‹ Errata du Dictionnaire de l'Académie françaiseChapitre 29 sur 55 · Méduse est â 0<J«dorr« et i virURintR · texte numérisé non relu

Méduse est â 0<J«dorr« et i virURintR

rang alphabétique, il semble qu^on devrait du moins les trouver aux articles Écdrie ou Étable, Tonneau, Lettre, Tête, Boîte, Lit, etc., comme à Fil, à Toile, on trouve le fil d'Ariane, la toile de Pénélope.

Dans le cours du Dictionnaire nous avons bien trouvé le Léthé, fleuve d'oubli (à Oobli), le noir Styx (à Onde et à Noir), et l'impur Cocyle (à Onde); mais nous n'avons vu nulle part ce Phlégéthon qui roulait des torrents de flammes. — Nous avons également trouvé Caron (qui devrait s'écrire Charon comme Charybde), Bacchus et Cérès, Flore et Zéphire (ou plutôt Zépkyre)^ Thétis et Pelée, Castor et PolluXj Ulysse et Pénélope, Médée et son émule en magie Circé, la chèvre Amalthée, etc. ; mais nous aurions désiré voir aux articles Juge ou Enfer les noms de Minos, d*Éaque et de Rhadamanthe. — Nous aurions aussi voulu trouver Polyphème aux articles Antre ou Cyclope, Triptolème à I'Agricdltdre. — Charybde est à sa lettrine, mais non Scylla. — Le serpent Python n'est même pas mentionné à l'article Pythique , bien que les jeux Pytkiques ou Pythiens aient été institués en mémoire de la victoire d'Apollon sur ce monstre. — Oa a omis les jeux Islhmiques ou Isthmiens, qui étaient solennels dans la Grèce comme les jeux Néméens, Olympiques et Pytkiques. — Le Minotaure méritait d'être nommé comme l'ont été le Sphinx, les Ccwtaures et les Cy dopes. — On s'attendrait sans doute à voir les douze grands dieux aux articles Dieux ou Divinités, mais ils sont à Olympien. — On nous a donné les noms des Furies, des Gorgones, des Grâces, des Parques, même ceux des Sirènes et des Harpies, mais nulle part nous n'avons su découvrir ceux des Hfuses.

Passons à l'orthographe des noms. Nous nous demandons pourquoi il faut écrire avec une majuscule C'est un Adonis, une Agnès, un Argus, un Calon, un Céladon, un Crésics, un Hercule, un Mécène, un Narcisse, un Nestor, un Œdipe, un Sardanapale, un Zoïle, et surtout un Sybarite, un Bucéphale, tandis qu'il faut mettre une initiale minuscule à C'est un cerbère, un claude, un jocrisse, une amazone, une mégère, un mentor, un mirmidon (ou plutôt myrmidon)^ un nicodème, un olibrius (ou mieux olybriics), un protée, etc.; — un habile Arislarque, nos modernes Aristarques, un orgueil de Satan, et une voix de Ueinrtor; — c'est un Gille, un vrai Gille, un Pasquin, un Tabarin;eU c'est un pantalon, un vrai trivelin, un turlupin, un vrai turlupin; — c'est un Iroquois, un fin Normand, un Vandale, un grand Vandale; ce sont de véritables Velches; et, c'est un franc allobroge; c'est un arabe y un gascon; cet homme n'est "^2^ grand grec; c'est un ostrogot. Ce dernier nom n'a pas même Vh que réclame le radical.

On ne pourrait pas objecter qu'on a écrit un Narcisse avec une majuscule pour prévenir toute équivoque avec le nom de la fleur, car alors il aurait fallu la mettre aussi dans C'est un pantalmi^, pour em-

1. Nom d'un personnage de la comédie italienne qui s'emploie figurément et familiàre-

pêcher toute équivoque avec le nom du vêtement.— A Tarticle arlequin nous trouvons Un habit d'arlequin par un petit a; mais à Tarticle Habit, il y a Habit d Arlequin, de Polichinelle, avec des majuscules. Pourquoi- encore commencer par une minuscule les centaures,\Qs cyclopes, les faunes, les satyres, les sylvains, les naïades, \q^' sirènes, les harpies, les saturnales, tandis qu'on emploie une majuscule pour les Argonautes, les Pygmées, les Euménides ou Furies, les Gorgones, les Grâces, les Parques, les Bacchanales * et les Panathénées f

Il est des noms pour lesquels on est fort embarrassé; comme l'Académie n'a pas donné d'exemples pour le sens propre, on ne sait s'il faut les écrire avec une majuscule ou une minuscule. Cependant l'orthographe de quelques-uns nous est enseignée dans d'autres articles ; ainsi nous trouvons :

( à Pfxte) Dans les bas-reliefs antiques, les Amazones sont ordinairement armées de peltes,

(à Lazzi) Les lazzi ^'Ablequin.

(à Pisser) (Test Jocbisse qui mène les potUes pisser,

(à Botte) Par allusion au personnage de I'Ogbe, dans le conte du Petit Poucet.

(à Foudroyer) Jupiter foudroya les Titans.

(à Foudroiement) Le foudroiement des géants (petit g).

(à Renaissance) La renaissance du phénix (petit p) est une fable.

Quant à Bacchante, l'Académie nous le donne écrit de deux manières : dans les deux premières phrases elle y a mis une majuscule, dans les deux autres une minuscule :

(à Pampre) Les Bacchantes entouraient leurs javelots de pampre et de

lierre, (à Thyhse) Javelot... dont les Bacchantes étaient armées. (à Bacchanale) Représentation d'une danse de bacchantes et de satyres, (à Là) Ld u/ne troupe de bacchantes, ici un groupe de jeunes gens.

Nous présumons qu'il faut commencer par une grande lettre, le Bucentaure, le Cotisée, etc., et par une petite, une lamie, les larves, les lémures, les lupercales, les napées, les néréides, les oréades^,etc.; mais nous ne savons quelle orthographe suivre au sujet de Une ma' ritome, un mercure, etc.; faut-il y mettre une majuscule comme dans un Arguas, ou une minuscule comme dans Un mentor ' ?

ment pour signifier Un homme qui prend toute sorte de figures , et qui joue toute sorte de rôles pour arriver à ses fins.

1. L'Académie écrit « Célébrer les Bacchanales (grand fi), et Célébrer les orgies ( petit o).

2. Quanta nous, nous écririons Napées, Néréides, Oréades, et SLUSsi Naïades, Sirènes, etc.

3. Nous sommes à peu près certain qu'il faut écrire avec de petites initiales carrare (marbre de Carrare), sassenage et cantal (fromages de Sassenage en Dauphiné et du Cantal en Auvergne) comme angora, gruyère, roquefort, pancaliers, moka, etc.; mais il n'en est pas moins vrai que l'Académie aurait dû mettre des exemples aux articles Cabrare , Sassbnaob et Cantal , comme elle l'a fait pour les autres mots que nous venons de citer, afin que le lecteur n'eût aucun doute sur l'orthographe à suivre. — Sous ce rapport on regrette qu'elle n'ait pas même mentionné dans son Dictionnaire le mot cognac, qui est d'un usage joumar lier, et que bien des personnes écrivent avec une majuscule. Nous en dirons autant pour la

Il serah bien à désirer que rAcadémle posât des règles fixes pour trancher toutes ces questions.

Maintenant nous allons citer quelques locutions familières sur letquelles il paraît n'y avoir aucun doute, parce que l'Académie y est généralement d'accord avec elle-même :

du tedan, du louviers, de Velbeuf (pour, du drap de Sedan, de Louvitre,

d'EUbeuf).

du nankin (toile de coton qui se fabrique à Nankin). du pékin (étoffe de soie fabriquée à Pékin ou en Chine). de belle malines brodée (dentelle originairement fabriquée à Malines). une tenture, une robe de perse (toile peinte qui vient de Perse). du masulipatan (toile de coton originairement fabriquée à Masulipatam*). un caudebec (un chapeau de Caudebec).

un meuble, un lit de damas (espèce de satin à fleurs et h deux envers,

originairement fabriqué à Damas). ce sabre est un vrai damas (fabriqué à Damas). une olinde (lame d*épée fabriquée à Olinde, ville du Brésil)* un angora (chat à poils long» et soyeux, originaire d*Angora). du gruyère, du roquefort (du fromage de Gruyères, de Roquefort). des brignoleSf du damas (des prunes de Brignoles, de Damas). un pancaliers (un chou de Pancaliers*, ville du Piémont). du moka (du café de Moka' ).

du curaçao (liqueur où il entre de l'écorce d'oranges amèresqui croissent

à Curaçao, Tune des Antilles ). •

du garus (de l'élixir de Garus).

du mithridate (antidote qu'on attribue à Mithridate). Par analogie on écrit aussi , bien que l'Académie n'en donne pas d'exemples, du bordeaiujc^ du bourgogne j du Champagne ^ etc.j pour Du vin de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne.

Voici encore quelques phrases de l'Académie où se trouvent des noms modernes :

Fu^ée à la Congrève, cafetière à la Dubelloy, potage à la julienne, sauce à la béchamel *, sauce^Robert; puis vient le quinquet (qui devrait s'appeler argand ou lampe à tAr-

valenciennes ou valencienne { dentelle fabriquée à Valenciennes ) , qui jouit d'une grande réputation et qui méritait d'être citée puisqu'on a consacré un article à la malines.

1. Loisqu^un nom propre a été modifié , comme masulipatan, guingan, macadam, etc., au lieu de Masulipatam, GtUngampt Mao-Àdam, il doit natazeUenkant commencer par «ae minuscule.

2. L'Académie conserye Vs finale du nom dass du- louviers, tm paneaU&r$, de la iH^i^î elle la supprime dans du gruyère, une brignole.

8. :^e maintient la majuscule lors même que le de est supprimé : eafé Moka, eafé Bourbon- — Quaql à l'étofle appelée eadiemire, elle l'écrit par un petit <f/mème en emptoyant la préposition de : une robe de cachemire, un châle de cachemire,

4. Il nous semble ^ue le môme principe qui fait généralement écrire, IPn métier à to J*^ 9VÂRT, une lampe à /'Argand, et qui a fait écrire par l'Académie , Fusée d la CowoR*^» cafetière à la Dubbllot, demandait une majuscule à julieime et à béehamel (polâg^àld JuLiBNirs, sauce d la BécHAiiBL ), car ces phrase» signifient, A la «içon, à la manière de Julienne, de BécharoeL — Il faudrait également employer la majuscuïe dans les locntioi» poioffe; JuMmme, sauce Béchamel, comme l'Académie l'a fait pour emfé Utefta, eafé Bourbon, MatÊt»4tolmrt,

gcmd, nom du véritable inventeur); un jaquemart (corruption du nom de l'inventeur^ Jucques-Mœrey, le stras (qu'il vaudrait peut-être mieux écrire slrass, puisqu'on prononce deux s et que l'inventeur se nommait, dit-on, Strasze)^ eXlenomus (que l'Académie aurait aussi peutêtre mieux fait d'appeler vemier, puisque tel paraît être le nom de l'inventeur). — On voit par là que sir William Congreve et MM. Duhelloy, Robert sont plus favorisés que leurs émules en inventions; leurs noms sont ornés d'une majuscule^

Dans les nouveaux dictionnaires on trouve de plus : le macadam, méthode de pavage où l'on emploie le granit concassé, et qui a été inventée par Mac-Adam ; tm muU-jenny (appareil employé dans le filage du coton, ainsi appelé, dit-on, de Jenny, femme de l'inventeur); un jacquofFt ou jacquard (ou métier à la Jacquart, nom de l'inventeur), métier à tisser des étoffes de soie brochées. — On dit souvent une chaptal, pour Une cafetière à la Chaptal ; ujie carcel pour Une lampe de Caree!; mais on ne dit pas vue papin pour Une marmite à la Papin.

Nous pourrions ajouter encore quelques noms de pays dérivés de ceux des navigateurs qui les ont découverts : V Amérique ^ ainsi appelée du prénom d'Améric Vespuce, bien que le véritable découvreur fût Christophe Colomb ; — Kh Colombie, qui reçut ce nom en l'honneur de ce même Colomb; — la Tasmanie^ découverte par Tasman; — la Diém4nie, ou plutôt la Terre de Diemen^ ainsi appelée du nom de van Diemen, gouverneur de Batavia*, etc.

Amati et Siradivarius étaient de célèbres luthiers ; Aide Manuce, Elzémr, EsHenne, de célèbres imprimeurs, dont les noms ont été donnés à leurs œuvres typographiques ; mais les lexicographes ne sont d'accord ni entre eux ni avec eux-mêmes sur la manière d'écrire ces noms ainsi appliqués; tel écrit les amatis (petit a) sont fort rares, et ce violon est wn Stradivarius (grande S); tel autre, c^est un Aide, yneeolleclion d'Aides (grand A), et bel elzévir, la collection des elzévirs (petit e),etc. Nous pensons qu'il serait mieux de suivre pour ces anciens noms la règle qu'on suit pour les nouveaux , et d'écrire un stradivarius, un aide, comme on écrit un jacquart, le stras, uifie chaptal et une carcel.

Enfin à Tarticle Maître l'Académie écrit maître Jacques, et maure gowin, maître aliboronK Gonin est un nom d'homme aussi bien que Jticques; seulement Jacques est un prénom de tous les temps, tandis que gonin (petit g) est un nom de famille, et le personnage qui a

1. Quelques géographes donnent indifféremment les noms de Tasmanie ou de Terre de Diemen à l'île située au sud de la Nouvelle-Hollande, dont elle est séparée par le détroit de Bass.

2. c Fig. et fam., Maître Jacques, homme qui réunit plusieurs emplois dans une maison. // est à la fois emsii^eh, valet de chambre, cocher; c'est un montre Jacques. » — « Prov. et en mauvaise part, Maître gonin, homme rusé, fin et adroit. Ce sont des tours de maître gonin. » — « Pop., Maître aliboron, homme ignorant, stupide, ridicule, qui ne se connaît en rien. C'est un maître aliboron. » { Académie. )

donné lieu à cette locution était un .adroit escamoteur du temps de Louis XIV. Cette différence dans les dates ne nous semble pas suffisante pour en mettre une dans Forthographe. — Quant à alihoron, dans maître aliboron, il s'écrivait autrefois alihorum; et quelle qu'en soit rétymologie ce n'était qu'une épithète ^. Depuis qu'il a été employé par La Fontaine (liv. I, fab. 13) ,

Arrive un troisième larron Qui saisit fnattre aliboron ,

il ne se dit plus que de l'âne ou d'un âne.

MÈRE... Grand'mère, Aïeule... Populairement, on dit quelquefois Mère-grand. — Ne devrait- on pas, dans cette inversion, maintenir l'apostrophe et écrire mère-grand* j nos mères-grand*, comme l'Académie écrit gard' à l'article Died dans cette phrase : Dieu vous garde

ou vous GARD' ?

MÉRIDIONAL, ALE, adj... Les peuples méridionaux. — L'Académie a mis ailleurs les Septentrionaux;, les Orientaux;, les Occidentaux; il aurait été convenable de mettre également ici « On dit aussi, substantivement, les Méridiorumx. »

MÉRIDIONAL, ALE... Pôle méridional. Amérique méridionale. — Peut-on dire le pôle méridional comme on dit le pôle sud? Sans doute on dit indifféremment le pôle septentrional et le pôle nord; mais nous avons un scrupule au sujet de l'expression pôle méridional^, bien qu'elle soit consacrée par l'Académie, et nous aimerions mieux pôle sied, pôle antarctique, qu'on trouve à l'article Sud (le pôle sud, le pôle antarctique). Il nous semble que méridional est un terme relatif à notre hémisphère, et dont la signification s'arrête aux pays situés sur la ligne équinoxiale, pour recommencer en sens opposé au pôle antarctique ou sud et s'arrêter également à la ligne. Nous croyons que c'est une faute de dire le pôle méridional comme il le serait de dire, par exemple, que la Patagonie est située au midi de la république Argentine, que la Nouvelle-Hollande est au midi de laNoùveJie- Guinée.

MÉRINOS. — Ajoutez : On fait sonner l'S.

MÉSAIR ou MÉZAIR. Allure du cheval , qui tient le milieu entre le terre à terre et les courbettes.— Nous croyons que la variante Mézair aurait dû figurer la première, comme étant la plus conforme à l'éty-

1. Suivant Huet, le surnom de maître aliboron fut donné à un avocat ignorant qui, plaidant en latin et voulant dire que sa partie adverse n'était pas recevable dans ses alibi (ou peut-être mieux, alibis), s'écria : NuUa ratio habenda est isiorum aliborum. Le mot est resté, et dès lors il a servi à désigner un homme ignorant, un âne.

2. L'expression pôle atistral ne nous satisfait pas non plus complètement , car la température de ce pôle est encore plus froide que celle du pôle nord, et le mot austral nous semble devoir être réservé en géographie pour les pays chauds , comme il l'est en botanique et en ' zoologie : animal amiral, plante australe; les noms de cmitinem austral, d'Australie, à' Australasie (Asie australe), donnés à des contrées qui sont près de la ligne, condamnent en quelque sorte celui d'hémisphère austral et surtout celui de pôle austral.

mologie italienne {mezz" aria, allure moyenne) . L'orthographe mes semble avoir dans ce mot la même valeur que dans mésalliance, mésaventure, etc., ce qui trompe sur la signification qu'il a réellement.

MÉSAYENIR) S. f. Il a le même sens que Mésarriver. Votre cause est bonne, il ne saurait vous en mésavenir, — Au lieu de « s. f. » , lisez « verbe neutre ».

MESSIRE, s. m. Titre d'honneur... Poire de Messire Jean,Vo\vQ de couleur rousse, qui est cassante et fort sucrée, et qui est mûre en octobre ou en noy&mhvQ. Compote de poires de Messire Jean*

Nous ne parlerons pas de l'humble dame -Jeanne, mais nous opposerons la prune de reine-Claude à la poire de Messire Jean, et nous demanderons pourquoi Messire prend une grande M, tandis que reine s'écrit avec une petite r; puis, pourquoi un tiret entre reine et Claude, et point entre Messire et Jean; puis encore, pourquoi l'on peut dire simplement une reine-Claude (en supprimant prune de) et non un Messire Jean (en supprimant poire de); et enfin, pourquoi l'on n'écrirait pas un messire-jean et une reine-claude, avec des minuscules, et des messires-jeans, des reines-claudes, comme on écrit des saints-germains.

MESURE... A fur et à mesure, à fur et mesure. — Ici il manque l'expression au fur et à mesure, qui est à l'article Fur. Voy. ce mot.

M^TONOMASIE, S. f. T. didact. Changement de nom propre par la voie de la traduction, comme Mélanchton, fait de deux mots grecs, pour Schwarzerd, qui, en allemand, signifie Terre noire ; Ramus, pour la Ramée; Métastase, fait aussi de deux mots grecs, pour Trapassi.

A l'article Grégiser l'Académie dit « Métastase est le nom de Trapasso, grécisé. » Ici elle dit Trapassi, et nous croyons devoir. préférer cette variante, qui seule se trouve dans tous les dictionnaires que nous avons consultés.

Le célèbre ami de Luther écrivait-il son nom primitif Schwarzerd * ou Schwartzerde, comme le veulent la plupart des biographes ? Nous pouvons laisser cette question à vider aux savants ou plutôt aux érudits. Quant au nom grec, l'orthographe Mélanchton ne nous paraît pas régulière : le ch appelle après lui un th et non un simple t, comme on le voit dans autochthone, ichthyologie et ichtkyophage, Chthonie, Érechthée, Érichthonius, Érysichthon, etc. Il en est de même du ph : aphthe, apophthegme, diphthongue, ophthalmie, phthisie, Phthiotide, etc. — A cette règle il y a une exception, naphte. Voy. ce mot.

MEUBLE... Acheter des meubles à un inventaire. — Au mot Inventaire, on lit : « Inventaire signifie quelquefois, par extension. Une

1. Nous savons que la mode actuelle tend à supprimer dans les mots et même dans les noms allemands le t qui précède le z; ainsi dans le grand dictionnaire de Laveaux on a mis quarz, quarzeux, au lieu de quartz, quartzeux. Quant au nom de Leibmtz, qui jusqu'à ces dernier^ temps s'était écrit avec tz, M. F. Hoefer, directeur de la Nouvelle biographie générale de MM. Didot, affirme que tous les autographes qu'il a vus de cet homme célèbre sont signés

LCIBNIE.

vente de meubles inventoriés par un officier ministériel. Il y aunin^ ventaire sur telle place publiqm, dans cette maison-là. J'ai acheté cela à un inventaire. Ce sens vieillit : on dit Encan. — On se demande pourquoi l'Académie a employé inventaire au lieu d'enco» dans cet article Meuble. Voy. Bien.

MIDI... // est midi, midi et demi, midi un quart, midi trois quarts.

A l'article Minuit on trouve « Minuit et demi. A minuit un quart » ; — à Quart « Deux heures et un quart. Deiuv heures un quart. Deux heures trois quarts » ; — mais à Tiers on lit « Deux aunes et un tiers. Trois aunes et deux tiers ». Assurément nous préférons l'emploi de la conjonction, et nous ne voyons pas pourquoi on la supprimerait devant un quart, trois quarts, plutôt que devant demi ou demie, un tiers et deux tiers, A l'article Aune on trouve une ellipse plus forte encore, celle de « et un » : « demi-aune demi-quart ».

MILLE-FEUILLE, S. f. Plante de la famille des Radiées, ainsi nommée parce que ses- feuilles sont découpées très-menu... — Il nous semble que si l'on ne veut pas écrire mille-feuilleS comme on écrit millefleurS et mille-piedS, il faudrait réunir les deux mots (millefeuille) comme dans chèvrefeuille, qui autrefois s'écrivait chèvre -feuille, et dans quinte feuille, que l'Académie a toujours écrit ainsi.

MIMOSA, s. f.— L'Académie donne le genre féminin à ixia, mimosa, opuntia, et le genre masculin à acacia, althœa, becabunga, cobœa, cochléaria, dahlia, datura, hortensia, etc. Les botanistes, et entre autres de Candolle, donnent le genre masculin à toutes les plantes dont le nom se termine par a; il serait à désirer que l'Académie suivît le même principe.

MINIATURE^ (On prononce ordinairement mignature.) —Nous croyons qu'on devrait écrire mignature, comme Buffon; ce mot vient évidemment de mignon ou de i^ignard, et non de minium, puisqu'on peut faire des miniatures sans employer la moindre parcelle de cet oxyde, auquel on substitue très-bien la laque, le carmin, etc. Les diverses acceptions de ce mot confirment notre opinion : c'est la finesse, la délicatesse de ce genre de peinture qui lui ont valu ce nom, qu'on applique également aux ouvrages de littérature faits dans de petites proportions, aux objets d'art de petite dimension et travaillés avec délicatesse, et même aux personnes ou aux choses petites et délicates, etc., comme dans les phrases suivantes : Il a donné une description en miniature de toutes les parties du globe. Cette boîte est une vraie miniature. Cette personne est une jolie petite miniature, Voiseaumouche, cette charmante miniature... Ce joli animal (le perrito fine) peut être considéré comms U7ie miniature du barbet. On la prendrait (la couronne du roi des gobe- mouches) pour la miniature rf'wne quevs de paon. Dans toutes ces acceptions, l'orthographe MIGNATURE serait donc plus en harmonie que l'autre avec la véritable signification du mot.

MINIJIT) S. m. — Accolé au mot carême ou aux noms de mois, mi prend le genre féminin : la mi-caréme, la mi-janvier, la mi-a^ût, la mi-septembre, etc.; réuni au mot nuit, qui est féminin, il prend le genre masculin : Sur le minuit; minuit sonnant, minuit sonné, minuit et demi. Quelle bizarrerie!

MiRMiDON, s. m. (Quelques-uns, pour se conformer à Tétymologie, écrivent Myrmidon). — Nous croyons que les quelques-uns dont parle l'Académie forment la majorité, et que ce mot aurait dû conserver Vy.

MOBILE, adj. des deux genres... Mobile, substantif, signifie aussi La force mouvante. Veau est le mobile de cette machine, — Nous croyons que dans cette acception du sens propre on ne dit plus guère que moteur, et qu'il aurait été convenable de mentionner ici ce mot, puisque nous lisons à l'article Moteur : « Moteur, en termes de Mécanique, signifie Mobile, ce qui imprime le mouvement. Veau, le feu est le premier^ moteur de cette machirhe. Le moteur doit être proportionné à V effet qu'on veut produire. »

MOBILE... Fig., Premier mobile, se dit d'une personne qui donne le mouvement à une affaire, à une association. Un tel est le premier mobile de cette affaire, de cette conjuration. — Nous croyons également qu'au lieu de premier mobile on dit plutôt promoteur, et qu'il aurait fallu mentionner ce synonyme, qui est admis par l'Académie : « Il (promoteur) se dit aussi de celui qui donne la première impulsion pour* quelque chose. Ce prince fut le promoteur de la guerre. Il fut le promoteur de cette querelle. Il fut un des plus ardents promoteurs de la réforme. »

MOBILIAIRE, adj. f. Qui consiste en meubles, ou qui concerne cette nature de biens. Propriété, richesse m^biliaire. Contribution, imposition mobiliaire. — Mobilier, ère, adj... Succession mobilière. Succession ou portion de succession qui consiste en meubles.

Puisque mobiliaire et mobilier, ère, signifient Qui consiste en meubles, pourquoi n'écrirait-on pas propriété, -richesse mobilière, et même contribution, imposition mobilière, comme succession mobilière? Il n'y aura jamais que les notaires et les membres du barreau qui sauront établir une différence dans la valeur de ces deux variantes.

MODÈLE... se dit aussi, en Sculpture , de la représentation en terre ou en cire d'un ouvrage qu'on se propose d'exécuter en marbre ou en quelque autre matière. JforfèZe de terre, de cire. — Il se dit également de la représentation en petit d'un objet qu'on se propose d'exécuter en grand. Le modèle d'un édifice. Modèle de plâtre, de stuc, de bois. Le modèle d'une m^achine. Modèle de vaisseau, de canon.

L'Académie a toujours employé la préposition de pour exprimer le

1. îJous cjfoyoDs qu'il faUait dire simplement l*eau... eit le moteur..., ou bien, h principal motfur, et non , U premier moteur,

2. Ne dit-on pas plutôt : donner l'impulsion, la première impulsion à quelque chose, O^kœine on dit : donner le mouyement à? A l'arUcle Impulsion nous ne trouvons aucun complément, ni pour le 8ei)« prQprt ni «u figuré.

« rapport particulier d'une chose à la matière dont elle est faite. Une porte DE bois. Un pont de pierre. Une barre de fer. Une tabatière D^or. Une table de marbre. Un habit de drap,., d II nous semble cependant qu'on pourrait dire : // faut là une porte bien épaisse, en bon chêne. Je voudrais une belle table en acajou plein. Il aune magnifique armoire en noyer sculpté » , et encore Un modèle en terre, en cire, c'est-àdire exécuté en terre, en cire. Nous avouons même qu'on est quelque peu surpris de voir de exprimer deux rapports %ussi différents que ceux-ci : Modèle de vaisseau, de canon, et Modèle de plâtre, de stitc, de bois *. Nous aimerions également mieux en dans cet exemple : (à Terre) Les sculpteurs font leurs modèles de terre.

Enfin il nous semble qu'il doit être permis d'employer en au lieu de la préposition de lorsqu'il peut résulter de l'emploi de cette préposition une équivoquTB fâcheuse comme dans la phrase suivante :' Un pivot D^acier fondu qui tourne sur un grain de cuivre logé dans la crapaudine. Ici grain n'a pas la même signification que dB,ns grain de sable, de sel, de plomb, etc; c'est le nom d'une petite pièce de métal dont la forme approche de celle d'un grain d'orge, çt l'on en fait avec de l'acier, du cuivre, etc. Nous pensons donc que l'auteur de cette phrase a fait très-sagement de dire : Un pivot en acier fondu qui tourne sur un grain en cuivre..,

MODISTE, s. des deux genres... Un modiste. Une modiste. — On est aussi surpris de trouver dans le Dictionnaire de l'Académie Un modiste, qu'on Test de n'y pas voir un laitier, une funambule, une herboriste, etc.

MOI... entre aussi dans le sujet de la phrase, lorsqu'il est joint à d'autres mots qui forment le sujet. Son père, sa mère et moi le lui avons défendu. Mon avocat et moi sommes de cet avis. — On trouve encore à l'article Sans : ,

Il s* en est emparé sans que mon frère et moi nous en soyons aperçus. Mais nous croyons qu'il est mieux de mettre avant le verbe un pronom pluriel qui résume les pronoms employés précédemment, comme on le trouve dans les exemples suivants :

(à Moi) Vous et moi nods sommes contents de notre sort, (à Tn) Toi et moi nous avons fait ce que nous devions, Id, J'ai appris que toi et lui, que toi et ton frère voos partiez bientôt»

et nous mettrions le pronom nous dans cette phrase

iMi et moi nods irons à la campagne, aussi bien que dans celle-ci , qui n'en est qu'une inversion :

(à Moi) Nods irons à la campagne lui et moi,

1. Nous ne pensons pas qu'on poisse dire Un modèle de canon db bois, de statue db terre, de figure de dre , pour exprimer que le modèle de canon , de statue ou de figure est fait avec du bois, de la terre, de la cire ; d'ailleurs on risquerait beaucoup de n'être pas compris, tandis qu'on le sera parfaitement, croyons-nous, en disant Un modèle de canon (fait, exécuté) BN boisf un modèle de statue ss terre; un modèle de figure bn cire.

MOI... Quelquefois, mais dans le discours familier seulement, il se met par redondance, et pour donner plus de force à ce qu'on dit. Faites-uoi taire ces gens-là, Donnez-leur-uoi sur les oreilles» — On trouve ailleurs :

(à Explétif) Prenez-uoi ce flambeau.

Id. Je vous le traiterai comme il le mérité, (à Porte) Enfilez-uoi la porte bien vite, (à Attraper) Attraperai cela.

Cette dernière phrase nous semble plus que familière. Nous préférons l'emploi des pronoms explétifs dans des phrases telles que celles-ci :

Vous le voulez, vous; et moi, Je ne le yeux pas. (à Nous) Nous voulons, nous, que telle chose se fasse, Id, Nous pensons, nous, que telle chose doit être, (à Lui) Je le choisis, loi, de préférence à tout autre.

MOI. — Il aurait été bien de répéter ici une locution très-usitée qui se trouve "à l'article Être : « Il n'est pas en moi de faire telle chose, 11 n'est pas en mon pouvoir, ou il n'est pas dans mon caractère de la faire ». C'est en effet le mot moi qui nous paraît être le principal de la phrase, celui dont la signification locale a besoin d'être expliquée ; et conséquemment c'est à l'article Moi qu'on ira la chercher, plutôt qu'à Être ou à En*.

Monrs. — Rien moins que, comme chacun le sait, est une de ces locutions dont le sens équivoque ne peut être déterminé que par ce qui précède ou ce qui suit. Avant de l'examiner nous en citerons quelques autres qui nous viennent à la mémoire. Être sans prix signifie également. N'avoir aucune valeur ou Être d'un prix inestimable; — Être capable de tout peut signifier Être propre aux emplois les plus élevés, et Être capable des plus grands crimes. C'est dans ce dernier sens qu'on l'emploie le plus fréquemment ; — Faire un passe-droit à quelqu'un, c'est lui faire une faveur ou, plus ordinairement, une injustice; — Bonjour, bonne oeuvre, se dit d'une bonne ou d'une mauvaise action faite dans un jour solennel. — Chez les Romains, le mot privilegium, privilège, a signifié Une loi exceptionnelle portée contre un particulier, ou Un privilège, une faveur.

Ici nous avons Rien moins que, qui, soit devant un substantif, soit devant un verbe, affirme ou nie la proposition exprimée. Vov^ lui devez de la reconnaissance, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur (Il est votre bienfaiteur). Vou>s pouvez vous dispenser de reconnaissance envers lui, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur

1. A l'article Bn, on lit « // n'ett pas en mon pouvoir de faire cela, il n*est pas en moi de le faire » ; mais pour les personnes peu exercées dans notre langue, la seconde phrase ne sera probablement pas synonyme de la première, qui aurait pu devenir explicative si elle avait suivi au lieu de précéder, et qu'elle eût été mise en caractère différent. D'ailleurs à l'article Êtrb l'Académie lui donne deux acceptions, tandis qu'à En, où il n'y a pas de définition , on ne sait si elle a voulu lui en donner une seule et quel sens elle y attache.

(Il n'est pas votre bienfaiteur). — Et de même : Vou$ le croyez votre concurrent; il a d'autres vues, il ne désire rien moins, il ne se propose RIEN HOiNS QUE de VOUS Supplanter j il n'aspire à rien moins qu'à vous supplanter (D n'est point votre concurrent; vous supplanter est la chose qu'il désire, qu'il se propose, à laquelle il aspire le moins). Vous ne le regardez pas comme votre concurrent ; cependant il ne désire rien moins, il ne se propose rien moins que de vous supplanter, il n'aspire à rien moins qu'à vous supplanter (Il est votre concurrent; il n'aspire pas, etc., à moins qu'à vous supplanter). — Il n'est rien MOINS QDE sage signifie II n'est point sage, Marmontel , pour exprimer l'idée contraire, a dit : Écoutez bien cet homme, il n'est rien de moins qu'un sage (c'est un vrai sage).— Au reste, dit l'Académie, il est bon d'éviter cette façon de parler, à cause de l'équivoque qu'elle entraîne. MOITIÉ... De l'argent plus n'a moitié dépensé. — A l'article Demi nous trouvons « Cela est plus D'à demi fait. Cela est plus Qu'à demi fait » ; pourquoi ne dirait-on pas également « de l'argent plus qu'A moitié dépensé » ? Bien que l'usage semble avoir prévalu en faveur de plus D'à moitié, plus D'à demi, et qu'on ait critiqué ce vers de Racan,

La trame de mes Jours est plus QD*à demi faite, nous croyons devoir préférer que à de, parce*qu'il nous semble trèsdifflcile de donner la construction pleine avec la préposition , tandis • que l'emploi de la conjonction suppose simplement l'ellipse diQJmque:

De l'argent plus que (jusque) à moitié dépensé.

Mon adversaire était déjà plus que (Jusque) à moitié vaincu, lorsque...

Une bouteille plus que (jusque) à moitié, plus que (Jusque) aux trois quarts pleine, vide.

Mon ouvrage est fait plus que (Jusque) à moitié, à demi, aux trois quarts.

MOKA.— Toutes les grammaires nous disent que devant un adjectif on met la préposition de seule et non accompagnée de l'article. Ce marchand a de bon savon, de bonne moutarde, d'excellent drap, de très-belle dentelle, etc., et l'Académie dit également,

(à Api) Voilà de fort bel a/pi, (à Batiste) De belle batiste.

(à Elbeup) Voilà de bel elbeuf, un bon elbeuf. (à Incarnat) Voilà de bel incarnat.

(à Jaune) C'est du jaune, de beau jaune.

(à Laque) Voilà de vrai, de beau laque.

(à Plaqué) Voilà de beau plaqué.

{h Teteb) Il a teté de mauvais lait.

Mais ici et ailleurs elle ajoute l'article ou elle met du, c'est-à-dire de le : <à Moka) Du bon moka, du vrai moka, (à Agavé) Ses feuilles contiennent un fil dont on fait des eordes et de la

grosse toile, (à RApé) h ne nous a donné à boire que du râpé, du mauvais râpé. (à Vrai) Du vrai marbre. Un vrai diamant.

(à Rousselbt) Du gros rousselêt. Du pitit rausisl^t^

Nous pensons que ces deux dernières phrases sont exactes, parce qu'il y a deux sortes ou qualités de rousselet, et qu'il s'agit de distinguer le gros rousselet du petit rousselet; mais pour les autres exemples, nous croyons que ce sont des fautes à corriger.

MOMENT, s. m... En ce moment, loc. adv. Présentement, à l'heure qu'il est. Revenez me voir demain^ je suis trop occupé en ce moment pour vous recevoir* *— L'Académie aurait dû faire connaître la différence de signification que présentent les expressions en ce moment et À ce moment. Nous croyons que la dernière ne s'emploie qu'en parlant d'un temps passé et signifie Alors. La dernière fois que vous vîntes à Paris, il me fut impossible d'aller votes voir; À ce moment, fêtais retenu dans mon lit par une cruelle maladie. On pourrait dire aussi : En ce m^ment-hk, dans ce moment^hh^ au lieu de À ce moment : En ce moment'Lk^ fêtais retenu,..

Puisque l'occasion s'en présente, nous relèrerons une autre locution. « Dans le moment, loc. adv. Bientôt, dans très-peu de temps. Je reviens dans le moment, » — Il nous semble qu'il serait plus exact de dire Dans dn moment, comme l'Académie l'a fait dans ce même article : « Je reviens dans un moment », et à Être : « Je suis, je serai à vous dans un moment » ; et de réserver dans le moment pour exprimer un temps relatif. Il croyait me prendre au dépourvu; mais dans le moment je me rappelai tout ce qui avait eu lieu, et je lui répondis en conséquence.

Peut-être n'aurait-il pas été inutile de mettre également en présence les locutions dans un moment et en un moment. Je ferai cela dans (après) un moment; je ferai cela en (dans l'espace de) un moment.

MONITEUR..., dans les écoles d'enseignement mutuel, se dit de l'élève chargé d'instruire un certain nombre de ses condisciples. L'école de ce régiment a de bons moniteurs. — Il faudrait ajouter : Dans cette acception. Moniteur a un féminin. Monitrice.

MONTER, V. n. — L'Académie aurait bien fait de dire ici comme au verbe Descendre : « Il se conjugue avec le verbe Avoir ou avec le verbe Être, selon que l'on considère l'action ou son résultat ». Le lecteur saurait du moins qu'on a voulu exprimer le résultat et non l'action même dans les phrases suivantes, où peut-être il aurait, lui, employé de préférence l'auxiliaire avoir : H est monté dans sa chambre, et il y est resté ^, Il était sergent, et il est monté à la sous-lieutenance. Il était lieutenant, et il est monté au grade de capitaine. Cet officier est monté en grade. Cet écolier était en troisième, il est monté en seconde. Le cri de son peuple est monté jusqu'à lui. — Quant à cette phrase : Le blé est monté jusqu'à trente francs l'hectolitre, il nous semble évident qu'elle doit exprimer l'action , et qu'en conséquence si l'on n'emploie pas le passé défini le blé monta, pour exprimer une

1. L'Académie fait eUennème usage de l'auxiliaire avoir pour exprimer l'action dans cet exemple , qui précède isimédiatemcsit : H a. monté qvatre fois d sa ehambre dans la jowméé.

époque antérieure, il faudrait se servir de l'auxiliaire avoir, le blé A monté j comme on l'a fait dans la phrase suivante « Celte dépense n*k pas monté haut, »

MONTER... Monté sur le ton de. En usage de. Cette société n'est pus montée sur le ton de médire. — Ici nous relèverons l'exemple et la définition. Nous croyons qu'on ne dit ni être monté sur le ton de dire, de faire, ni être en usage de dire, de faire, A l'article Ton, l'Académie ne parle aucunement de la première de ces locutions, qui devrait s'y trouver si elle est bonne. Quant à la seconde, nous lisons à l'article Usage : Il a l'usage de dîner de bonne heure. Il est dans l'usage de rentrer tard » , et non, il est en usage de. » .

MORAVE. — Nous croyons que le nom de Moraves est plus généralement connu que, celui de Hemutes ; puisque l'Académie a jugé convenable de donner la définition à ce dernier mot, il aurait été bien de répéter ici le nom de Moraves pour renvoyer à Hemutes.

MORDRE, V. a... Être mordu d'un chien enragé, — Être mordu par nous semble préférable à de; et cependant nous n'avons trouvé dans tous les exemples de l'Académie que être mordu de * : (à Mordre) Cet enfant est tout mordu he puces. (à Vipère) H a été mordu i>'une vipère, (à Tarentule) Être mordu de la tarentule, (à Autant) Autant vaut être mordu i>*un chien que D*une chienne. (à Enrager) Cet homme a été mordu n'un chien,». On trouve pareillement :

(à Piquer) Être piqué de la tarentule.

Cependant à ce même article Piquer on lit :

Être piqué par un serpent.

Être piqué par un cousin.

Avec mangé on trouve également l'une et l'autre préposition : (à Vermine) Il est mangé, rongé de vermitie,

(à Manger) Cette écriture ^ cette planche gravée est mangée par le temps. Avec rongé, c'est toujours la préposition de : (à Ronger) Un habit tout rongé de vers,

Id, Un homme rongé n^uicères, de dartres, de vermine. Id. Un homme rongé de remords, de chagrins.

Avec accueilli, assailli, battu, surpris, on trouve tantôt de, tantôt par : (à Accueillir) Ils furent accueillis de V orage.

Id. Le détachement, en approchant du bois, fut acctieilli par

une décharge de coups de fusil, (à Assailur) Nous fûmes assaillis D'wne grêle de pierres. Id. Nous fûmes assaillis it'une furieuse tempête. (à Tempête) Il a été surpris de la tempête, par la tempêta, assailli par la tempête, Id. Des vaisseaux agités et battus de la tempête, par la tsmpêt4.

1. A l'article Couvrir, l'Académie dit même : Cette chienne a été couverte D'un épagneul, MB un épagneul, comme on dirait elle était couverte db sang, db sueur, etc.

(à BATmE) Un vaisseau battu db la tempête.

Id, Un bâtiment battu par la mer, Par des grains violents,

MORR) S. m. Nom de peuple qu'on ne met ici que parce qu'il entre dans diverses phrases de la langue. Traiter qitelqu'un de Turc à More, A laver la tête d'un More on perd sa lessive^, — On peut dire, sans crainte d'être démenti, que sur dix personnes il ne s'en trouvera pas deux qui écrivent More par un o; et en géographie il est difficile de mettre en présence More et Mauritanie, Au reste nous lisons dans le DîcticJnnaire même de l' Académie :

(à ApPëLeA) Ls comte Julieri appela (es Maoaes en Espagne,

(à Christ) Ordre du Christ, OVdfô militaii*ô fondé en 1318, par Daniel I*', rbi de Portugais pour animer la noblesse contre les BIadris.

(à Expulser) Les Espagrtols otit expulsé ks Macres.

(à Expulsion) L'expulsion des Maures coûta bien du temps à l'Espagne.

Toutefois nous devons constater que l'orthographe More s'y trouve bien plus souvent: aux articles a, Laver 4 Lessive, Perdre, Tête, Traiter , Turc , Mozarabe , etc. *

MOREAIJ, adj. m. Il se dit d^ûn cheVal qui est extrêmement noir. U71 cheval moreau, de poil moreau. — Ne peut-on pas dire Une jument more AU, et ne faudrait-il pas modifier la dénomination en disant, par exemple « adj. des deux genres » ; ou même « adj. invar. »? à moins qu'on n'écrive des chevaux moreauX, ce qu'il aurait été utile de faire connûitre par un exemple mis au plurieL

MORPHÉE. — Ce nom, qu'on pronon«e tous les jours, devrait se trouver ici pour réunir les diverses locutions dans lesquelles il est employé : a Être dans les bras de Morphée ( à Bras ) ; les pavots de Morphée; Morphée avait versé sur lui tous ses pavots, (à Pavot) ». n ne faut pas qu'on soit danâf la nécessité de demander à divers articles ce qui devrait être réuni dans un setrl ; et d'ailleurs où cherebera-t-on ces locutions éparSes, si Ton consulte le Dictionnaire pour apprendre à les connaître ?

MORTE (lettre). — Voy. LETTRE.

MORTE ^ EAU, MORTE - SAISON. -- Ici CCS deux mots composés sont écrits avec un tiret; au participe de Mourir ils n'en ont pas : Morte eau, Morte saison. Quelle orthographe faut-il suivre? »

MOT, s. m. Une ou plusieurs syllabes réunies, qui expriment une idée. Mot français, latin, grec, etc. — L'Académie a fait suivre trop souvent, à notre avis, le substantif mot de la préposition de (le mot de pied, DE pharmacien, de rame, etc.),, et nous croyons devoir présenter ici les phrases que nous avons remarquées avec ou sans cette pré-

1. Dans cet article on trouve : des bas gris de more (petite m) ; — aux articles Gris, Tbint, gris de Afore^ teint de More ( avec une grande M).

2. On nous demandera sans doute si nous conserverions au dans la première syllabe des dérivés de Maure, Oui dans mauresque: danse mauresque , architecture mauresque^ etc.; mais non dans moreau, morelle, morillon, moricaud, etc.^ ni même dans mordoré où l'on ne reconnaît plus le radical more dont Ye a été retranché.

position. Nous commencerons par ces dernières, qui nous semblent destinées à servir de règle :

(à Mot) En théologie, les mots consubstantiel et transsubstantiation sont des mots consacrés ; de même qu'en physique les mots gravitation, raréfaction, condensation, etc.

(à PÉNtjLTièME) Dans le mot tempête, la pénultième syllabe est longue. (à Sous-entendre) Dans ces locutions. Une bouteille de vin, un muid de vin, les mots pleine et plein sont sous-entendue.

Nous avons même trouvé le mot terme non suivi de la préposition de : (à Prédicable) Le terme Animal est prédicable (peut se aire) autant de Vhomme que de la bête.

Maintenant voici quelques-unes des phrases où l'Académie ajoute le dej qui nous paraît choquant surtout dans la dernière phrase, User des mots de Tu et de Toi.

(à Analogiquement) Le mot de pied se dit analogiquement du bas d'une

montagne, (à Apothicaire) Le mot de pharmacien est aujourd'hui plus usité. (à Apothigairerie) Le mot de pharmacie est aujourd'hui plus usité, (à Aviron) En termes de Marine il (aviron) est plus usité que le mot de rame. (à Don) Le Don est devenu aussi commun en Espagne que le mot de

Monsieur en France, (à Emporter) Le mot de vertu emporte presque toujours Vidée d'effort fait

sur soi-même, (à Gazetier) Il (le mot gazetier) a été remplacé, dans l'usage ordinaire,

par le mot de journaliste.

(à Maman) Terme dont les enfants, et ceux qui leur parlent, se servent au

lieu du mot de mère, (à Tutoyer) User des mots de tu et de toi en parlant à quelqu'un.

On trouve aussi ce de employé avec certain^ comme De certains mots, DE certains estomacs, remplir de certaines fonctions ; mais pour ces phrases on peut voir l'article Certain.

Nous finirons cet article par une remarque sur deux termes qui nous semblent ne devoir pas être assimilés ; ce sont les termes mot et nom. Nom est synonyme de Titre, qualité, qualification morale, et doit être toujours suivi de la préposition de. Il faut dire, les noms de père, D^époîtx, de mère, de frère, etc.; les noms de grand. D'ami, de bienfaiteur, etc., comme on dirait Le titre, la qualité de père, rf'époux, etc., la qualification de grand, rf'ami, etc. Il n'en est pas de même pour mot : on dit très-bien. Les mots père, époitx, mère, frère; les mots grand, ami, bienfaiteur, etc.

Il est des cas cependant où le de peut et doit même se mettre après mot; c'est lorsqu'il est suivi d'un participe; ainsi Ton dira : il y a là un mot B^ajoutë, de supprimé, de sous-entendu, etc.; dans ces phrases, de signifie Qui est : un mot qui est ajouté, supprimé, sousentendu, etc.

Quelquefois encore, sans être suivi d'un participe, il ne choque pas

précisément; c*est lorsque le mot suivant est une épithète, ou, si Ton veut, lorsque mot peut être lui-même remplacé par épithète, comme dans Le mot de gredin est injurieux.

11 en est de même, croyons-nous, lorsque mot peut être remplacé par nom : le mot de gazetier a été remplacé par le mot de journaliste; les enfants emploient le mot de maman au lieu du mot de mère.

Enfin mot peut, ce nous semble, r/eprésenter le mot idée ou quelque autre équivalent, et alors le de ne choque pas davantage, comme dans la phrase suivante de H. Heine : Il (Bellini) avait tant envie de vivre! Le mot de mort excitait en lui un délire d'aversion ; il ne voulait pas entendre parler de mourir; il en avait peur comme un enfant craint de dormir dans l'obscurité.

Le peu qui a paru jusqu'ici du Dictionnaire historique de la langue française nous donne la presque certitude que toutes ces nuances y seront exprimées avec des exemples à l'appui ; malheureusement nous n'aurons pas le plaisir d'en voir la lettre M. En attendant, il serait à désirer que dans son Dictionnaire ordinaire l'Académie, sans entrer dans de grands détails , nous donnât plusieurs exemples où de serait tantôt admis comme utile, tantôt rejeté comme superflu.

MOT... Mot à mot s'emploie quelquefois substantivement, et signifie Traduction littérale. Cette version n'est qu'un mot à mot. Voilà le mot À mot de la phrase, maintenant traduisez avec élégance. — Ce substantif et le terre à terre nous semblent devoir prendre des tirets comme le téte-à^téte. Il en est plusieurs autres, tels que un à peu près, un en cas, un pot pourri, le laisser aller, etc., où l'Académie n'a pas mis de traits d'union, et où nous les croyons nécessaires*

MOUFLE, s. f. Machine, formée d'un assemblage de plusieurs poulies... Lever un fardeau avec une moufle, avec des moufles. — Moufle, s. m. Terme de Chimie. Vaisseau de terre dont on se sert pour exposer des corps à l'action du feu , sans que la flamme y touche immédiatement.

Autrefois moufle était féminin dans les deux acceptions ci-dessus, mais il n'en est plus ainsi : aujourd'hui tous ou du moins presque tous les ingénieurs, les mécaniciens, en un mot les gens du métier, font ce mot masculin quand il signifie Assemblage de poulies, et féminin quand c'est un terme de chimie. C'est précisément le contraire que iious trouvons dans le Dictionnaire de l'Académie ; et si elle n'avait pas mis lever un fardeau avec une moufle ^, nous croirions qu'une erreur typographique a fait transposer le genre de ces deux mots.

MOUSSEUX, EUSE, adj... Rose mousseuse se dit abusivement pour

1. Dans la quatrième édition on a mis s. m., ce qui est d'accord avec le genre actuel ; cependant comme l'exemple dit une moufle, il serait difficile de juger où est la faute typographique, si cette acception ne venait immédiatement après une autr« où le genre diffère : MoDFLB, s. f., Mitaine...

Rose moussue, d'une rose dont Iç calice et la tige sont garnis d'una espèce de mousse. '— Modssc, db, adj. Qui est couvert de mousse, ^n arbre moussu. Une pierre moussu^. Cette carpe était si vieille, qu'elle avait la tête toute moussue.

Nous croyons que mousseux (qui mousse, qui fait beaucoup da mousse) ne peut se dire en parlant de la rosç, et quô moussu n'est guère meilleur, car il ne s'agit point ici d'unç jnousse qui s'attacl^e à la rose comme elle s'attache aux arbres, aux pierres, aux carpes, etc. ; nous préférons l'expression rose-motisse (fleur qui participe de \^ rose et de la mousse), qui est employée dans quelques localités. Cette Ipcution correspondrait à plusieurs autres pows de fleurs et de fruits : clématite-viorne, aristoloche-clématite ; abricot-pêche, pomme-^oire et pomms-figue; choun fleur, chour^navet, chounrave,etc.

MOUSTIQUE, s. m. — L'usage, et surtout l'étymologie (en espagnol mo^quito, qui lui-même vient de mitëca)^ aurait dû faire préférer mousquite, ou peut^tre mieux encore mosquite. Les Anglais disent mosquito ou musquitto, les Italiens moschino, les Allemands muskito. — On a mieux obéi à J'étymologie pour le genre, qui sans cela semblerait devoir être féminin, genre que l'Académie lui donnait en eflFet dans la quatrième édition de son Dictionnaire.

Ces transpositions de lettres sont faites dans plusieurs mots par des personnes peu instruites; ainsi l'on dit souvent Saragota pour Sarch toga, Tangarog pour Taganrog, Yutacan pour Yucatan, Catalayud pour Calatayvd, catacois pour cacatois, etc. On donne aujourd'hui le nom de tangara à l'espèce de passereau que Unné appelait tanagra*

MOUVOIR... Mû, ue, part.— Le circonflexe nous semble n'être d'au-: cuoe utilité au masculin de ce participe, qui n'a pas d'homonyme ; on n'en met pas à tu, participe du verbe taire, qui autrefois s'écrivait teu, et qui a pour homonyme le pronom tu; ni à plu, participa de plaire, qu'autrefois l'Académie écrivait pleu^.

MUFT^. — Au mot Fetfa, on lit : « Mandement du mujoAti. »

MULES, s. f. pi. Sorte d'engelures qui viennent aux talons dans les grands froids. Avoir les mules aux talqns. -^ Pourquoi ce mot n'a-t-il pas un singulier aussi bien qu'engelure f On n'a pas plus nécessairement une mule à chaque talon qu'une engelure à chaque oreille ou à chaque doigt. — Pourquoi encore dit-on les mules plutôt que des mules, puisqu'on dit avoir des engelures et non les engelures f

MUI^TINÔME, s. m. Terme d'Algèbre. Grandeur exprimée par plusieurs termes que joignent les signes plus ou moins. Il est peu usité :

1. On a peine à comprendre la raison de cet e dans le participe des verbes taire et plaire (teu, pieu). Dans teu, ce pouvait être pour empêcher une confusion avec le pronom tu; mais dans pieu c'était un contre-sens , car il aurait dû se mettre au participe de pleuvoir, et non à celui de plaire. Cependant on lit dans les deux premières éditions du J>ietionnairo 4e l'Académie « // a PLBU à Dieu de l'affliger « , tandis qu'au participe du veibe pleuvoir \\ n'y « pas même un circonflexe : c Le bruit eouroit qu'il aw>it plu du aaïf «n t*l mdroU, qu'il y avait PLO du pierret. »

on dit plus ordinairement et mieux Polynôme. — L'Académie aurait, ce semble, mieux fait de dire seulement :/ Mdltinômb. Voyez PolT" HOME » , ou même de ne pas citer ce mot hybride.

9ius£^ s* f. Chacune des neuf déesses qui , suivant les anciens, pré* $idaient aux arts libéraux ^ et principalement à l'éloquence et à la poésie... iM Muse de r histoire j de l'épopée j de la tragédie ^ de la corné" die champêtre j de la danse j etc.— Il y a neuf Muses ; l'Académie n'en mentionne que cinq et n'en nomme paô une. Nous croyons devoir suppléer à son silence en indiquant leurs noms et leurs attribution» ; Clio présidait à l'Histoire ; CalUope, à l'Éloquence et à la Poésie héroïque; Melpomêne, à la Tragédie; Thalie, à la Comédie; Euterpe, à la Musique; Érato, à la Poésie erotique; Terpsichore, h la Danse; Polymnie, à la Poésie lyrique; (Ironie,, à l'Astronomie.

MYSTIQUE, adj. des deux genres. Figure allégorique. Il ne se dit que Des choses de la religion.— Au lieu de Figure allégorique, il faut lire, comme dans la quatrième édition, Figuré, allégorique.

NAGEUR, EUSE, S. Celui, celle qui nage, qui sait nager. Grand nœgeur. Bonne nageuse. — Il signifie quelquefois , Un batelier qui rame. Nous avions quatre nageurs.

On a omis un emploi important de ce mot, celui de nageur pris adjectivement, qu'on trouve à l'article Palmipède : « Il (palmipède) se dit Des oiseaux nageurs qui ont des pieds dont les doigts sont unis par une membrane. »

NAISSANCE... Il est sourd et muet de naissance, dès sanaissance. — Peut-on dire « Il est sourd et muet, il est aveugle dès sa naissance » ? U nous semble qu'avec le présent de l'indicatif 11 faut employer depuis, tandis que dès s'emploie ou avec un temps passé ; il était infirms, il FUT malheureux y il a été prince dès sa naissance ;^^ ou avec le futur : il sera riche dès sa naissance.

NAISSANCE. — Pour le sens figuré de ce mot nous trouvons comme exemple « C^est la politesse, c'est le désir de plaire qui a donné naissance à cet u^age » ; mais pour le sens propre l'Académie ne nous apprend rien. Faut-il dire. Donner naissance ou la naissance à un enfant f Nous lisons

(à Jour) Mettre au jour, Donner la naissance.

(à Monde) Mettra un enfant au monde, Donner la naissance à un enfant.

Nous pensons donc que dans le sens propre il faut dire donner hk naissance, et au figuré donner naissance. Il est nécessaire que l'Académie signale cette différence en donnant les deux locutions et en les rapprochant autant que possible.

naItre... Mal né, ée, adj. Qui a de mauvaises inclinations. — Mort-né, ée, adj. Mort avant que de naître.

Que né soit considéré comme adjectif dans les locutions un enfant mal né, une fille mal née, c'est-à-dire qui a de mauvaises inclinations, nous le comprenons sans peine, parce qu'il ne s'agit point là de naissance proprement dite ; n^ y est employé figurément. Mais il nous semble que dans mort-né il n'en est pas ainsi; c'est le verbe nailre employé dans le sens propre, et en conséquence né devrait être appelé PARTICIPE et non adjectif. Nous en dirons autant de nouveau-né, et nous pensons qu'il aurait suffi d'un changement dans la rédaction pour tout concilier.

Cela dit, nous relèverons l'omission de dernier-né, correspondant de premier -né, et c'est, à l'article Nourrice que nous prendrons notre citation :

Elle a voulu être la nourrice de son dernier-n^ *.

En terminant nous poserons une question dont nous n'avons trouvé la solution ni dans les dictionnaires ni dans les grammaires, et qui nous est suggérée par une phrase du Dictionnaire de l'Académie. Elle met avec raison un tiret à légat-né, président-^, ennemi-né, protecteurné ; mais en même temps elle donne un exemple où né n'est pas précédé du tiret : « L'archevêque de Paris et Vahhé de Cluny étaient CONSEILLERS d'honneur NÉS du parlement de Paris, » On comprend parfaitement la cause de cette différence ; c'est que dans cette dernière phrase né se rapporte à conseiller et lion à honneur; si l'on écrivait conseiller d'honneur avec un tiret , on pourrait en mettre un second entre honneur et né; ainsi par exemple on écrirait uw quinze-vingt- NÉ, si cette locution était en usage. L'exemple ci-dessus nous donne à penser qu'il ne faut pas de tiret dans les phrases suivantes :

Ce marchand de vin là est très-bien assorti.

Ces preuves de bonté là sont rares.

Diviser le demi grand arc. — Papier demi grand aigle.

Cependant quelques auteurs mettraient le tiret entre vin et là, bonté et là, bien que là se rapporte à marchand et à preuves ; entre demi et grand, parce qu'ils considèrent grand jarc, grand aigle, comme ne formant qu'un seul mot ou ne représentant qu'une seule idée. — Enfin nous. ferons remarquer que le tiret se transpose quelquefois; ainsi l'on écrit : Notre saint-père le pape et Notre très-saint père, NAPHTE. — Ce mot, d'origine égyptienne, syriaque ou chaldéenne, etc., se disait en grec naphtha, naphthas et naphthè; les Latins l'ont écrit naphta ou plutôt naphthas. Cette dernière variante est d'accord avec la règle qui veut que le ph soit suivi d'un th, comme dans phthisie, et non d'un simple t; et l'Académie, qui pour la première fois fait ce mot masculin conformément au genre de naphthas (grec ou latin), et pour la première fois aussi écrit aphthe et ophthal-

1. Nous ne voyons pas précisément l'utilité du tiret dans ces expressions le jnremier-né, le demieT'né, et nous en demanderons la suppression. Yoy. Dbknibr.

mie avec th conformément à Tétymologie grecque, aurait bien fait de mettre également th à naphle, qu'on est involontairement entraîné à écrire naphthe, Voy. Métonomasie.

NE. Mot qui rend une proposition négative, et qui précède toujours le verbe. — Ce tout petit mot joue un grand rôle dans notr.e langue; et précisément parce qu'il est petit, il s'introduit souvent dans des phrases où il n'a que faire , et où quelquefois même il fait entendre le contraire de ce qu'on veut dire. A quoi sert- il, par exemple, dans les phrases suivantes :

« Je oe commencerai pas mon travail avant que vous ne soyez ici. Je ne ferai rien sans que vous ne soyez présent ^ » ?

et ne fait-il pas au moins'un non-sens dans celle-ci :

« Il NE compte pour rien tous les services qu'on lui a rendus * » ? On n'a pas à reprocher à l'Académie de l'avoir admis dans ces sortes de phrases; mais il en est d'autres d'où, suivant nous, il serait utile de le faire disparaître, ne fût-ce que pour simplifier la diction. Pourquoi faut-il dire

Je crains qu'il ne vienne.

Je crains qu'il ne vienne pas.

Je NE crains pas qii'il vienne»

Ne craignez-^xms pas qu'il ne vienne?

A quoi sert la négation dans la première et la quatrième de ces phrases? Quant à celles-ci.

Je douts qu'U vienne.

Je NE doute pas qu'U ne vienne.

Doutez-vous qu'il ne vienne ?

l'Académie aurait pu y ajouter

Ne doutez-vous pas qu'il vienne?

ce qui aurait fait à peu près le contre -pied des phrases construites avec craindre. Elle dit encore :

Doutez-vous que je sois malade ?

Doutez-vous que je ne tombe malade si je fais cette imprudence ?

Dans cette dernière phrasé le ne est-il bien nécessaire? ne seraitelle pas comprise si on le supprimait?

1. Quelquefois on supprime avant que, sans que, et on les remplace par que ... n*; on lit:

( à QuB ) Je n'irai point là qub tou4 nb soit pi-êt ( avant que tout soit prôt).

Id. Jl ne fait point de voyage qu'i/ nb lui arrive ( sans qu'il lui arrive ) quelqut accident»

2. Quelques personnes croient que rien a toujours le sens positif de quelque chose s'il n'est pas accompagné de la négation ; cependant on dit tous les jours avec l'Académie :

(à Compter) // compte pour rien tous les services qu'on lui rend, Id. Pensez-vous qu'il sa compte pour rien ?

(à Rien) Je compte cela, je comptb cet homme-ià pour ribn. Id. Ce que voua dites et rien , c'est la même chose,

Id, Cela me fait moins que rien.

Maintenant voici le verbe Empêcher :

La pluie empêche d*àtler se promener, empêche qu'on n'ahxe ^ se promener. Je n'empêche pas qu'il ne fasse oa qu*U fasse ce qt^il voudra»

(kmnaie on le voit, ici la règle n'est plus la même : l'emploi de la particule. est nécessaire si la phrase est positive (affirmative); il est facultatif si elle est négative. Mais TAcadémie ne dit pas ce qu'il faut faire si la phrase est interrogative ou dubitative, comme celles-ci : Empècfaerez-vous qa'on vienne {ou qu'on ne vienne) me voir? Voulût-on empêcher que la foule se précipite (ou ne se précipite) à M reDeo»tre« . .

A l'article Ne, l'Académie dit : cf Après les verbes Mer, disconvenir , on peut indiflféremment supprimer le Ne ou l'employer. Je ne nie pas, je NE disconviens pa» que cela he soiTy que cela soit » ; et à l'article Nier on lit de même :

Je HE nie pas qu'H n^ait fait cela, qu'il ait fait cela. mais à Disconvenir on trouve une variante , celle^u mode indicatif au lieu du subjonctif lorsque la négation est supprimée :

Vous ne sauriez disconvenir qt^tl ne vous apt parlé, ou qu'il vous a parlé. Ces deux dernières formes sont Celles que l'Académie emploie avec le verbe Désavouer :

Je NE désavoue pas que je N'en aie été fâché, que j'en ai été fâché. La locution s'en falloir présente aussi des difficultés. Employée avec peu, peu de chose, de peu, de guère, etc, l'Académie l'accompagne de la particule ne :

(à Falloir, Peu) Il s'en faut m^veu que eê vase n« soit plein,

(à Guère) Il ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein,

(à Peu) Il s'en faut peu de chose que cela n*aill8.

(à Falloir) Il s'en fallait pec qu*il n'eCT achevé, ^

(à Peu) Il i^en faut peo que je jm vous blâite.

(à Falloir) Peu s'en est fallu que je ne vinsse.

(à Ne) Peu s'en faut qu'on ne m'Air trompé.

Avec beaucoup, de beaucoup, elle supprime «« ;

(à ÀRRilhiER) Voua voilà bien arriéré, n s'en faut de beaucoup que iftKre

t&che son aussi avancée qu'eUe devrait Tètre. (à Falloir) H s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet,

Id. Il s'en faut bbaocoup que l'un soit du mérite de l'autre, (à Satisfaire) Il s'en faut beabcoop qu'il ait satisfait l'attente du public.

A quoi tient cette différence? Pourquoi dire sans la négation , // 8^en faut de beaucoup que leur nombre soit complet, et avec la néga-

1. L'Académie dit, à l'article Nb : « Dans c'ès phrases, Je crains que mon anU kb mettre^ vous empêchez qu'on mb chante, et autres semblables, ce mot Nb n'exprime point une négation; c'est le Nb ou le Quin des Latins, qui a passé dans, notre langue. » — Mais le français n'a-t-il pas assez de ses propres idiotismes sans se charger encore de ceux des langues étrangères? L'emploi facultatif de mots dont l'utilité n'est pas démontrée ne fait qu'embarrasser ceux qui écrivent.

tion, Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein? Quelques grammairiens prétendent qu'avec il s'en faut, si la phrase principale est dubitative, interrogative, négative, ou si elle renferme les mots peu, guère, etc., la subordonnée doit prendre la négation ne; mais il nous semble qu'on pourrait très-bien dire :

S*en faut-il de beaucoup que la somme soit complète ?

Il ne s'en est pas beaccoup fallu qu'il fût tué.

Peu s'en est fallu, il ne s^en est gdère fallu que je fusse trompé par son air de candeur.

Nous ne critiquerons pas les grands écrivains qui peuvent avoir employé la négation ne dans ces sortes de phrases; mais nous croyons qu'elle est inutile et qu'il serait bon de la supprimer.

Après un comparatif d'égalité, on ne met pas la particule ne, lors même que la phrase est négative :

n n'est pas aussi prudent que vous l'êtes.

mais après les comparatifs d'inégalité moins, plus, mieux, etc., on met la négation lors même que la phrase est affirmative : (à Moins) Il est moins spirittiel qu'il n'est instruit, (à Plus) Il est plus heureux que vous ne l'êtes. (à Mieux) Il chante mieux, beaucoup mieux qu'il ne faisait.

L'Académie met un ne dans le second membre de la phrase, lors même qu'il y 2Lne pas dans le premier :

(à Plus) Je ne le connais pas plus que vous ne le connaissez. Buflfon aurait dit « pas plus que vous le connaissez » ; et il nous semble que l'Académie lui donne raison dans les exemples suivants : (â Autrement) Il n'agit pas autrement qu'il parle. (à Tenir) Je n'en ai non plus qu'il en pourrait tenir dans l'œil, dans

mon œil, (à Quitter) Il ne le quitte non plus que l'ombre fait Je corps (V. Non plus).

Souvent on supprime la seconde négation au moyen d'une ellipse : Il n'est pas plus heureux que vous (ne l'êtes). Vous n'êtes pas mieux informé que moi (je ne le suis).

Voici deux locutions dans lesquelles l'emploi ou la suppression de ne dépend de l'idée qu'on veut exprimer ; si la phrase est positive, on ne met pas la négation ; on la met si le sens est indéterminé :

Depuis que je I'ai vu si triste , si sombre, je me suis souvent demandé . . .

Depuis que je ne I'ai vu, il a bien changé, dit-on, au physique et au moral.

Il y a longtemps que je I'ai vu riche, heureux; mais depuis. . .

Il y a longtemps que je ne I'ai vu gai comme il était autrefois.

L'Académie s'est bornée à dire (à Depuis) Depuis que je ne l'ai vu; Depuis que je vous ai vu; (à Longtemps) Il y a longtemps qu'il est revenu; ce qui ne nous apprend rien pour l'emploi qu'on doit faire de la négation. Elle aurait dû nous donner, sinon la règle à observer, du moins des phrases assez complètes pour faire comprendre quand on doit ou non ajouter la particule ne.

N^CB^siTER, V. a. Contraindre, réduire à la nécessité de faire quelque chose. Dès que vous Vatiçkquez^ vous le nécessitez à se défendre. Vous l'avez nécessité à faire telle chose. La grâce ne nécessite point lu volonté* •*- Il signifie plus ordinairement, Rendre une chose néces* saire. Cela nécessite une démarche de votre part,

La première de ces acceptions, qui seule figurait dans les quatre premières éditions, est maintenant à peu près hors d'usage^; on ne dit plus Nécessiter quelqu'un à faire ou de faire quelque chose; on emploie la périphrase « Mettre quelqu'un dans la nécessité de ». Quant à la dernière, elle s'emploie tous les jours : Cette bâtisse^ ce procès ifiCESsiTA de grandes dépenses j des allées et vejmes, un séjour à Paris.

NÉCROMANCE OU NÉCROMAifClE. Nécromancien, Négromanden , ienne ^ Nécromant ou Négromant. — L'étymologie et l'analogie avec aéromancie, chiromancie, cenomanoie, doivent faire préférer nécromancie à nécromance, et conséquemment lui assigner la première place, L'Académie dit elle-même que nécromamce a été le premier en usage, mais que nécromancie est plus usité. — Quant à négromancien et négromant, ce sont des restes de rancienne prononciation adoucie g pour c, comme Claude, Claudine, segond et segonder, segret et segrétaire, etc., pour Claude, second, secret, etc. ; l'Académie aurait pu les supprimer comme elle a fait de négromance et négromancie, qui représentaient la prononciation autrefois à la mode,, et prescrite même dans les trois premières éditions de son. PiçtioJanaire, mais dont eJie ne parle pas dans les deux dernières (quatrième et sixième).

lîiÊGUGER, V. a... NÉGLIGÉ, ÉE, part. Style négligé. Extérieur né^ gligé. Édiccation négligée. — Il est aussi substantif, au masculin... Elle était dans son néglige» Vous voilà, dam tm grmd négligé.

Il nous semble qu'il aurait été plus convenable de mettre Négligé, 8. m., à son rang alphabétique, c'est-à-dire avant Négligembnt, s. m., comme l'Académie l'a fait pour Déshabillé. Le lecteur qui n'est pas habitué à ces liaisons d'idées du substantif avec le participe cherche les mots à la place qu'ils doivent réellement occuper, et croit qu'ils manquent s'il ne les trouve pas là. Nous esi dirons autant pour certain^ ac^ectifs qui sont placés a|)rèa le verbe dont ils semWent dériver, au lieu de le précéder»

NiÊGRE^SE* NÉGRERIBU — Transposez : Négrewe. NÉOifKasE*.— On devrait écrire Nègrerie avec un é grave» comme espièglerie, mièvrerie, piètrerie, etc. Voy. Accents,

Ni^FAR, s. m. — Tous ceux qui ont fait leurs classe» écrivent nénuphar, et c'est ainsi qu'on le trouve dans le Sia)pIéraQnt de la prewièr« édition (1696)*

I . $aaf cepti¥)49t le o«»da troisièoM extmple « La gat4ce ne néotssOe pahif: lavoUmté», qui e«t UA tortue myftique sur lequel uqus n'avons nw 4 dir#. ^ Qn XAçretW. <{^% XA^^mi^ n*ait donné qu'un seul exemple de la dernière acception.

8. Dans cet article NéaRBsss, on a mis négresu maronne avec une seule r an Heu de marfWMie.

hettoter, V. ». (Il se conjugue comme Envoyer,) -^Lisez : comme Employer j car nettoyer fait au futur je nettoierai et non je netlerraû •*- Nous ferons en même temps une autre rémarque, c'est que l'Académie avertit qu'il faut conjuguer comme employer les verbes bor^ noyer, grossoyer, larmoyer et quelques autres qui ne sont guère usités qu'à l'infinitif , tandis qu'elle ne dit rien pour apitoyer, charroyer, côtoyer, coudoyer, etc., qui s'emploient à tous les temps.

NEUTRE, adj. des deux genres... Verhe neutre. Verbe qui ne peut point avoir de régime direct, comme aller, venir, marcher, etc.

Voilà une définition bien brève, et qui n'est guère satisfaisante. L'Académie, qui, sans le dire expressément, nous donne à entendre que les substantifs neutres sont ainsi appelés parce qu'ils ne sont ni masculins ni féminins, ■— et que les sels sont dits neutres quand ils ne sofit ni acides ni alcalins, — aurait pu tout au moins nous dire^si les verbes neutres ont reçu ce nom parce qu'ils ne sont ni actifs ni passifs. Bonne ou non, ce serait du moins une explication admissible.

Mais ce n'est pas ici seulement que nous sommes arrêté au sujet du mot neutre. Dans le cours de son Dictionnaire, l'Académie appelle souvent verbe neiUre ce qu'ailleurs elle regarde comme un verbe actif employé absolument, ou même comme actif, sans restriction *(Voy. Daigner, Différer, etc.). Les exemples que nous pourrions citer sont nombreux, et nous n'aurions que l'embarras du choix ; mais nous nous bornerons à trois verbes, qui par leur synonymie apparente, sinon réelle, semblent faits tout exprès pour l'objet qui noua occupe ; ce sont les verbes répondre, repartir, répliquer,

L'Académie regarde Répliquer comme toujours actif; elle ne parle dans cet article ni de neutre ni d'absolu , même pour ces phrasés i a Mon avocat a parlé le premier, le vôtre a répondu, le mien a réplh QUE. // a bien répliqué, répliqué fortement.,. Quand il commanda quelque chose, il ne souffre pas qu'on lui réplique, qu'on AÉt>LiQUE.«. Ne répliquez pas.

« Répondre s'emploie souvent, dit-elle, absolument. Répondre à propos, sur^e-champ.,. Je lui ai répondu sur toutes les choses qu'il m'a dcTnandées» Il a répondu à toutes les questions qu'on lui a faites. Hésiter à répondre. Répondre par des injures. Il ne répond à ses reproches que par des larmes, »

Pour le troisième verbe, comme l'article est court et que tout y est mêlé, nous le citerons en entier. « Repartir, v. actif, et quelquefois neutre. Répliquer, répondre sur*le-champ et vivement. Il ne lui a reparti que des impertinences. Il ne lui a reparti que par injures, que par des injures. Repartir brusquement, vivement. S'il m'en parle, je saurai bien lui repartir, je saurai bien que lui repartir* »

Malgré la synonymie de ces trois verbes, nous voyons que l'Académie leur donne trois dénominations différentes. Répliquer est regardé comme actif dans Ne répliquez pas, où il paraît d'abord diffl-

cile de suppléer un régime sous-entendu ; — Répondre est dit absolu dans Hésiter à répondre, où l'on doit sous-entendre « ce qu'on voulait ou ce qu'on devait dire » , et dans H ne répond à ses reproches que par des larmes, où le complément direct ne se présente pas facilement à l'esprit; — • Repartir est appelé neutre dans celle-ci, qui a beaucoup d'analogie avec la précédente i H ne lui a reparti que par injures, que par des injures. = Enfin Repartir est encore appelé neutre, nous le pensons du moins, dans cette phrase : Repartir brusquement, vivement, parce qu'il n'y a pas de régime exprimé , tandis que RÉPLIQUER est dit actif dans celle-ci. Il a bien répliqué, répliqué fortement, et que Répondre est regardé comme employé absolument dans Répondre à propos, sur-le-champ.

Pour conclure nous dirons que la dénomination de verbe neutre, que l'Académie définit « Verbe qui ne peut point avoir de régime direct, comme aller, venir, marcher, etc. », nous semble n'être pas applicable à ceux dont le régime est sous-entendu et peut être expliqué d'une manière plus ou moins naturelle, comme dans repartir brusquement, vivement ; répliquer fortement; répondre à propos, sur-le-champ, etc. ; ceux-ci doivent être considérés comme employés absolument. — Il faudrait donc réserver la dénomination de neutre pour les verbes qui n'ont jamais d'acception 'active, comme a//er, venir, marcher, etc., et pour ceux auxquels il est absolument impossible de donner un régime direct. Prenant nos exemples parmi ceax qui tantôt s'emploient avec un régime direct, tantôt ont un sens qui ne leur permet pas d'avoir un régime, nous donnerons comme neutres les suivants : La nuit approche; courir de toutes ses forces; ce malade EMPIRE à vue d'œil; je pense toujours à vous; le pain renchérit; la messe tinte , etc. etc. Dans ces deux dernières phrases et autres semblables on pourrait dire que le verbe est neutre passif, car elles signifient Le pain est renchéri, la messe est tintée, etc. — Terminons en disant qu'aujourd'hui les grammairiens donnent assez généralement au verbe le nom d' intransitif, quand l'action exprinqée par ce verbe ne sort pas du sujet, comme aller, marcher, venir, etc., et même quand l'action ne passe au complément qu'au moyen d'une préposition, comme nuire à quelqu'un. Voy. Transitif.

NOMBRIL, s. m... se dit, en Botanique, de certaines cavités qu'on aperçoit à la partie des fruits qui est opposée à la queue, et auxquelles les jardiniers donnent le nom d'QBiL — Le mot nombril n'est pas un terme de Botanique ; on ne le trouve dans aucun vocabulaire de cette science. Quant au mot œil, on l'emploie généralement, comme les jardiniers et les botanistes eux-mêmes, pour signifier l'espèce de couronne qu'on voit au sommet de quelques fruits tels que les poires, les pommes, les coings, et qui se compose des dents du calice. Il y a même une variété de poire dans laquelle ce caractère est double, et qu'on appelle poire à deux yeux.

NON... Non^seulemerU. — Ce tiret est-il nécessaire? L** Académie ne l'a pas mis dans les trois premières éditions, et nous pensons qu'on pourrait s'en passer de même aujourd'hui : il n'y a pas de liaison intime entre ces deux adverbes.

NON... Non plus, loc. adv. Pas plus. Il n'en fut non plus^ww que s'il eût été innocent. On n'en parle non plus qtte sHl n'eût jamais été^. Je n'en sais rien, non plus que voiis. — La dernière de ces locutions, non plus que vous, qtie lui, que nous, qu'eux, est assez fréquemment employée, mais nous croyons que maintenant, dans les deux premières phrases, on substitue pas plus à noti plus. Il en est de même pour celles-ci : •

(à Drap) Fig. etfam., Ce malade, cet enfant ne se soutient non plds qu*un

drap mouillé, Il ne peut se soutenir.

(à Jaloux) Il ne dort non plus qu'un jaloux, Il ne saurait dormir. (à Tenir) le n'en ai non plus quHl en pourrait tenir dans Vœil, dans

. mon œil.

(à Passer, v. a.) /î ne peut non plus s'en passer que de sa chemise, que

de chemise, (à QmrtER) Il ne le quitte non plus que l'ombre fait le corps,

A cette dernière phrase nous préférons les variantes que nous trouvons à l'article Ombre :

Il le suit COMME l'ombre fait* le corps.

Il ne le quitte pas plus que son ombre,

NOURRICIER, 1ÈRE, adj. Qui opère la nutrition, qui sert à la nutrition, qui se répand dans un corps pour en augmenter la substance... On a cru de certaines plantes qu'elles attiraient les sucs nourriciers du sol qui les produit.

Dans cet exemple on nous présente comme erronée l'opinion de ceux qui pensent que les plantes ou tout au moins certaines plantes tirent leur substance de la terre. Cependant il paraît que le fait est certain, et voici des phrases où l'Académie semble le reconnaître : (à Égravillonner) On égravillonne* (on ôte la plus grande partie de la terre d'entre les raines d'un arbre qui a été levé en motte, et qu'on veut replanter) afin que les racines puissent proftter des sucs nourriuers de la nouvelle terre.

(à Exsuccion) Il y a dans la racine des plantes une sorte d'ExsucciON. (à Substance) Les arbres, les plantes attirent la substance de la terre.

1. A l'article Plus l'Académie ne donne pas d'exemples de cette acception, qui a vieilli; •lie se borne à ces deux phrases :

On n'exige rien de vous, non plus que de votre camarade. Je ne me fie pas à lui, non plus qu*à son frère.

2. Aujourd'hui , au lieu d'employer le verbe faire, on répète le premier verbe et l'on dit : // le SUIT comme l'ombre surr le corps. — Quant à cette phrase Je n'en ai non plus qu'il en pleut, qu'on trouve à l'article Pleuvoir, nous croyons qu'on la rendrait par ces moU : J'en ai coMMB il en pleut, autant qu'i7 en pleut.

8. L'Académie dit qu! égravillonner est un verbe actif ; elle aurait dû ajouter que dans cet exemple il est employé absolumbnt, puisqu'elle ne lui donne pas de régime.

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