CHAPITRE XYI
De la Papauté au dixième siècle.
JL AIVDIS que les descendants de Cliarlemagne Conservoient à peine encore quelques villes en France ; qu il ne l'cstoit plus en Allemagne qu'une ombre de l'empire que ce prince avoit fondé ; que la plupart des villes d'Italie , ja-
louses de la liberté , taclioient de s'ériger en républiques ; que lEspagne étoit partagée eu plusieurs petits états entre les cbrétiens et les musulmans ; Rome se sentoit aussi des mallieiu's du siècle.
Deux femmes puissantes par leur naissance et par leurs richesses , et redoutables par leur esprit et par leurs intrigues , y eurent succès^ siyement toute l'autorité. Ces femmes étoient Théodore , et Marozie , m^irquise de Toscane. Elles faisoient et défaisoieut les papes à leur volonté ; plaçoient sur le trône de Saint Pierre leurs enfants , leurs parente, leurs amis, quelquefois même leurs amants, et firent ce grand nombre de papes scandaleux qu'on vit dans ce dixième siècle jusqu'au règne des Otlions,
Ce morceau d'histoire est bien du goût de M. de Yol taire. Il ne manque pas de rai^pe-» ier tous ces papes. Et pour rendre le tableau plus frappant encore , ou il ne dit mot des bons papes qui parurent par inteiTalles , ou il maltraite égaleoient ceiix qui méritoient d'être respectés.
Ainsi il ne dit mot de Benoît FV , qui fit les délices et l'édification de Rom^e au commencem.ent de ce dixième siècle , ni d'Agapet II, qui se fit également respecter par sa sainteté et sa sagesse '. Ce fut cet Agapet qui força l'opiuià-
• Dachène; Vie des papes*
DE VOLTAIUE. 125
treté des seigaeurs françois qui ce youloient pas reconnoître Louis lY, dit d'Outremer, pour leur souverain. Grégoire \I, qui travailla si généreusement et si efficacement à la paix de 1 Eglise, est traité de simoniaque. Un autre écrivain que Voltaire, auroil loué son courage et sa modération. Léon IX , qui a été mis au nombre des saints, est traité d'homme sanguinaire. l-,es Normands faisoient des courses et des ravages sur les terres de l'Eglise. Léon demanda du secoui's à l'empereur pour les arrêter. Voltaire demande s'il a fait pénitence d'avoir fait répandre tant de sang. Il y ayoit déjà assez de mal à dire de quelques papes du dixième siècle : il ne falloit pas répandre le fiel jusque sur ceux qui sont honorés comme de» saints.