‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 41 sur 71 · CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIL

D'Anne de Boulen.

I^N événement des plus singuliers dans l'histoire de Henri A III , est le soin qu'il eut de faire annoncer par un arrêt du parlement, à toute 1 Angleterre, l'honneur que lui avoit fait la reine sa femme, en poussant au dernier point

les complaisances poui' ses amants. Et une cliost; aussi singulière , c'est l'efTort que fait \ oltaire poui' nous faire regarder comme une sainte , cette femme infidèle au roi son époux. Il est Vi'ai qu une canonisation faite par l'autorité de M. de Voltaire à Berlin , n'est pas tout-à-fait aussi respectable que celles qui se font à Rome parTautorité des souvei'ainspoulifes.EtsiAune de Bouleu est une sainte, elle ne l'est guère que comme l'étoient autrefois les Lais et les Corinnes.

Si l'on en croît M. de Yokaire , Anne Boleyu , ou de Boulen , comme nous le prononçons en François , u'étoil guère coupal)le que de quelques légèretés, que son enjouement naturel rendoil assez excusables, a Ce ne fut, dit- » il , que jalousie de la part de Henri ; les ac- » cusations furent sans preuves : il n'y eut que » des indices si légers, qu'un citoyen qui se » Lrouilleroit avec sa femme, pour si peu de >' cliose, passeroit pour un homme injuste. »

M. Bayle ' est bien éloigué de penser si avantageusement de cette reine. Il avoue franchement la dette, et dit qu'on pouvoit assez eu médire , sans passer les bornes d'un fidèle liistorien. Parmi lesliistoriensprotestantsqui étoient intéressés à la défendre , parce qu'elle étoit protestante elle-même , les uns la donnent

' Dicf. Anne Boulcyn.

eorame véritablement coupable', les autres avouent qu'il est bien difficile de la justifier. Plusieurs assurent que son père fut du nombre des juges qui la condamnèrent. Son ajjologiste M. Brunet, ëvêque de Salisbery, dit que cela estfaus, et il cite en preuve un registre du procès , que personnen'a jamais vu *. On fit passer par la main des bourreaux quati'e seigneurs , en tre lesquels étoit Rochefort, frère de la reine, accuses d'avoir eu part à ses adultères et à ses incestes. Son clier musicien Smeton , moins respectable, et peut-être plus criminel, eut aussi le même sort ^. Après cela il est assez surprenant que ^I. de Yollaire en veuille faire une sainte.

Anne de Boulen étoit encore fort jeune quand elle fut amenée en France par la sœur de Henri \ n femme de Louis XII ^. Lorsque cette reine retourna en Angleterre , Anne s'arrêta au service de Claude , femme de François I. Elle entra ensuite cliez la ducliesse d'Alençon. On feroit une longue liste des amants qu'elle eut» et des surnoms honnêtes dont elle fut décorée pendant son séjour en France. De retour en Angleterre, elle fut placée chez la reine Catherine en qualité de fille d'honneur.

C'est-là qu'Henri AHI la vit, et il ne l'eut

' Sleiil. 1. io. — ^ Rapin de Thoiras , livre i^. Sandcr. — ^ Bayle. — ^ Camdeni appav.

pas plutôt vue qu'il en fut éperdument amoureux. Anne étoit trop coquette pour ne pas prendre tous les moyens d'irriter la passion du roi , et trop ambitieuse pour se contenter du titre de maîtresse. Elle ne répondit aux empressements de Henri que par des protestations de devoir et de vertu. Elle l'enflamma davantage. C'est alors que ce prince commença à chercher en lui-même comment il pourroit faire poiu" faire casser son mariage avec Catherine d'Espagne,- et pour épouser la Boulen. Alin de la faire respecter à la cour, il lui donna un rang distingué ; et peu de temps après il envoya des ambassadeurs à Rome pour demander la cassation de son premier mariage. Cependant le pape , qui voit évidemment 1 injustice et 1 impossibilité de cette cassation , temporise , 2îour laisser le temps à la passion du roi de se ralentir. Le roi de son côté impatient de ces délais , qui durèrent près de sept ans , eut recours à d'autres moyens. Il convint avec Crannier, luthérien caché, de le nommer archevêque de Cantoi'béiy, et primat d Angleterre, à condition qu'il porteroit la sentence de cassation '.

Cranmer trouva le parti trop bon pour rien refuser. Il promit tout, il fut fait archevêque de Cantorbéiy, il cassa le mariage du roi; et Henri, malgré toutes les représentations de

' Rap. (le Tiioir.

son conseil, épouse Anne, qui accouclia quatre mois après d'une princesse , qui fut la célèbre reine Elizabeth '. C'est ainsi qu une petite demoiselle chassa du lit et du trône duroi, une princesse dune vertu admirable, et qui étoit fille des rois d Espagne, et tante de l'empereur Charles Y. Cependant la nouvelle reine devenue moins résenée, et portant le désordre toujours plus loin, passa au bout de trois aus du trône à l'échafaud » , cfvec les complices de ses adultères et de ses incestes. ^ oilà quelle étoit la sainte de M. de Voltaire !

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