‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 14 sur 71 · XXXII DISCOURS · texte numérisé non relu

XXXII DISCOURS

Erreurs dans les faits qui sont entasses dans ! Pllstoire générale avec beaucoup de malignité, sans critique et sans anrun respect pour la décence et la vérité. La seconde, sera la réfutation des Erreurs dogmatiques, c'est-à-dire, des Erreurs dans la lîianière de penser et de raisonner sur les principes, \cs dogmes, les usages, les exercices et le culte delà religion.

partie ^^ première rartie nous présente le tacettcjjlcau le plus grand, le plus intéressant, 1. le plus varié : la suite de la religion pendant dix-sept siècles, ses révolutions, son gouvernement, ses conquêtes, ses pertes, les hommes fameux qui l'ont protégée ou combattue, qui en ont été la gloire ou l'opprobre, l'appui ou le fléau : voilà ce qui devient la matière de nos observations historiques. Nous suivrons Tordre des temps> comme M. de Voltaire; mais nous ne relèverons pas toutes ses erreurs : il faudroit pour cela, presque autant de volumes qu'il en a donnés lui-même. INous nous arrêterons aux principales. Nous ferons voir , avec la dernière évidence, la fausseté de la plupart des choses qu'il affirme avec la plus dassurance.

?RELIMIÎfAIRE. XXXITÏ

Pour peu qu'on soit attentif en lisant les ouvrages de M. de Voltaire, on s'aperçoit bientôt qu'il ne témoigne ordinairement que du mépris pour les auteurs chrétiens et catholiques, et qu'il écoute les païens elles ennemis de la catholicité comme des oracles. Pour le combattre plus efficacement, nous n'emploierons le plus souvent que le témoignage de ceux-mêmes dont il s'appuie. Ce qu'il dit contre les chrétiens des premiers siècles , nous le réfuterons, autant qu'il sera possible, par le témoignage des païens mêmes. Et quand nous en serons ?i i'lii?,toii e des derniers siècles, nous aurons recours aux protestants eux-mêmes, pour réfuter les calomnies dont il cbargo les catholiques. Dans toutes ces difFcrentes occasions, nous emploierons les témoignages des auteurs contemporains , l'autorité des pièces les plus authentiques , et le secours d'une critique sage et éclairée.

En raisonnant sur les dogmes et contre^. les dogmes les plus essentiels du cbristia-partie da nisme , M. de Voltaire prend quelquefois*"""^^^ "^' le ton le plus ropectueux; mais cette affectation de respect ne rend que plus dau- !

XXXÏV DISCOURS

gereux le ton séducteur : il avertit qu'il faut toujours distinguer ce qui est du ressort de la pliilosopliie , et ce qui est du ressort de la foi; mais ensuite il trouve que tout est du ressort de la philosophie, et ainsi rohjet de la foi est anéanti et disparoît entièrement : il dit que nos mystères ontheau être contraires à nos démonstrations, qu'ils n'en sont pas moins respectés par les philosophes; mais ce qui est contraire à une démonstration est faux et ahsurde. On voit la conséquence qu'il faut tirer d une pareille proposition.

Nous ne piétendons pas suivre M. de Voltaire pas à pas , et donner une réfutation légère et superficielle de toutes les erreurs répandues dans ses divers Ouvrages. Nous nous formerons un plan, dans lequel nous faisons entrer les principaux dogmes de la religion, ce qui y a rapport, ce qui en dépend, et ce qui y est nécessairement lié. Ce que nous trouverons dans les ouvrages de M. de Voltaire qui y est opposé , nous le rapporterons et nous le combattrons. Nous travaillerons en même temps à établir la vérité et à détruire l'erreur. Nous donnerons des prin-

cipes pour éclairer , diriger et afTerniir l'homme qui veut éludicr la religion , et pour prévenir 1 impression que les écrits impies de tant de pdiilosoplies modernes pourroient faire. Ainsi cette partie dogmatique servira , non-seulement à la réfutation des écrits de M. de Voltaire, mais encore à la réfutation de tant d'ouvrages dangereux que l'impiété enfante tous les jours.

Nous commencerons par l'examen des Pensées surl'administration publique, afin qu'on soit d abord au fait de la manière dont M. de ^ oltaire pense, raisonne, et envisage les choses. Nous finirons par l'examen du Poëme sur la loi naturelle, qui sera comme un tableau en raccourci de tous ses principes.

Il s'est fait beaucoup d'écrits satiriques contre M. de Voltaire. Je puis dire que je n'en ai point lu , ou qde je n'en ai presque rien lu. Ces sortes décrits ne sont nullement de mon goût.

Ce que j'ai toujours désiré, et toujours regardé comme nécessaire dans notre siècle , c'est une sage réfutation des Erreurs répandues, dans les Œuvres de Voltaire;

ÏXXVI DISCOURS

Il ne s'en est point fait encore, qni soît venue à ma connoissance, que celle qui a pour titre : V Oracle desjiouueaujc Philosophes. Mais cet Ovivrage, qui a été si bien reçu et si justement estimé, n'a point encore paru suffisant à bien des personnes toujours avides de s'instruire, et vivement zélées pour les droits de la religion et de la raison. Plusieurs , en voyant dans l'Essai sur V Histoire générale^ celte affreuse collection de mensonges horribles , ou , pour mieux dire, cette sanglante et perpétuelle satire contre \e& chrétiens; plusieurs auroient voulu des réponses plus détaillées, des réponses claires, précises, convaincantes , capables de porter la lumière dans lame, et de confondre la calomnie et le calomniateur. D autres, voyant combien M. de Voltaire a varié et multiplié les attaques contre tout ce qu'il y a de plus respectable et de plus saint , et que plusieurs de ces attaques n'ont point été repoussées par Tauteur de Y Oracle , souhaitoientde voir achever cette défense de la religion. Or, tous les points qui n'ont pas été examinés, retrouvent ici leur place; il^ font une partie essentielle de cet

PRÉLIMINAIRE. XXXTII

ouvrage. Ainsi Ton pourra se flatter maintenant, d'avoir sur les Œuvres de Voltaire tous les éclaircissemenls que pouvoient de'sirer les amateurs de la religion et de la vérité.

C'est le même ennemi, qui est attaqué Caract.

' ^ 1 • «distinct.

dans 1 ouvrage de 1 Oracle et dans cenu-acs deux ci. Mais les attaques sont toujours diflfé-^"^^' rentes, et dirigéesvers-des objets tout différents. Dans l'Oracle, on voit d'excellentes dissertations sur les principaux points de la religion chrétienne ; dissertations vives, lumineuses, triomphantes, et qui attaquent avec succès tout le corps des erreurs de Voltaire : ici , on prend les erreurs en détail. A chacun des traits calomnieux ou satiriques, des raisonnements faux , des mensonges avancés contre la religion , on trouve la réponse j et la réponse est présentée avec précision, dans sa plus grande clarté , sans aucuïi détour, et porte toujours la conviction. Dans l'Oracle, on j)rouve efficacement les vérités que M.

de \ oltaire combat : ici, on montre avec '

la plus grande clarté les erreurs où il tombe. L'un le force par le raisonnement; l'autre fait apercevoir toutes ses contra-

ixxvin Disconns

dictions, ses bévues, sa mauvaise foi. L'un, comme nous venons de le dire , attaque presque toujours le corps des erreurs ; l'autre n'en laisse presque aucune , qu'il ne de'trtiise en détail. En un mot , rien n'est plus ditlerent que ces deux ouvrages le sont entr'eux ; et l'on ose Lien assurer qu'il ne se trouvera pas dans celui-ci ua seul fait qui ait été déjà discuté dans l'autre; ni une réflexion, une remarque, un raisonnement qui en paroissent empruntés ou imités, La chose ne seroit guère possible, puisque cet ouvrage a été fini avant que l'autre fût imprimé.

On reproche à l'auteur de l'Oracle , de s'être trop appesanti sur Voltaire; de lui avoir imputé une noirceur et une impiété de sentiments qui révoltent : d'avoir malicieusement rassemblé , rapproché des traits épars , et qui n étoient point faits les uns pour les autres, afin de charger le tableau de plus d horreurs; enfin d'en avoir fait un portrait plus affreux, que la vérité et la bienséance d'usage entre les personnes de lettres et de goût ne le permettent.

Mais l'auteur de l'Oraclej vous répond

PRÉL IMI:^f AIRE. XXX.IX

qu'il a fidèlement cité les endroits d'où il a emprunté tous ses traits; que toutes les horreurs qu'il a mises dans la bouclie de Voltaire, avoient auparavant coulé de sa plume; et quil n'a fait que montrer un peu plus à découvert, ou rendre plus sensible ce que l'autre n'avoit osé qu'indiquer, et qu il avoit artificieusement enveloppé. Quant au portrait, tout le monde convient , que dans l'art infernal de faire des portraits affreux, personne n'a jamais égalé M. de Voltaire ; que jamais on n'employa des couleurs plus noires que celles dont il peint ceux qui ont excité sa jalousie , ou animé sa bile. Qu'on eu juge par la manière dont il traite le plus parfait de nos poètes , le célèbre Pxousseau , l'abbé Desfonlaines , et tant d'autres Ecrivains que jcpourrois nommer.

Pour moi, je ne puis ni ne dois blâmer la manière dont s'y est pris l'auteur de l'Oracle; et je n'ai point jugé à propos de l'imiter. 11 est différentes façons dattaquer un ennemi. Toutes les troupes ne combattent pas de même; et avec leurs différentes manières de combattre, elles peuvent toujours remporter des victoires.

XL CISCOURS

Je rends sans peine justice auxtalenls c!e M. de Voltaire. Mais je dois dire en même temps, que l'abus des talents a été dans lui aussi grand que les talents mêmes. Ses Œuvres attestent également l'un et l'autre. Si j'en entreprends l'examen criùqne, ce n'est point pour me déclarer son rival, Ce n'est qne le respect pour la religion, et le zèle pour des honimes clirétiens , qui me détermine. Ce n'est que sur la bonté de la cause, et sur la force de la raison, que je m'appuie. David, enfant et sans armes, terrassa le redoutable Goliath armé de toutes pièces. Tu viens à moi, lui dit David' , avec l'épée, la lance et le bouclier ; et moi je ne veux point d'autres armes , que ma confiance au nom du Seigneur.

C'est avec les mêmes sentiments , que j'ai tenté cet ouvrage. Et ce n'est que du Seigneur , que j'en attends Je succès.

." 5.* Litre des Rois , ch. 17.

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