‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 27 sur 71 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De quelquesjaits remarquables rappo/^és sous le neuvième siècle.

l\ OU s ne suivrons pas M. de Voltaire dan» tout ce qu'il raconte de la décadence de la

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maison impériale Je France, des troubles de la Germanie, des déprédations des Normands sur les côtes d'Angleterre , de France et d'Es[)ague. La manière dont il présente ces objets est semblable à l'éclair, qui surprend, qui éblouit, et qui ne laisse ensuite qu'bon'eur, ténèbres et confusion. On ne peut pas se flatter de savoir les cboses , si on ne les connoît que par les tableaux qu'en présente M. de Voltaire. En vain, nous dit-il par la boucbe de son imprimeur ' , qu'il traite l'histOire en philosophe , et qu'il l'embellit en peintre. Le pinceau du peinU'e montre beaucoup de hardiesse , mais peu de vérité ; et l'on est toujours à chercher où sont les lumières et la sagesse du philosophe. Ainsi nous nous contenterons de faiine quelques observations sur quelques faits où le philosophe et le peintre nous paroissent être le plus en défaut.

Théodose a toujoui's été l'egardé comme un des plus grands princes qui aient gouverné l'empire, comme le prince dont les vertus, le zèle, les héroïques qualités ont fait le plus d'honneur à la religion , et l'ont seiTie plus utilement et ]dus efficacement. Ce prince commit une liori'ible faute en commettant le massacre de.Thessalonique. Il la répara ensuite d'une manière si édifiante , qu'on ])eut regarder cette réparation comme uu des plus beaux traits de

' Avis des Etlit.

rso LES ERREURS

sa vie. Nous allons rapporter succinctement le fait, afin qu'on juge ensuite des altérations qu'y fait M. de Voltaire pour rendre odieux le nom de Théodose.

Un des plus fameux conducteurs de chars dans les jeui publics s'étant rendu coupable d'un crime énorme, le commandant des troupes de la Macédoine le fit mettre en pi'isou. Quelques jours après il devoit y avoir des courses selon l'usage des Grecs '. Le peuple de ïhessalonique demanda avec instance le prisonnier, parce qu'il passoit pour le plus habile dans la conduite des chars, et dans les courses de chevaux; le gouverneur refusa absolument de relâcher le criminel. Le peuple s'ameuta , couinit aux armes ; quantité de soldats furent massacrés , et le gouverneur , qui avoit voulu arrêter le désordre, fut tué luimê7ue sur la place. Théodose ne fut pas plutôt instruit de cette sédition, qu'il résolut de punir les séditieux ; mais les évêques qui étoient à la cour, lui firent des remontrances si touchantes, qu'il leur promit d'accorder le pardon aux coupables. Théodose étoit d'un caractère vif et bouillant; mais après que les premiers moments étoient passés, la vivacité et le feu de ce caractère cédoit bientôt à la bonté, natui'clle de son cœur. Il avoit pardonné gé-

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ùéreusement aux ariens, qui, dans mie émeute, avoient brûlé le palais épiscopal de Constanlinople ; il avoit pardonné aux chrétiens , qui avoient pillé une synagogue de juifs; il avoit pardonné aux habitants d'Antioche, qui avoient eu l'audace de renverser et de briser ses statues , et celles de l'impératrice. Ce]>cndant à l'occasion de la sédition de Thessalonique , les ministres lui rejîrésentèrent que sa clémence ne servoit qu'à enhardir au crime, et ils lui firent sentir les conséquences de sa facilité à pardonner. Théodose, sur leurs représentations, consentit à la punition des Thessaloniciens. Les ministi'es aloi-s envoyèrent des troupes qui investirent le peuple de Thessalonique , et massacrèrent environ sept mille pei'sonnes eu moins de trois heures.

Dès que saint Ambroise eut a^Jjîris ce mas- Sacre, il écrivit à l'erajiereur pour lui i*eprésenter 1 énormité de son crime. Il lui déclai^a qu'il ne pouvoit plus l'admettre à la participation des mystères , qu'il n'eût fait une pénitence publique de sa faute. Il l'arrêta publiquement à la porte de l'église , et lui en interdit rentrée. L'empereur ne l'épondit que par son humilité et ])ar ses larmes, et il se soumit à tout ce que saint Ambroise crut devoir lui prescrii'e et lui imposer. C'est ainsi que saint Paulin ctThéodoret racontent ce fameux trait de la vie de Théodose. Yoici ce qu'eu dit M. de Voltaire» . 1. 6

« Théoclose avoit fait massacrer quinze mille 3j citoyens à Tliessalonique, non pas clans un » mouvement de colère , mais après une lon- 3) gue clc'libération. Ce crime l'élléclii pouyoit '» attirer sur lui la vengeance des peuples, qui 5) ne l'avoient pas élu pour en être égorgés, jj S. Ambroise fit une très-belle action en lui » refusant l'entrée de réglise , et Théodose en w fit une très-sage d'appaiser un peu la haine » de l'empire, en s'abstenant d'entrer dans 3> l'église pendant huit mois : foible et misé- « rable satisfaction pour le plus horrilde for- » fait dont jamais un souverain se soit souillé.»

L'édifiante pénitence deTliéodose, \oltaire l'attribue aune espèce de politique. Il n'y voit point de sentiment de religion. Le nombre des personnes qui périrent , il lexagère , en en jnettant cpiiuze mille , au lieu de sept ; il i*eprésente ce crime comme le plus horrible forfait dont jamais un souverain se soit souillé ; ceux des Néron , des Tibère, desDomitien, incomparablement plus horribles et plus odieux, il les excuse. Mais Théodose étoit chrétien.

M. de Yoltaire , dans le dix-septième chapitre, fait un grand élevée du roi Alfred, qui régnoit eu Angleterre sur la fin du neuvième siècle; et cet éloge est bien juste et bien mérité. Alfred a été en effet un des plus grands princes qui aient régné en Angleterre; mais voici une Uiiecdote c|ue M. de Voltaire fait entrer

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dans son éloge, ce C'est que ce prince ne bàlît » aucun monastère. Il pensolt sans doute qu il n eût mal servi sa patrie en favorisant trop ces » familles immenses sans pères et sans enfants » qui se pei'pé tuent aux. dépens de la nation. » Aussi ne fut-il pas au nombre des Saints. » Ce qui est certain , c'est que le grand Alfred n'a pas aussi bien pensé que le dit M. de Voltaire; car Asser, évêque de Salisbuiy, qui vivoit à la cour de ce prince , et qui a écrit son bistoire , nous parle de deuv magnifiques monastères que ce prince fit bâtir et qu'il enrichit extrêmement : il parle également du zèle qu'avoit ce prince pour que la discipline monastique fut bien observée dans ces sortes de maisons. Ainsi ce n'est pas faute d'avoir bâti des monastères , qu il n'a pas été mis au nombre des Saints. Voltaii'C a bien parlé comme il pensoit, mais il n'a pas parlé selon la vérité.

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