‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 40 sur 71 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

De Henri VIII et de la ré\'olution cle la religion en Angleterre.

lO'iL faut en croire ^l. de Voltaire, les amoui's fougueux de Heuri A III ont pi'ocuré à l'Angleterre le plus grand bonheui' , en renversant la religion catholique. Dans la fameuse Anne de Boulen , qui passa de l'état de simple demoiselle sur le trône, et du trône à l'écliafaud , il ne fait voir qu'une sainte ; dans la reine Marie, qni voulut rétablir la religion catholique, qu une fanatique sombre et sanguinaire ; dans 1 jmj)udique et imjjie archevêque Cranmer , quun martyr jdus héros que les plus illustres martyrs de lEglise ; dans la reine Elizabeth , quune princesse toujours juste, et toujours ennemie de la persécution.

Ensuite il rapporte quelques traits des plus ridicules etdes plus odieux, que les protestants ont imaginés pour faire décréditer la religion romaine et pour faire valoir la réformée. C est par-là qu'il veut nous apprendre à juger de In révolution qui arriva , il y a deux siècles , en Angleterre, en matière de religion.

Il y avoit cinq cents ans, selon notre criliqiie , que les papes vcxotcnt et rançonnoient

les Anglois, par des vexations toujours combattues par les parlements et par les murmures «les peuples. Le pouvoir des papes étoitun colosse vénéi'able , dont la tête étoit d'or et les pieds d'argile. Il étoit depuis long-temps ébranlé par la haine publique. Un amour passager le renversa. On abolit les annates , le denier de saint Pierre , les provisions de bénéfices. Les peuples prêtèrent avec allégresse le serment par lequel ils reconnoissoient Henri pour le pape des Anglois.

Ne croiroit-on pas, après ce que vient de dire M. de Voltaire, que les Anglois devinrent alors les plus heureux des peuples , en comparaison de ce qu'ils étoient auparavant? Cependant l'histoire nous apprend que ce peuple ne fut jamais aussi malheureux et aussi vexé par les impôts , qu'il le fut alors. Malgré tant d'églises pillées et de biens ecclésiasticpies envahis, les Anglois ne furent jamais plus misérables, et le roi fut obligé de recourir aux plus honteux expédients pour tirer de l'argent de ses peuples.

L'altération des monnoies fut un des premiers qu'il employa. Il aflbiblit d'un quart Fa- Joi des espèces. Il retira toutes les anciennes au prix ordinaire , et les remplaça par les nouvelles ; et parce changement il fit revenir àjjrofit près d'un quart de tout l'argent monnoyé d'Angleteri'e. Ensuite il établit l'impôt de bien-

veillance , par lequel iloxigeoil des dons gratuits proportionnés aux facultés d'un chacun. Enfin il força les aisés à lui faire des prêts ' , -dont le remboursement n'étoitpas même certain. M. Rapin de Thoiras , François réfugié qui a fait l'histoire d'Angleterre , raconte encore d'autres expédients dont se servoit Henri Yin pour tirer de l'argent de ses peuples *.

Voilà quel fut le bonheur des Anglois après la révolution de la religion dans ce royaume. Aussi disoient-ils que les exactions du pape de Londres étoient incomparablement plus onéreuses que celles du pape de Rome , et qu'on avoit encore bien perdu au change. Le royaume fut épuisé sous ce règne dur et cruel de Henri ; il fut ti'ouhlé parles rébellions et les séditions sous celui de son successeur. La misère et le besoin mirent de toute part les armes à la main des peuples ; et le conseil convint qu'il falloit moins songer à les combattre qu'à les soulager.

Les peuples, dit notre critique, prêtèrent avec allégresse le serment de suprématie ; et dans la page suivante il dit qu'Henri faisoit brûler dans la même place ceux qui ne vouloient pas le reconnoitre jiour pontife , et ceux qui soutenoient les dogmes luthériens. En effet , le

» Du Chcsnc, hist. d'Anglcl. Saiiflcr, hist. du schisme. Rap, de Thoir. 1. i5. Carad. — » Rap. de Thoir. 1. lo.

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célèbre ^»îonis, grand chancelier d'Angleterre, le saint évèque de Rochester, Fisher, la mère du cardinal Polus, qui étoit du sang royal et proche parente de Henri , furent les premières têtes immolées à ce nouveau chef suprême de 1 Eglise. Comment accorder cette allégi'esse avec les bûchers et les sanguinaires exécutions? Je ne veus pas l'épondre à ce qu'il dit ensuite de la haine des peuples contre la puissance de Rome , de ces miracles feints , de ces reliques supposées , dont on se servoit pour attirer les offrandes. Ce sont-là de ces déclamalions vagues et sans preuves qui ne méritent que du mépris. Il est probable qu'il y a eu de ces abus en Angleterre comme il yen aeuen France. Les catholiques les avouent et les corrigent. Les protestants les multiplient et les exagèrenC à l'excès.

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