‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 19 sur 71 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

De la fin des Persécuteurs.

tt V.>/E qu'il y a de déjilorable, dit M. de Yol-

i taire en gémissant tendrement , c'est qu'à

> peine la religion chi'étienne fut sur le trône, j que la sainteté en fut profanée par des cliré- 3 tiens indignes de ce nom, qui se livrèrent à ) la soif de la vengeance, lors même que leur j triomphe devoit leur inspirerl'esprit de paix: 3 ils massacrèrent dans la Syrie et dans la Pa-

> lestine tous les magistrats qui avoient sévi 1 contre eus ; ils noyèrent la femme et la fdle ) de Maximien ; ils firent périr dans les tour- ) ments ses fils et ses parents ; les querelles , ) au sujet de la consubstantialité du Verbe ,

> troublèrent le monde et 1 ensanglantèrent : } enfin Ammien Marcelliu dit que les cliréj tiens de son temps , se décliiroicnt entre ) eux comme des bêtes féroces. »

Yoilà des sentiments bien tendres, et un fiel bien amer , des calomnies bien noires , et les expressions d'une cliaritébien touchante. Yoltaire auroit poussé moins de gémissements , il auroit dit moins d'injures aux chrétiens, et il «ei'oit tombé dans moins d'erreurs de faits, s'il c'ût eu eùcore quelque respect pour la vériU".

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Examinons ces faits , qu'il rapporte comme des hoiTeurs qui déshonorèrent alors le nom clu'étien.

Il est \Tal que Caudidien , neveu de Maximin , et Sévérien , fils de Sévère , furent massacrés : il est vrai que les impératrices Prisque et ^ alérie , Tune épouse, et l'autre fdle de Dioclétien , furent précipitées dans la meràThessalonique ; mais tout cela se fît par les ordi'es de Licinius ' ; or , l'empereur Licinius n'étoit pas chrétien.

11 est Vrai que plusieui^s officiers des provinces d'Asie, et qui avoient été des plus violents persécuteurs , furent condamnés à périr ; mais toutes ces provinces obéissoient à Licinius : Constantin n'y avoit aucune autorité. Pourquoi donc M. de ^ ollaire fait-il un crime de ces exécutions aux chrétiens, qui n'y eurent point de part? Ou est la probité de Ihomme? Ouest la fidélité de l'iiistorien? Ce qu'il dit encore d'Ammien Marcellin est une nouvelle preuve ou d ignorance ou de malignité. Cethistorien, tout païen qu'il étoit, n'a jamais autant maltraité les chrétiens, que le font aujourd'hui nos écrivains philosophes. Ammien Marcellin n'a point dit ce que\oltaire lui fait dire. Cet écrivain judicieux et équitable , après avoir rapporté avec quelle adresse Julien avoit caché

' Anrelius. Lact.

sôu inclination ])oui' l'idolâtrie, et le zèle avec lequel il la rétablit , ajoute ces pai'oles ' : Pour "réussir plus heureusement dans son dessein, il faisoit venir dans son palais les ëvêques qui avoient des opinions différentes sur la religion; il les avertissoit les uns et les autres de vivre en paix, mais d'être fermes et intrépides, chacun dans leurs sentiments : il n'agissoit ainsi que pour augmenter leurs divisions par la licence , ayant éprouvé, disoit-il, que les bêtes féroces ne sont pas plus redoutables aux hommes que les chrétiens le sont les uns aux autres, quand ils sont divisés de créance et de sentiments. Ammien ]Marcellin nous apprend par-là quelles étoient les vues et la malice de Julien : il rapporte ce que pensoit et disoit cet empereur ; mais nulle part il ne dit qu'il ait vu luimême les chrétiens se déchirer entr'eux comme des bêtes féroces. Voltaire calomnie donc en même temps Ammien Marcellin et les chré^ liens.

Ammien Marcellin, lirre aa.

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