute d'acceptation, faute de payement » ; on est donc surpris de ne voir ni à Défaut, ni à Faute, des locutions analogues, telles que Faire protester un billet, une lettre de change, pour défaut D'acceptation, de payement, — faute D'acceptation, de payement. Sans doute il ne faut pas que l'Académie se répète trop souvent; mais ce-
1. Quelques personnes, habituées à voir écrit vent debout, disent qu'elles se représentent très-bien un vent qui s'élève, qui se dresse devant les navires et leur fait obstacle. — A cela nous répondrons que le vent n'est pas perpendiculaire comme les murailles de la Chine , par exemple ; il souffle à peu près horizontalement , et les vents alizés dont on profite pour aller des Indes orientales en Amérique, et vice versa, prouvent qu'ils poussent par la poupe les navires qui vont dans le même sens qu'eux , tandis qu'ils souffleraient conlre la proue de ceux qui voudraient aller en sens contraire ; ainsi ces derniers recevraient le vent par le bout du navire, ils auraient le vent de bout, comme ceux qui louvoienHe reçoivent par le flanc onde flanc, et jamais personne ne s'avisera d'écrire en un seul mot, de flanc, décote.
pendant il est nécessaire qu'elle indique à chaque mot ses différents emplois, quitte pour renvoyer aux articles où elle aura jugé convenable de les développer.
DÉFIANCE. DÉFIER (SE). — Voy. MÉFIANCE. MÉFIER (se).
DÉFICIT... Il y a plusieurs déficit dans cet inventaire. — Au mot Accessit, TAcadémie ajoute : « Quelques-uns écrivent au pluriel, Des accessits. Elle aurait pu faire la même remarque, et avec non moins de fondement, au mot Déficit; mais il aurait encore mieux valu qu'elle dît d'une manière précise s'il faut ou s'il ne faut pas écrire des accessits, des déficits.
DÉFILER, V. n. Aller l'un après l'autre, etc.. Défilé, ée, participe. — Supprimez ici les mots Défilé, ée, participe, et mettez-les à la fin de l'article Défiler, v. a., où ils manquent.
DÉGÉNÉRER, V. u. — Puisque l'Académie donne pour exemple Cette race a bien dégénéré, est bien dégénérée, ne serait-il pas convenable de dire que « ce verbe prend l'auxiliaire avoir ou l'auxiliaire être suivant qu'on veut exprimer l'action ou le résultat » ? Cette explication, qui serait utile pour bien des personnes, ne se trouve qu'à un fort petit nombre de verbes tels que descendre, apparaitre, résulter, ^etc.
DÉGRÉER... Il se dit en parlant d'un bâtiment dont on ôte les agrès, les voiles, les cordages et autres choses nécessaires à la manœuvre, ou qui perd ses agrès, soit par accident, soit dans un combat. — Ce verbe devrait avoir un substantif, dégréement.
DÉGREVER. — Nous demandons la suppression de l'accent à la seconde syllabe de ce verbe. On dit celer et déceler, et non déceler; d'ailleurs cet accent ajoute une diflSculté à la conjugaison du futur et du conditionnel {je grèverai et je dégrèverai, je grèverais et je dégrèverais)^ puisque dans ces deux temps l'Académie conserve Vé aux verbes qui en ont un à la pénultième de l'infinitif. Voy. Accents.
DÉGRISER, V. a. Faire passer l'ivresse, etc. — A la fin de l'article, ajoutez : Dégrisé, ée, participe.
DÉJEUNER, V. n. Faire le repas du matin.;. Déjeuné, ée, participe. — Supprimez ; Déjeuné , ée , participe.
L'Académie écrit jeûner avec un circonflexe, et déjeuner sans accent.
DÉJEUNER, s. m. — L'Académie écrit Déjeuner , s. m., et elle ajoute « Plusieurs écrivent. Déjeuné. » — « Dîner, s. m. (Quelques-uns écrivent, Diné) ». — « Goûter, s. m. » sans variante. — « Souper ou SoupÉ, s. m. » —A cela on peut ajouter « Après-dînée, s. f. Plusieurs écrivent, Après-diné ou Après-diner, et font ce mot masculin. » — « Après- soupée, s. f. Plusieurs écrivent. Après -soupe ou Aprèssouper, et font ce mot masculin. » — Voilà de quoi choisir, et cette latitude nous paraît fâcheuse : il faudrait que l'Académie, qui en a reçu la mission , pesât elle-même l'orthographe et le genre des mots, et qu'elle formulât nettement les règles.
BÉLinÉltlSR, V. n. ExarnîtifeT, ccmsnlter ^n soî-même ou avec î«5 autres... Il signifie aussi, prendre "une délibéfration , ise déterminer. J*ai délibéré de faire telle chose. On délibéra d'aller à l'ennemi. Voilà ce qui a été délibéré dans le conseil K — Nous croyons qu'ici délibérer est actif, et nous avons pour nous là première édition du Dictionnaire de l'Académie, où on lit « Délibérer, v. a ^Examiner, résoudre, consulter en soy-mesme ou avec les autres. Il a long-temps délibéré ce qu'il devoit faire. Qu'a-t-on délibéré? Cette affaire a esté long-temps délibérée, meurement délibérée. ï\ est aussi neutre. Il a esté longtemps à délibérer si... n,etc. D'ailleurs l'Académie dit encore aujourd'hui « DÉLIBÉRÉ, ÉE, part... (Test une chose délibérée, c'est une chose arrêtée, conclue ». Délibérer une affaire, c'est donc l'examiner, la résoudre, l'arrêter, la conclure. Si l'on ne donne pas un substantif pour régime à ce verbe, on lui donne la préposition de et un infinitif, ce qui revient au même. Voy. Différer.
BELTA, s. m. — Ce mot manque, et cependant il a plusieurs acceptions. La plus connue est celle du triangle formé par des terres à Tembouchure de quelques fleuves tels que le Rhône, le Pô, le Dnieper, et surtout à l'embouchuVe du Nil. Le delta du Nil. Le delta du Rhône.
visuÂlLLOTER, V. al — Maillot a deux composés : démailloter, . que l'Académie écrit avec un seul t, et emmaillotter, où elle en met deux. Voy. Terminaison.
D£]iiAlN, adv. de temps... Il arrivera demain, demain matin. Demain au matin. Demain au ^oir. — hier, adv. de temps... Hier au soir. Hier au matin. Hier matin.
Par un caprice de l'usage, on dit généralement Demain matin, hier matin, tandis qu'en parlant du soir on ajoute au : Demain au soir, hier ad soir. Cependant puisque l'Académie admet Demain au matin, hier au matin, qui ne sont guère usités, elle aurait bien fait d'ajouter dans ces articles demain soir, hier soir, qu'elle a employés ailleurs : (à Soir) J'irai chez vous demain matin ou demain soir.
Id. Je le vis hier soir, hier au soir, (à Participe) Je suis revenu depuis hier soir.
Elle dirait « Demain soir, et plus ordinairement {ou et mieux) demain au soir; Hier soir, et plus ordinairement {ou et mieux) hier au soir, » comme elle a fait à l'article Matin : « On dit demain au matin, et plus ordinairement demain matin. »
DENIER... Le denier de Saint-Pierre, Tribut que l'Angleterre payait autrefois au pape, et qui n'avait été d'abord que d'un denier par maison. — • L'Angleterre payait le tribut d'un denier par feu, par famille, non à l'église Saint-Pierre , mais à l'apôtre saint Pierre, représenté
1. Au lieu de. Voilà ce qui a été délibéré dans le conseil, on pourrait dire tout aussi bien, Voilà ce qu'on a délibéré dans le conseil, ou Voilà ce que le conseil a délibéré. Nous ne voyons pas ravadtage que peut présenter dans cette phrase la forme passive, qu'en généra;! l'Académie évite avec soin ; il y a dans son Dictionnaire bien des verbes dont on oherche en vain le participe pour connaître la préposition dont il doit être suivi.
parle pape; il faut donc écrire saint Pierre (petite s et pas de tiret).
DENTicuLfiS, s. m. pi. T. d'Archit. Moulure plate, refendue dans le sens de la hauteur, de manière à former, dans toute sa longueur, une suite de dents.— Ce mot doit-il être du genre masculin ou du féminin? L'Académie ne Ta pas mis dans la première édition de son Dictionnaire; mais dès la seconde elle lui a toujours donné le genre masculin. D'un autre côté le Complément du Dictionnaire de l'Académie, le Dictionnaire national et le Dictionnaire universel en font un substantif féminin , et nous ajouterons qu'on trouve ce même genre dans le Supplément du Dictionnaire de l'Académie de 1696, ce qui n'est pas sans importance à nos yeux. Si l'on consulte Tétymologie denticuluSj on donnera à denticule le genre masculin ; mais si le diminutif doit prendre le genre du radical, denticule sera féminin comme dent, qui lui-même est féminin bien que dens soit masculin.
DÉPOSANT, ANTE, adj. T. de Palais. Qui dépose et affirme devant le juge. Teh et tels témoins déposants. Telles et telles femmes déposantes. — Il est aussi substantif. Tom les déposants disent la même chose.
11 manque ici une acception qui chaque jour devient plus nécessaire, car chaque jour augmente Ip nombre de ceux qui portent leurs économies aux caisses d'épargne. En trois jours le nombre des déposants a été de.,,
DÉRÈGLEMENT.— Ce mot devrait prendre l'accent grave à la seconde syllabe, puisqu'on écrit règlement,
DERNIER, ÈRE, adj. — A l'article Naître on lit :
Sous la loi de Moïse, on offrait à Dieu les enfants premiers-nés, Uange extermina les premiers^nés des Égyptiens. Les premiers-nés des animaux étaient offerts à Dieu,
Cette locution premier-^ a un corrélatif, demier^é, qu'on ne trouve ni à Naître ni à Dernier. Comment faut-il l'écrire? avec un tiret comme premier-né, ou sans tiret? Si nous consultons l'article Nourrice , nous mettrons le tiret :
Elle a voulu être la nourrice de son dernier-né. Si, au contraire, nous jetons les yeux sur l'article Cdlot, nous ne le mettrons pas :
Il (culot) désigne également Le dernier né des autres animaux, et familièrement Le DERNIER NÉ d*une famille.
Voilà qui est fort embarrassant; cependant, comme l'Académie écrit toujours sans tiret le premier venu, le dernier venu, le dernier éclos, etc., on se demande pourquoi il faudrait en mettre un à premier né, dernier né.
DIÊROIDIR. — Au mot RoiDE, l'Académic dit « En conversation et quelquefois dans le discours soutenu, on prononce rêde, rédeur, rédir; aussi plusieurs écrivent-ils raide, raideur, raidir ». Elle aurait dû faire la même observation pour déroidir, car déraidir est la seule prononciation usitée.
DERVICHE OU DERVIS. — Ce dernier mot est oriental; doit-on faire sentir Vs dans la prononciation 7
DÉSERT, ERTE, adj. Inhabité, ou Qui n'est guère fréquenté. Pays désert. Campagne déserte. Ile déserte...— U aurait été bien de donner ici pour exemple l^ Arabie Déserte, et de même à Heureux, euse, adj., V Arabie Heureuse, comme à Mineur, eure, adj., on a mis l'Asie Mineure; à Fortuné, ée, adj., les îles Fortunées; à Arabique, adj., le golfe Arabique; à Pacifique, adj., la mer Pacifique, etc. L'emploi des majuscules est une chose trop intéressante pour qu'on ne saisisse pas toutes les occasions d'instruire ceux qui veulent apprendre l'orthographe, et c'est à ceux-là surtout que s'adresse le Dictionnaire de l'Académie.
DiÉSHABiLLER... s'emploie quelquefois neutralement, dans le sens de Se déshabiller. Il a été quinze jours sans déshabiller. Cet emploi familier a vieilli. — Cette locution ne méritait guère mieux d'être recueillie que beaucoup d'autres analogues que l'Académie a bien fait de ne pas mentionner, comme : Je n'Ai pas réveillé de toute la nuit. Je n'Ai pas arrêté (cessé de marcher, de travailler), je n'Ai pas assis de tout le jour, etc.
DÉsiGNATiF, IVE, adj. (L'S sc pronoucc comme Z, et le G comme Gue,) — Si l'Académie croit par trop inutile d'indiquer la prononciation des mots désignation et désigner, elle devrait du moins faire connaître d'une manière quelconque que la prononciation qu'elle donne ne se rapporte qu'au mot désignatif, en disant, par exemple, comme elle l'a fait plus d'une fois : « Dans ce mot, l'S se prononce... »
DÉSOBSTRUCTIF, S. m. T. de Médec. Il est, comme le précédent, synonyme d'Apéritif. — Ce précédent est « Désq3struant, ante, adj. qui s'emploie aussi comme substantif : Ce remède est un bon désobstruant ». Désobstructif devrait donc être d'abord adjectif comme désobstruant et apéritif, ses synonymes. Chose bizarre, obstructif ne nous est donné que comme adjectif: « Obstructif, ive, adj. T. de Médec. Qui cause obstruction. Aliment obstructif» , tandis que son opposé désobstructif ne s'emploierait que substantivement.
DESQUAMATION, S. f. — Ajoutez : On prononce descouamacion.
DESSILLER. Quclqucs-uns écrivent déciller j parce que ce mot vient de cil. — Si cette étymologie est exacte, il faudrait adopter définitivement déciller, qui serait en harmonie avec sourcil, sourciller, etc.; mais si, au contraire, comme l'Académie le disait dans la première édition , il vient de sillerj fermer, clore , il faut conserver dessiller et supprimer l'étymologie cil, qui ne ferait qu'induire en erreur*.
1. En 1762, l'Académie disait encore comme en 1694 : « Dessiller, ouvrir. Il ne se dit qu'en parlant des yeux et des paupières. // était si endormi, qu'il ne pouvait dessiller les yeux, dessiller les paupières. » Dans l'édition de 1835, au moyen de légères modifications eUe nous amène à l'idée dominante de «7 : « Séparer les paupières l'une de l'autre , afin de faire Toir clair. Ses paupières étaient tellement collées ensemble, qu'on a eu de la peine à les dessiller.
DESSOiii£R. — Dans la quatrième édition , rAcadémie écrivait encore dessaouler. Ne devrait-on pas écrire dessoûler, pour remplacer Va supprimé, puisqu'on écrit soûl, soûler? Voy. l'article Accents.
DESSOUS, DESSUS. — Après y avoir longtemps réfléchi, nous nous sommes demandé pourquoi Ton écrit avec un tiret attacher ses jarres tières au-dessous du genou, au-dessus du genou; ;?a5ser par-dessobs, PAR-DESSUS la barrière; avoir de Teaw par-dessus la tête. Ces diverses locutions prépositives s'emploient, il est vrai, dans des phrases figu^ rées, où l'emploi du tiret paraît au premier aboi*d plus naturel, comme être AU-DESSUS de la critique ; rester au-dessous de ses concurrents; il est beau, il est jeune, et par-dessus cela il est sage. Mais nous sommes persuadé que malgré ces phrases figurées on s'habituerait aisément à la suppression du tiret; n'écrit-on pas : au dedans et au dehors de la ville; il passa par dehors la ville, par dedans la maison; cet édifice est moins beau en dehors çw^en dedans; puis : aller au DELÀ des mers, réussir au delà de ses espérances; le juste est récompensé PAR delà ses mérites; je l'ai satisfait et par delà? N'a-t-on pas supprimé les tirets que tous les imprimeurs mettaient encore, il n'y a pas quarante ans , à tout à fait, tout à coup, tout d'un coup, tour à tour ^7 Voy. Là-bas^ là-haut, là-dessus, là-dessous, à l'article LÀ.
DÉTONNER, v.n. Sortir du ton... Détonné, ée, participe. — Sup^ primez : Détonné, ée, participe.
DIACRE, s. m. Celui qui est promu au second des ordres sacrés. C'est au diacre à chanter l'Évangile. Faire diacre à la grand'messe, — Il aurait été convenable d'ajouter que dans les églises protestantes les diacres sont des laïques choisis pour assister les pasteurs dans l'exercice de la bienfaisance.
DIEU. — Dans cet article on a bien écrit le Fils de Dieu avec une grande F; mais on a mis La Vierge est appelée la mère de Dieu avec une petite m, et Cybèle est appelée la Mère des dieux avec une grande ilf . — A Gloire , à Mortalité , à Naître , on a mis Le fils de Dieu avec une petite /. Il est inutile de dire qu'on doit écrire Mèr0 et Fils avec une majuscule dans ces phrases, la Mère de Dieu, le Fils de Dieu.
DIFFÉREND, S. m. Daus les quatre premières éditions, l'Académie écrit différent avec un t; dans la sixième, elle ne donne même pas cette variante. Il est difficile de se rendre compte de cette décision. Quelques personnes, il est vrai, prétendent que différend vient du latin differendum, mais nous avons peine à croire à cette étymologie. Selon Féraud, « l'usage le plus ancien, le plus constant et le plus universel est pour différend avec. un rf à la fin; on peut même dire, ajoute-t-il, que cet usage est raisonnable, et qu'il est bon de différencier ces deux mots (l'adjectif différent et le substantif différend), ne
1. L'Académie a écrit tout-à-fait avec des tirets dans les quatre premières éditions, mais elle n'en a jamais mis à tout à coup, tout d*un coup, tour à tour.
fût-ce que pour éviter les équivoque^^ » JS'^n déplais^ à Fér^ud, oous^ ne voyons pas de raison pour changer l'orthographe d'un mot parce qu'il passe de l'état d'adjectif à celui de substantif, çt pous ne croyons même pas qu'on puisse citer un seul autre substantif qui ait subi ce changement. Écrit-on un incidend,, un expédiend, un émolliçnd, Vantécédend, le consequend^ etc,,, pour distinguer ces mots d'avec les adjectifs incident^ dente ; expédient j. ente ;^ émçUientj^ente ; mtécëdeut, dente; conséquente j quente, etc.?
DIFFÉRER, V. a... Il ost aussi neutre. Ne différez point d'y aller. Ne différez point de mettre, ordre à vo§ affaires, — Nous avons toujours cru qu'un verbe pouvait avoir pour régime direct un verb^ amené ou non par une préposition aussi bien qu'un substantif, et qu'on pouvait changer la nature du régime sans changer cçUe du verbe ; qu'ainsi dans cessez de crier, différez de partir, les verbes cesser, différer, étaient actifs comme dans cessez vos gris, différez votre DÉPART. D'ailleurs l'Académie ne dit point que comploter, craindre, décider, dédaigner, discontinuer, regretter,, etc., soient neutres dans ces phrases : Ils avaient comploté de le voler. Il craint n^élre importun. Nous décidâmes de partir sur-le-champ. Il dédaignait de nous parler. Discontinuer de faire une chose, de parler, de travailler. Je regrette DE lui avoir parlé trop rudement, etc. Dans je me rappelle vi* avoir vu, îy* avoir fait telle chose (phrases de l'Académie au mot Rappeler) , ni'avoir vu, ly^avoir fait, sont bien certainement des régimes directs.
Il nous semble impossible de ne pas reconnaître que la préposition de et l'infinitif dont elle est suivie forment un régime direct dans ces phrases : Dites-lui de venir; je vous commande, je vous ordonne, je vous enjoins, je vous défends de faire cela, n^aller efi tel endroit.
Un verbe à l'infinitif peut être considéré comme régime direct lors même qu'il est précédé de la préposition à. Apprendre À dessiner ou apprendre le dessin. Enseigner k lire ou enseigner la lecture. Aimer À chasser ou aimer la chasse.
Enfin l'Académie elle-même ne dit point que commencer à ou de, continuer à ou de, soient neutres dans ces phrases : Lorsqu'il commença DE parler, chacun se iut pour l'écouter. Cet enfant commence À parler, À lire, À écrire. Continuer À faire, À dire, de dire, de faire.
Nous pensons donc que différer est actif dans ces phrases : Ne différez point D'y aller, ne différez point de mettre ordre à vos affaires ; et que dans partez sans différer, il est employé absolument.
DILUVIEN, lENNE, adj. Qul a rapport au d^uge. En examinant les montagnes, on y reconnaît les traces des eaux diluviennes.^ Cet adjectif s'emploie aussi dans une autre acception fort usitée i « H est tombé ces jours derniers une pluie diluviennb, » On regrette que cettQ expression et celle de pluie torrentielle , qui n'est pas moins usitée, ne se trouvent pas dans le Dictionnaire de l'Académie.
Plll£ — Pajos la coiviugaisQa il manque les passés défini et indéfini,
je dis, f ai dit, et le pluriel de l'impératif disons, dites. Nous ne relevons ces omissions que parce que l'Académie renvoie au verbe Dhie pour la conjugaison de plusieurs autres, et il nous semble que celui qui sert de paradigme doit présenter la conjugaison complète, du moins dans les parties essentielles. L'omission du pluriel de l'impératif surtout est d'autant plus fâcheuse que la seconde personne fait dites et que les composés font contredisez, dédisez, interdisez, médisez, etc., en sorte que les lecteurs seront forcément induits en erreur ou pour le verbe simple, ou pour les composés.
Ne serait-il pas convenable de mettre un tiret à ww on dit, des on dit, comme on en met à un oui-dire, des oui-dire ?
Fam., Se moquer du qu'en dira-t-on, — Voy. Qu'en-dir a-t-on , à son rang alphabétique.
DISPARAITRE... signifie aussi S'en aller de quelque endroit et ne plus s'y montrer, n'y plus revenir, ou Se retirer promptement, se cacher. // a disparu de son domicile, du lieu qu'il habitait. Il a disparu de la cour... Elle est disparue avec /m*. — Cette dernière phrase laisse à désirer. On dirait très-bien Elle est disparue, elle est dispanie AINSI QUE LUI ; mais en disant avec lui on exprime Faction simultanée de deux personnes qui s'en sont allées, se sont retirées ou cachées, et consécfuemment l'emploi de l'auxiliaire être doit être une faute; il faut mettre Elle a disparu avec lui.
DISSONANCE. DISSONANT. DISSONER. — Yoy. ASSONANCE.
DOCTE. — Ici et à l'article Sœur on a omis les doctes sœurs de TibuUe pour signifier les Muses.
DOIGTER. DOIGTIER. — Au mot DoiGT, l'Académie dit seulement « On ne prononce point le G » , et elle ne dit rien aux mots suivants. Elle aurait mieux fait d'ajouter « dans ce mot et ses dérivés ».
DOLCE, adv. T. de Musique, emprunté de l'italien. — - La seconde syllabe de ce mot exigeait que la prononciation fût indiquée, car elle n'a aucun rapport avec celle de force, féroce, véloce, etc.; si l'on veut prononcer comme les Italiens, il faut dire doltché, sans appuyer sur 1'^.
DONNER. — Dans cet article, qui a plus de onze colonnes, nous n'avons rien su voir d'analogue à l'expression Donner une chose à faire à quelqu'un, pour signifier Le charger de la faire : La partie qu'on lui a donnée à étudier est fort difficile. Cette phrase se trouve à l'article Partie. En revanche nous voyons ici la locution Donner une poignée de madn, qui manque à Main, et surtout à Poignée, où elle devrait nécessairement figurer.
DOUBLE... Au Domino, double-as, double-deux, double- trois, etc.. Dé sur lequel l'as, le point deux, etc., est répété. — Le tiret ne nous semble pas plus utile dans ces mots que dans double louis, double ducat, etc., où l'Académie n'en met point ; mais si elle le juge nécessaire, il serait bien de répéter cette orthographe aux mots As, Trois,
Quatre , Cinq et Blanc , car on ne trouve ces locutions qu'à Double, à Deux et à Six.
DOUBLER. Mettre le double, augmenter du double, d'une fois autant. — Il aurait peut-être mieux valu supprimer du double, et dire seulement : Mettre le double , augmenter d'une fois autant.
DOUCEÂTRE. (On prononce douçâtre.) — C'est sans doute par distraction qu'on a laissé ce dans ce mot au lieu de remplacer ces deux lettres par un ç. Cette orthographe nous reporte au temps où, faute d'avoir le Çj on écrivait nous commenceons, nous commenceasmes.
DOUYAix, s. m. Bois propre à faire des douves. Un millier de dourvain. — Pourquoi, dans cet exemple, douvain est-il au singulier? A coup sûr on écrirait un millier de douveS, et non de douve. S'il y a ici une ellipse dans le genre de celle qui fait écrire Un millier de foin, de paille, c'est-à-dire un millier de bottes de foin, de paille, l'Académie aurait dû le dire, comme elle l'a fait à millier pour ces deux dernières locutions.
DUBITATIF, IVE, adj. Qui sert à exprimer le doute. Proposition dubitative. Si est quelquefois conjonction dubitative. — Il aurait fallu donner non pas un seul exemple mais plusieurs, pour faire connaître ce que c'est qu'une phrase dubitative et les différentes formes sous lesquelles elle peut se présenter. Nous ne pensons pas qu'il soit suffisant de dire que « st est quelquefois conjonction dubitative ».
DUCHÉ, s. m... L'expression duché -pairie est ordinairement employée comme substantff masculin ; quelques-uns l'emploient comme substantif féminin. Un duché-pairie. Une duché-pairie, — A Pairie on trouve également « Un ou une duché-pairie ». Les mots duché et comté ont été du genre féminin; mais il n'en est plus ainsi, et nous sommes bien persuadé qu'aucun auteur n'écrit aujourd'hui une duchépairie, k moins que ce ne soit une citation; conséquemment il aurait été mieux de mettre : « Autrefois on disait une duché-pairie. »
DURER... C'est un bruit à tête fendre, on n'y peut durer, on n'y saurait durer. — A l'article Eau, nous trouvons aussi :
On dirait quHl ne satt pas troubler l'eau, qu*il ne sait pas l'eao troubler ; mais là du moins on a eu soin d'ajouter la construction grammaticale. Malgré cela, nous pensons qu'il serait mieux de ne pas mettre dans le Dictionnaire de l'Académie ces inversions germaniques. On dit, il est vrai, // gèle à pierre fendre , mais cette expression est généralement usitée. Quant à sans bourse délier (sans donner d'argent), il sait son pain manger (il est habile, intelligent), etc., ce sont des phrases faites, des expressions figurées qui n'ont pas de rapport avec le sens propre.
Nous croyons que le verbe durer ne s'emploie guère aujourd'hui dans quelques-unes des locutions que renferme cet article, et qu'il aurait été convenable d'y joindre les mots qui l'ont remplacé ; telles sont les phrases suivantes, pour lesquelles l'explication « Être extrê-
mement incommodé du chaud, du froid', etc. » ne peut suffire, et où nous nous permettons de suppléer au silence de l'Académie :
Il fait si chattd dans cette chambre, qu'on n'y saurait duker (tenir, rester).
Je ne peux durer (résister) à ce (roid-là.
On ne peut durer ( vivre) avec cet homme-là, tant U est fâcheux et difficile. Quant à celle-ci, // ne saurait durer du mal de tête, nous ne savons | quel synonyme donner au verbe durer, |
DYSSENTERIE. dyssentérique. — Autrefois l'Académie écrivait dysenterie, conformément à Tétymologie ; aujourd'hui elle écrit encore avec une seule s le mot dysurie, dont l'étymologie est de même nature, c'est-à-dire que l'un et l'autre mot sont composés de dus, difficilement, avec peine, et d'un mot commençant par une voyelle (enteron, entrailles; oureô, j'urine). Il aurait donc été mieux de rétablir l'ancienne orthographe et d'écrire dysenterie, dysentériques.
EAU... se dit encore d'une liqueur artificielle... Eau de groseilles. Eau de fraises. Eau de cerises. Eau de fleur d'orange, — Nous nous permettrons de demander pourquoi fleur est au singulier dans eau de fleur d'orange, puisqu'on a mis au pluriel les mots groseilles, fraises, cerises. Nous ne ferions pas cette question si l'Académie avait toujours écrit fleur au singulier dans ce genre de locutions; mais à Ratafia nous lisons ratafia de fleurs d'orange; à Conserve, conserve de FLEVKS. d'orange ; à Sirop, sirop de fleurs de pécher, etc. — Par la même occasion nous dirons qu'ici l'on trouve eau de groseilles, tandis qu'à Liqueur eau de groseille est au singulier.
EAU... se dit également de certains produits, de certaines préparations chimiques. Eau-forte. Eau seconde, — Nous réclamerons après eau seconde une mention pour Veau de javelle, qui ne se trouve ni ici ni à la lettre J, et dont il n'est parlé qu'en passant dans l'article Tache : Cette ta^he s'en ira avec de l'eau de javelle. Voy. Armoise.
ÉBOURIFFÉ, ÉE, adj. Il se dit Des personnes dont le vent ou quelque autre cause a mis en désordre les cheveux ou la perruque , la coififure : Vous êtes tout ébouriffé. Elle arriva tout ébouriffée. U est familier. — U s'applique, dans un sens analogue. Aux cheveux, à la coiffure même. Avoir les cheveux ébouriffés. Votre coiffure est tout ébouriffée. — Il se dit, figurément. D'une personne agitée, troublée, et qui laisse voir son trouble, son agitation. Que vous est-il donc arrivé? vous voilà tout ébouriffé; vous avez l'air tout ébouriffé.
Nous croyons devoir signaler la suppression d'une r dans ce dérivé ou ce composé de bourre, et faire une remarque sur l'ordre suivi dans la définition. En effet la racine bourre nous paraît indiquer clairement qu'il aurait été mieux de parler d'abord des cheveux seulement, qui sont mêlés {ou plutôt emmêlés. Voy. SIêler) et semblent présenter
l'aspect de la bourre par reflfet du vent ou par quelque autre cause; puis on aurait étendu la signification à la personne elle-même, qui arrive tout ébouriffée, dans le sens propre; et par une transition naturelle on aurait passé de ce sens propre au sens figuré du trouble, de Tagitation.
ÉCALE, s. f. Enveloppe^extérieure qui renferme la coque dure de certains fruits, comme les noix. Écale de noiXj etc. — Pour un dictionnaire tel que celui de l'Académie, ces mots Écale de noix, etc, ne suffisent pas. On devrait trouver ici tous les fruits dont l'enveloppe extérieure porte le nom ^' écale, et nous demanderons quel est le nom de cette enveloppe dans les marrons, les châtaignes, les amandes, les faînes, etc., si ce n'est celui-là même.
ECCE HOMO. (On prononce ea?^).— Cette prononciation (qui équivaut à egzé au lieu de représenter ekcé) pourrait nous meHei* à pronon* cer les mots excès, excellent, excepté, etc., comme s'ils étaient écrits exès, exellent, exepté, etc,
ÉCLAIRCIR, V. a... ÉCLAiRCi, lE, participe. ^ Il y eut un peu d'éclairci,Le ciel s'éclaircit pendant quelques moments.
Plus haut nous lisons.: « Éclaircie, s. f. T. de Marine. Endroit clair qui paraît au ciel en temps de brume ou entre des nuages. » Ne serait-ce point ce mot éclaircie, et non éclairci, qui devrait figurer dans la phrase ci-dessus ?
^CLOPPÉ, ÉE. — L'Académie écrit avec un seul p clopin-clopant, clopiner; elle en met deux à écloppé,
écLORE... // éclôra. Il éclôrait, — L'Académie écrit je clorai, je clorais, avec un o simple, et nous croyons inutile de mettre au futur d'éclore un accent que ne prend pas l'infinitif; il n'y a pas plus de contraction à l'un qu'à l'autre.
ÉCOURGEON, s. m. Orge carré qu'on appelle aussi Orge d'automne ou de prime. — Voy. Orge. — Plus loin nous trouvons : « Escourgeon, s. m. Espèce d'orge hâtive qu'on fait ordinairement manger en vert aux chevaux. — L'Académie regarde-t-elle ces deux mots comme synonymes? Nous l'ignorons; mais ce que nous pouvons assurer, c'est qu'en agriculture on n'emploie guère que le mot escourgeon, et l'Académie aurait bien fait de renvoyer» du premier au dernier, afin que l'on pût consulter l'un et l'autre.
écouTEUX , adj. T. de Manège. Il se dit d'un cheval distrait par les objets qui le frappent.
Voilà un de ces mots à désinence surannée, comme oiseau dépiteux, le faucheux (araignée). Autrefois on disait également un oMieux (marchand d'oubliés. Voy. Oublieur), unpiqueitx (t. de Vénerie), etc. Les gens de la campagne disent encore un blanchisseux, et quelquefois ceux de la ville un boueux pour un boueur (charretier chargé d'enlever les boues). — Pourquoi cet adjectif écouteur: n'a- 1- il pas de féminin? N'y a-t-il pas des jumepts écouteuses ?
ÉCRITURE, S. f... se dit aussi des caractères écrits. Belle écriture» Mauvaise écriture. Écriture difficile à lire. Écriture bâtarde, ronde, coulée, etc. — Il manque ici, ou à Serrer, à Lâche, deux adjectifs qui sont fort usités : écriture serrée , écriture lâche. ^Voy. Serrer.
ÉCURIE. — L'Académie n'a donné que deux expressions figurées : Fermer V écurie quand les chevaux sont dehors, et C'est un clieval à V écurie. Il en est d'autres cependant qu^elle aurait pu citer, telles que. Sa chambre, son appartement est une véritable écurie (est extrêmement sale), et surtout le proverbe : Nettoyer les écuries* d'Augias, qu'on emploie figurément pour signifier Faire un travail désagréable, presque impossible à exécuter.
ÉGALER, ÉGALISER. — « ÉGALER, V. a. Rendre égal. Égaler les parts, les portions. La mort égale tous les hommes, égale tous les rangs. — ÉGALISER, V. a. Rendre égal. Il ne se dit qu'en parlant des choses. Égaliser les lots d'un partage. L'amour égalise toutes les conditions. »
En 169Zi, on employait à peu près uniquement égaler dans toutes les acceptions ; mais antérieurement le verbe égaliser était en usage ^ , et l'on a bien fait de le ressusciter, car il est fort utile ; aujourd'hui l'on s'en sert aussi bien en parlant des personnes que des choses. Nous pensons que
Égaler doit signifier Rendre égal à : La mort, la vertu égale les bergers aux rois;
et Égaliser, Mettre de niveau, rendre égales entre elles des personnes ou des choses. La mort égalise les rois et les bergers, — et La mort ÉGALISE toutes les conditions (Acad. à l'art. Égaliser). Égaliser les parts, les portions.
En conséquence il faudrait, suivant nous, remplacer égale par ÉGALISE dans les phrases suivantes :
(à Égaler) La mort égale tous les hommes^ égale tous les rangs. (à Condition) La mort égale toutes les conditions.
Comme on vient de le voir quelques lignes plus haut, l'Académie elle-même nous donne raison au sujet de cette dernière phrase.
Elle a très -bien fait de rétablir aussi Égaliser dans le sens de Rendre uni, plan : Cette allée est raboteuse, il faut Tégaliser ^.
ÉGALISATION, S. f. T. de Jurispr. Action par laquelle on égalise les
1. On devrait dire étables, puisqu'elles renfermaient des troupeaux (trente millfi bœufs, suivant la Fable ) et non des chevaux ; cependant on dit vulgairement Nettoyer les bcuribs d*Augias, sans doute parce que le mot écurie emporte en général l'idée d'un lieu malpropre ; et en effet , les étables d'Augias n'avaient pas été nettoyées depuis trente ans.
2. En 1694 (première édition) l'Académie disait : « Égaliser, v, a. Terme dont on se sert çncore au PaJais, et qui veut dire Rendre des partages égaux. » Mais le Supplément (1696) va plus loin : « Égaliser, v. a. Vieux mot qui n'a plus d'usage qu'au Palais, pour signifier Bendre les partages égaux. »
3. L'Académie dit : « Égalbr signifie en outre Rendre uni, plan. Cette allée est rabotetue, il faut Végaler. En ce sens , on dit plus ordinairement Égalise)'. — A la lettre R on trouve : « RÉGALBR , V. a. Dresser, aplanir un terrain , après avoir enlevé ou rapporté des terres. // faut régaler les terres après le remblai. » Ce mot régaler aurait besoin d'être remplacé par un autre.
lots dans un partage. Égalisation des lots, li n'est pins guère usité.
— Quel est donc le terme maintenant en usage? Si Ton ne peut paii dire « //^égalisation des lots a eu lieu tel jour; Tégalisation des partages s^est faite devant toute la famille réunie » , comment faut-il s'exprimer? Si égalisation doit être remplacé par Supplément de partage, qu'on trouve dans la première édition et dans son Supplément, l'Académie aurait dû nous l'apprendre et donner un exemple de la phrase telle qu'elle doit être dite aujourd'hui. — A l'article Supplément, nous lisons, il est vrai : « Ce qu'on donne pour suppléer, et quelquefois Ce qu'on donne en sus. On lui a donné tant en argent pour supplément de partage »; mais cela ne nous apprend rien pour la contexture des phrases que nous avons proposées ci-dessus.
ÉGOUTTER, V. u. Il se dit de certaines choses dont on fait peu à peu écouler J'eau. // faut laisser é goutter j faire é goutter ce lait caillé, ce fromage. Mettre égoutter de la vaisselle qu'on vient de laver. Mettre égoutter des cardes , des asperges, de la morue, etc. — Il s'emploie aussi avec le pronom personnel. Ce fromage s'égouttera peu à peu.
Nous sommes persuadé que dans les premiers exemples la forme naturelle du verbe est pronominale, avec ellipse du pronom, comme cela a lieu lorsqu'un verbe pronominal est précédé d'un autre verbe; tels sont s'agenouiller, se cabrer, s'écrouler, s'enfuir, s'épanouir, s'évanouir, s'extravaser, ^'insurger, se repentir, se souvenir, se ressourvenir, etc., lorsqu'ils sont précédés de faire ; s'écouler, s'enraciner, se faisander, s'invétérer, etc., lorsqu'ils sont précédés de laisser. Nous pensons donc qu'il aurait été mieux de dire î s'égoutter, v. pron... Il s'emploie aussi avec ellipse du pronom...
lÊGRENER. — Il est à peu près inutile de dire que Vé qu'on trouve à la pénultième syllabe du participe Égrené , ée , est une faute typographique, et qu'il faut lire Égrené, ée.
ÉHOCrPER, V. a. T. d'Eaux et Forêts*. Couper la cime d'un arbre.
— Cette orthographe du verbe éhouper avec un seul p, contrairement au radical houppe^, nous paraît d'autant plus fâcheuse qu'elle semble faire exprimer à ce verbe, non pas l'action de couper la houppe ou la cime d'un arbre, mais l'action opposée à celle de l'onomatopée HouPER, V. a., en termes de chasse Appeler son compagnon, ce qui devient inintelligible.
^£V£R, V. a... En Mathém., Élever un nombre à la seconde puissance, à la quatrième ^missance, ctc. Le carrer, le cuber, etc. — Au lieu &e : à la quatrième puissance, lisez : à la troisième puissance. Chacun sait que carrer un nombre ou le multiplier par lui-même,
1. Aux articles Eau, Forêt, Spée, nous voyons Eaux et forêts (petite /"), et partout ailleurs Eaux et Forêts (grande F); lequel est le plus convenable? Nous penchons pour la majuscule, et de même nous écririons, contrairement à l'Académie, Vécoledes Ponts et Chaussées, l'académie des Inscriptions et Belles-lettres, etc.
2. Voy. le chapitre des Règles d'orthographe, p. 113, de notre Recueil de mots françait par ardre de matières, in-S».
c'est rélever à la seconde puissance ; le cuber j c'est multiplier cette puissance par le nombre primitif, et l'élever ainsi à la troisième puissance ; pour l'élever à la quatrième puissance, il faudrait multiplier la troisième par le nombre primitif ( 3 X 3 = 9 ; 9 X 3 = 27 ; 27 X 3 = 81) .
ELLIPSER. — Le substantif élision a son verbe élider, qui signifie « Faire une élision... On met une apostrophe dans V écriture à la place de lavoyelle qu'on élide... Cette lettre s'élide dans la prononciation,., » Comment se fait-il que le mot ellipse n'ait pas de même son verbe correspondant ellipser^ faire une ellipse, « Ellipser un verbe : Faites-le si vous le pouvez (faire) »? On doit pouvoir dire aussi Ellipser un mot, une préposition j un pronom, une phrase, etc.; en un mot, ce verbe est aussi nécessaire qu'élider.
ERIBONPOINT. — Dans ce mot , la règle qui veut que le 6 et le jo soient toujours précédés d'une m n'est suivie qu'à moitié, en sorte qu'on a beaucoup de peine à se rappeler si c'est à la première ou à la deuxième syllabe qu'on doit mettre Vm, Il vaudrait mieux observer ou violer la règle complètement, et écrire embompoint ou enbonpoint ; cette dernière variante laisserait dans leur intégrité les trois éléments dont le mot se compose.
EMBRASEMENT. INCENDIE. — (( EMBRASEMENT, S. m. ActiOn OU effet
d'un feu violent qui consume en jetant des flammes. L'embrasement de Troie. Une légère étincelle peut causer un grand embrasement, — Incendie , s. m. Grand embrasement. Un horrible, un vaste incendie. L'incendie d'une maison, d'un temple, d'un palais, d'une ville,,'. »
Dans les quatre premières éditions on lisait : « Embrasement, grand incendie ; Incendie , grand embrasement. » La première de ces définitions a été modifiée, mais nous croyons que c'est la seconde qui aurait dû l'être. Le mot incendie exprime un feu local, embrasement un feu général, et personne n'oserait dire l'incendie de Troie, Le sens figuré di' embrasement vient confirmer notre opinion : « Combustion, désordre, grand trouble dans un État. Cet embrasement allait gagner les provinces, on parvint à V arrêter. Ce fut un embrasement général»; et mieux encore le verbe « La guerre embrasa l'Europe», — Enfin le mot embrasement présente à l'idée un vaste brasier, et c'est pourquoi l'on dit l'embrasement du Vésuve, de l'Etna; il n'en est pas de même de l'incendie. — On regrette donc de trouver à l'article Incendier : « Brûler, consumer par le feu. Il ne se dit que d'un grand embrasement. »
EMMAILLOTTER. — La règle veut que les vejîbes dérivés d'un substantif terminé par ot ne doublent pas le t : cahoter, comploter, raboter, sangloter, etc. L'Académie écrit démaillotèr, conformément à la règle» mais elle met emmaillotter dans les exceptions. Voy. Terminaison.
EMMÉNAGEMENT, S. m. Actiou de ranger des meubles dans une maison , dans un appartement où l'on va loger. // m'en a coûté tant pour mon emménagement. — Emménagements, au pluriel, se dit, en termes de Marine, des compartiments et logements qu'on pratique dans Tin-
térieur d'un vaisseau, d'un navire. Les soutes^ les faux ponts j les chambres d'officiers, etc, sont des emménagements. Ce navire a des emménagements très-commodes, de bons emménagements. Dans ce sens, quelques-uns écriy eut Aménagements.
L'usage est pour aménagements; c'est la seule locution que nous ayons vue employée dans ce sens, et nous pensons que l'Académie aurait bien fait de la préférer, car il s'agit ici de compartiments distribués avec ordre, de logements pratiqués avec économie (avec mé^ nage, en ménageant l'espace), et non d'un arrangement de meubles.
EMMÉNAGER, V. n. Mettre ses meubles en place quand on les a transportés d'une maison dans une autre. J^ai fini d'emménager. — Il s'emploie également avec le pronom personnel. // lui a fallu huit jours pour s'emménager, — Emménagé , ée , participe. Je ne suis pas encore emménagé, tout à fait emménagé. — En termes de Marine, Ce bâtiment est bien emménagé. Il est bien distribué intérieurement.
Nous croyons qu'emménager n'est pas plus un verbe neutre dans cett-e phrase J'ai fini d'emménager, que manger, boire, lire, écrire, dans celles-ci , J'ai bu, mangé, lu, écrit ; le régime meubles, mobilier, est sous-entendu, et c'est tout simplement, à notre avis, un verbe employé absolument. L'Académie fait de boulanger un verbe actif, bien qu'elle ne lui donne pas de régime : Un garçon qui boulange bien; cette femme sait boulanger, — Nous ajouterons qxx' emménager doit signifier non-seulement Répartir les meubles dans les différentes pièces d'un appartement, et les ustensiles, le linge, etc. dans les armoires, mais encore Les transporter d'une maison dans une autre , et que dans cette acception il est encore plus explicitement actif : Cest un tel, c'est telle administration qui nous a emménages. — Enfin, quant à la Marine, nous pensons qu'emménagé n'est pas plus le terme propre qu'emménagement (Voy. ce mot), et qu'aménagé est la seule expression convenable.
EMMÉNAGOGCE. — Ce mot, qui figure dans des exemples à Armoise et à Sabine, devrait trouver ici une place et avoir sa définition. Voy. Armoise.
ÉMOULEUR, S. m. — On dit aussi Rémouleur et Gagne-petit, et cependant l'Académie ne mentionne pas ces deux variantes. Suivant nous, elle aurait dû choisir celui des trois mots qu'elle préfère, en donner la définition la plus satisfaisante , dire qu'on emploie aussi les deux autres , et mettre chacun de ces derniers à son rang alphabétique, se bornant, pour toute définition, à renvoyer à celui qu'elle aurait préféré. Il résulterait de là trois avantages pour le lecteur : il apprendrait que le mot qu'il cherche a des synonymes, il les trouverait réunis sous ses yeux , et il saurait quel est celui qu'il doit employer de préférence.
EMPIRE.— A Farticle Médaille on lit : « Médaille du Haut-Empire, du Bas-Empire » ; ici l'Académie ne parle pas du Haut-Empire : c'est
une omission à réparer. Elle dît que le Bas-Empire a commencé au règne de Valérien ou de Constantin; le Haut-Empire, qui finit sous Tun de ces deux empereurs, avait commencé sous Auguste.
EBIPLÂTRE) s. m... Appliquer j mettre, ôter, lever un emplâtre. — De même que l'Académie a fait connaître les verbes qui peuvent précéder le mot emplâtre, elle aurait bien fait de donner quelques épithètes de ce substantif : Emplâtre émollient, dessiccatif, résolutif; emplâtre vësicatoire, comme elle Ta fait pour onguent, etc.
EMPOISOBÎNER... La noix de galle empoisonne les cA^>»». — If est-ce pas plutôt la noix vomique qu'il fallait dire? A l'article Vomique on lit : « Noix vomique. Espèce de noix qui est un poison pour quelques animaux, tels que les chiens, etc. // se défit de ce chien avec de la noia? VOMIQUE ». Nous n'avons vu nulle part que' la noix de galle ait cette propriété.
EN... Être en fond, en reste. Être en avance, — A l'article Fond on ne trouve aucune phrase analogue à Être en fond; mais à Fonds nous lisons : « Il se dit quelquefois familièrement, au pluriel, d'un avoir, d'un pécule en argent. £^re en fonds. Avoir des fonds d. Il faut donc, dans cette locution, écrire fonds, puisque ce mot est employé au pluriel et que 1'^ serait nécessaire même au singulier.
EN... Livrer en proie, — Peut-on dire absolument, c'est-à-dire sans complément. Livrer en proie quelqu'un ou quelque chose; ils furent livrés EN PROIE ? A l'article Livrer on lit : « Livrer se dit aussi dans le sens de Livrer en proie, exposer à ; et alors il est toujours suivi de la préposition à. Civrer une ville au pillage, la livrer à la fureur du soldat. —A l'article Proie on ne trouve livrer qu'avec le pronom personnel ; « Se livrer en proie à ses passions, à sa douleur, » Si l'expression livrer en proie peut s'employer absolument, il aurait fallu la présenter dans une phrase plus complète que celle que nous avons citée en commençant cet article.
EN CAS (UN). — Voy. Cas.
ENCLITIQUE, S. f. T. de Gramm. Il se dit de certains mots de la langue grecque, qui s'appuient sur le mot précédent, et qui semblent ne faire qu'un avec ce mot. Une enclitique. — Il aurait été convenable de donner au moins un exemple de l'enclitique grecque; mais l'enclitique n'esl^elle pas usitée en latin, et même en français? Dans les dictionnaires récents on n'hésite pas à dire qu'en latin que, ce, ne sont des enclitiques dans ces phrases : Arma virumQVE cano ; HisGR temporihus ; JamvE vides * ? ; — et qu'il en est de même en français pour ce, je, dans est-CE^ aim^-JEl Nous demanderons s'il n'en est pas de même encore pour da dans oui-Bk.
ENDURCIR, V. a. Rendre dur. Le grand air endurcit certaines pierres. Donner une nouvelle trempe à du fer pour l'endurcir davan-
1. Dans le Dictionnaire latin-français de MM. Quicherat et Davelay, on lit : c Nb , partie. «kditi(}ae. Bst-c« qudt Jamne vidn ? de. Vois-ta maintenaiit ?
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tage. — Endurcir s'emploie souvent avec le pronom personnel, et signifie alors Devenir dur. Le corail s^endurcit à l'air. Fm plante des pieds s'endurcit à force de marcher^,
 l'article Durcir , nous lisons : « Durcir , v. a. Rendre dur. La grande chaleur durcit la terre. L'air durcit le corail. — Il s'emploie souvent avec le pronom personnel, dans le sens de Devenir dur, plus dur. La boue se durcit au soleil, La pierre se durcit à l'air. — Il est aussi neutre dans le même sens. Faire durcir des oeufs. Le ohéne durcit dans l'eau, »
Nous préférons infiniment durcir et se durcir à endurcir et s'endurcir^ dsius le sens propre, et nous réserverions endurcir, s'ewdurciR, pour le sens figuré. // est bon c^'endurcir de bonne heure les jeunes gens au travail, aux intempéries de l'air, aux privations. S'endurcir au travail, à la peine, S*endurgir à la douleur. S'endurcir aux injures, aux affronts.
ENGOUFFRER (S') , V. prou.— L'Académie n'emploie ce verbe qu'avec le pronom personnel. Le Rhône s'engouffre à quatre lieues auniessous de Genève, et réparait à un quart de lieue de là. La Guadiana s'engouffre et se perd l'espace d'environ trois lieues (5 1. ou 20 kilom.?). ' — Le vent s'engouffre dans la cheminée.
Des dictionnaires plus récents donnent engouffrer comme verbe actif. La mer engouffra nos vaisseaux.
Son ombre plane encor sur tant d'hommes sublimes Qu'Âboukir engouffra dans de sanglants abîmes. ( Barthélémy. ) Gargantua engouffrait à chaque repas d'énormes pièces de viande. Mais il est encore une autre acception aussi usitée que les précédentes, et qu'ils auraient bien fait de mentionner :
11 a ENGOUFFRÉ daus de splendides constitictions , dans de folles spéculations, dans des festins somptueux^ les millions que son père avait amas^ ses par les exactions, par les déprédations.
Sans doute on répondra que nous avons le verbe engloutir qui rend la même idée, et que c'est probablement pour cette raison que l'Académie n'a pas admis le synonyme engouffrer; mais nous ne voyons pas pourquoi le substantif gouffre n'aurait pas son verbe actif comme beaucoup d'autres qui sont moins pittoresques; et puisque l'Académie donne pour exemples Ce procès est un gouffée ; Les maisons de jeu sont des gouffres pour les jeunes gens ; C'est U7i gouffre qy£ cet
1. A l'article Sbllbr (se) , on lit également : « Un terrain qui se serre . se tasse, i'endurctt » ; et à BouiLUR : « Cuir bouilli. Cuir de vache... endurci à force de bouillir ».
2. C'est ainsi que Graisser se» habits, son linge; ce vin graissb, ont remplacé Engraissei' tes habits, son linge, et ce vin s'engraisse; et qu'on Mit maintenant Ce vêtement le vibillit et non Venvitimt. — Bn rdranche nous croyons qu'on dit Ce cheval a les jambes engorc^bs plantât que gorgées, phrases qu'on trouve aux articles Goroer et Engoroer. Et de même , bien qu'on dise Sb rouler sur l*herbe, sur un Ut, dam la poussière, etc., il faut dire que les vrilles d^une plante s'enroulent autour des corps voisins, que la chaîne d'une montre s'cnroulb autour de la futée.
homme-làj en parlant d'un grand dissipateur, on doit pouvoir dire également, // a engouffré sa fortune dans des procès, dans des maisons de jeu, dans des profusions. D'ailleurs l'expression est reçue, et il ne reste plus qu'à l'enregistrer.
ENGRENAGE, S. m. T. de Mécanique. Disposition de plusieurs roues qui engrènent les unes dans les autres. — L'Académie admet un substantif (rengrénemenl, \oy, Rekgréner) pour exprimer l'action de rengréner; il nous semble nécessaire d'admettre de même le substantif engrènement pour exprimer l'action d'engrener et le résultat de cette action, puisque le mot engrenage a une signification toute différente. Voy. Transvaser.
ENORGVEUXIR... Quelques -uns prononcent enorgueillir. — Le nombre de ceux qui prononcent enivrer n'est pas moins grand. L'Académie aurait peut-être bien fait de dire à chacun de ces mots que ceux qui mettent l'accent prononcent mal.
ENQUÉRIR (S')... Enquérez-^ous soigneusement de cela. Je me suis enquis de cet homfne-là partout, et je n'ai pu en avoir de nouvelles. Il faut s'enquérir de la vérité du fait. Enquérez-vous-en à ceux qui le savent. Je me suis enquis d'un tel, ou à un tel, si le bruit qui court est vrai. — Ainsi TAcadémie emploie s'enquérir de dans deux acceptions tout à fait différentes : Je ms suis enquis de cet homme partout; Il faut s'enquérir de la vérité du fait. Jusqu'ici c'est très-bien ; c'est le de des Latins, car ces phrases signifient Je me suis enquis touchant cet homme, au sujet de cet homme; Il faut s'enquérir touchant la vérité du fait, au sujet de la vérité du fait. Mais il n'en est pas de même dans cette phrase .Je me suis enquis n'wn tel si le bruit qui court est vrai, et nous croyons qu'au lieu de je me suis enquis D'un tel ou À un tel, il serait mieux de dire je me suis enquis auprès d'un tel. Malheureusement nous n'avons trouvé ni à Auprès, ni même à Près, aucune phrase analogue. Nous espérious que le verbe S'informer nous donnerait un exemple tel que nous pouvions le désirer ; mais nous n'y avons trouvé que s'informer À quelqu'un, et c'est encore à Buffon que nous devons de savoir qu'on peut dire s'informer auprès de quelqu'un : « M'étant informé auprès de quelques voyageurs dignes de foi, je les ai trouvés d'accord sur le passage des hirondelles au delà de la Méditerranée, » — Nous pensons donc qu'on peut dire s'enquérir auprès de quelqu'un aussi bien que s'informer auprès de quelqu'un, et cette expression nous paraît préférable à de, à, pour les deux verbes.
Nous nous permettrons une seconde remarque. Au lieu de je n'ai pu en avoir de nouvelles, ne serait-il pas mieux de dire : Je me suis enquis de cet homme partout, et je n'ai pu en avoir des nouvelles, c'est-à-dire , je n'ai pu avoir des nouvelles touchant cet homme * ?
1. Voici une règle que nous n'avons vue nulle part, et qui semblera sans doute paradoxale, mais nous la croyons exacte :
Lorsqu'un verbe est employé négativement, le substantif qui suit ne doit pas être précédé
ENRAGER, V. n,.. Fam. Un mal enra^fé, une doiUeur enragée. Un mal violent, une extrême douleur. On dit dans un sens analogue : Une faim enragée. Une passion enragée, 6(c.— Nous avons toujours entendu dire un mal D'enragé, une douleur D'enragé, c'est*-à-dire un mal, une douleur semblables à ce qu'endurent ceux qui Sont atteints de la rage ; et par analogie une faim, une passion D'enragé. Les personnes que nous avons consultées pensent que cette dernière locution est préféra.ble à Tautre, et nous la soumettons à l'appréciation de TÀcadémie.
ENRAYER. — Il était naturel, ce semble, de donner un substantif à ce verbe. L'enrayement (ou plutôt l'enraiement) était difficile. L'enrrayement fut long.
ENREGISTREMENT. ENREGISTRER. (Quelques-uns pronoQcent enregitrement, enregîtrer.) — Ces variantes auraient bien pu être supprimées : ni dans les ministères, ni chez les notaires, les avoués, les huissiers, etc., nous n'avons entendu cette prononciation. Nous croyons que regitre, regitrer, enregitrement, enregîtrer, sont des locutions locales qui n'ont pas plus droit de figurer dans le Dictionnaire de l'Académie que les mauvaises locutions de la capitale.
ENSUITE... Quand ce mot est suivi de la particule de, il a la qualité de préposition; mais on ne l'emploie guère alors que dans ces deux phrases : Ensuite de cela. Ensuite de quoi. — Dans cette locution nous écririons volontiers en suite en deux mots, car elle nous semble signifier Par suite, en conséquence : En suite de cela, la séance fut levée. En suite de quoi, on le mit aux arrêts, en prison,
Voy. ËNSUIVRjS (s').
ENSUIVRE (S?) , V. pron. Suivre, être après... Le premier chapitre et tout ce qui s'ensuit. — Il signifie aussi Dériver, procéder, venir de. Un grand bien s'ensuivit de tant de maux. Le tribunal cassa la procédure, et tout ce qui s'était ensuivi. — Il se dit particulièrement de toute conséquence qui découle nécessairement d'un principe. Voyez les erreurs qui s'ensuivraient de cette proposition. — Il est souvent employé comme impersonnel dans les deux dernières acceptions. // s'ensuivit de grands mmcx. Il s'ensuit de là que... De cette proposition il s'ensuit que... Si vous établissez ce principe, il s'ensuivra que...
Nous croyons être certain qu'aujourd'hui l'on n'observe guère sur ce point l'orthographe de l'Académie, et qu'on écrit généralement : Le premier chapitre et tout ce qui s'en suit, en deux mots, parce qu'on donne à s'en suit le sens de En dépend. Il s'en suivit (il en résulta)
de l'article ; mais si entre le verbe employé négativement et le substantif il y a un antre verbe , on met l'article :
Je n'ai pa9 eu D'enfants, et Je n'ai pu avoir dbs enfants.
Je n'ai pas demandé dk livres, Je n'ai pas osé demander dbs livres.
Je n'ai pas donné D'argent, Je n'ai pas voulu donner de L'argent.
On dira encore : « Depuis six mois que mon navire est parti, je n'en ai pas eu db nouvelles, et je n'ai pu en avoir dbs nouvelles )>. Par la même raison on devra dire : Je me suis enquis de cet homme, et je n*mi pu en avoir dbs nôuvetlen.
de grands maux. Si vous établissez ce principe, il s'en suivra (il en résultera, il en découlera) qtte,., — Puis on dit : Le tribunal cassa la procédure et tout ce qui s'en était suivi *, et De cette ^ proposition il SUIT qvs.i, comme l'Académie le fait elle-même à l'article Suivre : « Il SUIT de ce que vous dites, que je n'avais pas tort. Il ne suit pas de là que vous ayez raison^. » — Pour ces autres phrases, Un grand bien s* ensuivit de tant de maux. Voyez les erreurs qui s'ensuivraient de cette proposition, etc., au lieu de s'ensuivre on emploie Résulter, découler, dériver, etc. Peut-être même pourrait-on dire. Voyez les erreurs qui suivraient de cette proposition. Un grand bien suivit de tant de maux, car ces phrases nous semblent analogues aux suivantes :
(à Suivre) Lune de ces propositions ne sorr pas toujours de Vautre, ne
siîiT pas nécessairement de l'autre.
(à Ipso facto) Expression adverbiale... qui se dit de tout ce qui surr infailliblement et immédiatement de quelque fait.
Il faudrait donc supprimer une partie de l'article S'ensuivre , en coBsultant l'article Suivre qui est beaucoup plus conforme au langage actuel. Quant aux phrases où s'en suivre signifie Résulter, découler, dériver, il faudrait le conjuguer comme S'en aller : il s'en suit, il s'en est suivi, il s'en était suivi, etc.
ENTRAIN, s. m. — Voilà un joli mot très-expressif, et aujourd'hui très-usité, que sans doute l'Académie adoptera prochainement. Aux diverses acceptions que lui donnent les dictionnaires on pourrait, pensons-nous, ajouter celle-ci : Ardeur à l'ouvrage. Cet atelier fait plaisir à voir; il y a un entrain dont on ne se fait aucune idée.
ENTRE... Entre ci et là... Nous nous étions quittés à Marseille il y a deicx ans, et je l'ai rencontré hier à Paris ; nous ne nous étions pas revus entre ci et là. — A l'article Gi, l'Académie dit que les locutions entre ci et demain, entre ci et là ont vieilli, même pour ces phrases : Entre ci et demain il peut arriver bien des choses. Entre ci et là il y a encore loin. A plus forte raison entre ci et là 4)eut-il être regardé comme vieilli, sinon comme vicieux, dans la phrase que nous venons de lire au mot Entre , puisqu'il s'agit d'une chose passée.
1. Dans la sixième édition, l'Académie a modifié l'expression qu'on trouvait dans les éditions précédentes : le Parlement cassa la procéclure et tout ce qui s'en était ensuivi. Elle a très-bien senti que ces deux en constituaient un pléonasme choquant ; mais en disant s'était Kssuivi, ce n'est pas celui qui aurait dû disparaître qu'elle a supprimé.
2. Ces deux phrases, // suit de ce que vous dites, que je n'avais pCLS tort ; H ne suit pas de là que vous ayez raison, nous semblent condamner celles-ci : // s'ensuit de là que.... De cette proposition il s'ensuit qu^..., où il faut substituer suit à s'ensuit. — Par la môme raison il faudrait rectifier les phrases suivantes :
(à Mort) Pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive.
( à NécEssiTé ) // s'ensuit de nécessité, de toute nécessité, de nécessité absolue,..
(à Poser) Cela posé, il s'ensuit...
(à Absurdité ) // s'ensuivrait de là une grande absurdité. Dans les trois premières , s'ensuivre devrait s'écrire en deux roots : Pemiu jusqu'à ce que mort s'en suive; // s'en suit de nécessité...; Cela posé, il s'en suit... ; — dans la quatrième il faudrait substituer suivre à s'ensuivre : Il suivrait de là une grande absurdité.