‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 18 sur 71 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De Cojistantm le Grand.

\J^ ne sera pas étonné que celui qui a donné de si maguifiques louanges à Dioclétien, peigne

le grand Constaulin avec des couleurs si noires. Tout ce qui se pourvoit dire de plus aflreux des Tibèi'e et des ]\éron , on l'emploie pour faire le caractère du premier des empereurs chrétiens. On répand un fiel amer sur toutes ses actions et sur toute sa conduite ; on s'efrorce de faire naître dans toutes les âmes des sentiments d'horreur au seul nom de Constantin. On nous le représente coînme un injuste usurpateur de l'empire, un despote fastueux et capricieux dans les conciles , un perfide et sanguinaire rival de ses collègues , un monstre dans sa famille. Dissijîons les nuages de la calomnie et de la satire , et mettons à leur place l'écpiité et la vérité.

« Constance Chlore étoit au fond de l'An- » gleterre , où il avoit pris poure qulques mois }> le titi'e d'empereur '. Constantin étoit à Ni- » comédie auprès de l'empei-eur Galère. Il lui n demanda la j^ermission d'aller trouver son 5) père. Galère n'en fit aucune difficulté. Cons- » tantin partit. Il trouva son père mourant, et » se fit reconnoî tre empereur par le petit nomn bre de troupes romaines qui étoient alors en >i Angleterre. »

« Une élection d'un empereur romain faite à » 1 orck par cinq ou six mille hommes, ne de- " voit guère paroi tre légitime à Rome. Il y » manqiioit au moins la formule du Senalus

* Mélangés , cliapiire LXÎ.

3o LES ERREURS

» Populusque romanus. Le sénat, le peuple et « les gardes prétoriennes élurent, d'un con- 3j sentement unanime, Maxence , frère de celte » Fausla que Constantin ayoit épousée. Ce » Maxence est appelé tyran et usm-pateur par w nos historiens , qui sont toujours pour les >5 gens heureux. Païen et vaincu , il falloit bien » qu'il fût abominable. »

M. de Voltaire fournit ici matière à trois remarques intéressantes : l'une, sur son peu d'équité dans la manièi'e dont il parle de l'élection de Constantin à l'empire : l'autre, sur la sagesse et la grandeur d'ame de ce prince : et la dernière, sur l'idée qu'il nous donne de la pei'sonne et du règue de Maxence.

, A entendreM.de Voltaire, ConstanceCliloi'e, père de Constantin, avoit pris, on ne sait comment , pour quelques mois , le titre d'empereur au fond de l'Angleterre. Quand il faut diminuer le nombre des martyrs, M. de Voltaire prétend qu'il n'y en eut point pendant longtemps dans l'Espagne , les Gaules , l'Angleterre et une partie de l'Allemagne , qui obéissoient à Constance Chlore , protecteur des chrétiens. Et alors il en fait le troisième des quatre princes qui gouvernoient l'univers. Et quand il s'agit de le l'eprésenter comme le père du grand Constantin , il n'en parle que comme d'un homme relégué avec cinq ou six mille hommes au fond de l'Angleteri'e. Cependant l'histoire

DEVOLTAIPiE. 3l

romaine nous apprend qu'il aycit été créé césar depuis treize ans, et qu'il y ayoit près d'un an et demi qu'il avoit été déclaré emperem-et auguste par Dloclétien et Maximien. Il est donc fau\ qu'il eût pris le titre d'empereur pour quelques mois. Jugez des lumières, de la droiture et de la lidélité du critique.

Constantin se fit reconnoître empereur , continue \oltaire , pai' le petit nombre de troupes qui étoient alors en Angleterre. Cette élection ne devoit guère paroître légitime à Rome. On se tromperoit beaucoup , si l'on s'en fioit aux affirmations hardies de A oltaire. Constantin fut salué auguste par les troupes le même jour de la mort de son père. Cependant il ne voulut pas prendre la pourpre sans l'agrément de ^Nlaximicn Galère, à qui il l'envoya demander. Maximien ne voulut lui donner que le titie de césar , et Constantin s'en contenta. On n'avoit pas encore vu un exemple d'une pareille modération. Elle ne fut pas imitée cinquante ans après par Julien-, le héros d« A oltaire. Constantin, dès l'année suivante Soj, fut déclaré auguste par Maximien Hercule, qui lui donna sa fille Fausta en mariage. On n'attendoit guère alors le consentement du sénat et du peuple , pour prendre le gouvernement de l'empire ' . Le défaut de la formule du Se?ia-

' Eutrop. 1. 9.

tus Populusque romanus , n'est donc qu'une misérable cliicane faite mal-à-propos à Constantin.

Le consentement du sénat , du peuple et des prétoriens pour l'élection de Maxence , n'est qu'une fable mal conçue par Yoltaire , et détruite par tous les historiens païens. Aurelius Victor nous apprend que Maxence fut élu empprciir par la plus yile popiUace , et par quelques soldats prétoriens, malgré les oppositions de Maximien Herciile , son propre père ' . Et Eutrope n'attribue cette élection qu'à un tumulte séditieux des prétoriens.

Il est vrai que les historiens chrétiens ne parlent pas d'une manière fort avantageuse de .Maxence. Mais les païens enchérissent encore beaucoup sur les chrétiens. Yoici le portrait qu'en fait Aurelius Victor. Maxence étoit un prince féroce et inhumain , et que la fureur de la débauche rendoit encore plus redoutable. Toujours lâche , tremblant et paresseux , il ne paroissoit touché de rien. L'Italie étoit en feu, ses armées fuyoient devant Constantin, il étoit battu de toute part , sans pouvoir sortir de son stupide assoupissement. Enfin , étant sorti de Rome malgré lui, il fut vaincu et périt dans le Tibre. C'estuncchose incroyable, queles transports d'allégresse que causa sa mort au sénat

' Aurel. Vict. , page 2.

DE TOLTAIR E. ô:)

et au peviple romain , qu il avoit accablé et écrasé par sa tyrannie. Aurelius A ictor , avant de faire ce caractère, avoit déjà représenté les désastres affreux dont Maxence avoit désolé l'Afrique. Euti'ope y ajoute les cruautés dont il avoit usé envers la noblesse romaine ; et les liistoriens chrétiens , la brutalité de ses débauches. Tel étoit le monstre dont Voltaire prend la défense , pour rabaisser Constantin. « L'ar- \> gent des chrétiens et leurs armes, continue- » t-il , contribuèrent à mettre Constantin sur » le trône '. C est ce qui le rendit odieux au jj sénat , au peuple romain , aux prétoriens , yy qui tous avoient pris le parti de Maxence. M Devenu empereur malgré eux , ilnepouvoit n être aimé d'eux. »

Je voudrois bien savoir en quel endroit M. de Yo' taire a déterré cette anecdote , dont aucun auteur n avoit encore fail mention. Avicun n'avoit encore parlé ni des sommes fournies , ni des légions levées par les chrétiens. On sait bien que le sénat n avoit aucune part à Télection de Maxence. On sait que le peuple assemblé au cirque avoit donné le titre d'invincible à Constantin , en présence de Maxence luimême -. On sait que Constantin, qui s'éloit fait estimer par les trois batailles gagnées dans la même année à Turin , à Bresce , à Yéronue , et

' Histoire geaéralc; c. V. — * Lact.

par une quatrième , sous les murs de Rome, se fit aimer aussi ])ar la clémence et la bonté qu'il montra ayjrès la victoire. On sait qu'il tira de prison plusieurs sénateurs, et en rappela d'autres qui étoient exilés ' ; mais on ne savoit pas qu'il se fût rendu universellement odieux au sénat, au peuple et aux prétoriens. M. de Voltaire a deviné tout cela.

On fait ensuite un crime à Constantin de la manière dont il parut au concile de Nicée. €< On le vit , dit-on , convoquer et ouvrir le M concile , entrer au milieu des Pères tout cou- « vert de |)ierreries , le diadème sur la tête, 3i prendre la première place , exiler indifleïj remment tantôt Arius , tantôt saint Atha- 3> nase. 11 se mettoit à la tète du christianisme » sans être chrétien lui-même ; car c'étoit ne 3> pas l'être dans ce temps-là, que de n'être pas 3> baptisé, w

On ne voit j)as en vérité pourquoi M. de Voltaire trouve mauvais que Constantin ait paru au concile de Nicée avec toute la majesté d'un maître du monde. N'est-ce pas l'usage des princes de paroître avec le plus grand éclat dans les assemblées les plus augustes? Et y eu avoit-il une ]ilus auguste que celle où se trouvoient plus de trois cents évêques , dont plusieurs portoient les marques des supplices qu'ils

' Panég. Const.

DE VOLTAIRE. 3o

a voient endurés en confessant Jésus -Christ dui'aut la persécution? Mais il avoit des pierreries sur ses habits. Et Dioclétien en ayoit bien jusques sur ses souliers , et A oltaire ne lui en fait pas un crime. On ajoute qu il ouvrit le concile, et qu'il se mit à la tête du christianisme, sans être chrétien. Mais Eusèbe etThéodoret, qui sont un peu plus dignes de foi que notre historien , nous disent que Constantin parut au concile avec un profond respect pour les Pères , et qu'il ne parla que pour leur témoigner la joie qu'il avoit de voir les chefs de tant d'églises rassemblés , et d'être à même de les protéger. Quant au bannissement dArius, ce fut la suite de l'anathême prononcé contre lui par les Pères. L'exil de saint Athanase fut 1 eflet des inti'igues d'Eusèbe de Nicomédie, qui étoit un arien caché.

A oici maintenant la réunion de toutes les noirceui's dont Voltaire charge Constantin , et voici comment il s'exprime : « Vous voudriez » savoir quel étoit le caractère de Constantin. » Demandez-le à Julien et à Zozime , et ils vous w diront qu'il agit d'abord eu grand prince , » ensuite en voleur public, et que la dernière » partie de sa vie fut d'un prodigue , d'un ef- » féminé , d'un voluptueux. lis le peindront w toujours ambitieux , cruel et sanguinaii-e. » Demandez-le à Eusèbe, à Gn^goire de Na- » zianze , à Lactance; ils vous diront que c'é-

ZG LUS ERREURS

» toil un liomme parfait. Entre ces deux extrê- » mes, il n'y a que les faits avérés qui puissent » vous faire trouver la vérité. Il avoit un beau- » père , il l'oliligea de se pendre ; il avoit un » beau-frère , il le fit étrangler; il avoit vm ne- M veu de douze à treize ans, il le fit égorger ; M il avoit un fils aîné , il lui fit couper la tête; îi il avoit une femme , il la fit étoufler dans 5j un bain, n

Yoilà le plus liorrible tableau qu'on ait jamais j)résenté. Examinons-en tous les traits , et nous verrons de quoi sont capables la plus noire méchanceté et la plus odieuse infidélité.

Il avoit un beau-père , il l'obligea de se pendre. Ce beau -père étoit Maximien Hercule. Tous les historiens païens conviennent qu'on n'avoit pas encore vu un homme plus féroce et plus ambitieux. Après avoir abdiqué l'empire malgré lui , avec Dioclétien , il le sollicita vivement de remonter avec lui sur le trône. Il tâcha de soulever les soldats contre son propre fils Maxence, qui avoit été déclaré auguste, et voulut lui arracher de force la pourpre, dans une assemblée publique. N'ayant pu y réussir, et craignant pour sa vie , il se sauva dans les Gaules auprès de Constantin , son gendre. Il chercha plusieurs occasions de le poignarder. Il voulut engager sa fille Fausta à favoriser cet assassinat, en l'introduisant pendant la nuit dans l'apîTarlemeat de Constantin. FausLa en

DE VOLTAIRE. Ôf

avertît son époux , qui fit couclier un esclave clans son j)i'opre lit, et se mit en état de tout observer sans danger. Masimien fut saisi avec le poignard encore fumant du sang de l'esclave couché dans le lit de Constantin. Ce prince , qui avoit déjà pardonné d'autres attentats à son beau-père , lui laissa en cette occasion le cîioix de sa mort , et 3ïaximien se pendit. Jamais supplice ne fut mieux mérité , dit Eutrope '. Maximien étoit un prince perfide, bi'utal , insupportable , extrêmement enclin à la barbarie et à la cruauté. La juste punition de ce monsti'e est le premier crime dont Voltaire charge Constantin.

Il avoit un beau-frère, il le fit étrangler ; il avoit un neveu, il le fit égorger. Ce beaufrère est Licinius, et ce neveu est Licinien. Le jeune Victor nous fait un portrait de Licinius, encore plus affreux que celui qu'Eutrope nous a laissé de Maximien. Ce Licinius ayant déclaré la guerre à Constantin , fut vaincu , demanda la paix, et il l'obtint. Peu de mois après il refit une nouvelle armée de plus de cent mille hommes , et fut vaincu de rechef. Quelques historiens prétendent qu'il fut déclaré par le sénat, ennemi de la république ' ; d'autres prétendent que les soldats demandèrent sa mort, parce qu'ils craiguoieut qu'il ne

' Eulrop. I. 10. — * Zozimc.

reprîl encore la pourpre, comme l'avoit fait Maximieii liei'cule. Quoi qu'il en soit , Constantin consentit à sa mort : ou ne sait pascoraiment mourut son fils Licinius le jeune. La mort d'un collègue perfide , et perturbateur de l'empire, est le second crime dont Yoltaii'e charge Constantin.

Il avoit un fils , il lui fit couper la tête ; il avoit une femme , il la fit étoufîer dans un bain. On ne peut pas entièrement justifier Constantin sur l'article de ces désastres donaestiques ; mais si on les examine attentivement , on trouvera qu'il fut bien plus à plaindie encore qu'à blàn e . Crispus, fils aîné de Constantin, et de sa premièt'e femme Minervine , faisoit l'amour tl les délices des gens de guerre ,resj)érance et 1 admiration de tous les peuples de l'empire. Il s'étoit déjà fait counoître par ses talents militaires, et par quantité de victoires qu'il avoit remportées sur terre et sur mer, Fausta ne regardoit qu'avec jalousie le mérite brillant de Crispus , qui surpassoit de beaucoup celui de ses propres enfants. Digne fille de Maximien Hercule, elle accusa Crispus du même crime dont Phèdre avoit accusé Hyppolite. Constantin, nouveau Thésée , reconnut sa précipitation dans la condamnation de son fils , en condamnant à la mort l'impudique calomniatrice.

On auroil également tort de regarder Cous-

DE VOLT A r RE. 59

taiitiii comme un homme parfait , et Je le regarder comme un l^omme qui n'eut tl autre règle que l'ambilioii . l'autre sentiment que la cruauté, d'autre vue queledt^spotisrae. C'est-là cepeuclaat l'idée que s'efTorce d'en donner M. de Voltaire. Qu'on lise avec attention et sans préjugé l'histoire de son empire; malgré tous ses défauts , ou le recoiinoîtra toujours j;our un des plus grands hommes qui aient jamais gouverné l'univers.

Sa jeunesse annonça d'abord un héros ; toutes ses guerres montrèi-ent une activité inconcevable , et qui ass'iî oit toujours les succès ; sa manière de gouverner, une sagesse qui pi'ouvoit un grand génie , mais qui demandoit un aussi grand génie que le sien , pour suivre heureusement ses vues; ses sentiments pour la religion, un prince intimement persuadé et convaincu, mais qui avoitencore les vices et les foiblesses de l'humanité; sa vie privée, un homme d'un commerce aisé, que la droiture naturelle rendoit facile a surprendre, mais qui punissoit ensuite celui qui l'avoit surpris. Toujours grand, toujours magnifique dans ses libéralités, ses dons, ses édifices, ses palais, et tout ce qui concernoit l'ordre de la maison impériale ; assidu à entrer dans le détail des représentations et des remontrances qui lui étoient adressée» parles villes; amateur de la paix, malgré le honheur qui l'avoit accompagné dans ses guer-

res ; amateur des lettres et des arts , éclairé luimême , instruit et cultivé : tel fut le véritable Constantin. Les païens eux-mêmes nous fournissent les principaux traits de ce caractère. Le Constantin de ^ oUaire n'est que le fruit d'une imagination remplie de fiel et d'horreurs.

C'est pour mieux convaincre le lecteur de l'injustice du jugement qu'on en porte dans l'histoire générale , que nous allons montrer le portrait que fait un païen de ce destructeur de l'idolâtrie. Il ne cache aucun de ses défauts, mais il a aussi le courage de rendre justice à ses grandes qualités.

Constantin , dit Eutrope ' , réunit tout ce qu'on peut connoître de plus brillantes qualités du corjjs et de l'esprit. Jaloux de la gloire militaire, toutes les guerres qu'il entreprit furent accompagnées d'un bonheur inconcevable, mais on peut dire que son halnleté fut plus grande encore que son bonheur. Après les guerres civiles , il dom])la les nations barbares qui environnoieut lempire, et mérita leur attachement et leur amour pour la paix qu'il leilr accorda après les avoir domptées : on trouva dans lui un prince attentif à procurer les doiiceui'S de la tranquillité à l'empire, amateur des lettres, zélé pour la justice, empressé à se ■ faire aimer par sa facilité et sa générosité.

' Ealrop. 1. io.

DE VOLT AIRE. il

Parmi ceux qui 1 approchoient , il y en eut quelqueî-uns pour qui son amitié fut plus douteuse; mais il n'outlia rien pour élever et enrichir lès autres : il fit plusieurs lois parmi lesquelles on en trouve qui sont très-utiles et ti"ès-justes , et quelques-unes qui sont bien sévères , et d'autres qu'on peut regarder comme superflues ; il mérita détre mis, après sa mort, au rang des dieux.

Aurelius Victor ditque le peuple Romain fut extrêmement fâché que le corps de ce grand prince fût resté à Constantinople, parce qu il le regardoit comme le restaurateur de l'empire , par le succès de ses annes , la sagesse de ses lois, la douceur de son gouvernement. Il n'y a que le furieux Zozime et 1 apostat Julien , qui aient osé se déchaîner contre Constantin : on peut maintenant leur joindre encore A ollaire.

CHAriTRE y.

De r apparition de la Ci'oix à Constantin.

JtI .DE Voltaire met la fameuse apparition de la Ci'oix à Constantin au rang de ces failles , que de savants antiquaires ont refutées , que la philosophie désappiouve, et que la critique détruit';

' Histoire gcn. c. V.

^2 LES ERR EURS

il la compare à ces contes que faisoient auti*efois les païens d'un bouclier tombé du Ciel, et du palladium de Troie.

« Quelques - uns , dit - il , prétendent que }> ce signe apparut à Constantin à Besançon , M d'autres disent à Cologne , quelques - uns à î) Trêves , d'autres à Troyes '. Il est étrange w que le Ciel se soit expliqué en grec dans » tous ces pays-là ; il eût paru plus naturel îj aux foibles lumières des hommes , que ce M signe eût paru en Italie le jour de la bataille ; >j mais alors il eût fallu que l'inscription eût 3> été en latin. Un savant antiquaire , nommé j) Loisel , a réfuté cette antiquité ; mais on » l'a traité de scélérat. »

Il faut avouer qu'on ne retrouve point l'esprit de M. de Voltaire dans une critique aussi foible que celle-ci : il ose , après plus de quatorze cents ans , traiter de fable ce qui est rapporté par ti'ois ou quatre auteurs contemporains ; ce que Constantin lui-même a attesté avec serment ; ce qui est constaté par des médailles frappées par son ordre ; ce qu'on retrouve dans celles de son fils l'empereur Constantius , et qui existent encore maintenant ; on y voit la Victoire présentant à Constantin le labarum où est le nom de Jésus - Christ , avec cette légende : Hoc signo victor eris. On

* Mélanges; ch. 63.

la trouve dans Bancluri et dans le livre intitulé : Numismata Imperatoruni Romanorum. 11 pai'oît que le critique M. de Voltaire ignoroit tout cela ; mais il est étrange , dit-il , que le Ciel se soit expliqué en grec dans les Gaules. Mais où a-t-il appris que le Ciel se soit expliqué en grec ? Les médailles de Constantius 5ont latines quoique le siège de l'empire fût à Constautinople. Pour Eusèbe , qui a écrit cet événement , comme il étoit grec , il écrivoit dans sa langue naturelle ; il seroit étrange qu'il se fût exprimé autrement. Les différentes opinions sur le lieu ou la ville où cette apparition a eu lieu , n'infirment point la certitude du fait : Eusèbe dit qu'elle arriva dans les Gaules; et les commentateurs ont fait des conjectures suv la ville près de laquelle ils pensent que cela a pu arriver.

Il eût été plus naturel , ajoute - t - on , que ce signe eût paru en Italie le jour de la bataille ; mais M. de Voltaire ne dit pas pourquoi cela eût été ]ilus naturel : et quel mal y auroit-il que Dieu eût donné long-temps auparavant à Constantin des assurances de sa protection ?

On dit enfin qu'un savant antiquaire, nommé Loisel , a réfute cette antiquité , mais quon l'a traité de scélérat. Si Loiscl a ignoré les preuves que nous avons de ce yrodigo , il ne doit pas être mis au rang des savants ; s'il ne les a

pas ignorées , et que néanmoins il ait combattu ce point , il peut être traité de scélérat ; mais je ne répondrai à Loisel et à M. de Voltaire , que par les paroles d'un savant bien plus célèbre ; c'est M. Baluze. Voici comment il parle dans ses remarques sur Lactance. C'est une audace insupportable de mettre au rang des pieuses erreurs de l'antiquité l'apparition de la Croix à Constantin. A quoi poui'ra-t-on s'en tenir désormais , si un fait constaté par les médailles de Constantin même , rapporté par Lactance , par Optatien , par Eusèbe , doit être mis au rang des pieuses erreurs de l'antiquité? Ce n'est pas seulement une témérité , c'est une impiété de penser ainsi. M. Baluze ne conclut de la sorte , qu'après avoir fourni sespreuves. M. de Voltaire donne le nom de savant à Loisel, qui a tenté vainement de répandi'e des nuages sui" cette vérité ; mais un célèbre anglois en a porté les preuves jusques à la démonstration , dans un ouvrage cjui a été traduit en françois, et imprimé à Paris , il y a six ou sept ans. Comment M. de Voltaire n'est-il pas du sentiment de cet Anglois ? Est-ce parce qu'il est avantageux à la religion chrétienne ?

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