‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 42 sur 71 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

De Marie, reïjie d'Angleterre.

. ARIE d'Angleterre monta sui' le trône après la mort de son frère Edouard M : et pendant son règne elle fît tous ses etlorts ])our rétablir la religion catholique ^. Elle montra quelle étoit sa fenneté, en faisant toujours célébrer le service divin à la catholique dans son château de Framingliam , durant les sept ans que régna son frère , et en se faisant toujours respecter comme la sœur du roi , et Ihéritière

» Bayltf Ann. de Boul. — * Sleid. 1. lo. — ^ Duchêne, livre 22. Rapiu 'le ïhoiras.

présomptive de la couronne. Elle fit paroître son courage , en se faisant liardiment proclamer reine d'Angleterre, dès quelle eut appris la mort d'Edouard. Par son activité, elle prévint les ducs de Nortliumberland et de Suflblc, qui vouloient lui ravir la couronne et qui avoient déjà fait proclamer reine d'Angleterre Jeanne Gray fille du duc de SufTolc, et belle-fille du duc de iSortliumberland. Elle marcba à la tête de trente mille hommes. Elle dissipa Tai-mée des conjurés , et sa victoire fut sans elï'usion de sang.

Tous les conspirateurs étoient criminels de lèzc-raajesté au premier chef. Les principaux furent condamnés à la mort. Voltaire ne dit rien de ces conspirations. Il se contente de faire de tendres lamentations sur la mort de cette jeune reine , et sur celle de son nère, de son beau-père et de son époux. 11 est vrai que Jeanne Gray pai'ut plus malheureuse que coupable; mais elle ])ouvoit être encore une occasion de conspiration ; la sévérité parut nécessaire. Ce sont ces exécutions de rigueur qui allument la bile de Voltaire contre Marie. « Elle étoit, dit-il , aussi cruelle qulienri M VIII. Sombre et tranquille dans ses barbaj> ries, autant que Henri son ])ère étoit em- » porté , elle eut un autre genre de tyra|inie. »

Ce critique faisoit auparavant une sainte de la nouvelle Messaline, Anne de Boulon. Maiu-

tenant il fait une sanguinaire fanatique de Marie, une des plus respectables princesses que l'Angleterre ait eues.

Mais sa bile s'allume bien davantage encore , lorsqu'il parle de ceux qui furent condamnés à mort sous ce règne pour cause de religion , et cet écliauffement lui fait perdre de vue la vérité. «On compte, dit -il, environ huit M cents personnes livrées aux flammes sous » Marie. »

Il faut remarquer là-dessus premièrement quHouced , auteur anglois , n'en compte que deux cent soixante et dix-sept ' ; et le réfugié M. Rapin de Thoiras , dans sa grande histoire d'Angleterre , n'en compte que deux cent quatre-vi'igt-quatrcv 11 ajoute ensuite, que ceux qui en ont compté huit cents, l'ont fait sans preuves. Mais ces écrivains ne sont pas assez ennemis des catholiques, pour être suivis par Voltaire. Secondement, en exagérant ces cruautés de la reine Marie , il ne dit rien de celles d'Elizabeth , qui fit périr un nombre incomparablement plus grand de catholiques, comme nous le verrons après.

M. de Voltaire donne à son ouvrage le titre d'Essai sur 1 histoire générale , et sur les mœurs et l'esprit des nations. Il faut avouer que son ouvrage n'est en effet qu'un essai , et même

' Ilist. (I'AduI. li\re i6. Extrait de jRvrorr.

DE TOLTAIRE. Si§

bien hasardé. Il y auroit bien à y changer encore, pour en faire un ouvrage parfait.

Il finit en disant que « Marie mourut paisi- 3) ble , mais méprisée de ses sujets , qiii lui re- » prochent encore la perle de Calais , lais- « sant enfin une mémoire odieuse dans l'es- M prit de quiconque n'a pas Tàme de persé- » cuteur. »

Un critique sage et équitable auroit dit que le grand duc de Guise piofita en habile homme des circonstances pour reprendre Calais. L'Angleterre étoit alors épuisée par les rapines et les vexations de Henri TIII, et par les factions et les séditions qui avoient rempli le règne de son successeur. Marie en montant sur le trône alla au plus pressé , qui étoit de rétablir la paix dans ses états. Elle pensa bien à la consei'vatiou de Calais; mais elle fut mal servie par ses généraux et par ses amiraux. D'ailleurs , s'ils n'avoient pas eu à faire ce reproche à Marie, ils auroient eU sûrement lieu de le faire à quelqu'un de ses successeurs.

Quant à la mémoire odieuse qu'elle a laissée, on sait bien qu'elle a été fort haïe et détestée des protestants ; et M. de Voltaire est toujours de leur sentiment.

p.3o LES ERREURS

Page 1