‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 20 sur 71 · CHAPITRE TH · texte numérisé non relu

CHAPITRE TH

De l'Empereur Julien.

J\ MMIE>' Harcellin , païen zélé , et officier de marque daus les armées romaines, fait un héros de Julien ; mais il n'ose pas dissimuler tous ses défauts. M. de ^ oltaire est plus hardi ; il en fait un homme presque divin. « Qu on examine en M lui, dit-il, Ihomme, le philosophe , l'emii pereur, et qu'on chei'chele prince qu'on osera î> lui préférer. » Tel est comme le plan et le fonds du discours qu il consacre à la gloire de ce fameux apostat.

Il est certain que Tempereur Julien avoit plusieurs de ces qualités qui font les héros et les grands princes , la science militaire, la valeur, l'éloquence, la sobriété , la tempérance, les talents pour le gouvernement ; mais il est également certain que les grandes qualités ont été égalées dans lui par les vices ; il seroit également injuste de ne le juger que par les unes , ou de ne le juger que par les autres : c'est pour cela qu'en démasquant le faux Julien que nous présente ^ oltaire, nous ferons mieux connoître le véritable. Qu'on ne craigne point ici la prévention des chrétiens contre ce prince ; ce sont les témoignages des païens mêmes, que nous allons employer.

« €cl lîomme, dit IM. de Voltaire, qu'on a M iK'iut comme abominable , est peut-être le » premier des hommes , ou du moins le se- « coud. Toujours sobre, toujours tempérant, » n'ayant jamais eu de maîtresse , donnant à n regret peu d'heures au sommeil , partageant w son temps entre l'étude et les affaires , géné- » reux , capable d'amitié, ennemi du faste; on M rcût admiré, s'il n'eùt€té que particulier. »

Examinons le fond de cet éloge. A'oliaii'ese plaint qu'on ait peint Julien comme abominable, quoiqu'il soit peut-être le premier , ou du moius le second des hommes; mais uuprince qui étoit né dans le christianisme, et qui l'avoitalijuré , qui donnoit dans une foiblesse de superstition que les auteurs païens ont euxmêmes blâmée , qui étoit toujours environné de devins, de magiciens , de femmes de pende vertu , a bien pu être regardé comme abominable. On ne voit guère comme Voltaire en ose faire le premier des hommes.

Il y a bien quelque chose à rabattre des bonnes qualités qu'il attribue à Julien, i." Il est bien difficile de concevoir que ce prince n'ait jamais eu de maîtresse : on sait qu'il n'eut point d'enfants de sa femme Hélène ; et l'on a ccpen~ dan tune lettre qu'il écrivit en 565 , c'est-à-dirci, l'année de sa mort, à celui qui avoit soin de ses enfants. 2." La générosité doiit on lui fait ici honneur , ne s'accorde guère avec la dupli- I. -3

5p LES ERREURS

cité dont il usa envers son oncle Constance, et avec ramhilion qu'il montra, en retenant le titre cVauguste, que Constance ne vouloit pas lui confirmer. Constantin, quel^I, rie Vol" taire a tant maltraité , eut bien plus de modération ; son ai-mée victorieuse lui avoit déféré le titre d'auguste : feinjjereur Maximien Galère x}£ lui voulut laisser que celui de césar ; Constantin aima mieux s'en contenter , que d'exciter une guerre civile ; mais le généreux Julien aima mieux, faire la gueiTe à sou oncle que de se désister.

M. de Voltaire ne jcesse de nous représenter Julien coname un philosophe , comme un wai sage ; .et c'estce philosophe de qui Ammien 31 ar^ cellin lui-même ' .assure qu'il étoit bien plus superstitieux que religieux ; qu'à tout propos il immoloit des victimes sans nombre, et qu'on disoit publiquement que s'il revenoit victorieux de la guerre des Perses, il n'y auroit pas .assez de bétail dans tout l'eraiiire pour contenter sa superstition. C'est ce même eiyipereur ]>hilosophe qui faisoit des jjrocessions par les vues, environné de femmeleltes, portant dévotement les petites idoles et les instruments ides sacrifices - ; c'est ce même philosophe qui , au rapport de Théodoret , sacrifia une femme dans le temple de la Lune à Carrés.

" Ammian MarcelHn, livre a5. — ' Id» livre 22,

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Mais, dit M. de A'^ollaire avec indignation, Théodorel est le seul qui rapporte ce conte infâme : c'est que Théodoret étant plus près de "Carrés, fut phis à portée d'en être instruit, Marcellin n'en dit rien , il est vrai : c'est qu'il sup])rimoit certains faits trop déslionorants pour son héros , comme il l'avoue lui-même : ainsi crut-il devoir supprimer la lettre menaçaute que Julien écrivit à Constance au commencement de la guerre ', Tout ce qu'on trouve dans Marcellin par rapport au fait que nous examinons , c'est que Julien fit lui-même uu sacrifice fort secret à Carrés , etqu'il n'eut point d'autre témoin que Procope «on parent, à qui il ordonna de prendre la ]>ourpre s'il appreuoit sa mort : il n'y a pas beaucoup à ajouter au l'ccil de Marcellin , pour confirmer celui de Théodoret.

ce Si on le considère comme empereur , con- » tinue le panégyriste , on le voit refuser le >i litre de Dominus qu'affectoit Constantin , » soulager le peuple, diminuer les impôts^ » contenir ses officiers et ses ministres , pro- )> venir toute corruption. «

Ammien Marcellin* nous apprend que Julîeà éioit dans la joie de son cœui', quand il se voyoit a[)plaudi par le petit peuple ; que poui* «e faire la réputation de prince populaire, il

* Amaiien Marcclliu , livre 20. — ' Id. livre aS»

aflfectolt de parler familièrement avec les gens les moins dignes de considération ; et voilà pourquoi il ne preuoit pas ordinairement le titre de Dominus, que les empereurs avoient pris depuis long-temps. Représenter Constantin comme un prince qui affectoit ce titre , c'est un ti'ait de malignité et non pas une vérité. La louange qu'on donne à Julien sur les soins à contenir ses officiers et ses ministres , nest fondée que sur le culte idolâtre que\oltaire lui rend et voudroit lui faire rendre ; car Libanius , Eutrope et Ammien Marcellin le blâment de sa négligence en ce point; cependant, ces trois auteurs étoient païens et admii*ateurs (le Julien.

« C'est un conte ridicule , dit-on encore , M que quand Julien voulut faire rebâtir le » temple de Jérusalem , il sortit de terre des « globes de feu qui consumèrent les ouvrages }i et les ouvriers, w

Il est sûr que tous les historiens chrétiens et païens s'accordent sur ce point; cependant M. de Aoltaire n'en croit ni aux uns ni aux autres. Quatorze cents ans après révénement, il déclare que tous se sont trompés , qu'il sait mieux les choses que les auteurs contemporains, et qui étoient sur les lieux, et que ce n'est là quun conte ridicule.

Malgré sa décision , nous ne laisserons pas dç rapporter le témoignage des auteurs cou-

temporains : on sait que Jésus-Christ et les propliètes avoient prédit la ruine éternelle du temple de Jérusalem. Julien s'imagina pouvoir venir à bout de rendre fausse cette prédiction , et d'aflbiblir par-là l'idée delà vérité et de l'infaillibilité des livres divins; il rassembla les Juifs , il les flatta , il fournit des sommes immenses pour l'entreprise , et voici quel en fut le succès ; c'est Ammien Marcel] in qui le raconte. Alipius pressoit les ouvrages avec une extrême diligence : il étoit encore secondé par le gouverneur de la province ; mais toute la diligence et les soins furent inutiles : des globes épouvantables de feu soi'tirent tout-à-coup d'auprès des fondements , consumèrent plusieurs oiivi'iers, rendirent les approches de ces lieux impossibles; et ce redoutable élément éloignant toujours tout ce qui s'avauçoit , on fut forcé de renoncer à l'entreprise. C'est un païen qui parle ainsi, et cependant M. de Voltaire ne veut pas le croire; il conclut ensuite son panégyrique de Julien , par cette observation.

M Les chrétiens elles païens débitoientéga- » lement des fables; mais les fables des cliré- » tiens , ses ennemis , étoient toutes calom- » nicuscs. j>

Mais n'a-t-il pas à craindre qu'on ne dise la même chose de son histoire, et que son essai n'est qu'iui tissu de calomuics contie l'Eglise chrétienne ?

S-4 l-E-S ERREUaS-

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