CHAPITRE XXIII
Des Héros Tujxs.
.L'A révolution quiaclicvade soumettre l'empire des Grecs au joug des Otlomans , est le dernier tableau par lequel \ oltaire nous représente les malheurs de l'Europe dans le quatorzième et au commencement du quinzième siècle. Ce tableau devient intéressant par les héros qui le lemplisseut. L'un est surnommé
DE VOLTAIRE. t j^
le Foudre , l'autre le Philosoplie , et un troi sième leGraud.Les chrétiens n'y paroissent que comme l'ombre , qui sert à rendre encore plus brillant ce tableau. Ces héros de M. de \oltaire sont Bajazeth I , Amurath II, Mahomet II.
Tous les historiens nous représentent Bajazeth comme un prince qui avoit de grands talents j^our la guerre , mais qui la faisoit d une manièi'e barbare. C'étoit le pKis violent et le plus fier de tous les hommes ; cette fierté fut la première cause des désastres qu'il éprouva, et qui furent les plus humiliants et les plus cruels que jamais prince ait éprouvés. Il fut vaincu et fait prisonnier à la bataille de Pruse par Tamerlan , dont 1 empereur de Constantinoplc avoit imploré le secours '.Ce vainqueur voyant Bajazeth à ses pieds, lui demanda comment ill'auroit traité s'il l'avoit vaincu et pris. Le fier Ottoman lui répondit qu'il ne le regarderoit que comme un misérable brigand , et que s il l'avoit vaincu et pris, il l'auroit fait enfermer dans une cage de fer , et l'auroit toujours fait conduire avec lui, pour le montrer à tous les peuples de 1 univers. Eh bien ! lui répondit Tamerlan , c'est ainsi que tu seras traité toi-même.
On dit que ce malheureux sultan se cassa la "tête de rage contre les barreaux de la cage où
' Annales Turc^ucs, traduites par Levuclirvius.
j8o les EllRELMlS
il é toit enfermé. Les annales turques ne disent ni de quel genre de mort , ni en quel temps il mourut. A ollaire , sur la foi de quelques Arabes , proteste que ce qu'on a c? ^ûilé de la cage de Bajazeth, n'est qu'une fable méprisable- C'est ce Bajazetli qui gagna en iSgG la fameuse bataille de Nicopolis sut les chrétiens. Après la victoire il fi t massacrer à ses yeux tous les prisonniers , et sur-tout les François qui étoient allés au secours de Feraperenr Sigismond. Il n'épargna que vingt-cinq cbevalicr* parmi lesquels étoit îe comte de Weyers, qui fut ensuite duc de Bourgogne. C'est ce duc , qui fit assassiner le duc d'Orléans , frère de Charles M , et qui fut après lui-même assassiné par l'ordre de Charles YII encore dauphin. Voltaire dit que Bajazeth en recevant la rançon de ce prince, lui dit : jepourrois t'ob- Ijger par serment de ne plus t'armer contre moi ; mais je méprise tes sei'ments et les armes. Ce mot insultant , que Voltaire rapporte avec affectation , n'est ni vrai ni vraisemblable. Ce corps de quinze mille François , commandé par le comte de Nevei's , avoit fait périr flans le combat plus de vingt mille Turcs. Quelqueshistoriens font monter ce nombre beaucoirp plus haut '. Bajazeth ne peut en venir à bout
» Le Labourcuf, Histoire Je Charles Yl , livre i6. Goutus Heurerus , de rcbus Burgund.
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qu'en les accablant par une multitude innombrable de troujies nouvelles qu'il envoyoit continuellement. Est-il probable qu'il méprisa les ai'mes de semblables guerriers ?
Amurathll, estreprésenté comme unpbilosophe qui n'avoit d'autre but que la retraite. Cependant ce n'étoit qu'un pliilosoplie à la turque ! Il commença son règne par faire étrangler son frère ; il lit empoisonner les enfants du roi d Albanie ' , qu'il ayoit en otage ; il envaliit tout ce qu'il 2)iit de provinces en Europe et en Asie. \ oltaire dit que c'étoit une cliose bien rare qu'un philosophe tui'c, qui abdiqua deux fois la coui'onne! C'est un bonheur jiour l'univers , que les philosophes comme Amurath n , soient bien rares !
Quanta ce5 abdications de rem])ire que Voltaire propose à notre admiration * , Calcondyle nous apprend ce qu'il en est. Il nous dit qu'il pnt un jour fantaisie à Amurath de renoncer au monde. Il se retira dans un couvent dedervis ; mais il ne tarda guère à s'ennuyer parmi eux. Il fit bientôt venir quelques-uns de ses anciens officiers, et prit de concert avec eux des moyens pour remonter sur le trône. On n'en trouva point de meilleur que de faire une grande partie de chasse , à laquelle le jeune Mahomet devoit se trouver. Pendant que le
* Calcondyle , livres 3 et 6. — * Ibid, livre 7-
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jeune prince couroit le cerf, Amuratli assembla la Divan, ou gi-and conseil, donna différents ordres , partit pour aller se remettre à la tête de l'armée, et fit reconduire son fils à Pruse par les officiers qui avoient soin de sa personne et de son éducation. Ainsi l'abdication fut suivie de si près par le rétablissement , qu'on n'avoit pas eu le temps d'en être informé dans l'empire. Ce que Yol taire nous vante comme un acte héroïque , n'est donc qu'une double foiblesse dans le philosophe Aïuurath.
Il veut que nous admirions également ce fait singulier et unique : que Mahomet n'écoutant que le devoir de fils , rendit aussitôt l'empire à son père. Mais on ne sera pas si tenté de l'admirer, si l'on fait attention que Maliomet n'avoit alors que quatorze ans , et qu'il n'étoit soutenu [«ar aucun officier de nom. On en sera même fort éloigné, si l'on fait attention que ce même Mahomet étant parvenu huit ans après à l'empire, fit étrangler aussitôt celui qui avoit eu le plus de part au rétablissement d'Amurath. Il seroit bien dangereux de se fier à M. de Voltaire pour les panégyriques qu'il fait des héros de Turquie.
Je dirai encore un mot de la fameuse bataille de Varne, cpii fut si funeste aux chrétiens. Le cardinal Julien Césarini , légat du pape Eugène IV, avoit formé une ligue, par laquelle il réimissoit les Hongrois, les Polo-
nois , Tempereur de Constanlinople , les Yénitiens, et le prince de Caramauie contre Amiirath. Le pape étoit le clief de cette ligue , et entretenoit une grosse armée navale. Le sultan fut effrayé , et proposa une trêve de dix ans à Ladislas, roi de Hongrie, avec les conditions les plus avantageuses aux clirétiens. Ladislas accepta la trêve, et Amuratli tourna toutes ses forces contre le prince de Caranianie.
Dès que le légat fut informé des engagem.ents que Ladislas avoit pris, il en fut extrêmement affligé. Mais il ne désespéra pas de la regagner. Il lui remontra qu'il n'avoitpas pu prendre les engagements particuliers avec les Turcs , sans le consentement des autres puissances liguées, qu'Amuiath ne clierclioit qu'à les désunir, pour les attaquer ensuite cliacun séparément; et que s'il étoit retenu par le serment qu'il avoit fait, il étoit en droit, lui légal, de lui en demander la dispense , comme il la lui donnoit en effet. Le jeune roi se laissa persuader ; mais au lieu d'attendre la réunion de toutes les forces, il alla imprudemment, à la tète de vingt mille hommes, attaquer Amuratli qui en avoit plus de soixante mille. Il fit, pendant toute la bataille, des prodiges incroyables de valeur; mais enfin accable par le nombre il fut percé de coups, et sa mort acheva la déroute de son année. Voici comment Yollaire s exprime sur cette bataille.
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« A peine la paix est jurée , que le cardinal » Julien Césarini veut qu'on la rompe. On a » déjà vu que la maxime s'étoit introduite, de » ne pas garder la foi aux hérétiques. On con- » cluoit qu'il ne falloit pas la garder aux Ma- >j lioniétaiis. Ladislas séduit par de fausses es- M pérances , entra sur les terres du sultan. La îj bataille se donna près de la ville de Yarne. » Amurath , dans un temps où ses troupes M plioient, pria Dieu, qui punit les parjures, 3J de venger cet outrage fait aux lois des na- » tious. Le parjure reçut cette fois le cliàti- » ment qu'il méritoit. Les chrétiens furent M vaincus après une longue résistance. Le carj) diiial Julien, qui avoit assisté à la bataille, >5 voulant dans sa fuite passer une rivière, y » fut , dit-on , abymé par le poids de l'or qu'il » portoit. »
Il est sûr que Ladislas, dans tout te cours de cette guerre , montra plus de valeur que de sagesse, et le cai'dinal Julien plus de zèle que de respect pour la loi du serment. Trois siècles plus tard on n'auroit pas manqué de trouver les plus fortes raisons pour rompre la trêve. On auroit démontré par un beau manifeste qu'on y étoit autorisé , et même obligé. Je remarque ensuite qu'Aubery, dans son Histoire des Cardinaux, nous représente Julien Césarini comme un des plus grands hommes de ce siècle, et sur-tout comme uu homme d'une
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piété, d'un désintéressement et dVne charité admirables : il cite les auteurs dont il tire ce caractère.
M. de Meaux ' ne craint pas de dire que ce cardinal étoit le plus grand homme de son siècle. Il faut bien que le cardinal Julien fût en effet un grand homme, puisque Voltaire en dit tant de mal.
Mahomet II est le troisième héros qui fait l'objet de l'admiration et du zèle de M. de Voltaire. Il est surpris qu'on le connoisse si peu , ou qu'on le connoisse si mal. C'est pour cela qu'il recherche avec pins de soin tout ce qu'il y a de plus grand , de plus sublime et de plus héroïque , dans ses sentiments , ses desseins , ses euti-eprisGS, ses succès.
Il faut 1 avouer, que si d'heureuses qualités, une ambition vaste, des succès brillants font le grand prince; et que si une ciniauté inhumaine, une perfidie adroite, un mépris constant de toutes les lois les plus respectables , font le méchant homme ; il faut avouer que Mahomet II a été l'un et l'autre : c'est le jugement que Bayle en a porté '. Mahomet H, dit ce critique, a été un des plus grands hommes dont l'histoire fasse mention, si l'on se coiiteute des qualités nécessaires aux conquérants ,-
' Hist. des Variations , liv. i. — * Dictiounaire Je Baylc , art. Mahomet.
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car pour celles de rhomme de bien , il ne faut pas les chercher dans sa vie.
«c Les moines , nous dit Voltaire , ont peint jj ce Mahomet comme un barbare insensé. » Mais toutes les annales turques nous appren- » nent qu'il étoit le prince le mieux élevé de M son temps. Il laissa aux chrétiens vaincu* la » liberté d'élire un patriarche. Il l'installa lui- » même avec la solennité ordinaire. Ce qui » montre évidemment qu'il étoit plus sage et M plus poli qu'on ne croit. »
Mais tous les historiens contemporains nous apprennent ' que ce prince si bien élevé, si poli et si sage , fit d'abord étouifer son frère , et moui-ir celui qui avoit été l'exécuteur de cet ordre, afin de cacher son crime; qu'il fit massacrer David Comnène et ses trois enfants * , après la prise de Ti-ébizonde , et malgré la foi donnée ; qu'il en usa de même envers les princes de Bosnie et envers ceux de Metelin ; qu'il donna lui-même la bastonnade à son amiral , qui n'avoit pas pu empêcher quelques vaisseaux de secours d'entrer dans le port de Conslantinople , durant le siège de cette ville ; qu'il fit péiùr toute la famille de Notaras, parce que ce seigneur avoit refusé d'accorder uu de ses fils à la bi'utale volupté de ce sultan ^. U y a une infinité de semblables traits de ce prince si sage , si
* Calcondyle ; liv. 8. — ' I!nd. — ' Constantin Ducas.
poli , si bien élevé. Je ne parle pas ici du courage barbare qu'il montra, en abattant luimême d'un coup de sabre la léte à sa maîtresse Irène , pour faire cesser les murmures de ses soldats. Voltaire regarde cela comme une chose faussement imputée à son héros. Mais ne pouvant donner aucune preuve de fausseté , il se contente de dire en gémissant : A quoi bon multiplier les horreurs?
Après avoir parlé de la politesse et de la bonne éducation de Mahomet , voici comment 1 nous parle de son génie. « Il étoitâgé de j vingt-deux ans quand il monta sur le trône » des sultans. Et il se prépara dès-lors à se 1 placer sur celui de Constantinople. Dès les > premiers jours d'avril i453, la campagne fut couverte de soldats , que l'exagération fait monter à trois cent mille , et le détroit de la Propoutide d'environ trois cents galères et de cent petits vaisseaux. Un des faits les plus étranges et les plus attestés, c'est l'usage que Mahomet fit d'une partie de ces navires. Ils ne pouvoient entrer dans le port de la ville, fermé par les plus fortes chaînes. Il fait en une nuit couvrir deux lieues de chemin sur terre, de planches de sapin enduites de suif et de graisse, disposées comme la crèche d un vaisseau : il fait tirer à force de machines et de bras quatre-vingts galères et soixante et dix allèges , et les fait couler
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3j sur ces planches. Tout ce grand travail s'exéi) cute en une seule nuit , et les assiégés sont » surpris le lendemain de voir une flotte en- 3> tière descendre de la terre dans leur port. >>
M. de A oltaire trouve qu'il y a de l'exagé- 1 ration à faire monter l'armée de Mahomet à ' trois cent mille hommes. Mais quelle pi*euve nous donne-t-il qu'elle n'alloit pas là? Le nombre prodigieux de soldats qu il sacrifioil dans les assauts, où il perdoit quelquefois des dix et douze mille hommes , ne prouve-t-il pas qu'il devoit entraîner après lui une multitude innombrable ' ? 11 en perdit quarante à cinquante mille dans les assauts inutiles qu'il donna à Belgrade , défendue par le brave Huniade. Il en perdit encore davantage à Rhodes, défendue par le fameux d'Aubusson , sans pouvoir s'en rendre maître. Cette milice turque , si vantée par \ oltaire , a été vaincue très-souvent par les chrétiens en moindre nombre , et elle n'a jamais été victorieuse que lorsqu'elle a eu une supériorité excessive. Faut-il être surpris que Mahomet ait rassemblé jusqu'à trois cent mille hommes pour se rendre maître d'une ville aussi forte, aussi grande et aussi peuplée que Constantinople ?
Il reproche l'exagération aux chrétiens , qui font monter à trois cent mille hommes lar-
' Calcondj le , livre 9.
mée de Mahomet. Mais s'il y eut jamais d'exagération risible , c'est celle qu'il fait lui-même eu disant que l'ouvrage immense du transport des cent cinquante vaisseaux fut entrepris , commencé et fini en une seule nuit. Un faiseur de contes peut débiter des choses pareilles. Un homme sage se gardera bien de les croire. Il est probable qu on prit du temps pour préparer le plancher en crèche sur lequel on devoit faire passer les vaisseaux , et qu'on employa ensuite une nuit seulement à ce ti'ansport ; mais il ne l'est nullement que la construction et le transport aient eu lieu dansunç seule et même nuit.
Pour nous faire connoître la touchante humanité de Mahomet, M. de Voltaire fait ua auti'e Gonte , dont l'homme le moins accou tumé à discuter les faits, sent d'abord la faus-» seté.
« Constantinople fut prise , dit-il , mais >) d'une manièi'e entièrement différente de celle w dont tous nos auteurs le racontent. L'empe- » reur Constantin fut obligé de capituler. Il il envoya plusieursGrecs recevoir laloi duvaiu- >> queur. On convint de plusieurs articles. >3 Mais dans le temps que les envoyés grecs l'e- >j tournoient à la ville , Mahomet qui voulut ') leur parler encore , fait courir après eux. Les » assiégés qui voient un gros de Turcs couw l'ant après les leurs , tirent imprudemment
ig* LES ERREURS
» sur les Turcs- Ceux-ci sont bientôt joint» » par un grand nombre. Les envoyés grecs » rentrent par une poterne. Les Turcs entrent » avec eux, et se rendent maîtres de la haute w ville séparée de la basse. Mahomet , maître « d'une partie de la ville , eut l'hiimanité d'of- » frir à l'autre partie la même capitulation « qu'il avoit voulu accorder à la ville entière, » et il la garda religieusement. »
"Voltaire ne veut point admettre la manière dont tous les auteurs chrétiens rapportent la prise de Constantinople. Ilpi'étend qu'il y eut une capitulation , ensuite un mal-entendu , qui fut cause qu'une partie de la ville ne put pas profiter de ce bénéfice de la capitulation. Mais on peut observer là-dessus que :
i.° C'est de Démétrius Cantemir qu'il tire sa nouvelle relation de la prise de Constantinople ; et dans la page qui suit celle où il rappoite cette relation , il avoue que Démétrius Cantemir est un grand débiteur de fables.
2." Les annales turques apportées de Constantinople par le baron de LeopoldstorfT , et traduites par Lewnclavius , marquent que la ville fut emportée de force , et ne parlent d'aucune capitulation.
5." Cantacuzène , qui étoit sur les lieux , et qui après la prise de la ville , eut plusieurs occasions de conférer avec les visirs , qui reconnut tQutes les différentes attaques, rappoi'te
avec UTî grand détail comment chacun des postes fut assailli et emporté. De-là on doit conclure que la capitulation que Voltaire imagine est aussi chimérique que l'humanité du héros qu'il admire.
Ce que les historiens ' les plus authentiques nous apprennent , c'est qu'à la prise de Constantinojîle il y eut environ quarante mille personnes égorgées, soixante mille faites esclaves, et que le nombre des dispersés fut si prodigieux, que le sultan fut obligé de faire venir du monde des différentes provinces de son empire poui' repeupler cette malheureuse ville ; qu'on juge par-là de l'humanité de Mahomet !
Pour se faire une idée juste du caractère de ce prince , il faut avouer qu il avoit de trèsgrandes qualités , mais qu'il avoit aussi des vices encore plus grands ; qu'il avoit toute l'ambition qu'on regarde comme le caractère des grandes âmes , mais qu'il en avoit rarement les sentiments et les vertus ; qu il étoit naturellement violent et inhumain , mais que la politique arrètoit quelquefois l'impétuosité de son natuj-el : et c'esl cette politique qui lui lit quelquefois ménager les chrétiens, qui 1 engagea à installer un patriarche à Constanti noplé , à laisser aux chrétiens quelques églises, de peur qu'ils n'ahandounasseut tout le pays-
' CanUcuz.
«9^ l^ES ERREURS
M. de Voltaire , qui ne manque jamais d'exagéi'er les défauts et les vices des princes clirétiens , ne représente Mahomet que par les endj'oits les plus beaux; il n'oublie rien pour le justifier, le défendi'e , le faire admirer. Il par£)ît que Mabomet a été heureux de n'être pas chrétien î
M. de Voltaire nous donne ensuite une idée du gouvernement des Turcs. Il nous le représente comme un gouvernement doux, modéré , équitable, sous lequel le peuple est tranquille et en assurance , où il n'y a de danger que pour quelques grandes têtes; enfin comme un gouvernement tout contraire à l'idée que nous nous en faisons en Europe. Je ne m'arrêterai pas à réformer toutes les fausses idées qu'il veut nous en donner. La foiblesse de l'empire Ottoman, la misère, l'ignorance et la grossièrjeté du peuple qui le remplit , démontrent combien ce qu'il veut nous faii'e croire, est contraire à la vérité. Qu'on lise l'ouvrage curieux que M. Quer a donné, il y a quelques années , sur les mœurs et usages des Tui'cs ; on ne trouvera rien de si différent que les Turcs, tels que M. Quer nous prouve qu'ils sont aujourdhui , et ces mêmes Turcs, tels que Voltaire nous les peint.