‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 16 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De Dioctétien^

V^'ÉTOIT l'usage chez les Romains de faire de temps en temps des panégyriques à la gloire de leurs empereurs. Il arrivoit souvent , que dans ces sortes de discours on louoit sans pudeur les princes les plus méchants, et qu'on représentoit comme des hommes admirables ceux qui méritoient le plus d'être détestés. C'est principalement de ces sortes de discours que M. de \oltaire emprunte les ti'aits par lesquels il nous peint un des plus fameux, ennemis du christianisme '. Il nous représente Dioclétien comnae un des plus grands princes qui aient jamais été, qui fit la guerre en héros , qui gouverna en sage, et mourut en philosophe *.

« Il parcourut plusieurs fois , dit-il , les prow vinces de l'empire, pour y porter l'abon- 31 dance et la joie; il embellit les villes, fît 31 fleurir les arts, et devint l'objet du respect w et de l'amour de l'Orient et de l'Occident. Il j> fut même un protccteui' continuel des chré-

' Histoire générale , ch. V. — • Mélanges, ch. LXI.

M tiens jusqu'aux dernières années de son em- « pire , qu'il fut forcé d'en punir quelques- M uns , qui étoient des hommes brouillons , . j} emportés et factieux. »

C'est ainsi que Voltaire nous apprend à ju- 1 ger de Dioclétien et des martyrs. Je crois bien qu'il ne seroit pas panégyriste si entliousiaste^ si ce prince n'eût pas été si idolâtre et persécuteur. Mais, quoi qu'il en soit, examinons, avec le secours des auteurs païens , si l'on peut retrouver dans Dioclétien cet héroïsme brillant , cette haute sagesse et cette rare philosophie, dont M. de Voltaire lui fait honneur.

On trouve d'abord que, pour^es talents militaires, Dioclétien ressembloit assez à Auguste, qui faisoit bien plus heureusement la guerre par ses généraux que par lui-même '. Il étoit plutôt adroit et heureux politique , que grand capitaine *. Dès qu'il eut été déclaré empereiu', il marcha contre Carin, qui tenoit encore tout l'Occident, et lui livra bataille ; mais il fut entièrement défait ^. Cependant son bonheur répara la honte de sa défaite. Les soldats de Ca- 3'in , mécontents de lui après sa victoire , le tuèrent , et vinrent se rendre à Dioclétien qui fuyoit. La guerre d'Egypte fut plutôt une exécution militaire contre cette province, qu'une guerre véritable. Les guerres des Gaules, de

* Eutrope, ■— ' Aurçllus Victor. — 3 Eulrope.

DE VOLTAIRE. l3

Perse et d'Angleterre ne furent conduites et terminées que par Maximien Hercule, Maiimien Galère et Constance Chlore, père du grand Constantin. Dioclétien n'y eut aucune part. On cherche encore où étoit ce brillant héroïsme.

Quelques lois qu'on a de cet empereur, et qu'on trouve encore dans le Code ïhéodosien, prouvent bien qu'il avoit quelquefois de bonnes vues. Mais les changements qu il fit dans le gouvernement de l'empire, prouvent également qu'il manquoit souvent de prudence , de sagesse et de génie. Les païens ont été les premiers à blâmer ce grand nombre d'empereurs qu'il fit , et qui, ayant chacun une cour somptueuse , épuisoient l'empire par sa dépense. La multitude des officiers quil créa, accabloit les peuples. Il chargea d imjjôts l'Italie, qui en avoit été presqu entièrement exempte jusqu'alors. Il se fit mépriser des Romains par son avarice. Tout cela ne prouve guère celte haute sagesse que A oltaire lui attribue.

Enfin , il nous donne Dioclétien comme un philosophe supérieur aux auti'es hommes ; et les ])aïens nous le représentent comme le plus fastueux et le plus foible des princes ' . Aui'elius Victor et Eutrope disent qu'il fut le premier qui renouvela l'extravagance des Caligiila

* Aureliu3 Victor , o.« partie.

l6 LES ERREURS

et des Domitien , en se faisant rendre les honneurs divins; et que, Lien loin d'imiter la modestie des autres princes , qui n'avoient rien de particulier dans leur habillement que le raanteau de pourpre, Dioclétien étoit toujours couvert de perles et de pierreries, comme une reine de Perse Mis nous le représententcomme un prince naturellement porté à la sévérité et à la cruauté, mais qui cherchoit à en rejeter tout l'odieux sur ses collègues et sur ses ministres. Enfin, ils ne nous le montrent dans ses dernières années , que comme un homme toujours tremblant, inquiet, irrésolu, tenninant sa vie par le poison, comme l'ont écrit quelques-uns, ou selon d autres , d'une manière qui ne fait pas plus d honneur à cette philosophie que A oltaire admire tant dans lui ".

Cette idée que nous donnons de Dioclétien est toute appuyée sur les témoignages des auteur païens. Je n'ai point voidu emj^runter ceux des auteurs chrétiens , que \ oltaire accuse d'avoir écrit par un zèle qui est ti'ès-louable , mais qui n'est pas adroit. Il paroît que les païens méritent également sa censure ^.

« Eutr. livre 9.*. — ' Eutr. l. 9/. — ' Mél. ch. LXt

"BE TOLTAIRE^ IJ

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